̶ Vous auriez quand même pu me prévenir…

Hermione et Dumbledore baissèrent leurs yeux rieurs sur la préfète-en-chef ronchonne, assise sur la plus haute marche de l'escalier en pierre. Même au lendemain de la découverte que sa sœur serait – au moins pour un temps – embauchée à Poudlard, elle ne semblait guère savoir si ça la réjouissait ou si ça l'énervait. En vérité, Hermione avait eu l'impression que les deux sœurs s'étaient fuies l'une l'autre au cours de la soirée : l'Ankhou-eyin à l'abri, elle avait rejoint la petite fête et rapidement constaté que les Evans se tenaient à distance l'une de l'autre – la jalousie et la rancœur ne faisaient guère bon ménage, après tout, surtout quand on avait été très proches l'une de l'autre.

̶ Si je l'avais su à l'avance, dit le directeur, je vous aurais prévenue. Le fait est que Severus et Arlan m'exposaient leur plan quand j'ai reçu un appel d'urgence comme quoi Ivy était au comptoir du vigile. J'ai tout juste eu le temps de dire à vos amis de faire comme ils le sentaient et de créer une bague pour que Petunia puisse accéder à Poudlard, puis Fumseck m'a amené au ministère, à la fois trop tard et à temps. Il est heureux que Severus ait eu l'idée de faire appel à votre sœur : les flammes d'Ivy ont failli me surprendre de par leur puissance, leur intensité et leur chaleur. Le problème est que vous êtes tout aussi dangereuse qu'elle, voire même plus, car vous contrôlez quelque chose d'audible mais invisible. Le seul défaut qui caractérise la relation entre les Piliers est, paradoxalement, sa plus grande qualité : la confiance inébranlable que vous avez les unes pour les autres. Que vous soyez deux ou six, vous ne pouvez pas stresser quand vous êtes ensemble, vous êtes en paix, en quelque sorte. Or, c'est justement le danger que présentent cette relation et ce phénomène. Severus estime que le meilleur moyen pour ne pas provoquer un incident, était de vous mettre la pression, de trouver quelqu'un que vous aimez et qui saurait vous énerver tout en vous faisant craindre de la blesser. C'est radical, mais très intelligent. A ce sujet, comment Petunia a ressenti la soirée de Horace ?

̶ Je ne sais pas trop, nous ne nous sommes pas beaucoup parler. Elle a eu l'air de bien s'entendre, en tout cas, avec Katie, Eyn, Mary et – plus surprenant – Ticky. Petunia raffole des nouvelles recettes, de la mode et des ragots. Et même si elle ne l'admettra jamais, le monde de la magie l'obsède. Mon père l'a un jour surprise à lire l'un de mes manuels de troisième année. Je ne serais même pas surprise de la savoir très bien renseignée sur certaines potions, sauf qu'elle aime vraiment ce gros c… heu… ce type, qui honni tout ce qui sort de l'« ordinaire ».

̶ Qu'on le veuille ou non, nous sommes tous convaincus de détenir la vérité sur ce qui est et doit être en ce monde, dit Ivy en s'approchant, sa longue tignasse d'un blanc de neige ébouriffée et l'œil éteint. Salut, les enfants. Des nouvelles de Caro', Barbe de la Lune ?

̶ Bonnie a été la voir hier soir pour l'aider à contrôler son pouvoir. Qui mieux que l'Analyste pour se charger d'une analyse ? Elles doivent venir déjeuner, je pense qu'elles pourraient nous être utiles, mais Dorcas ne pourra pas. Il serait peut-être temps qu'elle prenne des vacances, quand j'y pense.

̶ Cette acharnée du boulot ? Même pas en rêve, dit Lily. Au fait, c'est quoi, ce truc dont il faut « user » et que Babeth' a été récupéré ?

̶ Il s'agit d'une clause inscrite dans tous les contrats d'embauche des Piliers. Quand Dorcas, Bonnie, Ivy et Carolane ont choisi une carrière ministérielle, j'ai été discuté avec Nobby Leach, qui était alors le ministre de la Magie, pour lui faire part des étonnantes capacités de ces jeunes femmes. La guerre se faisait déjà ressentir et je ne pouvais guère ignorer qu'elle finirait par éclater vraiment. J'ai demandé à Nobby s'il pouvait protéger les Premières, qu'elles soient employées ou non – Leandra avait choisi de travailler chez Honeydukes comme vendeuse. Il a réfléchi un temps, mais face à l'escalade des tueries perpétrées par les Mangemorts et après s'être fait une idée concrète des Premières, il a accepté de créer une clause spéciale avec l'aide de Babeth'. Concrètement, il s'agissait d'exonérer les Piliers de leur… zèle tant qu'il était justifié et non provoqué. Il a désigné Babeth' comme « responsable textuelle » : en somme, elle seule peut modifier la clause, et tout changement compte comme acquis. Quand Leandra a été assassinée avec son mari, elle a ajouté une règle : « Nulle activité ne saurait être demandée à l'une ou toutes les Piliers le vendredi soir, à partir de 19 heures très précises. Quiconque enfreindrait cette clause, qui s'affichera sur les contrats d'embauche, se tiendrait responsable des conséquences de tout incident provoqué par la Pilier et devra les assumer en tous points de vue. »

̶ Ca veut dire que je suis intouchable ? s'enquit Ivy.

̶ C'est là toute la question, en fait : la clause n'est pas inscrite dans la loi, et bien que Babeth' soit la « grand-mère » de tout le ministère actuel, son influence sur ses « petits-enfants » n'est pas absolue. Il en est qui manquent cruellement de la sagesse que l'on pourrait s'attendre d'adultes de leurs âges, et je crains qu'Hector n'en fasse justement partie. D'ailleurs, Ivy, si jamais il vous fait une offre, prévenez-nous aussitôt. D'aucuns n'ignorent que son neveu a des vues sur vous et bien des gens ont soupçonné à de nombreuses reprises qu'Hector n'était pas réticent à faire chanter les personnes qui pourraient lui être utiles.

̶ Il n'osera jamais, affirma Lily. Pas directement, en tout cas. Il va forcément passer par quelqu'un et Ivy va voir un collègue lui suggérer de se rapprocher du neveu pour apaiser ce merdistre.

̶ Merdistre ? C'est le nouveau surnom que Mary donne à Hector ?

̶ Oui.

Hermione regarda Lily sourire en répondant. Elle avait beau la voir depuis le mois d'août, elle avait encore du mal à concevoir combien elle pouvait être belle – pas autant que Clémence, mais elle n'était pas avare de charme. Si Harry en avait hérité, il aurait fait des ravages, songea-t-elle au moment où un grand brasier multicolore explosait au pied de l'escalier avant de se résorber pour laisser apparaître le Poudlardien et Petunia, dont Arlan lâcha le bras. La Moldue parut quelque peu intimidée en posant les yeux sur Poudlard – sans doute avait-elle consulté quelques cartes de Chocogrenouilles de Lily, voire se sentait-elle mal à l'aise après la lettre désespérée qu'elle lui avait envoyée pour essayer d'intégrer le collège de magie.

̶ Nous nous sommes manqués hier, alors je me rattrape, dit Dumbledore. Bienvenue à Poudlard ! Je crois que vous avez un créneau assez serré ?

̶ Heu… Il vaut mieux que je rentre d'ici une demi-heure, répondit Petunia. Vernon est malade et j'ai prétendu que je partais faire des courses.

̶ Samy ?

Un jeune elfe de maison aux grands yeux fauve apparut aussitôt, surexcité d'être appelé. Il aurait eu le nez pointu de Dobby qu'Hermione les aurait confondus, mais celui de l'être magique était busqué.

̶ Avez-vous une liste, Petunia ? demanda le directeur.

L'intéressée fouilla dans son sac à mains et la trouva instantanément. Comme toujours, elle était très bien organisée, songea Hermione. Elle ne l'avait rencontrée qu'une seule fois, par hasard, d'ailleurs, à Londres. Avant comme après son mariage avec Ron, elle avait essayé de l'habituer à la culture moldue en organisant des « aventures » dans des musées, des magasins, des squares, des parcs, des expositions et toutes sortes de choses – mais c'était dans la rue que toutes deux s'étaient croisées. Hermione l'avait déjà vue en photo, aussi avait-elle reconnu cette grande blonde à la mâchoire chevaline. Elles s'étaient regardées brièvement, comme si Petunia avait détecté la véritable nature d'Hermione.

̶ Samy, reprit Dumbledore en tirant un rouleau de parchemin, tu files à Gringotts, puis tu achètes ce dont Petunia a besoin, mais discrètement – très discrètement – et calmement. Ticky va encore te hurler dessus si tu te précipites trop.

̶ Oui, bien sûr, monsieur le directeur ! dit l'elfe d'un ton enthousiaste.

Et la liste récupérée, il disparut.

̶ Je crains le pire, dit Ivy sur le ton de la conversation.

̶ Il faut bien qu'il apprenne, répondit Dumbledore. Bien, il ne nous manque plus que Mary. Ivy ? Le plus prudemment possible, s'il vous plaît.

La Volcanique se retourna et tendit un index duquel jaillit une longue flamme qui réchauffa aussitôt l'air avant de traverser le hall et disparaître dans le Grand Escalier.

̶ Quel genre de magie est-ce ? demanda Petunia en essayant vainement de paraître désintéressée.

̶ Une forme ancienne de la magie dite « expulsive », expliqua Lily. Ivy concentre son pouvoir en un point bien précis de son corps ou dans tout son corps et l'expulse dans la direction choisie, à savoir de ce côté-ci ou de ce côté-là, ou alors tout autour d'elle. Ca dépend de son humeur, parfois.

La flamme revint à sa créatrice et prit vaguement la forme du visage de Mary.

̶ On arrive, annonça-t-elle.

Et la flamme s'éteignit.

̶ C'est dément… lâcha Petunia, ébahie. Je n'ai rien lu sur…

Elle s'interrompit et rougit, embarrassée.

̶ Papa m'a dit que tu lisais mes livres de sorcellerie, alors ne sois pas si gênée et assume-le, dit Lily, exaspérée. Comment on va procéder ?

̶ Seul Arlan le sait, dit Hermione. Ses recherches sur ce phénomène sont bien plus poussées que nos propres hypothèses, mais comme c'est un petit con, il ne faut pas compter sur lui pour lui arracher une seule information qui nous orienterait vers la bonne voie.

̶ Je t'entends, tu sais, dit le Poudlardien en observant le parc. Les vieilles magies que Lily utilise ont des règles bien définies, la question est, pour la florale, si elle utilise l'extension ou la proximité ?

̶ Youuuuuuuuuhouuuuuuuuu ! lança une voix déjà familière.

Marlene, agitant le bras, apparut au sommet de l'escalier de marbre, suivie de Clémence, Lysandra, Anoya, Mary et Elisa. La Fantasque avait enfin consenti à porter sa robe blanche à coquelicots au lieu d'une grenouillère – et Hermione songea qu'il lui faudrait lui demander où elle l'avait achetée, car elle était vraiment très élégante.

̶ Prête pour connaître ton premier échec public ? lança la Cauchemarde d'un ton goguenard.

̶ Très drôle… dit la belle rousse, désabusée. Tu devrais te concentrer sur tes propres capacités : je te rappelle que tu un danger permanent.

̶ Merci. Alors, ça va se passer comment ?

̶ J'y réfléchis encore, répondit Arlan. Albus, où Rubeus a-t-il répandu les graines ?

̶ Entre sa cabane et le château.

̶ Bien, on va essayer un truc. Lily, Mary, descendez et suivez-moi.

Ils s'éloignèrent avec Petunia pour rejoindre la pelouse qui descendait jusqu'à la maison de Hagrid, sous les regards attentifs des spectateurs, tandis que les Maraudeurs les rejoignaient au pas de course, le souffle court.

̶ A-a… Alors ? haleta James.

̶ C'est en cours, indiqua Clémence. A quoi pense Arlan ?

̶ Sûrement à tester les capacités de Mary tout en aidant à Lily à contrôler son pouvoir par le biais de ma Chouquette, répondit Ivy en regardant Arlan, Petunia et Mary s'arrêter au beau milieu de l'herbe et converser – sans doute pour que l'expérience soit claire pour tout le monde. La magie de Liaison a une triple fonction : tisser, mailler et découdre. Autrement dit, Arlan a dans l'idée d'utiliser ma Chouquette pour transférer une partie de la magie de Lily à Petunia, et les connaissances florales de Petunia à Lily. Reste à savoir si le savoir de la sœur de Sa Grâce est aussi immense que Lily le dit. Au fait, James, tu demanderas à ton père de m'envoyer sa recette pour la salade de poulpe, j'ai oublié, hier.

̶ Les Premières ne savent pas demander : elles exigent, rappela Sirius. A part Bonnie, je ne crois pas que Dorcas, Carolane et toi ayez une seule fois dit « s'il te plaît ».

̶ Ca fait trop de syllabes en plus à prononcer, expliqua Marlene. Ah, ça commence.

Et l'attention générale se porta aussitôt sur le quatuor. Mary avait posé chacune de ses mots dans le dos des deux sœurs et resta parfaitement immobile, Arlan tournant autour d'elles tout en parlant, tel un professeur expliquant à ses élèves un exercice. Les minutes s'égrenant, les Maraudeurs finirent par se lasser d'être debout et s'assirent sur la première marche sans quitter la scène des yeux.

̶ On dirait que Mary a du mal, commenta Lysandra.

̶ Ce n'est pas l'expérience la plus facile qui soit à réaliser, objecta Dumbledore. Surtout qu'elle vient tout juste de découvrir ses capacités et qu'Arlan lui demande de les pousser au-delà de ce qu'elle peut, involontairement, déjà faire. En outre, ça ne dépend que d'elle : si Petunia ressent une réticence, ce qui ne me surprendrait pas et qui est tout à fait compréhensible, il se peut que ce soit elle qui bloque. Aussi puissante que la magie, la force d'un esprit peut très facilement la surpasser. Horace et Filius peuvent se libérer rapidement d'un sortilège de Stupéfixion par la seule force de leur volonté.

̶ C'est possible, ça ? s'étonna Peter. Je croyais qu'une fois stupéfixé, tout s'endormait.

̶ Il y a esprit et esprit, expliqua Hermione. Celui que nous associons à l'âme et celui qu'une sorcière ou un Moldu étend autour de sa personne. Le père d'Arlan, après plusieurs années de carrière, a vu des sortilèges rebondir sur lui, car son esprit « extérieur » était plus puissant que ces sorts ou bien qu'il les affaiblissait assez pour les rendre inopérants.

Ils reportèrent leurs regards sur l'expérience.

̶ Combien de temps la sœur de Lily peut rester ? demanda Remus.

̶ Je pense qu'il lui faudra repartir dans cinq minutes, maintenant. J'ai peut-être fait une erreur quand j'ai demandé à Samy de faire les courses de Petunia calme…

Crac ! Le jeune elfe de maison surgit de nulle part avec tout un tas de cabas.

̶ Excellent timing, dit le directeur. J'ai bien peur que l'expérience ne donne rien pour aujourd'hui, et Petunia doit repartir très prochainement. Samy, félicitations : tu ne te feras pas gronder par Ticky, pour une fois.

̶ Merci, monsieur le directeur. J'ai pris les produits les plus frais et les moins chers que j'aie trouvés et j'ai mis le salaire moldu de Miss Petunia dans le sac des serviettes et des serpillères. Je retourne aux cuisines, à présent.

Et il disparut comme il était apparu : bruyamment.

̶ Il ne tient décidément pas en place, commenta Remus d'un air amusé. Chaque fois que nous allons aux cuisines, il court dans tous les sens, sauf quand il est chargé de la préparation des plats.

̶ Samy est l'arrière-petit-neveu de Ticky, révéla Dumbledore. Les maîtres de ses parents les ont tués, si ma mémoire est bonne, lors d'une sordide soirée de tortures où leurs invités et eux jetaient son père et sa mère un maléfice de son choix. Amos Diggory, le vice-directeur du département de contrôle et de régulation des êtres et créatures magiques, a été jusqu'à menacer Barty Croupton de sa baguette s'il ne désignait pas des Aurors – oui, carrément des Aurors – pour mener l'enquête. Ils ont failli échouer : un tout petit échantillon de sang a néanmoins été retrouvé là où ses maîtres ne s'y attendaient pas : une de leurs chaussures. L'affaire est toujours en cours, mais il ne faut pas compter sur le supérieur d'Amos : il exècre tout ce qui n'est pas humain.

̶ Il a pris le poste pour nuire aux peuples magiques, donc, dit Lysandra.

̶ Disons plus qu'Hector s'est montré bien naïf en croyant que Salomon était sincère en prétendant se faire du mouron pour leur situation. Il aurait pourtant dû se douter de quelque chose en l'entendant lui parler de « faune magique », mais non.

Il regarda Arlan, Mary et les Evans revenir au pied de l'escalier de pierre.

̶ Tu en penses quoi ? demanda Hermione.

̶ Qu'on cherche à aller trop vite, je crois. Étant donné la brouille entre Lily et Petunia, il y a, plus ou moins intense et volontairement ou non, un barrage que Mary ne pourra jamais surmonter à elle seule. Ces deux-là sont de vraies têtues. Ce qu'il faudrait, c'est… Pomona, dirent Arlan et Dumbledore.

̶ Qui ? demanda l'aînée des Evans.

̶ Notre professeur de Botanique, répondit Sirius. Ses serres sont super…

Il sembla frappé d'une soudaine idée.

̶ Et si c'était ça ? reprit-il.

̶ C'est ça, dit Salina en les rejoignant avec Zaza, Uria et Jahia, ses pupilles fauve se transformant en continu sans lâcher Petunia du regard. La brouille entre les sœurs n'est qu'un aspect de l'équitation : il y a aussi le fait qu'elle veuille profiter de l'opportunité historique pour retarder le moment où elle sera contrainte de retourner à une vie de femme au foyer. Elle veut découvrir Poudlard comme nous quand on y est entrés.

Petunia ne répondit pas, fuyant le regard des autres.

̶ Ce qui est problématique, souligna Dumbledore. Oh, pas que vous veniez ici régulièrement, ajouta-t-il à l'adresse de Petunia. La problématique est que ça retarde nos chances d'aider les Piliers à prendre le plein-contrôle de leurs facultés. J'aurais peut-être dû demander à Bonnie et Carolane de venir avec un peu d'avance. Je vais voir avec les professeurs s'ils peuvent vous faire une place dans leurs classes à partir de lundi et je demanderai à un fantôme de vous servir de guide. Pour l'heure, il vaut mieux que vous rentriez. Vernon va finir par se demander ce qui vous prend autant de temps.

Il fit un geste de la main et les cabas s'envolèrent aux pieds de Petunia, qui les ramassa. Arlan frappa alors le sol du pied en posant une main sur l'épaule de l'aînée des Evans, et tous deux furent engloutis par les flammes multicolores du transplanage-phénix.

̶ Elle est tombée sur un sacré connard, dit Salina d'un ton très naturel.

̶ Qu'avez-vous lu en elle ? demanda Dumbledore, sentant que Lily n'osait pas poser la question.

̶ Exactement ce que Sa Grâce nous en a dit : amoureusement conne, mais avec un bon fond. En fait, elle complexe : elle a une sœur super jolie qui est aussi une sorcière, alors qu'elle n'a pas de véritable particularité qui la ren…dait unique aux yeux de leurs parents, se rattrapa la Lectrice. Elle vit dans une sorte de triangle vicieux : l'amour de Vernon, sa peur que Lily puisse attirer l'attention de Face de Pet des Ténèbres et menace les Evans, et celui de pouvoir assouvir sa curiosité – assez insatiable, il faut le reconnaître – vis-à-vis du monde magique. Vernon lui rappelle le monde magique, qui lui rappelle sa sœur, qui lui rappelle sa jalousie de la savoir dans ce même monde magique, qui lui rappelle qu'elle ne doit pas en parler à Vernon, qui lui rappelle qu'il déteste tout ce qui sort de l'« ordinaire », « ordinaire » qui lui rappelle la magie, qui lui rappelle Lily… Bref, c'est un vrai bordel dans sa tête.

̶ Tu peux le dire, dit Anoya. Elle est moins conne que je le pensais : elle est juste maso'. Ah, tiens, je n'ai jamais essayé les trucs SM… Va chier, Déesse ! répliqua-t-elle en voyant Elisa ouvrir la bouche avec enthousiasme. Reste à savoir comment on va s'organiser tout au long de la semaine. Si la sœur de Lily a besoin d'assouvir sa curiosité pour que l'expérience fonctionne – et en admettant qu'elle et Lily réussissent à dépasser leurs problèmes mutuels, on va être dans la mer…

Elle attira l'attention générale vers le portail, au-delà duquel s'avançaient deux silhouettes, l'une très petite et grassouillette avec des cheveux roux coupés au carré, l'autre, filiforme, avec une tignasse très longue – vraiment très longue, car lui tombant jusqu'aux genoux malgré sa queue de cheval haute – d'un noir de jais comme les plumes d'un corbeau, dont le soleil révélait les nuances bien plus dans les cheveux de James et Harry.

̶ Il fallait qu'elles se pointent une minute en retard, dit Ivy.

̶ Elles savent qu'elles n'ont pas le droit d'utiliser la magie, donc il leur a fallu faire tout le chemin de Pré-au-Lard jusqu'ici, dit Dumbledore en descendant les marches. Est-ce que Bonnie a encore changé d'obsession gastronomique ou elle en est restée à la salade grecque et au poulet braisé avec du riz à la sauce hollandaise ?

̶ Heu… dit Mary en se creusant la tête. Ah, cookies au roquefort et noisettes et yassa de lapin, si ma mémoire est bonne. Elle ne change que toutes les deux semaines, donc ça devrait être bon.

̶ Pourriez-vous aller prévenir Ticky, je vous prie ?

̶ Bien sûr.

Et la petite brune fila aussitôt aux cuisines tandis que le directeur s'éloignait vers le portail.

̶ Je crois que je ne m'y ferai jamais, dit Hermione.

̶ A quoi ? demanda James.

̶ La relation ouvertement affichée entre les professeurs et les Piliers. Je crois que Petunia était aussi dubitative que moi, hier, la première fois que j'ai rencontré une rencontre prof-Pilier.

̶ A femmes exceptionnelles, traitement exceptionnel, dit Remus. En même temps, Dorcas a quelques difficultés à comprendre ce qu'est la politesse, donc les profs ont dû s'habituer… et l'ont sûrement fait encore plus avec les… la personnalité particulière de Marlene.

̶ Tu entends quoi par « particulière » ? demanda la Fantasque d'un ton soupçonneux.

̶ Que tu es une vraie fêlée, dit Ivy.

̶ Ah, ce n'est que ça. J'ai cru qu'il m'insultait.

Dumbledore avait atteint le portail et l'ouvrit sur les deux jeunes femmes, qui le saluèrent gaiement, le directeur prenant tout de même le soin de veiller à ce que Carolane, la plus grande, ne subisse pas le même éblouissement que la veille. Puis, les grilles refermées, il écouta Bonnie parler énergiquement – non sans une certaine colère, à en juger les mouvements secs de ses bras qu'elle agitait en tous sens. Il s'en amusait presque, mais au bout d'un moment, il devint très sérieux.

̶ … n'a rien dit ? interrogeait-il quand ils furent à portée d'ouïe.

̶ Elle est en déplacement en Argentine pour comprendre l'histoire de deux touristes britanniques que le département argentin de la Justice a placé en détention, répondit Bonnie, dont le visage recouvert de taches de rousseur ressemblerait presque à une carte des étoiles.

̶ Qu'est-ce qui s'passe ? demanda Ivy.

̶ J'ai été mutée aux Archives par Klein.

̶ Bien, ça nous fait deux assassinats à préparer, dit Marlene d'un ton joyeux.

̶ Attendez que Millicent rentre, d'abord, s'amusa Dumbledore. Elle ne supporte plus Manfred après toutes les erreurs et les plaintes dont il est l'auteur et la cible : elle se fera un plaisir de lui rappeler que l'on ne mute pas quelqu'un de plus intelligent sous prétexte qu'il nous a vexé. Enfin, Hermione, voici Carolane Sommons, la « Voyante », et Bonnie Dickins, l'« Analyste ». Mesdemoiselles, le professeur Hermione Epson.

Les trois sorcières se saluèrent poliment, puis Marlene sauta sur Carolane quand Ivy faisait pareil sur Bonnie, comme si elles ne les avaient pas vues depuis une éternité.

̶ Cinglées… dit Sirius du coin des lèvres.

̶ Black qui nous fait un compliment, qui l'aurait cru ? ironisa Carolane. Où sont les autres ? J'ai hâte de voir ce nouveau Potter ! Cam' dit que c'est le mec le plus taré qu'elle ait jamais rencontré, elle n'a même plus envie de sortir avec lui tant il part dans des aventures complètement barges.

̶ Aha ! s'exclama Elisa. Je savais bien qu'elle en pinçait pour lui ! Dommage, je les aurais bien vus ensemble… Bref, Mary est aux cuisines, mais elle seule peut nous dire où sont les autres rapidement.

̶ Ou pas, dit Bonnie en regardant le hall d'entrée.

Telma et Camelia venaient de franchir la porte menant à la salle commune de Poufsouffle, suivie de Mary, la fillette dévorant littéralement le pain de viande – sans doute expérimenté par Ticky. C'était à se demander si elle cherchait à comparer ou à se remplir le ventre, voire même si elle se souciait d'en apprécier le goût. Comparaison sans doute déplacée, Hermione eut l'impression de revoir Pattenrond chaque fois qu'elle lui donnait sa pâtée et qui la regardait d'un air de dire : « Je m'en fous de ce que je mange, je mange, c'est tout ! »

Et encore une fois, elle ne put s'empêcher de se dire qu'il fallait vraiment qu'elle oublie cette vie qui n'était plus la sienne et qui ne le serait jamais plus.

̶ Crevette ! s'enthousiasma Carolane en se précipitant sur Telma.

̶ Brindille ! répondit la jeune fille en sautant dans ses bras. Tu ne devineras jamais quoi ! J'ai mangé 34 pains de viande, hier soir ! Grand-cousin Fleamy' avait même prévu un deuxième plateau rien que pour moi ! Mais je les ai tous mangés au petit déjeuner, ronchonna-t-elle. Il aurait pu en faire plus…

̶ Il y en avait 30, espèce de gouffre ambulant, lui rappela Camelia en étreignant Bonnie. Holà, toi, tu es en rogne ! Ne me dis pas que ce gros con de Klein t'a mutée ?!

̶ Aux Archives, répéta Bonnie.

̶ « Adieu, Manfred Klein » ! se réjouit Lysandra. Franchement, faut vraiment que le ministère arrête de juger les gens sur la base des Aspic plutôt que sur les compétences réelles des gens.

̶ Je suis bien d'accord, dit Arlan.

Tout le monde se retourna sur lui et cilla : légèrement penché sur la gauche, il traînait derrière lui un homme inconscient affichant un menton légèrement proéminent caché sous une barbe mal taillée, mais bien fournie. Lastena, assise sur l'épaule du Poudlard, jubilait, comme chaque fois qu'elle avait gagné l'un des « concours » auxquels Harry et elle s'adonnaient quand il fallait s'attaquer aux armées levées par Babaï.

Hermione tira sa baguette et lança la Reconfiguration spatiale pour rendre tout le groupe invisible et inaudible.

̶ Ne me dis pas que tu l'as trouvé près de chez ma sœur, s'inquiéta Lily.

̶ Non, dit joyeusement la reine des Faerys Suprema. Sorya et son unité ont remarqué une activité un peu trop suspecte autour de la maison d'un certain Norman Szackiyo… Sczaki… Bref, d'un Norman, mais à des intervalles irréguliers. Arlan s'apprêtait à revenir à Poudlard quand Sorya nous a annoncé le retour de quatre suspects. J'en ai éclaté trois, ce qui fait de moi la meilleure.

̶ Pour le moment, objecta le Poudlardien d'un ton neutre. Soska se charge de prévenir Alastor où les trouver, les trois autres. Albus, vous pouvez identifier celui-là ?

̶ Je dois avouer que non et j'en suis le premier surpris, dit Dumbledore en s'accroupissant avec une agilité digne d'un jeune homme. Soit il s'agit d'un élève qui a étudié à domicile, soit c'est un étranger. Isabella, pourriez-vous prévenir Horace que nous allons peut-être avoir besoin de son aide. Cet homme dégage quelque chose de très étrange. Anoya, Salina, approchez, s'il vous plaît. Carolane, que voyez-vous ?

̶ Rien, avoua la Voyante, les sourcils froncés. Ce type ne dégage aucune magie. Même Rusard peut prétendre en avoir plus que lui.

Hermione sursauta, son cœur tambourinant dans sa poitrine à un rythme effréné :

̶ Reculez ! ordonna-t-elle en tirant précipitamment sa baguette.

Camelia attrapa aussitôt la Lectrice et la Cauchemarde par le col de leur uniforme et les tira avec une force surprenante, tandis que Dumbledore bondissait en arrière avec souplesse et qu'Hermione, agitant sa baguette à toute vitesse, abattait sèchement son bras pour enfermer le corps dans un cocon bleuâtre, scintillant. Saloperie ! pesta-t-elle intérieurement, tout en étant déconcertée : comment pouvait-il y en avoir déjà en circulation ?

Quelque peu troublés par sa réaction, tout le monde la regarda, mais elle n'eut pas à répondre : vingt secondes plus tard, le corps gonfla et éclata dans un panache de fumée écarlate, sans la moindre goutte de sang, sans le moindre morceau de chair, sans le plus petit éclat d'os.

̶ Qu'est-ce que c'est que ce truc… souffla Ivy, déconcertée.

̶ C'était un Anubite, dit Arlan en s'accroupissant. Un très ancien parasite magique que l'on retrouve généralement dans les pyramides ayant été bâties avec une certaine quantité de magie. Pour faire court, plus la magie a permis la création de l'édifice, plus le risque est grand pour qu'un Anubite apparaisse : il ne supporte pas la lumière du soleil, car trop vive, et s'empare des corps des proies qui passent juste à côté de lui, les dévorant de l'intérieur jusqu'à ce qu'ils en prennent le contrôle total, afin de pouvoir se déplacer sous le ciel. Lastena, file prévenir Maugrey et les Aurors qui l'accompagnent. Nous, on ne pourra pas sortir d'ici tant que cette merde ne sera pas morte.

La Faery disparut aussitôt.

̶ Bon ben, j'espère que vous n'avez pas faim, dit Sirius d'un ton léger.

̶ Si ! protestèrent Telma et Peter.

̶ A part vous deux, je veux dire…

̶ Ticky ? appela Dumbledore, amusé.

L'elfe de maison apparut aussitôt en lançant des regards en tous sens, intriguée par le cocon comme la Reconfiguration spatiale.

̶ Vous êtes encore parti dans l'un de vos délires ? demanda-t-elle.

̶ En quelque sorte. Pourriez-vous dire à Minerva, Pomona, Filius et Horace que les élèves ne doivent pas sortir de leurs salles de classe. Faites-leur savoir qu'un étrange gaz s'est répandu dans le hall et par précaution, il vaut mieux donc éviter le hall d'entrée. Le déjeuner se déroulera dans les salles. Et nous-mêmes, nous mangerons ici.

Ticky lança un nouveau coup d'œil au cocon où s'énervait, semblait-il, la fumée rouge vif, qui ne se lassait pas de tournoyer sur elle-même comme si elle cherchait à briser sa prison.

̶ Entendu, dit-elle simplement.

Elle transplana à nouveau et Dumbledore, tirant sa baguette, fit apparaître plusieurs coussins épais et moelleux, ainsi qu'une table basse parfaitement adaptée aux dimensions de la Reconfiguration spatiale pour ne pas la briser, le cocon se retrouvant juste en dessous. Presque aussitôt, la vaisselle apparut sur celle-ci alors que tout le monde, résigné, s'installait. Des bols de cacahuètes, pistaches, noix de cajou, amandes suivirent dès qu'ils furent assis.

̶ Nous sommes gâtés, remarqua le directeur. En général, il n'y a qu'aux soirées de Horace qu'on a le droit aux pistaches et aux noix de cajou… et à Noël, si Ticky est de bonne humeur. Maintenant que j'y pense, combien de temps faut-il à cette chose pour mourir ?

̶ Difficile à dire, admit Hermione. Une heure, peut-être deux, tout dépend de son ancienneté et de sa « feuille de chasse », si je puis dire. Techniquement, un Anubite absorbe la vie et la magie de son hôte. Plus sa victime est puissante, plus elle survivra longtemps. Paradoxe parmi les paradoxes, s'il est vrai, comme l'a dit Arlan, que cette saleté redoute la lumière du soleil, le clair de lune lui est mortel. Il n'est donc pas question de la lumière, mais de sa nature.

Telma piocha dans les noix de cajou en allumant brièvement ses yeux violacés, comme chaque fois que son intuition se manifestait.

̶ Patronus, dit-elle avant de fourrer sa poignée dans sa bouche.

̶ Mange-les une par une, Crevette ! protesta Carolane.

̶ Ch'est ch'que ch'fais : une poignée par poignée !

̶ Je te parle d'une noix par noix !

̶ Ca recommence, soupira Ivy, lasse. Comment connaissez-vous ces Anubites, prof' Epson ? J'ai pas mal voyagé et je n'ai jamais entendu parler de ces trucs-là.

̶ J'ai une meilleure question, dit Lily. En quoi l'artefact que vous cachez annonce-t-il la fin du monde, si j'en crois Arlan ?

Cet enfoiré ! pesta Hermione en jetant un regard brûlant au Poudlardien qui parut très concentré sur la coquille de sa pistache, tout à coup, feignant de ne pas réussir à l'ouvrir.

̶ Parce que Lord Voldemort n'est pas la pire menace que nous aurons à affronter, dit Dumbledore. Si je me souviens bien de ce qu'Hermione m'a raconté sur le père d'Arlan, il sécurisait des fouilles sur un tombeau enfoui dans le désert égyptien. Une mission si secrète que le département des Antiquités est allé jusqu'à quémander l'aide des meilleurs Aurors du monde pour protéger les archéologues des pilleurs susceptibles de remarquer l'activité archéologique dans un coin perdu où il n'y avait rien, pas même l'ombre d'un indice qui aurait pu correspondre à l'Histoire de l'Égypte ancienne. Le plus dur, à ce que j'ai compris, c'est que les peintures sur les montants de la porte relevaient d'une langue appelée « imbrication linguistique » : c'est, comme sa désignation l'indique, une langue imbriquée dans une ou deux ou même plusieurs autres langues, ce qui rend son déchiffrage encore plus complexe. La porte se trouve être encadrée par une prophétie, semble-t-il, mais le père d'Arlan est mort avant de l'entendre, c'est ça ?

Joliment joué, pensa Hermione, qui acquiesça, résignée à jouer le jeu elle aussi.

̶ J'attends encore une réponse d'une amie pour savoir où la traduction en est, mais à l'en croire juste avant qu'Arlan et moi ne venions au Royaume-Uni, la prophétie annonçait le réveil d'une reine bonne, au début de son règne, soucieuse de son peuple, mais les hommes n'apprécièrent guère d'être soumis à l'autorité d'une femme. Surtout pas d'aussi belle et désirable, mais nullement intéressée par une vie de couple. Babaï, c'est son nom, perdit les êtres les plus chers à son cœur, mais aussi la tête et devint un vrai tyran et une menace terrifiante. Elle fut vaincue – ou plutôt, emprisonnée, pour être violée et torturée autant de fois qu'elle a tué un homme. Mais Babaï n'était pas totalement humaine : toutes les larmes qu'elle eut à verser durant son supplice prirent la forme d'un artefact racontant sa vie au moment où ses ennemis l'enterrèrent vivante dans le mausolée qu'ils lui réservaient.

̶ En gros, les monstres ont créé un monstre plus monstrueux qu'eux, résuma Jahia.

De multiples salades, petites brochettes, biscuits apéritifs, crèmes, sauces apparurent sur la table, les « convives » piochant et se servant machinalement tandis qu'Arlan enchaînait le « récit », qui était tout aussi vrai que mensonger, mais il fallait bien s'y résoudre pour expliquer toute l'histoire :

̶ Mon père et quelques-uns de ses amis comprirent que la puissance de Babaï était telle qu'elle serait bientôt capable de se libérer par elle-même, surtout parce qu'elle puisait la magie des archéologues et des conjureurs de sort qui s'« attaquaient » à la porte. A force de vouloir entrer, ces prétendus experts ne faisaient que précipiter la sortie de Babaï. Les Aurors ordonnèrent l'arrêt immédiat des fouilles dès qu'ils comprirent que quelque chose clochait, mais le département des Antiquités égyptiennes refusa et menaça de les remplacer. Il fallut alors trouver une alternative.

Il claqua des doigts de sa main gauche pour faire apparaître le carnet de notes de Harry et le feuilleta rapidement, tandis que sa main droite se saisissait d'une mini-brochette tomate cerise-concombre-tofu.

̶ Ses amis et lui… putain, elle est où, cette fichue page… dit-il d'un ton presque agacé. La voilà. Ils trouvèrent une solution rapide : extraire la magie des piliers encadrant la porte pour la stocker dans un réceptacle susceptible de retarder le retour de Babaï. Le choix se porta sur ce qu'on ne soupçonne pas, en temps normal, d'être une menace : un enfant.

̶ Toi, donc, dit Clémence.

̶ Chaque fois que je perds un souvenir, Babaï amorce son réveil. Le simple fait qu'elle ne soit même pas encore réveillée et qu'elle ait pu envoyer un Anubite – voire plusieurs – en dit long sur le pouvoir phénoménal qu'elle possède. Prof' Epson et moi avons choisi de précipiter son retour pendant que nos meilleurs alliés sont encore en vie, aussi avons-nous décidé d'affaiblir le plus possible Voldemort pour préparer la véritable guerre de ce siècle. Albus, les Piliers, Alastor, les Maraudeurs, oncle Fleamont et tante Euphemia, la mère d'Ivy, celle de Telma, les Weasley – on aura besoin d'une solide armée pour espérer la vaincre. Et on va devoir faire en sorte que Croupton devienne le ministre de la Magie, car ce n'est pas avec cette brêle de Callum qu'on risque de s'en sortir, mais on a encore du temps. Le dernier souvenir qu'il me reste est l'amour.

Hermione le regarda refermer le carnet. Son premier baiser avec Ginny, elle en était sûre ! C'était ce souvenir-là qu'il lui restait. Autrement dit, si jamais Arlan tombait amoureux d'une fille amoureuse de lui, leur premier baiser provoquerait le réveil de Babaï… Mais était-il capable d'aimer ou d'être aimé ? Dans tous les cas, comme il disait, ce n'était qu'une question de temps : Babaï finirait par se libérer et ce, sans que l'amnésie d'Arlan soit totale.

̶ Donc, dit lentement Peter, il faut qu'on sache pourquoi cet Anubite s'intéresse à ce Norman-bidule, non ?

̶ Norman Sczaski, rectifia Dumbledore. C'est un éminent historien spécialisé dans l'Égypte antique, mais on le connaît surtout pour être l'un des plus grands antiquaires d'Europe. Il a été archéologue, par le passé, mais une traumatisante rencontre avec des momies l'ont convaincu qu'il valait mieux rester à l'écart des pyramides et des tombeaux. Charity le connaît bien, je lui demanderai de lui rendre visite… innocemment, bien sûr. Norman est du genre méfiant, pour ne pas dire paranoïaque.

Telma se pencha sur le côté, posant sa tête sur les genoux de Camelia, pour regarder l'Anubite.

̶ Il est devenu tout petit, remarqua-t-elle.

̶ C'est l'autre moyen de le tuer quand il est emprisonné, dit Hermione. Du moins, c'était une théorie, jusqu'à aujourd'hui. Beatrix, une amie néo-zélandaise, travaillait sur une hypothèse selon laquelle une lumière n'était pas forcément lumineuse, mais spirituelle. En d'autres termes, que les liens profonds et tissés avec d'autres produisaient une forme de clarté plus puissante qu'un rayon de soleil ou le clair de lune, même si ça ne se voyait pas à l'œil nu. Mary en est le meilleur exemple : sa seule présence, d'un certain point de vue, « chasse » les ténèbres dans le cœur des autres Piliers dès qu'elles l'aperçoivent – c'est exactement la même chose dans un couple. Quand le père d'Arlan rentrait frustré de ne pas avoir avancé dans une enquête, un sourire de sa femme suffisait à le calmer. Et quand elle-même d'un match perdu, le trouver à cuisiner son plat préféré illuminait son humeur.

̶ Donc, si je comprends bien, c'est notre bonne entente qui tue ce machin ? demanda Remus.

̶ En effet. Entente, complicités, amitiés, amours : tout ça répand une lumière que l'Anubite ne saura jamais supporter, tant que nous resterons confiants les uns envers les autres. Pour l'heure, Arlan a bien raison : nous serons dans la merde si Callum reste ministre.

̶ Han ! Prof' Epsy' a dit « merde » ! Ca vaut viande de 50 pains bien… Ah, c'est pas ça… dit Telma d'un air faussement choqué.

̶ Je t'ai déjà dit de réfléchir avant de parler ! s'agaça Camelia. Tiens, prends de la salade de tourteau, emmerdeuse, mais laisse-en à Zaza' ou elle va encore te piquer tes peluches.

̶ T'es chiée, toi ! s'indigna la Serpentarde. Tu pourrais éviter de me gâcher mon plaisir !

̶ On se calme, dit Dumbledore tout en paraissant beaucoup s'amuser. Comme vous dites, Hermione, il est temps que nous fassions quelque chose à propos d'Hector. Si Babaï est aussi terrible, ce n'est pas lui qui saura prendre les bonnes décisions. Bonnie, Ivy, Carolane, voyez avec Ann, Babeth', Arthur, Kingsley et Alastor s'ils peuvent se concerter au sein du ministère. Arlan, tu t'occupes de fomenter un complot depuis Poudlard. Oh, Mary, retournez avec les Premières pour expliquer la situation à Dorcas, histoire qu'elle sache qu'il y a une alternative à son plan « Crève, Callum ! »