Mémoire oblige, j'ai pris un peu de retard dans la publication, toutes mes excuses et merci pour votre patience. Bonne lecture !


Encore, ah! Pourquoi devraient-ils connaître leur destin?
Puisque le chagrin ne prend jamais de retard,
Et que trop rapidement le bonheur fuit.
Réfléchir détruirait leur paradis.
Plus jamais ; là où l'ignorance est un délice,
Cette folie que d'être sage.
— « Sur une Vue Lointaine du Collège d'Eton » de Thomas Grey

Voguer sur les mers lointaines de l'obscurité à la délivrance
Des contes comme l'océan écrits dans le regard du Dragon
— « Le Pharaon Navigue vers Orian » de Nightwish


Comme d'habitude, Harry se réveilla le premier le lendemain de leur retour à Poudlard. Heureusement, les professeurs étaient autorisés à prendre le petit-déjeuner dans leurs quartiers en l'absence des élèves, bien qu'il leur était fortement recommandé de prendre le déjeuner et le dîner ensemble dans la Grande Salle.

Il avait décidé la nuit précédente d'aller faire deux ou trois expériences dans la Salle sur Demande, afin de voir si cette dernière était assez bien équipée pour lui fournir du matériel lors des entrainements de duels, et il avala donc son léger petit-déjeuner en vitesse. Les couloirs de Poudlard étaient vides, silencieux, et Harry en profita pour tout simplement profiter de la proximité avec son tout premier vrai foyer. Ayant été gravement blessé au mois de juin, il n'avait pas pu pleinement apprécier les environs et, même avant ça, il n'avait pas mis un pied à l'intérieur de l'école depuis des années. Peut-être était-ce son imagination, mais il pouvait sentir le château l'accueillir.

Harry ne fit que peu attention aux portraits alors qu'il se dirigeait directement vers la Salle sur Demande, non sans prendre un ou deux raccourcis. Quelques portraits manquaient à l'appel d'après ses souvenirs, mais ils se comportaient tous de la manière à laquelle il s'était attendu, à savoir soit en chuchotant, soit en ronflant. Être un portrait devait être un sombre dessein, décida Harry, surtout lorsque les élèves étaient absents et qu'il n'y avait pas le moindre potin à raconter sur personne.

Il se figea en arrivant devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Il avait presque oublié. Comment avait-il pu oublier?

Harry passa trois fois devant le mur vide. J'ai besoin d'une pièce pour y cacher mon livre… J'ai besoin d'une pièce pour y cacher mon livre… J'ai besoin d'une pièce pour y cacher mon livre.

Un labyrinthe infini de vieilleries diverses l'accueillit lorsqu'il ouvrit la porte. La dernière fois qu'il avait vu cette pièce, elle avait été engloutie par le Feudeymon avec Crabbe à l'intérieur. À présent elle était là, pratiquement indemne.

Son cœur battait dans sa gorge alors que ses pieds suivaient un chemin dont il ne se souvenait qu'à moitié. Il savait bien que l'horcrux ne serait - ne devrait - pas se trouver là, mais il devait vérifier quelque chose de ses propres yeux. Et là se trouvait le buste, la perruque…

Harry poussa un soupir de soulagement. Pas de diadème. Non pas qu'il s'était attendu à le trouver, mais cela aurait été bien sa chance.

Son autre inquiétude résidait dans l'armoire, qu'il trouva facilement. Toujours cassée, comme elle l'avait été jusqu'à sa sixième année. Il se rappela les malheurs qu'avait causé cette armoire. Ses amis en étaient sortis presque morts. Disparus sans laisser de trace ; l'AD, les élèves, les professeurs auraient tous été tués avant que quiconque ne puisse réaliser ce qui était en train de se passer.

Sans oublier le fait que cette maudite armoire avait contribué à la mort de Dumbledore.

Il lui lança un regard furieux, les poings serrés et trembla presque de rage. Ce qui s'était passé, ce qui aurait pu se passer, n'avait fait que nourrir sa colère et avant qu'Harry ne s'en rende compte, sa magie explosa, dans les traces de son désir inconscient. Le bois craqua, se fendit et fut complètement détruit. Il cligna des yeux d'un air surpris et fixa la pile de débris et de poussières, expirant dans un tremblement. Dangereux. Laisser son tempérament suivre son cours sans surveillance avait été dangereux.

Harry espérait que la Salle sur Demande pourrait lui fournir quelque sorte de simulation de duel ou autre, car il avait désespérément besoin de se détendre.


La semaine précédent le Banquet de Début d'Année passa rapidement. Galatea était une sorcière à l'esprit vif de soixante-dix ans environ, les cheveux blancs coupés courts et des yeux marrons foncés perçants. Alors qu'elle lui décrivait le programme et son style d'enseignement, elle questionna ses connaissances sur le sujet, jusqu'à lui demander de lui montrer son bouclier le plus puissant, sa précision, sa justesse et son patronus. Il fut choqué de voir, non pas un cerf argenté, mais un phœnix surgir de sa baguette. S'il avait été n'importe qui d'autre, il aurait probablement tout simplement laissé tomber sa baguette. Toutefois, il la rattrapa quand même de justesse et la silhouette argentée disparut.

« Vous semblez plutôt surpris, commenta vaguement Galatea, mais Harry n'était pas assez idiot pour s'imaginer qu'elle n'était pas vigilante.
— Euh, ouais. Oui. La dernière fois que j'ai conjuré mon Patronus c'était un cerf, expliqua-t-il.

Le professeur fredonna d'un air pensif.

— Il a été prouvé qu'un grand bouleversement émotionnel ou quelque chose de semblable pouvait changer le Patronus de quelqu'un, déclara-t-elle.
— Je crois qu'on me l'a déjà dit, confirma Harry.

Il imaginait que le voyage temporel avait pu altérer son Patronus, ou même vaincre Tom Jedusor pour de bon. Mais pourquoi un phœnix? Sa forme Animagus aurait sans doute été plus logique.

Il y réfléchit plus tard, seul devant la fenêtre du salon pendant qu'Albus effectuait des modifications de dernière minute à ses plans de cours dans son bureau. Il conjura son patronus et l'observa paraître flotter dans l'air, laissant des traces argentées derrière lui.

Fumseck vint se percher sur son épaule et lui mordit l'oreille avec force, tout comme avait pu le faire Hedwige.

— Ne sois pas bête Fumseck, dit Harry avec gentillesse en caressant les plumes tièdes du phœnix. Tu sais bien que je ne te remplace pas. Tu veux juste mon attention.

Harry aimait beaucoup Fumseck et Fumseck le lui rendait bien, mais ça ne pouvait pas être assez pour former son patronus. Lequel de ses amis lui avait expliqué que les patronus étaient comme des gardiens, représentant ce qui nous procurait sécurité et protection?

Puis il se rappela avoir vu - il devait avoir treize ou quinze ans? - le patronus du Professeur Dumbledore et il rougit. La forme de son patronus représentait-elle Albus?

Harry réfléchit aux derniers mois passés. Albus s'était occupé de lui quand il avait été malade et blessé. Il s'inquiétait pour Harry sans l'étouffer. Il lui avait offert un endroit où rester, avait même encouragé Harry à rester avec lui. Albus le réconfortait dés qu'il était témoin de ses cauchemars et sa seule présence semblait agir comme un bouclier contre eux. De plus, il le traitait comme son égal. Son ancien mentor avait donné un sens à sa vie, lui avait trouvé un travail et était son plus proche ami et confident à cette époque.

Plus Harry y pensait, moins il était surpris par la forme qu'avait pris son patronus. Peut-être en confirait-il la signification à Albus un jour.


Harry fut accueilli avec interêt par la plupart du corps professoral de Poudlard. Ils savaient tous qu'il avait abattu le basilic et appréhendé Jedusor, mais n'en montraient qu'un intérêt amical. L'exception flagrante avait pris la forme du visage du professeur de sortilèges, Matthew Pillingsworth, mais il se comportait manifestement de la même façon avec tout le monde. C'était un sorcier grincheux, l'un des plus âgés de l'équipe, mais Harry avait une bonne intuition et il vit bien qu'aucune once de cruauté véritable ne résidait en lui. Comme diraient les moldus, il aboyait plus qu'il ne mordait.

Quand le voyageur de temps de se préparait pas pour son poste d'assistant auprès du professeur de DCFM, on pouvait trouver Harry soit en train de s'entrainer dans la Salle sur Demande, soit avec Albus. Il rencontra tous les autres professeurs et fit de son mieux pour ne pas passer trop de temps auprès de Slughorn sans paraître flagrant ou peu amical.

Ce n'était pas qu'il méprisait l'homme pour ainsi dire (il n'avait jamais oublié la façon dont il, avec l'aide de McGonagall et de Kingsley, avait retenu Voldemort lors de la Bataille de Poudlard), mais il n'avait à présent plus l'obligation de se rapprocher du professeur de potions, il n'avait aucun désir d'être ajouté à la collection du sorcier. Il ne voulait pas se retrouver sous les projecteurs.

Pendant les repas dans la Grande Salle, quand Harry n'écoutait pas tout simplement les conversations autour de la table, il discutait le plus souvent avec Albus ou Galatea, et leurs voisins pouvaient entrer dans la discussion s'ils le souhaitaient. Il n'avait plus la moindre envie de se rapprocher d'autres membres de l'équipe à présent, mais il essayait de ne pas trop s'isoler non plus. Il fut récompensé pour son attitude lors du troisième jour, sous la forme d'une conversation de plus d'une heure à propos de Quidditch avec le professeur de vol. Andrew Ercklehart avait été Attrapeur pour l'équipe des Frelons de Wimbourne dans sa jeunesse, et Harry lui posa des questions sur sa carrière avec un interêt grandissant.

Le professeur qu'Harry trouva le plus déconcertant était en fait le professeur d'histoire Cubert Binns. Il ressemblait exactement à son lui de cinquante ans plus tard, sauf qu'il était colorisé et opaque. Harry restait un peu sur la brèche à se demander si l'homme allait tomber raide mort à n'importe quel moment.


Le 1er septembre arriva avant qu'Harry ne s'en rende compte. Tout le monde gardait les yeux rivés sur les horloges à l'approche de la soirée et du Poudlard Express par la même occasion. Il s'apprêtait à se diriger vers la Grande Salle lorsqu'Albus manqua à peine de lui rentrer dedans. Il était agité, ce qui était contraire à son habitude.

« Excuse-moi Harry, baragouina-t-il d'un air distrait. Armando et moi avons tous les deux oublié de récupérer le Choixpeau Magique et le train vient juste d'arriver à la gare.
— Comment diable avez-vous tous les deux réussi à oublier le Choixpeau?
— À cause de Peeves, principalement.
— Tu pourras me raconter ça plus tard, lui assura Harry en souriant face au regard penaud que lui lança Albus. Tu dois aller chercher les premières années, non? Je vais me dépêcher et aller te le chercher.
— Tu en es sûr?
— Franchement Albus, ce n'est pas un problème, le coupa Harry. À tout de suite.
— Merci, » lui cria le Directeur adjoint alors qu'il courait déjà en direction du Bureau du Directeur.

En très peu de temps, Harry se retrouva tout seul dans le bureau. Il reconnut une partie des instruments bourdonnants qu'il avait connus en tant qu'élève sous la direction de Dumbledore, il présuma donc qu'ils faisaient partie du décor. Il avait remarqué plus tôt que le bureau était bien moins chargé qu'à son habitude, les photographies et les bibelots étaient différents.

« Alors le Choixpeau Magique, le Choixpeau Magique, se murmura Harry à lui-même en examinant les étagères environnantes. Aha.

Un rapide Sortilège de Lévitation et il était prêt à partir avec l'ancien artefact en sa possession. Simplement porter le Choixpeau était un peu étrange et il ne lui avait encore jamais parlé à cette époque. Il l'avait simplement utilisé pour récupérer l'épée de Gryffondor.

Enfin, s'exclama une voix familière à l'instant où il posa Choixpeau Magique sur sa tête. Je me demandais quand tu viendrais venir me parler. La voix paraissait assez mécontente.

— Désolé, marmonna Harry. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de venir vous parler jusqu'à maintenant, vu que j'ai frôlé la mort. Merci, au fait. Pour l'épée.

Au moins, tu as des manières cette fois M. Potter. C'était peut-être son imagination, mais il aurait juré pouvoir sentir le Choixpeau fouiller dans sa tête.

— Juste Harry, s'il vous plait, l'implora-t-il avec une grimace.

Tu sais bien que tu ne pourras pas garder ton patronyme secret à tout jamais, dit-il avec suffisance.

— Je sais. Mais je préférerais continuer à le cacher aussi longtemps que possible. Au fait, comment vous vous êtes démerdé pour retourner dans le Bureau du Directeur tout seul?

Il était, comment en attestaient ses années à l'école, de nature intensément curieuse. C'était d'ailleurs en partie ce qui lui avait causé tant de problèmes.

Secret commercial, rétorqua-t-il d'un ton légèrement condescendant.

— Très bien. Faites comme ça.

Harry fit brièvement la moue bien que le Choixpeau ne pouvait probablement pas le voir. Ils marchèrent dans un silence confortable puis descendirent les marches d'un des nombreux escaliers de Poudlard.

Hmmm. Tu es un sorcier très intéressant Harry. Je ne peux pas me vanter avoir déjà été posé sur la tête d'un voyageur de temps auparavant.

Tout à coup, Harry réalisa qu'il aurait certainement dû revérifier que le charme de discrétion posé sur le Choixpeau Magique s'appliquait aux gens qui n'étaient pas répartis dans une maison, il fit de ce fait une crise de panique miniature.

Pas la peine de te tracasser. Je ne peux parler de rien de ce que je vois dans n'importe quel esprit auquel on me donne l'accès, que ce soit un élève, un professeur ou un visiteur.

— Très bien, expira Harry d'une voix un peu faible.

Il posa une main sur son torse à l'endroit où son cœur se remettait toujours de la frayeur.

Le futur n'est pas heureux, déclara-il d'un ton aussi malheureux que le pouvait un objet inanimé. Les horreurs que tu as vécues, les tragédies dans lesquelles tu as été impliqué et pourtant tu as continué, tu as continué à vivre et tu t'es démené pour accomplir la tâche qui t'a été confiée. Si j'ai eu des difficultés à te répartir quand tu avais onze ans, ce n'est rien comparé à ce que tu es maintenant. Tu détiens les qualités des quatre maisons Harry.

— Alors si je comprends bien, c'est une bonne chose que vous ne soyez pas en train de me répartir, dit-il avec un léger rictus.

En effet. J'ai en revanche une nouvelle promotion de sorciers et de sorcières à répartir.

— Quoi? Oh! » Il arracha le Choixpeau Magique de sa tête et toussota d'embarras en réalisant qu'il avait atteint la table des professeurs. Heureusement, les élèves de la Deuxième à la Septième année commençaient tout juste à rentrer.

Harry ne manqua pas l'intensité avec laquelle le Directeur Dippet fixait le Choixpeau Magique ; il avait le sentiment que le sorcier irait le consulter, afin de confirmer qu'il était effectivement digne de confiance et non pas une sorte de menace pour les résidents de Poudlard. Ce serait en effet un bon moyen de soulager quelques doutes et peurs habitant Duppet. Harry regretta de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Il prit sa place à la Table et poussa un soupir. Être exposé ainsi à l'ensemble des élèves était un peu agaçant, mais il finirait par s'y habituer. Ce n'était pas comme si il n'était pas habitué à être le centre de l'attention et des rumeurs. Pour le moment, il mit en œuvre certains de ses exercices d'Occlumancie pour rester calme et attendit patiemment l'arrivée d'Albus avec les premières années.

Il remarqua Hagrid - Rubeus, il devait se souvenir de l'appeler Rubeus - lui faire un signe de main enthousiaste depuis la table des Gryffondor et il lui sourit en le saluant à son tour.


Harry se mit dans le bain relativement vite durant les premières semaines du trimestre. Il n'avait jamais enseigné de manière formelle et n'avait jamais été responsable de l'attribution ni du retrait de points, encore moins de l'affectation de retenues. La rivalité entre Serpentard et Gryffondor n'était heureusement pas aussi sérieuse et féroce que durant les années 90, l'absence du Mage Noir le plus récent d'Europe parmi les diplômés de Poudlard en constituant la possible raison.

Les noms de plusieurs élèves l'avaient surpris, notamment Nott, Parkinson, Prewett et Alphard Black. Les Potter de cette époque étaient par bonheur soit trop vieux, soit trop jeunes pour entrer à Poudlard. Le si peu qu'il connaissait de sa propre famille lui faisait franchement honte.

Les élèves se montrèrent d'abord un peu méfiants vis-à-vis de lui. Il était le seul professeur assistant officiel qu'ils avaient jamais eu, bien que certains des meilleurs septièmes années se portaient volontaires pour assister certains professeurs en échange de l'expérience ou de bonus supplémentaire. De plus, il était le plus jeune professeur de l'équipe, seul son prénom avait utilisé vu que personne ne connaissait son nom de famille et parfois, ses yeux avaient l'air si hantés qu'ils leur procuraient des frissons.

Étonnement, les élèves les plus jeunes s'habituèrent à lui bien plus vite que tous les autres. Il se montrait toujours amical, encourageant et serviable envers ceux qui avaient besoin d'aide, que ce soit pour un devoir ou avec un sortilège. Peut-être était-ce grâce à sa jeunesse ou au fait qu'il n'était pas professeur à plein-temps, mais ils se sentaient plus à l'aise avec lui pour leur expliquer tout ce qui concernait le cours, les détails importants comme les futiles qu'ils avaient du mal à comprendre.

Hagrid l'avait naturellement et immédiatement reconnu, il engagea donc une conversation avec lui à la première occasion. Les autres élèves furent très impressionnés par l'audace dont il avait fait preuve, ce qui amusa Harry.

L'ensemble des élèves finit par s'habituer à sa présence et les choses devinrent intéressantes. Apparemment, quelqu'un avait glissé le nom de celui qui avait sauvé l'école à la fin de l'année précédente. Harry était prêt à parier sur Mimi, bien qu'il n'excluait pas qu'un autre élève, un fantôme ou un portrait avait très bien pu entendre l'un des professeurs et répandre la rumeur. Les secrets demeuraient rarement secrets à Poudlard, après tout. À présent, en plus de Mimi, une grande partie des filles issues des quatre maisons s'était mise à lui faire les yeux doux, à glousser et plus généralement à adopter un comportement insupportable lorsqu'il se trouvait dans les parages. Il avait été forcé à mettre en pratique sa connaissance étendue des passages secrets du château, tout ça pour profiter ne serait-ce qu'un peu de paix entre deux cours. Ce n'était pas que les filles se jetaient sur lui. Elles ne brisaient techniquement aucun règlement. Leur comportement gênait juste Harry et le mettait mal-à-l'aise. Avec un peu de chance, elles se lasseraient de lui dans un mois ou deux.

« C'en est arrivé à un point où je ferais mieux de me débrouiller pour qu'elles me surprennent en train de faire des papouilles à quelqu'un d'autre avant qu'elles ne dégagent, » se plaignit Harry à Albus à un moment donné.

Il ne remarqua pas du tout l'étrange expression passer sur le visage de l'autre après son commentaire.


Harry évita les Trois Balais à cause des filles lors du premier weekend à Pré-au-Lard et décida plutôt de se rendre à la Tête du Sanglier. Il rêvait d'une bièraubeurre après des années passées sans en avoir bu la moindre.

« Bonjour Harry, le salua Albus alors qu'il sortait de chez Honeydukes en rangeant un grand sac de confiseries. Je peux me joindre à toi?
— Bien sûr, répondit Harry avec enthousiasme.

Albus lui emboita le pas.

— Tu veux aller où?
— J'avais envie d'une bièraubeurre mais mon fan club m'attend en embuscade aux Trois Balais, alors je comptais aller à la Tête…

Il s'interrompit au beau milieu de sa phrase. Aberforth était propriétaire de la Tête du Sanglier.

— Ah, dit Albus à voix basse.
— Tout compte fait, j'ai besoin de plumes et de parchemin. Pourquoi n'irions-nous pas à la papeterie, proposa Harry en vitesse en se retournant, puis en essayant de se rappeler où se trouvait la boutique.

Son compagnon le retint d'une main sur le bras.

— Ce n'est pas grave Harry. Je veux bien t'accompagner au pub.
— Mais ton frère, protesta Harry en levant la tête vers le sorcier plus grand.
— Un jour, il faudra que je te demande comment tu as eu vent de la carrière qu'il a choisie, proclama Albus dans une tentative de légèreté. L'accident s'est cependant déroulé il y a longtemps et Abe et moi sommes adultes. Je suis sûr que nous pouvons supporter de nous retrouver dans la même pièce quelques minutes. »

Harry espérait ne pas se tromper en acceptant avec prudence et continua sa route vers le bar. Il se souvenait de l'amertume qui avait habité Aberforth Dumbledore dans les années 90.

Le duo entra dans la Tête du Sanglier et Harry prit juste un instant pour observer toutes les différences. L'endroit était plus propre, d'une part. Plus neuf, sans aucun doute, bien qu'il sentait toujours la chèvre. Il était encore trop tôt pour la plupart des adeptes et aucun des élèves n'oseraient tenter quoi que ce soit avec deux professeurs présents. Seulement une autre personne en dehors d'Aberforth était là, occupée à boire une substance non-identifiée dans un coin et ignorant tout le reste.

Le cadet des frères Dumbledore leva la tête, ses yeux bleus familiers se plissèrent à la vue des clients.

« Tu voulais? demanda Harry à voix basse.
— La même chose que toi, répondit Albus qui alla s'asseoir près de la fenêtre.
— Deux bièraubeurres s'il vous plait, indiqua Harry d'un ton aimable au barman.

Abe grommela et fronça deux sourcils broussailleux, mais il s'exécuta.

— Merci, dit Harry avec un rictus tendu.

Il posa quelques pièces sur le comptoir avant d'apporter les deux boissons là où Albus s'était assis. Bien qu'ils parlaient à voix basse, leurs voix semblaient fortes dans l'atmosphère presque silencieux. Quand il eut presque fini sa boisson, il regretta vraiment de ne pas avoir tout simplement bravé les masses féminines aux Trois Balais. Ils auraient été plus heureux et il aurait pu savourer sa première biéraubeurre depuis des lustres.

— J'ai juste besoin d'aller aux toilettes et on peut y aller, dit Harry dés qu'il eut vidé son verre.

Albus acquiesça et tourna la tête vers Aberforth qui nettoyait un verre sale avec zèle. Il prit une profonde inspiration et se leva, les verres vides qu'il tenait dans ses mains faisant office d'excuse pour approcher son frère.

— Alors, asséna Abe en levant la tête vers lui. Tu t'es enfin décidé à réapparaitre?

Bien que froid, Albus réussit tout de même à forcer un sourire.

— Bonjour Aberforth.
— Qu'est-ce que tu fais là? s'enquit le barman d'un ton glacial.
— Harry voulait venir ici pour boire une bièraubeurre alors j'ai proposé de l'accompagner, répliqua Albus.
— Avant ou après que tu saches où il allait?

Albus détourna le regard et son frère poussa un grognement.

— Aberforth, je sais que tu ne veux pas me voir -
— Tu as bien raison, je n'en ai pas la moindre envie, siffla l'autre. Encore moins quand tu reproduis les mêmes erreurs.

Albus sursauta comme frappé par un éclair et son visage perdit toute couleur.

— Quoi? chuchota-t-il avec raideur.
— Tu as toujours été attiré par le pouvoir, grinça Abe. Et tu devrais être un idiot pour ne pas voir le pouvoir qui habite ton compagnon. J'ai entendu les rumeurs. Un sorcier débarque de nulle-part, pas de nom de famille, rien du tout, anéantit peu importe ce qui menaçait l'école et tu le prends chez toi, sans poser de question. Il va tuer qui celui là cette fois?

Albus agrippa le comptoir avec tant de force que ses phalanges devinrent livides et sa colère prit vie, sa magie claquant dans l'air autour de lui. Le seul autre client du pub fixait la porte depuis le début de la conversation entre les frères. Il choisit ce moment idéal pour s'enfuir. Aucun des sorciers ne lui paya la moindre attention.

— Dis ce que tu veux sur moi, proféra Albus lentement, ses yeux bleus étincelants. Je le mérite. Mais ne t'avise pas à dire quoi que ce soit de semblable sur Harry.

Un vent surnaturel ébouriffa ses cheveux et agita sa robe pendant son discours.

Harry entra dans la pièce précisément à cet instant et se figea devant les deux puissants frères qui se fixaient, la magie lourde dans l'air.

— Albus? l'interpella-t-il avec hésitation.

Il se précipita aux côtés de son collègue et plaça une main sur son bras avec délicatesse.

— Albus, on y va?

Albus ferma brièvement les yeux, luttant pour prendre le dessus sur son humeur et libérer la tension de son corps.

— Oui, dit-il en reculant. On y va.
— On pourrait prendre le chemin le plus long pour rentrer au Château, par la Cabane Hurlante? suggéra Harry. Si tu regardes un seul élève là tout de suite, il va s'effondrer en pleurant.
— La Cabane Hurlante?

Harry lui adressa un regard étrange.

— C'est…

Il s'interrompit, ses yeux s'écarquillant devant l'envergure du problème. La Cabane Hurlante ne serait pas nommée ainsi avant que Lupin n'arrive à Poudlard et la dernière fois qu'il avait vérifié, la cabane elle-même n'avait pas encore été construite.

— Rien, » affirma-t-il et il s'éloigna du village avec Albus qui maintenait sa cadence.

Un instant durant, influencé par la confrontation avec son frère, Albus hésita à forcer Harry à lui donner une réponse. Il s'intercepta avant de pouvoir endommager sa relation avec le plus jeune sorcier. Harry lui dirait quand il serait prêt, pensa-t-il avec obstination. Et il n'avait absolument rien en commun avec Gellert.