Le mercredi suivant, tout le monde n'en revenait toujours pas de la branlée – car c'en était une – que le nouveau Potter avait infligée à presque tous les participants au club de duel. Malgré son indifférence habituelle, moquée même, Second Potter était devenu la coqueluche de pas mal de jeunes femmes, qui n'aspiraient sans doute qu'à se sentir en sécurité plutôt qu'à le séduire – tout comme bien des garçons espéraient devenir ses amis, d'ailleurs. Il fallait néanmoins admettre que sa technique était efficace – et très impressionnante : si Lily n'avait pas assuré la défense, seules les Piliers auraient sûrement réussi à s'en sortir. Severus comprenait mieux, en tout cas, ce que le professeur Slughorn entendait quand il lui avait affirmé que le deuxième Potter était un « sacré duelliste ». Il n'avait encore jamais vu quelqu'un bouger de cette façon. Comme disait Evan, c'était comme s'il s'était battu toute sa vie, mais Severus... comme tout le monde, en fait, il était d'accord pour dire qu'aucun être humain normalement constitué pouvait se déplacer de la sorte – sans parler de son étonnante capacité à savoir qui allait l'attaquer dans le dos et à réagir instantanément, parfois même sans se retourner pour évaluer la nature du sortilège ou sa cible. Alors quoi ? Une potion ? Un enchantement ? Une nature magique ? Ou l'expérience ? Il était assez difficile de croire à la dernière, et pourtant… Comment imaginer qu'un jeune homme de 17 ans puisse être aussi redoutable ? Éclater près d'une cinquantaine d'élèves en trois minutes, ce n'était pas à la portée de tout le monde – et Severus se demandait régulièrement si, en lui laissant un délai supérieur d'une ou deux minutes, il ne serait pas resté que les Piliers debout.
Second Potter mis à part, il demeurait toutefois une autre affaire qui tracassait les Serpentard – ainsi que le Seigneur des Ténèbres, d'ailleurs : l'attaque du ministère de la Magie. Comme pour celle sur le quartier des Evans, elle n'avait jamais été commanditée par le Lord noir, et aucune information n'avait filtré, le ministère parlant d'un « canular »… Sauf qu'un Mangemort infiltré avait disparu. Kidnappé ? C'était l'hypothèse retenue par le Seigneur des Ténèbres, d'après Mr Avery, qui assurait que ce mage noir était d'une fidélité sans faille.
Et il y avait, bien sûr, cette histoire sur les origines du Seigneur des Ténèbres. Adam n'y croyait pas, prétextant que rien ne garantissait que « Tom Elvis Jedusor » fût son vrai nom. Il n'avait pas tort, mais c'était un peu trop énorme pour être une plaisanterie. Evan s'en moquait, lui : le plus important était la cause qu'ils défendaient, même s'il paraissait assez… vexé, peut-être. Lui qui avait été conditionné par ses parents, comme le disait si bien Second Potter, il avait toujours cru que le sang pur valait plus que tous les autres, et voilà qu'il n'était pas impossible que son père s'agenouillait devant un sang métissé. Ca devait sans doute lui rester en travers de la gorge. Quant à Alexander, étant un raciste plus modéré, il doutait autant que Severus, notamment parce que leurs camarades féminines continuaient à enquêter, enthousiastes. Maintenant qu'ils connaissaient les dates de scolarité de Tom Jedusor, il aurait été assez facile de poser la question aux premiers Mangemorts ayant faits leurs études avec lui – comme le père d'Alexander –, mais connaissaient-ils la vérité et, si c'était le cas, la reconnaîtraient-ils ?
Severus arrêta d'y penser quand ils arrivèrent aux serres, notamment parce que Salina s'y trouvait en compagnie de ses amies de Serpentard et de la plupart des élèves. Ne manquaient plus que les garçons de Gryffondor, qui arrivèrent juste après l'apparition du professeur Chourave, sauf qu'il manquait une personne.
̶ Vous arrivez presque à l'heure, pour une fois, messieurs, dit-elle.
̶ Nous avons été retenus par… par Dumbledore, haleta Remus en lui tendant un parchemin.
La botaniste le déroula pour le lire, ses sourcils se fronçant de plus en plus ses boucles grisonnantes.
̶ Je comprends, dit-elle simplement. Bien, tout le monde à l'intérieur.
Elle entra la première et les élèves suivirent. Les garçons de Serpentard se rapprochèrent, peut-être pour la première fois de leur scolarité, de plein de ceux de Gryffondor pour entendre ce qu'ils avaient à raconter. Il était clair que quelque chose clochait avec Second Potter, mais quoi ? Sa technique avec deux baguettes avait-elle attiré l'attention du ministère ?
Les étudiants prirent place le long d'une table où s'alignaient les fleurs visqueuses et bleues qu'ils avaient vu Hagrid ramener de la forêt interdite le jour où plusieurs personnes avaient été atteintes de la carence magique.
̶ Qui peut me dire ce que nous avons sous les yeux ? reprit le professeur Chourave. Miss Chakri ?
̶ Ce sont des Veriflor, répondit Salina.
̶ Cinq points pour Serpentard. Quelle est leur particularité ? Mr Holmes ?
̶ La substance qu'elles sécrètent est à effets opposés.
̶ Cinq points pour Poufsouffle.
̶ La Veriflor entre dans la composition du Veritaserum, le plus puissant sérum de vérité connu, mais elle peut aussi être intégrée à des potions farceuses et d'autres, bien moins gentillettes. Pour vous citer un exemple concret, un homme s'est un jour dénoncé du meurtre d'une personne vivant à Nottingham, sauf que lui-même se trouvait à une réception mondaine au moment de crime – et il y avait foule pour le confirmer, puisqu'il en était l'organisateur. C'était une histoire de fou, il faut bien l'admettre, et ça a duré deux jours.
̶ Mais il a été disculpé, non ? demanda Moaning.
̶ A titre posthume… Le vieil homme n'a pas supporté plus d'une nuit l'environnement d'Azkaban, mais il était apparu que l'un de ses invités était le coupable. Il avait utilisé un Portoloin pour aller tuer le sorcier de Nottingham, était revenu « des toilettes » et avait fait porter le chapeau à son hôte grâce à une potion qui inversait les propriétés connues de la Veriflor.
̶ Au lieu de dire la vérité, il ne pouvait plus que mentir… résuma Black, pensif.
̶ Exact. Fort heureusement, sa potion a été découverte par les autorités et plusieurs des ingrédients se sont retrouvés sous surveillance du ministère. La préparation a été détruite, il me semble. Mais, bon, il est temps de s'activer : vous allez tous remplir une bassine d'eau et récupérer un pinceau-repousseur et prendre… où sont… Ah, ces grands contenant en céramique pour y déverser le mucus.
̶ A quoi sert l'eau, alors ? interrogea Adam.
̶ Bonne question : le mucus de la Veriflor n'est pas très dangereux quand il entre en contact avec la peau, à la condition qu'il ne sèche pas. Étant donné que les pétales sont assez rigides, vous n'êtes pas à l'abri de la voir vous catapulter des gouttes à la figure si vous appuyez trop fort. Bien sûr, vous utilisez vos gants en peau de dragon. Si vous êtes aspergé, plongez la tête dans la bassine. Prenez toutefois très grand soin des pétales, je compte réutiliser les Veriflor pour mon prochain atelier.
Et tout le monde se mit en mouvement, allant chercher les bassines pour faire couler de l'eau de leur baguette, ramassant un étrange pinceau dont les poils durs semblaient s'agiter comme s'ils essayaient de donner des coups de pied puis les gants s'enfilèrent et le cours commença vraiment une fois la fleur dans le contenant en céramique.
Il régna une certaine fébrilité, au début, chacun et chacune craignant d'appuyer trop fort et de se voir éclabousser, mais le coup de main s'attrapa assez rapidement pour l'ensemble des élèves. La substance ressemblait étrangement à de la colle, mais elle conservait la couleur bleue des pétales et répandait une étrange odeur qui rappelait beaucoup…
̶ Professeur, demanda Severus, il n'y aurait pas un effet olfactif quand le mucus est retiré des pétales ?
̶ Dix points pour Serpentard. Effectivement, le mucus agit un peu comme l'Amortentia : il inspire au nez les odeurs qu'il apprécie le plus. Certains parfumeurs ont essayé de s'en servir pour créer certaines de leurs fragrances, mais ça a déclenché tant de bagarres entre des prétendants et des prétendantes des personnes qui en portaient, que la Confédération internationale a tout simplement décidé d'en interdire la fabrication.
Voilà pourquoi il sentait l'Orchidée de Java de Lily, l'odeur du vieux cuir et le parfum que répandait sa mère quand ses cheveux se balançaient à sa sortie de la douche.
Le professeur Chourave s'éloigna et Cooper se pencha, perchée sur un marchepied, se pencha Potter, l'air conspirateur :
̶ Il se passe quoi, avec Arlan ? murmura-t-elle.
̶ Un problème avec son dossier, je crois, répondit Potter sur le même ton. Dumbledore a simplement dit qu'un officiel du département de la coopération allait venir dans un quart d'heure. Ce qui est assez inquiétant, c'est qu'il ne sait pas encore s'il doit convoquer le prof' Epson également.
̶ A peine arrivé et déjà renvoyé dans son pays, railla Adam d'un ton goguenard.
̶ A peine revenu et vous allez déjà avoir une retenue, Mulciber, dit le professeur Chourave. Même si je tolère que les élèves parlent à voix basse, vous le faites un peu trop fort, en ce qui vous concerne. Et j'ai plusieurs serres à nettoyer, figurez-vous. Et le professeur Slughorn m'a promis de me faire savoir à quel point vous êtes doué en matière de tâches ménagères quand vous aurez perdu le pari que vous avez fait avec le directeur. Concentrez-vous tous sur les Veriflor, maintenant, vous spéculerez une fois que vous serez sortis de mon cours.
Ce qu'ils firent une heure et demie plus tard. Hagrid n'avait pas lésiné sur les quantités des fleurs, en particulier parce qu'il en avait trouvé tout un jardin sauvage quand Stadwyck, Lupin et Salina l'avaient accompagné dans la forêt interdite.
̶ Tu n'en rates vraiment pas une… soupira Evan en jetant un regard las au massif Serpentard. Tu as eu de la chance que Chourave t'entende et que Porter ait menacé visuellement la Dominante, car elle a commencé à te fixer d'un air pas très rassurant. Je me demande comment un mec aussi indifférent peut s'attacher l'amitié d'autant de personnes en si peu de temps… Même les profs préfèrent l'appeler par son prénom plutôt que le faire avec Potter Numéro Un.
̶ Par compassion pour son amnésie ? suggéra Alexander. Ou pour qu'il s'intègre. Dumbledore l'a dit au cours sur l'Uranus : Second Potter a passé une partie du mois d'août ici, on peut donc imaginer que ce vieux cinglé ait eu la bonne idée d'inviter tout le cercle entourant de Potter Numéro Un pour ne pas créer d'ambiguïté le jour de la rentrée.
̶ C'est fort probable, admit Severus en regardant la chevelure auburn de Lily qui les précédait d'une bonne dizaine de mètres, accompagnée comme toujours de ses amies. Par contre, ça craint : si Potter a développé cette Danse du Diable Divin avec des amis et qu'eux-mêmes la maîtrisaient, ces cinq-là ont sans doute à cœur de l'apprendre.
̶ Et on va devoir serrer encore plus les fesses, approuva Evan. Sans parler de la menace qu'elles vont représenter plus tard… Pourquoi cette année part en vrille depuis l'arrivée d'Epson et de Potter Deux, sérieux ?!
̶ Parce que c'est le destin, dit la voix exagérément éthérée d'Uria.
Ils se retournèrent sur l'asiatique, Zaza et Jahia, mais celles-ci se contentèrent de les dépasser avec le regard narquois, puis elles montèrent le large escalier de pierre et disparurent dans le château quand ils posèrent le pied sur la première marche.
̶ Pétasses… grogna Adam quand il fut sûr de ne pas être entendu.
̶ Ose le leur dire en face, tiens, répliqua Evan, excédé. Qu'est-ce qu'elles peuvent bien mijoter ? On dirait qu'elles ont encore une longueur d'avance sur nous… Remarquez, je crois que c'est la première fois qu'elles nous adressent autant la parole en moins de deux semaines. Elle est franchement bizarre, cette année.
Ils entrèrent dans le château et en traversèrent le hall pour emprunter l'une des portes donnant sur les vieilles salles inutilisées au fond de laquelle une arche menait à la cour de métamorphose, surnommée ainsi car offrant un étroit un escalier permettant d'accéder directement au premier étage où enseignait le professeur McGonagall. Ils rejoignirent leur banc habituel, qui accueillait un occupant inhabituel : le directeur de Serpentard semblait les attendre.
̶ Bonjour, les garçons, les salua-t-il.
̶ Bonjour, monsieur, répondirent-ils en s'asseyant de part et d'autre de lui.
̶ Désolé pour le squat, mais j'ai des nouvelles de Damoclès, annonça-t-il en tirant deux rouleaux de parchemin. Mulciber, vous m'étonnez ! Je n'aurais jamais pensé que vous iriez lui parler du souci que vous posent les potions, mais Damoclès a pensé à vous. Il avait un camarade de classe voué à échouer à sa BUSE de potions, et à ma grande stupéfaction, il a obtenu un E, alors que j'avais passé la moitié de ses quatre premières années à lui mettre des D et des A. Quant à vous, Severus, je vous exonère du devoir sur le philtre de Sollicitation cérébrale : Damoclès a progressé – assez timidement –, mais progressé – il rencontre juste de nouveaux problèmes : il en a réglé une partie, mais je lui ai demandé de fournir les travaux bruts pour voir si mes élèves trouveraient le même résultat que lui, voire s'ils iraient plus loin. Il ne me reste plus qu'à trouver Dean et Dirk et tout le monde sera en mesure de travailler. Et attendre qu'Arlan ressorte du bureau de Dumbledore.
̶ Il y est toujours ? s'étonna Evan.
̶ Et encore pour un moment, apparemment. Entre la perte de son dossier et celui de sa mémoire, il ne devrait pas être facile de répondre aux questions de Dearborn, et Albus veut qu'Hermione assure tous ses cours. Elle s'est sûrement précipitée à son bureau pour aider, mais il me paraît peu probable qu'elle sache absolument tout sur Arlan. Comme elle le dit elle-même, il est assez cachottier. C'est un Potter, après tout.
̶ Est-ce que la Sollicitation cérébrale est pour lui, monsieur ? demanda Alexander alors que le maître des potions se levait du banc.
̶ Je me suis demandé si on ne devrait pas lui en faire boire une, mais les risques sont trop grands. Ca pourrait lui détraquer le cerveau, précipiter son amnésie, lui faire changer de personnalité, voire même le rendre totalement hermétique à ce qui l'entoure, comme s'il était seul au monde, sans compter que ça risquerait de lui faire perdre l'usage de certaines fonctions, comme marcher, lever le bras, entendre, voir, etc. C'est une solution que l'on n'utilise jamais sur les personnes conscientes. Elle est réservée à toute personne plongée dans le coma pour tenter de la réveiller et relancer ses fonctions cérébrales que la pathologie a atteintes. Enfin, bon : vous devriez y aller, la cloche ne va pas tarder à sonner et j'ai un cours à présider.
Il s'éloigna vers le couloir du rez-de-chaussée, tandis que les garçons de Serpentard et les élèves qui se trouvaient dans la cour de métamorphose se dirigeaient tous vers la porte donnant sur l'escalier pour rejoindre le premier étage où tout le monde s'éparpilla. Adam ouvrit la bouche, mais Alexander donna aussitôt un coup de coude au massif jeune homme, pointant du menton la longue chevelure vénitienne d'Orson, qui jeta un regard par-dessus son épaule avec un sourire mauvais, avant de reporter toute son attention sur la discussion qu'elle entretenait avec Marlow et M'Bami, Stockwell ayant raté sa BUSE en métamorphose.
Severus s'en était toujours douté, mais il n'avait pas compris comment elle faisait : sa capacité à percevoir des esprits hostiles, malveillants était tout bonnement phénoménale, et ce n'était pas un idiot impulsif comme Adam qui risquait de lui échapper. Son Incontenance s'étendait-elle donc si loin ? Ou avait-elle simplement l'habitude des menaces pensées, exprimées ? Avec son passé, ce n'aurait guère été surprenant.
Ils entrèrent dans la classe de métamorphose, où Second Potter manquait à l'appel. S'installant, tous les élèves sortirent leurs manuels, le professeur McGonagall refermant la porte avant de la retenir pour laisser entrer Potter Numéro Deux. Il avait l'air un peu pâle, le front perlant de sueur, comme s'il avait couru… ou plus.
̶ Désolé pour…
̶ Au moins, vous êtes de retour en cours, dit la sorcière. Allez prendre place.
Orson lui adressa un petit signe de la main pour attirer son attention, et Potter Numéro Deux s'assit à côté d'elle. Evan avait raison : comment faisait-il donc pour s'attirer la sympathie des gens comme ça, ce mec ? se demanda Severus.
̶ Parfait, dit le professeur McGonagall en reportant tous les regards sur elle. Étant donné que vous su apprendre à maîtriser le sortilège de Balance, même si certains et certaines ont encore un peu de mal, à l'occasion de mon atelier et du dernier cours du professeur Flitwick, nous allons passer à une forme de la métamorphose bien plus complexe que toutes celles que vous avez étudiées jusque-là : je vous parle du Camouflage.
̶ Professeur, on connaît déjà le sortilège de Désillusion, fit remarquer M'Bami.
̶ Le Camouflage ne s'arrête pas qu'à ça, mais puisque vous êtes volontaire, venez donc près de moi, Miss M'Bami.
La jeune femme noire aux longues tresses quitta sa chaise et rejoignit la directrice de Gryffondor, se demandant clairement ce qui l'attendait. Le professeur McGonagall donna un petit coup de baguette au sommet de son crâne et un grand « WOW ! » retentit lorsque la Serdaigle vieillit brusquement, le dos courbé, se ridant instantanément tandis que ses cheveux blanchissaient subitement.
La sorcière ramena M'Bami à son état d'adolescente, qui se massa le dos – comme si elle avait senti les rhumatismes de sa version « vieille femme ».
̶ Vous pouvez aller vous rasseoir, dit le professeur McGonagall. Ne vous inquiétez pas, les douleurs ne dureront que quelques minutes. Le Camouflage fait partie d'une catégorie de métamorphose qui est extrêmement complexe et que l'on appelle « métamorphose humaine ». Cette dernière permet d'altérer la consistance, l'apparence, le métabolisme de la personne. Seuls les Métamorphomages, les personnes qui naissent avec une capacité innée à changer d'apparence quand bon leur semble, n'en ressentent pas les effets. Quand je parle de consistance, je fais référence à la force : comme vous avez pu le constater, Miss M'Bami a souffert du vieillissement que je lui ai infligé, mais un Métamorphomage ne connaîtra pas cette douleur. Oui, Pratt ?
̶ Existe-t-il des moyens de déceler le Camouflage ? Je veux dire, pas avec des Sondes de Sincérité et ce genre d'objets : je veux parler par soi-même ou des sortilèges, dit le Poufsouffle maigrichon au nez en trompette. Il paraît qu'il y a une cascade, à Gringotts, qui annule tous les artifices.
̶ Pour les sortilèges, vous demanderez au professeur Flitwick. Pour ce qui est de « par soi-même », il s'agit essentiellement d'une question de perceptions. Un Camouflage mal exécuté est par définition un sortilège instable : si j'avais raté le mien sur Miss M'Bami, son apparence n'aurait cessé de changer au lieu de rester telle que je voulais la métamorphoser. Il est aussi question d'affinités, si quelqu'un essaie de se faire passer pour un proche ou une connaissance : sa façon de marcher, de parler, de bouger, tout comme son parfum ou son eau de Cologne – tout doit être absolument parfait pour tromper quelqu'un, mais encore faut-il que ce quelqu'un soit attentif à ces détails. Il y a également ce que nous appelons la « zone de confort » : si, par exemple, un certain étudiant arrivait en retard et feignait d'être essoufflé, s'arrêtait devant moi pour s'excuser pendant qu'un certain directeur dissimulé sous une Désillusion si puissante qu'elle le rendrait totalement invisible pour apporter une part de gâteau à Miss Cooper, je ne manquerais pas de le remarquer, car cette salle de classe est l'une de mes zones de confort.
Tout le monde se retourna et sursauta en découvrant Dumbledore assis tout au fond de la classe, une glace à la menthe dans la main, tandis que Cooper se régalait quant à elle d'une part de gâteau fraise et chocolat. Seules les Piliers ne parurent guère surprises. Second Potter, de son côté, paraissait plus frais que jamais.
̶ Le poste de directeur vous ennuie tant que ça, Albus ? interrogea le professeur McGonagall avec un sourire en coin.
̶ Nullement, mais je dois reconnaître que ça me plaît de retourner en classe, dit Dumbledore d'un air malicieux.
Cette année était vraiment bizarre, se répéta encore Severus.
̶ Si vous le dites. Pour reprendre où j'en étais, Pratt, l'Incontenance est également un moyen pour ne pas se faire duper. Parce que leur pouvoir est trop important pour être contenue par leurs corps, Misses Evans, Stadwyck, Chakri, Cooper et Orson ne pouvaient que détecter l'intrusion du directeur – raison pour laquelle sa présence ne les a pas étonnées. Misses Porter et Sow, du fait de leur… notoriété, on va dire, ont des zones de confort plus étendues que la plupart des autres jeunes femmes, elles ont dû sentir quelque chose sans comprendre vraiment ce dont il s'agissait. Au final, tout n'est que perceptions si on souhaite déceler un Camouflage sans avoir recours à la magie. Êtes-vous satisfait, Pratt ?
̶ Heu, oui, oui, bien sûr.
̶ Alors, passons à la première étape de ce cours. Ouvrez votre livre à la page 14, nous débuterons par le sortilège de Vieillissement sur votre main libre.
Dumbledore n'intervint pas, cette fois-ci, même si Severus l'entendit chuchoter des astuces aux deux Serdaigle assis juste devant lui. Cette fois encore, la plupart des Piliers furent les premières à réussir – mais Black et Potter Numéro Un ne furent guère en reste, devançant Lily, Salina et Orson. Le Second Potter ne se donna même pas la peine d'essayer, et le professeur McGonagall ne trouva rien à y redire. Sans doute l'avait-elle testé pendant les vacances d'été, se dit Severus. Il aida néanmoins Orson plutôt efficacement, visiblement bon pédagogue, puis s'attela à permettre à M'Bami et Marlow à réussir une demi-heure avant la fin du double cours.
Severus dut bien l'admettre, il réussit à son tour en écoutant les conseils de Second Potter, peut-être un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait dû du fait de la distance et qu'il ne comprenait pas toujours ce qu'il chuchotait. Mais sa main libre vieillit au dernier coup de baguette qu'il lui asséna juste avant que la cloche ne sonne, même si sa peau flétrie rajeunit presque aussitôt pour retrouver son aspect habituel.
̶ Bon, soupira le professeur McGonagall, vous pouvez remercier Pratt, sa question a tué vos devoirs, donc vous n'en aurez pas pour cette fois, mais que cela ne vous interdise pas de vous entraîner encore et encore. Je veux que 95% de la classe soit capable de vieillir sa main durablement au prochain cours.
Les élèves sortirent, Dumbledore restant avec le professeur McGonagall, et tous prirent le chemin de la Grande Salle pour le déjeuner.
̶ Alors ? interrogea Potter Numéro Un qui traînait devant les Serpentard en compagnie de son cousin et de leurs amis.
̶ Les doigts dans le nez… pour prof' Epson. Caradoc Dearborn voulait quelques précisions à propos de ma fâcheuse tendance à enfreindre les règles et les lois. Libérer un hippogriffe condamné à mort ou m'introduire au ministère de la Magie parce que je voulais sauver mon parrain inculpé à tort… Si j'en crois prof' Epson, j'ai un foutu don pour m'attirer des emmerdes ou à aller à leurs devants. Elle dit que c'est génétiquement « potterien ». Enfin bon, c'est classé, pour le moment.
̶ Pourquoi ton parrain n'est pas venu avec vous ? demanda Salina.
̶ Il est mort, dit le Poudlardien avec son indifférence habituelle.
Indifférence qui ajouta au malaise que sa réponse fit tomber sur l'auditoire.
Ils se dispersèrent tous à l'entrée de la Grande Salle, Comme toujours, les Piliers, officielles ou non, changèrent de table pour le repas, allant cette fois-ci à celle de Serdaigle, où Stockwell était déjà assise et se servait allègrement de salade de tomates. Pourquoi ne venaient-elles jamais à celle de Serpentard ? s'exaspéra pour la nième fois Severus, même s'il connaissait la réponse.
Adam, incapable de tenir plus longtemps, lâcha à voix très basse :
̶ Elle m'a l'air bien utile, cette potion de bidule cérébrale, dit-il.
̶ Ta connerie ne l'est pas, en tout cas, répliqua Evan. Tu crois vraiment pouvoir tromper les Piliers et Dumbledore ? On n'aurait même pas le temps de se décider à la préparer que Salina nous aurait grillés.
̶ Je le sais bien, se défendit Adam d'un ton abrupt, mais pour celles et ceux qui ne sont pas à l'école, si tu vois ce que je veux dire.
̶ Il marque un point, reconnut Alexander. Un demi-point, en fait. Si cette potion est enseignée, c'est qu'il y a une bonne raison.
̶ Elle est facilement détectable, approuva Severus. En outre, quelque chose cloche dans les mots que Slughorn a utilisés : il nous balance qu'il a envisagé d'en faire boire à Second Potter, mais il a signalé juste après qu'elle ne devait surtout pas être utilisée sur une personne consciente. Ca n'a pas de sens, à moins qu'il ne s'attende à ce que Potter Numéro Deux tombe dans le coma prochainement.
̶ Je veux bien l'y aider, grogna Adam.
̶ Bon courage, cingla Evan, qui n'avait même plus la force de s'exaspérer.
Le reste de la journée fut consacrée aux devoirs qui n'avaient pas encore été finis, la grande majorité des septième année n'ayant pas cours le mercredi après-midi. Severus et ses amis passèrent une bonne partie dans la salle commune de Serpentard, grande pièce rectangulaire au plafond bas et éclairé par de petites lanternes rondes et vertes. Les murs semblaient suinter, notamment parce que le lac se trouvait juste au-dessus, tout comme il y faisait un peu plus frais que partout ailleurs dans les sous-sols à cause de sa position.
Severus étant le plus studieux des quatre jeunes hommes, il s'était avancé dans ses devoirs et fini les derniers assez rapidement, puis il aida Adam et Alexander sans pour autant leur mâcher le travail. Il se contenta de les corriger ou de les orienter, tandis qu'Evan, qui n'avait guère besoin de lui, se joignait à lui dès qu'il eut terminé ses propres devoirs.
A moins d'une heure du dîner, ils furent interrompus par Regulus, qui lança sur la table basse une vieille édition de La Gazette du sorcier, dont la une s'intitulait : HORRIBLE TRAGÉDIE A POUDLARD.
̶ Oh, dit Evan en arquant un sourcil surpris en s'emparant du journal. Dumbledore n'a pas réussi à… Ah, normal, c'était encore Dippet, le directeur de l'époque. Tu m'étonnes que l'affaire n'a pas été tuée dans l'œuf.
̶ J'étais à la bibliothèque quand les filles ont demandé le classeur des éditions de cette année-là, raconta Regulus. J'avais bien compris que ces trois-là étaient curieuses et douées pour obtenir des informations, mais je doutais qu'elles l'étaient à ce point-là. J'ai entendu Zaza se réjouir qu'elles ont « pris de l'avance sur » vous.
̶ Juin 1943… Jedusor était donc encore scolarisé.
̶ Et a obtenu sa médaille juste après le meurtre, indiqua le sixième année. Juste après qu'un élève ait été renvoyé. Conclusion logique : Jedusor l'a confondu et a obtenu sa récompense. Par contre, il n'y a jamais eu de preuve qu'il était réellement le coupable, raison pour laquelle il n'a jamais été traduit en justice. J'ai regardé toutes les éditions postérieures, il n'ait fait aucune mention de la condamnation de tout élève, majeur ou mineur. Le département de la Justice s'est contenté de briser sa baguette. Mais je crois que les filles ont compris un autre truc, même si je ne sais pas quoi.
̶ Comment en sont-elles venues à faire un parallèle avec cette une et Jedusor, marmonna Alexander, qui avait récupéré le quotidien. Soit elles ont le cul béni, en ce moment, soit, comme dit Regulus, nous avons sous-estimé leur capacité de déduction.
̶ Pour ça, j'ai une petite anecdote. Quand elles consultaient le journal, Slughorn passait derrière elles et a eu une drôle de réaction quand il a entendu Uria citer le nom de Jedusor. Il les a aidées à trouver la bonne édition, puis leur a demandé de le retrouver dans le bureau de Dumbledore dès qu'elles auraient fini leurs recherches.
Severus échangea un regard avec ses amis. Ca commençait à se confirmer, même Adam ne trouva ni d'argument à avancer, ni à manifester quelque scepticisme.
̶ A tous les coups, Dumbledore les autorise à enquêter, mais à ne surtout pas partager ce qu'elles ont découvert et découvriront, dit Evan. Elles en savent déjà trop pour qu'il leur interdise de continuer – et elles ne l'écouteraient pas, de toute façon. La question est : que faisons-nous ? Alex' pourrait mettre la pression sur son père, non ?
̶ Seulement si on utilise un moyen sécurisé, mais lequel ? dit l'intéressé. Dumbledore sait sans doute que nous sommes en « compétition » avec les filles et il n'ignore pas où va notre allégeance… Si nous envoyons un courrier, qui sait s'il ne l'interceptera pas.
Evan eut l'un de ses sourires rusés inimitables.
̶ On passe par quelqu'un d'autre, répondit-il. De préférence entre ce soir et demain matin pour nous assurer que Dumbledore et Slughorn ne décèlent pas un élève soumis à l'Imperium. Il faut en viser un qui soit de Serdaigle, c'est la maison la plus proche de la volière. Reste le problème que Salina pose, et de l'Incontenance des Piliers. Il va falloir être très méticuleux et ne surtout pas penser à notre plan, ou on va se faire prendre avant même d'avoir agi.
̶ Sauf si on passe par moi, fit remarquer Regulus. Elle vous surveille, mais pas moi.
̶ C'est la meilleure solution, en effet, admit Severus. Encore faut-il espérer qu'il reste un Serdaigle à disposition quand les Piliers seront sorties de la Grande Salle. Orson a une Incontenance monstrueuse, sans compter qu'elle « entend » la magie noire.
̶ On verra en temps voulu, dit Alexander en se levant, je commence à avoir la dalle.
̶ Je vais ramener l'édition à Pince avant que cette vieille pie ne me condamne à mort, dit Regulus en reprenant le journal.
Ils sortirent de la salle commune tous ensemble, franchissant la porte qui, une fois qu'ils furent dans le couloir, disparut dans le mur qui la dissimulait. Ils traversèrent les sous-sols, éclairés par des torches aux flammes vertes et froides qui donnaient un air fantomatique. Ils traversèrent le labyrinthe, passant à côté des cachots des potions, puis montèrent l'escalier menant au hall d'entrée où le Second Potter et le professeur Epson discutaient, tout près des portes de la Grande Salle.
Severus tendit aussitôt l'oreille, tandis que Regulus se précipitait vers l'escalier de marbre.
̶ … perdu l'habitude, j'ai l'impression, disait le Poudlardien tandis qu'ils approchaient. Ce n'est pas aussi facile que je le pensais.
De quoi parlait-il ? Réponse immédiate au moment où Severus et ses amis passaient derrière Second Potter :
̶ Sans compter qu'elle n'a pas l'air tentée.
Une fille ?! Il parlait d'une fille ?! Laquelle ? Pas Lily, au moins ?! Calme-toi, dit une petite voix. La voix de la raison. Oui, inutile de paniquer : Nouveau Potter n'irait sans doute jamais chercher la merde avec Ancien Potter, songea Severus. Il trouvait tout de même surprenant que le Poudlardien ait déjà un coup de cœur pour quelqu'un, et même s'il s'en serait fiché en temps normal, le Serpentard ne put que se demander de qui il s'agissait.
̶ Aussi indifférent parait-il, dit Evan quand ils furent assis à la table, il semble que Potter Deux n'ait pas perdu ses sentiments. Je parie sur Porter… Non, trop évident, plutôt sur Sow.
̶ On commère ? lança la voix goguenarde de Zaza, s'asseyant à côté du beau brun.
̶ Le cœur de glace qu'est Potter Numéro Deux en apparence ne semble pas si froid que ça quand il y a une certaine fille dans les parages, apparemment, dit Alexander. Et nous savons, pour La Gazette de juin 1943.
̶ Oh ? s'étonna légèrement Uria. Vous avez été plus rapides qu'on ne le pensait, mais nous sommes toujours en tête, mes p'tits choux. Dumbledore a eu l'amabilité de nous laisser poursuivre l'enquête, à condition que nous ne communiquions aucune information à personne – à part vous, puisque vous êtes au courant. Il nous a même raconté une histoire stupéfiante, mais on va la garder pour nous, pour cette fois. Alors, Arlan est tombé amoureux ?
Les garçons cillèrent.
̶ Tu l'appelles par son prénom, tout à coup ? s'étonna Severus.
̶ Salina nous en a beaucoup parlé et il faut avouer qu'il est très utile, dit Jahia. Ses conseils durant le cours de métamorphose nous ont bien aidés, même si on rencontre encore quelques difficultés à garder la stabilité du sortilège. Il est gentil, en tout cas. Un peu trop à mon goût, d'ailleurs, mais on l'apprécie quand même. Après tout, c'est lui qui nous a conduites à la vérité sur Face-De-Pet des Ténèbres.
Adam bondit, le regard flamboyant.
̶ Un problème ? lança la voix du professeur Slughorn, qui s'approchait.
Le massif Serpentard se rassit, ravalant sa colère.
̶ Une mauvaise blague de Jahia, monsieur… grommela-t-il.
̶ Depuis sept ans, vous devriez être habitué, fit remarquer le maître des potions. Severus, avez-vous eu le temps de jeter un œil aux travaux de Damoclès ?
̶ Non, professeur. On a été occupés par les devoirs tout l'après-midi.
̶ Ce qui est tout à fait compréhensible. Sachez que j'organise une petite soirée vendredi soir où nous aurons des invités de choix, dont Damoclès, ainsi que Katie, bien sûr, Edgar Bones, du département de la Justice magique, Elphias Doge, très vieil ami de Dumbledore et membre du Magenmagot, Michelle Van Root, la célèbre joueuse hollandaise de cornemuse, et j'attends encore la réponse d'Arletta Helms, qui vient tout juste d'accéder au poste de directrice de l'hôpital Ste Mangouste.
̶ J'y serai, monsieur.
̶ Parfait ! Rendez-vous au cachot numéro 8, c'est le plus grand qu'on ait, à 19h. Bien, il ne me reste plus qu'à rappeler à Anoya que ce n'est pas une soirée de gala ou elle va encore venir avec une robe de soirée.
̶ Est-ce que le professeur Epson vous a dit de qui était amoureux Arlan ? s'enquit Uria.
̶ Et après, c'est nous qui commérons… dit Alexander, désabusé.
̶ Amoureux ? s'étonna le professeur Slughorn. Oh ! Je comprends. Vous vous méprenez, très chère : la seule personne qui intéresse Arlan et Hermione, en ce moment, est une ogresse qu'ils ont rencontrée par hasard pendant qu'ils découvraient la région. D'après ma collègue, Arlan a un don pour s'entendre avec les êtres magiques, Hagrid et lui allaient même jouer avec les enfants centaures, en août. Ils y ont été cet après-midi, d'ailleurs. Mais puisque vous en parlez… je me demande bien quelle jeune femme serait susceptible de lui plaire et quelle jeune femme saurait être séduite… Enfin bon ! Severus, 19h, le cachot numéro 8, vendredi. Bon appétit, jeunes gens.
