Tel un vigile, Remus attendait à l'entrée de la gare King's Cross, à l'écart pour ne pas gêner tous les usagers et toutes les usagères qui entraient et sortaient ou passaient juste devant. Il ne cessait de jeter à gauche et à droite des coups d'œil, guettant l'arrivée de Peter. La soirée d'hier avait été amusante – un peu angoissante, aussi –, mais amusante, même si Elisa s'était lâchée dès le début en lançant la terrible Claque Divine qui avait explosé non seulement les oreilles de tout le monde, mais aussi les fenêtres de toute la rue, des maisons comme des voitures. Efficace pour attirer l'attention de Slughorn et Rogue, et désagréable pour les autres « Mangemorts », qui avaient été assourdis pendant dix bonnes minutes. Le plan restait toutefois incomplet : Alastor Maugrey, qui avait étoffé l'idée d'Arlan avec Dumbledore, ne voulait pas que les amis de Lily passent par le quai 9¾, juste au cas où un legilimens ennemi y serait et menacerait de sonder leurs souvenirs de l'opération. Aussi Remus était-il chargé de récupérer Peter et d'utiliser son « Super Portoloin », comme l'appelait Elisa, pour l'emmener directement dans le train – au compartiment C, plus précisément, car Dumbledore avait annoncé hier qu'Epson ferait le voyage. A l'évidence, elle voulait garder un œil sur Arlan, mais comptait apparemment rencontrer les élèves qui étaient les plus en difficulté, et Queudver rentraient parfaitement dans cette catégorie.

Petit, grassouillet, le cheveu d'un blond terne, le nez pointu et les yeux larmoyants, Peter surgit de la foule, traînant derrière lui sa malle en haletant et la posa devant Remus en expirant un grand coup, son teint rougit par l'effort et la chaleur.

̶ Et après, ils disent qu'il pleut et caille tout le temps au Royaume-Uni… lâcha-t-il. Salut, Lunard.

̶ Salut, Queudver. Donne ta valise et suis-moi, il y a un petit changement pour cette rentrée.

̶ Ah ?

Peter eut l'air inquiet en le suivant dans la gare.

̶ Dis, au fait, la ville qui a été attaquée… Ce n'est pas celle où vit Lily ? C'est à cause de ça qu'il y a un changement ?

̶ On t'expliquera. Viens, de ce côté, il y a une Zone de Discrétion.

Ils la rejoignirent et disparurent aussitôt des regards des Moldus.

̶ Zone de Discrétion ? répéta Peter en regardant les gens s'écarter très naturellement du dôme.

̶ La nouvelle prof' de défense contre les forces du Mal est incroyable, elle connaît des sortilèges très étonnants, assura Remus en reposant la valise pour fouiller ses poches. Et ton père ?

Queudver hocha la tête en faisant « non » et soupira.

̶ Au début, les thermes semblaient marcher, mais son état est revenu à ce qu'il était avant qu'on aille en Islande. Je ne suis pas certain que je le reverrai à Noël…

̶ Il faut toujours garder espoir, dit Remus avec douceur. Mais où est-ce que je l'ai mise ?! Ah !

Il sortit une petite balle de golf.

̶ Un Portoloin ?

̶ Un « Super Portoloin », comme dit Elisa, rectifia Lunard en ramassant la malle. Tout le monde est fan, et tu vas très vite comprendre pourquoi.

Tendant la main tenant la balle de golf vers son ami, celui-ci posa un doigt dessus.

̶ Planète, récita Remus.

Ils s'élevèrent dans les airs de quelques centimètres et se retrouvèrent quasi-instantanément dans le compartiment C, Peter, pas habitué, trébucha légèrement, rattrapé aussitôt par Lunard, qui se retrouva face au professeur Epson, assise sur une banquette juste à côté d'Arlan, qui ne manqua pas de stupéfier Queudver. Elisa occupait la même, mais du côté fenêtre, juste en face de Mary qui avait à sa droite une très belle jeune femme aux longs cheveux noirs, coiffés en demi-queue, arborant un étonnant bronzage qui éclaircissait presque ses grands yeux d'un vert pourtant très sombre : Clémence Sow n'avait guère besoin de sourire ou de se déshabiller pour attirer l'attention, sa beauté suffisait largement. Sirius, l'air un peu absent, était installé à côté de Telma.

Le compartiment C était immense, pour l'occasion, une grande table séparant les deux banquettes et croulant sous les apéritifs – des olives au piment, au poivron ou à l'ail, des canapés de toutes sortes, de nombreux toast à la tapenade et même les fameux pains de viande de Mr Potter que Telma gardait très jalousement devant elle.

̶ WOW ! Je comprends mieux pourquoi c'est un « Super Portoloin »… dit Peter. OUAH ! ajouta-t-il en voyant Arlan, incrédule. Ah ouais quand même…

̶ Mary a eu la même réaction, chantonna la Déesse avec un sourire malicieux.

̶ La ferme ! répliqua la dénoncée.

̶ James et Lily sont déjà partis, on dirait, remarqua Remus.

̶ Devoirs de préfète et préfet-en-chef obligent, dit Sirius. Même s'il reste encore un quart d'heure… On pourrait se demander s'ils n'ont pas prévu de s'offrir un petit tête-à-tête… Slughorn est quant à lui à l'entrée du quai pour accueillir Damoclès Belby.

Lunard sourit quant aux insinuations de Patmol tout en hissant la malle de Queudver dans les filets suspendus au-dessus des banquettes, tandis que Peter saluait les autres Gryffondor et Telma et se présentait à Arlan et le professeur Epson. La Dominante exigea, forcément, son câlin, tandis que Peter eut les quatre bisous par joue réclamées à chaque rentrée par Clémence.

̶ Alors, l'Islande ? s'enquit Elisa.

̶ Magnifique ! Froide, mais magnifique, dit Peter. J'ai même réussi à approcher une salaglace, je l'ai caressée et on s'est promenés ensemble pendant quelques jours.

̶ Salaglace ? répéta Telma, intriguée.

̶ Il s'agit d'une race de salamandres assez rares, dit le professeur Epson, car elles ont été massacrées exagérément au cours de différentes périodes de l'Histoire, si bien qu'elles font partie des espèces les plus menacées d'extinction. Elles sont bien plus fréquentables que leurs cousines de feu, elles peuvent aussi très vite s'attacher à vous en quelques minutes tout comme elles vous oublient en aussi peu de temps. Je suis un peu jalouse de vous, Peter, j'aurais adoré en croiser une.

Queudver sourit, l'air mi-gêné, mi-fier de lui, tandis qu'il s'asseyait. Et sursautait une seconde plus tard, quand la porte s'ouvrit à la volée sur une jeune femme aux pieds nus, vêtue d'un simple t-shirt court lui tombant juste au-dessus du nombril et d'un short noir très moulant décoré d'empreintes de pattes de chat blanches. Elle avait les paupières et l'air hagard d'une personne qui n'aurait pas bien dormi – ou qui peinait à émerger –, mais on devinait ses yeux d'un gris très clair aux pupilles cerclées de petits « soleils ». Échevelée, sa tignasse d'un blond vénitien dégringolait tout autour de sa tête pour s'arrêter jusqu'à sa taille.

Son regard se porta immédiatement sur Mary, Clémence, Elisa et Telma, comme si elle ne voyait pas les autres.

̶ Salut, dit-elle d'une voix mollassonne.

̶ Tu as eu la flemme de t'habiller ? demanda Mary.

̶ Je me suis levée à la bourre et mon armoire est un tel bordel que ça m'a gonflée d'y chercher un truc à me mettre. J'ai même oublié ma malle, mais ma mère ou mon père aura bien l'idée de l'amener directement à Poudlard. Déesse, il me faut un de tes soutifs', puis j'irai attraper Lysandra pour lui emprunter un uniforme et ses chaussons en forme de lapin.

Elisa monta sur la banquette pour fouiller dans sa valise, en sortant une lingerie fine et élégante sans se soucier des regards masculins qui se portèrent dessus.

̶ Sexy, commenta Sirius.

̶ Tiens ?! s'étonna la séduisante blonde en récupérant le soutien-gorge noir. Quand est-ce que tu es arrivé, Black ?

̶ Je suis là depuis le début ! Il n'y a pas que tes amies dans ce compartiment, je te signale ! Il y a une professeure, également.

̶ Ah ? s'étonna une seconde fois la jeune femme en parcourant à nouveau les banquettes, s'attardant un bref instant sur Arlan avant de s'arrêter sur le professeur Epson. Prof' Défense, je présume ?

̶ Miss Orson, je présume ? répondit la nouvelle enseignante.

̶ En chair, en os et en pyjama, dit la Cauchemarde. Joli coup d'éclat à l'enterrement de Dorea Potter, j'aurais bien aimé y être pour accidentellement tuer mes parents. Enfin bon, j'ai un uniforme ainsi que des chaussons à récupérer. On se retrouve à midi.

Elle referma la porte aussi brusquement qu'elle l'avait ouverte.

̶ Cette nana est complètement barge… commenta Sirius.

̶ C'est Anoya, dirent Mary, Elisa, Telma et Clémence d'un ton rieur.

̶ Elle n'est pas née Orson, je me trompe ? dit Arlan avec son indifférence habituelle.

Tous les sourcils se haussèrent, sauf ceux du professeur Epson.

̶ Comment tu as deviné ?! s'étonna Sirius.

̶ L'aura qu'elle dégage et son surnom indiquent clairement qu'elle a un grand savoir en magie noire, sauf que les Orson, d'après ce que j'ai compris, sont totalement opposés à l'idéologie de Voldemort et des Mangemorts. Donc… En toute logique, je pars du principe qu'Anoya a rejeté les idéaux familiaux, qu'elle a trouvé refuge chez les Orson et a adopté leur nom.

̶ Je crois que je vais devenir bisexuelle… dit Elisa en fixant Arlan avec un grand intérêt.

Les autres éclatèrent de rire.

̶ Je doute que ça arrive, dit Clémence d'un air amusé. Mais oui, Arlan, Anoya n'est pas née Orson. Il s'agit de ma cousine. Si j'ai bien compris l'histoire de votre « attaque » sur le quartier de Lily, Dorcas, ma tante, est intervenue dès le début pour endormir les habitants afin qu'ils ne remarquent rien de vos saccages, c'est ça ?

̶ A part les Evans, précisa Sirius. Il fallait qu'il y ait au moins un témoin d'acte magique pour que le Service des usages abusifs de la magie détecte un Moldu-témoin. Maugrey a insisté là-dessus quand il fignolait l'idée d'Arlan avec Dumbledore.

̶ Ca ne m'étonne pas vraiment, dit la belle brune. Quoiqu'il en soit, ma mère et Dorcas ont une sœur : Nyra, qui est tombée amoureuse d'un vrai salopard, Latinus Selwyn, un véritable obsédé de la magie noire et un fervent partisan des idées de Tu-Sais-Qui. Anoya a été élevée dans une atmosphère terrible, constamment menacée de punitions si elle échouait, car même sans baguette, elle peut lancer des sorts et des maléfices en clignant de l'œil, en claquant des doigts, depuis ses cinq-six ans. Elle a grièvement blessé son père, un jour, quand elle avait sept ans, davantage par peur que par volonté, et a fugué. Elle a appelé le Magicobus, dont le chauffeur était, cette nuit-là, un vieil homme du nom d'Olas Orson, qui habite juste en face de chez Mary.

̶ Les Orson n'ont jamais réussi à avoir un enfant, donc une petite fille était une bénédiction, ajouta la petite brune de Gryffondor. Un peu comme James l'a été pour ses parents.

̶ Est-ce que les Piliers sont des sur… ? commença Arlan.

La porte s'ouvrit à nouveau, lui coupant la parole, sur le professeur Slughorn et un grand homme, la coupe au bol, les tempes rasées, le visage émacié et les yeux chassieux. Les accompagnant, Rogue, un jeune homme court-sur-pattes au ventre bien rond et le crâne rasé, ainsi que Dirk Cresswell, blondinet à larges épaules et au nez fin qui était, tout comme Dean Dickinson, en sixième année.

Arlan fit un grand effet aux trois élèves, même Rogue, pourtant prévenu. Les présentations se firent, un peu longues, un peu hypocrites aussi quand, troublés par l'indifférence du nouveau Potter, les trois élèves lui souhaitèrent la « bienvenue ».

̶ Camelia, Anoya et Salina ne sont pas encore arrivées, nota le professeur Slughorn en s'asseyant.

̶ La Cauchemarde est passée, dit Elisa.

̶ Ah oui, j'ai entendu dire qu'elle avait encore eu la fainéantise de s'habiller. Cette demoiselle n'aura de cesse de m'épater par son comportement tout à fait délirant. Telma, ne monopolisez pas les pains de viande. Quelqu'un a-t-il aperçu ou croisé Salina ?

« Demandez et vous serez servi » : la porte s'ouvrit sèchement sur Anoya, décidément brusque, avec laquelle entra une autre jeune femme aux origines arabes, à en juger par son teint basané, dont les cheveux noirs étaient coiffés en une queue-de-cheval haute, à l'exception d'une seule mèche tressée qui se balançait du côté gauche de son visage. Pas bien grande, à peine plus que Mary, elle affichait de jolies rondeurs, mais le plus fascinant était sans conteste son regard fauve dont les pupilles changèrent de formes sur les différents visages présents.

̶ OUAH ! s'exclama Salina en voyant Arlan. Un Potter bandant !

̶ Je vous ferai remarquer que nous vous entendons, Salina, dit le professeur Slughorn.

̶ Hein ? Ah, oui… OUAH ! Un Potter séduisant !

Le maître des potions pouffa de rire, tandis qu'Anoya s'asseyait à côté d'Arlan et que Salina prenait place sur les genoux d'Anoya, sans gêne, avant de piocher dans les olives à l'ail. Les pistons sifflèrent, le train s'ébranlant l'instant d'après. Remus entendit les élèves, de l'autre côté latéral du wagon, crier à parents, tutrices et tuteurs « A Noël ! », sans réussir à cacher leur peur de ne pas les retrouver lorsque les prochaines vacances viendraient.

̶ C'est parti ! reprit le professeur Slughorn d'un ton jovial. Finalement, j'ai décidé qu'on regarderait les travaux de Damoclès avant le repas. Créer une potion est assez facile quand on en connaît tous les effets des ingrédients quand ils interagissent entre eux, mais personne n'a la science infuse et nous ne sommes pas à l'abri d'une erreur regrettable. Damoclès, si vous voulez bien.

Le sorcier tira d'un pli de sa robe une liasse de parchemins contenant la liste des ingrédients comme de sa méthode de préparation actuelle. Sortant sa baguette, il créa également des copies pour les élèves qui n'étaient pas particulièrement doués en potions, puis les distribua.

̶ Holà ! s'exclama Dirk. Vous cherchez à vous faire exploser, Mr Belby ?

Damoclès sourit.

̶ Je me suis posé la même question quand j'ai établi cette liste. Fort heureusement, je n'ai pas encore essayé une telle combinaison. L'aconit réagit très mal à la poudre de Caspien, qui est assez coûteuse et interdite dans plusieurs pays, car susceptible d'entrer dans la composition de plusieurs poisons. Il faut, en somme, que je trouve un substitut, mais j'ignore encore lequel.

̶ Comment vous est venue l'idée de créer une telle potion ? demanda Rogue.

̶ Mon meilleur ami a été mordu par un loup-garou, il y a quelques années. Il a une personnalité assez fragile et craint de mordre un jour quelqu'un. Si cela devait arriver, je n'ose pas imaginer quelle serait sa réaction… Mon idée est donc de créer une potion permettant aux lycanthropes de garder toute leur humanité sous leur forme animale. Ils ne pourront sûrement pas communiquer, mais je rêve de les voir s'asseoir à une terrasse pour boire un thé ou un café, d'acheter un livre, de serrer la main d'un sorcier ou d'une sorcière sans les griffer ou les mordre. Je suis sûr que c'est possible : reste à savoir comment y parvenir.

̶ Dans ce cas, dit Dean, vous devriez peut-être réduire les fleurs de lotus et privilégier un mélange de belladone et d'aconit, non ?

̶ Très bien vu, Mr Dickinson, mais j'ai déjà essayé et ça a été un lamentable échec.

̶ Et avec de la pierre de fleur ? suggéra Telma.

̶ Échec aussi. Et peu importe la quantité, j'ai réchappé à la mort d'extrême justesse à chacune de mes tentatives. J'ai encore une cicatrice au bras qui me le rappelle.

̶ Et avec de la poussière de fées ? demanda Rogue.

Le professeur Slughorn et Damoclès réfléchirent.

̶ Incompatible avec la sève de cèdre, dit Arlan. Les fées détestent les cèdres, elles les évitent comme ils les empoisonnent si jamais elles les touchent. Il y a juste un truc qui me chiffonne dans la liste : que peut bien faire une potion que l'on pourrait appeler « anti-pleine lune » si rien ne concerne la lune ?

Question pertinente qui fit cogiter tout le monde, sauf Remus :

̶ La fleur des étoiles ? proposa-t-il timidement.

̶ Brillante idée ! dit le maître des potions. Le problème reste qu'il n'y a pas une seule montagne assez élevée dans le Royaume-Uni ou en Irlande pour qu'elle y pousse. Sans compter qu'elle fane très vite. Cela pourrait être utile, en temps normal, puisqu'il faudrait la laisser sécher, sauf qu'elle perd tout son effet en même temps qu'elle meure.

̶ C'est mal connaître la maman de Remy', dit Telma.

̶ Que voulez-vous dire ?

̶ Ma mère cultive des fleurs des étoiles, révéla Lunard.

̶ Comment fait-elle ?! s'étonnèrent Damoclès et le professeur Slughorn.

̶ Elle a créé son propre engrais. Ma mère est une scientifique dans l'âme : dès qu'elle a du temps de libre, elle se lance dans tout un tas de recherches et en oublie même de manger ou de dormir. Ca rend mon père un peu fou…

̶ Comme quoi, les enfants ne cessent jamais de grandir, dit le directeur de Serpentard pour lui-même tout en se caressant la moustache. Dire que Tabatha n'a même pas eu son Aspic en botanique ! Melbas serait sûrement bouche bée d'apprendre ça, s'il était encore parmi nous. Bien, Remus, dès ce soir, nous aurons besoin que vous organisiez une rencontre entre Damoclès et Tabatha.

̶ Bien sûr, monsieur.

̶ Il va néanmoins falloir revoir toute la méthode de préparation, dit Dirk.

̶ Et on va avoir besoin de… de… de… Lily, pour ça, renchérit Anoya dans un grand bâillement. J'ai la tête dans le cul, c'est une horreur. Bon, je vais la chercher. Potter est assez grand pour se promener à travers le train sans qu'on lui tienne la main. Telma, ordonne qu'on ne puisse pas me voir, ça me gave toutes ces excuses bidon pour me draguer.

Les yeux de la Dominante s'illuminèrent avec davantage d'intensité et Anoya disparut aussitôt de la vue de tout le monde ,exception faite des deux enseignants, des Piliers et d'Arlan. La porte s'ouvrit comme si une personne invisible sortait, puis elle se referma.

̶ Fascinant ! s'émerveilla Damoclès en observant la jeune fille. J'ai beau en avoir connu, je ne cesse jamais d'être impressionné par les Piliers. Horace me disait qu'il y en avait cinq, cette fois, comme…

̶ Six, rectifia Arlan.

̶ Six ? s'étonna tout le monde, sauf les deux professeurs.

̶ Oho ! s'exclama le maître des potions, agréablement surpris. Comment avez-vous compris, Arlan ?

̶ Les sourires des Piliers quand elles retrouvent Mary. Même Anoya, malgré son ensommeillement, a dégagé une grande joie de la voir.

La petite brune de Gryffondor enregistra lentement ses paroles, atterrée.

̶ Moi ?! Je ne suis pas… !

̶ Vous, Miss Macdonald, approuva le professeur Slughorn. Officiellement, non. Officieusement, les professeurs de Poudlard vous estiment comme le cœur des Cinq. Les Piliers ne sont pas que des jeunes femmes atteintes du syndrome d'Incontenance, particulièrement talentueuses ou ayant des facultés très étonnantes. Rappelez-vous : qui a fait se rencontrer Lily, Anoya, Salina, Telma et Elisa ? Qui a permis qu'elles deviennent amies ? Vers qui se tournent-elles toujours pour telle ou telle raison ? En qui ont-elles toute confiance ? C'est vous. Minerva me taquine sans cesse sur le fait qu'elle a trois Piliers dans sa maison. A l'unanimité, mes collègues et moi vous avions choisi le surnom « le Lien », car vous êtes indéniablement très douée pour réunir les gens.

̶ Sans compter qu'elle a le chic pour nous orienter vers des boutiques et des resto' super cool, ajouta Salina.

̶ Et qu'elle a des fesses à croquer, surenchérit Elisa.

̶ Hé ! protesta Mary, le teint cramoisi par tout cet étalage de compliments. Fous la paix à mon cul !

̶ Et elle a ce franc-parler bien à elle, dit Sirius en souriant.

̶ Est-ce que vous comprenez où nous voulons en venir, Mary ? demanda le professeur Epson. Vous n'êtes pas moins que les autres, vous êtes tout simplement vous. Arlan avait un camarade de classe qui doutait de ses capacités, mais quand il lui a fallu se dresser face à ses amis, même s'il se savait moins doué, il l'a fait avec détermination. En sixième année, il était toujours hésitant sur ses capacités, puis il a changé en un été : il est devenu un jeune homme courageux, téméraire même. Lui qui avait toujours eu besoin d'être protégé est tout à coup devenu le protecteur. J'ai suffisamment discuté avec Horace et les autres professeurs pour savoir que la seule chose qui manque à Peter et à vous, ce sont la confiance et la méthode adaptée. L'incertitude et l'angoisse sont un poison pour l'esprit. Vous avez des qualités, et nous allons travailler ensemble à vous les rappeler et à les exploiter.

̶ D'autant que Dumbledore a décidé d'organiser des ateliers, annonça le professeur Slughorn. Lupin, Miss Macdonald, Pettigrow, si vous voulez votre Aspic en potion, je vous attends vendredi pour votre inscription au mien !

La porte s'ouvrit à nouveau assez brusquement. Telma ramena la luminosité de ses yeux à un niveau assez faible et Anoya réapparut, précédant Lily. La Cauchemarde retourna à sa place alors que la belle rousse saluait les personnes qu'elle n'avait pas encore croisées. Elle attrapa alors la Dominante par les aisselles et l'assit sur ses jambes sous le regard de Rogue, définitivement soulagé de la voir en bonne santé – même si la préfète-en-chef l'ignora superbement.

̶ Tiens, dit Telma en lui présentant la liste. On a écarté la poudre de Caspien pour lui préférer les fleurs des étoiles, mais on a besoin de remanier toute la méthode de préparation. Et il y a des pains de viande de Fleamy' ! Quand tu en auras goûté un, tu tomberas amoureuse de Jamesy' juste pour en connaître le secret !

̶ Encore faudrait-il que tu daignes les partager, objecta Clémence.

̶ Il fallait bien que je les protège en attendant Lily !

̶ Tu en as déjà bouffé la moitié, dit Dean, l'air blasé.

̶ Même pas vrai ! Je n'en ai mangé qu'un tiers !

̶ Il y en avait vingt-quatre et il n'en reste plus que douze ! dit Sirius.

̶ J'ai été attaquée par un troll qui m'en a piqué quelques-uns…

̶ Et tu crois qu'on va gober…

.Et la porte s'ouvrit à nouveau assez sèchement sur une adolescente de mauvaise humeur, le cheveu châtain foncé, les yeux aussi chocolat que ceux du professeur Epson. Bien plus gâtée par la nature que la plupart des autres adolescentes, elle entra et referma le panneau derrière elle avec un grand soupir avant d'observer les personnes présentes.

̶ WOW ! s'écria-t-elle en voyant Arlan, oubliant instantanément sa colère. Putain, j'ai failli tomber amoureuse !

̶ Votre langage, Camelia ! dit le professeur Slughorn, l'air plus amusé que réprobateur.

̶ Ah oui, désolée. Faut quand même reconnaître que ça fait un choc… James m'a dit qu'il avait son sosie quasi-parfait quand je l'ai croisé, mais de là à imaginer que c'était à ce point… Anoya, cède-moi ta place, je vais avoir besoin de faire connaissance avec lui.

̶ J'ai trop la flemme de me relever, trouve-toi une autre place. Tu as l'habitude d'être sur les genoux de Black, non ? Même si c'est généralement à poil.

̶ On t'a déjà dit que c'était un mensonge ! répliquèrent les deux concernés.

Les autres rirent sous cape, tandis que Camelia rejoignait Anoya pour s'asseoir à côté d'elle pour s'y voir prêter une liste rectifiée des ingrédients prévus pour la potion Tue-Loup de Damoclès.

̶ Qu'en pensez-vous ? s'enquit le professeur Slughorn.

̶ Il va falloir revoir toute la méthode de préparation, c'est sûr, dit Camelia. La fleur des étoiles fane à une vitesse incroyable, mais je me demande s'il ne faudrait pas…

̶ La garder fraîche et la faire infuser, acheva Rogue.

̶ Mais il faudrait alors diminuer la quantité d'aconit, dit Lily. Un pétale de fleur de lotus, également, et tout faire mariner pendant quelques jours, même si je ne sais pas combien. Je dirais quatre ou cinq, au mieux. Huit au neuf, au pire. Il manque cependant quelque chose… mais je n'arrive pas à mettre le nom dessus.

̶ De la verveine, dit Telma, ses yeux brillant momentanément un peu plus intensément.

̶ C'est ça ! s'écria Damoclès en faisant aussitôt apparaître une plume et une bouteille d'encre. Si j'ai la bonne quantité de verveine, la solution sera stabilisée. Horace, menteur ! Vous n'avez pas des élèves mais des génies ! A vous tous, je vous remercie du fond du cœur. Je vais tenter notre idée et – croyez-moi –, je n'oublierai pas l'aide précieuse que vous m'avez apporté si elle se concrétise ! Mr Lupin, il y a de fortes chances pour que je m'installe chez vos parents pour préserver les capacités des fleurs des étoiles..

̶ Je le leur ferai savoir, assura Remus.

Le chercheur rangea son parchemin dans une poche, l'air un peu ému, les yeux brillants.

̶ Parfait, il ne me reste plus qu'à faire des tests, à moins que quelqu'un ait une suggestion ?

̶ Tout dépendra de vos résultats, dit Lily.

̶ Et de la texture de la potion, renchérit Rogue.

̶ C'est vrai, ça ! dit Dean. On n'a pas pensé au temps de cuisson.

̶ Ne vous inquiétez pas pour ça, j'y réfléchirai moi-même, assura Damoclès. A présent, présentez les Cinq Piliers de Sanglier ! A mon époque, il n'y en avait qu'une seule : Agatha McKinnon. Elle avait le don de se casser la figure dans tous les escaliers qu'elle utilisait, raison pour laquelle nous l'appelions « l'Incassable » – car elle ne se brisait jamais rien. Même en tombant de son balai à dix mètres du sol ! Enfin bon, si j'ai bien compris – officiellement, en tout cas –, ce sont Miss Cooper, Miss Chakri, Miss Orson, Miss Stadwyck et Miss Evans. Qui a quel titre ?

̶ Elisa est la Déesse, indiqua le professeur Slughorn. Ses sortilèges, même le plus simple, atteignent une puissance surprenante. Telma est la Dominante, car toute personne, toute chose n'ayant ni la force de son esprit, ni un pouvoir magique égal ou supérieur au sien, se soumet inévitablement à sa volonté. Les « moins », dirais-je, se brûlent en essayant de la toucher. C'est un peu pareil pour Salina, la Lectrice : elle peut lire la mémoire, les connaissances de quiconque n'ayant pas sa puissance et mémorise absolument tout – et quand un « moins » s'approche d'un peu trop près, il y a un coup de jus d'électricité. Anoya, c'est une autre histoire. Son surnom est le fait de son très grand savoir en magie noire, mais aussi qu'elle peut très bien se passer de baguette – un clin d'œil ou un claquement de doigts suffisent à la Cauchemarde, sans parler de sa personnalité assez atypique. Quant à Lily, elle est la Grâce ! dit-il, d'un ton passionné. Elle ne se bat pas en duel : elle danse le duel ! Elle n'utilise pas la magie : elle la vit ! Sa stupéfiante capacité à comprendre les formes de magie, à les mélanger impressionne même Filius et Albus ! Elle aussi peut se passer de baguette : il faut la voir planer quand elle saute de la tour d'astronomie pour retomber tout en douceur dans le parc !

̶ Et après, tu vas nous dire que ce n'est pas ta chouchou ? ironisa Clémence.

̶ « Tu » ? s'étonna presque Arlan.

̶ Horace est le parrain de ma mère, dit la très belle brune. Il est plus mon père que mon vrai père, en fait, car lui a toujours été là pour moi, alors que l'autre queutard… S'il remet un pied en Angleterre, je n'ose pas imaginer ce que ma tante Dorcas va en faire.

̶ Ca ne te dérange pas d'aller chez lui tous les étés, fit remarquer Dirk.

̶ Maintenant, si. Sa nouvelle grognasse est invivable et ce vieux con passe plus de temps à s'occuper du voyeur qu'est le fils de cette sale conne. Quand nous avons été en Crète, j'ai passé deux jours chez une fille avec qui je me suis liée d'amitié et ils n'ont même pas remarqué mon absence.

̶ Comment va Katie, d'ailleurs ? demanda le professeur Slughorn. Je n'ai pas aimé sa dernière lettre, elle avait l'air déprimée.

̶ Maman ne va pas bien du tout, reconnut Clémence. Son moral s'est un peu amélioré quand elle m'a vue revenir à la maison avec un peu d'avance et quand je lui ai dit que je ne voulais plus jamais voir ce sale type, mais… le problème reste toujours le même : il des relations très influentes, pas maman. Et il exige les deux tiers de la fortune familia…

̶ Deux tiers ?! s'indigna le maître des potions. Les Meadowes ont payé le mariage ! Ce malandrin l'a quittée deux ans après ta naissance ! Je me suis même souvent demandé s'il ne battait pas Katie… Cet avorton veut jouer au tireur de ficelles, on va lui montrer qui sont les plus forts à ce jeu-là ! Damoclès, j'ai apprécié de vous revoir, mais…

̶ Allez-y, sourit le chercheur. Saluez Albus de ma part.

̶ Je n'y manquerai pas, dit le directeur de Serpentard en sortant d'un pli de sa robe de sorcier un tout petit œil de verre. Hermione, je vous confie le reste. Serpent !

Il s'éleva un bref instant et disparut sans un bruit.

̶ Dire qu'il me reproche sans cesse ma spon… spon… spontanéité, bâilla Anoya.

̶ Horace a beau être le parrain de ma mère, il la considère comme sa fille ou sa nièce. Et au cas où tu ne l'aurais toujours pas compris, il est bien moins dangereux que toi, Cauchemarde. Je te rappelle que tu as foutu le feu à tout le dortoir du sixième année qui avait critiqué le vernis de tes ongles de pieds.

̶ Ce n'était pas par spontanéité, c'était planifié. Je me suis réveillée et je me suis dis que ce gros con méritait une punition. J'ai juste oublié qu'il y avait d'autres élèves.

̶ C'est de la spontanéité, ça, fit remarquer Remus.

̶ Et de l'inconscience, renchérit Lily.

̶ Rien à cirer, dit Anoya. Ils n'avaient qu'à pas être là. Telma, mon câlin de la nuit !

̶ On est le matin, objecta la Dominante.

̶ M'en fous, j'ai sommeil. Nouveau Potter, t'as intérêt à ce que tes cuisses soient confortables parce qu'elles vont me servir de coussins. Si tu bandes, je t'arrache ta bite pour te la foutre dans le cul et tes couilles pour te les faire bouffer.

̶ T'es vraiment complètement barrée, commenta Dirk tandis que la jeune fille se jetait dans les bras de la Cauchemarde pour l'étreindre chaleureusement.

̶ Merci, c'est toujours un plaisir d'être appréciée à sa juste valeur, dit Anoya.