Une nouvelle fois, merci à tou(te)s celles/ceux qui prennent le temps de me laisser une review, je n'avais jamais trop compris à quel point avoir des retours sur ce qu'on écrit/traduit peut être un moteur et ça l'est, alors un grand merci.


Borde-moi sous le bleu

Sous le chagrin
Sous la pluie
Un baiser pour souhaiter bonne nuit à un enfant
Faisant se balancer la lame au rythme de ma berceuse
« Le Poète et le Pendule » de Nightwish et Dark Passion Play


Albus et Harry se joignirent aux professeurs restants pour le petit déjeuner avant de se rendre chez Albus le lendemain du Banquet de Fin d'Année. Harry se sentait inconfortable à l'idée d'être le centre de l'attention, mais il devait de toute façon surmonter la rencontre initiale tôt ou tard s'il comptait revenir au château en septembre.

Slughorn, fut-il heureux de constater, se trouvait à l'autre bout de la table considérablement réduite, rendant toute tentative de conversation extrêmement compliquée. Cela n'empêcha pas Harry de remarquer la lueur calculatrice et possessive dans les yeux globuleux du Professeur de Potions. Il se sentait tout à fait mal à l'aise, un peu comme une sorte d'ananas cristallisé. Il n'y avait aucun doute quant au fait que l'homme pensait qu'il serait un excellent ajout à son Club de Slug, et Harry se fit la promesse d'éviter ce destin à tout prix.

Le sacrifice qu'il avait fait pour obtenir cette distance avec le Serpentard, en revanche, signifiait qu'il se trouva en face de Madame Basset, ce qu'il lui valut une bonne vingtaine de minutes de morale sur sa santé qui semblait combiner, à la fois les réprimandes maternelles de Mme Weasley, et l'expérience matronale de Madame Pomfresh, quoiqu'avec une touche légèrement plus douce qu'il n'en était coutume chez les deux autres femmes.

Le Professeur Galatea Têteenjoy était assise à la droite d'Harry et il l'écouta discuter avec interêt dés qu'il en eut l'occasion. Savoir qu'il existait un Professeur de Défense quelque part en ce bas monde qui n'allait pas faire tout son possible pour le tuer, constituait une information agréable.

Elle parlait présentement du bonus qu'elle avait accordé à l'un de ses étudiants en ASPIC pour avoir réussi à invoquer un patronus corporel. Il sourit légèrement devant sa gestuelle animée, visiblement fière de l'élève qui avait réussi le sortilège.

« C'est extrêmement impressionnant. Je suis stupéfaite de voir qu'un élève de dix-sept ans ait pu produire plus qu'un voile de brume, s'exclama-t-elle.
— Des élèves plus jeunes savent maitriser un patronus, commenta Harry avant de pouvoir s'en empêcher, ce qu'il regretta immédiatement.

Peut-être le professeur prendrait-elle son commentaire comme une insulte? Mais il était fier de ce qu'avait accompli l'AD, qui avait prouvé que même les sorciers plus jeunes étaient capables d'apprendre une magie puissante et complexe.

— Ah oui, vraiment? demanda Professeur Têteenjoy en le fixant avec curiosité.

Il n'y avait rien d'autre à faire que répondre. La main qu'Albus avait posée sur son bras lui donna du courage et il lui adressa un sourire furtif.

— J'ai donné des cours à un groupe d'étudiants de la seconde à la septième année, et l'un des sorts sur lesquel nous nous étions penchés était le Patronus. Une partie des plus jeunes n'avait réussi à ne produire qu'un bouclier brumeux, mais tous les autres avaient produit des Patronus complets. Je crois que la plupart d'entre eux a également pu les invoquer en présence de détraqueurs, songea-t-il d'un air pensif.
— Où ça en ce bas-monde avez-vous bien pu croiser des détraqueurs?

Madame Basset en eut le souffle coupé. Harry se raidit. Merde. Les détraqueurs étaient un aspect si courant de sa vie, qu'il avait oublié qu'ils étaient censés être rarement aperçus en dehors d'Azkaban.

— Nous sommes quelques uns à avoir croisé un groupe de détraqueurs solitaires, déclara-t-il après une pause pleine d'anticipation qui l'aida à rassembler ses pensées, puis il recentra son attention sur le petit-déjeuner.
— Eh bien, commenta Galatea, en voilà un exploit extraordinaire. Vous devez être un très bon professeur Harry. Peut-être devriez-vous réfléchir à venir m'assister en DCFM, ainsi vous seriez en mesure de prendre ma place après mon départ à la retraite.

Le visage d'Harry s'illumina.

— Merci, » bougonna-t-il la bouche pleine de patates, sans faire attention à l'expression pensive qui avait pris place sur le visage d'Albus.

Une tournée de murmures impressionnés s'éleva chez le reste des professeurs avant que la conversation ne se concentre sur d'autres sujets.


Albus transplana avec Harry jusqu'à sa chaumière plus tard dans la matinée. La maison se situait à presque deux kilomètres de tout voisin et à plus de six kilomètres du village le plus proche. Une petite clôture en bois bordait l'arrière d'une maison de deux étages et un jardin fleuri s'étendait devant.

Harry l'adorait.

Elle était petite et retirée. Cosy, décida-t-il en observant le salon avec ses murs bleu pâle, son canapé et son fauteuil aux coussins confortables. Une grande fenêtre laissait entrer les rayons du soleil dans la pièce et une grande cheminé prenait presque tout l'espace contre un mur.

« Votre maison est magnifique, dit Harry à Albus en regardant autour de lui.
— Merci Harry. Je te montre ta chambre?
— Avec plaisir.

Ils s'adressèrent un sourire mutuel.

Sa chambre était couleur crème, avec un grand lit, un bureau en bois brut et une commode. Il partit du principe que la porte à sa gauche était un placard, vu que la salle de bain de l'étage était située au bout du couloir. Il regarda autour de lui, et songea que cette chambre était surement l'une des plus belles dans lesquelles il avait jamais dormi, ce qu'il avoua à Albus.

— Je suis heureux qu'elle te plaise, » se réjouit Albus avec bonheur.


Une routine s'installa entre les deux au cours des premières semaines de l'été. Harry se réveillait systématiquement avant Albus - principalement à cause de ses cauchemars, bien qu'il gardait ce secret pour lui - et avait généralement pris son petit déjeuner avant qu'Albus ne descende. Le frigo était capable de leur fournir tout ce dont ils avaient besoin, dans la limite du raisonnable, grâce à un sortilège de métamorphose compliqué qu'Harry ne se fatigua pas à essayer de comprendre. Leur épicier leur envoyait la facture par hibou chaque semaine et, peu importe si Harry tentait de participer financièrement grâce à la première vente issue des parties du Basilic, Albus refusait de le laisser payer. Harry fit alors ce à quoi il avait été le mieux entraîné, à savoir la cuisine, le ménage, ainsi qu'un peu de bricolage dans le jardin, dans l'idée de lui rendre la pareille d'une manière ou d'une autre.

Le matin après le petit-déjeuner et le soir avant d'aller se coucher, Albus le faisait méditer en vue de sa future forme Animagus. Trois mois qu'il n'y coupait pas et Harry grinçait des dents de frustration. Sa pratique aigüe en Occlumancie aurait dû faciliter et accélérer tout ça, et ça n'était que la partie la plus facile du processus. Alors pourquoi ça ne marchait pas? C'était comme si un espèce d'obstacle mental l'empêchait d'accomplir cette première étape.

Moins ses tentatives donnaient de résultats au fil du temps, plus il voulait hurler de frustration. Il savait bien que l'impatience ne ferait que le freiner un peu plus, mais il ne pouvait s'en empêcher. Harry n'était pas quelqu'un de nature particulièrement patiente.

Devant la frustration d'Harry, Albus décida d'essayer quelque chose d'un peu différent. Il commença à poser des questions concernant la magie d'Harry, en se concentrant sur des incidences accidentelles ou sans baguette. Malheureusement, il n'en eut l'air que plus agité.

« De quelles instances de magie accidentelle peux-tu te souvenir quand tu étais petit? Combien de fois te rappelles-tu avoir utilisé de la magie accidentelle et que s'est-il passé?

Harry prit un air renfrogné, son corps tendu.

— Albus, je ne vois pas quel est le rapport avec ma forme Animagus.
— Je te le jure Harry, cela pourrait te donner une meilleure idée afin de savoir comment procéder. Le potentiel pour la magie sans baguette influence la manière dont devrait être enseignée la métamorphose Animagus et les accès de magie survenus durant l'enfance en sont une indication.

Harry secoua la tête.

— Harry, l'interpella Albus d'un air sévère. Réponds aux questions s'il-te-plaît.
— Vous n'avez pas besoin de savoir.
— J'ai bien peur que si. Si ma méthode originale ne fonctionne pas alors-
— D'accord, rétorqua Harry d'un ton hargneux en se levant, sa patience envolée et sa colère nourrie par sa frustration.

Ses épaules étaient légèrement voutées, comme s'il s'était senti piégé dans un coin. S'il avait été un animal, ses poils se seraient hérissés.

— Je guérissais. Plus vite que la normale, des bleus, des coupures, des fractures. Ma magie m'a empêché de mourir de faim ou de déshydratation et m'a aidé à m'enfuir une fois où je me suis retrouvé sur le toit de l'école. Elle a accéléré mon rétablissement dû à 'l'amour' de ma famille. Elle m'a empêché de mourir d'épuisement.

Il ressentit un contentement vicieux devant la pâleur d'Albus s'accentuant à chacun de ses mots. Laisse le souffrir, c'est de sa faute, tout est de sa faute.

Non, protesta une autre partie de lui. C'était Dumbledore, pas Albus. Ce n'est pas lui, il ne me ferait pas ça.

Mais si! Il m'a abandonné auparavant et il le ferait encore s'il en avait l'occasion! Et encore et encore…

Je ne peux pas le rendre responsable de quelque chose qui ne s'est jamais passé!

C'est de sa faute, c'est lui le responsable!

Ce sont deux personnes différentes!

Harry ne pouvait le supporter, il était incapable de regarder l'homme alors qu'il était en guerre avec lui-même, aux prises avec Albus tel qu'il était, et non pas le Dumbledore qu'il serait devenu. Il pouvait sentir la colère et les reproches d'Harry, sans aucun doute, ce qui lui procurait confusion et tristesse, mais Harry ne pouvait pas s'occuper du sorcier pour le moment. Il fuit à l'extérieur, à l'air frais d'une matinée d'été et tomba à genoux contre un arbre, plongeant sa tête dans ses mains, essoufflé comme s'il venait de courir plus d'un kilomètre.

Il n'avait a priori pas aussi bien réussi à séparer le passé d'Albus Dumbledore et son lui futur qu'il n'en avait eu l'impression. Et il n'était a priori pas aussi indulgent envers son ancien Directeur qu'il avait pensé. Il supposait que ces sentiments de reproche et de trahison frémissaient en lui depuis assez longtemps, Harry étant incapable et réticent de trouver un exutoire chez un homme mort. Maintenant qu'il était vivant, entier et ignorant, il devenait le parfait bouc émissaire.

Mais il ne voulait pas éprouver de tels sentiments envers Albus. Albus qui avait pris soin de lui, l'avait accueilli et avait tant fait pour lui sans rien demander en retour. Albus qu'il venait à aimer comme l'un de ses meilleurs amis, son seul ami proche à présent.

Respire profondément, pensa Harry. Ne réfléchis pas pour le moment. Une brise agitait ses cheveux noirs en bataille et il regardait l'herbe osciller. Les feuilles dansaient et les rayons du soleil peignaient le sol. Calme-toi.

Pris par un instinct quelconque, il s'agrippa à la branche la plus basse de l'arbre et grimpa. Plus haut, toujours plus haut, d'une branche à l'autre alors qu'elles s'amincissaient jusqu'à tout juste supporter son poids. Il s'appuya contre la partie plus élancée du tronc presque tout en haut et admira le ciel bleu dégagé. Harry n'avait pas encore de balai, mais cela était presque aussi formidable. S'élever au dessus de ses problèmes jusqu'à pouvoir les voir clairement.

Harry ignorait combien de temps il resta assis là à fixer le sommet des arbres, mais la chaleur du soleil s'abattit violemment sa tête et il reprit ses esprits. Il était calme, réalisa-t-il. Plus calme qu'il ne l'avait été depuis ses premières tentatives pour trouver sa forme Animagus.

Il ferma les yeux. Albus était Albus. Professeur Dumbledore était mort et révolu, et ressasser de la colère ou de la trahison en pensant à un homme mort n'avait pas d'utilité. Le propre passé d'Harry ne pouvait pas être changé, mais peut-être que sa présence pourrait influencer Albus à un point qui l'empêcherait de devenir un tel manipulateur. L'homme n'avait vraiment rien à voir avec son lui plus vieux.

Harry commença à redescendre, épris d'un sentiment de sérénité, même après avoir glissé d'une branche près du sol pour venir s'écraser par terre sur le dos, le souffle coupé.

« Aïe, grommela-t-il, étalé immobile sur le sol en attendant de reprendre sa respiration.
— Harry? l'appela Albus d'une voix hésitante depuis la petite porte, un regard inquiet tourné dans sa direction alors qu'il roulait sur le ventre avant de se relever.
— Je vais bien, assura Harry assez fort pour laisser sa voix porter. J'ai juste glissé.

Albus lui sourit timidement en le voyant s'approcher de la maison.

— Tu aimerais en parler?
— Non. Harry secoua la tête. C'est du passé tout ça et je préfère ne pas y penser. Mais je suis désolé d'avoir projeté ma colère et ma frustration sur vous, vous ne méritez pas ça.

Ses excuses étaient sincères.

— Ce n'est pas grave Harry. Je sais bien que tu es stressé. Je suppose que ça fait juste partie du jeu lorsqu'on apprend à vivre ensemble. Je me souviens des disputes avec mes camarades de dortoir quand j'étais élève à Poudlard…

Albus se tut, perdu dans ses souvenirs.

— Je vois ce que vous voulez dire, » affirma Harry d'un ton narquois.

Albus haussa un sourcil, et son colocataire plus jeune évita vite son regard. Prends des inspirations profondes, calme-toi, vide ton esprit, appelle ton incarnation animale, se répéta Harry à lui-même. S'il avait pensé que cela allait réellement marcher à cet instant précis, il serait allé s'asseoir avant.

Un museau gris. Une fourrure douce. Des dents acérées. Des muscles lovés sous une peau épaisse. Des yeux d'une couleur ambrée familière.

Soudain, l'image lui fut arraché pour y être remplacée par le visage rieur d'un bébé dont les cheveux changeaient de couleur aussi souvent que ceux de sa mère et dont les yeux étaient de la même couleur ambrée que ceux de son père.

Un gémissement abominable atteint les oreilles d'Harry dans une sorte d'écho, et il se demanda qui faisait un tel boucan. Il mit un long moment avant de réaliser que le bruit venait de sa gorge et il s'accrocha à Albus de toutes ses forces, en étouffant le son contre la poitrine de l'autre sorcier.

Albus eut du mal à dégager Harry de manière à pouvoir le regarder dans les yeux.

« Harry, appela-t-il frénétiquement, Harry!

Harry lutta pour mobiliser son attention sur Albus en apercevant son air terrifié, bien qu'il n'avait pas la force de le rassurer. Il ignorait si les souvenirs avaient débloqué sa forme Animagus ou si sa forme Animagus avait débloqué ses souvenirs, mais l'attaque l'avait complètement pris au dépourvu dans tous les cas.

— Teddy, gémit-il. Mon filleul. J'avais oublié. Oh mon dieu, j'avais oublié, je ne voulais pas m'en souvenir alors j'ai oublié.
— Tout va bien. Tout ira bien.

Albus chuchotait des paroles réconfortantes à l'oreille d'Harry et le tenait contre lui, sans savoir quoi faire d'autre. Il avait vu Harry déprimé et dévasté auparavant, mais encore jamais à ce point.

— J'étais soulagé… quand je l'ai trouvé le premier… qu'Ils n'aient utilisé que… le Sortilège de la Mort.

Albus le serra encore un peu plus contre lui en l'écoutant.

— Pas de torture, pas de sang… pas d'expérimentations, pas de marques. Pas tout ce que sa grand-mère a enduré en essayant de le protéger. Mon petit louveteau Métamorphomage…

Ses paroles se transformèrent en sanglots.

— Ce n'était qu'un bébé! hurla Harry. Mes parents… mon parrain… sont morts pour moi. Et je n'ai même pas pu faire ça pour Teddy! Sa grand-mère et moi… il n'avait plus que nous. Par la barbe de Merlin, je suis un parrain affreux. »

Un peu plus d'une année s'était écoulée depuis qu'il était tombé sur les cadavres de son filleul et d'Andromeda, mais il avait l'impression de les avoir trouvé quelques heures à peine auparavant. Il avait verrouillé ce souvenir tout au fond de son esprit, et les années intermédiaires semblaient n'avoir que renforcé son désespoir. Ses amis lui avaient conseillé d'en parler, d'y faire face au lieu d'ignorer, mais il s'était énervé et les avait engueulé, avait fait la sourde oreille jusqu'à ce qu'ils abandonnent et que lui même oublie. Remus, Tonks, ils auraient tellement honte de voir qu'il les avait déçus, eux et leur fils.

Il était le loup sans son louveteau. Il était Harry sans son filleul. Cela lui déchirait le cœur et il fut surpris devant l'absence de plaies béantes sous sa peau.

Il n'avait vu Teddy que trois fois, mais il l'avait aimé de toutes ses forces. La première fois quand Remus lui avait annoncé sa naissance et avait nommé Harry parrain. Une fois en cavale, où il avait tout simplement tenu Teddy dans ses bras pendant presque une heure, en embrassant les cheveux bruns que le bébé avait adoptés en voyant son parrain.

Et une fois mort. Froid et immobile. Son plus grand échec.

Harry pleurait alors que le souvenir l'attaquait encore et encore, d'autant plus douloureux qu'il avait été inattendu.

« Somnolus, murmura Albus en attrapant le corps désarticulé du sorcier endormi. Oh, mon pauvre Harry. Pourquoi vis-tu des choses pareilles?

Fumseck débarqua dans la pièce en gazouillant tristement alors qu'Albus allongeait Harry avec douceur sur le canapé. Il voulut se redresser mais la poigne d'Harry sur ses robes le bloquait dans une position voutée. Même dans son sommeil, il s'accrochait à la source de réconfort la plus proche et Albus n'avait pas le cœur de la lui refuser.

Il s'allongea sur le canapé à côté d'Harry, en faisait attention à ce que son hôte soit confortable. Il dut agrandir un peu le canapé, mais ça ne posa pas de problème.

Le phœnix du professeur alla se percher sur l'accoudoir au dessus de leurs têtes et chanta doucement pour apaiser un peu plus Harry.

— Les larmes de phœnix ne pourront guérir une telle peine, chuchota Albus en voyant les larmes s'accumuler dans les yeux de son compagnon.

Une impression de constatation triste passa à travers leur lien.

— Tu aimes vraiment beaucoup Harry, murmura-t-il à Fumseck en penchant la tête en arrière pour regarder l'oiseau.

La sensation le frappa d'un seul coup via leur lien et il se surprit à rougir.

— Oui, chuchota-t-il si doucement que même si Harry avait été éveillé, il n'aurait pas pu l'entendre. Je l'aime beaucoup aussi. »


« Je suis un loup, déclara brusquement Harry.

Albus sursauta, n'ayant pas réalisé son réveil.

— Ma forme Animagus, déclara-t-il lorsqu'Albus se redressa pour s'étirer.
— Il est midi passé, dit le sorcier ainé. Tu as faim?

Harry secoua la tête.

— L'un des meilleurs amis de mon père était un loup-garou, clarifia-t-il, dans le but plus d'emplir le silence qu'autre chose.

Il se rendit compte qu'après avoir commencé, il ne semblait plus pouvoir s'arrêter.

— Remus. Il a fini par épouser la fille du cousin préféré de mon parrain, après avoir réussi à la convaincre qu'elle se fichait de sa lycanthropie. Ils ont eu un petit garçon. Ted. Mais tout le monde l'appelait Teddy. C'était un Métamorphomage comme sa mère. Ils m'ont nommé parrain. Puis ils sont morts à la bataille alors qu'il n'avait que quelques mois. Sa grand-mère et moi étions tout ce qui lui restait. Ils sont allés se cacher et je l'ai vu une fois avant leur mort. Tout le monde autour de moi est moi, chuchota Harry. Même mon filleul innocent. J'allais m'assurer que son enfance ne ressemble en rien à la mienne.

Il rit et un semblant d'hystérie s'en détachait.

— Eh bien, elle n'y a pas ressemblé. Elle a été tellement plus courte, putain.

Sa voix craqua et il prit de profondes inspirations pour se calmer pendant qu'Albus lui caressait le dos dans un geste de réconfort et l'écoutait, tout simplement.

— J'étais censé le protéger et même ça je n'en ai pas été capable, déclara Harry amèrement. J'ai refusé de parler de sa mort ou de même y penser, et j'imagine que j'en ai tellement pris l'habitude que je l'ai tout bonnement oublié. Je ne sais pas si c'est le fait de voir ma forme loup qui m'a fait m'en souvenir, ou si mon subconscient bloquait ma forme et que c'est le souvenir de Teddy qui l'a libérée. Je suis désolée si je vous ai fait peur. Je suppose que de refuser d'y faire face n'a fait qu'empirer mes réactions.
— Ce n'était pas de ta faute Harry, le rassura Albus. Rejette la faute sur celui ou celle qui a tué ce pauvre enfant et sa grand-mère, mais jamais sur toi. Je suis certain que tu serais mort pour lui si tu en avais eu l'occasion, mais à présent tu dois vivre pour lui.
— Oui, soupira Harry en s'appuyant contre lui. Vous avez raison Albus, c'est juste plus facile à dire qu'à faire. »

Peu importe la personne qui l'avait maudit en l'affublant du titre de Survivant, Harry priait pour qu'elle soit en train de rôtir en enfer. Il avait l'impression de constamment vivre aux dépends des autres.