Un grand merci pour vos premiers encouragements, ils sont très motivants! J'espère que vous allez aimer ce nouveau chapitre.
Maintenant là, tu vois, tu peux courir tant que tu veux pour rester au même endroit. Si tu veux aller ailleurs, tu dois courir au moins deux fois plus vite que ça!
— « De l'Autre Côté du Miroir » de Lewis Carroll
Il avait l'impression d'être suspendu dans les limbes entre le sommeil et la conscience, comme s'il voguait sous l'eau. Ses pensées étaient lentes et lui venaient de loin, en proie à la mélasse. C'était à cause des potions, réalisa-t-il vaguement. Il s'était trouvé dans cette situation assez souvent. Ils lui en avaient probablement administré un paquet, vu l'état dans lequel il se trouvait.
Harry lutta pour ouvrir les yeux, en vain. Il essaya de contracter un doigt, de faire n'importe quel bruit qui traduirait sa conscience, mais il en était incapable.
Quelqu'un était là avec lui. Madame Pomfresh? Non. Il voulait se sentir inquiet, menacé, mais il n'en avait pas la force. Puis il entendit un gazouillis mélodieux d'une beauté céleste, et toutes ses inquiétudes se volatilisèrent. Fumseck. Il aurait poussé un soupir s'il avait pu. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vu le phœnix et ce dernier lui avait manqué. La conscience lui glissa d'entre les doigts et il tomba dans un sommeil réparateur, bercé par la chanson de Fumseck.
Lorsqu'Harry se réveilla complètement, très peu de souvenirs lui subsistaient de son sommeil induit par les potions. Il reconnut la pièce immédiatement pour y avoir passé suffisamment de temps par le passé. Le futur. Peu importe.
Il n'était pas dans son lit habituel, mais la disposition des lits était légèrement différente de toute façon. Une cinquantaine d'années marquait visiblement une divergence.
Un coup d'œil aux fenêtres lui indiqua qu'il faisait nuit, bien qu'Harry n'avait pas la moindre idée du temps qu'il avait passé dans les vapes. Cela n'avait pas d'importance. Il pourrait le savoir plus tard, mais pour le moment il devait sortir de là, s'en aller. Il sentait les souvenirs se lever et toutes les émotions poignantes et douloureuses les accompagner. Les murs blancs peints rouge sang, les cadavres. Madame Pomfresh, qui s'était occupée de lui et l'avait soigné depuis le tout premier pied qu'il avait posé dans Poudlard, décapitée en donnant sa vie pour protéger ses patients.
Harry ferma les yeux et repoussa une vague de nausée ou de larmes, il ne savait pas laquelle. Il ne pouvait pas rester ici. Il n'en avait pas la force.
Doucement, il se redressa en position assise. Son corps lui faisait mal, mais la douleur était à peine écrasante. Des bandages blancs lui enveloppaient le torse, ce qui était bon signe puisqu'a priori il ne saignait pas à travers le tissu. Harry donna un petit coup sur sa hanche dans un geste expérimental à l'endroit où il avait été poignardé, mais la zone était totalement engourdie.
Ignorant son corps mécontent, Harry balança ses pieds par dessus le côté du lit en faisant attention. Il se demanda ce qu'il était advenu de ses vêtements. Ces derniers étaient bien au delà du rafistolage, sans aucun doute, mais avaient-ils retrouvé leur forme originelle? Avaient-ils été reconnus comme étant des objets métamorphosés? Il espérait que non. Mais le Professeur Dumbledore n'avait-il pas été un maître de la métamorphose?
Ça n'avait pas d'importance. Dans un geste furtif, le cœur automatiquement au bord des lèvres, il se toucha la cuisse à l'endroit où était cachée la Baguette de Sureau. Étant celui à avoir lancé le sort, il devait être le seul à la sentir et elle était toujours là. Il laissa échapper un soupir de soulagement. À chaque fois qu'il perdait connaissance il ne pouvait se détendre avant d'être certain que la baguette n'était pas tombée entre de mauvaises mains.
Il devrait ensuite retrouver sa baguette principale, ce qui serait peut-être un peu plus compli -
Cette dernière était posée sur la table de chevet.
Harry la fixa un long moment. Ils se trouvaient au beau milieu d'une guerre, même si cette dernière se déroulait principalement sur le Continent. Pourquoi diable laisseraient-ils un inconnu potentiellement dangereux avec sa baguette. S'il avait toujours été dans sa propre époque, il aurait suspecté un genre de piège. Mais peut-être étaient-ils aussi confiants que cela ici?
À moins que Fumseck n'y ait été pour quelque chose. Fumseck était venu plus tôt, n'est-ce pas? Harry n'arrivait pas vraiment à s'en souvenir, mais il s'en doutait.
Auquel cas il n'avait pas besoin d'être aussi méfiant.
Un soupir lui échappa à la sensation de chaleur qui se répandit dans le bout de ses doigts juste après qu'il ait ramassé sa baguette. Il métamorphosa sa blouse d'hôpital en imaginant des vêtements semblables aux derniers qu'il avait portés avec concentration. Il était trop épuisé pour penser à ses chaussures à cet instant, que le sol de pierres soit glacial n'y changeait rien. Il pourrait les récupérer à un autre moment.
Harry s'appuya lourdement contre son lit en se levant. Ses jambes faibles tremblaient, mais quelques minutes lui suffirent pour réussir à marcher selon sa propre volonté. Il agita sa baguette à travers plusieurs gestes compliqués, fouilla et identifia… rien du tout.
Puis il réalisa ; évidement, Madame Pomfresh ne travaillait pas encore ici et, même si cela avait été le cas, sa manie de s'échapper de l'Infirmerie avant qu'elle ne l'autorise à la quitter lui était étrangère. Il n'y aurait point de multiples protections pour l'empêcher de s'en aller.
Harry en rit presque. Il lui suffisait de sortir par la porte.
Il mit plus longtemps qu'il aurait aimé pour traverser la pièce jusqu'aux portes de l'Infirmerie, mais il n'osait pas trop pousser son corps faible. S'il se faisait surprendre, il serait surement rapatrié dans son lit grâce à la magie, ce qui ne serait pas une bonne chose du tout. Dans l'idéal, il pourrait s'en aller sans personne d'assez intelligent pour réfléchir à son identité ni à sa provenance.
Par la barbe de Merlin, il avait à peine la vingtaine mais avait l'impression d'avoir cent ans.
Doucement et silencieusement, pour ne pas réveiller les portraits, le sorcier frêle passa la porte et la referma délicatement derrière lui. Il se tourna et fonça droit dans un corps solide et tiède. Une main surgit et lui attrapa le coude, le stabilisant avant qu'il ne puisse s'écrouler par terre et il leva la tête.
C'était Albus Dumbledore.
La baguette d'Harry s'était dirigée automatiquement, pour ne pas dire sournoisement, vers la personne avant même qu'il ait levé la tête pour voir de qui il s'agissait. Il regretta presque ce réflex, puisqu'il était sûr que le professeur le remarquerait et en prendrait mentalement note. Cela ne ferait sans nul doute que renforcer les suspicions qu'il avait déjà accumulées à son encontre, peu importe lesquelles.
« Comment avez-vous, commença Harry à voix basse, curieux à l'idée de savoir comment il avait eu vent de sa tentative de fuite, puis il remarqua que Fumseck était perché sur l'épaule de Dumbledore.
Harry plissa les yeux vers l'oiseau.
— Traitre, bougonna-t-il.
Fumseck gazouilla. Il se moquait de lui, le voyageur de temps en était certain. Il ne put toutefois ressentir autre chose à son égard qu'une affection agacée. Il réalisa que le phœnix lui avait manqué plus que de raison.
— Je vois que vous avez rencontré Fumseck, commenta Albus, ses yeux bleus pétillants d'une lueur amusée.
Harry refoula un frisson et resta silencieux. Que pouvait-il bien lui répondre?
— Je m'appelle Albus Dumbledore, continua le Directeur adjoint après un long moment.
— Harry, professeur, divulgua-t-il. Juste Harry.
— Alors vous devez m'appeler Albus, répondit l'autre sorcier en lui souriant gentiment.
Albus. Même dans sa propre tête, Harry trouvait étrange de l'appeler par son prénom. Une pensée lui traversa l'esprit :
— Combien de temps suis-je resté inconscient? Et qu'en est-il de Jedusor? demanda-t-il sans remarquer la manière dont il avait attrapé la manche de la robe de l'autre homme dans son inquiétude soudaine.
— Que lui est-il arrivé?
— Tout va bien. Vous êtes resté inconscient pendant trois jours. Armando a convoqué les Aurors et Tom Jedusor a été arrêté. Son procès a eu lieu hier et il a été condamné à Azkaban à perpétuité pour avoir utilisé deux Impardonnables, sans parler de ses intentions concernant le basilic.
— Et mon nom n'a pas été cité? insista-t-il, hanté à l'idée de devenir une énième fois le foutu sauveur du Monde des Sorciers.
— Comme nous ignorions votre nom, vous avez simplement été cité comme sorcier inconnu, répondit l'autre. Nous essayons d'éviter que le grand public ait vent des événements par peur de causer une panique générale.
Harry lui lâcha la manche dans un soupir, et toute la tension quitta brusquement son corps dans son soulagement. Albus lui attrapa à nouveau le coude avant qu'il ne s'effondre.
— Vous n'allez pas bien du tout Harry. Laissez-moi vous raccompagner dans l'Infirmerie, offrit-il.
— Non, protesta Harry avec véhémence, les yeux paniqués à l'idée de retourner dans cette pièce. Non, je vais bien. J'ai connu pire ; je ne peux pas retourner là bas. Je vais simplement y aller et personne n'aura plus à se soucier de moi.
— Calmez-vous. Détendez-vous Harry, dit Albus avec douceur, inquiet devant sa réaction violente. Vous n'êtes pas obligé de retourner dans l'Infirmerie. Mais je ne peux pas en mon âme et conscience vous laisser errer blessé.
— Tout ira bien bien, assura Harry sans réfléchir.
Il tituba légèrement en essayant de rejoindre le Hall d'Entrée, mais le sorcier ainé le stoppa dans sa course avant qu'il ne puisse s'éloigner.
— Avez-vous un endroit où rester? » s'enquit-il en regardant attentivement les yeux couleur émeraude d'Harry.
Il ne répondit pas. Il n'en avait pas besoin. Albus Dumbledore savait déceler la vérité sans prononcer un seul mot.
Harry baissa la tête vers le hall vide et sombre sans le voir. Il était évident que Dumbledore avait remarqué ses vêtements métamorphosés et en avait tiré la bonne conclusion. Sa tente et ses couvertures conjurées n'étaient plus là, mais il n'arrivait pas bien à se souvenir de ce qu'il avait fait des restes de nourriture. L'argent qui lui restait avait servi à l'achat d'un fourreau pour sa baguette et il n'avait certainement pas l'énergie d'acquérir des fonds, que ce soit par un honnête travail ou pas. Il n'avait pas de papiers, pas de résultats de B.U.S.E.s ou d'A.S.P.I.C.s. La Cabane Hurlante n'avait pas non plus encore été construite ou était utilisée. La famille Black demeurait Square Grimmauld, les Weasley n'avaient pas encore la moindre idée de qui il était et ne seraient sans doute pas enclins à l'héberger. Il n'avait même pas un placard qu'il pouvait considérer comme sien. Il avait exposé à la face du monde le vrai visage de Tom Jedusor. Le Mage Noir en puissance serait soigneusement emprisonné à Azkaban si ce n'était pas déjà le cas. Que lui restait-il à faire à présent?
« Venez, lui ordonna subitement Albus en tirant Harry de sa rêverie.
Il avait clairement vu les émotions sur le visage du jeune homme, et n'avait vraiment pas apprécié y voir tant de désespoir et d'impuissance.
— Vous allez rester dans mes quartiers et je vais laisser un mot à Madame Basset pour lui éviter de paniquer en découvrant que vous n'êtes plus dans votre lit.
— Je ne veux pas m'imposer, gambergea Harry bien que son cœur s'emballa devant l'offre, même si cette dernière ne serait valable que quelques jours.
— Ne soyez pas ridicule, rétorqua Dumbledore d'un ton brusque qui lui évoqua le Professeur McGonagall. Je ne vous aurais pas proposé si je ne voulais pas de votre compagnie. Auquel cas j'aurais été forcé de vous ramener dans l'Infirmerie et de vous ensorceler pour vous empêcher de quitter votre lit, ce que vous n'auriez pas apprécié du tout j'imagine.
Harry frissonna sans faire exprès. Il serait devenu fou si le professeur avait fait ça.
— Merci, dit-il, je vous en suis reconnaissant.
— Il n'y a vraiment aucun problème, répondit Albus. Vous pouvez marcher?
Un air indigné protesta, qui se transforma rapidement en frustration alors que le jeune homme n'avait d'autre choix que de s'appuyer lourdement contre le bras accueillant d'Albus. Harry se mordit la lèvre, déterminé à ne pas abandonner. Albus ne put s'empêcher d'admirer son entêtement omnipotent, même s'il était d'avis que ce trait de caractère n'était pas forcément toujours une bonne chose. Il avait le sentiment qu'Harry irait jusqu'à infecter ses blessures juste pour ne pas paraître fragile ou inapte. De l'avis d'Albus, il n'en avait pas besoin. Quelqu'un capable à la fois de tuer un basilic vieux de plusieurs siècles et de battre un Mage Noir aspirant était tout sauf fragile ou inapte.
Ce qui le ramena à réfléchir à la manière dont Harry avait su débarquer au moment propice. L'absence d'un patronyme et le désir évident de disparaître à l'arrière plan avait éveillé sa curiosité. Harry était un puzzle et Albus avait toujours aimé les puzzles.
— Vous allez aggraver vos blessures, dit-il en s'arrêtant au milieu du couloir.
— Je vais bien, répliqua machinalement Harry.
— Je pense que je ferais mieux de vous porter, affirma Albus qui, dans un geste souple, souleva le plus petit sorcier dans ses bras avec grâce.
— Quoi - Albus, siffla Harry qui manqua presque de se souvenir d'utiliser le prénom de son ancien mentor, le corps tendu par la gêne.
— Je vous fais mal? s'interrogea-t-il, les sourcils froncés par l'inquiétude. Je peux vous faire léviter, si vous préférez.
— Non, ce n'est pas ça, le rassura Harry.
Il se força à se détendre. Il détestait le sentiment d'impuissance qui accompagnait la lévitation, l'idée d'être à la merci de quelqu'un d'autre. C'était en fait plutôt agréable, pensa-t-il distraitement, d'être porté. Il avait l'impression d'avoir quelqu'un qui se souciait encore de lui.
— Je ne voudrais pas… euh… être un fardeau.
— Je vous ai déjà porté une fois ; je ne pense pas que le faire une seconde fois va poser problème. Vous n'avez que la peau sur les os, de toute façon.
— Vous m'avez… porté? répéta Harry en fronçant les sourcils.
— Je ne devrais pas être surpris que vous ne vous en souveniez pas j'imagine.
Albus arborait un air quelque peu mélancolique.
— Après tout, vous aviez perdu connaissance.
Harry fouilla dans sa mémoire.
— Vous m'avez invoqué, dit-il lentement. J'avais oublié ça. Oh, j'ai dû ruiner vos vêtements. Il y avait du sang partout je crois. Je suis désolé. Je trouverai un moyen de les remplacer.
Albus trébucha et rata une marche en fixant sa charge autoproclamée d'un air choqué.
— Mes vêtements? s'exclama-t-il, la voix d'autant plus forte au milieu du silence. Mon cher ami, j'étais bien plus inquiet pour vous!
Harry rougit bien assez pour rendre un Weasley fier.
— Oh, murmura-t-il d'une petite voix. Mais quand même… »
Il se tut. Il ne savait que répondre à cela. Le silence s'étira, mais c'était un silence confortable. Harry autorisa sa tête à aller se poser avec hésitation sur l'épaule d'Albus, puis il ferma les yeux. Malgré le temps qu'il avait passé inconscient dans l'Infirmerie, il était encore fatigué. Quelle heure était-il? Il avait l'impression qu'il était tôt le matin, mais Harry s'endormit avant de pouvoir poser la question.
À son réveil, Harry se trouva dans un lit qui ne lui était pas familier. Le matelas était bien plus moelleux que tout ce sur quoi il avait dormi des années durant. Les draps et les teintures étaient bordeaux et une odeur de chocolat flottait vaguement dans l'air. Il poussa un soupir et s'enfonça un peu plus sous les couvertures. Il ne se souvenait de la dernière fois où il s'était senti aussi calme.
Son estomac poussa un gargouillement et il laissa tomber l'idée de se rendormir afin d'aller trouver de la nourriture. Avant de débarquer dans cette période temporelle, il ne se souvenait pas non plus de la dernière fois où il avait mangé un repas décent. De plus, il ne se sentait plus du tout aussi faible que lors de sa fuite de l'Infirmerie. Il devait être presque guéri.
Harry observa la chambre et devina grâce aux bibelots et au perchoir installé dans un coin qu'il s'agissait de la chambre du Pro - non, d'Albus. Il était tenté de s'y attarder, sa curiosité abondante avide d'examiner plus attentivement ce à quoi ressemblaient les appartements de son futur Directeur. Harry éprouvait néanmoins plus de respect que de curiosité envers sa vie privée et il était de toute façon affamé. Il ouvrit la porte avec précaution et jeta un œil à ce qui semblait être le salon.
Albus leva les yeux, assis derrière le bureau dans le coin, occupé à corriger des copies et son visage s'illumina en le voyant.
« Ah, bonjour Harry. Je me demandais à quel moment vous alliez émerger.
— Je suis désolé, bougonna Harry, soudainement incapable de regarder l'autre sorcier. Je ne voulais pas vous chasser de votre lit.
Albus fit un geste dédaigneux de la main et s'approcha de la table à manger en lui faisant signe de se joindre à lui.
— Il n'y a pas de problème. Vous savez, mon talent réside dans la métamorphose, j'étais donc plutôt confortablement installé. Vous voulez manger quelque chose?
L'estomac d'Harry choisit ce moment pour gargouiller, ce à quoi il essaya de ne pas rougir.
— Oui, s'il vous plaît.
Un grand bol de bouillon et plusieurs tranches de pain apparurent devant Harry. Les elfes de maison avaient apparemment été mis au parfum concernant son cas.
— Madame Basset était on ne peut plus en colère contre vous, commenta Albus en regardant son hôte manger. Et contre moi pour m'être plié à vos désirs.
Harry poussa un léger grognement.
— Il semble que je fais cet effet aux infirmières. Madame P - euh, mon ancienne médicomage s'était mise à placer des protections autour de mon lit et sur les portes pour m'empêcher de m'enfuir dés qu'elle avait le dos tourné.
Son visage se dénua de tout sourire à l'instant où son sort lui revint en mémoire, et il secoua la tête dans l'espoir de se débarrasser de l'image.
Une légère étincelle brilla dans les yeux d'Albus.
— Jedusor a-t-il été transféré à Azkaban? s'enquit le voyageur de temps d'un ton censé être désinvolte en se concentrant sur son repas.
Il ne pourrait pas s'apaiser avant que la jeune version de Voldemort ne soit emprisonnée en toute sécurité.
— Il est prévu qu'il soit escorté là bas ce soir, répondit Dumbledore.
L'air légèrement calculateur dans les yeux verts du jeune sorcier ne lui passa pas inaperçu.
— Vous n'avez pas encore réclamé votre récompense pour avoir abattu le basilic.
Harry le fixa d'un air ahuri.
— Quoi?
Il paraissait surpris.
— Vous n'êtes certainement pas sans savoir que les morceaux de basilic font partie des ingrédients de potion les plus chers et les plus recherchés.
— Oh. Mais…
Harry se retint à peine de remarquer que rien de semblable n'avait été fait la dernière fois. Il se demanda pourquoi le Directeur avait tout bonnement laissé pourrir le basilic dans la Chambre et partit du principe qu'il avait agi ainsi, faute de vouloir attirer l'attention sur le danger ayant régné à Poudlard.
— Nous n'allons pas vendre tous les morceaux en une seule fois, continua Albus face à un Harry silencieux. Nous ne voudrions pas inonder le marché et compte tenu du climat particulier, nous avons décidé que vendre une fraction seulement au départ serait une meilleure idée. Les profits vont être partagés de moitié entre l'école et vous.
Harry lâcha un soupir et s'affala dans sa chaise.
— Au moins je n'aurai pas besoin de trop m'inquiéter concernant l'argent pour le moment, » marmonna-t-il avec soulagement.
Il devrait attendre de voir combien la première vente allait lui rapporter avant de prévoir quoi que ce soit. Il aurait certainement besoin d'économiser pas mal pour une maison ou un appartement, et il n'avait pas encore décidé ce qu'il allait faire pour gagner sa vie de manière stable. Il aurait peut-être besoin de passer une session d'A.S.P.I.C.s à un moment donné et il espérait ne pas devoir fournir un certificat de naissance ou autre. Il se trouvait que passer les A.S.P.I.C.s serait une expérience inédite. Il n'avait pas pu le faire avec Voldemort aux commandes du Ministère.
Albus rodait comme un chien de garde - faute de meilleure expression -, autour d'Harry qui lui déambulait dans la pièce avant de retourner se coucher. Il suspectait le bouillon d'avoir contenu une potion, vu qu'il se sentait étonnement bien.
Après lui avoir adressé un dernier regard préoccupé, Albus partit donner son cours de fin d'après-midi. À son retour dans ses quartiers, il ne fut pas entièrement surpris de ne trouver Harry nulle-part. Il espérait simplement que ce dernier reviendrait une fois Tom à Azkaban.
