Dis toute la vérité mais de manière déformée, conseille mon amie Emily Dickinson.
Adah dans « Les Yeux dans les Arbres » de Barbara Kingslover

Les bois sont beaux, sombres et profonds.
Mais j'ai des promesses à tenir,
Et des kilomètres à parcourir avant de m'endormir
Et des kilomètres à parcourir avant de m'endormir.
« Faire un Saut dans les Bois un Soir de Neige » de Robert Frost


Après avoir passé le week-end à lire des livres sur la métamorphose Animagus, Harry était plus que jamais disposé à faire n'importe quoi pour apaiser son ennui. Il n'avait jamais été du genre à y aller doucement en étant blessé, et Albus avait refusé de l'autoriser à démarrer la transformation tant qu'il n'était pas en parfaite santé.

Hagrid! Ce nom venait de lui foncer dessus avec la force d'un cognard. Hagrid risquait toujours l'expulsion si jamais on le trouvait avec Aragog. Harry devait le trouver le plus vite possible pour le convaincre de libérer l'acromentule. Heureusement, Albus était en train d'enseigner pour le moment. S'il était chanceux, il trouverait Hagrid et reviendrait avant que le professeur ne remarque son absence.

À l'instant même où il était sur le point de sortir, il entendit une forme de réprimande. En se retournant, il fut confronté à l'air désapprobateur de Fumseck, qui ces derniers temps avait adopté un comportement presque aussi protecteur que celui d'Albus.

« Je dois le faire Fumseck, avant qu'il ne soit trop tard, » affirma Harry avec regret, avant de se glisser dans le couloir désert.

Albus sentit l'instant où Harry quitta leurs quartiers, et une étincelle d'irritation passa dans ses yeux. Comme il se doutait que son ami irait peut-être s'épuiser inutilement, il avait installé une protection toute simple qui lui donnerait l'alerte. C'était une bonne chose que les deuxièmes années soient occupés à réviser, sans quoi ils auraient sans doute été terrifiés par la colère d'Albus.

Harry n'avait aucune idée des problèmes qui l'attendaient alors qu'il se dirigeait vers la Tour Gryffondor. Il comptait sur quelqu'un pour être en mesure de lui donner la classe où se trouvaient les Gryffondor de quatrième année à cette heure-ci. Ce après quoi il aurait juste à patienter, puis à intercepter Hagrid dés la fin de son cours. Il était un peu essoufflé une fois arrivé au septième étage, étant forcé à rester au lit sans pouvoir faire d'exercice.

« Le mot de passe? interrogea le portrait.
— Je n'en sais rien. Je voulais juste savoir si quelqu'un était dans la Salle Commune, ou si vous saviez où sont les Gryffondor de quatrième année pendant cette heure? répondit poliment Harry.

Ron et lui avaient appris à leurs dépends à ne pas insulter les portraits, surtout s'il souhaitaient un service de leur part. Non pas qu'Harry n'était pas d'un naturel poli, mais la frustration et les soucis adolescents pouvaient monter à la tête à des moments plutôt inopportuns.

La Grosse Dame l'observa avec méfiance.

— Vous n'avez pas l'air d'un élève, jeune homme.
— Je n'en suis pas un, confirma Harry. Je cherche simplement à aider un vieil ami.
— Dans ce cas, je suppose que je peux vous dire que les quatrième années ont un temps libre, renifla-t-elle. Ce n'est pas vraiment un secret.
— Merci, » répondit Harry avec enthousiasme.

Il partit sans attendre. Connaissant Hagrid, ce dernier passait probablement son temps libre à s'occuper d'Aragog. À moins qu'il eut un autre animal de compagnie extrêmement dangereux caché quelque part.

Ô par la barbe de Merlin.

Non, se rassura Harry. Il aurait mentionné quelque chose s'il y avait autre chose qu'une acromentule et de toute façon, il était élève à cette époque. Il n'avait probablement pas assez de temps pour s'occuper de trop de créatures. Du coup, où Hagrid cachait-il son animal domestique? Il avait été témoin de la scène du journal de Jedusor si longtemps auparavant, mais il se souvenait vaguement d'un endroit près des donjons. Avec un peu de chance quelque chose aurait l'air familier, ou peut-être qu'un sort de localisation pourrait marcher s'il se rapprochait assez de sa cible.

L'air autour de lui se refroidit considérablement alors qu'il descendait dans les donjons, et la lumière tremblotante de la torche le guidait dans les couloirs. Harry se déplaçait sans faire de bruit, avec prudence, en faisant de son mieux pour rester dans l'ombre. Il ne voulait pas croiser un élève, mais il ne voulait surtout pas croiser un Serpentard dans leur domaine du château. Harry fit de son mieux pour ignorer la douleur dans ses articulations et la façon dont ses jambes osaient trembler avec une telle véhémence. Merde, il s'était senti plutôt bien un peu plus tôt. Il aurait aimé que son corps puisse suivre la cadence.

Il poussa un soupir après avoir passé plusieurs minutes à errer sans résultat. Tout lui était familier ; il n'avait pas la moindre idée de la pièce dont Hagrid pouvait bien se servir. Il abandonna l'idée de le trouver tout seul et bougonna une incantation dans sa barbe. Il suivit alors sa baguette qui produisait de légères secousses pour le ramener là d'où il venait, puis au fond d'un couloir étroit caché par une alcôve sombre. Harry devait l'admettre ; Hagrid avait été plus sournois et discret que ce à quoi il se serait attendu, connaissant le demi-géant.

Il finit par entendre une sorte de bagarre et une voix familière, avant de se trouver face à une porte close. Déterminé à ne pas faire trop peur à Hagrid, Harry frappa doucement à la porte.

Le silence régna un instant, puis un bruit de pas trainants mais précipités se rapprocha de la porte. Hagrid passa la tête dehors, en faisant attention à empêcher Harry de voir à l'intérieur. Le cœur d'Harry se gonfla en le voyant. Il avait l'air plus jeune et peut-être un peu plus petit - bien qu'il dépassait toujours tout le monde - et, même à cet instant, il ressemblait tout à fait à l'Hagrid dont il se souvenait. Et toujours aussi nul lorsqu'il s'agissait de garder un secret, remarqua Harry amusé. Le regard fuyant et coupable sur le visage du demi-géant n'aurait même pas pu tromper un enfant.

« Je peux vous aider? demanda Hagrid sur un ton nerveux.
— Bonjour, le salua Harry en souriant, qui faisait de son mieux pour mettre son vieil ami à l'aise. Je m'appelle Harry.
— Rubeus Hagrid, fut sa réponse enchantée alors qu'ils se serrèrent la main.

Il était heureux de rencontrer quelqu'un qui n'était pas impoli ou ne le regardait pas d'un air supérieur. Il pensait pouvoir apprécier Harry.

— Eh bien, Hagrid -
— Vous pouvez m'appeler Rubeus, l'interrompit le quatrième année.
Harry resta déconcerté un instant. Rubeus. Étrange. Penser à Hagrid en tant que Rubeus était encore plus difficile que de penser à Dumbledore en tant qu'Albus. Il s'était adapté plutôt vite au dernier malgré tout, alors il essaierait de faire plaisir à Hagrid et de s'adapter à cet autre changement.

— Très bien Rubeus, Harry testa le prénom avant de continuer. Je dois te parler de ton animal de compagnie.

Hagrid pâlit dangereusement et l'entraina vite dans la pièce avant de fermer la porte derrière lui.

— Qu-quel animal? bégaya-t-il en mettant des coups d'œil vers le coffre en bois situé au centre de la pièce. — Ô là, Ô là, calme-toi Ha - Rubeus, s'empressa de dire Harry. Je ne veux pas te causer de problèmes, je te le promets.

Le demi-géant émit alors un soupir de soulagement.

— Comment savez-vous pour Aragog?

Harry esquiva la question pour se concentrer sur le vrai problème.

— Tu aurais pu avoir de graves ennuis s'il avait été trouvé pendant l'épisode terrifiant de la Chambre des Secrets. Il aurait été simple de dire que l'acromentule était le monstre et que tu étais le responsable. Tu aurais encore des ennuis si quelqu'un le trouvait maintenant.
— Le monstre n'était pas Aragog! protesta le demi-géant. Il n'aurait jamais fait une chose pareille.
— Je sais que le monstre n'était pas lui, reconnut Harry à voix basse. Mais les autorités avaient peur et cherchaient quelqu'un à blâmer. Si quelqu'un s'était fait tuer et que l'on t'avait trouvé avec une acromentule, beaucoup n'en auraient eu que faire de savoir si tu étais le responsable ou pas, ils t'auraient de toute façon puni. Juste pour prétendre avoir accompli quelque chose.
— Ils n'auraient pas fait ça, protesta faiblement le jeune sorcier.

Harry lui adressa un regard de compassion.

— Cela n'aurait pas été la première fois, ni la dernière, qu'un innocent soit reconnu coupable pour un crime qu'il n'avait jamais commis. Mais, continua-t-il pour tenter de détendre l'atmosphère, rien de tout cela n'est arrivé cette fois. Je me fais quand même du souci pour toi et ce qui pourrait se passer si tu gardais un animal aussi dangereux ici.
— Aragog ne ferait pas de mal à une mouche, s'obstina-t-il.
— Rubeus, grâce à ta taille très peu de créatures pourraient gravement te blesser. Mais presque tout le monde dans ce château est physiquement bien plus petit et vulnérable. Et tu sais parfaitement que les acromentules sont dangereuses. Aragog a beau être attaché à toi et toi à lui, être un prédateur très dangereux reste dans sa nature et une créature ne peut pas renier sa nature. Tu le sais bien.
— Je sais, répondit Hagrid avec regret. Mais il est tellement intéressant et j'aime les créatures magiques, surtout les dragons. Ils sont fascinants.
— Avant de remonter, pourquoi n'irais-tu pas libérer Aragog dans la Forêt Interdite? Je suis sûr qu'il peut y survivre et y vivre heureux à son âge.

Pardonne-moi Ron, pensa Harry en imaginant la nuance verdâtre qu'arborait son meilleur ami chaque fois que le sujet d'une colonie d'acromentules était abordé.

— Et si tu veux côtoyer des créatures intéressantes, pourquoi n'irais-tu pas demander au Professeur de Soins aux Créatures Magiques si tu peux l'aider à s'occuper de ses animaux? Cela te plairait surement et après la fin de tes études, tu pourrais travailler auprès de n'importe quelle créature de ton choix. Avec tes connaissances et tes compétences, tu deviendrais vite un expert, ça ne fait aucun doute.

Rubeus s'illumina, les yeux noirs pétillants.

— Ouais, c'est une bonne idée. J'aimerais bien aider le Professeur Herbert, je n'y aurais jamais pensé tout seul. Merci Harry.

Il lui adressa un regard reconnaissant.

— Fais juste attention en transportant Aragog, répondit-il en souriant.
— Oui bien sûr, assura joyeusement le demi-géant en lui tapant dans le dos si fort, qu'Harry dut attraper la porte pour ne pas tomber tête la première.
— Oups. Désolée.
— Il n'y a pas de mal, le rassura Harry. J'ai des blessures qui sont encore en cours de guérison. »

Il sourit un peu tout seul en arpentant les couloirs. Il continuait à faire attention de rester dans l'ombre autant que possible. Hagrid - Rubeus, se corrigea-t-il, avait toujours des facultés à lui remonter le moral sans même avoir à essayer. Il était innocent et confiant. Ne pas se faire interroger sur sa présence ici ou ses connaissances futures était agréable.

Il fit un détour par les toilettes des filles qui abritaient l'entrée de la Chambre de Secrets après s'être brutalement souvenu du Choixpeau Magique. Durant ces derniers jours, le fait que personne n'ait mentionné sa disparition l'avait troublé. Il voulait s'assurer qu'il n'était toujours pas posé sur le rebord d'une fenêtre et tout à fait prêt à le réprimander pour l'avoir oublié. Si cela était le cas, l'un des professeurs s'en serait certainement aperçu en nettoyant puis en scellant les toilettes.

Il mit plusieurs minutes à craquer la sécurité installée sur la porte. Se faufiler à travers les protections plutôt que de les détruire était toujours plus compliqué. La pièce était, heureusement, débarrassée du basilic mort, bien qu'Harry se demanda brièvement où ils pouvaient bien le stocker. Apparement, ils n'avaient en revanche pas eu le temps de restaurer les toilettes.

Il marcha parmi les décombres, cherchant l'endroit où il avait laissé le Choixpeau Magique la dernière fois. Il n'y avait aucun signe immédiatement apparent, ce pourquoi il murmura un rapide « Accio » en s'assurant d'adapter la puissance du sort pour que personne situé à l'extérieur de la pièce ne puisse être affecté.

Vraisemblablement, le Choixpeau Magique avait retrouvé le chemin du bureau du Directeur de lui-même et sans incident. Il se demandait comment diable il avait réussi, ce qui l'impressionna vaguement.

À présent sûr que le Choixpeau n'attendait pas furieusement son retour, il se dépêcha de sortir.

Harry espérait vraiment qu'Albus ne serait pas encore rentré. Il avait retrouvé le chemin de leurs quartiers sans incident pour le moment, et hésita au moment de donner le mot de passe. Après avoir pris une profonde inspiration, il marmonna « Arx Arcturus » et entra.

« Ouf, expira-t-il de soulagement à la vue des quartiers vides excepté pour Fumseck, qui l'accueillit avec un air réprobateur.
— Je crois que j'ai trop poussé, Fumseck. Je vais peut-être aller faire une sieste.

Il gambergea un instant, puis demanda :

— Est-ce que… tu pourrais chanter pour moi? Ça m'avait aidé avec les cauchemars la dernière fois.

L'air sévère de Fumseck s'adoucit et il vola vers lui en pépiant d'un ton encourageant.

— Merci Fumseck, tu es le meilleur. »

Il s'installa sur la tête de lit d'Harry et se pencha vers lui en chantant une berceuse au jeune homme. Il ne put s'empêcher de laisser couler une larme perlée de son œil, qui alla toucher le sorcier sous lui. Mais les blessures qu'il voulait guérir n'étaient pas physiques, alors il ne pouvait pas faire grand chose de plus à part chanter.


Harry se réveilla quelques heures plus tard, avant l'heure à laquelle Albus était censé rentrer. Il alla s'asseoir dans le fauteuil près du feu avec Peter Pan sur les genoux, en tournant les pages d'un geste absent pendant que son pied tapait nerveusement contre le sol. Même s'il s'était pris d'affection pour la fiction moldue, il n'aimait pas ça assez pour en lire plusieurs jours à la suite.

Il était en train d'hésiter à conjurer un paquet de cartes classiques pour jouer au solitaire - il ne savait pas comment créer un dock de Bataille Explosive - lorsqu'Albus pénétra dans la pièce. Harry se leva et alla le saluer. Son vissage se dénua de tout sourire devant l'expression qui avait pris place sur celui d'Albus.

« N'étais-tu pas tenu de rester ici sans aller t'epuiser inutilement? exigea furieusement Albus.
— Albus? l'interpella Harry avec hésitation.
— J'ai installé des protections autour de ces pièces et ils m'ont alerté dés l'instant où tu es sorti.
— Ah, rumina le voyageur de temps à voix basse en réprimant une grimace.

Albus l'attrapa par les épaules mais se retint de le secouer.

— Tu te fiches donc complètement de sa santé ou de ta sécurité? demanda-t-il. Si tu as vécu ne serait-ce que la moitié de ce que j'imagine, tu ne peux te permettre d'être autre chose que parfaitement guéri. Et si tu ne cesses pas de pousser ton corps au delà de ses limites actuelles, tu ne le laisseras jamais s'en remettre totalement.

Harry le fixait, ses yeux verts écarquillés. Il ne s'avait pas quoi dire.

— On te l'a expliqué plus d'une fois.

Albus le regarda attentivement, puis le relâcha en soupirant.

— Ta santé et ton bien-être n'ont jamais fait partie de tes priorités, n'est-ce pas? s'enquit-il à voix basse.
— Je…euh… pas - pas autant que les autres, j'imagine, balbutia Harry d'un ton nerveux.
— Et la mission dans laquelle tu t'es embarqué cet après-midi était une question de vie ou de mort? l'interrogea Albus.

Harry réfléchit soigneusement à la question. Aragog était jeune et faisait à peu près la taille d'un chien pour l'instant. Hagrid l'avait gardé enfermé et caché, il était donc peu probable que quelqu'un ne lui tombe dessus et, même dans un tel cas, Aragog était trop attaché à Hagrid pour aller tuer des élèves de Poudlard. Pour le moment. Hagrid s'assurait de le garder bien rassasié dans tous les cas.

— Non, déclara-t-il enfin.

Albus n'avait pas franchement apprécié cette longue pause.

— D'accord, soupira-t-il en se pinçant le nez. Harry, promets-moi juste de ne pas quitter ces quartiers avant que Cordelia ne te déclare parfaitement guéri. Cela ne devrait pas être trop long, du moment que cet après-midi ne t'a pas épuisé.

Albus le fixait avec un regard si intense qu'Harry ne put lui refuser.

— Je vous le promets.
— Bien.

Il resta silencieux un long moment. Harry commençait à se demander s'il était censé trouver autre chose à faire lorsque la voix d'Albus s'éleva une nouvelle fois :
— Tu as fait la guerre, n'est-ce-pas?

C'était plus une déclaration qu'une question. Harry hésita.

— La Deuxième Guerre, affirma-t-il, les lèvres tremblotantes.

Une réponse aussi bien vraie que trompeuse. Albus pouvait sentir que quelque chose clochait avec cette réponse. Pas un mensonge, mais ses instincts lui dictaient qu'elle cachait plus que de prime abord.

— C'est là que tu as eu tes cicatrices.
— La plupart.

Les Dursley lui en avaient infligé un certain nombre eux aussi, mais Harry serait damné si jamais il laissait filtrer cette information.

— Dans quelle mesure as-tu participé? J'aurais imaginé avoir entendu parler de quelqu'un de si doué et puissant que toi.

Harry détourna timidement le regard devant le compliment.

— J'essayais juste de survivre la plupart du temps, d'échapper aux patrouilles. Mais pourquoi auriez-vous entendu parler de moi?

Il avait une idée de la réponse, mais c'était plutôt grâce à l'aide de connaissances historiques longues de plus d'un demi-siècle.

La question fit hésiter Albus.

— Je suis un… une sorte de conseiller du Ministère.

Harry pencha la tête. Si Albus avait été celui à retrouver et vaincre Grindelwald, que le gouvernement avait approuvé et l'avait assisté dans sa mission, alors Albus devait faire plus que donner de simples conseils.

— Alors je devrais être celui à vous dire de faire attention.

L'esquisse d'un rictus flottait autour de sa bouche.

— En effet, » pouffa Albus.


La fin de l'année scolaire se dessina plutôt lentement, compte tenu du fait qu'il ne restait plus qu'une semaine environ. Albus avait pris l'initiative d'acheter plusieurs robes pour Harry et d'autres produits utiles, avec la promesse de faire plus d'achats aussitôt qu'Harry serait d'aplomb pour faire le déplacement. Enfin, en revanche, vu que l'école était fermée pour l'été, Harry avait été déclaré en fin de guérison et capable d'aller où il le souhaitait. Juste à temps, puisque les parents de Mimi arrivèrent le lendemain du Banquet de Fin d'Année pour le remercier en personne.

Il put s'apercevoir que Mimi tirait ses traits de son père et sa voix stridente de sa mère. Ils étaient cependant plutôt sympathiques, quoiqu'inintéressants d'une manière ou d'une autre. Il resta sur la brèche pendant presque toute la rencontre à cause d'une Mimi très écarlate, occupée à lui faire les yeux doux d'un air faussement modeste, ce pourquoi il rata presque le moment où ils mentionnèrent une sorte de dette perpétuelle.

Il essaya de protester, en leur disant qu'il ne voulait pas leur imposer une dette envers lui, que n'importe qui aurait fait la même chose, mais ils se montrèrent plutôt tenaces à ce sujet. Il leur affirma donc qu'il les solliciterait si jamais il avait besoin de quoi que ce soit. Non pas qu'il comptait le faire, mais cela sembla convenir à la famille. Albus s'était moqué de lui après leur départ.

« Ne sait pas recevoir des compliments, ne sait pas recevoir des remerciements. Tu es vraiment du genre désintéressé, pas vrai?

Harry prit un air renfrogné et choisit d'ignorer le commentaire en allant s'affaler dans le canapé avec un grognement.

— Vous avez vu ça? Vous avez vu ça? Je croyais en avoir fini avec les filles obsédées par ma personne, et voilà qu'elle me regarde comme si j'étais son rêve-devenu-réalité ou un truc du genre. Non pas que je me plaigne de lui avoir sauvé la vie ou quoi, mais quand même.
— Tu serais le 'rêve-devenu-réalité' de n'importe qui, j'en suis sûr, répondit Albus avec une nonchalance calculée.
— Très drôle Albus, marmonna Harry en levant les yeux au ciel.
— Tu as réfléchi aux vacances d'été? demanda le professeur.
— Un peu, répondit prudemment Harry.
— Je vais passer la plupart des vacances dans ma maison à la campagne. Mais si tu préfères, je suis certain qu'Armando pourrait se laisser convaincre de te laisser dans le château.

Le sorcier cadet se redressa en le fixant avec des yeux verts plein d'espoir.

— Vous voulez bien de moi chez vous? Je ne serai pas un fardeau?
— Bien sûr que je veux de toi Harry, rétorqua Albus sans hésitation. Fumseck serait très heureux aussi. Mais je veux te laisser le choix.

Harry lui adressa un grand sourire.

— J'adorerais vous accompagner si vous êtes d'accord.
— Bien, se réjouit Albus. J'ose dire que vu la façon dont Fumseck s'occupe de toi, tu te serais retrouvé incendié jusque dans mon salon dans tous les cas. »

Cela eut le mérite d'amuser Harry. Il pouvait se rappeler attendre avec impatience les vacances d'été pour la toute première fois.