Chapitre un peu plus court que les deux précédents, mais dense tout de même. Le suivant sera posté plus vite. Toujours un gros merci pour vos gentils mots.
Note du 12/04 : je me suis perdue entre mes différentes corrections de chapitres, résultat des courses j'avais posté le chapitre 3 en double en laissant le 4 errer seul dans les limbes de mon doc manager... merci à la personne qui me l'a fait remarquer, normalement la bourde est réparée!
Tu es la réponse à la question sans réponse ;
Que je puisse voir ton vrai visage,
Toujours il demande, demande ;
Et chaque réponse est un mensonge.
— « Le Sphinx » de Ralph Waldo Emerson
Je me demande quelle religion peut vivre ou périr par la force d'une brise faible et agitée. La trace de l'odeur se décale et de ce fait, le prédateur rate l'attaque. Un dieu se nourrit du souffle de vie et se lève ; un autre dieu s'éteint.
— « Les Yeux dans les Arbres » de Barbara Kingsolver
« Très bien! s'exclama Albus. Oh, splendide. Tu comprends quand je te parle, Harry?
Il resta prudent, au cas où l'esprit du loup avait pris le dessus. Cela pouvait arriver, que l'esprit humain soit mis de côté lors des toutes premières métamorphoses Animagus, mais il doutait que cela soit le cas avec Harry. Harry n'était pas du genre à être facilement controlé par quoi que ce soit, pas même par l'Impervius, comme l'avait laissé entendre le jeune sorcier une fois.
Le loup secoua la tête dans un mouvement étrange, très humain. Sa fourrure était d'un gris foncé, presque noir, et ses yeux demeuraient d'un vert brillant. Sa queue s'agita et une figurine en verre tomba par terre et se brisa. Dans un glapissement surpris, l'Animagus s'avança, les oreilles aplaties contre sa tête et la queue basse et immobile.
Albus rit et répara la figurine d'un mouvement de baguette, avant de la faire léviter vers son emplacement d'origine.
— Ce n'est pas grave Harry, dit-il en souriant gentiment devant le faible grognement embarrassé de l'autre.
Il tendit la main et caressa la fourrure sur la tête du loup. Les yeux d'Harry s'alourdirent et il s'appuya contre sa main, sa queue s'agitant lentement. Le geste était si agréable qu'il aurait pu passer des heures comme ça. Malheureusement, Albus retira sa main après un court instant.
— Tu peux bouger normalement? Tu ne te sens pas bizarre ou mal-à-l'aise? demanda Albus.
Harry marcha dans la maison, sa truffe puissante reniflant l'air et catégorisant les myriades d'odeurs qui peuplaient la maison. La façon dont marchait son corps, ses quatre pattes, sa queue et ses oreilles sensibles lui paraissait entièrement normal. Il essaya de traverser prudemment le rez-de-chaussée et, une fois à l'aise, s'entraina à sauter les escaliers de haut en bas. Il trébucha un peu sur la dernière, ce qui lui valut peut-être une contusion à l'épaule, mais il était globalement très content.
— À présent, déclara Albus une fois qu'Harry s'était calmé, Ton test final. Rappelle-toi que pour reprendre ta forme originale, tu dois te souvenir de ce que signifie être humain.
Ce ne fut pas aussi facile que l'avait pensé Harry. Dans un moment d'affolement, il fut incapable de se souvenir de ce que signifiait être humain, ou peut-être qu'une partie de lui ne voulait pas se souvenir. Dans tous les cas, il finit quand même par se retrouver sur deux jambes bien plus vite qu'il ne s'était retrouvé à quatre pattes.
Harry réalisait à présent ce qu'avait voulu dire Sirius en expliquant que sa forme Animagus avait terni ses émotions. Il se tint la poitrine, la douleur des tragédies passées aiguë et soudaine lors de ses premiers instants en tant qu'être humain.
— Harry? s'enquit Albus avec douceur et inquiétude.
— Je vais bien, répondit-il en se redressant et se forçant à sourire.
Il ne se sentait pas pire que d'habitude. Albus le laissa tranquille pour le moment et se força à sourire.
— Je crois que tu dois faire partie de ceux ayant appris la métamorphose Animagus le plus vite. Tu étais très motivé.
Il y avait une lueur trop consciente dans son regard, et Harry pria pour que le sorcier n'ait rien de plus qu'une vague idée de ce qui l'avait motivé à se dépasser de la sorte.
— Tout ce qu'il te reste à faire à présent, est de t'entrainer à te glisser dans l'esprit d'un loup jusqu'à rendre la métamorphose presque instantanée. Mais pourquoi ne t'arrêtes-tu pas là pour aujourd'hui? Tu devrais faire une pause. »
La phrase était tournée en suggestion, mais Harry n'était pas dupe - elle ressemblait plus à un ordre.
La première métamorphose effectuée, Harry apprit très vite à accomplir les suivantes de manière instantanée, sans presque aucun effort. Afin de s'assurer que sa forme soit confortable et naturelle, il s'était mis à courir quotidiennement autour de la propriété sous sa forme canine. Le soir, il allait parfois se coucher enroulé dans le salon où Albus le rejoignait lors de rares occasions, et riait en entendant les sons de bien-être qu'il produisait lorsqu'il le grattait derrière ses douces oreilles. Harry savait bien que cette quiétude ne pouvait durer, son passé le lui avait appris. Il savourait donc les moments calmes où les seules personnes qui semblaient exister au monde étaient Albus et lui.
Ce qui ne signifiait pas non plus qu'Harry n'était pas tendu ni impatient parfois. Décider d'attendre d'avoir déposé sa demande de documents avant d'aller faire une escale à Azkaban était une chose. Harry ne voulait pas tenter le sort avec une infraction pénale juste avant d'être interrogé par un représentant du gouvernement à l'aide d'un Sortilège de Vérité. Tenir sa résolution en était cependant tout à fait une autre. Heureusement, Albus était souvent occupé ou loin de la maison et donc, Harry réussissait généralement à ne pas décharger ses frustrations sur le sorcier. S'il ne s'épuisait pas à courir ici et là sous sa forme canine, il rassemblait sa concentration et son énergie pour pratiquer les sortilèges, ou parfaire les protections qu'il comptait installer autour de la cellule de Jedusor.
La semaine avant son entretien prévu par un représentant, il concentra son attention sur la prédiction de telle ou telle question, à combien il pourrait répondre à l'aide de vérités trompeuses, et combien le forceraient à mentir ouvertement. Il ne pouvait pas risquer d'écrire quoi que ce soit, ce pourquoi il révisa son histoire altérée encore et encore, jusqu'à être raisonnablement sûr de n'avoir laissé filtrer aucune incohérence et de ne pas passer pour un type louche.
Le matin du rendez-vous, Albus lui proposa de l'accompagner au Ministère, il avait de toute façon besoin d'y passer afin de discuter avec l'un des Dirigeants du Département. Bien que le visage d'Harry demeurait neutre, le stress lui consumait le corps avec une force tout à fait raisonnable, et le fait que lors de sa dernière visite au Ministère, il avait été l'Ennemi Public n°1 n'aidait pas des masses. Il s'attendait à moitié à devoir s'échapper dans le désespoir et le spectacle une nouvelle fois.
Harry devait vraiment arrêter de penser de cette manière, cependant. Il espérait que le représentant ne serait pas du tout aussi perspicace que l'était Albus, bien qu'il était d'avis qu'il n'existait personne d'aussi perspicace que ce dernier. Il doutait fortement de toute façon qu'un représentant banal soit capable de sentir l'accumulation de pouvoir au moment où il rassemblerait sa magie pour en inonder ses boucliers d'Occlumancie. Au final, un sorcier moyen semblait se reposer complètement sur ses sorts. Du moment qu'il ou elle établissait le bon fonctionnement du Sortilège de Vérité dés le départ, ils n'auraient probablement pas à se soucier de si oui ou non, il pouvait être altéré. Le fait qu'Harry soit presque complètement inconnu et avait l'air si jeune serait un point supplémentaire en sa faveur.
Après tout, l'une des raisons pour lesquelles il était toujours en vie résidait dans le fait qu'il était constamment sous-estimé.
La pièce dans laquelle il fut conduit était petite et spartiate, composée d'une simple table et de deux chaises en bois. Mis à part le portrait d'un représentant du Ministère encore inconnu bien qu'important, présentement ivre-mort, les murs étaient vides.
Harry poussa un soupir et s'installa dans sa chaise, révisant son historique en attendant le début de la séance.
Cinq minutes plus tard, il entendit des bruits de pas s'approcher et se redressa, tout simplement impatient à l'idée d'en avoir bientôt fini avec cet interrogatoire.
Un homme d'un âge certain et dégarni avec des yeux vides, l'air plus qu'un peu empâté, pénétra dans la pièce en faisant léviter une pile de parchemins devant lui. « Très bien, marmonna t'il en agitant sa baguette dans les mouvements compliqués que requerrait un Sortilège de Vérité extrêmement puissant. Allons y.
Comme s'il avait été celui à avoir attendu plutôt qu'Harry. Harry remarqua aussi qu'il avait complètement ignoré la correction toute simple d'au moins lui donner son nom. Ce n'était pas grave. Ce n'était que du business, et Harry n'avait pas très envie de savoir qui était ce sorcier de toute façon. Il se sentait ainsi moins coupable à l'idée de mentir.
— Mentez-moi, ordonna l'homme d'un ton distrait sans le regarder.
— Euh… mes cheveux sont blonds, affirma bêtement Harry.
L'orbe brillant d'une lumière douce s'alluma subitement en rouge, aveuglant Harry qui avait eu la bonne idée de le fixer.
— Ouille, râla-t-il en clignant des yeux rapidement.
— Très bien. Votre nom?
— Harry Potter.
Harry avait longtemps hésité à la possibilité d'acquérir un nouveau nom, pour au final décider qu'il valait mieux se cantonner à ce qu'il connaissait. Il prévoyait dans tous les cas de lancer un sortilège très spécifique, à mi-chemin entre le Confondus et le Nox, à l'endroit où son nom serait noté dans les archives. Il n'était pas prêt à devenir quelqu'un d'autre que 'juste Harry'. Un jour peut-être, mais pas pour le moment.
Le sorcier leva la tête vers lui, manifestement intéressé pour la première fois.
— Potter, comme la famille de Sang-Pur?
Harry secoua la tête. Le sort ne réagissait qu'à des réponses verbales.
— Potter est un nom courant chez les moldus. Tous mes proches sont décédés et je suis plus ou moins un Né-Moldu.
Son interêt s'envola instantanément. Parfait.
— Date de naissance?
— Il y a 24 ans, le 31 juillet.
— Nom et métier des parents?
— Jim et Lilly Potter, répondit Harry.
Nommer son père Jim plutôt que James était un peu étrange pour Harry, comme si l'un était la version raccourcie de l'autre.
— Ils sont morts quand j'avais un an et mon oncle et ma tante haïssaient tout ce qui avait attrait à la magie, je n'ai donc jamais su beaucoup de choses sur eux.
— Lieu de naissance?
Harry se mordit la lèvre.
— Londres, je crois.
Le représentant lui adressa un regard suffisant. Ils n'étaient manifestement pas habitués à interroger quelqu'un de si peu informé sur sa propre vie. Harry repoussa les prémices de sa colère. Ce n'était pas tout à fait de sa faute s'il était devenu orphelin très jeune, et que personne n'avait estimé utile de l'informer sur son identité ainsi que sur celle de ses parents.
— Connaissez-vous le nom de l'hôpital ou de la sage-femme qui vous a accouché?
— Non. Ça a très bien pu se passer dans un hôpital moldu, ajouta-t-il dans le but de solidifier l'impression qu'il était un Né-Moldu et en aucun cas connecté à quelques Sang-Pur éminents.
Il pensait en effet être né à St. Mangouste, mais personne ne lui avait jamais parlé de cela et il leur en était reconnaissant. Le sorcier poussa un soupir long et douloureux en reportant son attention sur la pile de parchemins.
— Avez-vous déjà été condamné pour un crime?
— Non.
Ce n'était pourtant pas faute d'avoir essayé, pensa Harry avec ironie. Après plusieurs questions sans importance, le sorcier réclama des détails sur la scolarité d'Harry.
— Mes proches détestaient la magie et, par conséquent, ils me détestait aussi. Ils ont refusé de payer mes frais de scolarité ou d'être impliqués de quelque manière que ce soit dans ma scolarité magique. En fait, ils ont fait tout leur possible pour m'empêcher de recevoir une éducation magique quelle qu'elle soit.
Le voyageur retint une grimace et concentra sa magie dans ses boucliers d'Occlumancie. Le moment où il se mit à mentir comme un arracheur de dents était arrivé et il pria Dieu pour ne pas déclencher le détecteur de mensonges.
— J'ai eu la chance de tomber sur un groupe de tutorat. Mme Figg était une vieille dame mais elle s'y connaissait vraiment bien en magie, et avait beaucoup de livres chez elle. Nous étions peu nombreux, puisque la plupart des enfants finissaient par aller à l'une des écoles de magie. Nous n'étions évidemment pas aussi bons, faute de meilleures circonstances, mais c'était mieux que rien. Plusieurs années plus tard, mon oncle a accepté un poste en France et bien que je n'y suis pas resté assez longtemps pour apprendre la langue, j'ai réussi à passer mes B.U.S.E.s au Ministère Français. Malheureusement, le bâtiment du ministère a presque été détruit pendant la guerre avec mes notes. En revanche, j'ai ici un souvenir de Pensive qui peut être utilisé, si cela vous intéresse?
Harry fit glisser une fiole remplie d'un liquide argenté sur la table. Il avait choisi le souvenir avec beaucoup de prudence, en s'assurant qu'il concernait un moment où la date n'était pas visible, et où la signature avait été légèrement troublée afin de compliquer la lecture du nom.
L'interrogateur tapa deux fois dessus à l'aide de sa baguette et la fiole disparut.
— Le souvenir va être étudié et une décision sera prise avant la fin de cet entretien, expliqua-t-il d'un ton désintéressé.
D'autres questions lui furent posées auxquelles il répondit par un mélange de vérités et de mensonges, en évoquant à peine sa fuite supposée de la guerre faisant rage sur le Continent, et en déclarant qu'il ne prêtait allégeance ni à Adolf Hitler, ni à Gellert Grindelwald. Il cita l'adresse d'Albus comme sienne, déclara qu'il avait l'intention de passer ses A.S.P.I.C.s dans un an ou deux, et informa l'homme qu'il était actuellement sans emploi.
À la fin de l'entretien, un mal de tête vicieux attaqua Harry. N'ayant jamais mobilisé ses boucliers d'Occlumancie pendant si longtemps, il les soupçonnait d'en être la cause. La possibilité d'effets secondaires ne lui avait jamais traversé l'esprit, mais elle était logique.
Ce fut avec un immense soulagement, qu'il vit le représentant poser enfin sa plume. Harry sursauta à la disparition de la pile de parchemins, mais se détendit momentanément à l'apparition d'un dossier visiblement officiel. Il crut à peine sa chance lorsque l'autre homme le poussa vers lui, et lui ordonna de relire les documents. En sortant furtivement la Baguette de Sureau, il lança vite fait un Confondus sur le représentant du Ministère et obscurcit son nom à chacune de ses apparitions.
— Tout est parfait, » statua Harry en lui rendant le dossier.
Le représentant paraissait toujours légèrement hébété, bien qu'Harry avait lancé un Finite pour accélérer son retour à la conscience. Trois tapotements de la baguette de l'autre sorcier et, comme il l'avait expliqué, les documents se remplirent automatiquement.
Parfois, pensa Harry en sortant du Ministère, il aimait vraiment la rapidité avec laquelle la Magie était capable d'expédier certaines choses. Il était d'autant plus heureux de ne pas avoir été forcé à s'enfuir du Ministère une énième fois.
L'été avait beau être bien entamé, le temps autour de l'île où se trouvait la prison demeurait froid, gris et humide. Harry tremblait, sa cape trempée par les embruns, des cris faibles raisonnant dans son esprit, bien qu'il essayait avec détermination d'ignorer la présence des hordes de détraqueurs.
Il tenait une baguette dans chaque main. Duper les protections d'Azkaban requerrait définitivement plus d'une personne, mais il avait répété les gestes et la prononciation dans l'intimité des bois, et avoir deux baguettes en sa possession lui était d'une grande d'aide.
Harry tenait dans sa main gauche la Baguette de Sureau. Il la posa sur la pierre trempée de la forteresse et lança un Sortilège de Silence, fusant plutôt usage de pouvoir pur que de discrétion pour calmer les alarmes. Il leva sa baguette en bois de houx et plume de phœnix dans sa main droite, traçant des formes élaborées dans l'air et scandant dans sa barbe pour déplacer une petite partie des protections, un peu à la manière d'un rideau.
La porte métallique s'ouvrit dans un click audible.
Harry rengaina ses baguettes sans attendre, et se glissa à l'intérieur en s'assurant de laisser la porte un tout petit peu entrouverte. Dans l'hypothèse où il devrait s'enfuir rapidement, il préfèrerait de pas avoir à se battre avec la sortie.
Après avoir pris une profonde inspiration, Harry se métamorphosa en loup et poussa un soupir de soulagement en se rendant compte que l'affect causé par les détraqueurs s'était atténué pour finalement s'éteindre. Il remarqua directement que ses griffes faisait un léger bruit sur le sol de pierre. Il devrait se montrer particulièrement attentif afin d'intercepter la venue d'un ou plusieurs gardiens. Se faire remarquer par les détenus ne l'inquiétait pas trop ; la plupart d'entre eux étaient ravagés, et les gardiens ne prêteraient pas la moindre intention à leurs divagations s'ils venaient à ne serait-ce que remarquer Harry.
Harry suivit sa carte mentale d'Azkaban en s'arrêtant à chaque carrefour pour s'assurer qu'il se dirigeait bien dans la bonne direction. Il n'était pas sûr de la cellule exacte qu'occupait Tom Jedusor, mais il connaissait la zone générale où le presque-Mage Noir se trouvait. S'il avait eu connaissance de l'odeur de Jedusor, cela aurait grandement simplifié les choses.
L'Animagus loup fut très chanceux. Quand bien même des patrouilles passèrent près de lui par trois fois, il alla se tapir dans les ombres, sa fourrure sombre le camouflant assez pour empêcher les Aurors de le voir. Les hurlements constants l'avaient au départ fait gémir involontairement, mais lorsque faire du bruit devint trop dangereux, il était déjà habitué aux sons stridents.
Harry faillit ne pas reconnaître Jedusor en le voyant. Ce n'était pas juste à cause de la vue du loup. Le jeune homme mince, angulaire, à l'allure aristocratique avait perdu plus de poids et d'énergie qu'il ne lui avait été salutaire. Ses cheveux étaient emmêlés et gras, sa peau plus livide que jamais, et ses yeux scintillaient de folie et de défaite.
Et voilà. Tom Jedusor avait jeté l'éponge. Jamais Lord Voldemort n'existerait.
Mais juste pour s'en assurer…
Cette rangée de cellules était privée à juste titre, ce pourquoi Harry ne s'inquiéta pas trop à l'idée de reprendre forme humaine. Il commença à poser des protections à l'aide de la magie, les superposant les unes par dessus les autres. Harry ne comptait pas jouer avec le futur de ses amis et de sa famille.
Il avait presque fini et les effets des détraqueurs lui donnaient des sueurs froides, quand Tom le remarqua enfin.
« Toi! » brailla-t-il en venant s'accrocher aux barreaux, hurlant et crachant sa rage.
Harry fut si choqué qu'il manqua presque d'achever son incantation. Cette forme de folie était complètement différente de celle à laquelle il était habitué de la part de l'autre homme. Cette folie avait un côté abrutissant et animale, plutôt que calculatrice, pleine de rage meurtrière.
Tom secoua les barreaux comme s'il pouvait les plier à mains nues, puis il essaya de passer son bras et de lui arracher les yeux. Heureusement, l'une des protections ajoutées empêchait quoi que ce soit de passer à travers les barreaux du côté du prisonnier.
Harry serra les dents. Les détraqueurs s'approchaient. Il était très probable qu'ils aient senti sa présence, car les crises de hurlements étaient courantes à Azkaban. Encore un tout petit peu, s'encouragea-t-il. J'ai presque fini.
Il s'affaissa contre le mur un court instant, les genoux affaiblis. Il avait usé trop d'énergie en accomplissant cela.
Il n'avait plus le temps. Les hurlements dans sa tête atteignaient des niveaux presque insupportables. Il lança un Oubliettes pile entre les yeux de Tom, et reprit sa forme Animagus avant de courir le long d'un couloir adjacent, une seconde à peine trop tard. L'une des patrouilles de sorciers régulière venait tout juste de passer elle aussi le coin éloigné et entraperçut ses mouvements.
Non! se hurla-t-il mentalement. Merde! Putain! Non!
Personne n'avait pu clairement apercevoir l'intrus, ils ne prirent donc aucun risque. Les alarmes étaient deux fois plus bruyantes dans ses oreilles de loup alors qu'il courait dans la direction d'où il était arrivé. Même à cet instant là, il entendit des pas précipités se diriger droit sur lui, et il n'eut d'autre choix que de s'engager dans un couloir au hasard. Tout arrivait trop vite pour qu'Harry puisse garder sa carte mentale et son esprit humain ne tarda pas non plus à se perdre inextricablement.
Son instinct canin avait heureusement un sens de l'orientation bien plus développé que le sien et, après plusieurs changements de direction et virages, semant les Aurors et les détraqueurs, il retrouva l'odeur laissée par son empreinte originale, et se précipita vers la sortie comme si le diable en personne était à ses trousses.
Merde ça va faire mal, pensa-t-il sans oser montrer son visage humain, ici bas dans cet enfer sur terre, et il baissa la tête pour foncer dans la porte.
La douleur explosa dans son crâne lorsque la porte s'ouvrit violemment et, bien que l'impact l'avait hébété, la plongée dans la mer orageuse lui redonna vie, comme un choc pour les sens. Heureusement, il n'avait pas laissé la moindre trace de sang derrière lui qui aurait pu être retrouvée par la suite.
La situation aurait pu mieux tourner, pensa Harry en pataugeant vers l'angle mort de la forteresse. Il s'essouffla en faisant du sur place, se concentrant pour retrouver forme humaine. Il aurait eu bien plus froid sans fourrure et n'aurait pas été un aussi bon nageur, mais rester aussi près d'Azkaban demeurait bien trop dangereux là tout de suite.
Il retrouva forme humaine un instant plus tard, et ses muscles se contractèrent presque automatiquement sous le froid soudain. Il se Désillusionna de manière quasi-instantanée et invoqua le balai invisible qu'il avait emprunté. Il se sécha une fois à l'air libre et se réchauffa avant de se diriger vers le sud, en priant pour ne pas avoir à subir d'effets secondaires après sa toute dernière aventure.
Excepté les cauchemars. Ces derniers étaient inévitables et il en avait bien conscience.
Avec un peu de chance, il ne remettrait plus jamais les pieds à Azkaban de toute sa vie.
