La salle commune de Gryffondor était aussi silencieuse que si tout le monde était parti se coucher – ce qui n'était absolument pas le cas : les élèves étaient soit en cours, soit profitaient du soleil ou alors à la bibliothèque, mais il était assuré que tous attendaient impatiemment le dîner, qui ne tarderait pas. La préfète-en-chef et ses amies, de leur côté, guettaient surtout le retour de Mary avant de rejoindre la fête du professeur Slughorn. Clémence était parvenue à lui arracher un indice hautement improbable sur un des invités « alternatifs » : le rival de Ticky serait de la partie. Chose inimaginable pour toute personne ayant goûté la cuisine de la vieille elfe de maison, qui ne cuisinait que les plats des professeurs et ceux prévus pour les soirées du maître des potions.

̶ Elle en met du temps, n'empêche, dit Clémence. Je sais bien que Dumbledore lui a offert un après-midi avec Dorcas et Bonnie, mais elle ne va quand même pas se pointer en retard à la première fiesta à laquelle Horace l'a invitée.

̶ Tu sais très bien que Mary est toujours ponctuelle, dit Elisa, qui regardait le portail depuis l'une des fenêtres. Sans compter qu'elle a dû retourner au ministère : quand Ivy va apprendre que l'Exotisme ne se déroulera pas…

Ses propres mots semblèrent l'alarmer et elle échangea un regard inquiet avec ses amies.

̶ Oh putain…

̶ Je suis sûre que Dumbledore, Ann, Babeth' et plusieurs Aurors sont sur le pied de guerre, dit Lily.

̶ C'est plus compliqué que ça : l'atrium est toujours bondé, constamment, à toute heure du jour – et parfois même jusqu'à minuit. Et Ivy est loin d'être une grande asperge, d'autant que le vendredi, c'est toujours Euan Felton, le vigile, indiqua Elisa et la préfète-en-chef grimaça. Surtout, comme on le sait : Ivy n'est jamais à l'heure, toujours en avance ou en retard. Histoire d'enfoncer le clou, Camilla envoyé son devoir à Ivy sur les Uranus.

̶ « Adieu, ministère » ! dit Clémence. Et avec tous les cheveux gris qu'il y a là-bas, tu te doutes bien que reconnaître Ivy ne sera pas faci…

Une drôle de sensation s'empara d'elles, juste avant que des flammes vert émeraude ne jaillissent de l'âtre de la cheminé où la petite silhouette de Mary après une multitude de rotations sur elle-même qui diminuaient en rapidité. Une foule de quantité de sacs du Chemin de Traverse, de Pré-au-Lard – et du Londres moldu, même – apparut presque aussitôt à ses pieds, mais ses trois amies les remarquèrent à peine : la petite brune avait le rougeâtre et perlant de sueur.

̶ Oh putain… répéta Clémence.

̶ Je ne te le fais pas dire ! Abrutie d'Ivy ! Son Portoloin était censé arriver à 18h41, elle s'est crée un Uranus pour 18h11 ! Et ce connard de Felton qui lui demande de venir dîner de but-en-blanc « puisque Meadowes est de corvée, ce soir, et que Sommons était rentrée chez à l'aise à cause d'un « malais » Il a eu du bol qu'Ann et Babeth' aient repéré Ivy juste avant qu'elle n'explose, elles ont pu protéger tout le côté de la Fontaine de la Fraternité, mais les flammes ont atteint l'autre bout du hall des cheminées – et là encore, une chance que Dumbledore soit apparu avec son phénix, il a pu résorber la plus grande partie du feu, mais… Putain, j'avais jamais vu ça : les portes d'or et les statues de la Fontaine sont des flaques d'or, tout comme les symboles au plafond pleuvaient, les boiseries et le parquet sont calcinés et je suis même sûre d'avoir aperçu des fêlures sur les manteaux de marbre. Sans compter que l'eau est devenue vapeur même dans les canalisations qui l'alimentent… Mais la chaleur…

Elle poussa un grand souffle et se lança un sort… ou plutôt, elle amorça un geste pour s'aérer, mais se ravisa brusquement.

̶ Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Lily.

̶ Dumbledore nous interdit d'utiliser la magie jusqu'à nouvel ordre, à toutes les Piliers, officieuses et officielles, car il se produit un étrange phénomène sur nous. Quand on est arrivés au ministère et cette sous-merde de Felton m'a filé le badge des visiteurs, j'ai tout à coup pu détecter Carolane, Dorcas et Bonnie très précisément. Ann et Ava aussi, d'ailleurs. Carolane a dû rentrer chez elle parce qu'elle ne… heu, non : elle voyait beaucoup trop bien. Bonnie, elle, a pu se libérer en humiliant son supérieur avec toutes les erreurs sur la prochaine loi internationale qu'il doit présenter à Callum à son retour – et Dorcas ne lui a pas vraiment laissé le choix. Par contre, on va bûcher, ce week-end : mon « détecteur à Pilier » m'a fait un drôle de truc quand on à Fleury&Bott : je me suis tout à coup retrouvée à regarder le monde par les yeux de Bonni. Rebelote à Gaichiffon, mais cette fois à travers ceux de Dorcas.

̶ La Convergence des Âmes Unies, dit la préfète-en-chef. Flitwick m'avait prêté un livre qui en parle quand on était en quatrième année. Lorsque deux personnes « vibrent » sur une même fréquence l'une d'elle, généralement considérée comme l'« ancrage » peut s'introduire dans l'âme de « l'ancre ». Mais tu as raison, Mary : il va falloir bûcher, parce que la Convergence a rendu des gens complètement fous à force de se retrouver dans l'âme d'une autre personne. Flitwick m'a raconté qu'il y a une quinze ou vingt ans, un homme a assassiné son frère jumeau parc qu' à force d'intrusion, il avait fini par tomber amoureux de sa belle-sœur qu'il croyait être en réalité sa femme.

̶ Me voilà rassurée… Du moment que je ne deviens pas aussi adepte de la masturbation d'Anoya, je pense avoir le temps de maîtriser ce pouvoir… j'espère.

̶ Et pour Ivy ?

̶ Aussi difficile à dire qu'en quoi les pouvoirs de Dorcas ont changé, même s'il admet que ses sorts sont plus puissants qu'à l'ordinaire. Elle pense que son Jardin de Confort s'est agrandi, elle a même su par qui, par où et comment elle allait être attaquée. Elle a aussi envoyé un type voler à travers une porte d'une simple œillade désintéressée et elle s'est tout à coup souvenue de tout un tas de truc sentis, lus, vus, entendus mais qu'elle avait depuis longtemps oubliés C'est vrai qu'elle est la Fondatrice, elle a tout un échantillon de nous toutes. Reste à savoir lequel est celui de Lysandra…

̶ Tu peux la détecter, elle aussi ?! s'étonna Clémence en s'éloignant à grands pas.

̶ Elle vient de sortir de la tour de Serdaigle. On a un petit cas d'urgence, je crois. Si Lys' se perd dans son imagination…

̶ J'y vais. Et cache bien tes sacs, sinon Telma va encore te les confisquer pour deviner lequel sera le sien et boudera si ce n'est pas son préfé…

̶ Elle disparut tout à coup dans une lueur dorée qui fusa à travers un mur en laissant une traînée dorée sur son passage, tel un Vif d'or – mais en laissant surtout un flottement dans l'air.

̶ Pourquoi j'entends déjà dire Lysandra dire : « Apparition très intéressante ! » comme c'était tout à fait normal de voir une lueur dorée se transformer en Clém' ? dit Elisa.

̶ Parce que c'est Lysandra, dit Lily. J'envoie tes cadeaux où, Mary ?

̶ Heu… C'est là tout le problème : Dumbledore a dit pas de magie, mais bon…Aurora m'a dit qu'elle planque les siens chez Ha… aaaaaaattends ! J'ai failli oublier !

Elle plongea dans ses achats, cherchant un logo bien particulier et en tira un.

̶ C'est bon.

Et Lily expédia les achats chez le garde-chasse, puis toutes les trois prirent le chemin de la sortie

̶ Robe à coquelicot, nota la Déesse en jetant un regard à l'intérieur. Vous êtes passées chez Marlene.

̶ Évidemment. On se doutait que cette grosse feignasse se pointerait en grenouillère car elle aurait la flemme de s'habiller. On a aussi dû lui racheter des sous-vêtements puisqu'elle a fait cramer les siens pour organiser un feu de camp avec Ivy, Carolane, Bonnie et Dorcas.

̶ Quelle bande de tarées… Ah, mais tu ne nous as pas dit le reste pour la Volcanique !

Elles atteignirent le Grand Escalier un peu après Clémence et Lysandra qui émergent d'un couloir, à gauche, et s'arrêtèrent pour les attendre.

̶ Ivy a des ennuis ? demanda la Serdaigle.

̶ Je ne sais pas trop, mais Dumbledore a dit un truc bizarre à Babeth' : « Je crois qu'il est temps d'en user. », et Babeth' a filé comme une licorne vers le hall des ascenseurs. C'est fou ce qu'elle court vite, à son âge ! Si j'ai bien compris la réaction d'Ann, Dumbledore s'attend à ce que le merdistre veuille la faire juger par le Magenmagot, mais il est confiant. En tout cas, il avait ce petit sourire malicieux dont les Maraudeurs et lui ont le secret quand ils ont une idée derrière la tête.

̶ Mais elle n'a pas été déplacée en détention, au moins ? interrogea Clémence.

̶ Très honnêtement, je crois que plus personne ne va oser l'approcher pendant un bon bout de temps, au risque de la foutre en rogne. Tiens, ça me fait penser : peut-on sceller la magie d'une Pilier ?

̶ Bien sûr, répondit Lily. A partir du moment où tu en reconnais la nature, la branche, le niveau et les subtilités, tu peux parvenir à sceller, briser, annuler ou contourner le pouvoir de la vieille magie, mais il faudrait vraiment s'appeler Merlin pour y parve…

Elle fut interrompue par un coup de tonnerre assourdissant qui rugit, d'un ton pourtant simplement sec, un : « TU EN LAISSES POUR LES AUTRES ! » avec la voix de Camelia.

̶ On dirait qu'Ivy est un peu trop pressée d'aller à la soirée, commenta Lysandra avec désinvolture.

̶ Elle y est presque déjà : elle a senti l'odeur des pains de viande de Mr Potter…

Mary cilla.

̶ Ouais, bah va vraiment falloir que j'apprenne très vite à contrôler cette faculté ! Je n'ai pas du tout envie de ressentir ce qu'Anoya se met dans… Mais au fait, où est Anoya ?

̶ Partie avec Arlan et le prof' Ep' à la demande de Rogue.

Toutes les têtes se tournèrent sur l'autre blonde des septième année de Serdaigle, qui haussa d'un air ignorant les épaules, alors qu'elles atteignaient le Grand Escalier. Au-delà du hall d'entrée, au niveau des grandes portes du château, le professeur Slughorn jubilait : son plan alternatif fonctionnait comme il l'avait espéré.

Les Maraudeurs discutaient avec les parents de James, tandis qu'un grand homme brun, la mâchoire carrée et les épaules larges, s'entretenait avec un autre, roux et effilé, les lunettes en écailles. A côté, la femme de ce dernier, sans doute, aussi rousse que lui mais plus petite et replète, conversait avec le plus grand plaisir avec Katie et une vieille femme voutée, appuyée sur une canne tout en argent sertie d'une grosse émeraude. Dick, Dean, Severus, Regulus parlaient quant à eux avec Damoclès et un sorcier très court-sur-pattes, rondouillard, une longue barbiche dégringolant son ventre jusqu'à son nombril.

Les jeunes femmes atteignirent le pied de l'escalier au même moment où Marlene, Camelia et Telma surgirent de son côté gauche, et Salina et Tiffany, petite rousse aux ravissantes taches de rousse et très bonne amie de Regulus, surgissaient des sous-sols sur la droite.

̶ Ah ! Les femmes savent se faire désirer ! s'exclama le professeur Slughorn d'un ton jovial. Filons à toute vitesse, les autres élèves ne vont pas tarder à arriver.

Et il entraîna tout le monde à l'extérieur, malgré les redoutables nuages qui s'approchaient lentement de la région de Poudlard. Comme deviné, un grand chapiteau allait être le théâtre d'un barbecue – avec Mr Potter et la gourmandise du maître des potions, en même temps… se dit Lily. Le responsable de la maison Serpentard se retourna pour les entraîner à reculons.

̶ Je laisserai aux soins des élèves de se présenter, je me contenterai des adultes. Ce grand homme au physique aussi intimidant que ses cheveux sont bruns est Edgar Bones, le directeur du département de l'équipement magique, mais il a été Auror pendant plusieurs années. Nombre de ses anciens collègues le tannent pour qu'il revienne. Le couple aux cheveux roux est Arthur et Molly Weasley. Je crois que je ne vous apprendrai rien en vous disant que Molly est la fille de Winona Prewett, célèbre cuisinière à qui je mettrai bien mes pieds aux fesses pour m'avoir toujours interdit l'accès à ses recettes… Arthur a un penchant inébranlable pour les Moldus, d'ailleurs. Son service ne compte que deux membres… ou, plutôt, un membre-et-demi. Perkins n'est pas vraiment du genre bosseur.

Mr Weasley sourit.

̶ La vieille pie avec sa canne tape-à-l'œil…

̶ Qui tu traites de vieille pie, petit morveux ?! répliqua la vieille femme avec l'ombre d'un sourire.

̶ Est une légende vivante, sourit le professeur Slughorn. Bien avant ma naissance – et même celle de Dumbledore –, elle a envoyé balader le ministère de la Magie et la Confédération internationale sur le Code du Secret pour ouvrir une nurserie destinée aux enfants sorcier et Moldu, mais je vous laisse Eyn vous raconter cette histoire, elle la connaît mieux que moi. Quant à l'homme à la barbiche, il est notre sauveur : Thadeus Simmons, le nouveau fournisseur en ingrédients pour potions pour Pou…

Le phénomène d'écrasement utilisé par Marlene pour annoncer sa venue se reproduisit, mais en bien moins douloureux – car beaucoup plus joyeux et enthousiaste, même si quelques genoux se fléchir.

̶ Fleamont, je vais aller accueillir Ivy : je vous confie les rênes, annonça le maître des potions. Oh, je crois que j'ai oublié de vous le dire, mais j'ai une surprise pour vous !

Mr Potter arqua un sourcil et comprit.

̶ Oh non, pas… !

Il y eut un craquement sonore et Ticky apparut, en tablier mauve frappé d'un emblème de Poudlard, deux couteaux dans les mains mais aux lames bien moins tranchantes que le sourire goguenard et son regard malveillant.

Mr Potter soupira sous les yeux rieurs de sa femme.

̶ Salut, Ti' !

̶ Salut, Flea' ! Prêt pour l'ultime bataille ?

̶ Toujours quand c'est contre toi.

Et l'elfe de maison, jetant son deuxième couteau dans son autre main déjà armée, claqua des doigts – et la longue table trônant au beau milieu du chapiteau. Et la bataille commença : qui éplucherait le plus vite, égrainerait le mieux, découperait le plus rapidement, lancerait les prémices des idées culinaires et spontanées qu'ils avaient. Sel par-ci, poivre par-là, huile au-dessus, vinaigre en-dessous, rondelles ou écrasé d'oignon, quels aromates pour ceci, quelles épices pour cela… Ils avaient tout juste longer cette table sans même la regarder que c'était comme s'ils savaient déjà ce qu'elle contenait – plus troublant, c'était que c'était Ticky – ou les elfes de maison – qui l'avait préparée, mais Mr Potter semblait aussi bien la connaître que l'elfe de maison.

Lily eut l'étrange impression que…

̶ Ils ont les mêmes techniques, non ? Différemment interprétées, mais… dit Salina, ses pupilles ne se ménageant pas pour changer de formes à toute vitesse afin d'analyser les données qu'elle recevait. Oh la vache, Mr Potter rivalise avec Ticky ! Ils ont appris à la même école ou quoi ?!

̶ Auprès de la même femme, tout comme ma grand-mère, Urania Prewett, dit Mrs Weasley. Horace pourrait vous en parler bien mieux que moi, mais…

̶ La Cuisinière des Chaumières, coupa Eyn, appuyée sur son bâton.

̶ QUOI ?!

Ils se retournèrent, sauf les deux challengers, engagés dans leur combat. Le professeur Slughorn, très outré, était accompagné d'une jeune femme avoisinant le mètre 68, sa longue chevelure d'un blanc pur battue timidement par le vent. Elle avait le teint mat, des courbes modestes qui excitaient pourtant une certaine partie des jeunes hommes de sa génération, et des lèvres d'un rouge improbable, sans artifice, mais le plus impressionnant restait son regard : ils étaient d'un bleu si clair qu'ils se confondaient avec le blanc de ses yeux – à une certaine distance, en tout cas –, car la particularité d'Ivy était qu'elle était totalement dépourvue de pupille. Ce qui ne l'empêchait pas de voir très bien.

̶ Chouquette ! se réjouit-elle en se précipitant sur une Mary lasse, qui se laissa quand même prendre dans les bras de la Volcanique.

̶ Je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça !

̶ Plus important que ça ! s'exclama le professeur Slughorn d'un ton théâtral, attirant toute l'attention sur la conversation. Comment en êtes-vous venues à parler de la Cuisinière des Chaumières ?!

̶ La Cuisinière des Chaumières ? répétèrent les Maraudeurs en s'approchant, intrigués.

̶ Une chroniqueuse dans Sorcière Hebdo, dit Mr Bones d'une voix grave. Même le magazine n'avait aucune idée de qui elle était, mais chaque fois qu'elle lui envoyait une recette, il la publiait sans poser de question. Si je ne me trompe pas, Horace, elle a commencé à faire parler d'elle au siècle dernier ?

̶ C'est exact ! Ma mère était elle-même adolescente quand la première recette de… ? demanda assez naïvement le maître des potions en se tournant vers Eyn.

̶ Ne m'oblige pas à t'assommer.

̶ … de la Cuisinière des Chaumières a été publiée, poursuivit très naturellement le menacé. Ma mère a été une fan dès la première minute, mais les critiques culinaires de l'époque – pour la plupart, je vous laisse deviner, des hommes – ont été bien plus virulents, « vomissant » cette cuisine s'inspirant de tout un tas de cultures étrangères. Pas tous, bien sûr, mais certains avaient des mots très durs – et même qui seraient condamnés, aujourd'hui. Mais elle ne s'est pas laissée faire, faut-il croire : trente ans après son premier coup d'éclat, on l'a soupçonnée d'être très vieille, un peu sénile, car ses nouvelles recettes lui faisaient perdre de la notoriété. C'était une cuisine aussi excellente que celles de Ticky et Winona, il y manquait juste une… une…

Il fit volte-face avec une agilité surprenante, scandalisé, et pointa un doigt boudiné sur la cheffe des cuisines et Mr Potter, qui se bidonnaient en silence sans perdre leur rythme dans la préparation de leur repas :

̶ VOUS ! Cachottiers ! Je savais bien qu'il y avait du Ticky dans vos pains de viande, Fleamont ! Ou c'est l'inverse ?! Et vous avez osé me cacher ça ! J'exige réparations : je veux la recette d'Elinor sur sa tarte aux myrtilles ! Je n'en ai plus mangé depuis que mon père m'en a offerte une à mes huit ans.

̶ Vous l'aurez…

̶ Attendez, attendez, attendez ! intervint James. Grand-mère était connue ?

̶ Ton père aime bien cacher la véritable identité de la Cuisinière des Chaumières, par respect pour sa détestation d'être rémunérée pour quelque chose d'offert de bon cœur, dit Mr Potter. Winona et Ticky, quand elle a claqué la porte de son ancien maître, ont toutes deux été prises sous l'aile d'Elinor, qui les a formées pendant quelques années. La première fois que je suis venue à la Chaumière des Potter, elles se bagarraient avec Fleamont pour savoir qui serait le meilleur pâtissier. J'ai dû attendre une heure afin que ton père ne me remarque.

̶ Les hommes et leur obsession de la compétition, soupira Mary. Il faut vraiment que…

Elle se retourna brusquement au même moment où la pluie s'intensifiait.

̶ Anoya et Arlan viennent de… Attends, pourquoi je peux percevoir Arlan ?!

̶ C'est sans doute l'homme de ta vie sauf que tu ne le sais pas encore, suggéra Marlene.

̶ Ou tu veux être sa petite Chouquette sexuelle adorée, renchérit Ivy.

̶ A moins que tu veuilles être sa Chouquette adorée sexuellement prête à devenir la femme de sa vie, conclurent les deux Premières d'une même voix.

Mary les regarda avec lassitude, tandis que les autres riaient plus ou moins ouvertement.

̶ Je déteste quand vous faites ça, soupira-t-elle.

Lily plissa les yeux pour essayer d'apercevoir la silhouette qui accompagnait les deux autres. Elle lui était drôlement familière et lui provoquait une étrange impression dans la poitrine, comme si… Folle ! Complètement folle ! C'était impossible ! Cette haute taille, ce long cou que l'on devinait même à une telle distance, c'était impossible ! Et ce parapluie qui, sous un éclair, révéla des motifs de fleurs jaune, rose, bleu, verte, rouge… Impossible !

̶ Qui accompagne la Cauchemarde et Arlan ? demanda Lysandra.

̶ La sœur de Lily.

Qui se retourna sèchement sur Severus, dont le sourire en coin lui rappela immanquablement cet air si malicieux qu'il avait avant que tous deux n'entrent à Poudlard et qu'il ne commence à fréquenter les racistes de Serpentard. Elle allait le défoncer ! Au prochain club de duel, elle allait le défoncer ! jura-t-elle. Non, plus important…

̶ Une Moldue ?! s'exclama Regulus, incrédule. Comment une Moldue peut-elle entrer dans l'éco…

̶ Devenir directrice ou directeur de Poudlard est bien plus compliqué qu'il ne paraît : ce n'est pas un concours de BUSE ou d'Aspic : ça demande du talent, une compréhension certaine de ce qu'est l'école et de ce qui la protège de tout ce qui pourrait la menacer. Tout le monde dit qu'Albus est le plus grand sorcier des temps modernes, mais il est aussi le meilleur directeur que Poudlard ait jamais eu en mille ans. Il n'en connaît pas tous les secrets, mais je crois qu'aucun de ses prédécesseurs n'en ait un jour su plus que lui sur cette école. Par contre, je vais profiter de la distance et du tapage de la pluie pour vous mettre en garde : la sœur de Lily est très remontée contre Poudlard, ne lui donnez aucune raison pour l'être davantage. Plus que sa jalousie envers sa sœur d'être une sorcière, le but du plan de Severus était de lui ouvrir les yeux sur le fait que nous ne sommes pas des… des quoi ?

̶ « Monstres », répondirent Lily et Severus.

La préfète-en-chef commençait à paniquer. Elle ne l'avait pas vue depuis… trois ans, au moins. Dès qu'elle avait rencontré ce Vernon Dursley, la hache de guerre était apparue entre elles et chacune avait réellement eu envie d'abattre l'autre grâce à elle. Et pourtant… Et pourtant, elle était venue. Dans cette « école de monstres » et paraissait aussi fascinée que terrifiée. Mais comment diable Anoya et Arlan… Tiens, où est le professeur Epson ? s'étonna-t-elle. Retournée dans le château ?

Passant sous le chapiteau, Petunia secouant à l'entrée son parapluie après l'avoir refermé, Anoya fut reçue par Ivy assez chaleureusement pour qu'elle s'en agace avant qu'Arlan ne s'avance, indifférent et tranquillement, vers les Potter pour les saluer. Lily et sa sœur croisèrent et leurs regards, ne sachant ni comment se regarder, ni entrer en contact.

̶ C'est vrai que tu as les plus belles fleurs ?! s'enquit Telma en s'arrêtant dans un petit saut devant la Moldue, qui sursauta. Lily dit que tu fais pousser des hortensias super beaux ! Ma maman aussi adore les hortensias, on en a plein dans le jardin ! On a aussi des jonquilles, des Rose-de-Vent, des mimosas, des Perle-de-Lune, des…

Anoya l'interrompit en l'attrapant par l'oreille.

̶ L'envahit pas et laisse-lui le temps de prendre ses marques, ordonna-t-elle. Je te ferais remarquer, à l'occasion, qu'il y a déjà cinq pains de viande qui ont disparu.

̶ HEIN ?! s'indigna la Dominante en se dégageant pour foncer droit vers les plateaux qui couvraient déjà une partie de la longue table.

La Cauchemarde hocha la tête et posa son regard lourd et gris sur Petunia, qui déglutit en tentant de paraître aussi digne que possible.

̶ Tu vois la jolie arabe, là-bas ? Elle s'appelle Salina : elle peut lire ce que pensent les gens. En bien moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Tu nous traites de monstres, tu as peut-être raison, mais toi, en tant que grande sœur, tu ne vaux pas mieux que nous. Tu nous trouves bizarres, mais toi aussi – car tu as accepté de venir ici. Tu peux qu'on essaie de voir ce qu'elle lit en… ?

̶ Laisse-la tranquille, dit Lily en s'approchant, résignée, faisant voler un plateau jusqu'à ses mains et l'interceptant parfaitement.

Elle jeta un regard prudent au-dessus de son épaule et murmura à l'attention de sa sœur :

̶ Comment vont Papa et Maman ?

̶ Bien, mais pas grâce à toi, persiffla Petunia sur le même ton.

̶ Merlin qu'elle est conne… soupira Anoya. Bon, je vous laisse entre vous ou je risque de la tuer par inadvertance. Peu ravie de t'avoir connue, 'Tunie.

La Moldue se raidit et se tourna vers sa jeune sœur, qui la dissuada de se prononcer d'un regard plus glacial que l'aînée avait jamais connu à sa cadette. La tension entre les deux Evans était palpable, et il y avait pourtant quelque chose d'autre, d'indéfinissable.

̶ C'est quoi, ce délire ? reprit la préfète-en-chef en entraînant sa sœur à l'écart.

̶ Qu'est-ce que j'en sais ?! siffla Petunia. Cette sadique et ce mec mal coiffé se sont pointés avec une femme terrifiante pour me proposer un emploi de jardinière à Poudlard et de te contrôler si jamais tu te comportais bizarrement… J'ai refusé, d'ailleurs ! Je ne suis pas là pour le plaisir de te revoir ou t'aider ! C'est juste ta tarée de copine qui a créé une boule bizarre dans sa main en menaçant de faire exploser la maison de Vernon et moi si je n'acceptais pas.

Lily réprima à grand-peine un sourire, qui n'échappa guère à Petunia.

̶ C'était du bluff, c'est ça ?!

̶ Il s'agissait d'un sortilège de Nettoyage Cyclique : tous les jours, à une heure bien précise, toute la maison est débarrassée de la poussière, des salissures, des taches, de la vaisselle, comme le jardin voit ses mauvaises herbes disparaître dès qu'elles atteignent une certaine importance. Anoya t'a juste offert un prétexte pour que ton petit fiancé ne puisse pas soupçonner que tu n'aies rien fait dans la maison en rentrant avant toi à votre domicile. Dès qu'il verra la maison propre et que tu es absente, il se dira tout simplement que tu es partie faire des courses ou je-ne-sais-pas-quoi.

̶ C'est prati… !

Petunia rougit en se rendant compte du ton enthousiaste qu'elle avait laissé échapper, mais Lily ne la taquina pas.

̶ Mais ne te trompe pas : Anoya aurait été capable de faire péter votre maison, dit la belle rousse, en renvoyant son plateau sur une table d'un petit mouvement de menton. Viens, je vais te présenter mieux que ça, mais évite tes commentaires désobligeants. A Poudlard, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout, on vit dans le respect des rè…

Un détail la frappa soudainement.

̶ Ma… !

̶ Quoi ? demanda la petite brune en surgissant des invités avec deux verrines en mains. Oh putain, je ne vais jamais m'y habituer…

Lily sourit, sachant pertinemment que Mary faisait allusion à la Convergence : elle avait visiblement senti que la préfète-en-chef la cherchait.

̶ Tu peux faire les présentations à ma sœur, il faut que je m'entretienne avec Arlan. Mary est comme moi, ajouta-t-elle à l'adresse de sa sœur. Née de parents sans pouvoir magique. Elle connaît un nombre impressionnant de bonnes boutiques pas cher avec des produits de très bonne qualité, et elle s'est faite des amies qui en connaissent bien d'autres. Je vous laisse. J'ai un balafré à tancer.

Et elle s'éloigna, saisissant le Poudlardien par le bras au moment où celui-ci s'apprêtait à prendre un pain de viande dont Telma s'empara, réjouie de l'opportunité. Quitte à discuter, autant que ce fut dans le vacarme de la pluie, que Lily fit accidentellement s'écarter de leur chemin comme si une bulle d'air les avait tout à coup enveloppés au moment où ils sortirent du chapiteau.

Elle ne s'arrêta qu'à bonne distance, la pluie ruisselant autour d'eux comme si un parapluie énorme et invisible les avait protégés.

̶ Tu te rends compte que ma sœur est une Moldue, non ? Tu te rends compte qu'il y a des élèves que les Moldus dégoûtent, non ? Tu te rends compte…

̶ Que tu nous prends vraiment pour des cons, non ? coupa le Poudlardien avec indifférence. Le plan de Severus n'est pas de te réconcilier avec ta sœur – pas tout à fait, en tout cas. Ce dont il a peur, c'est que tu te relâches quand tu es avec tes amies avant qu'Albus ait compris le phénomène qui vous atteint et trouve une solution pour vous permettre d'apprendre à contrôler ces fameuses capacités. Quant à ta sœur, tu ne l'as pas remarquée, mais Maya veille constamment sur elle. Qui mieux qu'un assassin pour la protéger de futurs assassins potentiels ? Petunia n'est ici pour t'aider à être sous pression quand il te faudra vérifier l'influence que tu as sur les fleurs que Hagrid a semé un peu partout.

̶ Vous me faites chier avec vos coups en douce, tu sais ?

̶ Ca sert à ça, les amis.

La belle rousse réprima un soupir mi-amusé, mi-exaspéré.

̶ Qui était dans le coup, à part Severus, Dumbledore et toi ? Et où est Epson ?

̶ Personne, même si j'en ai peut-être parlé aux Maraudeurs juste avant de partir. Pour ce qui est de prof' Epson, elle est rentrée par son Uranus directement dans son bureau : elle possède un artefact qui est chargé d'une très ancienne magie qui pourrait t'appeler, alors elle a jugé bon de le récupérer afin de le déplacer loin de toi.

Lily fronça les sourcils, perplexe.

̶ Qu'est-ce que c'est ?

̶ L'annonce de la fin du monde, tout simplement.