Qui frappe à ma fenêtre?
Le hibou et le Garçon Mort…
… Je me suis aventuré sur ce chemin et me suis perdu dans un conte…
… Viennent l'enfer et la marée haute
Mes recherches continueront…
… Un rossignol dans une cage dorée
C'est moi, enfermé à l'intérieur du labyrinthe de la réalité
Viendra quelqu'un qui allègera mon cœur lourd
Il me dénouera, me ramènera à la vie
Tout commence avec une berceuse
— « L'Évasion » de Nightwish et Dark Passion Play
Harry flottait à califourchon sur le balai qu'il avait emprunté à l'école, au dessus de l'eau d'un gris métallique. Même en plein été, le domaine qui encerclait Azkaban demeurait orageux et presque glaciale. Il patientait depuis des heures et, même s'il n'avait plus froid physiquement parlant grâce à l'emploi judicieux de sortilèges chauffants, ces derniers n'étaient pas très efficaces face au désespoir généré par les détraqueurs. Et du désespoir, l'âme d'Harry en transportait pas mal. Il regrettait de ne pas avoir fait un détour par les cuisines et supplié aux elfes de maison quelques morceaux de chocolat avant son départ de Poudlard.
En théorie, il n'avait pas attendu pour rien. Albus ne lui avait donné qu'une fourchette horaire très large, et l'apparition de Jedusor escorté par les Aurors aurait pu lui échapper. Il suivait en l'occurence le bateau depuis les airs avec attention, désireux plus que jamais de la couverture que lui aurait offerte sa Cape d'Invisibilité. Les nuages le cachaient de manière assez efficace, mais le froid et l'humidité n'en valaient presque pas la peine. Il aurait dû appliquer un Impervius sur ses lunettes, déglutissant avec difficulté en se souvenant de l'instant où Hermione le lui avait enseigné, avec ses cheveux châtains frisés et son ton clair et réfléchi. D'une infaillibilité sans faille accompagnée de son génie, c'était là bien leur 'Mione.
Harry cligna des yeux et redoubla d'efforts pour suivre le bateau. Il ne pouvait s'autoriser aucune distraction à cet instant précis. Il pourrait pleurer plus tard. Il n'avait vraiment pas la moindre idée de ce qu'il allait faire et cette perspective l'ébranla. Il voulait s'assurer que Jedusor atteigne bien sa cellule. Il voulait s'assurer que ce dernier y reste. Que s'il tentait de s'en échapper, Harry le saurait. Qu'il n'y aurait aucune magouille de la part du Ministère. Qu'aucune substitution ne serait mise en place de sorte à ce que personne n'ait conscience du danger, comme avec Barty Croupton Jr. Il n'y aurait pas de problème si Harry pouvait les suivre jusqu'à la cellule, mais il ne pouvait pas les suivre sous sa forme humaine, invisible ou pas. Il devrait rester trop près du groupe, de sorte à être protégé par leurs Patronus. Pénétrer dans la prison sous une forme animale serait une meilleure idée, mais il n'avait jamais appris à devenir un Animagus. Il s'agissait d'un art chronophage pour lequel Harry et ses amis n'avaient jamais trouvé le temps.
Peut-être, décida-t-il rapidement, que des mesures temporaires devraient faire l'affaire jusqu'à ce qu'il ait appris à devenir un Animagus. Après tout, les détraqueurs étaient les principaux gardiens de la prison. Il pourrait facilement éviter n'importe quel sorcier méfiant à l'égard d'un animal rôdant dans Azkaban. Il lui serait aisé de passer au travers des protections. Il était vrai qu'il avait bien plus de pratique en matière de destruction de boucliers, mais la tâche ne devrait pas s'avérer trop compliquée. Il remercia Merlin pour les informations données par Tonks et Kingsley concernant les protections d'Azkaban. Ces informations s'avéraient bien plus utiles que ce qu'ils avaient tous pu imaginer. Il pourrait au final installer des protections sur la cellule de Jedusor de manière subtile jusqu'à rendre toute tentative d'évasion quasiment impossible.
Pendant ce temps là, Harry allait se concentrer sur sa forme Animagus qu'il espérait maitriser au plus vite.
Mais et si… si Tom s'évadait? S'il évadait et qu'Harry ne s'en rendait compte que plusieurs mois, voire peut-être même un an plus tard? Il serait trop tard. L'histoire se répèterait une fois de plus. Cédric et cet air confus figé perpétuellement sur son visage par un éclair de lumière verte. Sirius et cette allégresse moqueuse qui n'avait pas encore été totalement remplacée par la surprise avant de disparaître en un instant. Le Professeur Dumbledore et les membres écartés tel un aigle en plein vol depuis la tour frappée par le tonnerre.
« Non! Neville! NEVILLE! Fais demi-tour, on doit aller le sauver!
— Il est trop tard Harry, gémit Hermione dans un sanglot déchirant. Il est trop tard. Si nous y retournons, nous allons tous mourir. On aura fait tout ça pour rien. »
Luna, empalée sur un arbre, torturée, éviscérée, les vêtements arrachés de son corps, ses yeux rêveurs vitreux dans la mort.
« Non, pas Harry, pas Harry, prenez-moi. Je vous en supplie, ayez pitié. Haaarrryyyy! »
Le dernier souvenir, le son familier des cris de sa mère, sortit Harry de sa rêverie juste à temps pour l'empêcher de basculer du balai. Il renforça ses boucliers d'Occlumancie sans attendre, en se réprimandant pour faire preuve de si peu d'attention alors qu'il s'approchait de l'île infestée par les détraqueurs. C'était stupide de sa part.
Il frotta ses yeux humides sans douceur, convaincu qu'ils étaient rouges à présent mais, vu qu'il était Désillusionné, il partait du principe que ça n'avait pas d'importance. Le bateau était prêt à accoster, Harry plongea donc en vitesse et se cala entre les sorciers et la prison.
L'atmosphère de désespoir se faisait lourde au dessus de lui, jusqu'à le forcer à rassembler toute sa concentration pour se rappeler ce qu'il était venu faire. Des hurlements résonnaient dans son esprit, des images sanglantes s'y imposaient durant ses moments de distraction. L'Occlumancie ne se montrait pas très efficace face aux détraqueurs.
Harry se mordit la lèvre jusqu'à la faire saigner, une douleur qu'il accueillit. Cette dernière le poussait à se concentrer, à repousser ses souvenirs. Il se sentit mieux au fur et à mesure que les Aurors s'approchaient, leur procession flanquée par deux Patronus, un oiseau et un chien.
Apercevoir le visage pâle, hanté de Tom lui causa un moment de panique ; et si ça n'était pas lui? S'il s'agissait de polynectar ou d'un glamour puissant? Harry lança des vrilles de Légilimancie et se glissa dans l'esprit du prisonnier. Les boucliers d'Occlumancie de l'adolescent étaient impressionnants, il voulait bien le reconnaître, mais ils comportaient des failles causées par les détraqueurs. Un coup d'œil rapide lui confirma qu'il s'agissait bien là de Tom Elvis Jedusor.
Harry dégaina sa baguette dés que le groupe lui passa devant, dos à lui, et un sortilège de traçabilité basé sur l'un des projets des jumeaux alla s'accrocher de lui-même à la magie de Jedusor. Les Aurors étaient mal-à-l'aise, il le voyait. Peut-être étaient-ils assez doués pour sentir que quelque chose clochait, ou peut-être qu'Azkaban commençait à faire son effet sur eux. Cela n'avait pas d'importance, du moment qu'il ne se faisait pas attraper. Il attendit qu'ils pénètrent dans le bâtiment avant de s'en aller, bien trop heureux à l'idée de s'éloigner de ce misérable endroit.
Harry pensa un instant à tout simplement disparaître, à ne jamais retourner à Poudlard, à rester loin des yeux trop perçants d'Albus Dumbledore. Il aurait pu donner suite à cette idée s'il n'avait pas été perché sur un balai de l'école. Il était sur le point de voler quelque chose qui appartenait à Poudlard. De plus, y avait-il meilleur endroit pour apprendre à devenir un Animagus qu'auprès d'un discret maître de la métamorphose?
Il n'osa pas transplaner aussi près de l'île, de peur qu'ils puissent en découvrir l'origine. N'importe quel sorcier s'approchant trop près de la prison éveillerait leur méfiance sans aucun doute, et Harry ne pouvait pas se permettre d'attirer ce genre d'attention sur lui.
Il mit une demi-heure à rejoindre le continent et une demi-heure supplémentaire avant de se sentir assez en sécurité pour transplaner. Sa paranoïa rendrait Maugrey fier, ironisa-t-il. Entretemps, il essaya de se convaincre que Jedusor ne s'évaderait pas. Il était loin de posséder les ressources ni le pouvoir qu'il avait accumulés des années plus tard et, de ce qu'Harry avait pu voir, les détraqueurs produisaient toujours un effet sur lui. Tom avait beau avoir un groupe de partisans loyaux à ses pieds, ces derniers n'étaient encore eux-mêmes que des enfants. Très peu, voire aucun, n'étaient chefs de famille et il doutait de leur loyauté après ça. Le règne de terreur de Jedusor avait échoué avant même de n'avoir réellement démarré. Aucun d'entre eux ne voudrait risquer finir comme leur leader.
Le temps qu'Harry apparaisse à la lisière des protections de Poudlard, balai à la main, il était très tard. Il tressaillit à cause de la douleur que lui procurait l'entaille dans sa hanche, et il se rendit compte en touchant le bandage qu'il avait saigné au travers. Ce n'était probablement pas bon signe vis-à-vis de sa santé.
Il ignorait combien de temps il resta là à fixer d'un regard vide le balai pendant que l'épuisement s'emparait de ses membres. Il ignorait comment il aurait pu atteindre le château sans lui. Les Sombrals avaient-ils été apprivoisés avant ou par Hagrid? Et de toute façon, comment aurait-il pu en appeler un? Il partit du principe qu'il aurait pu rester assis dans la Forêt Interdite à attendre l'aide de personne et, même dans l'état confus dans lequel il se trouvait, une telle idée lui sembla très stupide.
Cet argument demeurait discutable dans tous les cas. Harry se sortit de sa rêverie et monta lentement sur son balai. La vitesse et la maniabilité de ce dernier l'avaient légèrement frustré au début - de son point de vue, c'était une vieille daube - mais à présent, cela lui importait peu. Il voulait tout simplement aller dormir.
Harry réussit à aller ranger le balai dans le hangar à balais avant de se diriger vers le château, en trébuchant plusieurs fois sur le sol irrégulier. Il eut du mal à ouvrir les portes et un peu plus encore à les refermer. Il ne réussit à faire que quelques pas avant de s'appuyer lourdement contre le mur au moment où ses jambes se dérobèrent sous lui. Le sorcier blessé glissa contre le mur et alla s'étaler sur le sol de pierres, sa tête chancelant sur le côté.
Le hall tremblotait alors qu'il luttait pour se ressaisir. Harry n'était pas sûr d'espérer que quelqu'un le trouve. S'il devait choisir la personne, il espérait qu'elle soit Albus, mais cela semblait peu probable. Bien qu'il ne chipoterait pas trop si un elfe de maison le trouvait. À moins que ce dernier n'insiste pour l'accompagner à l'Infirmerie. Là, il chipoterait.
Harry baissa les yeux et fut marginalement surpris de voir qu'il tremblait. Puis il réalisa être pris de sueurs froides et maudit mentalement son corps. Azkaban lui avait vraiment fait de l'effet. Il avait le sentiment qu'une fois qu'Albus aurait vu son état, il ne le laisserait plus sortir de son lit durant des semaines. Peut-être qu'un sortilège collant serait de la partie.
Le voyageur de temps était plongé si profondément dans ses pensées qu'il n'entendit pas les pas s'approcher. De ce fait, il sursauta lorsque quelqu'un s'agenouilla devant lui et lui parla, un air inquiet sur le visage : « Que s'est-il passé mon garçon?
Harry détourna le regard et Armando Dippet se dessina devant lui.
— Vous êtes Harry, c'est ça?
Harry acquiesça. Le Directeur avait vraiment l'air inquiet, mais il n'était pas en bonne position pour le rassurer de quelque manière que ce soit.
— Vous êtes mal en point Harry. Je dois vous emmener à l'Infirmerie immédiatement.
Le jeune sorcier se raidit.
— Pas Madame Pomfresh, articula-t-il avec difficulté au beau milieu de son épuisement.
Dippet eut l'air confus.
— Il n'y a pas de Pomfresh dans cette école. Allez, allons à l'Infirmerie.
Il sortit sa baguette afin de transporter l'homme blessé. Harry resta confus un instant avant de se rappeler qu'évidemment, Madame Pomfresh n'était pas encore la médicomage de Poudlard. Il focalisa ses grands yeux verts sur le sorcier face à lui.
— Non. Pas l'Infirmerie, énonça-t-il laborieusement.
Quelque chose dans son ton ou son expression lui donna probablement à réfléchir, puisque le Directeur Dippet fit marche arrière et l'observa longtemps avant d'hocher la tête.
— Où ça alors?
— Albus, » murmura-t-il alors que l'obscurité oscillait au bord de son champ de vision. Il pouvait faire confiance à Dumbledore. Dumbledore allait l'aider.
Harry sentit la légèreté causée par le Sortilège de Lévitation, cette sensation détestable qu'il était une marionnette suspendue à une ficelle, avant de laisser l'obscurité s'emparer de lui.
Une personne qui ne lui était pas familière parlait à son réveil. Comme à son habitude, Harry prétendit être encore endormi, en faisant attention à réguler sa respiration et à ne pas laisser son corps se crisper. La voix était stridente et vraisemblablement féminine. Elle semblait contrariée.
« - et je ne vois toujours pas pourquoi il ne pourrait pas être conduit à l'Infirmerie pour y être mis en observation! »
Harry retint une grimace. Il s'agissait de Madame Basset, cela ne faisait aucun doute. Pourquoi diable toutes les médicomages qui le soignaient se montraient si péremptoires dans leur préoccupation? Faisait-il ressortir ces instincts cachés de surprotection maternelle, ou un je-ne-sais-quoi de semblable?
Il put l'entendre se retirer, et jeta un coup d'œil prudent pour s'assurer qu'elle était bien en train de partir. L'infirmière était une vieille femme, petite et ronde avec des cheveux fins relevés en un chignon. Les mains sur les hanches, elle discutait frénétiquement de quelque chose sur le seuil de la porte avec Albus. Leurs voix étaient trop basses pour permettre à Harry de les entendre, mais il ne doutait pas être le sujet de leur conversation.
La lumière d'un feu de cheminée se répandait dans la chambre, illuminant les cheveux auburn d'Albus qui formaient de douces boucles au dessus de ses épaules. Sa barbe était courte, rasée de près autour de son menton. Il n'avait besoin des lunettes en demi-lune que pour lire, il ne les portait donc pas pour le moment.
Il ressemblait peu à son futur lui. Ses cheveux étaient très superficiellement striés d'une couleur argentée. Harry s'était toujours demandé pourquoi Dumbledore avait choisi de se laisser pousser les cheveux jusqu'à les laisser atteindre une telle longueur. C'était impressionnant et cela lui rappelait les photos de Merlin qu'il avait pues voir dans quelques livres de science-fiction pour moldus. Ils devaient néanmoins le gêner la plupart du temps.
Il n'y avait pas que ses traits physiques qui le séparaient de son futur lui, cependant. Il paraissait presque plus décontracté. C'était avant sa renommée générale, réalisa Harry. Avant de vaincre Grindelwald, avant d'être considéré comme le plus grand sorcier de tous les temps, avant sa réputation d'omniscience et le masque farfelu. Il n'était pas Manitou Suprême, ou Suprême quelque chose-ou-n'importe, ou aucun autre de ses nombreux titres. Il n'était pas le Directeur Dumbledore.
Il était Albus.
Sans qu'il ne s'en rende compte, les lèvres d'Harry formèrent un demi-sourire, avant qu'il ne frissonne à cause de la fraîcheur qui s'était infiltrée dans son âme. Il était plutôt surpris par le discret sentiment de contentement, vu la sensibilité dont il faisait l'objet après une exposition aussi régulière aux détraqueurs des années durant. Il ne se serait pas approché d'Azkaban s'il y avait eu un quelconque autre moyen.
Albus semblait s'être rendu compte de quelque chose, puisque ses yeux voguèrent brièvement par dessus l'épaule de Madame Basset pour venir se poser sur son visage attentif. Son regard s'agrandit légèrement de surprise, puis il lui adressa un clin d'œil avant de recentrer son attention sur la sorcière avant que cette dernière ne remarque sa distraction.
Sa curiosité satisfaite pour le moment, Harry ferma les yeux et attendit. Enfin, les voix s'amenuisèrent au loin et Albus revint peu de temps après.
« Vous avez rendu Cordelia folle de rage, déclara-t-il avec un sourire. Madame Basset, ajouta-t-il devant le regard ahuri d'Harry.
— J'essaierai d'éviter sa fureur à l'avenir, rétorqua sèchement le jeune sorcier. Même si je n'ai jamais eu beaucoup de chance avec les médicomages. Je multipliais les visites à l'Infirmerie durant l'année scolaire.
— Est-ce la raison pour laquelle vous détestez tant l'Infirmerie? demanda Albus avec gentillesse.
Le regard d'Harry se perdit dans le vague.
— Hmmm, murmura-t-il, visiblement peu enclin à élaborer.
— Vous avez sans le moindre doute inquiété Armando, continua le professeur en changeant de sujet. Il n'avait aucune idée de ce que vous comptiez faire pour commencer, puis il vous tombe dessus dans le Hall d'Entrée.
Sa tête oscilla légèrement d'un côté alors qu'il attendait une réponse.
— J'ai besoin d'air, déclara enfin Harry. Je n'ai pas avoir l'habitude d'être cloué au lit, j'imagine.
— En effet, reconnut Albus d'un air pensif.
Il fronça les sourcils en observant le corps d'Harry soudainement et brièvement pris de tremblements. Il cassa un morceau de ce qui se trouvait dans sa main et le donna à Harry en lui ordonnant :
— Mangez ça.
Harry se redressa difficilement avec l'aide d'Albus, et grimaça devant le chocolat que ce dernier lui avait donné. Il en avait beaucoup trop mangé au cours de ces dernières années, jusqu'à ce qu'il commence à associer l'aliment aux détraqueurs. Il s'apprêtait à le mettre dans sa bouche avant de réaliser ce que cela impliquait.
Il se figea en fixant son compagnon serein, les yeux écarquillés.
— Pourquoi me donner du chocolat avant n'importe quelle potion? chuchota-t-il.
Il avait conscience qu'Albus était au courant, mais il gardait espoir de se tromper.
— Vous souffrez toujours de l'influence des détraqueurs, répondit Albus. Je n'ai pas eu trop de mal à deviner où vous aviez disparu. Maintenant, mangez ça. Vous êtes pâle et tremblant. Cordelia n'a pas reconnu les symptômes, non pas que je puisse la blâmer. Il est rare de croiser des détraqueurs et je ne crois pas qu'elle ait jamais eu à traiter une victime de leur présence.
Harry obéit sans réfléchir, en acceptant les autres morceaux qui lui furent tendus après le premier. Il ne pouvait le nier, le chocolat aidait à éloigner les effets persistants causés par ces épouvantables créatures.
— Vous avez essuyé un revers plutôt violent, commenta le sorcier ainé pendant qu'Harry mangeait. Cordelia a pu constater que vous étiez en mauvaise santé avant même d'avoir été blessé. Votre système immunitaire est tellement faible que vous n'aurez d'autre choix que de rester alité jusqu'à être complètement guéri, ou votre corps pourrait ne jamais s'en remettre.
C'était assez prévisible, supposa Harry, lorsque vous passiez des années en cavale sans jamais assez de nourriture et encore moins de sommeil, une guérison partielle ou hâtive de vos blessures couplée à des accès de dépression alors que vos proches étaient décimés un à un. Tout cela l'avait épuisé, physiquement et mentalement.
— Je suis désolée de vous avoir volé votre lit encore une fois, geint Harry à voix basse en se rallongeant parmi les oreillers.
— Laissez tomber et reposez-vous, répondit Albus. C'est tout ce que je vous demande.
Il ferma les yeux, prêt à dormir, mais l'autre voix le coupa dans son élan :
— Vous avez une potion à prendre.
— Juste une? s'interrogea Harry dans une douce incrédulité.
— Madame Basset pensait que vous ne vous réveilleriez pas avant au moins demain, elle a donc tout simplement transféré son apothicairerie dans votre estomac, plaisanta Albus.
Le voyageur de temps fit la moue et tendit la main pour attraper la fiole.
— Sommeil sans rêve? » demanda-t-il en observant la potion.
Albus acquiesça.
Harry gambergea un instant. Il n'avait jamais particulièrement aimé les potions de sommeil, par peur toujours qu'un ennemi en profite pour l'attaquer pendant son sommeil, incapable de se réveiller et donc de se défendre. Mais il ne pouvait nier le fait qu'il en avait besoin. Son sommeil était constamment interrompu et les cernes sombres qu'il arborait sous les yeux pouvaient en attester. Juste cette fois là, peut-être. Albus était là, et la guerre se déroulait loin de Poudlard. Il en assumerait les conséquences plus tard, il le savait. Les cauchemars repasseraient à l'attaque avec plus de violence que d'habitude après avoir été éloignés. Mais dormir une nuit complète en valait certainement la peine.
Il but la potion et rendit la fiole à Albus avant de s'allonger.
« Ç'aurait été mieux si j'avais pu inv'quer m'Patronus, baragouina-t-il, tout juste à moitié conscient.
Il ignorait pourquoi il ressentait le besoin de se justifier. Peut-être parce qu'il ne voulait pas avoir l'air frêle et pathétique devant son mentor d'une autre époque. Ce dernier semblait ne voir Harry que lorsqu'il était dans les vapes ou grièvement blessé.
— Vous savez conjurer un Patronus? demanda Albus surpris alors qu'il observait les effets presque immédiats de la Potion de Sommeil sans Rêve.
— Bien sûr, confirma Harry dans un murmure presque inaudible. Depuis ma troisième année.
Sa respiration ralentit au fur et à mesure que le sommeil le rattrapait.
— Remarquable, se murmura Albus à lui-même en passant ses doigts dans les cheveux noirs en bataille d'Harry dans un geste doux. Absolument remarquable. »
