Il est généralement admis que la legilimancie permet d'accéder à l'esprit de la personne sondée – il est aussi dit qu'une femme a besoin d'un pénis pour jouir : en somme, on dit beaucoup de conneries ! Un esprit est à labyrinthe même pour son ou sa propriétaire : se voiler la face est très facile, nier tous ses défauts l'est tout autant, aussi est-il très difficile de comprendre une personne qui n'est pas fichue de savoir qui elle est réellement. Un legilimens, aussi expérimenté soit-il, pourra voir des souvenirs et des pensées par bribes, ce qui lui permettra de détecter les mensonges, les vérités, les intentions, mais jamais dans leur totalité. Remémorons-nous cette phrase bien cinglante de Tristan Hollis, renié par sa famille parce que stérile – et donc, incapable de faire perdurer la lignée : « Mes parents aimaient bien me répéter « Je te connais comme si je t'avais fait », mais ils ne me connaissaient pas. Ils ont toujours cru que je vivais pour leur plaisir, mais je vis pour moi. Ma vie, mes règles. » Morale de l'histoire : ce n'est pas parce que vous croyez que vous savez.

Cheveu noir et gras, nez busqué et regard aussi sombre que le fond d'un puits, Severus Rogue ferma son livre dans un claquement. Il n'aimait pas les leçons de morale, car elles lui rappelaient l'horrible et mémorable dispute d'avec Lily, lors de leur cinquième année, et qui avait tué leur amitié. Il était sûr de faire le bon choix en choisissant d'être Mangemort : il avait les qualités pour intégrer le cercle privé du Seigneur des Ténèbres, pour se faire remarquer, et ainsi protéger Lily si jamais le Lord noir venait à se méfier un peu trop des Piliers du Sanglier ! Pourquoi ne voulait-elle pas comprendre ça ?! « Parce que tu ne le lui as jamais dit, abruti ! » dit une petite voix dans sa tête.

C'était vrai, mais elle aurait pu le deviner ! Quand il repensait au sourire qu'elle avait adressé à cette brute de Potter quand le Poudlard Express était arrivé à Londres, à la fin de l'année… C'était le sourire qu'elle lui adressait à leurs retrouvailles ! Elle l'avait toujours gardé pour lui ! Pire, non seulement elle avait disparu de son entourage direct, mais en plus elle se rapprochait horriblement de Potter depuis le mois de mars ! Que faire ?

̶ Severus ? appela la voix angoissée de sa mère.

L'intéressé roula sur son lit et se précipita hors de sa chambre éclairée par une simple bougie. Filant à travers un couloir exigu et sombre, il dévala l'escalier et retrouva sa génitrice, maigrichonne, épuisée et inquiète. Severus n'eut pas à demander pourquoi elle l'avait appelé : dans la cheminée aux flammes vert émeraude, la tête du professeur Slughorn et ses yeux globuleux le salon sans charme.

̶ Monsieur ?! s'étonna-t-il tout de même en s'avançant pour s'accroupir devant l'âtre.

̶ Horace, faites vite, s'il vous plaît, implora la mère. Si Tobias rentre et vous surprend à discuter…

̶ Je lui montrerai à quel point un directeur de Serpentard peut être terrifiant ! assura le professeur. Je n'en ai que pour quelques minutes. Veuillez monter la garde, Eileen. Dès que ce rustre arrivera devant la maison, je file.

La sorcière s'éloigna aussitôt vers la fenêtre pour faire le guet.

̶ A nous deux, Severus ! reprit le maître des potions. Damoclès Belby, ça vous parle ?

̶ Bien sûr. J'ai lu son interview par Potions de Demain publiée début juillet. Son idée est fascinante, même si ses travaux n'en sont encore qu'au stade expérimental.

̶ Exact, mais depuis deux semaines et demie, je discute avec lui pour le convaincre de l'aider à venir à bout de ses recherches avec l'aide de jeunes potionnistes prometteurs. Telma a refusé pour l'accepter dès qu'elle a su que Lily et Camelia étaient partantes. Dean doit encore me répondre. Dumbledore m'a dit que vous étiez au courant pour Remus, qui s'est porté volontaire pour être notre cobaye. Alors, que choisissez-vous ?

Travailler sur un projet aussi ambitieux avec Lily ?! se réjouit Severus. Faudrait être fou pour refuser ! Sans parler d'une rencontre avec Belby, qui était tout de même le chercheur en potions en vogue, ces derniers mois !

̶ J'ai hâte de commencer, assura-t-il.

̶ Parfait ! s'enthousiasma le professeur Slughorn. Damoclès fera exceptionnellement le voyage avec nous. Sans compter que Lily est notre nouvelle préfète-en-chef, donc qu'elle aura à briefer les préfètes et les préfets et à faire une première ronde… Disons : demain midi dans le compartiment C.

̶ J'y serai, promit Severus. Juste une question : qui est le préfet-en-chef ? J'ai entendu dire que ce ne serait ni Lupin, ni Moaning, ni Holmes…

̶ C'est Po… James.

Severus cilla

̶ Pardon ?! s'indigna-t-il.

̶ C'est l'autre sujet que je voulais aborder avec vous. La haine mutuelle que vous vous portez ne doit pas occulter le fait que Po… James – je vais finir par m'y faire ?! – a beaucoup amélioré son attitude et que les professeurs ont souhaité l'encourager à mûrir davantage. Sans parler du fait qu'il est tout à fait capable de se défendre en cas de problèmes. Le professeur McGonagall a toutefois émis une réserve – validée par tous les enseignants – qui retirera son badge à James s'il s'en prend à vous. Et vous risquez l'expulsion si vous vous en prenez à lui. Votre haine mutuelle est sans aucun doute justifiée, mais il est preuve de sagesse de savoir tourner la page. Comme l'a dit votre mère, pendant sa scolarité, qui avait sa propre « ennemie jurée » : « Les personnes haineuses ne méritent pas qu'on leur prête attention. »

̶ Vous vous en souvenez ? s'étonna Eileen avec l'ombre d'un sourire.

̶ Et comment ! D'autant que notre nouveau Potter a dit la même chose quand je lui ai expliqué cette guéguerre entre Severus et James.

̶ Nouveau Potter ?!

̶ J'ai oublié de t'en parler, concéda Severus à sa mère. La fois où j'ai été voir Narcissa, elle m'a dit qu'il y avait un sosie quasi-parfait de Potter et qu'il portait le même nom. C'est lui qui a annoncé qu'il y avait un enchantement anti-Mangemort autour du cimetière.

C'était un demi-mensonge : même s'il s'inquiétait quelque peu pour Lucius, incarcéré à Azkaban en attendant son procès, c'était tout autre chose qui lui avait omettre l'existence de ce nouveau Potter. Le récit de Narcissa n'avait pas manqué de l'intriguer. A l'en croire, quand Potter s'était mis à sourire à la fin de son discours, Bellatrix avait pressenti une sérieuse menace émanant de lui. Pas dans ses propos : c'était lui-même, de son regard jusqu'à son corps, comme s'il avait envoyé une espèce d'onde autour de lui afin de bien faire sentir le danger qu'il annonçait.

̶ Il est aussi bizarre que ça, monsieur ? demanda-t-il au maître des potions.

̶ Je dirais plutôt… « changeant ». Arlan perd la mémoire. Quand le professeur Epson, qui le connaît très bien, l'a taquiné sur une ancienne petite amie, il a répondu. Hier, il ne savait plus ni son prénom ni à quoi elle ressemblait. Il reste très sensé, il conserve toutes ses connaissances magiques, mais il paraît clair qu'il oublie assez rapidement qui il a été. Le professeur Epson soupçonne un maléfice sacrificiel, qui aurait été mal exécuté ou dénaturé – car Arlan est un sacré duelliste ! –, mais nous restons dans le flou total, pour le moment.

̶ Il aurait été attaqué avant de venir en Angleterre ? dit Eileen.

̶ Le professeur Epson le pense, mais elle le dit elle-même : « Seul un maléfice nouveau aurait réussi à prendre Arlan au dépourvu. » La Déesse a fait match nul contre lui dans un duel de cinq minutes, les professeurs Flitwick et McGonagall ont assez lamentablement perdu et je ne vous raconte même pas la déculottée que j'ai reçue ! Si ce jeune homme était une jeune femme, je ne doute pas qu'il serait notre Sixième Pilier du Sanglier… Quoique, Neuvième, en fait : Severus, James et Sirius mériteraient autant ce titre… dit le professeur Slughorn pour lui-même. Enfin bon, c'est acté : Severus, demain midi sans fau… !

Une détonation assourdissante l'interrompit, faisant trembler les vitres de la fenêtre devant laquelle se tenait Eileen, qui reporta toute son attention sur la rue, fouillant le ciel nocturne, vers lequel fusa un éclair bleuté. Severus sentit son cœur rater un battement : ça venait du quartier de… !

Le maître des potions jura et, tourbillonnant dans les flammes vert émeraude, émergea tout entier de la cheminée en tirant sa baguette.

̶ Restez ici, ordonna-t-il d'un ton froid que Severus ne lui avait encore jamais entendu.

̶ Je viens ! protesta l'adolescent. Je sais où habite Lily, où est sa chambre et… et… Vous le savez, je connais des Mangemorts ! Si je peux les dissuader de s'en prendre à elle…

Eileen posa un regard scrutateur sur son fils, puis porta son attention sur le directeur de Serpentard.

̶ Vous m'aviez fait confiance pour le tournoi de Bavboules, faites-lui confiance pour vous seconder, dit-elle. Ramenez-le-moi en un seul morceau et en vie, par contre. Sans lui, je n'aurais plus de raison de vivre.

̶ Je le protègerai, promit le professeur Slughorn. Severus, agrippez-mon bras.

Aussitôt ordonné, aussitôt fait : le maître des potions tourna les talons et les plongea tous les deux à travers les ténèbres écrasantes, asphyxiantes du transplanage. Mais l'élève n'y prêta aucune attention : son cœur battait comme un concert de tambours, la terreur s'emparait de lui. Ainsi que le déni. C'était impossible ! Il ne voulait pas y croire ! Alexander l'aurait prévenu s'il y avait eu une attaque près de sa maison, non ? Adam, peut-être pas : il haïssait les Cinq Piliers du Sanglier – sauf Salina, évidemment, car à Serpentard, et donc susceptible de l'entendre médire, insulter ses quatre amies.

Ils apparurent à l'extrémité de la rue voisine de celle de Lily, Severus s'avançant aussitôt en guidant le maître des potions dans la bonne direction tout en sortant sa propre baguette. Mais avant qu'ils aient atteint l'angle, elle s'éleva : vert émeraude, éblouissante, représentant une tête de mort dont la langue se révélait être un serpent. Et Severus blêmit violemment à la vue de la Marque des Ténèbres.

̶ NON ! rugit-il au moment où des craquements sonores annonçaient le départ des mages noirs. Non, non, non, non !

̶ Severus ! dit le professeur Slughorn en l'attrapant par le col de sa robe de sorcier alors que l'élève amorçait un pas pour s'élancer. Dois-je vous rappeler que j'ai accepté que vous m'accompagniez parce que j'ai promis à votre mère de vous ramener sain et sauf ? Les Mangemorts semblent être partis, c'est vrai, mais nous ne savons pas encore s'ils étaient seuls. Vous restez derrière moi et…

Une voiture explosa quelque part, crachant une odeur âcre d'essence et un pilier de fumée noire, tout comme une véritable pétarade éclata lorsque des Aurors apparurent à quelques mètres d'eux. A peine une seconde plus tard, Dumbledore et Hagrid (?!) apparurent en tenant une fourchette en or, qui était à l'évidence un Portoloin, et que le garde-chasse glissa dans sa poche.

̶ Albus ! lança le professeur Slughorn en s'approchant avec Severus tandis que les Aurors couraient en tous sens.

Ils atteignirent l'entrée de la rue et le jeune homme trembla. Les fenêtres étaient presque totalement éclatées, certaines façades s'étaient effondrées, des voitures étaient en flammes et il y avait même une canalisation d'eau souterraine qui avait été atteinte lorsqu'un petit cratère avait été provoqué. Le vieux Moldu qui passait son temps à jardiner avec sa femme avant qu'elle ne meure avait été tué, gisant juste devant la porte de sa maison. Juste en face, tout un pan avait été arraché et laissait apparaître le bras de l'une des sœurs de la famille, tandis que la tête de l'autre traînait sur la pelouse du jardin.

̶ Quelle horreur… souffla le professeur Slughorn.

̶ Il fallait s'y attendre, soupira Dumbledore. Après le coup de filet des Aurors, Voldemort doit avoir jugé bon de s'intéresser aux futures menaces. Comme Hermione est inaccessible, car à Poudlard, il lui fallait porter tout son intérêt aux Cinq Piliers… et Lily étant la seule Pilier née-Moldue, elle était tout à fait la cible parfaite, mais je ne m'inquiète pas pour elle. A moins que Voldemort ne se soit déplacé en personne, elle n'a sûrement pas pu être tuée.

Severus eut la désagréable impression que le directeur de Poudlard cherchait à s'en convaincre, et sa propre angoisse ne fit qu'augmenter. Les Aurors étaient trop longs ! s'énerva-t-il au moment où Frank Londubat, Auror assez célèbre, sortit à grands pas de la maison des Evans pour se diriger vers eux. Un homme populaire pour son talent comme sa personnalité : râblé, le cheveu brun, le visage aimable, son succès venait essentiellement de son étonnante aptitude à toujours sourire face à ses adversaires quand il se battait. Même blessé, son sourire ne tressaillait jamais, d'après ce que Severus avait entendu dire.

̶ Mauvais soir à tout le monde, puisqu'on ne peut pas vraiment en souhaiter un bon, dit-il, morose.

̶ Tu m'étonnes… dit Hagrid.

̶ Est-ce que Lily est… ? interrogea Severus d'un ton impatient.

̶ Introuvable, coupa Londubat. Ses parents, en revanche…

L'adolescent pâlit davantage, si c'était possible, et vacilla avant que Hagrid ne l'agrippe de ses deux énormes mains pour s'assurer de le rattraper s'il tombait. Mrs Evans, morte ? Malgré sa brouille avec Lily, bien qu'elle sut à quoi il aspirait et n'en était guère satisfaite, elle lui avait toujours parlé avec un ton aussi chaleureux que lorsqu'il était le meilleur ami de sa fille. Et Mr Evans lui avait serré la main à chaque fois qu'il l'avait croisé.

Un sortilège éclata l'une des rares fenêtres encore intactes et alla s'écraser contre le muret d'en face.

̶ Des Inferi, dit Londubat en jetant un regard par-dessus son épaule. Lily semble en avoir éclaté une bonne quantité. Rien que chez elle, nous en avons trouvé six, mais ses parents ont clairement été tués par des sortilèges de Mort. Ils ne présentent aucune blessure. Ce qui m'inquiète le plus dans l'histoire, c'est que Logan est encore ici, tout comme la malle de Lily. Alors, quoi ? Elle a été enlevée ? Elle dort chez une amie et compte repasser demain en coup de vent avant de filer à King's Cross ? Elle a fui à la mort de ses parents ?

̶ Je préfère croire à la deuxième hypothèse, marmonna Hagrid.

̶ Nous voulons tous y croire, dit le professeur Slughorn en fronçant les sourcils, l'air songeur. Si elle s'est enfuie, elle ira là où on l'attend pas. Sûrement pas chez une amie, ni même chez sa sœur. Si elle a été réellement ciblée… si elle croit avoir été ciblée, elle ne mettra jamais les personnes à qui elle tient en danger. Le problème est que Lily est trop maligne pour…

̶ Avoir ce réflexe, dit Severus. Elle profiterait que l'on pense qu'elle n'ira pas chez une amie pour le faire, en réalité. Elle irait donc chez… qui ? Stadwyck ?

̶ C'est là l'autre problème, déclara Dumbledore. Si nous nous trompons, il y aura un massacre. Pour la première fois depuis la Fondatrice, les Cinq Piliers sont toutes des amies proches... et certaines sont assez sanguinaires dès qu'on touche aux quatre autres. En apprenant l'attaque, elles pourraient bien se réunir et lancer des offensives sur les élèves qu'elles savent en liaison avec des Mangemorts. Sauf si…

Une idée le traversa, apparemment.

̶ Hagrid, retournez à Poudlard. Dites à Minerva de se rendre chez les Stadwyck, à Filius d'aller chez les Orson, à Pomona de se rendre chez les Cooper, puis vous irez vous-même voir si Lily ne se trouve pas chez Mary. Horace, tu vérifies chez Salina… J'ai bien peur que si Severus y allait, il n'en partirait jamais vivant. J'ose espérer que, face à leur directeur ou leur directrice de maison, elles seront enclines à se maîtriser. Je me charge des Lupin : même si ses relations avec James se sont améliorées, Lily reste convaincue que Remus est le plus fréquentable. Frank, est-ce que Clémence est revenue de Belgique ?

̶ Heu…

Il se retourna.

̶ ALICE ! rugit-il.

Une femme au visage rond, doux, aimable, encadré de longs cheveux blonds, surgit de la maison des Evans en tenant dans ses bras Logan, qu'elle couvrait de caresses. A son approche, ils entendirent plus le ronronnement de Logan que les pas d'Alice Londubat. Elle n'était pas impressionnante à regarder, songea Severus, mais elle était elle-même une Auror de talent – et une ancienne Pilier du Sanglier dont le surnom, s'il se souvenait bien, avait été « la Tendresse » pendant sa scolarité.

̶ Mauvais soir à tous, puisqu'on ne peut pas vraiment en souhaiter un bon, dit-elle.

Ils n'étaient pas mariés pour rien ! se dit Severus.

̶ Albus me demandait si Clémence Sow était revenue de chez son père, indiqua son époux.

̶ Heu… Oui ! Oui, Babeth' me disait ce matin que Clémence avait écourté ses vacances pour ne pas être tentée d'assassiner sa potentielle belle-mère – dont le fils a un peu trop tendance à regarder par le trou de la serrure de la salle de bains quand Clém' s'y enferme.

̶ Parfait, dit Dumbledore. Hagrid, dès que vous avez expliqué le plan aux professeurs, vous irez chez les Sow.

Le garde-chasse hocha la tête et ressortit sa fourchette en or pour disparaître l'instant d'après.

̶ Je vais vous prendre Logan en espérant qu'il retrouvera Lily demain soir, dit le maître des potions, en tendant les mains. Quoique… Je ne m'étais jamais posé la question avant, mais est-ce qu'un animal peut supporter le transplanage ?

̶ Beaucoup le peuvent, répondit le directeur de Poudlard. La perception d'un chat n'est pas la même que la nôtre, donc tu peux transplaner avec Logan en toute quiétude. Laisse-le dans le parc, il doit bien avoir ses petites habitudes.

̶ D'accord, mais il faut d'abord que je ramène Severus chez lui. J'ai promis à Eileen de le lui rendre sain et sauf.

̶ Pas si vite… monsieur, dit l'intéressé en réfléchissant à toute vitesse. Il y a quelqu'un chez qui Lily aurait pu aller.

̶ Qui donc ? demanda Londubat.

̶ Potter.

Rien que cette idée le dégoûtait, mais il n'en montra rien.

̶ C'est bien possible, reconnut Dumbledore. Lily sait très bien que Fleamont et Euphemia n'hésitent jamais à accueillir une personne en difficulté. Sans parler du fait qu'elle pourrait devenir leur bru dans les années à venir. Bien, nous allons faire un test : Severus, vous irez chez les Potter.

Le jeune homme mit quelques secondes à enregistrer cette ineptie. Lui ? Chez Potter ?!

̶ Bonne idée, apprécia le professeur Slughorn. Nous saurons ainsi si Po… James est vraiment digne de son badge de préfet-en-chef et si Sirius et lui tiendront leur promesse de ne pas vous malmener ! De toute façon, Euphemia ne les laissera pas faire. Depuis que je l'ai rencontrée et vue gronder Sirius, j'ai l'impression de voir cette terrifiante femme qu'était ma mère quand je faisais une bêtise.

Le directeur de Poudlard sourit.

̶ C'est réglé, décréta-t-il. Horace, tu repasses informer Eileen avant toute chose. Severus, les Potter habitent Godric's Hollow, au numéro 13 de la deuxième rue à droite de l'église. Vous ne pourrez pas la manquer : après l'enterrement et le risque que les Mangemorts puissent s'en prendre à eux pour leur implication dans le coup de filet des Aurors, le professeur Epson a placé des sortilèges fascinants tout autour de leur maison. Un élève doué comme vous devrait ressentir une espèce d'onde, comme si vous étiez assourdi. Enfin, je dis ça, mais je ne vous ai pas entendu accepter mon test.

Revoir Potter et Black quelques heures avant d'y être obligé ne l'enchantait pas, mais…

̶ Lily est plus importante que tout le reste, lâcha-t-il.

̶ Nous sommes donc d'accord. Frank, mes amitiés à Augusta.

C'était le signal du départ : Severus tourna les talons et s'enfonça une nouvelle fois dans l'obscurité oppressante du transplanage. Il ne savait plus où il en était, en cet instant. Lily portée disparue, lui qui devait tester Potter pour lui annoncer que leur amour commun était introuvable, que ses amis ayant des parents Mangemorts ne l'avaient pas prévenu de l'attaque… Il n'était pas du genre à s'énerver contre Alexander, mais si Lily n'était pas à bord du Poudlard Express demain, il n'allait pas le rater ! Evan et Adam, c'était une autre histoire. S'il était bien plus fort que le second, le premier restait son « rival » - deux victoires contre deux défaites lors du club de duel.

Godric's Hollow apparut, Severus ayant transplané à l'entrée du… village ?! Il en avait entendu parler – par sa mère, entre autres –, mais il l'avait toujours imaginé plus grand. Il savait également que les Potter étaient riches et qu'ils avaient la réputation d'être modestes – sauf leur fils –, mais de là à se terrer dans un trou paumé comme celui-ci… Et pourtant, il fut quelque peu sensible au charme de cette bourgade, songea-t-il en la parcourant. Il y régnait une franche sérénité, comme si elle avait été hors de la réalité. Mais il chassa ces pensées rêvant d'un havre de paix comme celui-ci.

Le clocher de l'église, bâtiment le plus élevé du village, attira brièvement son attention. La seconde rue à droite de l'édifice ? Mais de quel côté ? En face ou derrière ? La réponse lui vint au moment où il passa devant la deuxième artère avant l'église : une drôle de sensation attira son attention sur elle. Pas un frisson, mais quelque chose d'indéfinissable. Severus bifurqua aussitôt pour rechercher le 13. Sauf que ce fut le numéro 13 qui le trouva en la personne du père de Potter, que Severus avait pu apercevoir à chaque rentrée scolaire. L'homme d'un âge avancé déposait deux grosses malles sous le porche afin, visiblement, de faciliter le départ de Potter et de Black pour la rentrée scolaire.

Résigné, Severus s'approcha, mais il n'eut pas à se manifester, car Mr Potter le remarqua avant qu'il n'eut ouvert la bouche pour l'interpeller.

̶ Tiens, le petit-fils de Gamina et Ispem, me semble-t-il, dit le sorcier en le rejoignant au niveau de la petite porte ouvrant sur l'allée menant au cottage à deux étages. Severus… Rogue, je crois ?

̶ En effet, monsieur, dit le nommé en entrant dès que Mr Potter l'y invita. Désolé pour cette visite un peu tardive, mais… Il s'est passé quelque chose de très grave et… et j'ai vraiment besoin de savoir s'il y a Lily Evans chez vous. Ou si Po… votre fils ou Black savent où elle peut être.

Mr Potter lui lança un regard inquiet tandis qu'il conduisait le Serpentard vers la maison.

̶ Ne me dites pas qu'elle a été…

̶ Attaquée, si.

̶ JAMES ! SIRIUS !

Mrs Potter fut la première à se présenter à la porte, rapidement rejointe par ses fils naturel et adoptif, qui dévalèrent bruyamment l'escalier et parurent totalement déconcertés par la présence de Severus. Il n'en fallut pas plus à Potter pour imaginer le pire, car il commença à s'élancer vers son vieil ennemi et fut aussitôt attrapé par l'oreille par sa mère et ceinturé par Black.

̶ James, tu te calmes, on ne sait pas de quoi il retourne, dit Mrs Potter.

̶ Parce que tu crois que Rogue viendrait ici pour un thé ! répliqua son fils. C'est un futur Mangemort !

̶ On le sait, dit Black qui peinait à le maintenir, mais si Rogue est venu, c'est sûrement parce qu'il y a un truc qui cloche. Il aime Lily autant que toi, je te rappelle. Si elle était morte, il ne se serait jamais donné la peine de venir pour nous prévenir, donc tu te calmes.

Ses arguments eurent l'air de faire leur effet sur Potter, qui cessa de se débattre et inspira très, très, très profondément. Sa mère consentit à lâcher son oreille qu'elle tordait jusque-là.

̶ Il y a eu une attaque, admit Severus en arrivant sur le seuil, mais Lily est introuvable. Dumbledore a mobilisé McGonagall, Flitwick, Chourave, Slughorn et Hagrid pour voir si elle n'avait pas trouvé un refuge chez certaines de ses amies… J'espérais la trouver ici, mais il est clair qu'elle n'y est pas…

̶ Était-elle visée personnellement ? demanda Mrs Potter.

̶ Je ne sais pas.

Et ça l'énervait plus que tout. Alexander, Adam, Evan… Il refusait de croire qu'ils aient pu savoir à quel moment, à quel endroit aurait lieu l'attaque sans l'avertir, car ils savaient tous trois à quel point il tenait à Lily ! Leur racisme était-il plus fort que leur amitié ?

̶ Évidemment.

La voix très jeune, horriblement familière et tranchante fit sursauter Severus, qui tressaillit. Âgée de sept ans seulement, tous ses cheveux blond-roux ramenés sur le côté droit de son crâne et coiffés d'une unique couette, « la Dominante » s'avançait d'un pas vif, ses yeux d'un violet pâle brillant comme deux lampes – signe qu'elle était très en colère. Elle portait un pyjama noir brodé au fil d'or d'un blaireau,, comme pour rappeler sa fierté d'être une Poufsouffle.

̶ Telma ?! s'étonna Mrs Potter.

̶ Coucou, grand-cousine Euphy' ! dit la jeune fille d'un ton soudainement joyeux. Fleamy', Jamesy', Siry', Roguy' ! Je constate que Lily n'est pas ici.

La luminosité de son regard s'intensifia furieusement et Severus s'écrasa contre le sol dès qu'elle lui adressa une œillade.

̶ TELMA ! tonnèrent Mr et Mrs Potter.

̶ Ca lui fera du bien, dit Black.

Qui reçut aussitôt une claque derrière la tête de Mrs Potter. Severus tenta de se relever, mais c'était à peine si ses muscles, ses os ne risquaient pas de se briser s'il insistait trop. Cooper s'accroupit devant lui, glaciale, presque autant que deux autres Piliers qui, comme l'avait dit Dumbledore, se révélaient « sanguinaires » dès qu'on touchait à leurs amies.

̶ Content ? lâcha-t-elle. C'est super, une carrière de Mangemort, tu ne trouves pas ? Il faut vraiment être demeuré pour y aspirer sans se douter que Voldy' finirait par s'intéresser aux Piliers, abruti ! Que tu haïsses ton père, c'est compréhensible. Que tu en fasses de lui une généralité pour tous les Moldus, c'est aberrant. A ta place, je n'irai pas à King's Cross, demain. Si jamais Lily n'y vient pas, Anoya et Elisa ne feront qu'une bouchée de tes potes et toi !

Elle s'éloigna et Severus put enfin, haletant, le front luisant, se relever. Cette fille était une véritable menace, mais le pire était qu'elle n'était ni la plus dangereuse, ni la plus sadique.

̶ Grand-cousin Fleamy', tu pourras me faire ton pain de viande secret pour demain ?

Mr Potter sourit.

̶ Promis.

̶ Chouette ! Quand j'aurai trouvé où est Lily, elle sera super contente d'avoir un délicieux pain de viande ! Il ne me reste que quatre endroits susceptibles de lui servir de cachette. Roguy', tu t'occupes de savoir ce que tes potes savent de l'attaque ou ce sont la Cauchemarde et la Déesse qui t'y obligeront ! Grand-cousine Euphy', un câlin !

Mrs Potter la prit dans ses bras et déposa un gros baiser affectueux sur sa joue, faisant rayonner sans problème la jeune fille, qui en voulut davantage de Mr Potter – et rayonna de plus belle.

̶ Je suis chargée à bloc en Lily, j'ai la confirmation que les câlins ne se sont pas réfugiés ici… Ah, c'est l'inverse. Les câlins sont ici, Lily n'y est pas. Bref ! J'ai encore quatre endroits à fouiller pour la trouver, comme je le disais, et seulement dix-huit minutes avant que ma maman ne vienne vérifier que je ne suis pas encore en vadrouille, donc j'y vais. Bisou-bisou ! Et Roguy', si jamais je ne retrouve pas Lily cette nuit ou demain, il n'y a pas qu'Anoya et Elisa qui s'occuperont de ton cas.