Les licornes galopent tout là haut

Puissantes dans leurs manteaux de blanc

On se retourne pour les observer et nos yeux brûlent

Je continue… Je continue…

Les vampires s'épuisent

Les manteaux de blanc tous tachés de rouge

Mon cœur brûle de désire

Je continue, je continue

« Quelques Jours Avant l'Hiver » de Vanessa Carlton


Harry jeta un coup d'œil inquiet à l'horloge en nettoyant la table d'un geste absent pour la troisième fois ce matin là. Il était neuf heures trente passées. Albus dormait rarement jusqu'à neuf heures. Il avait déjà fini sa course matinale à travers les bois et autour de la propriété. Harry n'osait pas se laisser aller. Il s'appliquait à apprendre n'importe quel sort utile qu'il pouvait trouver dans les livres d'Albus, et travaillait religieusement sa précision et sa vitesse en conjurant des sorts. Ce n'était pas aussi efficace qu'un duel amical, mais il ne voulait pas demander à Albus de tout laisser tomber pour l'aider, alors qu'il était souvent occupé dans son bureau quand il n'était pas en train de lui enseigner la métamorphose Animagus.

Harry s'appuya contre le comptoir, ses doigts tambourinant contre le plan de travail. Des scénarios de plus en plus désagréables se bousculaient dans son esprit jusqu'à ce qu'il décide qu'il en avait assez. Il devait aller voir Albus s'il comptait garder sa santé mentale.

Il grimpa discrètement les escaliers et ouvrit la porte de la chambre d'Albus d'un geste gêné, assimilant la pièce d'un coup d'œil. Il vit la silhouette agitée d'Albus, les draps balancés à moitié par terre, et l'entendit geindre. Un cauchemar, réalisa immédiatement Harry.

« Non, arrête… Non… Ariana, » chuchota Albus.

Je suis vraiment contagieux, réalisa Harry avec un rictus méprisant. Comme un virus. Il aurait été prêt à parier que sa crise de nerfs causée par le souvenir de Teddy, avait déclenché ce cauchemar.

Il fit un pas dans la chambre, puis s'arrêta. Albus aurait peut-être préféré qu'Harry ne soit pas témoin de cette scène. De plus, il n'avait pas beaucoup d'expérience lorsqu'il s'agissait de consoler les autres après un mauvais rêve.

Mais Albus ne méritait pas de souffrir plus que nécessaire, et avait été si gentil avec Harry quand il l'avait trouvé juste après l'un de ses cauchemars. Il traversa la chambre, et alla s'asseoir sur le lit en faisant attention de ne pas déranger son occupant. D'aussi près, il pouvait voir les larmes couler le long des joues d'Albus et se sentit complètement impuissant. Que devait-il faire? Il savait qu'il valait mieux être secoué afin de se réveiller aussi vite que possible lorsqu'il s'agissait d'un cauchemar bruyant et violent, mais ce n'en était pas un. Celui-ci se nourrissait d'une peine discrète, dévastatrice et incurable.

Harry fronça les sourcils en réfléchissant. Il essayait de se souvenir de ce que les filles avaient fait ; ce que tous ses amis avaient fait pour lui en essayant de le réveiller s'il n'hurlait pas à pleins poumons.

D'un geste hésitant, il posa ses doigts contre le front d'Albus, puis les passa avec douceur dans ses longs cheveux auburn. Le sorcier se calma légèrement, mais continua à gémir et à tressauter. Harry avait du mal à se rappeler ce qu'ils avaient fait d'autre.

« Tout va bien Albus, chuchota-t-il d'un ton aussi apaisant que possible. Tout va bien.

Harry ferma les yeux, il constata qu'il se sentait moins timide ainsi.

— Vous ne pouvez rien y faire, c'est du passé maintenant. Tout le monde fait des erreurs Albus. On fait tous des erreurs. Ce n'est pas de votre faute. N'endossez pas toute la responsabilité. Ça devient plus facile avec le temps. Apprenez juste de ce qu'il s'est passé et passez à autre chose. Pleurez autant que vous voulez, mais ils ne vous voudraient pas si malheureux. Elle t'aimait. Elle vous aime encore, même si elle n'est plus là. »

Il continua à réciter une litanie réconfortante régulière, parfois à peine conscient de ses paroles, mais presque certain qu'elles constituaient ce qu'Albus avait besoin d'entendre.

Harry baissa la tête vers son ami et se tut au beau milieu d'une phrase. Les yeux d'un bleu cristallin d'Albus étaient ouverts et le fixaient d'un air effaré. Il rétracta lentement la main qui était emmêlée dans les cheveux de l'autre, incapable de détourner le regard. Il ouvrit la bouche comme s'il allait parler, puis la ferma à nouveau. Il ne savait pas quoi dire.

Puis, tout à coup, une baguette se brandit contre sa gorge, les yeux d'Albus plissés de méfiance et de désespoir.

« Qui es-tu vraiment, exigea-t-il, d'une voix si basse qu'elle s'apparentait presque à un grognement.

Harry le regarda simplement à travers un lourd regard un long moment, avant de basculer la tête en arrière pour exposer sa gorge un peu mieux à la baguette du professeur.

— Tu vas me tuer Albus? demanda-t-il doucement.

Albus ignorait si Harry savait qu'il ne lui ferait pas de mal, ou si Harry considérait toujours sa vie avec un tel dédain. Dans un cas comme dans l'autre, il baissa sa baguette puis la tête. Il savait, réalisa Albus, son corps tout entier brûlant de honte. Harry savait au moins quelque chose concernant ce qui s'était réellement passé avec sa sœur. L'idée de savoir comment le désespérait, mais jamais il ne pourrait faire de mal à Harry.

Il fut arraché à ses pensés par l'étreinte brève, maladroite que lui donna Harry.

— Le petit déjeuner est prêt si tu as faim, dit-il. Je vais te laisser t'habiller. »

Il sortit de la chambre principale discrètement et alla s'appuyer contre le mur en soupirant. Un gloussement dénué d'humour lui échappa quand il se redressa, et se dirigea vers la cuisine. Ils faisaient vraiment la paire tous les deux! Deux hommes presque brisés.

Harry remarqua la pâleur sur le visage d'Albus quand ce dernier apparut dans la cuisine bien éclairée, et une rougeur certaine demeurait autour de ses yeux. Le sorcier ainé évitait son regard, alors Harry se tourna pour sortir, en pensant que cela serait bénéfique pour Albus.

« Attends, dit-il à voix basse et Harry s'arrêta. J'aimerais te parler dans le salon après avoir fini de manger, s'il-te-plaît.

— Bien sûr, obtempéra le voyageur de temps.

Albus fixait le vide, en ne faisant pratiquement que tripoter la nourriture dans son assiette au lieu de la manger. Il reculait l'inévitable, il le savait, et trembla devant la soudaine certitude d'être bientôt rejeté. Il était attiré par Harry. Profondément attiré par Harry. Il pouvait se l'admettre à présent, conscient que le rejet était imminent. Son compagnon avait au moins connaissance d'une partie de sa plus grande honte. De son passé affreux.

Aberforth le haïssait toujours.

En se souvenant du peu qu'Harry lui avait raconté concernant ses moldus, il se demandait de temps à autre et de manière brève, si Gellert n'avait pas raison à propos de l'ordre des choses, et s'il n'avait pas tout simplement commis une erreur au moment de l'exécution. Puis il se sentait plus qu'un peu horrifié face à ses propres songes. Il ne voulait pas qu'Harry pense du mal de lui, et il ne voulait pas s'égarer de façon à redevenir le sorcier arrogant et assoiffé de pouvoir qu'il avait été.

Albus poussa un soupir et recula sa chaise. Il ne pouvait pas retarder l'instant plus longtemps. Ils devaient discuter tous les deux.

Harry était affalé sur le canapé, un livre ouvert posé sur son torse lorsqu'Albus pénétra dans la pièce. Le jeune sorcier se rassit et lui adressa un sourire hésitant.

« Bonjour, dit-il.

— Je ne sais pas par où commencer, bafouilla Albus avant d'aller s'asseoir dans le fauteuil.

Harry resta silencieux, et laissa à Albus tout le temps dont il avait besoin afin de rassembler ses pensées.

— Tu es au courant de certaines choses qui se sont passées avec… avec Ariana, chuchota-t-il.

— Oui.

Il n'avait aucun intérêt à le nier.

— Comment?

La voix d'Albus buta sur le mot, et Harry vit tout à coup à quel point il craignait que d'autres ne découvrent son passé.

— Juste deux trois choses que j'ai entendues à Godric's Hollow, répondit-il de manière évasive. Qui ne sont ni connues ni ébruitées. Ne vous inquiétez pas.

Albus n'eut pas l'air particulièrement rassuré, mais il n'était pas sur le point de déclencher une crise de panique non plus.

— Vous n'avez pas besoin de me le dire Albus, affirma Harry avec douceur. Ça ne va rien changer à ce que je pense de vous.

Le cœur d'Albus battait la chamade. Harry pensait du bien de lui. Cela était implicite, bien sûr, mais n'avait jamais été admis à voix haute par quiconque.

— Je crois que je te dois bien ça, avoua-t-il avec une surprenante honnêteté. Et je crois que cela pourrait nous rendre service à tous les deux.

À guérir de nos démons, demeura inexprimé. Harry avait partagé certains des traumatismes de son passé, qu'Albus en fasse de même n'était que justice.

— Je n'ai jamais parlé de ça à personne. C'est… difficile. »

Alors Albus lui raconta tout ; à propos d'Ariana, de Grindelwald et d'Alberforth, avec plus de détails qu'il n'en avait eu à disposition jusqu'alors. Harry écouta en silence, attentivement, sans juger les confessions de l'autre sorcier. Il vit des larmes s'accumuler dans les yeux d'Albus à plusieurs reprises, bien qu'il ne les laissa pas couler. Albus avait vécu avec cela sur la conscience bien trop longtemps durant pour s'effondrer comme l'avait fait Harry. Il était honoré d'être la personne à laquelle Albus se confiait, presque sûr que le Professeur Dumbledore du futur n'avait jamais choisi personne à qui confier une telle chose. Pas même le Professeur McGonagall.

« Merci de me l'avoir dit Albus, déclara Harry d'un ton solennel en posant une main sur son épaule. Et juste pour qu'il n'y ait aucun doute, mon image de vous n'a pas changé. Comme je vous l'ai dit plus tôt, on fait tous des erreurs, et vous êtes assez intelligent pour apprendre des tiennes.

Son sourire était sincère, quoiqu'un peu mélancolique.

— Merci, » chuchota Albus, incapable de trouver les mots qu'il voulait pour exprimer sa gratitude, mais Harry comprit.


Harry demeura maussade les jours suivant sa dernière et pire crise de nerfs. Il concentra toute son énergie sur l'étude de l'anatomie d'un loup et les essais pour se transformer. La partie la plus difficile et vitale lorsque vous deveniez un Animagus, était de vous mettre dans l'esprit de l'animal. Comment pouvait-il penser comme un loup? C'était une énigme sur laquelle il méditait la plupart de son temps libre.

Albus s'enfermait dans son bureau plus souvent qu'il n'en ressortait ces derniers jours, pour déchiffrer les messages codés qu'il recevait par hibou. Les quelques coups d'œil qu'Harry avait pu jeter dans la pièce, lui avaient montré des papiers empilés sur le bureau, tant de papiers qu'il en débordait et des volumes divers ouverts à des pages précises. Harry était curieux, bien sûr, mais cela ne méritait pas sa attention. Il n'y avait aucun moyen pour qu'Albus ignore son entrée par effraction, tout ça pour aller feuilleter des documents de guerre sensibles. Il serait porté devant le ministère avant de pouvoir cligner des yeux et probablement emprisonné, son absence d'historique jouant contre sa faveur. Ce scénario était l'un des pires qu'il pouvait imaginer ; le gouvernement découvrirait son voyage dans le temps, et l'enfermerait pour de la recherche et des expériences, fracturerait son esprit pour découvrir ce qui allait se passer et comment utiliser le voyage temporel à son propre avantage. Sa méfiance à l'égard du ministère de son époque avait naturellement été transférée à ce ministère, et il voyait facilement ce dernier l'utiliser pour son propre gain égoïste, ou bien des informations fuiraient jusqu'à un Mage Noir opportuniste.

Non. Personne ne pouvait jamais savoir qu'il était un voyageur de temps. Simplement satisfaire sa curiosité ne valait pas le risque.

De plus, Harry ne savait rien de la guerre qui était menée. Il était expert en guerre de guérilla, pas en cette espèce de chaîne de commandement, de bataillon organisé. Ron serait probablement dans son élément en tant que stratège de la Seconde Guerre Mondiale, mais Harry était plutôt nul aux échecs et à tous les jeux stratégiques.

Il avait brièvement considéré l'idée de se porter volontaire pour aller se battre, mais il en avait assez. Sans parler du fait qu'il ne ferait pas un très bon soldat, ayant toujours eu un problème avec les règles et les figures d'autorité. Non, il valait mieux laisser les experts se débrouiller avec la Seconde Guerre Mondiale. Il serait néanmoins présent aux côtés d'Albus dans son combat contre Grindelwald. Il l'avait décidé longtemps antérieurement pour être honnête, mais les confessions d'Albus n'avaient fait que confirmer sa décision.

Harry ne pouvait pas en vouloir à Albus d'hésiter à aller confronter son vieil ami. Son hésitation était principalement due au manque d'informations sur la localisation et la défense des quartiers généraux du tyran, bien qu'un autre aspect du problème ne pouvait être négligé. S'il avait été à la place d'Albus et que Ron ou Hermione avait été responsable d'un tel fléau, il ignorait s'il aurait été capable de se résoudre à participer à un duel qui se terminerait certainement à la mort de l'un d'entre eux.

Encore un an, songea Harry. Un peu moins que ça, avant le célèbre duel entre Dumbledore et Grindelwald.

Albus passait aussi plus de temps loin de la maison. Il n'était pas encore parti de nuit entière, Harry était donc plutôt confiant quant au fait qu'il n'avait pas quitté le pays, mais ses absences l'inquiétaient. Il s'était résigné à aller se présenter à la population reptilienne locale, mais les serpents n'étaient pas les plus bavards, les serpents non-magiques en particulier.

Ce jour là, Albus l'avait passé à travailler frénétiquement dans son bureau, n'en émergeant que pour les repas et les leçons de métamorphose Animagus. Ces dernières ne s'était pas bien déroulées. Le sorcier cadet avait brulé le déjeuner et s'était retrouvé deux fois avec des oreilles de loup.

« Tout va bien Harry? demanda Albus avec inquiétude. Tu as été un peu agité toute la journée.

— Je ne sais pas. Quelque chose…

Il se tut. Il s'était senti mal-à-l'aise toute la journée, comme si un danger s'approchait. Et ses instincts lui avaient sauvé la vie plus d'une fois.

— Quelque chose de grave va se passer.

Pour la vraisemblablement millième fois ce jour là, il passa ses doigts contre sa cuisse à l'endroit où se cachait la Baguette de Sureau. Elle était toujours là, se rassura-t-il. Et sa propre baguette ne quittait jamais le fourreau attaché à son bras.

— Qu'est-ce que tu veux dire? le questionna Albus, le regard s'intensifiant. Quel genre de danger?

Harry haussa les épaules de désespoir.

— Je ne sais pas, répéta-t-il. »

Albus ne dit rien de plus. Mais Harry remarqua lorsqu'il ajouta de nouvelles protections temporaires aux portes qui menaient dehors et à son bureau.


« Harry, réveille-toi.

Même s'il n'était que trois heures passées du matin, Harry fut instantanément en alerte, sa baguette à la main.

— Albus?

Il plissa les yeux, apercevant à peine les traits du sorcier dans le clair de lune qui passait à travers la fenêtre.

— Quelqu'un se faufile à travers les protections de la propriété, indiqua Albus. Ils ont installé des protections Anti-Transplanage et Anti-Portoloin. Si tu te dépêches, tu devrais probablement pouvoir te glisser sans être remarqué et transplaner.

— Et vous? s'enquit Harry les sourcils froncés.

— Les documents et les plans… ils ne sont pas assez bien gardés, dit Albus.

— Alors, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que je vous laisse vous débrouiller seul.

— Harry, commença Albus.

— Non Albus, Harry prit un air renfrogné. Non. Et on perd du temps à discuter. Ils reviendront une autre fois de toute façon s'ils partent sans ce qu'ils sont venus chercher. Nous devons nous battre.

— Très bien, répliqua-t-il d'un ton mécontent.

— Ils sont combien? interrogea Harry.

— Ils se déplacent d'habitude en groupe de trois à six.

— Ils sont plus nombreux que nous alors. Ils vont probablement se séparer et pénétrer les deux étages en même temps.

Albus approuva.

— Nous séparer aussi pourrait être une meilleure idée, et compter sur l'élément de surprise va nous laisser du temps pour mettre la plupart d'entre eux hors d'état de nuire avant qu'ils ne puissent réaliser que nous avons conscience de leur présence.

— J'imagine que vous allez protéger le bureau?

Devant son hochement de tête, Harry continua :

— Je surveillerai l'entrée d'ici. Ils vont devoir me passer sur le corps s'ils veulent se regrouper. Combien de temps avons-nous?

— Quelques minutes tout au plus, répondit Albus. Fais attention à toi Harry.

La lumière faible compliqua l'observation, mais Harry avait l'impression qu'il était devenu plutôt livide.

— Fais attention à toi aussi, » murmura-t-il alors qu'Albus sortait d'un pas rapide.

En faisant attention à ne pas s'attarder sur tout ce qui pourrait mal se passer, il se Désillusionna et alla rejoindre son poste à côté de sa porte ouverte. Tout était calme alors qu'il attendait. Une éternité sembla s'écouler avant qu'il n'aperçoive le premier semblant de mouvement. Ils étaient trois, se déplaçant silencieusement et se mélangeant presque parfaitement aux ombres. Si Harry n'avait pas été spécifiquement en train de chercher des intrus, il ne s'en serait jamais aperçu.

Le calme qu'il ressentait toujours dans des situations de force majeure s'abattit sur lui, et sa concentration fut tout à coup aussi aiguisée que la lame d'un couteau. Il prit une profonde inspiration, prêt à lancer -

Et plongea sur le côté au moment où un éclair de lumière causé par un sort fit exploser la porte.

« Protectaire Enssus, » cria-t-il et la prochaine rafale de sorts ricocha sur un bouclier doré.

Comment avaient-ils su qu'il était là?

Bombarda, lança-t-il silencieusement. Stupefix. Reducto. Expulso. Skae Marxus. Protego. Il restait trop sur la défensive à son goût, mais il tenait tout à fait tête à ces trois assassins.

Un sortilège violet foncé toucha son coude gauche qui s'engourdit instantanément.

Merde, jura Harry en remarquant le lit bruler dans sa vision périphérique. Il n'eut cependant aucune chance d'éteindre le feu, en témoignait une panoplie de lumière multicolore qui se précipita sur lui. Comment savent-ils où je suis bordel? Le Sortilège de Désillusion n'était naturellement pas parfait, mais sous une lumière si faible il aurait dû être pratiquement impossible à voir.

Il les surveillait de son mieux en esquivant, se retournant et plongeant dans la pièce. La réponse était là, sur le bout de sa langue.

Le bureau explosa et seuls les réflexes exceptionnels que possédait Harry envoyèrent les débris à toute vitesse sur deux des trois assassins avec une force meurtrière.

Il compléta son attaque grâce à une vague de glace qui fit perdre son équilibre au plus lent et l'envoya s'écraser sur le lit.

L'un des deux encore debout le bouscula, et il aperçut le clair de lune se refléter dans du métal. Un poignard, pensa Harry et un mouvement de sa baguette envoya le sorcier voler en arrière contre un mur.

Puis il eut le souffle brutalement coupé lorsque sa baguette lui fut arrachée des mains. Harry se débattit inutilement contre la force qui lui serait le cou. Ses poumons réclamaient déjà de l'air alors qu'il tentait désespérément le contresort sans baguette et sans voix. Les Mangemorts avaient affectionné un sort très semblable à celui qui le faisait souffrir à présent, mais cette version était vraisemblablement assez différente pour que le contresort qu'il connaissait soit inefficace. Par exemple, ses poumons n'avaient jamais été privés d'air avant d'avoir été étranglé.

Harry fut incapable de s'empêcher de gigoter et de convulser, comme si cela libérait la pression. Les bords de sa vision s'assombrirent alors que ses trois attaquants se tenaient devant lui. Celui qui s'était écrasé contre un mur de glace n'était a priori pas aussi mal en point qu'Harry avait espéré.

Les lèvres de celui qui tenait le sort bougeaient, bien qu'Harry n'entendait aucun mot et le dernier assassin mal en point quitta la pièce. Et soudain, tout fit sens.

Il sortit la Baguette de Sureau de sa cachette et le bruit d'une explosion secoua toute la chaumière, faisant trembler les fenêtres et siffler ses oreilles. La pression qui écrasait sa trachée céda, et Harry s'écroula par terre au moment où un hurlement strident atteint ses oreilles, haletant désespérément pour retrouver son souffle. Il se força à reprendre ses esprits malgré la douleur qui le lancinait dans sa gorge, et Harry prit rapidement connaissance de sa situation actuelle. L'assassin qui l'avait étranglé était inconscient sur le sol, et ce qui ressemblait à du sang coulait de ses oreilles et de son nez.

« Avada Kadavra, » hurla l'autre sorcier, l'air un peu étourdi et souffrant.

Harry invoqua rapidement l'homme inconscient afin de s'en servir comme d'un bouclier contre le Sortilège de la Mort, puis se débarrassa du corps en le faisant rouler. Avant que l'assassin restant ne puisse se relever, il l'assomma et l'attacha.

Ah, pensa tardivement Harry. Alors comme ça, leur ouïe avait été magicalement intensifiée.

Mais il ne pouvait pas encore se reposer. Rappelant la baguette sacrée à lui, il la retourna sans attendre à sa cachette habituelle et se massa la gorge en se jetant un Sortilège de Mutisme. Il ne pouvait pas relâcher son attention avant que tous les coupables soient arrêtés et Albus en sécurité.

Il chancela dans les escaliers, et entendit le fracas et les hurlements venant du bureau. La bataille faisait toujours rage. Harry ouvrit rapidement la porte. L'un des adversaires d'Albus était déjà inconscient dans un coin, et un autre était effondré contre le mur du fond. Les documents étaient hors de vue, Harry partit donc du principe qu'Albus avait réussi à les cacher et à les mettre en sécurité. Chaque mur était calciné, des morceaux de bois et des créatures partiellement métamorphosées jonchaient le sol. Albus était présentement en position offensive, des sorts s'échappant de sa baguette vers son dernier adversaire qui essayait de partager son attention entre Albus et un tigre métamorphosé. Il remarqua qu'Albus boitait légèrement et saignait d'une blessure à la cuisse.

Un geste attira l'attention d'Harry, et il vit que l'homme contre le mur n'était pas hors d'état de nuire comme il l'avait pensé.

« Endoloris, » siffla le sorcier d'une voix enrouée, sa baguette pointée dans le dos d'Albus.

Harry n'attendit même pas de voir si le sort atteignit sa cible ou pas ; des flashbacks de toutes les fois où il avait manqué de protéger ses amis et sa famille pendant une bataille se bousculaient dans son esprit.

« Sectumsempra! beugla-t-il et un jet sanglant le récompensa.

— Harry? chuchota Albus avec hésitation quand l'intéressé ne le regarda pas. Harry, il est mort. C'est fini.

Il cligna des yeux et se secoua un peu avant d'enfin remarquer que l'adversaire d'Albus était vaincu et que le tigre avait disparu.

— As-tu battu tous les tiens? demanda Albus.

— Oui. L'un est mort et l'autre assommé et ligoté dans ma chambre, répondit Harry d'une voix rauque, grimaçant devant la douleur qui lui prenait à la gorge dans un acte revanchard, à présent que l'adrénaline le quittait.

— Tu vas bien?

— Ils ont essayé de m'étrangler, dit-il. Je vais probablement juste avoir la gorge un peu douloureuse pendant un jour ou deux. Et toi?

— Une petite blessure, le rassura Albus. Elle était profonde, mais j'ai réussi à stopper le saignement. Ils ne voulaient pas me tuer, pas vraiment. Ils voulaient me capturer.

Harry l'observa, solennel et pâle. Il se demandait ce que Gellert ferait si jamais il réussissait à capter Albus. Tant d'options, et il ne connaissait pas le sorcier aussi bien qu'il connaissait Jedusor. Il pourrait faire n'importe quoi.

— J'ai réussi à transmettre un message aux Aurors, ils ne vont pas tarder.

— Mmm. Je vais aller chercher mes deux assassins alors. Va te reposer un peu sur le canapé, d'accord? »

À en juger par le regard qui avait prit place sur le visage d'Harry, ce n'était pas une simple suggestion.

Albus s'exécuta en boitant en direction du salon.