BONSOIR!

Alors. Euh. Bon.

J'avais dit, la dernière fois, qu'à tous les coups le chapitre serait posté en janvier. Ma foi, nous sommes fin février. Ahaha, désolée. nwn"

MAIS! Me voici, et mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Enfin je crois. J'espère... Ces derniers temps, je passe beaucoup, BEAUCOUP plus de temps à dessiner et pour cause: je prépare un doujin! Enfin, j'essaie... Du coup, bah fatalement, le temps que je prenais pour écrire passe maintenant dans une autre activité... C'était pas facile de se motiver honnêtement, c'est pourquoi il m'a fallut tant de temps à poster ce chapitre. Je remercie d'ailleurs très chaleureusement ma chère et irremplaçable Takkaori qui a eu la gentillesse de me bêta pour ce chapitre! Merci de ton aide précieuse!

D'ailleurs, je tiens à vous remercier vous aussi, parce que la fic a dépassé les 2700 vues! Je suis trop contente! Ce chapitre est l'avant-avant dernier, plus que deux, et on tournera définitivement la page. (Qui sait, peut-être que d'ici là, on aura dépassé les 3000? /BANG)

Une dernier remerciement pour morganelora qui m'a laissé une review absolument adorable sur Kasai, j'y réponds ici car je ne prévois pas d'updater la suite pour le moment (ça va venir, hein! Seulement, je préfère me concentrer sur la fin de cette fanfiction d'abord). Si tu passes par ici, merci, vraiment TwT Ton message m'a fait SUPER PLAISIR, et ça m'a beaucoup motivé pour me mettre un bon coup de pied au derrière histoire de boucler ce chap qui prenait la poussière dans mes dossiers!

Sur ce, assez parlé, je vous laisse avec ce chapitre fort en émotions xD Enjoy!


Chapitre XV : Incendie

Un rayon de lumière filtrait à travers le rideau mal tiré. Jaune, brillant et aveuglant, il traçait une coupure nette dans l'obscurité de la chambre plongée dans la pénombre. La fenêtre, entrouverte, laissait pénétrer un léger courant d'air accompagné de bribes de voix et d'éclats de chants d'oiseaux. Il devait être aux alentours de sept heures, et la ville d'Aestas émergeait tout juste d'une de ses chaudes nuits d'été.

Au sein de la chambre de l'auberge, le silence était total. Dans le noir de la pièce, les silhouettes étaient immobiles, et sous les draps, les corps étaient à peine soulevés de leur légère respiration. Allongé sur le buste d'Eijiro, Katsuki dormait encore d'un sommeil profond, les paupières closes et le nez collé au cou du carmin. Le dragon lui, était étendu de tout son long sur les draps brûlés par leurs ébats de la veille, les bras écartés et la tête enfoncée dans son oreiller. Les deux garçons étaient profondément assoupis l'un contre l'autre et rien ne semblait pouvoir troubler leur repos, ni la lumière du jour qui commençait à poindre, ni la moiteur et la chaleur de la pièce. Dans son sommeil, Eijiro tourna le visage et déglutit silencieusement, remontant son bras à hauteur de sa joue. Sous ses paupières, ses yeux faisaient des aller-retours, pris dans un rêve.

Ce ne fut que deux heures plus tard qu'ils émergèrent. Le soleil était maintenant haut sur la cité sur laquelle il veillerait tout le jour, et la frénésie avait pris place dans les rues. À présent, c'était un brouhaha qui s'infiltrait par la fenêtre de la chambre qui tira les deux voyageurs du sommeil. Katsuki fut le premier à ouvrir les yeux, et il se retourna vers la source du bruit dans un grognement irrité. Il se leva d'entre les draps qui le recouvraient à moitié et tituba jusqu'à la fenêtre pour la refermer d'une main malhabile encore engourdie et fatiguée. Il revint vers le lit sur lequel il se laissa tomber lourdement, écrasant au passage le dragon qui se réveilla en sursaut qu'il ignora royalement en venant fourrer le visage au creux de son cou brûlant. Il fallut au carmin quelques secondes pour comprendre que le choc qui l'avait tiré de ses songes n'était autre que son amant qui s'était seulement recouché contre lui. Il finit par se redresser à son tour et déposa ses lèvres contre sa tempe en guise de bonjour.

« Tu as bien dormi ? Souffla-t-il, la voix légèrement enrouée et les yeux entrouverts.

-Mmmh. » Grogna le cendré qui lui, avait refermé les yeux, ayant besoin de quelques minutes supplémentaires avant d'être complètement opérationnel.

Le reptile étouffa un ricanement avant de se tirer des draps, laissant le blond se recaler confortablement entre les oreillers. Au fond de la chambre, une porte menait à une salle d'eau de fortune et après la nuit qu'ils venaient de passer, il sentait qu'il avait bien besoin de faire sa toilette. Il marcha lourdement jusqu'à la porte de bois qui séparait les deux pièces et s'engouffra à l'intérieur, laissant à son compagnon de voyage le loisir de se reposer encore quelques instants. Il jeta un dernier regard à la silhouette étendue sur le lit avant de refermer derrière lui.

Lorsque le prince ouvrit enfin les yeux, la première chose qu'il entendit fut le bruit cristallin de l'eau, lointain, comme s'il provenait d'ailleurs. Il s'étira entre les couvertures, qu'il repoussa au bord du lit, finissant par s'échouer au sol. Il resta immobile un instant, fixant le plafond, détaillant la chambre qui baignait dans une semi-pénombre, captant l'agitation extérieure qui lui indiquait qu'il était déjà tard. Il se redressa, passa le dos de sa main sur ses yeux où le sommeil s'acharnait à s'accrocher encore un peu, et regarda autour de lui pour constater qu'il se trouvait seul. Plus il se réveillait, plus il comprenait qu'Eijiro était probablement dans la pièce d'à côté en train de se laver.

Le jeune roi fit craquer son dos et ses bras en s'étirant une nouvelle fois, inspirant une grande bouffée d'air. La nuit avait été reposante, mais ce matin, il se sentait son corps encore ankylosé et fatigué. Lorsqu'il bougea pour s'asseoir au bord du matelas, une douleur piquante le pris en bas du dos et le fit siffler d'inconfort. Eijiro y était allé un peu fort, hier soir. Le souvenir de ce à quoi ils s'étaient adonné la veille lui revint en mémoire et lui fit bondir le cœur et rougir les joues. Il se mordilla le coin de la lèvre en se rappelant des caresses des mains rugueuses d'Eijiro sur sa peau de porcelaine. Ils l'avaient fait… Il se pritle bas du visage dans la main, ses yeux se perdant dans l'image floue de la réminiscence. Son cœur s'emballa un peu quand il repensa aux baisers échangés les jours d'avant, aux contacts involontaires, à la nuit dans la yourte à Hiems. S'il avait su que lui, le prince de Syrthio, serait tombé sous le charme du dragon sorti de nulle part qui était venu le tirer des cachots de Gwanwyn… Sa poitrine se serra à nouveau lorsque ses pensées retournèrent à leurs ébats d'hier quand la porte s'ouvrit sur Eijiro, de son pantalon seulement vêtu, qui venait de finir sa toilette. Il lui offrit un large sourire en voyant qu'il était enfin réveillé. Le prince tourna les yeux pour cacher ses rougeurs.

« Tout va bien ? Demanda gentiment le dragon en approchant du lit pour se saisir de son gilet qui traînait par là.

-Hm. » Grogna le jeune homme en se levant à son tour avant d'aller s'enfermer dans la salle d'eau sous le regard du reptile qui se rhabillait.

Une fois abrité derrière le pan de bois, l'adolescent aux cheveux cendres laissa son front buter contre la paroi. Il soupira, ne pouvant empêcher un rictus de prendre possession de ses lèvres.

Il lui était maintenant impensable de poursuivre sans l'autre garçon. Son attachement pour Eijiro était sans égal.

§§§

L'auberge du loup gris était un un vieux bâtiment sans prétention, tout de même charmant sous ses airs étriqués et sombres, s'étendant sur deux étages. Au rez-de-chaussée, trois vieilles tables de bois disposées en cercle devant un poêle éteint faisaient office de salle à manger où les clients pouvaient venir prendre leur déjeuner. En été, les fenêtres et la porte d'entrée grandes ouvertes laissaient entrer à l'intérieur un léger courant d'air tiède, faisant frémir les rideaux transparents qui pendaient aux carreaux.

Les escaliers craquèrent sous les pas des deux voyageurs lorsqu'ils descendirent de leur chambre pour se rendre à la salle commune. Les lieux semblaient déserts, et même l'aubergiste qui les avait accueillis la veille s'était volatilisé. Seul le léger souffle du vent qui s'infiltrait dans la pièce se laissait entendre, masquant les voix lointaines du dehors. Katsuki ne sembla pas s'en formaliser et alla s'asseoir sur le banc de l'une des tables avant de se retourner vers le dragon qui lui, restait debout l'air de chercher quelque chose, ou quelqu'un, du regard.

« Qu'est ce que tu fais ? Viens. Lança-t-il au carmin qui restait droit comme un piquet.

-Tu ne trouves pas ça étrange qu'on soit seul ? Fit le dragon qui finit par obéir en se plaçant en face du blond. Ce dernier haussa les épaules.

-Il est tard. Tout le monde a dû s'en aller.

-Oui, mais… »

Le jeune homme laissa sa phrase en suspens. Les bras croisés sur le bois patiné de la table, il se mordilla le coin de la lèvre. Son mauvais pressentiment de l'autre jour revenait lui tordre les tripes, et il ne savait pas s'il devait se fier à son instinct ou si les désagréables frissons qui lui courraient le long du dos étaient dû à la sordidité de l'endroit. D'une autre part, il ne voulait pas inquiéter plus que nécessaire son compagnon qui en avait lui aussi vu de belles. Il préféra faire taire ses doutes et afficha un léger sourire au garçon en face de lui.

« Tu as raison. »

Le cendré lui offrit un rictus et fit doucement glisser sa jambe contre la sienne sous la table. Après tout, ils étaient seuls, alors pourquoi se retenir ? Les joues du dragon prirent une légère teinte colorée, mais il ne protesta pas. Katsuki se leva du banc sur lequel il s'était assis, et posa ses deux mains à plat sur la table, se penchant vers lui. Doucement, il posa ses lèvres au coin des siennes. Eijiro sentit son sang lui monter à la tête. Même malgré ce qu'ils avaient fait hier, il était toujours aussi sensible au charme du prince, et son cœur manqua un bond lorsque celui-ci entrouvrit les paupières pour plonger son regard rouge sang dans le sien.

Lorsque leurs lèvres se décollèrent, le prince lança une œillade brillante de malice au dragon. Mais l'échange complice qui se déroulait entre les deux garçons fut brutalement interrompu lorsque trois coups résonnèrent contre la porte ouverte de l'auberge.

« Excusez-moi. Je dérange, peut-être? »

Un silence de mort envahit l'espace durant quelques secondes. Devant eux, une silhouette, celle d'un homme, découpée par la lumière vivace du jour dans son dos qui projetait une ombre sur la terre battue au sol, ses deux iris cyan brillants dans la pénombre.

L'homme aux flammes. C'était lui. Il se tenait à quelques pas d'eux seulement, sorti de nulle part, prenant les voyageurs au piège dans la pièce étriquée.

Le dragon et le prince restèrent figés par la surprise, n'en croyant pas leurs yeux. Les paupières écarquillées, le jeune roi sentait une peur sourde et une haine monter lentement en lui, se retrouvant face à l'un de ses ravisseurs, celui qui avait meurtri sa chair. Du côté d'Eijiro, qui semblait tout aussi terrorisé que son compagnon, se jouait une litanie de regrets. Je l'avais vu, se disait-il, je l'avais vu et je n'y ai pas cru. Nous aurions dû fuir.

Mais il n'eut pas le luxe de se laisser aller plus à ses pensées, car il fut sorti de sa torpeur par une poigne puissante qui le mit à terre, les deux hommes qu'avait soudoyé Dabi s'étant infiltrés dans la pièce pour le projeter au sol, lui immobilisant les bras avec force. Une semelle épaisse et poussiéreuse lui envoya un coup cinglant dans les côtes avant de se poser brutalement sur son buste pour le maintenir immobile. Le carmin s'empressa de hurler, le souffle court :

« Katsuki ! Sauve-toi ! »

Je les retiendrai. Sauve ta peau, je les retiendrai… Ces mots résonnaient si fort dans son esprit qu'il pensait les lui avoir criés, mais un nouveau coup de pied à la mâchoire l'assomma brutalement.

Le prince, lui, se retrouvait face aux deux yeux bleus qui le sondaient d'un calme malsain. Un sourire étira la peau abîmée par les agrafes.

« Comme on se retrouve, mon prince. Je vois que vous semblez passer du bon temps, tous les deux. Serais-tu tombé sous le charme de ton sauveur ? »

Les yeux illuminés d'un éclat désespéré et la bouche fendue d'un rictus agressif, le cendré souffla, la voix rauque :

« Toi… Tu ne lâches jamais rien ? Tu vas le regretter, je vais t'exploser, enflure! »

Toutes griffes dehors, des étincelles au creux des mains, Katsuki se jeta sur Dabi, prêt à le repousser sans perdre une seconde de plus. Il ne devait pas hésiter, sinon il serait mort. En le voyant attaquer, le brun haussa un sourcil.

« Tu as retrouvé ton pouvoir ? Que dirais-tu de goûter au mien, d'abord ? »

D'un geste de main las, Dabi envoya une étincelle bleutée qui se transforma en une bourrasque enflammée lorsqu'elle fendit l'air pour s'abattre sur le prince. Le jeune homme fut aveuglé par l'éclat azur qui venait vers lui à toute allure, et, emporté par son élan, il ne put faire marche arrière. Il se prit l'incendie de plein fouet, et atterrit lourdement sur le sol avant de rouler dans la poussière.

Eijiro, immobilisé et abasourdi par les coups, ne suivait la scène qu'au travers du voile qui lui brouillait la vue. Il sentit son cœur rompre lorsque le prince passa à travers les flammes. Il envoya une impulsion dans tout son corps pour se relever, mais son élan fut stoppé par les deux hommes qui le retenaient fermement, l'empêchant de faire le moindre geste. Dabi leva la voix vers ses sbires :

« Il est encore en vie ? Débarrassez-moi de lui ! » Cracha-t-il. Le sang du dragon ne fit qu'un tour, et il voulut de nouveau bouger avant de se prendre un coup dans l'abdomen.

Le bruit mat des chocs fut soudainement recouvert par une toux asphyxiée. Katsuki se relevait difficilement, le bras droit brûlé et le visage poussiéreux. Sa cape avait été complètement carbonisée dans les flammes, et il n'en restait qu'un fumet désagréablement entêtant qui flottait dans l'air. Lentement, il tourna la tête, et posa sur son assaillant deux prunelles teintées d'une fureur sourde. Dabi le fixait le menton haut, et eut un souffle moqueur en le voyant prendre appui sur ses bras douloureux pour se relever.

« Allons, ne force pas trop. Tu n'es pas en état, et personne n'est pas là pour me restreindre. »

À mesure qu'il parlait, il se rapprochait lentement du jeune homme toujours à terre. Il se tut un instant et cilla imperceptiblement lorsqu'il envoya sa semelle renforcée en plein dans le visage du cendré qui fut de nouveau projeté en arrière, étouffant un gargouillement de douleur en allant cogner contre l'une des tables de l'auberge. Le fracas réveilla Eijiro qui releva difficilement la tête, le goût du sang contre son palais. Lorsqu'il vit la silhouette de Bakugo étendue au sol, la peur le submergea comme un ouragan. Poussé par l'énergie du désespoir, il réussit à se tirer des griffes de ses adversaires, s'élançant vers le prince.

« Katsuki ! »

Les membres engourdis par les coups, il rampa sur deux mètres pour se rapprocher du blond. Il oublia momentanément le fait qu'être dos à l'ennemi le rendait parfaitement vulnérable. Ce fut une douleur aiguë et puissante comme un choc électrique qui lui fit reprendre conscience de la situation. Il étouffa un cri enragé en ramenant vivement sa jambe contre lui. Il siffla entre ses dents, un liquide chaud se rependant lentement au sol. Il avait été poignardé à la cuisse.

L'homme qui venait de l'attaquer le regarda se tordre de douleur un instant avant de se préparer à frapper de nouveau, l'arme au poing. Mais alors qu'il fondait vers lui, le dragon se défendit en le repoussant d'un coup de queue inespéré. Le bandit tomba en arrière, perdant sa lame dans sa chute. Ignorant la douleur autant qu'il le put, l'Adarkin en profita pour faire trébucher l'autre homme en le frappant aux jambes. D'une impulsion rapide qui fit gicler une gerbe de sang de son entaille, il se releva promptement pour venir se placer entre le prince, toujours au sol, et Dabi, qui posait sur eux son regard glacial. Les crocs dehors et les pupilles rétractées à l'extrême, Eijiro gronda sourdement, ses yeux de feu plantés avec agressivité dans ceux azur qui lui faisaient face.

« Recule. Si tu t'approches, je n'hésiterai pas. » Gronda le carmin.

Derrière lui, il entendit le bruissement du prince qui se redressait. L'odeur de chair brûlée qui régnait au-dessus d'eux était nauséabonde, mais Kirishima l'ignorait. Seul le fait de protéger Bakugo l'importait.

« Tu n'hésiteras pas à quoi, dragon ? À me tuer comme tu l'as fait avec cette pauvre Himiko ? »

Ses paroles claquèrent dans l'air comme un coup de fouet. Le carmin se raidit, et Dabi eut un rictus mauvais.

La mort. Les griffes du dragon tracèrent des stries sur le sol. Ôter la vie. Il serra les dents. Le souvenir des boyaux de la jeune fille éparpillés au sol lui fit momentanément tourner la tête. Mais avait-il plus peur de faire couler le sang ou de perdre celui qui était très certainement l'amour de sa vie ? Il sentait déjà sur sa peau le picotement des écailles qui menaçaient de sortir.

La voix du prince dans son dos le fit tressaillir.

« Laisse-le moi. Ce salopard va regretter d'être venu me chercher une seconde fois. »

Eijiro tourna son regard vers lui une seconde avant de le reposer avec méfiance sur celui qui se tenait debout devant eux. Un grognement sourd roula depuis le fond de sa gorge. Il n'était pas sûr de ce qu'il fallait faire.

Les acolytes de l'homme aux flammes coupèrent court à son hésitation. De concert, ils se jetèrent à nouveau sur lui. À son tour, le reptile fut envoyé dans le décor et brisa une chaise lorsque son dos rencontra brutalement le bois sec. Il ne put retenir une quinte de toux, laissant échapper un filet de salive ensanglantée qui dégoulina sur son menton.

« Eijiro ! »

Le prince se releva à cet instant précis, une main tremblante plaquée sur son avant bras brûlé. Son regard rendu trouble par l'inquiétude resta accroché quelques secondes de trop sur son amant. Dabi profita de son inattention pour lancer son feu destructeur, embrasant instantanément le mobilier qui se mit à craquer et siffler lorsqu'une chaleur insupportable se mit à monter dans la pièce. Katsuki et lui se retrouvaient dans une arène de flammes, séparés du dragon et des coéquipiers du brun par une barrière mortelle. Le prince se protégea de ses deux bras levés devant son visage, surpris par la vitesse à laquelle se propageait l'incendie. Il avait perdu Eijiro de vue, et le bâtiment serait bientôt totalement englouti par les flammes. Et eux avec. Il voulutagir, mais perdit l'équilibre. La fumée qui s'accumulait dans la petite salle lui donnait le vertige. Il eut à peine le temps de voir la silhouette de Dabi se mouvoir dans la lumière aveuglante des flammes qu'il l'avait déjà attrapé à la gorge.

« Je te tiens! »

D'un coup brusque, il renversa le jeune homme dos contre le bois brûlant de la bure de l'une des tables. Sans lâcher le prince d'un pouce, il appuya de toutes ses forces contre son cou, riant par dessus le crépitement du brasier, s'appuyant sur lui en le surplombant de sa silhouette longiligne.

Le sang de Katsuki bouillonnait dans ses veines. Ses mains se crispèrent avant de se poser contre le visage et le buste de son adversaire, lui envoyant une explosion maladroite en plein corps. Dabi fut à son tour éjecté en arrière, se faisant avaler par ses propres flammes.

De l'autre côté du brasier, Eijiro se démenait comme un diable pour tenir éloignés les deux types qui le battaient à mort. Plus les coups pleuvaient, plus il lui était difficile de les rendre. Il sursauta lorsque la détonation fit trembler le sol et les murs, suivie d'une toux rauque. Katsuki. Où était-il ? Il ne le voyait plus. La panique se mêlait à la douleur et montait en flèche. Il sentait son cœur cogner contre ses côtes, le regard brouillé par la lumière et l'agitation. Sa tête tournait. Il se sentait partir. Les écailles qui le démangeaient percèrent alors soudainement son épiderme, en même temps que les cornes qui ornaient son front commençaient à poindre en deux bosses sous sa peau. Une pellicule épaisse se mit à recouvrir son œil, membrane nictitante opaque qui rendit sa vision floue. Une sensation d'entaille dans son dos le fit tressaillir avant que deux larges ailes n'en surgissent, déchirant sa veste. Il ferma les yeux aussi fort qu'il le put. Il commençait à se changer en animal, et il était trop tard pour faire machine arrière. Lorsqu'il rouvrit les paupières, deux formes troubles se tenaient devant lui, proches, menaçantes, prête à frapper de nouveau. Mais sa transformation lui avait envoyé un regain d'énergie dans les veines, et le dragon ignorait maintenant la caresse tiède du sang qui coulait de son nez et de sa lèvre fendue par les coups.

En le voyant changer pour se transformer à mi-chemin entre l'animal et l'humain, les deux hommes avaient reculé. L'un d'entre eux semblait de moins en moins sûr de l'issue du combat, et resta en arrière lorsque le deuxième se jeta sur Eijiro pour tenter de le remettre à terre. Tous ses sens en alerte, et malgré sa vision rendue obscure par la membrane reptilienne qui protégeait ses yeux, Kirishima renvoya aussi sec son assaillant d'où il venait d'un puissant coup de queue. Le corps du bandit se tordit comme celui d'un pantin avant que sa tempe fragile n'aille se fendre contre le coin de la table sur laquelle Katsuki et lui étaient précédemment installés.

Il tomba aussi sec, le regard dans le vide, une flaque de sang se créant sous sa tête. En voyant son acolyte se faire balayer aussi facilement, l'autre brigand siffla une injure entre ses dents avant de reculer de quelques mètres. Il jeta un dernier regard au reptile, hésitant. S'il devait mettre sa vie en jeu, ça n'en valait pas le coup. Il préférait fuir. D'un coup d'épaule, il fit volte-face et quitta l'auberge en flammes, laissant derrière lui le corps inanimé de son égal.

Lorsque la silhouette disparut de son champ de vision, Eijiro laissa retomber un genou à terre. La tension faisait trembler ses muscles et il grondait agressivement, sa queue fouettant le sol, ses ailes à demi-déployées battant dans le vide. Soudainement, à quelques pas de lui, une explosion lancée par Katsuki le fit de nouveau sursauter. La bourrasque générée par le battement de ses ailes souffla une partie des flammes qui entouraient le cendré et le brun. L'espace de quelques secondes, le dragon eut le champ libre pour apercevoir qu'il se trouvait face à Dabi, ce dernier prêt à lui renvoyer une gerbe bleue en plein visage.

Tous ses muscles bandés à l'extrême, les doigts crispés et la mâchoire serrée, Katsuki attendait l'instant où il s'élancerait sur lui, où pendant une fraction de seconde, il serait à découvert. Lorsque son assaillant s'élança, le jeune roi bondit aussitôt. Là. Il pouvait l'avoir. Les crépitements dans ses mains se murent en étincelles lumineuses qu'il balança à toute allure, sûr de son coup, un rictus farouche tranchant son visage.

Mais l'homme contre qui il se battait n'en était pas à son premier combat.

Dabi recula et esquiva l'explosion carabinée qui arrivait sur lui. Bakugo n'eut qu'à peine le temps d'écarquiller les paupières que ses étincelles furent balayées par les flammes bleues. Aveuglé momentanément, il fut incapable d'esquiver les deux mains violacées qui le saisirent avant de le plaquer avec brutalité contre la table, écrasant avec violence son visage contre le bois. Le prince étouffa un grognement douloureux et tenta de se relever derechef, mais le buste du brun plaqué contre son dos rendait l'opération impossible.

Doucement, il approcha son menton de l'oreille du cendré, susurrant d'une voix suavement répugnante en frottant ses lèvres contre son lobe :

« En contrepartie de tout le mal que tu nous asdonné, espèce de sale petite vermine, tu vas me laisser faire ce que je veux de toi. Ensuite, je prendrai soin du dragon qui t'accompagne… »

Le sang du prince se glaça lorsque le souffle du bandit vint rouler sur sa nuque et mourir en un ignoble frisson à la racine de ses cheveux. Le ventre retourné par le dégoût, il envoya de toutes ses forces son coude dans l'abdomen du brun, se libérant momentanément de son emprise et lui arrachant un grondement furieux. Il réussit à tourner le visage et les épaules dans sa direction et croisa un regard glacé, rendu terrifiant par la colère sourde qui s'y était logée. Le cendré n'eut pas le temps de fuir, car Dabi dégaina en un éclair un poignard qu'il gardait dissimulé sous la longue veste noire qui le recouvrait, et planta d'un coup sec la lame dans la main droite du prince encore posée à plat sur la table.

Katsuki hurla de douleur lorsque l'acier transperça sa chair et ses os dans un craquement humide, la pointe venant s'enfoncer jusque dans le bois, scellant sa paume contre la surface. Les pupilles réduites à deux têtes d'aiguilles, il fixait la lame teintée d'éclats bleus fichée dans le dos de sa main, faisant fuir de sous sa peau des jets de sang rouge vif qui se rependaient sur le chêne sale pour venir couler en grosses gouttes sombres sur le sol poussiéreux. Les muscles tendus et les bras tremblants, il n'osait plus bouger son bras, une respiration sifflante s'échappant d'entre ses incisives plantées dans sa lèvre inférieure.

La scène s'était déroulée en un battement de cils. Eijiro, qui clignait des paupières pour tenter d'y voir clair, eut à peine le temps de distinguer l'éclat de la lame traversant les flammes pour aller transpercer le corps du prince que le feu de Dabi avait de nouveau envahit l'auberge. Il se releva d'un bond, affolé par le cri du cendré, mais la barrière de chaleur qui le séparait de son amant devenait incontrôlable, engloutissant tous les combustibles à sa portée, devenant de plus en plus énorme à mesure qu'il se nourrissait du bois du mobilier de l'auberge.

« Katsuki ! » Cria le dragon par dessus les flammes, se protégeant de la chaleur à l'aide de ses bars qui formaient une piètre barrière, mais le crépitement assourdissant étouffait sa voix.

Derrière les flammes, Dabi prenait son temps pour observer le jeune roi souffrir le martyr en serrant les dents. Toujours dans son dos, il eut un ricanement sadique avant de grincer :

« Tu es pris au piège. Ne t'agite pas trop, ou je te tranche le poignet. »

À mesure qu'il sifflait ses paroles, il avait entouré ses doigts autour du manche, faisant s'enfoncer un peu plus l'acier tranchant dans la chair meurtrie. Bakugo ne put retenir un nouveau glapissement, rendu nauséeux par l'intensité de la douleur et la sensation insistante du corps du brun dans son dos. Il sentait son pouls s'affoler et son poil se hérisser. Il ne voulait pas le laisser le blesser encore. Cette fois, il devait avoir l'ascendant sur ceux qui avaient cru bon de penser qu'il serait facile de s'en prendre à lui.

Son bras gauche était replié sous son buste. Il le fit reculer difficilement pour le libérer, puis allongea ses doigts vers sa botte aussi vite qu'il le put, avant que Dabi ne puisse réagir.

Sa botte, dans laquelle il avait gardé, tout le long de son périple, son aiguille d'obsidienne.

D'un coup, Katsuki repoussa le brun d'un brusque coup d'épaule. Dégagé de son emprise, il se retourna comme il le put, sa main toujours scellée à la table, et envoya de toutes ses forces son bras gauche en direction de Dabi. La longue aiguille noire, qu'il agrippait fermement, s'enfonça brutalement en plein dans la jugulaire de l'homme, perçant la peau brûlée, ouvrant la chair violette et les veines qui se cachaient en dessous.

Crispé, tremblant, Bakugo, le regard plongé dans celui de Dabi, resta une poignée de secondes sans oser bouger. L'aiguille l'avait transpercé de part en part, ressortant sous son oreille, et avec elle, une giclée de sang noir et épais. Dabi recula d'un pas, puis d'un deuxième. Son genou flancha et il perdit l'équilibre, s'appuyant de justesse contre l'une des rare table qui n'avait pas encore été totalement consumée. Les yeux grands ouverts, il n'avait pas lâché le prince du regard. Un regard plus froid que la glace de ses iris, qui commençaient à se voiler à mesure qu'il glissait sur le sol, ne tenant plus sur ses jambes. Il finit par entrouvrir les lèvres, mais ne put que cracher un flot de sang visqueux qui coula sur son menton et son buste, teintant ses dents, avant qu'il ne s'écroule face contre terre.

Le souffle court, Katsuki avait suivi toute la scène, le cou contorsionné pour pouvoir regarder derrière lui, tout son bras droit immobilisé lui faisant prendre une position plus qu'inconfortable. Mais il ignorait la douleur qui le lançait, n'osant pas baisser sa garde, se tenant prêt à voir l'homme se relever pour venir en finir.

Mais Dabi ne bougeait plus, et peu à peu, les flammes qui consumaient l'auberge s'étiolèrent jusqu'à se tarir complètement, ne laissant de leur passage que des cendres et des poutres carbonisées et charbonneuses.

Le silence était revenu dans la pièce. Seul le prince haletait, transpercé par la sensation de déchirure dans sa main et de brûlure sur son bras, les jambes tremblantes, se retenant contre la table à laquelle il était empalé. Eijiro, le cœur battant, encore en panique, s'élança lorsqu'il reconnu à travers le voile qui lui brouillait la vue la silhouette courbée de son amant. Il s'empressa de venir vers lui, le corps rendu lourd et pataud par sa transformation et ses blessures, n'osant pas poser ses mains griffues sur le jeune homme.

« Katsuki !… Sa voix tremblait. Est ce que ça va ? »

Des deux, il semblait être le plus perdu. Le jeune roi, qui endurait la douleur en serrant les dents, se retourna vers lui, une goutte de sueur glissant sur sa joue, traçant un sillon clair dans la poussière collée à sa peau. Le dragon avait les yeux humides.

« Tu es blessé ? Demanda-t-il, la voix emprunte de remords palpables. Il avait faillit à sa mission.

-Ça aurait pu être pire. » Fit Bakugo en posant les yeux sur sa main.

Il jeta un coup d'œil dans son dos pour s'assurer que le brun en se relevait pas.

« La menace ne plane plus au dessus de nos têtes, au moins. »

Eijiro regarda à son tour les deux dépouilles étendues au sol. Petit à petit, sa vision se faisait moins trouble. Mais lorsqu'il reposa les yeux sur le prince et que ses billes humides de peine aperçurent la lame fichée en plein dans le poing du jeune homme, il se mit à hurler :

« Ta main ! Qu'est ce qui s'est passé ?! Quand est ce que…

-Eijiro. Le coupa sèchement le blond, ne crie pas. »

Mais c'en était trop pour le dragon. Submergé par la surprise de l'attaque, la douleur des coups et de sa cuisse ouverte, sa transformation qu'il n'avait pas vue venir et le sentiment d'échec insoutenable de ne pas avoir été capable de protéger le prince, il n'arrivait pas à retrouver son calme, la vue du sang et de la main en lambeaux de Katsuki n'aidant en rien. Une larme s'échappa de son œil, glissant sur sa joue et se mêlant à l'hémoglobine qui tâchait sa peau.

Supportant la douleur encore quelques instant, le jeune roi posa sa main libre sur la joue du dragon, la faisant remonter sur ses cornes rugueuses. Il plongea son regard légèrement embrumé dans le sien, il commençait à perdre du sang. Puis, il se rapprocha et déposa ses lèvres au coin des siennes.

« Calme-toi » Souffla-t-il d'un ton rauque.

Kirishima laissa échapper un sanglot. En voyant la main du cendré se crisper sur la table, il déclara :

« L… Laisse-moi t'aider, ne bouge pas. »

Katsuki avait les lèvres pincées, mais ne s'opposa pas. Eijiro vint se placer à côté de lui, et posa avec une prudence inégalée sa main sur le manche. Bakugo avait le regard posé sur lui, attendant le moment où a déchirure de la lame le traverserait une seconde fois. En se saisissant de la hampe, Kirishima eut un flash. Il se souvint du jour de leur rencontre, lorsqu'il avait retiré l'aiguille des côtes du prince, quand celui-ci était encore sauvage. Il lui avait fait confiance, et cette fois-ci, la situation était la même. Le carmin ne le fit pas attendre plus. Il inspira un grand coup et retira vivement la lame qui quitta les chairs dans un bruit de succion humide avant de tomber sur le sol dans un tintillement mat.

« Aaah ! »

Katsuki laissa échapper un cri éraillé, la tête rentrée dans les épaules, son front et ses tempes perlant de sueur. La douleur était horrible, aussi cinglante et insupportable que lorsque que cette maudite aiguille de pierre s'était logée en lui. Les yeux brouillés par les larmes, il osa un regard derrière lui. Sous le corps de Dabi, la flaque pourpre ne cessait de grandir. Au moins, elle avait retrouvé son propriétaire, se dit le jeune homme en pensant à l'épine noire. Il chancela vers l'arrière et se rattrapa de justesse à Kirishima qui sentait lui aussi sa cuisse touchée commencer à lui faire défaut.

« Partons d'ici, souffla le dragon qui avait passé son bras autour de sa taille pour le maintenir debout, on doit faire quelque chose pour ton bras. »

Katsuki acquiesça en silence, un pli se formant sur son nez à cause de la grimace douloureuse qui avait pris possession de ses traits. Les deux garçons se traînèrent hors de l'auberge d'où s'échappait une épaisse fumée noire qui dessinait une colonne sombre dans le ciel. Alertés par l'incendie, des villageois avaient prévenu la garde royale d'Aestas qui déboula au galop au moment où les voyageurs quittaient les lieux. Un homme et une femme à cheval, protégés d'armures dorées qui leur recouvraient le poitrail.

La cavalière se précipita vers eux, leur bloquant le passage du haut de sa monture, les toisant avec méfiance de ses deux yeux jaunes. Sur sa tête perçaient deux longues oreilles blanches et duveteuses comme celles d'un lapin, et ses longs cheveux blancs retombaient sur ses épaules halées. C'était une Adarkin. Elle gronda :

« Hep là, vous deux ! Où croyez-vous fuir ? Vous êtes les responsables de ce grabuge ?

-On a été attaqués ! S'empressa de se défendre Eijiro en voyant que le prince s'apprêtait à répondre avec véhémence à la jeune femme. Nous venons de Syrthio, et…

-Syrthio ? Répéta-t-elle, écarquillant les yeux avec surprise, avant de poser son regard sur le cendré, en sale état. Attendez, vous ne seriez pas le prince qui a été enlevé il y a dix jours ?

-Si… Gronda Bakugo en fronçant les sourcils. Ce n'était pas vraiment le moment de taper la causette, mais il expliqua tout de même : Ceux qui s'en sont pris à moi nous on suivit jusqu'ici depuis que le mercenaire envoyé par les souverains m'a sorti de leurs cachots. »

Il désigna Eijiro d'un coup de menton avant de finir :

« Ils sont là dedans. Ils sont morts.

-Il y en a un qui a pris la fuite. » Compléta le carmin.

La sentinelle les écoutait avec une attention mêlée de fascination face à ce couple particulier. Un prince et un Adarkin qui se faisaient traquer à travers tout le pays, ce n'était vraiment pas commun. Laissant retomber sa garde, elle se fit plus douce :

« Bon sang… On s'en occupe, laissez-nous m'avez l'air bien amochés, je vais vous escorter jusqu'au monastère. Il y a un guérisseur qui pourra s'occuper de vous, là-bas. »

Si tôt ses paroles prononcées, la jeune femme mit un pied à terre, arrivant à la hauteur des deux adolescents. Elle était légèrement plus petite qu'eux, mais les dépassait du haut de ses deux oreilles velues. En la voyant descendre de son cheval, son coéquipier la héla :

« Miruko ! Qu'est ce qu'il se passe ?

-Je t'expliquerait plus tard, je m'occupe d'abord de ces deux-là ! »

D'un signe de tête, elle désigna sa monture au prince qui avait du mal à se tenir debout.

« Toi, tu grimpes, lança-t-elle, faisant fi de toute politesse. Pas question que le prince du royaume voisin nous claque entre les pattes. Et plus vite que ça, allez ! On n'a pas une minute à perdre !

-Ça va, je ne suis pas à l'article de la mort, non plus. » Grinça Katsuki qui enfila un pied dans l'étrier, aidé par Eijiro, mais Miruko l'ignora royalement, saisissant son cheval par le mors.

Dès que le cendré fut installé sur la selle, ils prirent la route au pas de course. Le monastère était un peu excentré de la cité, et la jeune Adarkin avait une sacrée détente. Diminué par ses plaies, Eijiro avait du mal à suivre, et commençait à boiter, laissant sur son passage une myriades de petites gouttes pourpres. Il grimaça de douleur en sentant la plaie le lancer de plus en plus et finit par siffler :

« Je n'arrive pas à suivre, partez devant, je vous rejoins dans quelques minutes. »

Miruko tourna la tête et acquiesça tout en poursuivant, et bientôt, la silhouette de la lapine et du prince disparut au bout de la rue pavée. Kirishima prit appui contre un mur, essoufflé.

Cette bataille avait été la plus dure, mais c'était probablement la dernière qu'ils auraient à subir.

§§§

Des nuages noirs et lourds de pluie, annonciateurs d'orage, s'étaient amoncelés au dessus d'Aestas, le privant du coucher de soleil orangé qui baignait la ville en temps normal. Bien que la température eut baissé de quelques degrés, la chaleur était moite, et les premiers éclairs menaçaient d'éclater d'une seconde à l'autre.

L'après-midi touchait à sa fin, et dans les rues, la foule se dissipait à vue d'œil, les habitants s'empressant de rentrer pour se protéger des grosses gouttes de pluie tiède qui commençaient déjà à marteler les pavés de la cité.

Quelques minutes plus tard, le sol était déjà détrempé et des trombes d'eau ruisselaient le long des rues pendant que le tonnerre grondait dans la distance.

Katsuki avait reçu des soins au monastère. Le guérisseur qui s'y trouvait avait traité ses blessures à l'aide de remèdes naturels, posant sur son bras un épais cataplasme à base de poudre d'ardoise, de corne de sabot de cheval et d'écaille d'huître calcinée mélangée à de la graisse. Il lui avait pansé tout le bras et la main après avoir stoppé hémorragie, et si le prince était affaiblipar la bataille, il aurait récupéré après une bonne nuit de repos, même si la douleur perdurerait encore de longues semaines. Eijiro, quand à lui, n'avait pas eu besoin de plus qu'un bandage autour de sa cuisse et d'un onguent à base de fleur d'arnica pour passer sur les contusions et les ecchymoses dont s'étaient suivis les coups qu'il avait reçu. Miruko, la garde qui les avait escorté, les avait ensuite conduit jusqu'à une autre auberge, aux abords de la citadelle, où ils passeraient la nuit. Ils n'étaient clairement pas en état de rentrer à Syrthio et avaient besoin de repos.

La chambre était plus spacieuse que la précédente, et plus épurée. Seul un large lit trônait dans la pièce, entouré de hauts baldaquins dont les rideaux à demi-tirés ne laissaient entrevoir qu'une partie de leurs silhouettes.

Katsuki et Eijiro étaient tous les deux allongés entre les draps. Le dragon, la tête reposant dans l'oreiller, les bras croisés derrière la nuque, et le prince étendu sur lui, le visage contre son buste. Dans la chambre, le silence était complet, seulement troublé par le crépitement de la pluie contre la fenêtre et le bourdonnement indistinct de l'orage. Les deux garçons semblaient profondément plongés dans leurs pensées, tous deux encore secoués par l'attaque dont il avaient fait les frais dans la matinée. Pendant que le reptile fixait le plafond du lit, le jeune roi, lui, avait les yeux posé sur sa main, une tâche brunâtre s'étant formée sur son bandage, à l'endroit précis de la blessure. À peine venait-il de récupérer son pouvoir qu'il ne pouvait déjà plus l'utiliser. Il lui restait une main valide, certes, mais se sentir diminué à ce point lui tordait les tripes. Il soupira, et Kirishima leva la tête.

« Est ce que ça va ? Demanda-t-il doucement en décroisant les bras pour venir glisser une main au creux du dos du cendré.

-Mmh. » Grogna ce dernier en réponse en fermant à demi sa paume. Il ne pouvait pas faire plus, restreint par la douleur.

Puis, il se redressa lentement, en s'appuyant précautionneusement sur ses coudes, plaçant son visage à hauteur de celui du carmin. Les deux garçons se dévisagèrent un instant avant que le prince ne réduise à néant la distance qui les séparait, posant ses lèvres contres celles d'Eijiro. Le baiser dura quelques secondes, avant que Katsuki ne le rompe pour aller fourrer sa tête au creux du cou de son amant, toujours aussi peu loquace.

Kirishima le laissa faire, remontant sa main le long de sa colonne jusqu'en haut de son cou, ses doigts glissant entre les épis clairs. La respiration légère du jeune homme qui venait mourir contre sa peau chaude le faisait frissonner, et il resserra un peu plus son emprise autour du corps du prince. S'il semblait calme, du moins, en apparence, il avait été beaucoup plus difficile pour le dragon de retrouver ses esprits. Il lui avait fallu de longues heures avant que ses attributs, témoins de son stress, ne finissent par disparaître non sans laisser de traces. Il avait encore sur le front deux marques brunes et deux légères excroissances sur les épaules, là où avaient poussé ses ailes. Après un combat pareil, redescendre avait été long, et bien que ces épreuves se trouvassentà présent derrière eux, leurs esprits étaient encore tout à la bataille.

Ce fut le carmin qui brisa le long silence qui s'était de nouveau imposé sur la chambre.

« Que fait-on, Katsuki ? »

Le prince releva la tête vers lui.

« Je veux dire, pour Syrthio… Est-ce que tu as réfléchi ? »

Eijiro savait que le sujet était épineux, mais il n'oubliait pas sa part de responsabilités. Katsuki se mordit le coin de la lèvre, fronçant les sourcils avant de se blottir de nouveau contre lui.

« Je ne sais pas… » Sa voix était semblable à un souffle. Lové contre le cou du dragon, il sentait ses yeux le brûler. Le voyage touchait à sa fin, et ça lui faisait mal au cœur, il n'y pouvait rien. Après une journée aussi épuisante, il n'avait pas envie de réfléchir à ça. L'épuisement le rendait irritable.

Le sentant tendu contre lui, le dragon fit remonter sa main de quelques centimètres, ses doigts se perdant dans ses cheveux.

« Ne t'en fais pas, on verra demain.

-Je ne m'en fais pas, imbécile. Je n'ai juste pas envie d'y penser. »

Le ton grognon du jeune homme arracha un faible sourire à l'Adarkin. Il laissa sa tête se ré-enfoncer dans l'oreiller, bercé par la respiration du cendré et le grondement des éclairs.

Ils auraient tous le temps de réfléchir au tournant que prendrait leur aventure au réveil. Pour le moment, ils avaient besoin de reprendre des forces.

Le dragon était perdu dans un songe entre réalité et rêve lorsque le sommeil finit par s'emparer de ses paupières. Cette nuit était peut-être la dernière loin de leurs terres.

À suivre…


Ah là là... Pourquoi est ce que je finis toujours par les faire autant souffrir alors que je les aime plus que tout? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c'est que maintenant, les emmerdes sont derrière eux! Ils vont peut-être pouvoir enfin commencer à profiter (quoi que, ils ont pas attendu pour passer au plat de résistance, la dernière fois /BANG).

Bref, j'espère que ce chapitre vous aura plu, et que le délai entre les deux ne vous a pas trop dérangés, si oui, je m'en excuse TwT Promis juré, je ferai de mon mieux pour poster le prochain dans moins longtemps. Spoiler: j'avoue que je suis un peu plus motivée parce que Kat et Ei vont probablement faire des choses très intéressantes, si vous voyez ce que je veux dire. /wink wonk/

Sur ce, merci d'avoir lu, merci si vous prenez le temps de laisser une trace de votre passage pour donner votre avis (les petits mots de deux lignes, les romans, les délires, je prends TOUT!), je vous souhaite une bonne soirée et je vous dit à... Bientôt!