-J'ai le sentiment que cette expérience ne lui a pas plu…, fit Kaï.

-Kaï... Ne rigole pas avec ça. Tu as bien vu comment il a réagi.

-C'est normal. Il ne fallait pas s'attendre à autre chose. L'Esprit du Temps nous fait revivre tous nos pires cauchemars… Ceux qu'on veut tous oublier. Ce souvenir en fait partie, soupira Scorpius.

-Puisque vous semblez si alertés sur ce qu'il vient d'arriver, peut-être pourriez-vous nous éclairer ? Qu'avons-nous vu ? demanda Voldemort.

-Le pire jour de sa vie, dit Ginevra d'une voix blanche. Et vous le décrire ne servirait à rien. Ce n'est pas à nous de le faire, et puis, Scorpius a raison, nous y serons tous confrontés.

-Non, attendez ! Je veux savoir ! paniqua Drago. Que va-t-il m'arriver ?!

Personne ne trouva quoi lui répondre, accentuant sa pâleur et leurs inquiétudes pour la suite de leurs aventures en ces lieux.


-Tu as bien dormis ?

-Je t'en prie Gin, je ne suis pas ton fils. Je n'ai pas besoin que tu me maternise, gronda Drago, agacé devant son amie si tôt le matin.

Elle ne l'avait pas quitté d'une semelle depuis qu'il était sorti de la Grande Salle. Pourquoi ? Il l'ignorait et s'en souciait peu. Il n'avait pas la tête à jouer au jeu des dix questions. Surtout pas avec ce qu'il avait vu la veille.

-Je ne te maternise pas Drago ! Je m'inquiète pour toi !

-Quelle surprise, ça me rappelle de vieux discours... Mais j'imagine que nous les verrons aussi, pas vrai ?

-Ne me blâme pas ! J'ai essayé de te mettre en garde mais tu n'as rien écouté, comme toujours ! Ne crois pas être le seul dans cette situation. Scorpius a revécu le sauvetage de Rose, Magnus a assisté à ma capture… Quant à Kaï, il s'est vu se faire torturer une nouvelle fois par Ron. Cet esprit joue avec nous et...

-Et toi ?

-Pardon ?

-Qu'as-tu vu ? demanda-t-il.

Ginevra baissa la tête. Elle savait qu'elle réponse il attendait d'elle.

-J'ai... j'ai fait face à mon choix de revenir auprès du Maître. Je me suis revue abandonner ma famille pour lui, dit-elle d'une voix blanche.

-Je vois, soupira-t-il en passant une main sur son visage fraîchement rasé de la veille. Il... il va me falloir du temps pour accepter l'idée que ce qu'il y a dans ma tête risque d'être exposé à tout moment.

-Ce n'est pas facile. Surtout au début et sachant que l'on ne peut rien faire.

-C'est notre seul moyen de rentrer chez nous, alors... Quel choix avons-nous ?

-Je crois que je suis fatiguée de ne jamais avoir le choix…, confessa la Dark Lady en s'asseyant sur le lit.

-Tu ne parles pas des souvenirs, pas vrai ?

-... Le revoir en aussi bonne santé aujourd'hui ne fait que me rappeler tous les jours ce qu'il s'est passé, murmura-t-elle en hochant la tête. J'ai l'impression qu'on n'en verra jamais le bout. Qu'il n'y a pas de fin heureuse pour nous, ou même de repos. Voir ce qu'on était, et se rendre compte de ce qu'on est devenu... C'est une torture que je n'aurais jamais cru subir.

-Gin...

-Dis-moi comment il va… S'il te plaît.

Son ton de supplication le pétrifia un instant. Il déglutit, lâchant par la même occasion la chemise qu'il venait tout juste de sortir de sa nouvelle armoire. Il savait mieux que personne à quel point sa vie, comme celle de son Maître, ne tenait qu'à un fil. Pourtant, et bien malgré lui, ses nouvelles n'étaient pas bonnes. Il aurait voulu lui éviter ça, mais il savait qu'elle ne le lâcherait pas.

-Hermione le garde sous comas de façon presque permanente désormais.

-Pardon !?

-Depuis que tu as disparu, il a perdu les pédales. Il est persuadé, comme tout le monde, que c'est un coup des Moldus. Quand il se réveille, il ne met pas une minute avant de commencer une crise. C'est tout le temps comme ça maintenant. Il se réveille, hurle, bois sa potion et s'endort pendant une semaine. Elle fait ce qu'elle peut mais ses recherches sont largement entravées par les circonstances actuelles, expliqua-t-il en s'asseyant à ses côtés. Elle ne dort plus, ne mange plus, veille sur Elias et nos filles mais... j'ai peur qu'elle lâche prise elle aussi.

Au silence de ses mots, on entendit le sifflement malheureux et presque douloureux de Nagini, enfouie dans le cou de Ginevra. Sa maîtresse, elle, ne dit. Elle en était incapable. Sa vie tournait au cauchemar et elle devait y assister de loin.

-C'est ma faute, souffla-t-elle.

-Arrête. Ce n'est pas toi qui a pris la décision d'invoquer un Hurleur. Il en connaissait le prix.

-Mais cela ne change rien au résultat. Il va mourir. Et moi je vais vivre. Que peut-il y avoir de pire ?!

-Que nous ne sortions jamais d'ici ?

-Je n'attendais pas une réponse de ta part, merci bien ! gronda-t-elle, agacée.

-Concentre toi sur le jour présent, et sur notre calvaire actuel avant de t'en atteler à un autre, conseilla-t-il. On a suffisamment à faire ici avec ce maudit Esprit.

Un sourire ironique égailla ses lèvres un instant. Un instant qui redonna un peu de courage au blond platine, loin d'être prêt à affronter ce qui l'attendait aujourd'hui.


A son entrée dans la Grande Salle, tout le monde était là, même Ron et Harry. A leurs vues, Drago se figea mais ne dit rien. Il valait mieux ainsi. On n'entendit pas Hermione non plus ce matin, trop occupée à essayer d'avaler sa biscotte le plus silencieusement possible. Décidément, elle ne s'était pas remise de la veille, comme le jeune Drago Malfoy qui lui, n'en avait pas dormi de la nuit.

-Papa ?

-Scorpius, sourit Drago.

-Tu... tu vas mieux ?

Drago n'était pas certain de la réponse qu'il devait donner à son fils. Il hésita un instant, gêné, mais fut sauvé par l'entrée de la jeune Ginny, à sa suite. Quelque peu décoiffée, elle les salua d'un hochement de tête timide, pour aller s'asseoir à côté de son amie.

-Je vais bien, ne t'en fais pas pour moi, dit-il rapidement.

Les deux Malfoy se sourirent, conscients du malaise et pourtant soulagés de s'être retrouvés après toutes ses angoisses. Tranquillement, ils rejoignirent Kaï qui était à moitié endormi sur la table, et se mirent à discuter. Pour la première fois depuis longtemps, tout le monde s'était réuni et personne n'essayait de s'entre-tuer. Même Harry semblait avoir repris quelques couleurs. Si cette vision globale aurait pu sembler familiale et parfaitement innocente, personne ne se rendit compte du frisson de Ginevra. Assise auprès de son fils pour le petit déjeuner, elle perdit brusquement le fil de la conversation. Elle n'entendit plus Magnus, l'esprit focalisé et le visage tourné vers son double du passé. Comme la veille, elle senti quelque chose, une présence, une sensation à la fois familière et étrange. Mais cela ne venait pas d'elle, non, mais de son passé. Déstabilisée, elle senti même Nagini détecter cette anomalie. Enroulée autour de son bras, le serpent sifflait, agité. Curieuse et en même temps inquiète par ce phénomène qui se répétait, elle se détailla un instant. Des cheveux en bataille, un sourire gêné et des joues roses de timidité. Rien d'anormal à ce qu'elle avait été auparavant. Pourtant, elle pouvait le sentir. Le sentir au fond d'elle-même. Quelque chose clochait. Quelque chose qui ne concernait pas qu'elle. Son regard se porta alors vers son Maître. Assis comme à son habitude au fond de la Grande Salle, un café à la main, il lisait distraitement, désintéressé des conversations qui s'animaient devant lui. Là encore, à première vue, rien d'anormal ne transparaissait. Et pourtant, elle savait. Elle savait que quelque chose se passait mais elle était incapable de mettre le doigt dessus. Ne pas savoir lui donnait l'impression de devenir folle.

-Maman ? l'appela brusquement Magnus, en la sortant de sa contemplation.

-Hein ?

-Ça va ? demanda-t-il, inquiet, en la voyant figée.

-Oh, je vais bien, j'étais juste distraite. Ne t'inquiète pas.

-Je t'ai vu le regarder... Je me doute que le voir aussi jeune doit t'affecter.

-Je... je fais avec, concéda-t-elle. C'est très déstabilisant, oui, mais ne t'en fais pas.

Son fils voulut sourire. Il aurait voulu la rassurer. Lui dire que tout irait bien lui aussi, mais il ne le put pas. Avant même qu'il ne puisse parler, un brouillard apparut, éblouissant les voyageurs qui se retrouvèrent tous brusquement projetés dans une autre chambre du Manoir Jedusor.

Beaucoup plus grande et luxueuse, un imposant lit reposait en son centre, les murs étaient faits de marbres et d'épaisses couvertures en peau et fourrure tapissaient le sol et le couvre-lit. Pourtant, allongé dans les draps de satin, le corps de Drago Malfoy reposait, à peine vivant. Plus pâle que ses cheveux, il respirait calmement. A ses côtés, Hermione, un livre à la main, surveillait l'évolution de son état. Déjà plusieurs jours s'étaient écoulés. Fort heureusement, le coma le maintenait en vie, mais trouver un contre-poison n'était pas une mince affaire. Le pire était que malgré toutes ses recherches, essais, et efforts, Hermione craignait que cela ne suffise pas pour lui rendre une pleine santé. En effet, au vu de ses premières analyses, le poison affectait le système nerveux, comme elle l'avait supposé. Et les risques pour Drago d'avoir des séquelles étaient plus que probables. Aussi, elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'il se rétablisse, mais même si sa fièvre avait baissé, que ses convulsions avaient cessé et que son état s'était nettement amélioré, elle ne pouvait crier victoire trop tôt. Il n'était pas encore réveillé, elle ne pouvait être sûr de rien. Quelques jours passèrent ainsi, pendant lesquels Hermione le veilla telle une infirmière. Blaise restait le plus souvent avec elle, désirant être là pour le réveil de son ami. Ginny s'inquiétait de plus de plus mais ne laissait rien paraître. Discrète, elle prenait soin de Kaï et calmait du mieux qu'elle pouvait le Mage Noir. Furieux de perdre un élément tel que Drago, il passait ses nerfs sur tout le monde, et surtout sur son élève, incapable de trouver une solution miracle. Aussi, c'est au milieu de tensions et de peur que Drago s'éveilla une nuit. La Gryffondor n'avait pas quitté son poste. Endormie sur son siège, à côté du lit, elle fut réveillée par les cris de panique de Malfoy. Les yeux grands ouverts, il regardait partout, le front en sueur et les mains tremblantes. Incapable de se focaliser sur quoi que soit, il haletait, près à étouffer.

-Malfoy, calme-toi ! Calme-toi !

-Grang.. Granger ?

-Oui c'est moi ! Calme-toi !

Mais il ne l'écouta pas. Comme s'il ne la voyait pas, il tenta de sortir du lit. Dans sa précipitation, il s'emmêla et tomba à terre, dans un gémissement douloureux.

-Stop ! Arrête de bouger !

-Où... où je suis ?

-Dans ta chambre. Nous avons dû te plonger dans le coma, tu allais mourir.

Toujours à terre et désorienté, Drago ne la vit pas arriver et sursauta de frayeur quand il la sentit essayer de le relever. Dans son sursaut, sa panique reprit et il hyperventila.

-Pour l'amour de Merlin, calme-toi ! Ce n'est que moi !

-Mais... mais allume la lumière alors ! s'énerva-t-il.

-Mais de quoi tu parles ? La lumière est déjà...

Mais elle ne finit pas sa phrase, interrompue par son propre choc et son effroi. Refusant d'y croire, la jeune femme le fit s'asseoir et le regarda. Calmé, mais pas serein, le blond n'arrivait pas à fixer son regard et bougeait la tête dans tous les sens. Agacée, elle prit son visage en coupe et une fois encore, il parut si surpris par son contact qu'il en recula, effrayé.

-Mais bon sang à quoi tu joues ?!, s'énerva-t-il.

-Arrête de bouger !

Pris au dépourvu par la situation, il obéit. Hermione, elle, paniquait de plus en plus à mesure que ses doutes se confirmaient. Face à lui, l'examinant de près, il ne détectait presque pas sa présence. Baguette en main, elle murmura un Lumos qu'elle approcha de son regard. La lumière ne semblait pas même l'atteindre. Ses pupilles métalliques ne se rétractaient pas et ses yeux ne la voyaient pas. Dans un halètement effrayé, la jeune femme dit d'une voix tremblante :

-Malfoy, est-ce... est-ce que tu peux me voir ?

-Non ! s'écria-t-il. Nous sommes dans le noir Granger, alors j'aimerai que tu cesses ton cirque !

-Nous ne sommes pas dans le noir...

-Quoi ?

-La... la lumière est allumée depuis tout à l'heure.

-Mais c'est impossible !

Énervé, il se leva d'un bond et tenta de partir, les bras devant lui, cherchant un mur sur lequel s'appuyer. Trop choquée, Hermione le laissa faire. Cette vision était surréaliste, impensable, impossible. Dans des grimaces et grondements sourds dû à la fatigue et la douleur de ses muscles, il arriva jusqu'à sa porte à tâtons, essoufflé par l'effort. Ses yeux grands ouverts sur le vide cherchaient désespérément à voir mais ne pouvaient pas, ne pouvaient plus.

-Granger ! Pour l'amour de Merlin, arrête ce petit jeu ! Allume la lumière !

-Drago !

Blaise arriva en courant à l'entente des cris de son ami depuis le salon. Trop heureux de le voir en vie, il se jeta dans ses bras. Le blond, lui, ne put que l'entendre, et se tut, interloqué par la situation de plus en plus étrange.

-Bon sang ! T'es sauvé !

-Blaise…, souffla Hermione, à bout de souffle.

Face au regard désespéré de la jeune femme et celui fuyant du Malfoy, Blaise ne comprit pas. Malheureusement, Drago comprit. Son visage se décomposa brusquement. Il cherchait en vain à comprendre, à trouver une explication logique à tout cela mais rien ne lui semblait avoir de sens. Rien de tout ce qu'il vivait n'avait de sens.

-La... la lumière est allumée, pas vrai ? demanda-t-il.

-Euh... Oui mais… Qu'y a-t-il ?

L'énormité de la situation était à peine croyable. A tel point que Drago ne dit plus rien. La main toujours collée sur le mur, il se laissa glisser au sol pour tomber sur le carrelage, le visage déconfit et brisé.

-Drago ? Qu'est-ce que...

-Blaise…, intervient Hermione.

-Hermione, qu'est-ce qu'il se passe ?

Malgré la situation, Hermione Granger n'aurait jamais cru pleurer pour un Malfoy. Jamais. Ils étaient riches et ils avaient tout : la gloire, le sang, la vie... Ils étaient vils et cruels, bâtissaient leurs empires sur le dos des autres, le mensonge, la trahison... Ils étaient ce qu'elle avait toujours haït au cours de sa vie. Les Malfoy lui avaient marché dessus, l'avait faite pleurer, l'avait humilié toute sa vie, avaient participé aux meurtres de ses amis. Et pourtant, voilà qu'elle était là : dans la chambre de Drago Malfoy, avec un Lumos rayonnant à la main, mais que, désormais, il ne pouvait plus voir. Les larmes dévalèrent ses joues sans même qu'elle ne s'en rende compte et devant elles, Blaise pâlit.

-Il... il est aveugle…, murmura-t-elle sans y croire.


-Que viens-tu de dire ?

Hermione déglutit face au regard perçant de son Maître. Assis à son bureau, il la regardait, les yeux grands ouvert, et incrédule. De toutes les nouvelles auxquelles il pouvait s'attendre, celle-ci était décidément la plus improbable et surtout, la plus compromettante de toute.

-Drago est aveugle, Maître.

-Aveugle ?!

-Oui... Mes derniers résultats montrent que ses nerfs optiques ont été complètement paralysés par le poison. Ils ne sont plus en état de fonctionner...

-Pour longtemps ?

La jeune femme hésita. Ses estimations étaient loin d'être rassurantes. Ses marges d'erreur étaient minces, presque infimes et pour la première fois de sa vie, elle aurait volontiers voulu avoir tort.

-Pour toujours...

-Non... c'est impossible ! Il ne peut pas être aveugle ! C'est un Mangemort !

-Mais c'est aussi un homme ! s'énerva-t-elle. Il... il ne sait pas que son état est irréversible...

-Non ! Il ne l'est pas ! Trouve un moyen !

-Mais… Maître...

-Tu es désormais seule responsable de Drago. Trouve n'importe quoi pour lui faire recouvrir la vue !

-Mais...

-C'est un ordre Granger ! Drago est l'un de mes meilleurs éléments depuis la mort de Bellatrix, je ne peux pas me permettre de le perdre aussi ! Cela ne ferait que trop plaisir à Potter et Weasley... Alors guéris-le ! Peu importe le temps ou les moyens, je veux des résultats !

-Maître... Je ne sais pas si j'en suis capable. Même le meilleur des Médicomages ne trouverait pas d'alternative à sa cécité ! Il est aveugle pour de bon !

-J'ai dit : trouve un remède ! insista-t-il en refusant d'admettre la vérité.

Désorientée, la jeune femme ne trouva rien à dire. Son Maître n'était pas décidé à lâcher l'affaire, pas plus que l'étaient Blaise et Ginny. Ils voulaient tous aider leur ami mais sans se rendre compte que tous leurs espoirs reposaient sur elle. Elle ne pouvait pas faire de miracle ! C'en était déjà un que Drago soit en vie ! Alors lui recouvrir la vue ?! Même la magie avait ses limites, et dans leur situation, la limite était celle de l'impossible. Hermione Granger ne pouvait pas surpasser l'impossible. Pourtant, elle ne dit rien, consciente qu'elle ne pouvait rien dire pour convaincre le Mage Noir de son incapacité à changer les choses. Le souffle court, elle soupira et dit d'une petite voix coupable :

-Bien Maître, je ferai de mon mieux pour... pour le guérir.

-Je n'attends pas un échec venant de toi ! Compris ?

-Compris Maître…


-Il doit bien avoir un remède ! Une solution ! s'écria Malfoy, enragé.

-Je te l'ai déjà dit, je fais ce que je peux ! dit Hermione, épuisée et dépassée par les événements.

Un mois était passé depuis la découverte de la cécité totale du jeune homme. Un mois depuis que Voldemort avait ordonné à Hermione de réaliser l'impossible. Un mois de cris, d'efforts, de recherches et d'échecs. Rien ne marchait sur lui. Aucun sort, potion, charme... Rien. Ses nerfs optiques refusaient de guérir, complètement paralysés et atrophiés par le poison de Neville. Et plus le temps passait, plus le jeune homme désespérait. Aucun Médicomage n'avait réussi à l'aider. Pas même Voldemort n'avait été en mesure de faire une petite avancée. Personne ne savait quoi faire. Sa vision avait disparue dans son intégralité, remplacée par une nuit permanente et sans issue. Ses yeux, néanmoins actifs, cherchaient sans cesse la fin de ce cauchemar, mais tous craignaient qu'il n'y en ait pas.

Le désespoir le gagnait, le rongeant petit à petit pour le plonger dans l'obscurité morbide d'une vie sans lumière. Il ne pouvait pas le supporter. Pas lui. Pas le grand Drago Malfoy ! Si fier, si grand, si fort ! Et aveugle... Il ne pouvait endurer ce calvaire, ou il risquait de perdre la tête. Cette situation le traumatisait un peu plus à chaque seconde qu'il vivait dans le noir. Et Hermione, elle, s'acharnait jour et nuit, aussi bien par ordre du Maître que par culpabilité. Elle qui se croyait la plus intelligente, la plus forte... Elle n'était pas capable de le sauver et elle détestait cette idée. Avachie sur une table de la bibliothèque, elle faisait face aux remontrances de Drago, qui n'avait cessé de la blâmer et la harceler depuis son réveil ce matin. Ces tirades devenaient habituelles, mais pas moins difficiles.

-Trouve quelque chose !

-Je ne peux pas faire de miracle. Tu dois... tu dois juste te montrer patient.

-Patient ? Patient ! explosa-t-il en frappant furieusement la table à laquelle il se tenait.

-Malfoy...

-Un mois ! Un mois que j'endure cette torture ignoble de Potter ! Un mois que tu te montres inutile !

-Je ne peux pas te rendre ta vue d'un coup de baguette ! dit-elle, à bout de nerf. La magie ne marche pas comme ça !

-Alors dis-moi à quoi tu peux bien servir !

-Je... J'essaie de faire de mon mieux…, bredouilla-t-elle.

-Ton mieux ? Oh, c'est vrai, mais surprise : je suis toujours aveugle ! Ton mieux n'est pas suffisant ! cria-t-il.

Granger ne trouva pas quoi répondre à ses hurlements. A vrai dire, elle ne savait plus quoi répondre depuis longtemps. Il ne serait jamais satisfait tant qu'il n'aurait pas retrouvé la vue et elle le comprenait. Elle savait qu'il avait raison. Elle n'avançait pas depuis des semaines, elle était inutile... La gorge nouée de sanglots et la tête hurlant de fatigue, Hermione soupira, essayant de clarifier un peu son esprit embrumé. Pourtant, ce son sembla horrifier Malfoy, qui se leva d'un bond, le visage tordu de colère.

-Quand je pense que mon sort repose entre les mains d'une sale Sang de Bourbe ! Pas étonnant que je sois devenu aveugle, tu n'es...

-Drago !

Le cri d'indignation de Ginny coupa le jeune homme dans son élan, qui ravala ses mots malgré lui, les joues toujours rouges de colère. Ne pouvant pas se retourner vers elle ou simplement la regarder, il resta figé, la mâchoire serrée et la tête bouillonnante de rage. Il entendit ses talons claquer sur le sol avec force, seul signe détectable de sa présence pour lui. Sa voix, dure et froide, résonna dans l'air comme un coup de fouet : elle se trouvait derrière lui.

-Vas te reposer.

-Je n'...

-C'est un ordre Malfoy !

Résigné, il ravala sa salive une seconde fois. Sans un mot et dans un silence pesant, il claqua des doigts, faisant apparaître l'elfe de maison qui lui était assigné et parti, guidé et le pas mal assuré. La porte claqua derrière lui, laissant les deux jeunes femmes seules à leur tour. Relâchant la respiration qu'elle avait retenu en apercevant l'elfe, Hermione ferma les yeux, épuisée. Ce cirque durait depuis des semaines, l'épuisant un peu plus chaque jour. Le visage enfoui dans ses mains, elle sentit Ginny s'asseoir à ses côtés mais elle ne réagit pas. Elle n'en avait pas la force.

-Je suis désolée qu'il se comporte ainsi... Il ne se rend pas compte que cela nous affecte tous.

-Oh bien sûr que si, il se rend compte ! Ginny, il est aveugle ! Il est le premier concerné par ce qui lui arrive ! Et moi, je suis là, incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider !

-Tu fais déjà beaucoup, dit-elle d'une voix qui se voulait rassurante.

-Mais ce n'est pas assez ! s'écria-t-elle à son tour en se levant, furibonde. N'essaie pas de faire comme si tu étais en mesure de me comprendre !

-C'est donc pour ça que tu le laisse te hurler dessus ? Parce que tu penses qu'il a raison, que tu mérites d'être accablée pour ce qui est arrivé ?

Sa question laissa la Gryffondor pantoise et gênée, si bien qu'elle n'y répondit pas, et baissa la tête. Sa culpabilité transparaissait à travers son silence ; aussi, parler n'était pas nécessaire. Elles le savaient toutes les deux.

-Hermione, tu n'es pas coupable.

-J'ai participé à la création de ces plantes ! J'ai aidé à les conditionner et à les rendre mortelles ! Je n'ai pas pu empêcher Drago de devenir aveugle et je suis encore incapable de lui rendre la vue ! J'estime qu'à ce stade, je suis loin d'être innocente non plus...

-Tu n'as pas à culpabiliser...

-Il risque de ne jamais retrouver la vue ! Jamais ! Une vie plongée dans le noir ! Par ma faute !

-Si cela devait arriver, alors nous serons là pour le soutenir. Il resterait le meilleur soldat du Seigneur des Ténèbres et ce, aveugle ou pas ! Il a du plomb dans la tête, il chercherait à se venger d'Harry. Je le connais, il serait insupportable, mais il ne se laisserait pas abattre complètement. Il est bien trop fier pour cela, dit-elle. Mais aujourd'hui, c'est toi qui m'inquiète.

-Tiens donc ? railla-t-elle.

-Tu ne dors presque plus depuis un mois, tu passes tes journées enfermées ici sans jamais voir la lumière du soleil ! Tu manges plus non plus, regarde-toi !

-Je ne suis pas la priorité ! C'est Drago !

-Ce n'est pas en perdant du poids et en devenant un ermite que tu arriveras à quoi que ce soit !

-Je n'ai pas le temps pour ça ! Manger, dormir, sortir...

-Vivre ! Par Merlin, Hermione, je ne te demande que de vivre ! Tu es plus pâle que la mort ! On dirait que tu vas t'écrouler à chaque instant ! Je sais que tu te sens coupable mais ce n'est pas en te laissant dépérir que tu vas lui être d'une quelconque aide ! s'énerva-t-elle.

-Je vivrais, comme tu dis, quand je me serai enfin rendu utile.

-Et Kai ?

-Ne l'utilise pas contre moi !

-Il te réclame !

-Ne crois pas que je suis heureuse d'être loin de mon fils ! Il est la seule raison pour laquelle je m'inflige tout ça, alors laisse le en dehors de cette histoire !

Ginny se tut finalement et baissa la tête, consciente que rien de ce qu'elle pourrait dire ne saurait résonner son amie. Aussi, sans un mot, elle acquiesça et se leva. Face à face, les deux femmes se regardèrent un instant avant que la rousse ne dise :

-Je te l'apporterai tout à l'heure, quand il se sera réveillé de sa sieste. Travaille bien.

Elle tourna les talons et parti, consciente que son amie se portait aussi mal que Drago à cet instant même, et qu'elle ne pouvait rien y faire. La porte claqua dans le silence de culpabilité d'Hermione, tandis qu'elle ignorait que Malfoy se trouvait derrière l'autre porte dérobée de la bibliothèque, un sortilège d'écoute lancé sur ses oreilles.


-Tu veux quoi ?!, s'exclama Voldemort, ahuri.

-Je veux accompagner Granger.

-C'est une blague, j'espère !

-Non, Maître. Je suis très sérieux, dit Malfoy, le cœur battant.

-Drago, au cas où ce petit détail t'aurait échappé, tu es aveugle ! Il est hors de question que je t'envoie en Irlande avec elle !

-Maître, avec tout le respect que je vous dois, je me permets d'insister. Il s'agit de mes yeux et une fois sur place, je pourrais garantir mes chances de retrouver la vue. La plante qu'elle recherche est fragile et trop rare ! Je ne veux pas prendre de risque.

-Comme je refuse de prendre le risque de perdre un Mangemort de plus ! Tu n'i...

-A vrai dire, Maître, intervînt Hermione, je pourrais bien avoir besoin de lui.

-Pardon ?

-Il a raison, répliqua la Gryffondor. Ses chances seraient garanties et vous n'auriez pas besoin d'envoyer Blaise avec moi. Il s'occuperait des soldats ici. De toute façon, nous ne rentrerions que dans seulement un jour ou deux. La zone de recherche est déserte, il n'y aura aucun membre de la résistance.

-Vous envoyer que tous les deux ? Suis-je le seul à avoir les idées claires ? Nous sommes en guerre et vous êtes tous les deux des recrues bien trop précieuses ! Un ancien membre de l'Ordre et un Mangemort aveugle ! Quel tableau ! C'est parfait pour passer inaperçu !

-Nous ne passerons par aucune ville, Maître. Il n'y a pas de risque, je vous assure, insista Hermione. C'est peut-être notre seule chance.

Voldemort n'aimait pas qu'on lui force la main, et certainement pas venant de son élève. La mâchoire serrée, il déglutit, loin d'être satisfait et rassuré pas leur plan. Cette idée ne lui plaisait pas, au contraire. Mais avait-il d'autre option ? Il était fatigué de tout ce cirque. La cécité de Drago contrecarrait nombre de ces plans et il pouvait presque entendre Potter hurler de rire chaque jour face à leur incapacité à la guérir. Il était temps que cela cesse.

-Bien... Vous partirez à l'aube par Portoloin. Je ne veux aucune bavure ! Pas le moindre petit imprévu ! C'est clair ?

-Oui, Maître, dirent-ils d'une seule et unique voix.


Et voîlà ! Attendez-vous à d'autres révélations dans peu de temps ! Plus une nouvelle venue dans cette dimension qui va ENORMEMENT changer de choses ! Je vous laisse avec ce suspens. Si vous pensez savoir qui arrive, laissez-moi un commentaire ! ;-) Nous verrons qui trouvera le premier ! XD Petit indice : Cette arrivée va profondément bouleverser Kaï. Alors à vous de deviner.

Je vous à tous de passer de bonnes fêtes ! Joyeux Noël ! Plein de bonne chose, vous le méritez !

A très vite ! Bizzzzeeeeeeeee