Le reste du groupe rentra dans la Grande Salle peu de temps après l'arrivée d'Hermione. Comme tous pouvaient s'en douter, ils arrivèrent bredouilles. Bredouilles mais surtout inquiets. Inquiets d'être face à une situation capable d'empirer à chaque seconde, sans avoir aucun indice, ou aucune piste à exploiter. Ils étaient sur la corde raide et avaient déjà un pied dans le vide. Sans compter qu'ils allaient devoir gérer les deux nouveaux venus. Et cela ne risquait pas d'arranger leurs affaires. Lucius et Bellatrix n'avaient pas bougé, mais perdaient peu à peu de la confiance arrogante qui les animaient.
Face à eux, des doubles, plus jeunes et plus âgés ; des soi-disant enfants ou descendants parfois eux-aussi plus âgés ; des regards familiers, rancuniers, incompréhensible à leurs yeux ignorants ; des noms de sangs purs, les leurs parfois, répondaient à d'autres sans la moindre surprise ou hésitation. Sans parler du maître. Leur maître... Ils ignoraient certes ce qui étaient arrivé mais n'arrivaient à croire ce qu'ils voyaient. Il tolérait la présence du trio d'or à ses côtés... celle de sangs de bourbe et de traîtres à leur sang... il leur parlait... les écoutait parfois même... Et eux, ses propres fidèles... étaient enchaînés. Pourtant il était toujours lui. Il était toujours le sanglant et monstrueux Voldemort... mais il ne leur avait jamais paru aussi humain. Humais et cruel. Les deux à la fois d'en des proportions démesurées ! Et cela était effrayant. Tellement plus effrayant, que son visage sans vie, et son aura de mort. Là, il respirait la force brut, l'insolence de vie, et la dangerosité qui allait avec. La lueur de son regard ne l'avait pas quitté. Au contraire. Elle n'avait jamais été aussi brillante et sanguine. Ils pouvaient le sentir... il avait changé. Quelque chose en lui avait changé. Cela était si déroutant qu'aucun des deux mangemorts ne pouvait le regarder sans s'écraser un peu plus sur sa chaise. Il les intimidait et les pétrifiait déjà par le passé mais aujourd'hui, cela en était à peine respirable. Il était là, les dominaient de sa jeunesse insolente et de sa beauté irréelle, tel un Vélane maléfique prêt à cueillir sa victime sur le point de mourir de suffocations admiratives.
La preuve... Bellatrix ne trouvait pas les mots, et avait à peine la force de parler. Chaque regard vers lui, lui donnait envie de ramper à ses pieds et d'embrasser ses bottes. Jamais elle ne l'avait autant adoré. Mais lui, il ne la regardait pas. Non. Il la survolait du regard tout au plus, un air de mépris et de lassitude sur le visage. Pourtant elle avait torturé la Sang de Bourbe pour lui ! Elle avait reproduit la mise en scène de ses crimes ! Elle n'avait jamais rien fait sans penser à lui... et lui... il l'ignorait avec une magnificence sans égale. Non, elle n'avait pas de mot. Et n'était pas certaine qu'il en existe pour décrire ce qu'elle ressentait. Cela surpassait l'admiration, la dévotion, l'adoration... c'était transcendant. Et dire que ce petit avorton l'avait réduite à ça ! Une prisonnière humiliée et défigurée ! Maudire quelqu'un ne lui avait jamais donner autant envie de vomir. Ce Kai. Il le payerait. Tôt ou tard. Il lui payerait cet affront innommable. Pas étonnant que son maître ne la regarde pas ! Il devait avoir honte d'elle pour s'être laissée battre par un gosse !
Quant à Lucius, il essayait de ne pas s'étouffer avec son propre souffle. L'idée de s'être fait battre par son fils pour une sang de bourbe lui retournait le ventre au-delà du possible et le voir, las et nonchalant devant sa position de faiblesse revivait sa rage et ses questions. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien ! Et cela l'enrageait encore plus. Mais celle qui attisait sa haine au fer rouge, c'était bien celle pour qui son fils lui avait tourné le dos. Celle qui avait survécut à ses propres sorts ! Et elle était là. Debout, face à lui, sans rien dire. Appuyée contre un siège, elle n'écoutait même pas ses amis, ses yeux bruns ancrés dans les siens, un air de défit cruel sur le visage. Ils n'avaient pas besoin de mot. Ils n'avaient besoin de rien pour comprendre. Le sang qui désaltérerait sa soif de vengeance serait le sien. Et même s'il essayait de se convaincre que jamais elle n'aurait la force de lui survivre, le doute ne l'avait jamais autant rongé. La ridicule petite miss Granger avait changé elle aussi. Si bien que désormais, elle semblait plus décidée que la mort elle-même...
- Alors on fait quoi maintenant ? Demanda Ron en passant une main sur son visage fatigué. Si la faille bouge, on n'a presque aucune chance de la retrouver.
- Restons optimistes. Dit Ginerva, en se triturant les dix doigts. On n'a pas le choix de toute manière. On doit la trouver !
- Comment ?
- On n'a attrapé que ces deux imbéciles en deux jours ! Rétorqua Magnus.
- Je suis sûr qu'on peut faire mieux. Soutînt-elle. Il... il y a forcément quelque chose qu'on a manqué ! On pourrait les refaire parler !
On entendit le cri de sursaut effrayé de Lucius face à cette idée tandis que le visage de Bellatrix se déforma, l'air pétrifiée et suppliant envers son maître. A côté d'eux, Kai s'était déjà levé, une frénésie insatiable dans le regard.
- Ils nous ont peut-être menti !
- Impossible. Soupira le Lord.
- Tu es sûr de ça ?
Voir le double plus âgé de Ginny Weasley remettre en question la parole du Seigneur des Ténèbres fit couler une sueur dans le dos des fidèles. Le regard ahurit, ils ne virent couler aucun sang pour cet affront et en furent presque plus effrayés.
- Oui. Dit-il simplement.
- C'est ridicule ! Ils doivent bien savoir quelque chose d'autre ! S'énerva-t-elle.
- On peut toujours essayer. Histoire, d'être sûr.
- La ferme Lestrange ! Cingla Jedusor.
- Peut-être qu'ils ont vu quelque chose. Dit soudain Harry à la surprise générale. Peut-être qu'eux même ne savent pas ce que c'est. Et qu'ils ne nous mentent pas.
- J'ai du mal à suivre.
- La faille pourrait avoir n'importe quelle forme, on n'en sait rien ! On tourne en rond sans savoir quoi chercher depuis des heures. Peut-être que s'ils nous racontaient ce qu'ils avaient vu en détail avant et après leur arrivée, on trouverait quelque chose. Un indice, un lien...
Sa remarque les fit réfléchir quelques instants. Cette idée était loin d'être bête, si bien que Voldemort en haussa un sourcil de surprise. De toute façon, ils n'avaient plus rien à perdre à ce stade. Le Lord déglutit avec difficulté, comme si sa propre salive lui était devenu toxique et dit, les lèvres pincées et le regard ailleurs.
- Pourquoi pas.
- Quoi ?
- Tu m'as entendu Potter, je ne le redirais pas. Et toi Kai, pose-moi cette fichue baguette ! S'énerva-t-il brusquement en voyant l'air bien trop ravi du jeune homme à la nouvelle. Personne ne torturera personne !
- Tu t'attends à ce qu'ils nous disent toute la vérité ? Demanda le vieux Drago. Je connais mon père, il ne dira rien sans une contrepartie.
- Je sais. Dit-il le regard pensif. C'est un Malfoy, je ne me fais pas d'illusion, j'ai vu son père lui enseigner tout ce qu'il sait. Quant à elle... je préférerais ne pas avoir à lui ôter ce bâillon.
- Alors quoi ?
Le Lord ne dit rien. Une à deux minutes s'écoulèrent ainsi, alors qu'il scrutait ses fidèles, conscient de leur petitesse d'esprit et de leur profonde stupidité. L'idée de Potter n'était pas bête. Il avait bien pensé à la Légimancie pour obtenir toutes les informations nécessaires mais savait qu'il ne leur faudrait que peu d'effort pour falsifier un souvenir. Il le sait bien. C'est lui qui leur avaient appris. Bien sûr, aucun d'eux ne l'égalait au point de pouvoir le tromper mais il ne voulait pas prendre de risque. Le moindre détail pouvait s'avérer crucial et il n'avait pas de temps à perdre dans les esprits dérangés et pervers de ses soldats. Il pensa alors à l'Imperium mais là encore, cette méthode ne les aiderait pas beaucoup. C'est là qu'un déclic lui vrilla l'esprit, hurlant dans sa tête telle une alarme assourdissante. Pendant plusieurs secondes, il resta figé, les yeux dans le vide, convaincu par sa théorie et son exploit certain. Il savait comment faire. Il savait. Brusquement agité il regarda autour de lui. Les deux Drago fixaient leur père, Kai sa mère, Harry et Ron soutenaient Hermione qui avaient du mal à rester debout, tandis que Blaise, Magnus, Scorpius et les deux Ginny étaient focalisés sur lui, en attente d'un plan, d'une idée. Croiser le regard de la rousse lui déclencha un frisson qu'il ignora, avant qu'il ne parle.
- Allez tous vous coucher.
- Pardon ?
- Nous n'avons pas dormi depuis presque deux jours.
- Tu veux qu'on aille se reposer ? Avec eux attachés et une faille dans le château ?!
- Cette faille restera introuvable tant que nous ne saurons pas ce que nous cherchons. Quant à eux, je m'en charge. Les cachots ne devraient pas trop les dépayser. Déclara-t-il sans leur jeter un regard.
- Et c'est tout ? S'étouffa Ginerva.
- Exactement. Demain nous saurons tout ce qu'ils ont vu avant et après leur atterrissage en terre sainte.
- Comment ?
- J'ai un plan.
- Et ?
- Et c'est tout. Dit-il d'une voix plus forte en se dirigeant vers la sortie. Je dois finir de tout préparer pour demain. Et je ne veux aucun de vous dans mes pattes.
- Mais...
- Occupez-vous d'eux avant qu'ils ne rongent leurs liens comme des rats. Je n'aimerai pas avoir leur recourir après une seconde fois.
- Ce sont tes mangemorts ! S'exclama Ron. Tu pourrais leur ordonner de rester calme ou de...
- Et risquez de voir Kai faire une crise de somnambulisme pour torturer sa mère en plein milieu de la nuit ? Je ne crois pas non. Cachots, tous les deux. Liens renforcés, sortilèges de confinement, et d'assourdissement. Compris Granger ?
La jeune femme sursauta à l'entente de son nom, et le regarda confuse. Jamais il ne s'était directement adressé à elle auparavant. Jamais, il ne l'avait appelé autrement que Vermine. Les visages des sorciers se déconfirent autant que le sien, sans parler de la crise d'hystérie qu'on put lire dans les yeux de la Lestrange.
- Heu...
- Tu as permis à Potter de m'échapper pendant 6 mois. Déclara-t-il agacé devant sa perplexité. Je doute que quelques sorts de confinement te dérangent. Ne laisse rien de tranchant dans la cellule, Bella s'est déjà ouvert les veines pour tenter d'invoquer une magie du sang à Azakaban. Et enfermez leurs baguettes. Je ne veux aucune bavure.
- Pour qui te prends ? Demanda Harry subitement énervé. On n'est pas tes larbins !
- Plus ou moins Potter. Je suis celui qui a un plan. Et vous êtes ceux qui vont me permettre de me reposer et de finir de le réaliser.
- Mais...
- Ah, et une dernière chose ! S'exclama-t-il soudainement avant de partir. Essayez de les garder en vie. Ça vaut surtout pour toi Lestrange !
Il pointa Kai du bout du doigt, un air menaçant sur le visage, avant de claquer le lourd panneau de bois qui se referma derrière lui. Un silence résonna dans l'écho, avant que les sorciers ne se tournent vers leurs otages. Personne ne dit mot avant que ce ne soit Hermione qui prenne les choses en main.
- Il a raison. On est tous exténué. Je... je vais les enfermer.
- Attend ! S'exclama Ron. Tu... tu n'es obligé de le faire parce que Voldemort te l'a demandé. Tu tiens à peine debout, on peut le faire à ta place.
Ses intentions étaient bonnes, mais la jeune femme refusa d'un mouvement de tête fatigué. Oui, elle ne sentait plus ses jambes. Oui, elle rêvait de s'engouffrer dans une éternité de sommeil, et oublier tout ce qu'elle avait endurer. Mais, non. C'était à elle de les enfermer. Le Maître savait pertinemment qu'elle était la plus compétente pour ce genre de sort, mais savait aussi que le désir de vengeance la rongeait. Il l'avait vu dans ses yeux, à l'instant même où elle avait passé la porte. Et il lui laissait une chance. Elle n'allait pas la laisser passer.
- Je te remercie mais je vais bien. Si quelqu'un doit enfermer Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange, je veux que ce soit moi.
- Tu es sûr ? demanda Ginny.
Son amie lui sourit. Un sourire confiant et avenant, remplit d'un bonheur rassurant auquel plus personne ne croyait ici.
- Je t'assure.
Son ton était imperméable, fort et irrévocable. Aussi ni Ron, ni sa sœur ne batailla. Inquiets, ils lui sourirent une dernière fois avant de tourner les talons, suivit du reste des Sorciers, qui quittèrent en silence la Grande Salle. Le futur Drago s'attarda longtemps sur la jeune femme, incapable de se décider. Il ne voulait pas la laisser seule avec ces monstres, pas plus que Scorpius et Kai, qui ne bougèrent pas eux aussi. Elle aurait voulu les envoyer dans leur chambre, manger et dormir, mais compris à leurs regards qu'ils n'en feraient rien. Aucun des trois hommes devant elle n'allaient la laisser. Et d'une certaine manière, malgré sa grimace, cela la rassurait un peu.
- Les garçons...
- N'y pense même pas. Coupa Scorpius.
- C'est hors de question.
- Je peux me débrouiller toute seule.
- Bien sûr. Dit Drago. Mais pourquoi s'amuser seule ?...
Son pas feutré résonna contre le tapis, tandis qu'il ôtait d'un geste rageur les baillons de son père et sa tante. C'est sans surprise que la Lestrange tenta vainement de le mordre.
-... Quand on peut le faire en famille.
- C'est donc lui. Lucius Malfoy. Commenta Scorpius face à son grand-père, tout en ignorant la flopée d'insultes que commença à déverser Bellatrix dans un torrent de bave ensanglantée.
- Qui es-tu toi ? Qui êtes-vous tous !? S'affola-t-il. Tu... vous...
- Je suis ton fils pauvre fou. Tout du moins, je le serais. Et bien que j'espérasse que ce jour n'arrive jamais, je te présente mon propre fils. Scorpius. Ton petit-fils.
Si cette déclaration fit éclater d'un rire insupportable Bellatrix, elle moucha Malfoy qui ne trouva rien à répondre. A vrai dire, il doutait qu'on puisse dire quoi que ce soit face à une telle déclaration. Il les dévisagea muet, la bouche ouverte et le regard vitreux, ses yeux passant de l'un à l'autre dans un mouvement saccadé, mais ne dit rien, ; avant que brusquement, Hermione ne frappe si violemment Bellatrix au visage qu'une dent ne saute de sa mâchoire. Son rire cessa, et jamais le son du silence ne fut si merveilleux. Kai, lui, avait envie d'applaudir devant la beauté d'un tel geste.
- C'est... c'est impossible ! Vous ne... c'est...
- Avant que vous ne commenciez à parler pour rien, chose qui risque très fortement d'arriver et de nous énerver, autant être clair. Nous ne sommes pas de la même époque, mon père, Kai et moi venons d'un futur très différent de votre temps. Et si nous sommes tous ici, aussi bien passé et futur, c'est parce qu'une force spatio-temporelle nous y oblige.
- Et si vous, vous êtes là, c'est à cause d'une faille temporelle. Rien de plus.
- Vous ne savez vraiment plus rien inventer, ne les écoute pas ! S'exclama Bellatrix.
- Oh tu crois ça ? Dit Hermione d'un ton amusé. Pourtant c'est bien ton maître que tu as vu me confier une mission.
Cette réplique souffla la Lestrange, telle une gifle envoyée en pleine figure. Très vite elle redevînt rose de colère, outrée et enragée par un tel affront, mais la jeune sorcière ne bougea pas face à elle. Au contraire, un fin sourire s'étira sur ses lèvres abîmées.
- Toi... bredouilla-t-elle en se débattant violemment sur sa chaise.
- Bella la ferme ! Hurla Lucius complètement désorienté.
Mais elle n'eut pas à la faire. Le second coup porté par la Gryffondor lui fit cracher une seconde dent.
- Attendez... balbutia le père Malfoy hystérique. Si... si tu es.. alors... je veux dire.. qui ...
- Le Drago qui t'a mis une raclée est une version plus jeune de moi. Il vient de la même époque qu'Hermione et toi.
- Mais lui...
- Scorpius vient de la mienne, comme tout Kai. Répéta-t-il agacé par la lenteur d'esprit de son paternel.
C'est là que pour la première fois on vit une Bellatrix Lestrange cesser de se tortiller comme un vers dans une pomme. Brusquement silencieuse, des bouts de gencives encore collés à sa langue, elle regarda le jeune homme, un profond choc ancré sur le visage. Dans son esprit embrumé et dégénéré, quelque chose venait de se passer. Une réalisation soudaine ; une compréhension de toutes les brides incompréhensibles qu'elle avait entendue ; qui lui ôtèrent les mots de la bouche et la firent pâlir. Elle ne battait même plus des cils. Ses gros yeux gonflés restaient fixés sur lui.
- Le... le maître à dit que... Mais tu... tu... tu es un Lestrange.
On sentit la tension courir dans les épaules de Kai, si bien que son regard se détourna aussitôt pour se porter sur Hermione. Une multitude de pensée l'assaillirent. Il n'aurait jamais cru voir sa génitrice face à sa seule véritable mère. Il n'aurait jamais cru avoir à confirmer une telle supposition. Il n'aurait jamais imaginé à quel point la rage serait dur à avaler, et à ne pas vomir. Ses poings fermés par inconscience tremblaient contre lui, d'une force brute et effrayante. Seule la main réconfortante d'Hermione sur son bras lui permettait de garder les pieds fixés au sol… le gardait un minimum lucide.
- Tu es un Lestrange ! S'écria-t-elle plus fort avant de devenir encore plus hystérique. Tu es un Lestrange et tu... tu as osé ! Tu as osé m'humilier de la sorte ! Moi ! Pour la sauver elle ! Une Sang de Bourbe ! Tu l'as sauvé elle contre moi ! Un membre de ta famille ! De ta lignée ! Tu as sali notre sang !
- Vous l'avez tous fait... Murmura Lucius à son tour. Mon fils l'a préféré à moi, son père. Et toi ! S'écria-t-il en désignant son fils plus âgé. Tu... tu n'as rien fait ! Tu me laisses prisonnier !
- Dans mon temps tu es mort. Cingla-t-il. Et j'en suis bien heureux.
- Qu... quoi... mais, et ta mère ?!
- Vivante, aimante et plus libre et épanouie que jamais.
- Elle ne t'aurais jamais laisser renier ton père petit imbécile ! Je ne l'aurai jamais laissé faire ! Hurla la Lestrange.
- Là est toute la beauté de la chose. Tu es morte toi aussi. Dit Kai.
Son visage se décomposa si brusquement qu'on crut que ses joues allaient tomber par terre. Pourtant le sourire radieux du jeune Lestrange réussit à éblouir la Salle. Personne n'était plus heureux que lui de voir une telle réaction.
- Tu mens ! Répliqua-t-elle soudainement. Personne ! Personne au monde ne pourrait...
- J'étais là. Dit-il simplement.
- Non ! Non ! Je ne peux pas ! Tu Mens ! Tu n'es qu'un sale traître, le maître te fera payer ! Tu mens !
- Oh mais rassures-toi... c'est moi qui t'ai tué.
Si le choc fit de nouveau échouer sa bouche jusqu'à ses bottes, un air de dégoût surpassa la surprise.
- Non... tu n'aurais pas osé. Tu.. es un Lestrange ! Robulus t'aurais tué ! Vociféra-t-elle.
- Raté, il est mort aussi.
- Le maître t'aurait pourchassé ! S'indigna Lucius.
- Manqué encore. Je suis à son service.
La détresse et l'horreur que l'on lut sur le visage de Bellatrix surpassa tous les plaisirs du monde aux yeux de son fils. Voir sa mère réaliser le mépris que lui portait le monde, son maître et un "membre" de sa propre famille, n'avait pas de prix. C'était exquis. Divin.
- Ne vous attendez pas à grand-chose d'autre. Dit Scorpius. Pour nous, vous n'êtes que des fantômes encombrants. Pour eux, vous n'êtes seulement pas encore mort. Et ce n'est même pas un choix de leur part.
- Le.. le maître...
- Vous ne valez rien de lui ! S'écria Hermione brusquement, les faisant tous sursauter. Vous... vous n'êtes rien. Vous ne savez rien. Il vous méprise ! Vous ne représentez que des outils, des jouets et des esclaves ! Vous ne savez pas ce qu'est le vrai pouvoir. Vous ne savez que rampez devant plus fort que vous et finirez votre vie en rampant, exactement comme vous l'avez commencé ! Vous ne représentez rien… Votre sang, ne vaut rien.
- Comment peut-tu ose parler ! Immonde Sang de bourbe tu...
- Un Sang de bourbe qui coule dans le mien.
Tous les visages se tournèrent vers Scorpius tandis qu'on entendit Lucius et Bellatrix s'étouffer avec leurs salives. Cette fois, c'était lui l'enragé.
- N... n...no...
- Tu as bien entendu. Claqua-t-il. Aussi bien dans mon sang...
- Non !
- ...que celui de ma sœur !
- La ferme !
- Je peux continuer longtemps, y a toute une liste ! S'affola-t-il de plus en plus menaçant.
- Scorpius calme toi. Intima son père.
- Pourquoi ?! Cet homme est la pire des ordures !
- C'est vrai. Appuya Kai. Narcissa elle-même l'a toujours dit. Le voir mourir l'a fait renaître.
- Comment oses-tu parler de ma sœur sale traître ?!
- Ne me pousse pas à bout. Menaça-t-il.
- Non ! Non ! Je refuse ! Je refuse de croire que mon fils a pu s'accoupler avec une...
Mais les bons conseils de Drago ne s'appliquèrent pas lui-même. Le Doloris parti tout seul, d'une facilité et d'une vitesse surréaliste si bien qu'on entendit son père hurler presque avant le nom du sortilège. Sa chaise trembla sous ses agitations, enfonçant ses pieds dans le tapis déjà tâché de sang.
- Ose finir ta phrase.
Malgré son envie évidente il ne put rien répondre, la mâchoire presque déboîtée par ses propres cris, et le corps parcouru de spasmes incontrôlables.
- Tu fais honte à notre sang. Cracha Bellatrix. Le maître n'aurait jamais cautionné cette union ! C'est hérésie !
- Tu ignores de ce que le maître cautionne ou non. Et au cas où tu l'aurais oublié, tu as presque trente ans de retard.
Elle regarda Kai, les yeux froncés, avant de brusquement rire de nouveau.
- Cette fois je sais que tu mens ! S'écria-t-elle. Je sais que tu mens ! Tu mens !
- Tien donc ?
- Tu n'as pas trente ans ! S'égosilla-t-elle. Tu ne peux pas m'avoir tué ! Tu n'es qu'un bébé ! Un bébé sorcier ! Et tu mens !
Les œillades entre les cousins se firent soudainement plus tendues. On vit les poings de Kai se serrer davantage, laissant apparaître des veines épaisses et bleutées, reliées à ses jointures.
- Tu mens ! Tu mens !
Sa litanie semblait sans fin, et la main d'Hermione se resserra sur le bras de son fils. Alors que les secondes s'écoulaient dans ses cris d'hystérie, un simple sourire naquît sur ses lèvres. Il avait fini de jouer.
- Tu te trompes.
- Non ! Non ! Tu mens ! Tu ne peux pas avoir trente ans !
- C'est vrai. J'en ai 26. Et je ne mens pas.
- C'est impossible !
- Tu crois ça ? Dit-il en riant.
Son rire s'intensifia dans un raclement nasale écœurant, qui se perdit dans d'autres cris hilares. Elle était ridicule et même Lucius en vain à la souhaiter morte à cet instant.
- Réfléchis. Dit-il. Après 26 ans, je serai déçu de réaliser que tu es plus bête que tu en as l'air.
Elle rigola encore pendant une dizaine de secondes, incapable de se calmer avant de brusquement le regarder. Non pas comme s'il était un parasite. Mais elle le détailla. S'en suivit un froncement de sourcil, puis deux. Un tic agita ses joues, sa langue trembla entre ses lèvres d'un air distrait, et ses fossettes se creusèrent brutalement quand la réalité la frappa de plein fouet. Elle ne dit plus rien, ni ne bougea. Son corps se pétrifia d'un coup, ne ressemblant plus qu'à un pantin mou. Son visage devînt vide de toute expression et son souffle s'arrêta dans sa gorge, frappé par l'horreur. Lucius, qui les suivit du regard, comprit à son tour. C'est fut bien le seul en mesure de parler devant la scène.
- Tu... tu es...
- Son fils. Trancha-t-il en grimaçant.
Ces mots lui brûlaient la langue et sur sa peau, la main d'Hermione se réchauffa.
- Mais... mais c'est...
- Bellatrix Lestrange est morte abandonnée dans les bois, après s'être faite torturée par L'ordre et avoir accouché d'un enfant dont elle ignorait l'existence jusqu'à sa naissance. Dit Drago impassible. L'enfant à survécut. Nous l'avons élevé.
- C... c'est... c'est im...
Mais aucun son ne parvînt à sortir de la bouche de la sorcière. Pas un seul. Tous restaient coincés quelque part, entre sa gorge ou sa langue, pour aller se perdre dans son gosier et mourir étouffés. Elle ne savait pas quoi dire, et ne pouvait que le fixer. Sous tous les angles, comme une statue. Elle n'y croyait pas. Non. Ce n'était pas concevable.
- Ne t'en fais pas. Cela ne change rien. Dit-il alors en souriant d'une façon étrangement semblable qui la fit déglutir. Je tiendrai ma promesse.
- K..
- Ne t'avise même pas de dire mon nom. Claqua-t-il.
- Mai...
- C'est inutile. La mort et moi, on s'impatiente. On a hâte de te voir mourir.
Ginny regarda la porte en bois massif s'élever devant elle. Une sueur froide colla son t-shirt à sa peau. A croire que sa porte était aussi intimidante que lui. Aussi, la jeune Weasley ne savait pas trop ce qu'elle faisait là, à attendre depuis déjà une dizaine de minute dans le couloir le plus sombre du château. Il y a près d'une heure qu'Hermione était rentrée épuisée dans leur chambre, le regard vide et le visage livide. D'après ces dires, ils avaient mis les mangemort au courant de la situation globale qu'ils subissaient tous ici, incluant leurs liens de parenté. Kai avait eu du mal à résister à ses pulsions face à sa mère, mais n'avait tué personne ; ce qui était un progrès. Les amener aux cahots sans les jeter dans l'escalier leur avaient, là aussi, demander la plus grande des volontés, mais ils y étaient parvenus sans encombre. Apparemment, apprendre qu'elle allait avoir fils avait plongé Bellatrix dans un état catatonique profond. Une loque à peine vivante sur sa chaise, voilà ce qui reposait face contre terre dans les cachots du château. Quant à Lucius, il n'y avait pas grand-chose à dire dessus. Ses cris d'indignations avaient été étouffé d'un bâillon bien placé. Ginny avait regardé son amie avec inquiétude. A voir son état de fatigue Hermione n'avait pas lésiné sur le nombre de sort d'immobilisation, de silence et d'enfermement. Aussi, elle la vit s'écrouler de fatigue sur son lit, à peine consciente. Son corps, sa magie et ses forces étaient à bout. Il lui avait fallu une bonne vingtaine de minutes avant de finir de changer ses bandages salit d'un sang étrangement noirâtre, et de faire baisser sa température. Il allait falloir qu'elle se repose si elle ne voulait pas refaire une rechute. Le poison était peut-être neutralisé par la magie des lieux, mais il courait toujours dans ses veines. Dans un soupir Ginny s'était donc retrouvée seule dans sa chambre, à écouter le silence ponctué par la lourde respiration de son amie malade. Aussi, elle ne savait pas qu'elle idée lui était passée par la tête. Elle ne savait pas qu'elle énergie avait fait avancer ses jambes jusque dans les entrailles du château. Elle ne savait pas pourquoi elle avait veillé à ne pas être vu par ses amis. Elle ne savait pas pourquoi son cœur battait plus fort, à la vue de cette imposante porte en chêne finement ciselée. Et pourtant, elle était là. Devant l'entrée des appartements privés du Seigneur des Ténèbres.
Ses mains moites tremblaient l'une contre l'autre, alors qu'elles trituraient la couture de son haut. Jamais elle n'était venue ici ; à vrai dire, personne à par Voldemort n'était jamais venu ici. Et c'était logique, c'était évident, voir stupide de simplicité. Personne n'irait jamais voir Voldemort par simple envie. Personne ! Et pourtant elle était là. Car au fond de son ventre, elle pouvait le sentir. Ce trou béant qui lui rongeait les entrailles de l'intérieur et qui lui suppliait de le combler. Le temps était passé vite pendant ces dernières 48 heures. Entre la disparition d'Hermione, les découvertes sur l'Esprit, la faille, les Mangemorts... Personne n'avait vu le temps passer et pourtant, ce n'était pas son cas. Chaque seconde passée à faire comme si elle ne ressentait pas de frissons à sa vue lui avait coûté plus d'efforts que de courir à travers tout le château à la recherche d'Hermione. Elle avait tenté de l'ignorer, de faire comme si de rien n'était, de ne pas le regarder, de ne pas l'écouter, de ne pas le chercher du regard mais c'était peine perdue d'avance. A chaque fois qu'il était là, elle pouvait le sentir. Lui, eux, leur connexion indéfinissable, leur tension constante, leurs frissons communs, leurs regards, leurs souvenirs... ils savaient que nier était inutile. Tout comme Ginny savait pertinemment que Voldemort l'attendait derrière sa porte. Ils se ressentaient l'un l'autre. C'est comme si elle le percevait derrière le panneau de bois, debout, frémissant et curieux, en attente de son prochain geste. Aussi, elle eut du mal à bouger sans trembler. C'était comme être épié de l'intérieur. Elle se savait observer avec une attention toute particulière. Une attention que Voldemort aimerait ne pas lui accorder, mais qui lui était tout dédiée malgré ses efforts les plus dévoués.
Alors que sa main se posait sur la porte, elle prit une grande inspiration. Elle ne savait pas si elle devait frapper, ou entrer ou tout bonnement se retirer et ne jamais revenir ; pourtant elle n'eut pas à choisir parmi ces choix. Avant même qu'elle n'esquive le moindre geste, le bois s'échappa devant elle à l'ouverture de la porte. Voldemort lui faisait face, plus grand, imposant, intimidant et puissant que jamais. Son aura l'étouffa dès le premier regard, enserrant sa gorge et retournant son cœur dans sa poitrine. L'étincelle de sang qui brillant dans ses yeux fit rosir ses joues. Elle semblait lui scanner le fond de l'âme.
- Qu'est-ce que tu veux ?
Sa voix était dure, froide, et se voulait distante. Elle comprit pourquoi. Elle comprit ce qu'il essayait de faire. Mais là encore, tous deux savaient que cette méthode ne fonctionnerait pas. Malgré ça, elle fit tout comme, et baissa les yeux.
- Hermione est rentrée. J'ai... j'ai supposé que tu aimerais savoir que tes mangemorts sont dans les cachots.
- A-t-elle respectée mes consignes ?
- Un peu trop même ! Elle était épuisée.
- Bien.
Malgré son indignation face à une telle ingratitude, Ginny fut rapidement distraite par le bouillonnement frénétique et la fumée dans son dos. Une odeur de vieux cuivre et de plante s'échappait de l'antre si soigneusement gardé par son maître, aussi elle haussa un sourcil. Un tic que Voldemort fit semblant de ne pas voir.
- Tu... prépares ton plan, j'imagine.
- Cela ne te concerne en rien. Dit-il agressif. Pars !
Elle voulut répondre mais se mordit la gencive pour ne pas céder à sa fierté. Il voulait instaurer une distance, se détacher, se montrer plus fière que dépendant. Elle comprenait. Qui était-elle pour le juger alors qu'il essayait de lutter autant qu'elle ? Elle ne dit rien, garda le regard fixe et tourna les talons, essayant par la même occasion de ne pas hurler sous l'effet de la douleur que cette gifle mentale lui provoquait. Elle avait mal, sentait son ventre se tordre, sa peau s'arracher, et son corps s'incendier, mais avança. Chacun de ses pieds semblait peser une tonne, rendant sa fuite atrocement lente à ses yeux. Elle aurait voulu courir loin de lui, mais craignait que cela ne la tue sur le coup. Tout comme lui n'arrivait pas à claquer la porte derrière lui, pour la laisser seule dans le couloir de sa chambre.
- Passe le bonsoir à Lestrange ! Claqua-t-il dans le vent.
Sa réplique la fit se retourner plus vite qu'elle ne l'aurait voulu, et elle se surprit à le voir à peine deux mètres d'elle. Elle qui aurait cru le voir à une centaine de mètres vu la douleur de son ventre. Elle le regarda sans comprendre, les sourcils froncés avant de le voir refermer la porte, le visage dur. Trop dur. Trop marqué... trop en colère. L'évidence lui sauta à la gorge avant qu'il n'ait le temps d'abaisser la poignée.
- Tu es jaloux ?!
Sa voix se perdit dans le couloir et résonna contre sa porte ; pourtant, la poignée n'était toujours pas baissée. Entendre cette accusation le fit propulser le panneau de bois contre le mur dans un bruit de gonds grinçant. Jamais on n'avait vu le Seigneur de Ténèbres si outré face à une Weasley.
- Excuse-moi ?! S'écria-t-il.
- Tu es jaloux.
Ce n'était même plus une question, mais une évidence certaine. Le Seigneur des Ténèbres était jaloux. Jaloux de Kai. Jaloux d'elle et de Kai.
- Comment ose-tu m'accuser d'une telle chose que de jalousie ? C'est ridicule !
- Tu mens.
- Prend garde à tes mots, petite idiote ! Tu n'es pas en terre conquise ici.
C'était surréaliste, impensable, inconcevable. Voldemort était jaloux. Mais il n'y avait aucune raison à ça. Kai était son futur filleul, son futur neveu de cœur, presque un second fils pour elle. Il n'était pas une menace, un danger, ou même une possibilité. Il n'était que Kai. Ils n'étaient que Kai et Ginny. Et pourtant elle pouvait le lire clairement dans le regard de son maître, c'était déjà trop. Même ces menaces n'avaient pas la même saveur. Et puis, elle ne serait pas venue si elle s'était sue en danger. A vrai dire, être près de lui, était à n'en pas douter l'endroit le plus sûr au monde.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle innocemment en ignorant ces derniers mots. Kai est mon ami.
Il eut du mal à décrocher les mots de son palais sans sourire de frustration, comme s'il refusait d'admettre leur existence.
- Un très bon ami de toute évidence. Déclara-t-il un rictus sur le visage. Mais épargne-moi les détails tu veux, j'ai des choses à penser bien plus importantes que toi.
Une deuxième gifle, un ventre éventré et le souffle coupé. Mais Ginny n'abandonna pas pour autant. La colère commençait déjà à lui faire tourner la tête.
- Il a dû affronter sa véritable mère aujourd'hui ! Le moindre que je pouvais faire c'était l'aider à traverser cette épreuve ! C'est mon filleul !
- Ça ne m'intéresse aucunement Ginerva. Ni tes états d'âmes, ni ceux de Malakaï !
- Alors pourquoi te comporter ainsi si ça t'est vraiment égal ?
- Je n'ai à me justifier de rien devant toi ! S'emporta-t-il en s'approchant d'elle, baguette en main.
- Ni moi devant toi ! Répondit-elle avec hargne.
Il voulut la contredire mais se retînt de justesse. Au fond, elle avait raison, mais cette vérité lui arrachait les dents.
- Ne me pousse pas à bout.
Son ton était bas, menaçant et surement effrayant mais Ginny ne ressenti que la lutte qu'il menait contre lui-même. Il semblait sur le point d'exploser de l'intérieur, et elle aussi. Mais elle ravala sa peine et son orgueil. Il valait mieux que cela se passe ainsi entre eux.
- Je n'aurais pas dû venir. Dit-elle à voix basse.
Elle vit sa mâchoire se contracter, son regard se tendre et son poing se serrer contre sa robe de sorcier. Il ne dit rien, et elle se détourna, essayant de toutes ses forces de ne pas céder à l'enivrement de son parfum, à la force que dégageait son corps et la tension de ses muscles sous sa chemise. Elle voulait s'éloigner de lui. Elle voulait retrouver ses esprits. Elle voulait reprendre le contrôle de sa vie bien qu'elle doutait que cela soit un jour possible. Pourtant elle avança. Chaque pas ressemblait à une victoire. Mais pas une belle victoire. Non. Une victoire de guerre. Une victoire de sang. Et comme toujours, il s'agissait du sien qui coulait. Elle se sentait saigner de l'intérieur mais ne dit rien. Et avança. Elle réussit à atteindre le bout de couloir, plongée dans un silence presque macabre, avant de brusquement se sentir plaquée contre un mur. La pierre lui rappa méchamment le dos mais elle s'en rendit à peine compte. La main de Voldemort s'accrochait à son bras tel les serres d'un rapace, tandis que l'autre s'agrippait à sa gorge. Son souffle se coupa sous l'effet de la surprise, alors que son corps frissonnait déjà sous son touché. Elle vit ses yeux s'assombrirent de colère alors qu'il resserrait sa force sur sa gorge.
- Je t'interdis de te détourner de moi ! Dit-il en une étrange ferveur.
Elle chercha à parler mais ne put que gazouiller malgré ses efforts. L'air lui manquait et déjà ses joues se coloraient.
- Je t'interdis de détourner de moi tu m'entends ! S'écria-t-il sans se rendre compte de sa subite force. Je te l'interdis !
Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'il ne réalise qu'elle ne pourrait pas lui répondre. Sans ménagement il la lâcha de toute sa hauteur, la laissant s'écraser sur le sol en pierre dans une inspiration désespérée, le visage écarlate et le front en sueur. Il n'osa pas la regarder au sol, et passa une main dans ses cheveux ébènes. C'était étrange de voir le Seigneur des Ténèbres presque mal à l'aise, à la limite de la perte de contrôle de lui-même. De toute évidence, il ne s'était pas attendu à sa propre réaction, et il détestait ça. Ginny eut du mal à respirer pendant de longues secondes et se releva en s'accrochant au mur, une main plaquée sur sa gorge où des traces vermillon apparaissaient déjà. Elle le regarda sévèrement et déglutit. La brûlure de sa gorge lui sembla à peine existante comparée à celle de sa peau où ses mains s'étaient posées. A choisir, elle aurait presque préféré mourir étouffé que le voir se détacher d'elle. Et cette évidence fit rosir ses joues, non pas de colère ou d'asphyxie, mais de honte.
- Pars. Ça vaut mieux. Tonna-t-il gravement, les yeux écarquillés sur le vide. Pars ! Et ne reviens pas.
Ces mots la blessèrent plus que sa main l'empêchant de respirer. Dans un soupir à moitié toussé, elle baissa les yeux, et chercha à rejoindre l'extrémité du couloir avant de s'arrêter d'elle-même. A mi-chemin entre lui et la sortie, son cœur battit avec force dans sa poitrine. Ils étaient véritablement incorrigibles. Jamais ce combat ne semblerait capable de s'achever. Ils étaient tous les deux trop fières, trop enchaînés l'un à l'autre, trop féroces. Ils ne pourraient pas s'entendre, ils ne pourraient pas se dompter... et d'une certaine façon elle avait l'impression que cette incompatibilité entre l'eux l'arrangeait. Pas elle, mais lui. Cela lui donnait une raison de résister. Se dire que quelque chose ne peut pas marcher est bien plus facile à faire, que de lutter pour celle-ci. Et cette démarche de sa part, cette excuse lâchement utilisée la fit voir rouge. Kai n'était qu'une excuse, un support de jalousie pour l'éloigner de lui. Une vague tentative. Il était ridicule. Il était lâche. Et elle n'allait certainement pas lui faire le plaisir de laisser abandonner. Il pouvait se berner autant qu'il le voulait, elle ne lui ferait pas ce cadeau.
- Non. Dit-elle brusquement d'une voix enrouée en se retournant vers lui.
Même s'il était de dos, elle put percevoir le choc de sa déclaration se répercuter dans son corps. Il frémit.
- Pardon ?
- Je ne te laisserais pas faire ça.
- Quoi ?!
- Ça ! Tu me rejettes ! Ensuite tu me rattrapes ! Et tu me rejettes encore ! S'exclama-t-elle en mimant presque la scène de ses mains gesticulant dans l'air. Tu penses pouvoir me faire peur, m'effrayer, ou même me traumatiser en risquant de me tuer ! Mais sache que jamais ça ne marchera, pour la simple et bonne raison que tu as déjà réussie !
- Je ne vois pas de quoi...
- J'ai grandi au beau milieu de la blessure que tu as infligé à ce monde ! Je suis déjà l'une de tes victimes ! Essayer de me faire mal est tout simplement inutile ! Je sais que tu préférerais être enchaîné à un chien à trois têtes plutôt qu'à moi, je sais que cette malédiction nous pourrie la vie, mais par pitié, arrête ! Arrête d'empirer les choses juste en croyant pouvoir les arranger. Tu n'arranges rien ! Ni pour toi, ni pour moi !
- Alors quoi ?! S'exclama-t-il furibond en lui faisant face. Puisque tu sembles être une experte sur la question, vas-y ! Trouve nous une solution ! Trouve un moyen pour que je n'ai pas envie de m'éventrer à chaque fois que je ne te sens pas dans les parages ; pour que je ne veuille pas me crever les yeux quand je vois que toi, tu me regarde pas ; pour que je ne souhaite pas m'arracher chaque parcelle de peau quand tu es proche de moi ; pour que je ne veuille pas affliger les pires outrages à Lestrange quand je te vois lui tenir la main ; pour que je ne cherche pas à me retrouver seul avec toi ; pour que je n'ai pas l'impression de devenir tout simplement fou... vas-y ! Trouve moi une solution pour arrêter tout ça !
Ginny ne dit rien, incapable de lui répondre quelque chose qu'il voudrait véritablement entendre. Mais pour la première fois depuis l'annonce de son futur, elle comprit enfin. Elle comprit pourquoi dans un futur proche, elle finirait par quitter sa famille, renier ses valeurs, ses amis, sa vie et tous les principes qui l'auraient construite. Pour la simple et bonne raison que lui, ne pourrait jamais le faire. Pas même pour elle, pas même si cela lui permettait de mettre un terme à cette torture sans fin. Cela dépassait le stade de l'orgueil ou de la fierté, c'était autre chose. Il ne pouvait pas s'autoriser de céder sans perdre ce qui faisait de lui le Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, le Mage Noir par excellence. Sans perdre ce qui faisait de lui l'homme, qui au fond, elle ne pouvait s'empêcher d'... Non ! Elle ne voulait pas suivre le fil de sa pensée. Elle ne voulait pas s'autoriser à imaginer ce simple mot entre eux, qui changerait tout dans sa vie. Elle n'était pas prête, pas encore. Pas quand elle s'apprêtait à se sacrifier pour les sauver tous les deux.
Il n'y avait pas de solution si ce n'est l'acceptation. Elle le savait. C'était ce qu'elle ferait, un jour dans le futur, quand Voldemort la libérerait de son emprise. Elle reviendrait auprès de lui. Elle céderait pour qu'il n'ait pas à le faire. Car si le futur lui avait appris et prouvé quelque chose, c'est qu'il aurait été prêt à vivre sans elle. Même si cela signifiait souffrir le martyr et ne jamais être véritablement combler. Il était prêt à endurer tout cela, pour ne pas céder à leur malédiction, pour ne pas quitter tout ce qu'il avait construit et durement gagner tout au long de sa vie. Mais elle ? Elle n'était pas prête à faire une telle chose, à vivre un tel avenir. Sans lui ? Avec une telle douleur dans le ventre, un tel désespoir dans l'âme ? Autant se pendre de suite ! Non. Elle ne pouvait pas. Pas maintenant qu'elle avait goûté à ses bras. A ses lèvres. A son corps. A lui... Elle savait qu'ils étaient tous les deux très différents. Qu'ils avaient un seuil d'endurance, là aussi très différent, mais elle le savait d'avance. Elle allait perdre. Elle ne pouvait pas continuer à jouer au chat et à la souris, surtout sachant que lui serait prêt à y jouer le reste de sa vie, attendant qu'elle craque la première. Il ne sacrifierait pas sa vie pour elle. Mais elle oui. Elle était prête à se sacrifier pour qu'il n'ait pas le faire. Elle pouvait endurer ça pour eux deux ; mais pas la distance, pas la souffrance, pas la malédiction. Sa version plus âgée avait toujours su qu'elle finirait par craquer. Ginerva savait, car elle savait par quoi elle était passée avant de devenir la Dark Lady. Avant d'embrasser cet avenir. Sa famille et ses proches ont pensé qu'elle ruinait sa vie, alors qu'en fait elle se sauvait d'une mort certaine, et misérable.
Voilà ce que Ginny réalisa, face à lui dans ce couloir sombre : il était son seul avenir. Sans lui, rien ne valait la peine de vivre. Pas la guerre, pas le bien ou le mal, pas sa famille, ses proches, rien ! C'était triste, c'était pitoyable même, mais sans cela son sacrifice n'aurait lui non plus, pas valut la peine. Son cœur s'accéléra dans sa poitrine. Elle avait peur. Par Merlin, elle mourait de peur. Elle avait l'impression d'être face à une falaise. Lui, son maître était la seule échappatoire au-dessus du vide. En bas, sa vie toute entière l'attendait les bras ouverts. Là était l'horreur de la situation. Même si elle décidait de sauter retrouver sa vie d'avant, la chute allait la tuer. Sauter loin de son maître allait la tuer. Lui, était capable de vivre ainsi, sans elle, loin de toute joie, de tout bonheur, de tout sentiment d'amour. Il avait déjà vécu dans la douleur permanente, parfois incarnant lui-même l'horreur de cette souffrance sans nom. Il pouvait supporter une vie sans elle ; mais elle, refusait qu'il le fasse. Elle refusait de souffrir par fierté. Refusait de sauter dans le vide si ce n'était pas avec lui. Refusait de voir un jour sa vie se construire sans jamais ressentir de nouveau ce frisson tarauder sa peau ; sans jamais sentir de nouveau ses lèvres sur elle, de voir la tension dans son regard... Elle ne pouvait pas l'envisager. Elle refusait de l'envisager.
Voldemort la fixa pendant ce qui lui sembla être une éternité. Peut-être même deux. Elle ne savait plus. Tout ce dont Ginny était certaine c'était qu'elle s'était perdue dans l'étincelle rouge de son regard et qu'au fond d'elle, un barrage venait de céder, déversant dans son être un torrent de sentiments. Tantôt passionnés, tristes ou contradictoires, tous la menaient vers une seule et unique chose : lui. Elle allait sûrement douter demain, craindre pour le reste de sa vie, mais à cet instant, à cet unique instant, elle était confiante. Elle était certaine de sa décision. Certaine, pour la première fois de sa vie, de faire le bon choix.
- Dis-moi ! Dit-il avec force tout en la sortant brusquement de ses pensées. Dis-moi comment faire ?
- Tu n'as rien à faire... murmura-t-elle.
- Quoi ?
- Non... non tu n'as rien à faire ! S'exclama-t-elle un sourire désespéré sur les lèvres. C'est à moi de régler ça.
- Et comment ?
Elle ne dit rien. A vrai dire, elle savait plus parler. Tout ce qu'elle savait c'était que sa chanson disait vrai, bien plus qu'elle ne l'aurait jamais cru possible.
I can't help but love you
Even though i try not to
Elle devait sauter. Elle devait se lancer. Elle devait sentir le vide pour savourer sa décision. Sentir la mort la frôler pour savourer la vie qu'elle désirait vivre.
I can't help but want you
I know that i'd die without you...
Avant même que Voldemort ne comprenne son intention il la vit se précipiter vers lui, attraper son col à pleines mains et l'embrasser ; désespérément, passionnément, comme si la mort allait la prendre dans l'instant. Elle s'accrochait à ses lèvres et son cou, comme si ses pieds se perdaient dans le vide, comme s'il était la seule chose qui la rattachait à la vie. Tout son corps tremblait contre le sien, ravivant en lui le brasier qu'il s'était évertué à éteindre et étouffer au creux de sa poitrine. Elle ne voulait pas le lâcher, ses lèvres cherchant les siennes, ses mains fouillant ses cheveux, l'attirant toujours plus près contre elle... et ses barrières cédèrent malgré lui. Enivré par la chaleur de leur corps, il la souleva de terre. Il senti ses jambes s'enrouler autour de ses hanches tendit qui raffermissait son emprise sur sa taille. Elle ne lui avait jamais paru aussi décidée, franche et sincère dans un seul et unique baiser. Un simple baiser qui, il le senti dans son ventre, semblait tout changer. Sa douleur laissa place à des papillons, puis à un second feu, tellement plus intense qu'il en eut une montée de fièvre. Il la plaqua contre la porte en chêne, toujours grande ouverte contre le mur en pierre, et mit fin à leur baiser pour la regarder. Il voulait comprendre ce qui lui arrivait, il voulait savoir ce qu'il ignorait, mais la simple image de ses lèvres gonflées de désire, de ses joues roses sous ses tâches de rousseur, de ses cheveux emmêlés entre ses doigts et de l'étincelle malicieuse dans ses pupilles dorés suffit à lui ôter toutes interrogations de la bouche. Ne restait que son goût fruité sur les lèvres ; un goût qui lui manquait déjà.
- Qu'... est-ce qui...
Mais elle ne le laissa pas finir ses balbutiements. Comme si le temps leur été compté, comme si tout pouvait se briser, elle le fit taire d'un doigt sur la lèvre.
- S'il te plaît. Souffla-t-elle. S'il te plaît, ne... ne me lâche pas.
Stay with me a little longer
I will wait for you
Sa voix le suppliait, l'implorait... tandis que ses yeux s'accrochaient aux siens. Elle avait peur. Peur de le perdre. Peur qu'il la lâche dans ce vide imaginaire.
Shadows creep
And want grows stronger
Deeper than the truth
Sans la lâcher, sa main vînt parcourir son visage, d'abord fébrilement, comme s'il craignait la briser d'un simple toucher. Pourtant elle était là. Bien là. Bien vivante dans ses bras, à revivre sous ses caresses, avec un cœur plus battant que jamais. Un cœur, qui, il le comprit, était devenu sien. Il ne voulait pas la lâcher. Il voulait la garder là. A lui.
- Ne dis pas ça... pour te raviser demain. Murmura-t-il a son oreille, le nez plongé dans son cou.
- Demain n'existe pas. Pas sans toi.
- Gin...
- Je suis tienne. Appuya-t-elle en prenant lentement son visage en coupe. Ce soir. Demain. Et aussi longtemps que tu voudras de moi.
I can't help but be wrong in the dark
'Cause I'm overcome in this war of hearts
- Mienne... Répéta-t-il en goûtant la saveur étrange de ses mots sur ses lèvres.
- S'il te plaît. Ne me lâche pas... pas maintenant.
I can't help but want oceans to part
'Cause I'm overcome in this war of hearts
- Mienne.
Ces sons lui semblaient impossible, irréels, mais cela lui était égal. Pour la première fois de sa vie, cela lui était égal. Elle était là, dans ses bras, par sa seule et unique volonté. Elle s'offrait à lui, comme le plus exquis des fruits défendus. Elle était à lui. Pas à Potter, Weasley ou Lestrange, mais à lui. Elle était sienne. Et il n'allait pas la lâcher. Leurs lèvres se rejoignirent dans un soupir de soulagement pour elle, et d'euphorie pour lui. Leurs deux cœurs s'apaisèrent mutuellement, l'un contre l'autre, tandis qu'il attrapait ses fesses pour la soulever, la décoller de la porte et l'entraîner dans sa chambre. La marmite avait cessé de bouillir, une douce odeur envahissait les lieux, mais Ginny n'en vit presque rien. D'un coup de baguette, on entendit la porte se fermer violemment derrière eux. Leurs corps s'écrasèrent sur un lit trouvé à l'aveugle et leurs vêtements se froissèrent sous leurs mains avides. Il n'y avait plus rien pour les retenir, les dissuader, les interdire, les encourager à faire marche arrière... rien... rien si ce n'est leur désir palpitant, leur soif de toucher grisante, et leurs soupirs de frustration. C'était comme arriver à la fin d'une traversée du désert. On peut survivre avec une gourde, mais pas longtemps. Et eux, avaient atteint la limite de leur traversée.
Comme un désespéré, le Jedusor arracha son chemisier encore tâché du sang d'Hermione, sans jamais ôter ses lèvres de sa peau. Joues, nez, menton, cou, clavicule, poitrine, il dessinait la carte de son corps du contour de ses lèvres, la rendant folle de soupirs alors que ses mains se battaient avec les coutures de sa robe. Elle la déchira à son tour, incapable d'avoir la patience de lui enlever. Son geste le fit sourire, amusé, et rien que pour cette image, Ginny comprit qu'elle avait fait le bon choix. Pour ce sourire, elle était incapable de regretter. Pour ce sourire, elle aurait tout donné. Pour sourire, elle aurait fait cent autres traversées du désert... mais il disparut dans un baiser, bien plus fort, profond et puissant que les autres. Leurs corps dénudés se collèrent l'un à l'autre tandis que leurs mains s'explorèrent. La lutte avait cessé. Il n'y avait plus de coups, de combat ou de fierté. Justes deux corps qui se répondaient à travers l'échos de deux âmes. Deux âmes dans le besoin l'une de l'autre.
Le temps de la guerre, pour une fois, leur sembla loin.
Le reste de leurs habits tombèrent, et la gêne les suivit au sol. Il n'y avait plus qu'eux, dans des élans de soupirs, de joues rouges, de corps en sueur et de caresses jamais assez rassasiantes dans leurs recherches de satiétés. Ils n'en avaient jamais assez. Ils ne pouvaient pas en avoir assez. A croire qu'une seule vie ne serait pas assez. Et peut-être pas même l'éternité.
Salut tout le monde ! J'espère que vous allez bien et que vous profitez de vos vacances ! Comme convenu, voici la fameuse suite des aventures de nos Sorciers, et elle n'est pas des moindres. J'espère que cela va vous plaire et n'hésitez pas à me donner votre avis ! J'ai eu besoin de boucler une sorte de boucle avec les extraits de la chanson de War Of Hearts, pour raviver la flamme de ce couple que j'aime tant ! (Et aussi pour refaire un clin d'œil à Malec, qui me manque terriblement XD #MalecForEver)
Merci à tous ceux qui me suivent, c'est toujours un immense plaisir d'avoir vos avis tellement enrichissant et réconfortant, je n'aurais jamais cru écrire plus de 30 chapitres, c'est incroyable pour moi ! Merci encore.
