Arlan accepta son nouveau prénom sans sourciller, comme s'il l'avait toujours porté, et ne provoqua plus aucun dégât notable au cours des deux jours qui suivirent son arrivée, mais il continuait de mettre Hermione sur les nerfs, d'autant qu'il ne s'était même pas souvenu qu'elle l'avait attaqué – et elle jura n'y être pour rien. Si la rencontre avec ses nouveaux collègues se passa pour le mieux, le jeune homme ne manqua pas d'intriguer les autres professeurs, d'abord par sa présence mais surtout par son aisance à s'orienter dans le château et son comportement : l'enchantement d'Hermione l'empêchait si bien de parler de leur passé que le nouvel élève n'ouvrait la bouche que lorsqu'on lui posait une question, mais son indifférence à tout troublait indéniablement. Seule sa chouette, Hedwige, réussissait à lui arracher, de temps à autres, une expression affectueuse quand elle venait le voir à toute heure de la journée – et le Quidditch, même si Arlan râla de la vitesse trop lente des balais qu'il essaya, fort heureusement hors de portée d'ouïe des professeurs et employés n'étant pas dans la confidence de son secret. Mais il était une chose qui perturbait même Hermione : bien qu'il eut affirmé la connaître, il avait été incapable de se rappeler son prénom et l'appelait « professeur Epson », le nom qu'elle s'était octroyée. D'un autre côté, cela avait permis de présenter Arlan comme l'un de ses vieux élèves, venu avec elle en Grande-Bretagne sous prétexte qu'ils avaient découvert qu'il existait des Potter sorciers et que Poudlard avait toujours été leur rêve commun – mais qu'il avait fallu attendre que l'adolescent ait dix-sept ans.

Dumbledore s'était quant à lui chargé de prévenir les Potter de l'existence d'Arlan, tout en précisant que la nouvelle professeure de défense contre les forces du Mal avait bien connu les parents du garçon. L'idée était évidemment d'éviter tout amalgame, ainsi que de faciliter leur rencontre – surtout entre les adolescents. Puis le directeur de Poudlard était parti pour la Confédération internationale et, comme il l'avait prévu, Akmar avait demandé à conserver la copie du parchemin transcrit par Hermione, mais le froncement de sourcils qu'il avait eu en le consultant ne présageait rien de très encourageant – même s'il se tournait vers sa femme.

̶ Même s'il aime s'attribuer le travail de son épouse, Akmar possède des connaissances certaines en égyptologie, expliqua Dumbledore tandis que Horace, Hermione, Arlan et lui longeaient l'allée qui les mènerait au portail de l'école. On ne vit pas en couple depuis cinquante-huit ans sans avoir appris une ou deux choses du métier de la personne qui partage notre vie.

̶ Il a pu évaluer le nombre de langues ? demanda le maître des potions.

̶ Il en a compté quatre. Il y a effectivement de l'humain, mais aussi de l'anubite, de l'osbahrim et, il n'était pas sûr du dernier, de l'ankhephren. Le problème reste toutefois le même : est-ce que si tous les dialectes sont séparés, le parchemin aura-t-il enfin une signification ou bien, comme l'a dit Hermione, s'agit-il d'une imbrication devant être considérée comme une authentique langue ? Pour l'heure, nous ne pouvons qu'attendre et nous concentrer sur l'enterrement de Dorea. Horace, tu ne me quittes pas : il y aura des Mangemorts et ton savoir pourrait être un petit peu trop intéressant à leurs yeux. Hermione, je crois que vous le savez aussi bien que moi…

̶ Je me tiendrai à l'écart des racistes et garderai un œil sur Arlan.

̶ Je ne suis plus un enfant, fit remarquer l'intéressé de ce ton désespérément neutre.

̶ Et tu n'es plus tout à fait toi-même, répliqua Hermione. Tu aurais dû sauter au plafond au moment où je t'ai dit que tu allais rencontrer d'autres Potter !

̶ Encore faut-il qu'ils en vaillent la peine.

̶ Toi aussi. Ton air indifférent n'invite pas à sympathiser avec toi. Fais un effort, s'il te plaît, ou tu es privé de tartes à la mélasse pour un an, je rends Hedwige à Eeylops et…

Le sol se fissura tout autour d'eux, craquant bruyamment en creusant de minces fentes. Les graviers blancs les plus petits tombèrent à l'intérieur des fines crevasses, mais Arlan n'afficha à aucun moment de colère, d'indignation, de surprise. Pas même lorsqu'il tourna les yeux d'un bleu profond que sa très vieille amie lui avait donnés après l'avoir endormi, deux jours plus tôt.

̶ Personne ne touche à mes amis, prévint-il avec une totale indifférence.

Hermione eut un sourire goguenard.

̶ Et comment veux-tu avoir des amis si tu ne leur montres pas ton affection pour eux ? lança-t-elle.

Le jeune homme ouvrit la bouche et se ravisa. La professeure de défense contre les forces du Mal ne cacha rien de son triomphalisme.

̶ Je te propose un marché, reprit-elle. Tu te montres… enthousiaste avec les Potter et on ira t'acheter ta baguette juste après l'enterrement.

Ils avaient, en effet, renoncé à contacter Ollivander : il aurait été plus qu'étrange qu'ils sachent quelle était la baguette qu'il fallait à Arlan. Même si celui-ci semblait pouvoir manipuler la magie sans avoir recours à un accessoire, il tenait absolument à obtenir « mon amie », comme il disait. S'il n'était pas capable d'exprimer ses émotions, en outre, il avait manifesté, par ses mots, une légère jalousie dès qu'il avait vu Fumseck, le phénix du directeur.

̶ Très bien, très bien, céda Arlan sans parvenir à se montrer agacé, l as, désabusé par ce chantage.

̶ Parfait ! Répare le sol, maintenant, avant qu'un autre professeur n'ait vu ce que tu as provoqué.

Et le jeune homme de faire un pas : les graviers tombés dans les fissures revinrent à la surface avant qu'elles ne se referment, et le quatuor reprit son chemin vers le portail, que Dumbledore libéra afin de l'ouvrir pour mieux le refermer dès qu'ils furent tous sortis.

̶ Dans quelle ville doit-on aller ? demanda Arlan.

̶ Tinworth, répondit le professeur Slughorn.

̶ C'est parti.

Et il tapa du pied : ils furent immédiatement engloutis par les mêmes flammes qu'il avait produites, à son réveil, pour aller chercher le diadème perdu de Serdaigle. Car Dumbledore et Horace n'avaient pas manqué de le reconnaître. Ils soupçonnaient d'ailleurs Hermione de ne pas avoir été très honnête à ce sujet : qu'Arlan l'eût trouvé était aussi impressionnant que probable, mais elle avait eu l'air… assez réticente à répondre. Si l'occlumancie de la sorcière du futur était phénoménale, l'aura émanant d'elle trahissait tout de même ses sentiments – et la conversation autour du diadème n'avait pas manqué de la rendre prudente, méfiante.

Le quatuor eut à peine le temps de s'étonner qu'ils se trouvaient déjà à l'entrée d'un village situé sur le littoral. Le vent qui soufflait était chargé d'iode et bien plus frais que celui qui traversait Poudlard ce matin.

̶ Par Merlin ! s'exclama le responsable de Serpentard. Enfin un transplanage agréable !

̶ Tu devrais crier encore plus fort, Horace : je crois qu'on ne t'a pas entendu à New York, ironisa le directeur.

̶ J'ai mis vingt-trois ans à supporter l'asphyxie et l'écrasement de notre transplanage, alors pardonne mon émerveillement pour la technique d'Arlan, Mr J'ai-transplané-à-mon-premier-essai !

Le jeune homme s'avança le premier pour mieux s'arrêter.

̶ Je connais cette ville… affirma-t-il, semblant presque – vraiment presque ! – nostalgique, troublé.

Hermione ne fut guère surprise, mais elle renonça à lui expliquer pourquoi – et Arlan ne chercha pas à lui demander pourquoi Tinworth lui était si familière. Elle se contenta de le pousser gentiment, tout en prenant la tête de la marche, les menant vers le cimetière, situé en plein cœur de la petite commune, et où une foule assez conséquente se rassemblait, émergeant de toutes les rues menant à l'entrée.

Ils arrivèrent bientôt au cimetière, attendaient quatre personnes, dont deux facilement identifiables : le père et le fils avaient les mêmes cheveux ébouriffés et les mêmes traits, bien que ceux du premier se révélèrent plus blancs que les noirs de jais du second et que son visage se fut déjà bien ridé – mais ils avaient exactement les mêmes lunettes rondes. Avec eux, plus droite que son époux, visage arrogant et sévère, mais le regard doux et noisette comme elle l'avait légué à son rejeton, une femme à la tignasse argentée coiffée en une longue natte. Grand, séduisant, les épaules larges et les cheveux mi-longs aussi noirs que ses yeux, un deuxième adolescent regarda, comme les trois autres, Arlan d'un air incrédule.

Dumbledore se retint tant bien que mal, mais finit par pouffer de rire.

̶ Ne me dites pas qu'il ne vous avait pas prévenus ?! lança Horace, désabusé.

Mrs Potter fut la première à reprendre contenance.

̶ Il a simplement dit qu'il y avait une « certaine ressemblance » avec James, avoua-t-elle. Je vois que lui et Sirius n'avaient pas tort : à Poudlard, c'est le directeur qui s'avère le plus farceur.

̶ Pour une fois que nous nous rencontrons en chair et en os, je reconnais qu'Arlan m'a offert une très belle occasion pour montrer à vos fils combien les blagues douteuses peuvent être traumatisantes, mais croyez bien que je ne voulais pas choquer à ce point Fleamont.

Mrs Potter tourna la tête vers son époux, toujours aussi ahuri, et lui donna une tape derrière la tête – au même moment où Hermione faisait la même chose à Arlan pour l'encourager à se présenter. Il jeta un regard indifférent à la nouvelle professeure de défense contre les forces du Mal, mais quelque chose comme de l'incertitude émana de lui. A l'évidence, il ne savait ni comment se présenter, ni comment y mettre du bon cœur.

Il fit un pas vers les Potter et Sirius Black au moment où une voiture passait sur la chaussée, éjectant un gravillon qu'Arlan attrapa au vol avec un formidable réflexe – comme lorsqu'il avait attrapé la part de tarte à la mélasse.

James et Sirius émergèrent de leur stupéfaction au moment où Arlan laissa tomber le petit caillou à ses pieds et se précipitèrent sur lui.

̶ Tu es Attrapeur ?! s'enquit Cornedrue.

̶ Dis-nous que tu es Attrapeur ! implora presque Patmol. On a pris trois branlées l'année dernière…

̶ Ton langage ! gronda Mrs Potter.

̶ 420 à 110 contre Serdaigle, 390 à 70 contre Poufsouffle et 150 à 20 face à Serpentard, maman, ce sont des branlées ! Il n'y a pas d'autre mot ! dit James.

̶ « Humiliation » est un mot plus poli et tout à fait adapté à la pitoyable année de l'équipe des Lions, chantonna Horace en jubilant.

Les deux Maraudeurs se tournèrent vers lui, l'air blasé.

̶ Vous savez qu'une potion peut très vite exploser à la figure du professeur qui en vérifie la qualité ? lâcha Sirius.

Qui reçut aussitôt une claque derrière la tête de la part de Mrs Potter.

̶ Ose faire ça et je défonce le portail de Poudlard pour te botter les fesses et t'obliger à nous faire nos repas pendant un an ! Quand bien même nous risquerions une indigestion ! Alors, Arlan, tu as joué au Quidditch en tant qu'Attrapeur ?

L'intéressé se tourna vers Hermione, qui se demanda s'il n'avait pas oublié sa « carrière » de joueur, à l'époque où il était encore scolarisé, mais le jeune homme reporta son intérêt sur Mrs Potter.

̶ Dès mes onze ans, indiqua-t-il. Le plus jeune joueur de mon école en un siècle, je crois.

Dumbledore, Horace et Hermione haussèrent les sourcils : Arlan était parvenu à passer à travers les défenses mentales de la professeure ?! Plus intriguant, il avait eu besoin d'accéder aux souvenirs de sa vieille amie pour se souvenir de son âge quand il avait intégré l'équipe de Gryffondor – et de l'exploit qu'il avait accompli…

̶ Mais oui, j'étais Attra…

Un sorcier en robe violette surgit du cimetière, l'interrompant et manquant de percuter Mr Potter. Le maître des potions brandit aussitôt un doigt boudiné sur lui, l'air scandalisé :

̶ Coquin ! Gredin ! Filou ! Escroc ! Menteur ! s'écria-t-il. Comment avez-vous osé faire un enfant à ma chère Paola ?! Elle qui était si pure, si douce, si innocente ! Et vous qui prétendiez n'aimer que les blondes !

L'homme, qui ne devait pas avoir plus de trente ans, sourit.

̶ Je vous donnerai ma version des faits, professeur, mais après la cérémonie, qui n'attend plus que… vous, en fait. Professeur Dumbledore, toujours un plaisir de vous revoir. Professeur… Epson, si je me souviens bien, salua-t-il. Et l'improbable nouveau Potter, bien sûr… Enfin bon, je vous prierai de me suivre. Et une Bulle d'Insonomobilité nous ferait le plus grand bien.

Mr Potter tira sa baguette et fit un geste sec qui provoqua une sorte d'onde silencieuse pour tous les envelopper sous un dôme. Rarement utilisé, car assez peu connu, le sortilège créait une insonorisation dans un périmètre limité qui se déplaçait en même temps que son lanceur. Raison pour laquelle il avait été nommé Insonomobilité.

L'employé funéraire les entraîna dans le cimetière à la pelouse soigneusement entretenue, le long de l'allée principale parfaitement goudronnée et bordée de pierres tombales neuves, anciennes, arrondies, rectangulaires tirant soit sur le blanc, soit sur le gris. Au beau milieu du chemin, tel un rond-point, une statue représentant une Faucheuse encapuchonnée et armée d'une faux semblait monter la garde à l'entrée d'un imposant et élégant mausolée.

̶ La cérémonie se déroule tout au fond du cimetière, indiqua leur guide en fouillant sa robe violacée pour en extraire un parchemin affichant l'emplacement de chaque invité que quelqu'un avait modifié à l'encre rouge vif. Les Aurors ont modifié le plan de chaises : les professeurs Dumbledore et Slughorn, par conséquent, seront assis à côté de Maugrey, juste derrière les personnes qui méritent d'être gardées à l'œil, selon lui. Le professeur Epson sera placée parmi les nés-Moldus, donc à bonne distance de nos racistes avérés. Arlan et Sirius, bien évidemment, rejoignent le premier rang, mais du côté Potter. Pour la cérémonie, mon supérieur fera l'éloge de Dorea, puis les invités seront libres de faire un discours. Il n'y a malheureusement aucun Black qui se soit porté volontaire.

̶ Le contraire aurait été surprenant, marmonna Sirius avec une once de mépris. Moi, je vais dire une chose à son sujet. On ne s'entendait pas, mais je ne vais pas rater cette occasion pour dire ma façon de penser à mes parents et aux autres !

̶ C'est un enterrement, pas un règlement de comptes, fit remarquer Mrs Potter.

Ils contournèrent le mausolée que gardait la statue, Hermione jetant un œil au nom gravé au-dessus de la double et lourde porte en métal : STADWYCK. Le nom évoqua quelque chose à la sorcière, mais il lui fallut quelques secondes pour resituer le moment où elle avait entendu ce nom : Minerva, lors d'une conversation présentant chacun et chacune des Gryffondor, l'avait cité. Une camarade de classe de James et Sirius, d'ailleurs – et un monstre sacré, affirmait, non sans fierté, Minerva.

̶ On dirait que je vais pouvoir rencontrer la Déesse de Poudlard, dit la sorcière venue du futur.

Les deux Maraudeurs s'arrêtèrent, alarmés, immobilisant tout le monde.

̶ Pardon ?! interrogea James.

̶ Le mausolée est au nom des Stadwyck, indiqua Hermione. Minerva, Aurora et Horace m'ont aussi dit que rien ne se passait à Tinworth sans les Stadwyck, donc Elisa a sûrement été invitée.

̶ La merde, la merde, la merde… On est dans la merde ! s'affola Sirius.

̶ Ton langage ! répéta Mrs Potter.

̶ La réalité ! protesta James. On a complètement zappé son cadeau d'anniversaire ! Elle nous a déjà mis une raclée monumentale pour avoir mangé les deux dernières parts de tarte à la noix de pécan, lors du banquet de fin d'année… Autant dire que nous sommes cuits !

̶ Pas sûr, dit Mr Potter.

D'une secousse de sa baguette, il fit apparaître un paquet enveloppé dans du papier-cadeau enroulé – à l'excès, il fallait bien le reconnaître – de bandes de tissu doré. Il le tendit à son fils adoptif, Sirius le prenant avec un grand soupir de soulagement.

̶ Comment tu as su ?! s'étonna James.

̶ Vous parlez un peu trop fort, le soir, dit sa mère. Fleamont, annule la Bulle, on va avoir l'air plutôt bizarre à discuter sans produire le moindre son audible.

Il était vrai qu'ils auraient « l'air plutôt bizarre », car le mausolée une fois passé, ils aperçurent toute une foule de sorciers et de sorcières les observant, retournés sur leurs chaises. Plusieurs visages eurent toutes les peines du monde à se crisper à la vue de Dumbledore, tandis que d'autres s'illuminaient. De nombreux regards mauvais accueillirent Sirius, mais une jolie jeune femme, à peine plus de vingt ans, le dévora littéralement des yeux. L'incrédulité domina cependant dès qu'Arlan fit son apparition, alors jusque-là caché par le directeur de Poudlard.

Julius, l'employé, désigna la rangée qu'Hermione devait rejoindre, puis celle où étaient attendus les professeurs Dumbledore et Slughorn, tandis que les Potter et Sirius se dirigeaient vers la première, très courte, rangée. De l'autre côté, les Black. Orion, le père de Sirius, était un homme élégant, les cheveux parsemés de fils gris discrets, mais Hermione reconnut sans peine Walburga, dont elle se souvenait du portrait accroché dans le hall de la Noble Maison des Black – et que Ginny avait fini par exploser, irritée par ses insultes incessantes. Bellatrix, décidément très belle avant son emprisonnement, avait ce côté arrogant et les paupières lourdes qu'elle lui connaissait si bien. Chevelure blond-blanc et le visage pointu, Lucius Malefoy se tenait à côté de sa femme Narcissa, blonde également. Andromeda, la sœur de deux cousines de Sirius, était assise du côté des Potter, mais son mari Ted Tonks était absent – âgée de quatre ans, cependant, Nymphadora s'émerveillait sur les genoux de sa mère, ses cheveux virant du bleu au rose, puis du rose au vert, tandis que ses yeux enchaînaient les couleurs à toute vitesse dans un clignotement continu encore plus rapide qu'un battement de cils.

L'hostilité était quasi-palpable entre les Black et Sirius, qui ignora même Regulus, son petit frère, un peu plus fin mais surtout moins séduisant. Il salua néanmoins Andromeda avec un grand sourire et prit Nymphadora sur ses genoux dès qu'il fut assis. Julius se tint à l'écart, laissant son supérieur, un sorcier corpulent et grisonnant, s'avancer sous le petit chapeau dressé au-dessus d'un beau cercueil d'ébène à la décoration atypique : des lions altiers en or enlaçaient des serpents en argent massif. Dorea avait, de toute évidence, rappelé qu'elle avait été fière d'être Serpentard tout autant que mariée à un Gryffondor – et la robe rouge brodée d'un serpent argenté du maître de cérémonie ne faisait que le confirmer.

̶ Nous honorons aujourd'hui la mémoire de Dorea Violetta Ursula Black-Potter, déclara l'homme en joignant ses mains. Elle vint au monde le 8 mars 1920 et, déjà enfant, manifesta un fort caractère. Elle ne se conforma jamais aux diktats. A ses quinze ans, alors promise à un autre homme et alors nommée préfète de Serpentard, elle surprit un certain Charlus Potter qui maraudait dans Poudlard. Un camarade de classe qu'elle soumit à un choix : ligoté et bâillonné, Charlus dut choisir entre subir les foudres de son directeur de maison, soit inviter Dorea à un rendez-vous romantique à Pré-au-Lard. Charlus, le lendemain même, écrira à son frère Fleamont : « Une FEMME ! Pas une femme, une FEMME ! Avec des majuscules ! Elle sait ce qu'elle veut et se fiche totalement du qu'en-dira-t-on ! Elle est franche et a des… « arguments physiques » à revendre, mais son regard, son sourire, la douceur de ses mains… Comment j'ai fait pour ne pas la remarquer en cinq ans ?! On est dans la même classe dans presque toutes les matières ! Et en à peine trente secondes, je suis tombé amoureux ! » Et c'était vrai : Dorea a menacé Charlus dès ses dix-sept ans, nous révèle l'une de ses amies proches, de l'émasculer s'il ne lui promettait pas de l'épouser dès leur sortie de Poudlard. Leur bonheur fut néanmoins brisé par la perte, tragique, de leur fils, Harry – un hommage à un ancêtre de Charlus, Henry « Harry » Potter. Tous deux se firent dépistés, soupçonnant que la maladie de leur enfant était héréditaire. Ils furent positifs. On ne sut jamais de quoi, mais ils ne s'en soucièrent guère. Son mari mourut le 6 juin 1967, mais Dorea n'eut de cesse de financer les recherches menées par l'hôpital Ste Mangouste. Toute la fortune qui lui restait à sa mort a été dédiée à ces recherches. Si je me tiens devant vous, aujourd'hui, et si j'ai tenu à être le maître de cérémonie, c'est parce que Dorea Potter a permis aux guérisseurs de trouver un remède à ma petite-fille, qui était gravement malade dès sa naissance. Alors, je vous demande de vous lever pour un dernier hommage à une femme d'exception.

Tout le monde obéit, par respect, amitié ou hypocrisie. Hermione garda un œil sur Arlan, mais il eut une attitude tout à fait exemplaire… jusqu'au moment où le maître de cérémonie invita les invités à se confier sur Dorea. Mr Potter fut le premier :

̶ Ma belle-sœur n'étions pas les meilleurs amis du monde, reconnut-il. Les seules fois où nous nous entendions, c'était pour la cuisson de la viande quand nous organisions des barbecues à la maison. J'ai vu Charlus déborder de bonheur à trois reprises. La première a été quand nos parents lui ont acheté cet horrible chiot qui urinait sans cesse sur mon lit…

Des rires et des sourires accueillirent l'anecdote.

̶ La seconde fois a été quand il s'est rendu compte que Dorea. Je revois encore son regard étincelant, son expression passionnée – et sa terreur à l'idée de tout foirer –, quand il m'en a parlé de vive voix. Il est revenu de Poudlard pour les vacances de Noël, a foncé dans ma chambre et m'a demandé bien des conseils pour ne pas perdre Dorea. Je dois bien l'admettre, notre conversation m'a permis de vivre une vie merveilleuse avec ma propre femme. Nous nous sommes creusés la tête pendant toute la nuit, puis notre père est venu nous botter l'arrière-train parce que nous parlions trop fort…

Il eut un sourire nostalgique, presque affligé.

̶ Je croyais m'en être rendu compte à la mort de Charlus, mais la perte de Dorea me fait tout à coup prendre conscience que les êtres chers que nous avons sont souvent juste notre nez, A force de vouloir toujours plus, je crois que nous perdons de vue la valeur des personnes que nous avons et avions déjà. Enfin, je vous remercie de m'avoir écouté. Au suivant.

Arlan se leva. Hermione se raidit, tout comme Dumbledore et Horace s'alarmèrent légèrement. Sans paraître surpris – il avait même l'air complice –, Mr Potter recula pour laisser le jeune homme bien au premier plan, qui leva une main armée d'une baguette magique – celle de Fleamont, peut-être – pour se gratter la tempe.

̶ Je n'ai jamais connu mes parents, révéla-t-il. Ils ont été assassinés quand j'avais un an, mais j'ai eu une famille que même dans trois siècles, vous n'aurez jamais. Je ne parle de liens de sang, c'était bien plus évolué, profond que ça. Les animaux ont aussi des enfants, au cas où ça vous aurait échappé. Eux aussi aiment, haïssent, souffrent, pleurent… Nous, c'était bien plus évolué que la définition « famille » telle que le conformisme la décrit. Alors, oui, je n'ai pas connu Dorea. Oui, je viens tout juste de faire la rencontre d'oncle Fleamont, de tante Euphemia et de mes cousins James et Sirius…

Un sourire mauvais étirant ses lèvres, tout à coup plus expressif.

̶ Et oui, dit-il d'un ton malveillant, j'ai eu tout mon temps pour créer un enchantement qui interdit à toute personne portant la Marque des Ténèbres de quitter ce cimetière.

Les concernés bondirent, incrédules, paniqués, mais ils furent tout aussi imités par Maugrey, Horace et Dumbledore – et plusieurs autres personnes, d'ailleurs. Le directeur ligota aussitôt trois hommes qui ne rappelaient rien à Hermione, elle aussi active et qui stupéfixa Antonin Dolohov. Fleamont protégea Arlan d'un maléfice fusant vers lui… Comment ?! s'étonna Hermione, qui comprit l'instant d'après : c'était la baguette d'Euphemia qu'il tenait ! Et que James et Sirius protégeaient, à l'affût d'un sortilège dirigé ou mal contré.

Bellatrix transplana plus loin. Elle semblait avoir cru à un bluff, mais elle heurta violemment le mur d'enceinte. Lucius se rendit très vite sous la menace des baguettes de deux hommes qu'il toisa. Arlan, donnant une pichenette de sa main libre, fit s'envoler Thorfinn Rowle, reconnaissable à son imposante carrure, qui alla s'assommer contre un tronc, tandis que le jeune homme déviait un maléfice visant une vieille femme voûtée et visiblement née-Moldue.

Hermione, arrivée dans l'allée centrale, regarda de nombreuses personnes préférant fuir plutôt que se battre, mais elle eut la surprise de se retrouver derrière une haute jeune femme, métisse, le teint mat et les tresses attachées en un chignon. Si Lily Evans avait de magnifiques yeux vert émeraude, ceux de la belle adolescente étaient encore plus beaux, clairs, fascinants à regarder. Mais ce n'était pas tout : cette fille débordait de puissance. Assez, en tout cas, pour briser le maléfice de Rabastan Lestrange avec une franche nonchalance et l'immobiliser avec un sortilège d'Évanouissement.

̶ Elisa Stadwyck, je présume ? dit Hermione en stupéfixant une femme qui tentait de s'enfuir.

̶ En chair, en os et en graisse, professeur… ?

̶ Epson. Hermione Epson.

̶ J'aime bien votre prénom. Il me rappelle la fois où mes parents m'ont emmenée en Grèce pour voir les vestiges de la ville d'Hermione. Papa, derrière-toi ! lança-t-elle sur le ton de la conversation.

Un homme noir solidement bâti, le crâne chauve, les yeux aussi verts que ceux de sa fille, glissa sans se retourner sa baguette juste au-dessus de son épaule et neutralisa le Mangemort qui s'apprêtait à jeter un sort.

̶ Je l'avais vu, prétendit-il. Madame.

̶ Mr Stadwick, salua Hermione. On dirait que ça se cal… Bellatrix !

La folle furieuse et fidèle de Voldemort était parvenue à s'échapper ? Rodolphus aussi, et sûrement d'autres, remarqua la nouvelle professeure. Les Aurors transplanèrent – enfin – pour cueillir les mages noirs, qui ne manquèrent pas d'adresser des regards de haine, promesses de vengeance, vers Arlan, les employés du ministère, visant même les Potter et Sirius, qui adressa un grand sourire à son cousin. Ses parents avaient fui, tout comme Narcissa. Andromeda, sa petite fille dans les bras, indiquait à un Auror la dépouille d'un malheureux qui avait été tué.

Le cimetière fut quasiment désert en quelques minutes. Il ne resta plus que le maître de cérémonie et son assistant, Julius, ainsi que Dumbledore, Horace, les Potter, Sirius, Elisa et son père, Hermione et la cousine de Patmol, qui tenait toujours Nymphadora dans ses bras. Maugrey réapparut également, tout autant couturé que dans les souvenirs de la professeure de défense contre les forces du Mal, mais avec un nez intact, deux yeux petits et sombres identiques et la tignasse déjà grisonnante.

̶ Potter – le nouveau – il va me falloir des explications, dit l'Auror.

Hermione intervint calmement :

̶ Arlan et moi, dit-elle, avons longuement réfléchi à la guerre qui sévit au Royaume-Uni. Juste avant notre départ pour Londres, nous avons réalisé que quelque chose n'allait pas dans nos réflexions : il est inconcevable que Voldemort envoie des lettres pour réunir ses Mangemorts, car faciles à intercepter – et un parchemin soumis à un sortilège de Protéiforme aurait été aussi imprudent compte tenu de toutes les perquisitions qui se font. Donc, nous avons envisagé cette hypothèse : et si la Marque des Ténèbres jetée au-dessus des crimes des mages noirs n'était pas qu'une signature actée ? Voldemort semble être obsédée par la symbolique. Est-ce qu'un Mangemort ne portant pas la Marque peut la produire ? Je ne sais pas, mais Arlan était convaincu que ce n'était pas vers le ciel qu'il fallait regarder pour identifier un véritable Mangemort.

L'intéressé ne chercha pas à la contredire, soutenant d'un regard éteint celui, perçant, de Maugrey.

̶ Albus, dit l'Auror, ce garçon ne sort plus de Poudlard à partir de maintenant. Son coup d'éclat, tout à l'heure, l'a sûrement mis sur la liste noire de Voldemort. Et il est loin d'être inutile, ce petit. Ce n'est pas la première tête-brûlée qui oserait déclarer la guerre aux Mangemorts de cette manière. Potter, une carrière d'Auror, ça te tente ?

̶ Toujours, dit Arlan avec un total désintérêt.

̶ Eh bien, réussis tes études et dès le mois de juillet, je te prends en main. Il faut que j'y aille, rapport à rédiger, soupira-t-il.

̶ Moi aussi Auror ! exigea Nymphadora., les cheveux tressés aussi sombres et tressés qu'Elisa, mais les yeux bleu électrique de Dumbledore.

La balafre qui servait de bouche à Maugrey s'étira légèrement.

̶ Quand tu seras plus grande, ma petite. Julius, on dirait bien que votre supérieur a décampé avec les autres : je vous confie le reste de la cérémonie. Même si on ne pouvait pas se supporter, Dorea et moi avions le même caractère. Elle mérite d'être enterrée seulement avec les gens qui la respectaient. C'est ça, une famille, non, futur élève ?

̶ Entre autres choses, futur mentor, répondit Arlan en s'autorisant presque un sourire.

Maugrey salua et transplana. Arlan se tourna vers Euphemia pour lui rendre sa baguette, puis il eut – franche, sincère – une expression narquoise en pivotant vers Hermione, qui retrouva momentanément le Harry qu'elle avait connu et qui se moquait d'elle de l'entendre râler lors de ses grossesses, dont elle était pourtant si fière.

̶ Alors ? interrogea-t-il.

̶ Nous rendons hommage à Dorea et nous irons chez Ollivander, dit Hermione en souriant.

̶ On pourra lui rendre visite ? s'enquit James. S'il doit être enfermé juste à Poudlard, il ne pourra pas venir à la maison, donc…

̶ Je dois passer par le ministère en début de soirée, dit Dumbledore, rieur. J'en profiterai pour dire à la Régie de connecter votre cheminée à celle de la tour Gryffondor, mais gardez-vous de le crier sur tous les toits.

̶ Je vais être plus rapide que vous, professeur, dit Mr Stadwyck.

̶ C'est vrai que Marina travaille au département des transports… se souvint soudainement Horace.

̶ Eh bien, tout est réglé, dit Mr Potter. Il ne reste plus qu'à rendre un dernier hommage à Dorea. Elle doit se tordre de rire et pleurer de joie après la bataille que nous venons de mener. J'irai même jusqu'à dire que nous lui avons offert les funérailles de ses rêves !