-Ginny, calme-toi !
-Je ne peux pas ! s'écria-t-elle en faisant les cent pas, surexcitée.
-Ce à quoi tu penses est impossible !
-Plus impossible que les voyages temporels ? Plus impossible que le fait que toi et moi allons-nous marier ou avoir des enfants ? Plus impossible qu'Hermione adoptant le fils de Bellatrix ?!
-Ce n'est pas la même chose ! s'énerva-t-il.
-On peut créer cette faille ! Il nous faut juste une brèche dans l'espace-temps !
-En faisant venir un autre voyageur ?!
-C'est le seul moyen ! L'arrivée de Drago a ouvert la faille !
-Même si cette théorie est fondée, l'Esprit est introuvable et quand bien même elle serait là, jamais elle ne ferait venir quelqu'un d'autre ! Cela pourrait avoir des conséquences irréversibles ! s'exclama-t-il.
-Tout à des conséquences irréversibles, ici ! Nous connaissons notre avenir, nous voulons le modifier, nous sommes enfermés, Ginevra est en train de mourir... Tout pourrait déraper à chaque instant ! Et pourtant on ne peut pas rester sans rien faire ! C'est... c'est au-dessus de mes forces, je ne peux pas rester sans rien faire !
Ses joues livides se coloraient de colère tandis qu'elle continuait de marcher sans but précis dans la Grande Salle. Ses jambes lui faisaient mal et sa respiration hachée n'arrangeait rien. Mais elle ne voulait pas se laisser pas aller, pas maintenant qu'elle avait de l'espoir, pas maintenant qu'elle voyait une lueur dans l'obscurité de sa vie. Et elle n'allait pas la laisser s'éteindre. Pas si c'était leur seule et unique chance de survivre. Face à elle, Voldemort la regardait avec sévérité. Il savait qu'elle voulait aider, se sentir utile et que, malgré tout, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. Mais son hypothèse pouvait tous les tuer et elle en premier. Il voyait le tremblement de ses mains qu'elle tentait vainement de cacher, la pâleur de ses joues sous ses tâches de rousseurs, les cernes sombres sous ses yeux injectés de sang et de fatigue, la sueur froide de la fièvre sur son front, la maigreur de son corps malade tenant sur ses jambes mal assurées... Il la voyait et la sentait mourir un peu plus à chaque seconde, alors qu'elle s'évertuait à rester là.
-Ginevra... Vas te reposer. Tu m'es inutile dans cet état.
Elle ne répondit pas mais se mordit la lèvre. Pourquoi ne voulait-il donc pas écouter ? Voir l'évidence ? La sortie de secours qui hurlait dans son esprit comme une alarme ?
-Je...
-C'est un ordre !
-Non !
La force et l'aplomb de sa voix la surprit elle-même. Elle n'avait jamais désobéi à son maître auparavant.
-Je ne peux pas arrêter maintenant ! cria-t-elle en s'accrochant à la table, les jointures blanchâtres. Il faut que l'on crée une faille ! Il faut qu'on arrive à sortir de là ! La vie de notre fils est en jeu ! La tienne ! Et celles de tous ceux que j'aime ! Je ne peux pas rester allongée à attendre la mort quand je sais qu'il y a un petit espoir !
Ses mains se crispèrent davantage sur le bois vernis du rebord de table et, même de loin, le Seigneur des Ténèbres put sentir ses jambes se dérober sous elle. Elle s'accrochait pour ne pas tomber devant lui, pour ne pas paraître faible, se laisser aller. Face à la force de sa volonté, il haussa un sourcil. La Dark Lady ressortait en elle. Et une étincelle de fierté apparut dans les méandres de sa colère. Mais il ne la laissa pas paraître. A la place, il la regarda, les pupilles enflammées de rage. Sa désobéissance lui déplaisait. Son entêtement l'insupportait. Et il dût bien se retenir de ne pas laisser exposer sa colère sur elle. Elle n'y aurait pas survécu aux vues de son état. Il donnait l'impression de devoir garder un enfant. Un enfant intenable et immature. L'électricité qui se dégagea de l'air l'entourant fit regretter ses mots à Ginny. Elle voulait juste arranger les choses.
-S'il te plaît…, souffla-t-elle. Je t'en prie... laisse-moi t'aider...
Elle le vit hésiter. Le regard noir et la mâchoire serrée à s'en casser une dent. Il bouillonnait d'une colère qu'elle comprenait mais elle ne pouvait pas le laisser la mettre de côté. Pas cette fois. Il sembla vouloir parler mais ne put rien dire. Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent en fracas sur les cris paniqués de Drago, Harry, Blaise et Scorpius. Plus livides que Ginny, ils portaient à bout de bras un corps inanimé, un ruissellement de sang derrière eux. A cette vue, des éclats de voix s'échangèrent, des regards, des cris, des bruits de courses... mais Ginny ne put y prendre part. Drago la fixa avec une peur évidente, tandis qu'elle ne pouvait détacher son regard du blessé. C'était son frère. Ron.
Au début elle ne comprit pas pourquoi du sang maculait sa gorge, ni pourquoi sa respiration projetait des éclats de salive ensanglantée autour de lui. Il se tenait le cou avec force, le visage déformé par la douleur. Il semblait se noyer dans son propre sang. Face à ce spectacle, Voldemort s'évertua à stopper l'hémorragie, guidé par les indications de Drago sur la blessure, mais elle semblait bien plus grave qu'il ne le pensait. Le sang ne cessait d'affluer, imbibant le tapis brodé de la Grande Salle. La conscience du jeune homme s'échappait peu à peu de son corps et ses mains commencèrent à retomber mollement à côté de lui. Devant une telle horreur, Ginny ne tînt plus sur ses jambes et tomba au sol sous le poids de la peur et de l'incompréhension. C'est Blaise qui se précipita vers elle, mais elle ne put le voir, ni l'entendre. Elle réalisait de nouveau le malheur qui les frappait. Elle le réalisait à mesure que son aîné se vidait de son sang devant elle. Il n'était pas parti sans l'attendre tout à l'heure. Quelqu'un l'avait attaqué. Quelqu'un avait tenté de le tuer et lui avait presque tranché entièrement la gorge. Et il agonisait devant elle. Son corps fut entouré par les deux bras du jeune métis qui tenta de la mettre debout et de l'éloigner. Mais elle était un poids mort et Blaise dû la traîner hors de la salle.
-Ginny ! Ginny ! Respire !
Elle avait retenu sa respiration. Son corps entier tremblait. Ses yeux cherchaient vainement derrière elle la silhouette allongée de Ron. Et plus aucun de ses sens ne lui répondait.
-Ginny !
-C... Co... Comm...
-On ne sait pas. On... on l'a trouvé dans un couloir à l'autre bout du château.
-Qu...quoi...
-Écoute, il faut prévenir tout le monde, il n'y a pas de temps à perdre !
-Ma... mais... Ron...
-Ron va s'en sortir, d'accord ? On a réussi à retenir l'hémorragie le temps d'arriver ici, mais seul le Maître à le pouvoir de le sauver. Il a besoin de chirurgie. Sa gorge...
-Merlin...
-Ginny s'il te plaît, reste avec moi ! paniqua-t-il en la voyant tourner de l'œil. Il faut prévenir les autres !
Elle hocha la tête sans comprendre avant de réaliser ce que la blessure de son aîné représentait. Les ennuis étaient de retour.
-La faille s'est rouverte, souffla-t-elle les yeux écarquillés d'horreur.
-Et elle a ramené quelqu'un d'autre dans le château !
-Qui a bien pu faire ça ? souffla Hermione, dépitée, une main posée sur le front du rouquin inconscient.
La jeune femme avait du mal à soutenir la vue de ce terrible tableau. La gorge bandée de son ami cachait une entaille profonde, nette et mortelle, lui ayant presque coûté la vie. Leurs vies à tous. Et le voir allongé ne pouvait que lui rappeler leurs fuites interminables, leurs blessures à peine soignées, leur fatigue constante et le permanent danger de mort qui trônait au-dessus de leur tête telle une épée de Damoclès. Tout recommençait de nouveau. A son côté, Harry ne sourcillait pas. Ses mains étaient encore pleines de son sang mais il ne bougeait pas, comme s'il avait peur de s'éloigner trop longtemps.
-On ne sait pas... Les lieux étaient déserts, dit Blaise.
-De toute évidence ils ne l'étaient pas ! s'énerva Voldemort, enragé.
Le mage était au bout de forces. Deux heures de magie et de très méticuleux soins avaient été nécessaires pour empêcher la carotide de Ron de se rompre complètement. Il avait perdu une quantité phénoménale de sang, qui maintenant emplissait la Grande Salle d'une odeur de fer écœurante. Le coup qui lui avait été porté n'était pas innocent, accidentel ou même amateur. Il avait été porté dans le but de le tuer et cela avait presque réussit. Quelques secondes de plus et il aurait sans aucun doute succombé à sa lente agonie. Fatigué et en sueur, le mage regarda ses mains, les dents serrés. Les voir recouverte de sang ne l'avait jamais dérangé, mais cette fois-ci, cette simple vue symbolisa à ses yeux un nouvel échec.
-C'est la deuxième fois que l'un d'entre nous se fait surprendre par un intrus !
-On sait, dit sombrement Drago. Mais il est difficile d'éviter des fantômes capables de surgir à chaque instant ! Ron n'aurait pas dû se retrouver seul dans ce couloir.
-C'est ma faute...
La voix blanche de Ginny brisa le cœur de tout le monde. Assise à côté d'une Ginevra a moitié vivante, ou morte, personne ne savait plus, elle fixait le corps livide de son frère. Ses yeux s'étaient creusés sous ses larmes et ses cernes de peur. Aussi, personne ne sut véritablement si son état était le résultat de la maladie ou du chagrin.
-Il... Il m'attendait devant la Grande Salle. Il... il n'aurait pas… pas dû être là.
-Ne dis pas de bêtise, dit Hermione. Cela aurait pu être n'importe lequel d'entre nous.
-Il faut faire d'autre patrouilles, déclara Kai. On ne peut pas laisser celui qui a fait ça errer dans le château !
-Il pourrait nous mener à la faille. Si elle s'est ouverte pour lui, peut-être aura-t-il de meilleurs souvenirs que les deux autres Cracmols de derrière, continua Scorpius.
-Pourquoi faut-il que chaque nouvel arrivant veuille toujours nous tuer ? soupira Blaise. Ça devient lassant à la longue...
-Où est-il ?
Magnus arriva en trombe dans la Grande Salle. Juste après avoir apportée sa mère, sa paranoïa l'avait fait contrôler chaque aile habitée du château. Aussi, c'est ruisselant d'une sueur fiévreuse qu'il s'approcha à grandes enjambées du blessé. Il était bien le seul à ne pas avoir assisté à l'agonie du Weasley. Face aux drap couvert de sang, à la figure rageuse du Maître et la pâleur de son "oncle", le jeune homme soupira, dépité. Ils n'avaient pas besoin d'un nouveau malheur. Pas maintenant.
-Comment ?
-On suppose que son agresseur l'a attaqué par derrière. L'entaille est profonde, régulière et nette. Il avait vraiment l'intention de le tuer, déclara Kai.
-Ce n'est pas un amateur. Et il connaissait Ron.
Magnus serra la mâchoire. Encore trop peu d'indices... L'agresseur pouvait être n'importe qui, et cette réalité les ramenait au point zéro. Un Mangemort voulant tuer l'un des membres du trio d'or, un sorcier du futur trop heureux de pouvoir envoyer Ron Weasley dans la tombe, ou encore un Moldu, la haine dans le sang contre les sorciers de tout genre ? Ils ne savaient pas. Et cela faisait d'eux tous une cible potentielle. Il jeta un coup d'œil à ses mères et se désola davantage. Il n'y avait pas pire timing pour un nouvel intrus meurtrier dans les murs de leur prison. La magie des lieux s'affaiblissait, il pouvait le sentir. Le château s'assombrissait, l'Esprit se faisait silencieux, et leur sort pouvait basculer à tout instant. Il n'était pas bon de traîner dans les couloirs à cette heure. Surtout après cette sombre découverte. Sans rien dire et toujours en prêtant l'oreille aux théories de ces camarades, Magnus s'approcha de Ron, les sourcils froncés. La plaie couvrait presque la totalité de sa gorge. Une attaque foudroyante, et un objectif presque atteint. Sa survie était un véritable miracle et de toute évidence, était l'œuvre de son père. Aucune magie à part celle du Lord n'aurait pu le sauver d'une pareille blessure. Et à en juger par la colère bouillonnante dans son regard, lui aussi en était conscient. Ils avaient évité le pire aujourd'hui, encore, mais rien n'était gagné. Sans rien dire et dans un soupir, Magnus replaça le pansement sur la plaie avant de brusquement être attiré par un détail. Deux légers hématomes placés à l'arrière de sa nuque. Surpris, il crut à un coup porté à l'arrière de la tête pour le désorienter mais leur particularité lui donna un frisson. Avec autant de délicatesse qu'il le put, il affaissa l'oreiller du roux et dégagea ses cheveux. Sa nuque portait deux points de pression bleutés, encadrant le haut de sa colonne vertébrale. Deux points de pression qui, bien exécutés, permettaient d'immobiliser la tête de sa victime. Deux points de pression qu'il n'avait pas vu depuis longtemps et qui lui semblèrent sortir tout droit d'un vieux rêve.
-Magnus, Kai et moi allons patrouiller. Les deux Drago garderont les portes de la Grande Salle. Personne ne sort avant que nous soyons revenus.
-Vous voulez vraiment partir maintenant ?! Il peut être n'importe où !
-D'où la raison de cet empressement, déclara Voldemort. Il n'y a pas de temps à perdre. Je garderai Ron en vie.
-Mais la faille ? demanda Blaise.
-Il faut agir par étape. Le tueur, puis après la faille. Mieux vaut éviter que quelqu'un d'autre ne se fasse surprendre.
-Attendez, tonna brusquement Magnus. On ne peut pas partir.
-Quoi ?!
Personne ne comprit son regard brusquement agité. Aussi, le jeune homme ne chercha pas à s'expliquer. A la place, il saisit les poignets de Ron, les examina, puis ouvrit ses yeux et les éclaira d'un Lumos. Il semblait chercher quelque chose. Quelque chose, dont il semblait presque avoir peur.
-Mag ? Tu joues à quoi là ?
On vit ses cousins s'inquiéter et Voldemort le dévisager étrangement mais il ne dit toujours rien. On n'avait jamais vu Magnus Jedusor aussi perturbé. Et son regard se fixa enfin sur les chevilles du Weasley. Sans gêne, il remonta ses ourlets pour les détailler à la surprise de tous. La dernière évidence qu'il constata suffit à réaliser sa pire peur. Il pâlit si brusquement que Kai et Scorpius le rejoignirent.
-Magnus ?
-Je... je crois qu'on a un problème. Il... il faut le retrouver. De suite !
-Magnus !
-On n'a pas le temps pour les explications ! Il faut le retrouver !
-Qui ?
Le jeune homme sembla incapable de répondre à la question. Sa bouche s'ouvrit et se ferma machinalement, les lèvres tremblantes et le regard fou. Il ne voulait pas y croire. Il ne pouvait pas être là. Il ne pouvait pas avoir fait ça. Pas lui...
-Magnus, dit Voldemort. Qui est là ? Tu le sais. Tu l'as deviné !
-Non... Non, je... Je crois, mais ce n'est pas possible.
-Parle, fils ! On n'a pas le temps de tourner en rond !
La force de son ton ne changea rien au silence pétrifié du jeune homme. Il ne pouvait réaliser, admettre, ou simplement imaginer que ses doutes puissent être possible.
-Mag…, souffla Kai à son tour, les yeux exorbités d'horreur.
-Tu ne penses quand même pas que...
-Je ne sais pas, dit-il en coupant Scorpius, tout aussi éberlué. Il... il ne ferait pas ça. Pas lui !
-Mais...
-Non ! s'écria-t-il. Je... je refuse de croire que ça peut être lui !
-Quelqu'un pourrait bien nous expliquer de qui il s'agit ?!, s'énerva Hermione.
-Perso, là, je suis paumé…, dit Blaise.
-Ça ne peut pas être lui ! cria Magnus complètement désemparé à ses amis. Il... il ne pourrait pas faire ça !
-Magnus... C'est toi qui lui a tout enseigné, si quelqu'un sait comment le trouver...
-Ce n'est pas lui !
-Tu as d'autres suspects en tête ? demanda Kai.
-Non, mais...
-Arrêtez de nous mettre de coté ! s'énerva Harry à son tour. De qui il est question ? D'un Mangemort ? D'un de vos amis ? Qui ?
Magnus avait le regard déchiré par l'horreur tandis que le poids de la culpabilité lui crevait le cœur. Il était responsable de ce qui était arrivé à Ron. Comme Kai l'avait si bien dit, c'est lui qui lui avait tout appris. Mais il ne pouvait pas le croire. Pas lui... Il était si jeune...
-Non... Ce n'est pas un Mangemort, ni un soldat.
-Alors qui ? insista le maître.
-El...
-Non ! s'insurgea Magnus en coupant Kai.
-Magnus !
-Je refuse de croire que mon petit frère de sept ans serait capable d'une chose pareille !
-Elias ?! s'exclama Ginny. Elias est là ?
-Comment pouvez-vous savoir que c'est lui ?
-Ce n'est pas lui !
-Mag ! s'exclama Scorpius.
Ginny se sentit brusquement mal. L'idée qu'un autre de ses enfants puisse être perdu dans le château et avoir tenté de tuer son frère suffit à faire remonter la nausée qu'elle s'était efforcée de contenir depuis la découverte du corps de Ron. Aussi, c'est plus pâle que la mort qu'elle se leva, l'esprit tourmenté de maux de tête.
-C'est compliqué... Disons qu'Elias a depuis toujours eu des facilités au combat.
-C'est un enfant ! Il ne tuerait pas un homme de sang froid !
-Pas un homme ordinaire ! On parle de Ron ! Le monstre qui cherche à décimer sa famille ! Il n'a jamais connu que cette image de lui ! Il ne sait pas ce qu'il fait !
-Attendez, vous êtes vraiment en train de sous-entendre qu'un gamin pourrait faire ça ? demanda le jeune Drago. Je veux dire, trancher la gorge de quelqu'un, et s'enfuir ?
Magnus voulut protester, défendre son petit frère et l'innocence qu'il avait toujours vu en lui, mais il ne trouva pas les mots adéquats. Il ne savait plus quoi dire. Face à lui, Kai et Scorpius le regardaient gravement. Si Elias était véritablement dans le château, alors les ennuis ne faisaient que commencer. Le petit garçon n'était pas comme les autres. Il avait grandi en voyant son père mourir un peu plus chaque jour, en s'entraînant à se défendre et à tuer depuis qu'il savait marcher, et en haïssant la résistance et les Moldus... Il avait un désir de vengeance et de justice, alimenté par la peur et l'incompréhension de la situation. Effrayé, Magnus regarda Ron une dernière fois et les points de pressions dans sa nuque. C'est lui qui lui avait appris cette technique pour paralyser son adversaire. L'encoche à chacune des chevilles ; c'est lui aussi qui le lui avait conseillé. Sa petite taille ne le favorisant pas dans un combat, il pouvait alors mettre sa victime à genoux et la rendre vulnérable. Sa mâchoire se serra de regret. Il avait appliqué chacun de ses enseignements à la lettre et avec une aisance presque malaisante. Son petit frère de sept ans maîtrisait des techniques de combats le rendant dangereux. Il ferait un merveilleux soldat plus tard, au vu ses talents actuels. Mais aujourd'hui, c'est bien ce même talent qui les mettaient tous en danger. Un talent qu'il avait fait en sorte de valoriser toute sa vie. Dans un soupir, il se tourna vers le corps inanimé de sa mère. Elias avait vu son père dans cet état presque toute sa vie. Il ignorait s'il serait en mesure de supporter l'idée de perdre sa mère elle aussi.
-Où est Ginny ?
La voix du Maître les fit tous se tourner vers la place vide que la jeune femme avait laissé sur le canapé. Puis, comme si tous venaient de réaliser l'énormité de son acte, la porte de la Grande Salle grinça, entrouverte sur les sombres couloirs du château. A cet instant, au milieu des cris de panique et de stupéfaction, Voldemort, enragé par sa fuite et sa prise inconsciente de risque, commença à sérieusement considérer l'idée de la plonger elle aussi dans un coma magique.
Ginny était hors d'haleine. Partir en douce de la Grande Salle pour retrouver son fils n'était pas l'une de ses plus brillantes idées, surtout dans son état, mais elle refusait de rester assise sans rien faire. Elias était là, quelque part, seul, perdu et probablement pétrifié par son voyage. Il ne savait pas ce qu'il faisait. Comment aurait-il pu ? C'était encore un bébé. Un pauvre et innocent bébé. Son bébé. Et personne n'était en meilleur posture qu'elle pour le retrouver. Malade ou pas, elle devait le retrouver. Elle devait le rassurer, quitte à fouiller tout le château en rampant au sol. Et elle n'en était pas loin. Ses jambes ne supportaient plus son poids. Sa tête tournait plus vite que son cœur ne battait et sa fièvre faisait bouillir son sang. Elle avait l'impression que son corps entier luttait contre elle, pour l'empêcher de partir dans cette folle course. Pourtant, elle restait sourde et entêtée. Rien ne l'empêcherait de retrouver son fils, pas même son propre corps. Appuyée contre un mur, dans un coin de couloir, elle avait dépensé ses dernières forces en courant. Elle ne voulait pas que son Maître ou Magnus la rattrape dans sa fuite. Elle ne voulait pas entendre leurs sermons. Et Merlin savait qu'elle allait y avoir droit pour avoir filée de la sorte. Elle pouvait sentir l'énervement de son Maître au-delà des murs et il ne faisait que grandir à mesure que le temps passait. Il n'allait pas laisser passer cette désobéissance. Aussi, elle devait faire vite.
Tout en grimaçant de mille douleurs, elle se redressa et avança. Chaque pas avait le goût d'une victoire. Sans relâcher la pression, sans abandonner, sans jamais se dire que s'était une mauvaise idée, elle parcourut les couloirs, une boule de nerf dans le ventre et avec Elias en unique pensé. Elle ne l'avait jamais vu. Pas même dans les projections, mais lui la connaissait. Même plus jeune, il reconnaîtrait sa mère. Et elle le ramènerait sain et sauf auprès de sa famille, même si c'était la dernière chose qu'elle était capable de faire en ce monde. Et plus elle avançait, plus elle réalisait à quel point il leur restait peu de temps. Le château s'assombrissait, peu à peu plongé dans la noirceur du néant qui menaçait de les engloutir à chaque instant. Les torches ne brûlaient presque plus, les ombres devenaient menaçantes, les pierres coupantes et l'air difficile à respirer. Ou était-ce parce qu'elle traînait sa carcasse agonisante ? Elle ne savait pas mais s'en fichait.
Une fois qu'elle fut certaine de ne pas être retrouvée de sitôt, elle se mit à crier son nom. Peut-être lui, l'entendrait-il. Son cœur se serrait en imaginant un petit garçon effrayé, prostré dans un couloir sans lumière. Aussi, elle se demanda à qui il ressemblerait le plus. Son père probablement. Comme Magnus. Ou peut-être aurait-il lui aussi quelques tâches de rousseurs ? Quelques reflets roux dans ses cheveux ? Elle ne savait pas, mais plus elle s'engouffrait dans l'obscurité, plus son esprit dessinait le portrait de cet enfant dans le noir. Il était sa seule étincelle, sa seule chaleur à laquelle elle pouvait se raccrocher à cet instant. Elle hurla encore, suppliant qu'il vienne la rejoindre, mais seul le silence de son écho lui répondit. Au-delà des pierres en revanche, elle n'entendit pas Magnus hurler son nom à elle. Pas plus qu'elle ne perçut son Maître dans une rage transcendante et une peur grandissante. Non, elle n'entendait rien. Ou faisait la sourde oreille. A vrai dire, elle n'était plus capable de faire la différence. Elle se sentait prise au piège dans ses pensées avec un objectif qui lui semblait plus éloigné à mesure qu'elle avançait. Les minutes se confondirent, ses cris aussi, et toujours aucune trace de son enfant.
-Elias ! Je t'en prie ! Elias !
Elle avait l'impression que l'univers entier se riait d'elle. Elle, la pauvre petite Ginevra Weasley, pas encore Dark Lady, pas encore mère, et pourtant à la recherche de l'un de ses plus grands succès futurs. Son fils. Un fils qu'elle aimait sans connaître. Un fils qu'elle souhaitait plus que tout au monde voir sain et sauf. Un fils dont elle ne pouvait qu'imaginer les traits dans la pénombre des couloirs. Un fils qui avait failli lui prendre un frère. Cette idée, la jeune femme n'était pas en mesure d'y penser. Pas encore. Pas maintenant.
-Elias ! S'il te plaît mon chéri... Je t'en prie ! Entends-moi...
Sa prière se termina dans un murmure qu'elle ne fut même pas sûre d'avoir vraiment prononcé. Alors qu'elle s'accrochait à une rambarde, son pied loupa une marche. Dans un écho qui fit trembler les pierres, elle s'écrasa au sol, roulant sur l'escalier qu'elle avait vainement tentée de descendre. Ses gémissements furent seuls témoins de son mal. Tremblante sur le sol, elle ne pouvait plus sentir ni la pierre, ni le sol, mais juste le froid qui l'avait envahi.
-Maman ?
Un mot. Un seul. Et elle eut l'impression de revivre. Son souffla s'accéléra à la vue d'une petite lueur et, appuyée sur ses coudes, toujours au sol, elle le vit enfin. Une petite silhouette au bout du couloir, découpé dans la leur vacillante de son Lumos encore imparfait. Il était là. Quand il la reconnut, on entendit un jappement de surprise et de peur. Avant même qu'elle n'ait le temps de complètement se relever, il courrait déjà vers elle.
-Maman !
Il criait : criait de soulagement et de peur. Ses petits bras vinrent s'accrocher à son cou, et la force de son élan les fit tomber tous deux à terre. Mais elle s'en fichait. Blottit contre elle, des sanglots plein la poitrine, son fils était là. Dans ses bras.
-Je... je suis désolé... désolé, maman, je ...
-Chut... chut, tout va bien... Tout va bien, je suis là Elias, je suis là...
-Tu avais disparu ! dit-il, en colère et les yeux plein de larmes.
-Je sais, je sais...
-J'ai... j'ai cru que... les Moldus...
-Ce ne sont pas les Moldus, c'est... c'est bien plus compliqué que ça, mais ne t'en fais pas. Maintenant... Maintenant que je t'ai retrouvé, tout va bien se passer. Je te le promets.
Tout en le gardant dans ses bras, le visage enfouit dans son cou, elle réussit par elle ne sait quelle magie à se relever. Il avait une odeur de vanille et de sucre. Une odeur d'enfant, qui lui redonna plus foi en la vie et en l'avenir que tous les discours qu'elle avait entendu ses derniers jours.
-Maman... J'ai... J'ai fait quelque chose de mal.
-Je sais, mon cœur. Mais tout va mieux maintenant, tout ira mieux. Je sais que tu croyais bien faire en... en blessant Ron, mais...
-Je... Je n'ai pas réussi.
-Quoi ?
Il se dégagea de son cou pour la regarder dans les yeux. D'immense yeux sombres, rougis de larmes. Sa figure enfantine, ses joues roses, son petit nez et ses cheveux bruns lui fendirent le cœur en deux. Il était si jeune.
-Je... Je n'ai pas réussi à tuer Ron. Je... Je suis désolé, maman... J'ai échoué.
Elle ne comprit pas d'abord complètement le sens de ses mots, puis elle baissa instinctivement le regard sur les petites mains qui s'accrochaient à ses cheveux. Elles étaient rouges. Le même que celui qui avait recouvert les mains de Kai. Le sang séché de son propre oncle y reposait. Et avec lui, une fierté non dissimulée malgré tout, dans le fond de ses yeux.
-Elias, je...
-Mais ne t'en fais pas ! dit-il précipitamment. Je te promets maman ! La prochaine pas, je le tuerai ! Je te le promets ! Je réussirai !
Il y avait tant de conviction, de force et d'envie dans ses mots, qu'elle ne trouva rien à y répondre. Définitivement, oui, il tenait de son père. Car ce n'est qu'à cet instant précis qu'elle vit une étincelle briller dans ses pupilles. Elle était de la même couleur que ses mains.
Bonsoir à tous ! Désolé pour ce petit retard, j'ai eu une baisse d'inspiration, mais voici le chapitre 35 ! J'espère qu'il vous plaira ! La venue d'Elias provoquera de gros changements ! Lesquels selon vous ?
N'hésitez pas à me donner vos avis dans les commentaires ! J'ai hâte de lire vos réactions ! Merci à tous ceux qui me suivent, vous êtes supers et vos encouragements m'aident beaucoup !
Merci à ma Beta pour son travail également :) !
A très vite pour la suite ! Bisssssouuuss à tous !
