Chapitre un chouïa plus long ce soir ! Merci pour vos reviews et vos commentaires globalement très positifs. J'ai été confrontée à un léger "dilemme" concernant l'instant ou Albus et Harry commenceraient à se tutoyer... ou pas. J'ai fait un choix à ce sujet (pour Albus d'abord) mais j'aimerais avoir vos avis là dessus ; attendre plus, les laisser se vouvoyer... toutes vos suggestions m'intéressent! En attendant, bonne soirée et bonne lecture :)


Ceci est pour toi - le blâme est à toi.
Écrit sur ta peau
Audible dans ta voix :

La fascination est un mensonge.
« Labyrinthe » de Catherynne Valente

Cherche la beauté, trouve ton rivage
Essaye de tous les sauver, ne saigne plus
Ton intérieur est rempli d'océans
À la fin, je t'aimerai toujours
Le début.
« Le Poète et le Pendule » de Nightwish et Dark Passion Play


Harry se réveilla en sursaut, la transition entre le sommeil et l'éveil immédiate. Il se redressa violemment, ignorant les vertiges, et brandit sa baguette après l'avoir sortie du fourreau attaché à son avant bras d'un mouvement de poignet expert.

Mince, pensa Harry, les yeux plongés dans ceux légèrement étonnés d'Albus Dumbledore. Cette réaction ne trahissait rien.

« Désolé, marmonna-t-il, un peu nauséeux en se rallongeant dans son lit après avoir rangé sa baguette.

Il ferma les yeux, dans l'espoir de faire disparaître le mal de tête et la douleur fulgurante qui se répandait dans son torse.

— Ce n'est pas grave Harry. J'ai les potions dont vous avez besoin juste ici, répondit Albus.

Harry savait bien que ce n'était pas si simple, que sa réaction renforçait sa méfiance, soulevait un autre aspect du mystère que le sorcier essaierait discrètement mais inexorablement de résoudre, mais il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher.

Il se rassit, en faisant plus attention à sa faiblesse cette fois, et fronça les sourcils. Il n'y avait pas fait attention plus tôt, mais la pièce ne lui était pas familière. Ce n'était pas la chambre d'Albus, ce qui témoignait de l'état dans lequel Harry s'était trouvé pour ne pas l'avoir réalisé plus tôt.

— Où suis-je? s'enquit-il avec intérêt pendant que l'autre sorcier disposait les potions sur la table de chevet.

Une étincelle très familière traversa les yeux d'Albus.

— Pendant que vous dormiez hier, le château a décidé de créer une nouvelle chambre à côté de la mienne que les elfes de maison ont décorée. Poudlard semble déterminée à vous voir rester et reprendre des forces. Malheureusement, le petit coin n'est pas communiquant avec votre chambre, mais il se trouve deux portes plus loin. Quand vous vous sentirez mieux, nous pourrons aller acheter certains produits de première nécessité, vu que vous semblez n'avoir rien emmené avec vous dans votre remarquable ruée pour sauver l'école.

Des sentiments contradictoires se bousculaient à l'intérieur d'Harry qui, il en était sûr, se dessinaient clairement sur son visage. Il ne pouvait pas réfléchir à trop de choses pour le moment, il enterra donc le problème à l'arrière de son esprit et décida de vivre au jour le jour.

— Je bois laquelle d'abord? demanda-t-il en grimaçant, et Albus lui tendit les fioles appropriées.

Il réussit à peine à s'empêcher d'avoir un haut-le-cœur à cause du goût et les avala rapidement. Albus rit légèrement devant son air dégouté.

— Encore un jour et vous n'aurez plus que les potions nutritives, commenta-t-il.
— Je vais réussir à y survivre j'imagine, pleurnicha Harry. Et même si je ne peux pas, je ne doute pas que Madame Basset ou vous-même n'éprouverez aucun remord à me forcer à boire les potions.

Albus sourit et changea de sujet.

— Tippy! s'exclama-t-il, et Harry vit un elfe de maison apparaître à son chevet. Albus observa avec curiosité son visage s'adoucir en un air affectueux.

Harry, de son côté, se souvenait de Dobby et Kreatur qui s'étaient, comme trop de ses amis, sacrifiés pour lui - même Winky, qui était venue à bout de sa dépression pour protéger Poudlard. Il n'avait pas vu l'une de ces créatures dévouées depuis si longtemps, et il était déterminé à l'idée de faire tout son possible pour s'assurer qu'aucun d'entre eux n'ait à mourir pour défendre le château.

— Bonjour Tippy, je m'appelle Harry.

Lorsque le silence dura un peu, les grands yeux globuleux de l'elfe de maison fixés sur lui, il ajouta :

— Je suis ravi de faire ta connaissance.

Les yeux se remplirent de larmes, elle attrapa ses longues oreilles, et Harry eut un mouvement de recul en reconnaissant les signes.

— Grand sorcier Harry, monsieur, est ravi de faire la connaissance de Tippy! Grand sorcier est trop aimable, trop aimable!

Elle sanglota presque et s'accrocha à l'un de ses bras.

— Nous savons qu'il est puissant, mais personne ne dit qu'il est si bon.

Albus s'éclaircit la gorge discrètement, une étincelle très familière dans le regard. L'elfe de maison libéra immédiatement un Harry très mal à l'aise, et se balança d'un pied sur l'autre, toujours suffoquée par l'émotion.

— Tippy va s'occuper de vous pendant mes cours. Elle va s'assurer que vous mangez régulièrement, prenez vos potions à temps et n'allez pas vous balader ailleurs.

La fin de la phrase fut prononcée avec une sévérité peu habituelle. Tippy acquiesça avec insistance.

— Tippy va bien s'occuper de Maître Harry, monsieur, et va le protéger pendant son rétablissement. » Elle disparut de leur vue, visiblement dans le but de monter la garde face à n'importe quelle menace.

Harry s'agrippa aux robes d'Albus et le tira vers lui pour pouvoir lui parler sans que Tippy ne puisse les entendre, peu importe où elle se trouvait.

« Dites-moi que ce ne sont que les elfes de maison, souffla-t-il.

Le professeur gloussa, indifférent au regard furieux d'Harry. Les cicatrices sur le dos de la main d'Harry attirèrent momentanément son attention. Elles semblaient former quelque chose, presque comme…

Sa main surgit pour attraper celle d'Harry en oubliant complètement la question qui lui avait été posé. Harry fit son possible pour cacher les cicatrices, mais il était trop tard. Albus avait vu les mots gravés dans sa peau, Je ne dois pas dire de mensonges.

— Qui t'a fait ça? siffla-t-il, une lueur furieuse brillant dans ses yeux.

Harry était tellement abasourdi par le changement brutal de comportement, qu'il fut incapable de trouver les mots pour lui répondre.

— Qui t'a fait ça? répéta Albus. Les plumes saignantes ont été interdites il y a plusieurs années pour toute autre utilisation que pour la signature de contrats magiques. Qui t'a torturé?
— Je-je, bégaya Harry. Je ne… Elles sont illégales?
— Répondez à ma question Harry, asséna l'autre à voix basse.
— Ce n'est qu'un ancien professeur. Je pense qu'elle était folle, vraiment. Les choses qu'elle a faites plus tard, après avoir été virée…

Il se tut dans un frisson en se souvenant du plaisir dégoutant qu'elle prenait à traquer les Nés-Moldus comme s'ils n'étaient rien de plus que bétail.

— C'était une vieille salope complètement cinglée, grommela-t-il.

Albus resta surpris un instant devant la facilité avec laquelle Harry jurait, avant que son attention ne se recentre sur des choses plus importantes.

— Comment s'appelait-elle? exigea-t-il. A-t-elle été punie?
— Son nom n'a pas d'importance, répondit immédiatement Harry. Et elle a été tuée.

Il aurait aimé être responsable de cet acte, mais il ne l'avait su qu'à postériori. Sa mort faisait partie de quelques bonnes nouvelles au beau milieu d'une guerre longue et brutale.

— Il a son importance, insista Albus, mais il réalisa que l'instant interrogatoire avec son hôte était à présent terminé.

Harry secoua la tête et changea de sujet.

— Vous n'avez toujours pas répondu à ma question. À propos des elfes de maison et de leur culte du héros, suggéra-t-il devant l'air incrédule d'Albus.
— Ah, répondit le professeur, enclin à l'accompagner dans son changement de sujet pour le moment. Vu que les élèves ne savent pas qui vous êtes, à quoi vous ressemblez ou ne connaissent pas les détails de ce qui s'est passé - bien qu'un impressionnant lot de rumeurs a circulé - seulement l'une d'entre eux semble en adoration devant vous pour le moment.

Harry y réfléchit un court instant avant de s'allonger dans un soupir de désespoir. Merlin, il n'aurait jamais cru avoir à nouveau à faire à l'adoration de Mimi un jour. Maintenant qu'il s'était comporté en chevalier servant pour sauver la fille vivante, impossible d'évaluer le degré de dégâts supplémentaires qui pourraient être engendrés.

— Mademoiselle Mimi Moffat a exprimé le souhait de vous rencontrer et de vous remercier en personne pour lui avoir sauvé la vie, continua Albus à voix basse. Je crois que ses parents souhaitent faire de même, dés que vous serez guéri. C'était très héroïque de votre part.

Harry grimaça légèrement. Il était loin du héros que les gens imaginaient en pensant à lui.

— D'accord, accepta-t-il de bonne grâce. Quand ça les arrange, ça ne me dérange pas qu'ils viennent me voir.

Albus lui sourit et se redressa, après avoir encore passé un long moment courbé aux côtés de son patient.

— Nous attendrons que vous soyez totalement rétabli avant de les inviter. Je vous soupçonne d'être capable d'utiliser cette excuse pour aller vous blesser encore plus.
— Hé, Harry ne put s'empêcher de faire la moue et détourna légèrement la tête. Tout ça parce que je suis un aimant à problèmes… Bien que vous soyez le premier à vous en rendre compte aussi rapidement.
— Détendez-vous et guérissez, Harry. J'ai des cours à donner, alors je vous dis à tout-à-l'heure.

Il traversa la pièce, mais fit une pause sur le pas de la porte et tourna la tête vers lui.

— Si vous vous sentez assez bien, nous pourrons discuter ce soir. » Ses yeux bleus clairs interceptèrent le regard émeraude brillant d'Harry et y restèrent accrochés un long moment.

Enfin, après son départ, Harry expulsa un souffle tremblant. Il était a priori temps de réfléchir à des réponses plausibles. Albus Dumbledore ne serait pas dupe longtemps.


Albus s'arrêta devant la porte d'Harry plus tard dans l'après-midi, après avoir entendu des voix chuchoter. Il n'avait plus de cours de la semaine et il était enthousiaste à l'idée d'en apprendre plus sur son mystérieux hôte. Il ouvrit la porte sans faire de bruit, pour ne pas les interrompre, et s'appuya contre l'encadrement de la porte en observant la scène qui se jouait devant lui. Harry le remarqua immédiatement, c'était évident, mais il ne s'interrompit pas au beau milieu de son récit face à une Tippy ignorante qui l'écoutait attentivement. Le sorcier avait réussit d'une façon ou d'une autre à la convaincre de s'asseoir sur son lit alors qu'il était installé contre la tête du lit.

« - et là lorsque le mauvais sorcier a commencé à prononcer l'incantation d'un sortilège qui allait me faire beaucoup de mal, Dobby a sauté devant moi et s'est exclamé, " Vous ne ferez pas de mal à Harry! " Il a tout simplement claqué des doigts et le gars s'est envolé loin loin loin. Dobby était un petit être tellement puissant et un très bon ami, se lamenta Harry, perdu momentanément dans ses pensées.
— Où est Dobby maintenant, monsieur? demanda Tippy.

L'expression que Harry lui adressa était d'une tristesse telle qu'elle en baissa légèrement les oreilles, consciente qu'une mauvaise nouvelle était sur le point de tomber.

— Il était courageux et dévoué, et quand mes deux meilleurs amis et moi avons été faits prisonniers, il est venu nous sauver et nous emmener avec lui. À l'instant même où nous étions en train de partir, il a été poignardé.

Tippy en eut le souffle coupé.

— J'ai creusé sa tombe moi-même et je l'ai enterré sur une colline paisible près d'une petite chaumière. »

Albus écouta attentivement et étudia mentalement chaque petit détail donné. Pourquoi ne me parles-tu pas si librement, Harry? se demanda-t-il, un peu triste. Pourquoi me regardes-tu avec tant de méfiance en surveillant tes paroles à ce point? Mais tout ce qu'il dit fut : « Je vois que vous passez un bon moment tous les deux.

Tippy se releva immédiatement en basculant presque du lit dans sa hâte, puis commença à s'excuser frénétiquement.

— Pas la peine de t'excuser Tippy, l'interrompit Albus avec un sourire bienveillant. Je vois que tu t'es parfaitement occupée de notre patient.
— Tippy est très heureuse d'aider, Professeur Dumbledore, monsieur. Tippy va aller chercher le dîner à présent.

L'elfe de maison pleine d'énergie disparut dans un pop en laissant les deux sorciers seuls.

— Vous avez passé une bonne journée? demanda Albus qui conjura un fauteuil confortable.
— J'ai somnolé presque toute la matinée, répondit Harry sans lui dire qu'il s'empêchait de s'endormir profondément.

Inquiéter Tippy n'avait aucun sens et elle aurait probablement dit quelque chose à Dumbledore s'il était mis à hurler, il le savait.

— Je n'ai pas l'habitude de passer presque toute la journée allongé à ne rien faire, alors je me suis amusé à raconter des histoires à Tippy et à écouter les derniers potins du château.
— Je suis désolé, reconnut Albus l'air contrit. Je n'ai pas pensé à vous laisser quelque chose pour vous distraire. J'ai un certain nombre de livres de fiction moldue, si vous voulez en emprunter quelques uns. De plus, vu que je suis en week-end, je serai à votre disposition, ajouta-t-il enfin en esquissant un sourire.
— Je ne me souviens de la dernière fois où j'ai lu quelque chose qui n'était pas un manuel de magie, commenta Harry.

Il se souvint d'une époque où il avait été très jeune, où il avait eu pour habitude d'échapper à Dudley et à sa bande en allant se cacher dans la bibliothèque. Il avait adoré lire durant cette période. C'était son échappatoire, où il pouvait rêver de quelque chose de mieux qu'une vie de maltraitance et de servitude chez les Dursley. Quand il réalisa tous les soucis que lui causaient les meilleurs notes qu'il obtenait par rapport à celles de Dudleynouchet, il cessa de lire, cessa d'essayer. Ça n'en valait tout simplement pas la peine.

Peut-être que dans cette tranquillité relative, il pourrait raviver un peu de ce bonheur que les Dursley lui avait arraché.

— Je crois que j'aimerais bien lire quelque chose qui ne soit pas un livre de sortilèges.
— Excellent, Albus lui adressa un sourire radieux qu'Harry ne put s'empêcher de lui rendre. Vous êtes une personne vraiment admirable Harry, continua-t-il à voix basse. Peu de sorciers deviendraient amis avec un elfe de maison, sans parler de le considérer comme un égal. »

Le voyageur de temps rougit et l'apparition du dîner l'empêcha d'avoir à répondre. Il était passé du bouillon à la soupe ce qui signifiait, il l'espérait, qu'il pourrait bientôt recommencer à manger ce qu'il voulait. Non pas qu'il s'en plaignait. Il n'avait rien mangé d'aussi bon depuis une éternité.

Harry traina le plus possible, mais à la fin il n'eut plus rien à manger et Albus le fixait de son regard perçant. Il était temps de parler.

Albus fit de son mieux pour que cela ressemble à une conversation plutôt qu'à un interrogatoire, ce qu'Harry apprécia. Le professeur offrit des informations en échange des réponses d'Harry, mentionnant les accidents qui avaient eu lieu au cours des dernières années et ses doutes concernant Tom. Puis, dans l'espoir d'en apprendre plus sur son mystérieux hôte, il lui offrit des morceaux et éléments de sa propre vie et de ses pensées.

Harry était fasciné par ses histoires. Il en apprenait plus sur le sorcier ainé à un niveau beaucoup plus intime cette fois-ci. Le travail qui était attendu des professeurs, des élèves mémorables et des incidents en métamorphose, les essais et erreurs durant ses premières années d'enseignement. Il avait même mentionné brièvement, d'un air coupable, qu'il était fâché avec son frère Aberforth. Harry savait pourquoi, naturellement, mais jamais il ne blesserait Albus en lui posant la question, pas même en feignant la curiosité. Il se sentit contrit - ou dans certains cas, assez coupable - de partager des informations sur sa propre vie, bien qu'il ne s'agissait que des fondements. La façon dont ses parents avaient été assassinés alors qu'il n'était encore qu'un bébé, qu'il avait alors été confié à des proches qui… ne l'aimaient pas beaucoup. Qu'il avait ignoré être un sorcier jusqu'à recevoir une lettre, qu'il s'était fait des amis qui étaient devenus la famille qu'il avait toujours désirée.

Harry ne put en dire plus. Il était encore incapable de se souvenir des nombreux bons souvenirs sans voir ses amis mourir, leurs morts affichées distinctement dans son esprit. Il pleurait très difficilement, son oncle et sa tante s'en étaient assurés. Il avait néanmoins le pressentiment qu'il ne pourrait plus jamais s'arrêter de pleurer s'il commençait à trop en dire sur ses amis, et il refusait d'exposer une si grande faiblesse devant Albus Dumbledore. Le fait que son ancien mentor l'ait vu estropié et ait été forcé de le porter jusqu'à l'Infirmerie était déjà suffisant, d'autant plus après la seconde fois, jusqu'à ses propres quartiers cette fois là. La nuit suivante, le Directeur avait du faire léviter son corps inconscient jusque chez Albus, où se trouvait la médicomage pour l'examiner, et il n'avait plus quitté son lit depuis.

Par la barbe de Merlin, il devait avoir l'air pathétique.

Il sentit enfin le sommeil le rattraper, ses siestes occasionnelles insuffisantes pour le tenir à distance. Son compagnon le remarqua aussi, puisqu'il se leva et déclara : « Il est tard et tu as l'air fatigué, Harry. Je vais te laisser te reposer.

Il n'avait probablement pas bien réussi à cacher son pic de panique soudain à l'idée de dormir, car Albus s'immobilisa et se pencha plus près de lui au lieu de s'en aller.

— Tu vas bien? demanda-t-il d'un air inquiet.
— Bien sûr, répondit Harry en essayant d'esquisser un sourire.

Il se souvenait de ce qui s'était passé la dernière fois qu'ils avaient supprimé ses cauchemars à l'aide d'une potion de Sommeil sans Rêve. Ron avait été livide et Neville tout particulièrement avait semblé au bord de l'évanouissement lorsqu'ils avaient enfin réussi à le réveiller. Il les aurait automatiquement attaqués tous les deux s'ils ne lui avaient pas coincé les bras. Sa gorge avait été si sèche à force d'hurler qu'il pouvait à peine parler, et en déglutissant il avait pu sentir le goût du sang dans la bouche.

Merlin seul savait ce qui pourrait bien se passer en leur absence, maintenant qu'ils allaient rejoindre la foule de gens dans ses rêves qui le rendaient responsable de leurs morts, d'être incapable de vaincre Voldemort?

Harry baissa la tête pour ne pas laisser Albus voir clairement son expression, mais le professeur ne se laissa pas berner. Il lui attrapa le menton avec douceur et força Harry à le regarder : « Tu mens, déclara-t-il à voix basse, sensible à la peur visible dans les yeux d'Harry.

Malgré ses facultés en Occlumancie, le jeune sorcier portait toujours son cœur au bord des lèvres ; la raison pour laquelle une telle discipline avait été si difficile par le passé.

— J'irai bien, affirma-t-il en s'allongeant sur le lit et en lui tournant le dos pour aller fixer le mur d'un regard vide. Ça n'a pas d'importance.
— Harry, » protesta Albus, puis il soupira dans un signe de défaite. Il ne pensait pas gagner cette bataille. Il sortit lentement de la pièce après un dernière coup d'œil vers la forme immobile allongée sur le lit.

Harry attendit que la porte soit close et que les pas s'éloignent avant de sortir sa baguette et d'installer un Sortilège de Silence puissant dans la pièce. Après tout, il ne voulait pas déranger Albus. Il se rallongea et fixa un point dans l'obscurité en passant une main sur sa cuisse à l'endroit où était cachée la Baguette de Sureau. C'était au moins un devoir auquel il n'avait pas encore manqué.


Albus était assis dans son fauteuil habituel, bien installé avec Armando dans le salon du Directeur. Il était profondément perdu dans ses pensées, les sourcils froncés par l'inquiétude que lui procuraient les réactions étranges de son hôte. Ce n'était pas comme s'il avait été ensorcelé et agissait de façon complètement contraire à sa nature. Il s'était tout simplement attaché à Harry, comme s'il l'avait connu toute sa vie. Malgré ses esquives et même ses mensonges qui auraient dû lui inspirer méfiance et prudence, il ne pouvait s'empêcher de faire confiance à Harry au point de vouloir lui confier sa propre vie. Il sentait à l'intérieur d'une partie instinctive de lui-même, qu'il n'existait personne de mieux disposé à qui confier une telle chose.

De plus, Albus n'avait jamais été une personne particulièrement démonstrative, d'un point de vue affectif, pourtant le contact tout banal qu'il avait eu avec Harry paraissait entièrement naturel et spontané. Il n'avait pas réfléchi avant de passer une main dans les cheveux de l'autre ou bien de lui attraper le menton. Même plus tard lorsqu'il eut l'occasion d'examiner la portée de ses actions, ces dernières demeuraient d'une manière ou d'une autre assez étrangères à sa personne, mais n'allaient pas à l'encontre de son instinct naturel de façon rédhibitoire.

Au moins, il était quasiment sûr qu'Harry n'était pas un espion de Gellert. Un espion n'attirerait certainement pas une telle attention sur lui en surgissant de nulle part pour abattre un basilic et sauver Poudlard. Un espion ne débarquerait pas dans le monde d'Albus avec l'épée de Gryffondor forgée par les Gobelins, des trainées de sang et des yeux émeraudes brillants. Il n'aurait certainement pas tenté de s'échapper avant que quiconque ne remarque son réveil.

En définitive, Albus savait ce qu'Harry n'était pas, jusqu'à un certain point. Mais il ne savait pas toujours bien qui il était ni d'où il venait.

« Albus.

Il sursauta et leva les yeux vers Armando qui tentait d'attirer son attention depuis un petit moment.

— Veuillez-m'excuser, Armando.
— Perdu dans vos pensées? s'enquit le Directeur, les sourcils froncés.

Albus inclina la tête d'un air un peu penaud.

— À présent, déclara Dippet d'un ton professionnel. Je suppose que la question la plus importante demeure de s'assurer que Harry n'est pas une menace pour les élèves.
— Il ne l'est pas, rétorqua Albus d'un ton sec, presque sans attendre la fin de la phrase du sorcier plus âgé. Il a sauvé Poudlard d'une menace dont nous n'avions pas la moindre idée. Le traiter comme s'il avait fait quelque chose de mal serait un bien piètre remerciement.
— Du calme Albus, je ne crois pas qu'il mettrait nos élèves en danger, mais la question doit être posée, dit Armando, perplexe devant la véhémence de son Directeur adjoint.
— Bien sûr, reconnut-il, bien qu'une lueur presque glaciale demeurait dans son regard.
— Vous vous êtes attaché à cet Harry, n'est-ce-pas? demanda Dippet.

Albus prit la question au premier degré, son esprit encore trop timide pour y lire une signification plus profonde.

— Je ne sais pas encore pourquoi, mais j'ai confiance en lui Armando.

Le Directeur acquiesça.

— Vos instincts sont souvent les bons et j'ai confiance en votre jugement à ce sujet. Mais pour en revenir à là où nous étions, avez-vous pu l'interroger?

Albus confirma d'un signe de tête.

— Comment-a-t-il su pour Jedusor et le basilic alors qu'aucun d'entre nous n'en avait la moindre idée?
— Harry a affirmé qu'il avait entendu quelques commérages dans le village la dernière fois que Jedusor s'y était rendu, mais ce sont les serpents de la région qui lui ont fourni la plupart des ses informations. C'est un fourchelangue, comme vous le savez et a priori, les serpents étaient au courant dés l'instant où le basilic a été libéré de sa prison, relaya Albus.
— Dans ce cas, pourquoi n'est-il pas allé voir quelqu'un en charge, au lieu de tout simplement se précipiter pour affronter une créature vieille d'un millénaire et un mage Noir? s'interrogea Dippet.
— Il prétend ne pas avoir eu le temps. Il a assuré que ses instincts lui hurlaient qu'il se passait quelque chose de grave. S'il n'y avait pas eu de menace immédiate, il serait allé voir un professeur après s'être assuré que tout allait bien pour le moment.

— Et l'épée de Gryffondor? D'où est-elle sortie?

Inconsciemment, les deux sorciers jetèrent un œil en direction du bureau du Directeur où était exposée l'épée en évidence sur le mur, comme s'ils pouvaient voir à travers la pierre.

— Elle est apparue à Harry quand il en a eu besoin?
— C'est tout? demanda Armando d'un air sceptique.

Albus haussa les épaules.

— Il est bien stipulé dans les légendes que nul autre qu'un véritable Gryffondor ne peut combattre avec l'épée, et il a visiblement prouvé ce courage en s'attaquant au monstre de Serpentard et au descendant de ce dernier. La manière dont l'épée est censée apparaitre n'est mentionnée nul part.

Son compagnon approuva d'un hochement de tête, enclin à clore le sujet pour le moment.

— Qu'en est-il de la facilité troublante avec laquelle il se repère dans le château? Il se passe en général des semaines avant que les gens réussissent à se rendre quelque part sans se perdre et pourtant, Harry semble savoir exactement où il va et comment s'y rendre.

Albus resta silencieux un instant.

— Il n'a pas donné de réponse satisfaisante à ce sujet. Il a mentionné quelque chose concernant l'Histoire de Poudlard et des amis ayant étudié ici.

Armando fronça les sourcils.

— Mais le livre ne décrit que les spécificités de Poudlard, rien en ce qui concerne les lieux. Et même si ses amis lui en avaient décrit le plan… a-t-il donné les noms de ces gens?

Albus secoua la tête, ni l'un ni l'autre ne se montra particulièrement surpris. Armando soupira profondément et se frotta le bout du nez.

— Il y a là trop de questions sans réponse. Qu'a-t-il dit le concernant?
— Peu de choses, répondit sèchement son professeur de métamorphose. Il a perdu ses parents à un jeune âge et a été envoyé vivre chez des proche parents qui, au mieux, le toléraient. J'ai pu découvrir qu'il a passé une grande partie de sa vie dans le Surrey. Il a étudié dans une école de magie, s'est fait plusieurs amis. Rien de très spécifique. Mais j'en déduis que c'est un sorcier très puissant. Il a su invoquer un patronus dés l'âge de treize ans.

Armando eut l'air stupéfait.

— C'est impressionnant.

Albus hésita à mentionner les cicatrices sur les mains d'Harry à l'endroit où il avait été torturé - par un professeur, en plus - mais se raisonna au final. Il aurait trop eu l'impression de le trahir et il ne voulait manifestement pas que les gens soient au courant concernant ses cicatrices. Combien en avait-il collecté au cours de sa courte vie? Il avait remarqué la cicatrice très fine en forme d'éclair sur le front d'Harry et il était persuadé qu'une histoire se cachait derrière cette dernière. Peut-être qu'Harry la partagerait avec lui un jour, quand sa confiance en Albus se serait développée.

— Vous ne pensez pas qu'il a combattu pendant la guerre? commenta le Directeur, interrompant les pensées d'Albus.

Albus y réfléchit. Il y avait pensé une ou deux fois.

— Je ne crois pas. On pourrait le croire à en juger par ses réactions, mais j'aurais sans aucun doute entendu parler de quelqu'un d'aussi puissant et talentueux, en particulier s'il avait disparu du front pour une raison quelconque. Il n'a pas d'accent non plus, ce qui prête à croire qu'il est un citoyen de Grande-Bretagne. C'est… une énigme. »


Il était tard lorsque Albus regagna ses quartiers. Fumseck l'accueillit dans un gazouillis inquiet, le faisant hésiter. Il jeta un œil à la porte fermée d'Harry, soudainement curieux à l'idée d'aller rendre une petite visite à sa charge. Albus secoua la tête. Il se comportait en idiot. Mais en regagnant sa propre chambre, Fumseck protesta et alla voler devant la porte de la chambre d'Harry. Albus fronça les sourcils.

« Juste un petit coup d'œil dans ce cas, » dit-il à l'oiseau de feu, qui alla alors se poser sur son épaule.

Il ouvrit la porte, ses yeux ayant besoin d'un peu de temps pour s'habituer à l'obscurité. Une fois capable de voir, il laissa échapper un souffle saccadé.

Harry était assis vouté dans son lit, tremblant comme une feuille. Ses vêtements et ses cheveux lui collaient à la peau, trempés par la sueur, ses yeux cerclés de rouge et ses joues étaient trempées par ce qu'il soupçonnait être des larmes.

« Harry, murmura Albus en se précipitant aux côtés du sorcier, sans remarquer le Sortilège de Silence qu'il venait de traverser.

Le voyageur de temps ne lui répondit pas, mais produisait des halètements semblables presque à des sanglots.

— Harry, Harry, regarde-moi.

Harry s'exécuta et Albus vit tous les efforts qu'il faisait pour ne pas perdre pieds. Il prit la silhouette souffrante dans ses bras, ignorant la façon dont le sorcier troublé se tendit.

— C'est normal de pleurer. Tu n'es qu'un être humain, » chuchota-t-il.

La compassion d'Albus brisa les murs que la cruauté des Dursley avait construits et Harry s'accrocha à lui, en pleurant tout ce qu'il avait perdu.