Tant que je bougeais encore, mon chagrin flottait derrière moi tel les longs cheveux d'un nageur dans l'eau. J'avais conscience de ce poids mais il ne me touchait pas. Ce n'est que lorsque je m'immobilisai que cette marrée noire, cette chose sombre vint flotter autour de mon visage, elle m'attrapa les bras et la gorge jusqu'à ce que je commence à me noyer. Alors je ne me suis pas immobilisé.
— « Les Yeux dans les Arbres » de Barbara Kingsolver
Harry attendait que le dîner touche à sa fin, son corps tendu par la nervosité. Le château l'émerveillait, immense, fier et toujours merveilleux, mais ce dernier ne suffisait pas à le distraire. Il n'avait jamais aimé attendre, et savoir que ceci était sa seconde chance ne faisait qu'empirer son impatience, sans parler du fait que jamais il n'en aurait une autre s'il échouait. Il ne pouvait pas échouer.
Quelque chose n'allait pas, cependant. Il le sentait dans ses entrailles et cela rendait l'attente bien plus difficile encore.
Harry courut.
À travers les couloirs vides, ignorant les portraits alors qu'il dérapait dans les virages et les escaliers délimités, dans la direction incontestable de ce qui fut à une époque connu comme étant les toilettes de Mimi Geignarde. À en juger par ses souvenirs flous, Mimi n'avait été tuée que plus tard dans la nuit, mais ce lourd pressentiment ne s'en allait pas et, mieux valait prévenir que guérir.
« Accio, accio, accio, » pantela-t-il en brandissant sa baguette sacrée. Il essaya de se remémorer le Choixpeau Magique dans un souvenir aussi net que possible. Il n'avait pas vraiment de plan. Enfin, il avait imaginé les fondations nues d'un genre de plan, mais il avait toujours été du style "on agit avant de réfléchir" . Son plan consistait à tuer le basilic, sauver Mimi et à peine plus. Si jamais Hermione pouvait le voir à cet instant précis, elle était sans doute prête à le tuer.
Alors qu'il s'approchait du dernier couloir, il tapota chacune de ses paupières à l'aide de sa baguette en murmurant le sortilège qui lui permettrait de voir en infrarouge avec les yeux fermés. Il espérait ne pas avoir à être rapide, mais son cœur sombra lorsqu'il s'arrêta devant la porte des toilettes. Il entendit une voix sortie tout droit de ses souvenirs de deuxième année siffler : « J'ai faim…si faim…laisse-moi te tuer… »
Il fit irruption dans la pièce dans un grand boom, les yeux fermés dans le but de découvrir où se trouvait le basilic. Il ne voulait pas rencontrer ces grands yeux jaunes accidentellement.
À en juger par la source de chaleur, le basilic venait apparemment tout juste d'émerger de la tuyauterie, qui elle-même entourait l'entrée de la Chambre, la tête dressée vers le plafond. Tom Jedusor se tenait debout aux côtés de la créature, et Harry ouvrit les yeux une fois sûr de ne pas être sur le point de regarder le basilic dans les yeux. Le Mage Noir adolescent avait l'air tout aussi arrogant et cruel que dans ses souvenirs. Penser à ce que ce jeune sorcier allait devenir était étrange.
« Qui es-tu? réclama Jedusor en le fixant avec colère.
Il n'appréciait visiblement pas d'être pris en flagrant délit au beau milieu d'un complot néfaste.
— Mon identité a-t-elle une importance? répliqua Harry qui résistait au désir pressant de détourner le regard.
Être conscient du risque que représentait croiser le regard du Roi des Serpents ne fit que le motiver un peu plus.
— Je préfère connaître le nom de la personne que je m'apprête à tuer, rétorqua-t-il d'un ton doucereux.
— Harry, déclara l'homme avec méfiance.
— Harry, répéta Tom qui ajouta en Fourchelangue : Tue-le.
— Stop! houspilla Harry.
Le basilic et le Serpentard se figèrent tous deux.
— Tu parles notre langue, reconnut le basilic en baissant la tête pour l'examiner.
Harry fit attention à éviter son regard. Il espérait être capable de le faire renoncer à le tuer, mais vu ce qu'il avait asséné durant sa deuxième année, il en doutait. Il fit particulièrement attention à l'endroit où se trouvait le basilic en captant sa signature thermique à chacun de ses clignements oculaires.
— Je la parle oui, répondit Harry. S'il te plaît, ne tue pas les étudiants de ce château. C'est terrible et je suis certain que ton but premier n'était pas celui-là lorsque Serpentard a construit la Chambre à l'origine.
Le basilic se redressa dans un sifflement insultant.
— Quelle importance accorderais-je à ce qui est bien ou mal? Tu ne sais rien de mon grand et noble but. J'ai faim et je reçois les ordres de mon nouveau maître.
Tom, remarqua le voyageur de temps, avait l'air incroyablement suffisant.
— Tu es un idiot pathétique, amoureux des Sangs-de-Bourbe. Tu vas mourir avant d'avoir eu la chance de parler de cela à qui que ce soit. Serpent, tue-le. »
Il n'avait pas tout a fait fini de donner son ordre, qu'Harry dressa sa baguette en l'air et conjura un mur de pierres épais et large. Ce dernier trembla et craquela sous l'impact du serpent qui s'était élancé, incapable de stopper son mouvement à temps. Il laissa s'échapper un sifflement de douleur, sa queue rampant sur le sol avec agitation.
Harry se Désillusionna rapidement avant de pointer sa baguette vers le mur conjuré. Il pouvait entendre son mur subir une raclée alors que Jedusor essayait de le faire exploser pour passer au travers. Il avança sa baguette et utilisa un sort qu'il avait appris grâce à Ginny - qui elle-même l'avait appris grâce aux jumeaux - qui eut pour effet de faire exploser le mur dans un éclair de lumière et un son rugissant violent. Le basilic hurla d'inquiétude et Jedusor laissa s'échapper un cri.
Harry se précipita vers les cabines des toilettes, et ne s'arrêta que pour viser tout au fond de la pièce avec minutie. Quelque chose fortement semblable à des bruits de pas se fit entendre, ponctué par de forts élans de claquements sur la pierre. Cela suffit à détourner l'attention de ses ennemis mais ça ne marcherait pas bien longtemps, particulièrement compte tenu du fait que le basilic pouvait le sentir.
Il roula dans la cabine deux portes plus loin, où il avait aperçu la signature thermique de Mimi, et mit rapidement en place des Sortilèges de Silence pour pouvoir lui parler.
Il la reconnut de suite, étonné de la trouver solide et colorisée. Elle était recroquevillée en position fœtale, les yeux fermés hermétiquement, la tête plongée entre ses genoux, des larmes coulant le long de ses joues de manière incontrôlable. Ses mains agrippaient ses cheveux sombres si forts qu'Harry la croyait capable de se les arracher, et elle se balançait d'avant en arrière dans un mouvement de terreur.
« Mimi, l'interpella-t-il avec douceur.
Elle poussa un gémissement et refusa de lever la tête.
— Mimi, répéta Harry, un ton urgent rampant dans sa voix douce. Tout ira bien. Je vais te protéger, mais tu dois m'écouter. Nous n'avons pas beaucoup de temps.
— Qui êtes-vous? murmura-t-elle en se redressant légèrement alors qu'elle l'observait.
— Je m'appelle Harry et je suis là pour t'aider, lui répondit-il. Tu dois écouter ce que je vais te dire, d'accord?
Elle réagit violemment au bruit provenant de l'extérieur de la cabine, mais acquiesça tout de même.
— Je vais courir avec toi jusqu'à la porte, d'accord? Je vais te guider, mais je vais te dire quelque chose de très important. N'ouvre pas les yeux tant que je ne te dis pas de le faire. Si tu regardes cette créature qui est là dehors droit dans les yeux, tu vas mourir instantanément.
Un sanglot étranglé s'échappa alors de la bouche de la sorcière, et Harry lui tapota maladroitement la main dans un geste de réconfort avant de l'aider à se relever.
— Une fois que tu es sortie des toilettes, cours. Cours et ne regarde pas en arrière.
— D'accord, murmura Mimi.
Harry se tourna vers le fond de la pièce, les yeux fermés. Ils se rapprochaient de sa cachette. En obstruant les insultes et les menaces, il compta.
— 3… 2… 1… Vas-y!
Il fit voler la porte en éclats et entraîna la Poufsouffle avec lui.
— Exero Morei!
Le sorcier sentit le sort arriver dans son dos et poussa Mimi sur le côté. Une lumière violette foncée fonça au dessus de son épaule et creusa un cratère miniature dans le mur. Le basilic était trop près à son goût, et Harry conjura sans attendre une barrière plutôt fragile derrière son dos. La métamorphose les ralentit juste assez pour permettre au sauveur et à son maigre fardeau d'en finir avec la course vers la porte qui paraissait interminable.
Harry l'ouvrit et fut presque giflé par le Choixpeau Magique.
— Vas-y! » hurla-t-il en poussant presque Mimi dehors, puis il ferma la porte à nouveau en la scellant à l'aide d'un sort. Avant qu'il ne puisse enfiler le Choixpeau, il sentit l'énorme serpent se jeter sur lui. Il se jeta sur le côté, les yeux fermés, la tête tournée vers le danger alors qu'il venait à peine d'éviter de se faire dévorer. En titubant dans un geste peu gracieux pour se relever, et en se protégeant lui-même à l'aide d'un barrage de feu, il coinça le Choixpeau sur sa tête.
Dépêchedépêchedépêche. Ses pensées se bousculaient légèrement et il lui fut reconnaissant de ne faire aucun commentaire. Néanmoins, la garde de l'épée sembla atterrir sur sa tête avec un peu plus de violence que dans ses souvenirs.
Harry s'éloigna en vitesse du basilic avec le Choixpeau dans une main et sa baguette dans l'autre. Il avait besoin d'un peu d'espace et d'un moyen pour arracher les yeux de la créature avant de se servir de l'épée de Gryffondor. Avec un peu de chance, elle hésiterait en le voyant se rapprocher inexorablement de Jedusor. Ce serait beaucoup plus simple si les deux se précipitaient sur lui en même temps.
« C'est sans espoir! cria un Jedusor furieux au moment où Harry bloqua rapidement un jet d'acide suivi d'un flot de sortilèges noirs.
Il étouffa un hurlement lorsque l'un d'eux brûla son épaule gauche, la douleur et la blessure l'empêchant de faire bon usage de son bras.
— Tu ne t'échapperas pas! » le Serpentard avait gagné en confiance après avoir enfin touché sa cible.
Son visage se dénua immédiatement de tout rictus lorsqu'un puissant Sortilège de Disparition détruit son bouclier et l'envoya s'écrouler au sol. Néanmoins, Jedusor réussit à bloquer l'Édourtisseur et le Petrificus en sautant par dessus, ce qui impressionna Harry à contrecœur.
Une fois sûr d'avoir assez de place pour respirer, il se retourna les yeux fermés et hurla : « Canviva. » Une large bâche en toile s'échappa de sa baguette, les extrémités alourdies et étudiées pour s'enrouler autour de leur cible. Plusieurs toiles s'envolèrent vers le basilic étonnement agile. Harry dû étouffer un rire lorsque l'une d'entre elles entra en collision avec Jedusor et lui fit immédiatement perdre son équilibre. Harry n'ouvrit pas les yeux pour vérifier, mais l'image mentale n'avait pas de prix. Cela allait le distraire un petit moment.
Il réussit au moins à directement viser la tête du serpent géant. Ce dernier fut aveuglé et, plus important encore, Harry ne pouvait plus risquer de croiser ces grands yeux jaunes.
Il ouvrit les yeux et jeta un œil à la créature qui se tordait de douleur. Elle proférait diverses insultes à l'égard d'Harry, et sa queue rampante percuta Jedusor qui était toujours occupé à essayer de se libérer. Sans attendre, le vétéran plongea la main dans le Choixpeau Magique et attrapa désespérément l'épée de Gryffondor, avant de la retirer puis de faire léviter le chapeau avec prudence hors du champ de bataille.
Harry prit une profonde inspiration, plia les genoux légèrement, jambes écartées à la largeur de ses épaules et épée prête au combat. Il n'était en rien un épéiste distingué et son épaule blessée le faisait atrocement souffrir, mais il n'avait nullement besoin d'être un professionnel pour pointer et poignarder.
« C'est moi que tu veux, viens me chercher, » siffla-t-il bruyamment.
Le basilic chargea et sa tête alla s'écrouler par terre à l'endroit où il s'était tenu. Harry bondit désespérément et plongea l'épée dans le sommet du crâne du basilic, qui alla s'enfoncer dans la chair jusqu'à la garde. La créature mourut instantanément dans un hurlement perçant, mais son corps continuait à se tordre et à convulser. Harry s'accrocha à l'épée alors que son corps était secoué par l'agonie du basilic. Au moment pile où il croyait y avoir échappé, l'épée glissa et retomba dans une direction pendant qu'Harry était projeté dans une autre.
Le souffle coupé, il fendit l'air un instant avant de venir s'écraser contre un miroir, heurter le lavabo puis s'écraser par terre. Il haleta, la respiration saccadée et son corps aussi douloureux qu'un hématome géant. Son dos était probablement déchiqueté, des morceaux de verre coupé enfoncés dans sa peau, mais la douleur ne l'avait pas encore atteint. Il se considérait chanceux de ne pas être passé à travers une fenêtre, ce qui l'aurait tué dans ce cas.
Harry remarqua à travers ses paupières entrouvertes que Jedusor venait de se sortir de sa situation malencontreuse et s'approchait de lui lentement, sa baguette tournoyant paresseusement entre ses doigts, totalement confiant à l'idée d'avoir pris le dessus.
Mais quel connard, pensa-t-il sinistrement en se redressant péniblement sur ses genoux. Bien qu'il supposait que cette arrogance jouait en sa faveur, vu que le Préfet en Chef aurait facilement pu se débarrasser de lui quand il était dénué de toute forme de défense, étourdi par l'impact.
« Bien, bien, bien Harry. Je dois admettre être modérément impressionné. Tu as réussi à tuer mon basilic. Oh ne te trompe pas, je suis furieux, mais tu as également réussi à éveiller ma curiosité.
Harry fit de son mieux pour déconnecter alors qu'il attrapait le lavabo pour s'appuyer lourdement contre. Il arriva à se relever lentement.
— Peut-être que si tu m'en dis un peu plus sur toi, je pourrais décider de rendre ta mort rapide et indolore, plutôt que lente et douloureuse.
— Par Merlin, mais tu adores t'écouter parler pas vrai? grinça Harry.
Les beaux traits de l'adolescent se tordirent en un vilain ricanement.
— Meurs! » hurla-t-il.
Un sort d'un jaune maladif fonça droit sur Harry, qui réussit à le détourner au dernier moment. Le voyageur de temps riposta immédiatement en métamorphosant les nombreux décombres en couteaux tranchants qui s'envolèrent sur Jedusor, où ils furent bloqués par un bloc de bois, qui fut ensuite métamorphosé en un tas de vipères tordues auxquelles il ordonna d'attaquer Harry. Plutôt que de convaincre les serpents de renoncer, Harry créa un brasier constitué de flammes ultra-brulantes et détruisit les serpents. Jedusor se protégea à l'aide d'un globe aquatique, et les éléments se heurtèrent dans un sifflement.
De la vapeur envahit les toilettes, et le Serpentard profita de son avantage en beuglant un florilège de sortilèges extrêmement dangereux et douloureux face auxquels Harry se dressa avec faiblesse, toujours appuyé contre le lavabo et incapable de bouger rapidement. La Malédiction de Broyage d'Organes. Le Sort de Décapitation. La Malédiction du Sang Bouillant.
Il lui était difficile de se protéger, mais pas impossible. L'aisance relative avec laquelle il se défendait et ripostait surprit Harry. Les sorts n'étaient pas aussi puissants que ceux auxquels il était habitué, ni aussi variés. Une idée soudaine lui vint, qui lui valut presque de finir fendu en deux à cause de la distraction. Il s'était mentalement préparé pour le Voldemort de son époque. Le Voldemort qui avait soixante ans d'expérience de plus que lui, qui avait vécu des douzaines de rituels Noirs. Le Voldemort qui avait passé sa vie à rassembler du pouvoir et de sombres connaissances rien que pour lui. Cette personne, bien que cruelle, puissante et instruite pour un adolescent de dix-sept ans n'était que cela. Un adolescent.
Devenir présomptueux ne lui réussirait pas, bien sûr. Mais tout de même….
Les portes s'ouvrirent avec violence à cet instant, deux silhouettes se précipitant au beau milieu de la scène.
Armando Dippet et Albus Dumbledore s'arrêtèrent sur le champ, figés par le choc devant la scène qui venait de les accueillir. Les toilettes étaient presque détruites, un basilic géant d'une longueur d'au moins dix-huit mètres gisait mort sur le sol, et deux sorciers se battaient farouchement en duel, sans jeter ne serait-ce qu'un seul coup d'œil à la source de l'interruption.
Le Directeur bégaya, l'esprit vidé par la surprise, mais Albus ne l'entendit pas. Son regard était fixé sur l'inconnu et aperçut ses traits dans un miroir, des cheveux sombres et des yeux verts brillants. Il resta incapable de bouger un long moment. Cette réaction fut si intensément viscérale, ce sentiment que ce sorcier lui était familier, il en eut presque le souffle coupé.
Harry les aperçût du coin de l'œil et reconnut les deux professeurs instantanément, Dippet grâce à son portait et Dumbledore grâce à une interaction poussée. Il garda un œil sur eux alors même que Jedusor et lui échangeaient sorts et insultes. Ils passaient de l'un à l'autre avec aisance et à première vue sans y faire attention, de l'anglais au Fourchelangue.
« Imperio, finit par entonner Jedusor dans un élan de désespoir maintenant que les deux figures d'autorité étaient présentes.
Harry laissa le sort le toucher, reconnaissant devant cet instant de répit. Il fut capable d'y résister avec une telle facilité comparé à la future version de Tom Jedusor que c'en était presque risible.
— Rends-toi et dis-leur que tout est de ta faute, murmura une voix à peine perceptible dans le fond de son esprit.
Harry ne fit aucun geste pour obéir et prit un moment pour reprendre son souffle. Sa chemise lui collait dans le dos, trempée de sang et son épaule gauche hurlait de douleur.
— Fais-le, insista la voix.
— Bien essayé Jedusor, répliqua Harry froidement. Mais tu as vraiment besoin de plus d'entrainement. Tu vas être enfermé pendant un très long moment et rien ne va pouvoir te sauver à présent.
L'étudiant laissa échapper un cri de rage sourd et attaqua à l'aide de sortilèges qui alourdiraient sans nul doute sa peine à Azkaban.
— Ça suffit! beugla le Directeur Dippet qui avait miraculeusement retrouvé ses esprits.
Albus avait comprit qu'il valait mieux ne pas essayer de calmer l'un des deux duellistes sans arme. Si le timing était légèrement inadéquat, l'un d'eux mourrait, incapable de se défendre. Peut-être pouvait-il interposer un bouclier au milieu.
Les sorts frappèrent sa barrière dorée dans un bruyant 'gong' et furent retenus durant quelques secondes. Néanmoins, il ne pouvait définitivement pas résister à deux sorciers aussi puissants sans user un peu plus d'énergie qu'Albus ne se sentait de fournir. Le Directeur et son Directeur adjoint n'eurent d'autre choix que de s'asseoir et de regarder à la manière de spectateurs, incapables d'intervenir sans sérieusement risquer des vies.
Albus savait naturellement qui était vraisemblablement responsable. Il suspectait Tom Elvis Jedusor depuis longtemps, et il ne pouvait qu'être reconnaissant à l'égard de ce sorcier inconnu pour avoir mis un terme à ce que son élève avait manigancé. Il était cependant tout à fait curieux et extrêmement intéressé à l'idée de savoir qui était l'inconnu et comment il avait réussi à pénétrer dans Poudlard à cette heure-ci. Et le fait qu'il parlait Fourchelangue. C'était si rare et peut-être une vraie chance, si l'on considérait l'énorme basilic mort.
— Tu crois que tu vas t'en sortir comme ça? Si je tombe, je t'emmène avec moi, siffla furieusement Jedusor.
À la différence de son futur dément et plus âgé, il ne se laissait pas entraîner par sa rage à un point qui l'empêcherait d'agir en toute logique. Il restait toutefois un adolescent avec des hormones et un tempérament impulsif.
Beurk, pensa Harry distraitement. Voldemort avec des hormones.
— Tu es fichu, Voldemort. Tu n'es seigneur de rien et un lâche qui fuit face à la mort, déclara calmement Harry.
C'en était trop pour son ennemi.
— Endoloris! »
Le temps de conjurer quoi que ce soit pour bloquer l'Impardonnable lui manqua. Ce dernier le frappa avec moins de force que celle à laquelle Harry était habitué, mais il n'en demeurait pas moins douloureux. Il s'écroula à moitié, effondré au dessus du lavabo alors que ses membres étaient pris de convulsions et qu'il gémissait de douleur. Il n'avait pas conservé son immunité complète au Sortilège Doloris après la Bataille de Poudlard pour une raison quelconque, mais il le touchait tout de même avec moins de force que quiconque.
« Stupéfix! » mugirent deux voix.
Armando et Albus avaient réagi automatiquement. Jedusor n'eut d'autre choix que de briser le sortilège pour s'écarter et se protéger. Albus tremblait presque de rage devant les actions du Serpentard.
Alors qu'Harry se relevait dans la souffrance, Tom regardait autour de lui, le regard vert foncé sauvage. Il n'avait plus aucun moyen d'échapper aux conséquences à présent. Mais il se vengerait avant qu'ils ne l'emmènent. L'épée qui avait tué son basilic gisait au sol, dissimulée à la vue des autres par les décombres. Il l'envoya lame la première en direction du faible sorcier.
Harry regarda l'épée de Gryffondor voler en direction de son torse. Peut-être était-ce pour le mieux, pensa-t-il, et il ne bougea pas. Tous ceux qu'il aimait étaient morts et il avait rempli sa mission. Il ne savait pas grand chose de Dippet, mais Dumbledore ferait le nécéssaire pour que justice soit faite. Il croisa le regard de Jedusor calmement, observa ses traits se tordre de haine.
L'adolescent avait compris. Il ne gagnerait pas car Harry acceptait la mort, il l'accueillait même. L'assassiner n'était pas une victoire, c'était à peine un prolongement de son échec.
Le temps sembla ralentir pour Albus. La lame se rapprochait sans cesse du sorcier mystérieux qui ne fit rien pour l'esquiver. Albus vit immédiatement, instinctivement, qu'il allait laisser l'épée l'atteindre. Il était prêt - non, il était impatient - à mourir.
Son cœur s'emballa et il bougea plus vite que jamais pour attraper le jeune homme.
Harry haleta quand ses pieds se soulevèrent du sol quelques secondes à peine avant l'instant où l'épée aurait dû le tuer. Au lieu de l'achever, elle s'enfonça profondément dans sa hanche, du sang jaillit et tacha le sol, puis il alla s'écraser contre Albus Dumbledore. Le verre toujours protubérant dans son dos s'enfonça un peu plus dans sa peau et des cris de douleur le firent se voûter, la bouche ouverte dans un cri sourd, avant de s'effondrer enfin inconscient dans les bras du professeur.
Pendant ce temps là Armando avait mis Tom Jedusor hors d'état de nuire, l'avait ligoté et assommé.
« Je vais l'emmener à l'Infirmerie si vous n'avez plus besoin de mon aide, indiqua Albus, les yeux fixés par l'inquiétude sur le jeune homme.
La bouche du Directeur se tordit en un demi-rictus ironique.
— Je suis capable de gérer un sorcier adolescent assommé Albus. Allez-y. »
Il acquiesça et se dépêcha de sortir, en portant délicatement Harry jusqu'à l'Infirmerie.
