Toutes mes excuses pour ce retard, le chapitre suivant étant bien plus court, je le relis et le poste au plus vite pour me faire pardonner. Merci pour vos reviews très encourageantes, je vais prendre le temps de vous répondre. Passage un peu difficile pour nos deux héros mais ça devait bien finir par arriver... bonne lecture :)
Je veux nager loin d'ici mais je ne sais pas comment
Parfois j'ai juste l'impression de tomber dans l'océan
De laisser les vagues m'abattre
De laisser les ouragans se mettre en place… ouais
De laisser la pluie faite de mes sentiments présents… tomber
De laisser la pluie tomber
— « Dans l'Océan » de Blue October
Harry fronça les sourcils et s'immobilisa, une serviette autour de la taille quand il entendit des sons agités et gémissements apeurés provenir de la chambre d'Albus à travers la porte fermée de la salle de bain. Il s'apprêtait tout juste à entrer pour réveiller l'autre sorcier lorsque le bruit cessa brusquement, signe qu'Albus venait de se réveiller en sursaut.
Harry poussa un soupir et recommença à s'habiller. La situation durait depuis déjà plus d'une semaine. Si Albus ne se réveillait pas avant Harry, une instance antérieurement inhabituelle, il remuait et grognait dans son sommeil. Jusqu'à présent il avait réussi à se réveiller avant qu'Harry ne puisse poser un pied dans sa chambre, mais ça n'empêchait pas ce dernier de s'inquiéter. Harry n'était pas persuadé que sa présence lui serait d'une grande aide de toute façon. Au moins, pensa Harry avec mélancolie, Albus avait Fumseck. Son seul ami semblait presque s'éloigner de lui. Il ne recherchait plus la compagnie d'Harry aussi souvent et, lorsque le sorcier aux cheveux auburn lui parlait, il demeurait de plus en plus sur la réserve. Cette attitude blessait un peu le voyageur de temps qui avait maudit son choix de bar d'au moins six manières différentes depuis dimanche.
Que diable Aberforth avait-il pu dire à Albus?
Il se dépêcha de sortir de la salle de bain, sachant qu'Albus voudrait au moins aller se passer un coup d'eau fraiche sur le visage sans qu'un témoin de ses cauchemars ne se trouve dans la même pièce. Merlin seul savait qu'Harry avait mis en place des Sortilèges de Silence permanents autour de son lit.
Il acheva ses ablutions matinales et alla s'asseoir pour lire une revue de Défense en attendant Albus. Vu qu'ils vivaient ensemble, qu'ils descendent ensemble prendre leur petit déjeuner tombait sous le sens.
« Bonjour Harry, le salua Albus en tentant un sourire enjoué.
Harry le connaissait trop bien pour se laisser duper. Il vit la lassitude dans les yeux bleus qui avaient récemment cessés de scintiller comme des cristaux au soleil.
— Bonjour, répondit-il.
Ils se dirigèrent vers la Grande Salle dans un silence gêné.
— Comment se passent tes cours? s'enquit enfin Albus.
Harry se plongea dans son sujet de prédilection et sourit en pensant aux élèves à qui il enseignait et assistait.
— Merveilleux, s'extasia-t-il. Tous les premières années peuvent maintenant lancer un Expelliarmus et un Protego. Les boucliers ne sont pas assez puissants pour intercepter plus que des sortilèges de deuxième année bien sûr, mais ils ralentiront au moins les sorts plus agressifs, ce qui est mieux que rien. Je suis heureux d'avoir pu convaincre Galatea d'adapter un peu le programme.
Le sourire d'Albus parut un peu plus authentique. Il se souciait vraiment de ses élèves et qu'Harry s'intègre aussi bien le rendait heureux.
— Qu'en est-il de Mademoiselle Patrick?
— Je reprends les bases avec Emilia pour essayer de lui faire alléger un peu la poigne sur sa baguette et ajuster certains de ses gestes les plus maladroits, mais le souci vient surtout de son manque de confiance en elle plus qu'un fort instinct qui la pousserait à éviter les sortilèges de Défense.
Albus acquiesça.
— Elle est intelligente, mais la partie pratique de ses cours de Défense ne cesse de lui échapper. Galatea a fait ce qu'elle a pu mais avec autant d'élèves, aucun de nous n'a pu trouver assez de temps pour accorder à Mademoiselle Patrick tout l'aide dont elle a besoin, et personne ne sait pourquoi elle a tant de problèmes. Elle n'est pas, disons, très ouverte. Ton arrivée a été une bonne chose pour nous tous, Harry.
Harry baissa la tête devant tant d'éloges et persévéra :
— C'est malheureux qu'elle ait six ans de mauvaises habitudes à vaincre, mais la façon dont elle tient sa baguette s'améliore déjà. J'avais un ami qui était maladroit et franchement pas très doué à cause de son manque de confiance en lui et il devenu un sorcier émérite et puissant, je pense donc pouvoir l'aider en ce qui concerne ses soucis d'assurance. Ce qui m'inquiète le plus, c'est sa technique de protection. Vu qu'elle a l'air si douée en Métamorphose, je l'ai faite s'entrainer à lancer les sortilèges appropriés aussi vite que possible en faisant varier les objets. J'ai trouvé des morceaux de marbre ou de différentes sortes de pierre pour qu'elle bloque mieux les sorts, y compris Avada Kedavra. Si son premier réflex est d'éviter d'utiliser la DCFM, alors je jure devant Merlin que je lui trouverai un moyen de se défendre. »
Albus approuva d'une voix distante et Harry se tut subitement lorsqu'ils pénétrèrent dans la Grande Salle. Le maître de métamorphose n'étant pas d'humeur à lui parler, il choisit d'aller s'asseoir auprès du professeur de sortilèges. Il serait alors assuré de pouvoir passer le repas à ressasser sans être entrainé dans une conversation avec l'un de ses collèges contre sa volonté.
Albus regarda Harry s'éloigner avec un pincement au cœur. Il avait honnêtement fait de son mieux pour se comporter comme d'habitude avec son compagnon et objet de son affection, mais dés qu'il y parvenait, le souvenir des paroles d'Aberforth s'immisçait dans son esprit. Et Harry persistait à être différent. Unique. Ce pourquoi Albus l'aimait, mais ignorer certaines choses devenait compliqué. À la différence des autres professeurs, il ne se concentrait pas sur la préparation des élèves en vue des examens. Il les préparait à la vraie vie. Il s'assurait qu'ils puissent survivre à une attaque. Son cœur s'arrêta presque quand une idée le frappa. Harry voyait-il la guerre s'étendre dans tout le Royaume-Uni?
Ce n'était pas bien ni juste. Son frère n'avait même pas adressé la parole à Harry, il ne le connaissait pas aussi bien qu'Albus le connaissait. Il n'avait eu vent que de détails superficiels sous la forme de potins dans son pub. Albus connaissait Harry, savait le genre de personne qu'il était et il ne ressemblait en rien à Gellert. Même face à la condamnation de son frère - tu reproduis les mêmes erreurs - ses certitudes vacillaient. Il avait refusé d'écouter Aberforth il y a toutes ces années et voyez ce qui c'était passé. Allait-il l'écarter encore une fois?
Mais il n'avait jamais adressé la parole à Harry, se rappela Albus.
Les cauchemars n'aidaient pas non plus. Ariana mourait encore et encore, tantôt de la baguette de Gellert, tantôt de la sienne. Harry avait une fois perpétré l'acte lui-même, et il n'avait réussi à calmer son hystérie qu'auprès du réconfort procuré par Fumseck.
Au plus profond de lui-même, Albus était convaincu d'être un lâche. C'était la raison pour laquelle il avait choisi de rester près de l'école plutôt que de traquer Gellert ; la raison pour laquelle il n'avait jamais fait le premier pas avec son frère ; la raison pour laquelle il n'avait jamais avoué à Harry qu'il l'aimait. Il savait qu'Harry ne réaliserait sans doute jamais l'attirance qu'Albus éprouvait à son égard, à moins qu'il ne le lui dise tout simplement. Il soupçonnait les proches d'Harry d'avoir plus que leur part de responsabilité concernant l'ignorance d'Harry sur certains sujets. De ce fait, il était parfois presque content que le jeune sorcier puissant refuse de lui dire quoi que ce soit sur leurs identités ou l'endroit où ils vivaient, car il avait le sentiment d'être capable de les tuer pour leurs actes.
La visite habituelle des hiboux interrompit sa réflexion et il libéra le hibou postier de son fardeau. LE BATAILLON DES ÉLITES AURORS FRANÇAISES ET BRITANNIQUES MASSACRÉ, hurlaient les gros titres. Oh Gellert, se lamenta Albus pour la énième fois, son appétit se volatilisant tout à coup. Qu'as-tu fait cette fois? Et il se demanda une nouvelle fois s'il serait capable d'intervenir. Mettre un terme à cette guerre ou bien mourir en essayant.
Harry est assez puissant pour l'arrêter, certifia une voix traitre à l'arrière de son esprit, et il fut scandalisé par ses propres pensées. La possibilité de voir Harry face au monstre qu'était devenu son vieil ami et amant… son cœur se contracta à l'idée de mettre le sorcier plus jeune en travers du chemin de ce tyran.
Non. Il devrait peut-être confronter Gellert avant que ce dernier ne réussisse à annexer l'Europe toute entière - il estimait que cette responsabilité lui revenait - mais Harry ne serait pas dans les parages ce jour là. Albus ne l'y autoriserait pas.
Le soir suivant où Harry était libre, il alla boire une bièraubeurre à la Tête du Sanglier pendant qu'Albus était préoccupé par ses dossiers administratifs. Il n'avait aucunement l'intention de discuter avec le benjamin des Dumbledore - il ne voulait pas se mêler de ce qui pourrait prendre la forme d'une situation explosive - mais son bar était plus calme que les Trois Balais, personne ne poserait de questions et il n'était pas vraiment d'humeur à interagir avec qui que ce soit.
La Radio Indépendante à Transmission Magique jouait doucement de derrière le bar, et il écouta les nouvelles du front pendant qu'il sirotait sa bièraubeurre, le dos appuyé contre le mur de façon délibérée qui lui donnait une vue panoramique de la pièce. Hagrid avait eu raison à propos de la clientèle nébuleuse du pub, reconnut Harry une fois que la liste des morts touchait à sa fin, puis la voix enchaîna en annonçant le succès d'une mission récente quelque part en, ou près de la Bulgarie. Ses connaissances en géographie, comme en histoire, étaient un peu vagues. Il crut voir une vieille sorcière dans un coin sombre, et le groupe de trois occupé à jouer aux dés gardaient leurs capuches relevées. Il y avait même quelqu'un qui portait un espèce de foulard autour de la tête, ne laissant apparaitre que deux yeux globuleux et un autre avec un voile. Ils étaient néanmoins nombreux à porter des robes classiques, tout comme Harry.
Harry ne remarqua pas lorsque la Radio émit une voix grave, avec un accent. Il lui fallut entendre deux mots pénétrer alors sa réflexion étourdie. Il se redressa brusquement en entendant Grindelwald parler passionnément du "Bien Commun". Il n'avait jamais entendu le son de la voix de Grindelwald par le passé bien qu'à travers le Directeur Dumbledore, cette phrase le heurta telle une gifle en plein visage. La voilà, l'excuse qui regroupait tous les malheurs de sa vie, pensa-t-il sinistrement. Mais pas cette fois. Pas s'il pouvait l'en empêcher. Grindelwald serait vaincu et Harry s'assurerait qu'Albus ne soit pas aussi seul que l'avait été son ancien mentor.
Durant la retransmission du discours au Monde des Sorciers, l'ambiance du pub se tendit, semblable à un maelström d'émotions causées par l'ivresse. Heureusement, le message était court, implorant d'autres imbéciles d'opprimer des moldus innocents dans l'espoir d'acquérir un faux sentiment de supériorité, ou quelque chose du genre. Harry traduisait les paroles mielleuses de cette manière, quoiqu'il arrive. Grindelwald était un orateur convaincant et charismatique, admit-il avec réticence. Un peu comme Hitler, s'il se souvenait correctement de ses cours d'école primaire. Par Merlin, c'était bien là leur satanée, putain de chance que ces deux individus éloquents, aux idées semblables, se retrouvent à prendre le pouvoir à la même période, sur le même continent. Et il vivait désormais à cette époque.
Il ricana, doucement et sans humour, avant d'apercevoir Aberforth s'approcher du coin d'Harry avec une autre boisson en guise d'excuse. Il vit la froideur dans l'expression du benjamin des Dumbledore, les ténèbres dans ses yeux, et il comprit que ce que le barman s'apprêtait à lui dire ne serait pas une partie de plaisir dans n'importe quel cas.
« Bonjour, le salua poliment Harry.
Il n'avait pas la moindre idée de ce que l'autre voulait lui dire et mieux valait toujours rester prudent.
— Alors tu es Harry, c'est ça? asséna brutalement Aberforth.
— Oui.
Il eut par bonheur la présence d'esprit de ne pas s'étaler, ni de mentionner la relation qui unissait Aberforth à Albus. Pas quand les frères se sautaient à la gorge dés qu'ils restaient seuls quelques minutes à peine.
— Eh bien, gronda-t-il en posant violemment le verre sur la table.
Le bruit se perdit dans le brouhaha général du bar.
— J'ai quelque chose à te dire et je ne le répéterai pas. Je ne te fais pas confiance du tout et je serai maudit si je laisse le passé se répéter. Si tu te fous de ma gueule, il y aura des conséquences. Et par la barbe de Merlin, que tu te foutes d'Albus ou juste que tu te le tapes, si quiconque meurt je te tuerai de mes propres mains.
Harry s'étrangla en entendant la dernière phrase et passa plusieurs secondes inélégantes à hoqueter et à tousser, en essayant désespérément de respirer devant un Aberforth impatient quant à sa réponse. Venant des années 90, les jurons n'étaient pas du tout aussi choquants qu'ils l'étaient pour beaucoup à cette époque, mais l'accusation l'était clairement.
— Je n'ai pas la moindre intention de faire du mal ou de tuer qui que ce soit, déclara-t-il sérieusement.
Il avait enfin récupéré le contrôle de sa respiration et il fixa directement les yeux familiers d'Aberforth.
— Et votre frère ainsi que mes collèges et élèves à Poudlard sont vraiment très importants pour moi. Je ne suis pas un meurtrier.
— Pfff.
Abe n'était clairement pas prêt à le croire mais il n'allait pas insister.
— Souviens-toi juste de ce que je t'ai dit, prévint-il une dernière fois.
Harry inclina la tête sur le côté.
— Vous vous souciez réellement de votre frère malgré tout. Au moins un petit peu. Vous ne vous embêteriez pas de cette façon si ça n'était pas le cas.
Aberforth fronça les sourcils.
— Il te l'a dit alors? Je suis surpris.
Harry acquiesça.
— Il me l'a dit.
— Ne va pas croire que je pardonne à ce connard arrogant, parce que ça n'est pas le cas. Loin de là. Je garde juste un œil sur ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui. »
Harry l'observa retourner au bar. Non, Abe n'avait pas pardonné à Albus pour Gellert et Ariana et peut-être ne lui pardonnerait-il jamais - il était si amer -, mais ça ne voulait pas dire qu'il s'en moquait complètement. Harry ne se mêlerait pas d'une affaire familiale aussi personnelle et potentiellement explosive, cependant. Il ne s'en mêlerait pas aussi bêtement.
Ça ne lui avait toujours pas appris ce qu'Aberforth avait bien pu dire à son frère pour l'affecter à ce point.
Ni l'autre ni l'autre ne pouvait affirmer avec certitude ce qui avait déclenché la dispute. Tout ce dont ils étaient sûrs résidait dans la tension ayant été trop lourde à supporter plus longtemps, et la moindre petite chose - sans doute Harry qui venait d'esquiver une autre question - qui avait pris des proportions démesurées.
« Pourquoi tu refuses de me dire quoi que ce soit, l'accusa Albus.
— Mais je te dis des choses! protesta Harry.
— Tu tournes autour du pot lorsqu'il s'agit de ton école, de la guerre, de ton passé, de tes mystérieuses connaissances sur Poudlard et de tes connaissances sur ma propre personne. Par la barbe de Merlin, tu refuses même de me dire ton nom de famille. Tu as donc si peu confiance en moi que ça?
Les mots d'Albus frappèrent Harry avec la force d'un véritable poing, et pour le moment il alla se réfugier dans la colère.
— Tu es le seul à qui j'ai jamais parlé de ce que mes proches m'ont fait, asséna-t-il d'un ton glacial.
Bien que le sorcier ainé hésita clairement, il n'arrivait plus à s'arrêter.
— La confiance conditionnelle est différente de la confiance. Qu'est-ce que je dois faire pour que tu aies confiance en moi Harry?
Le visage d'Harry était presque devenu livide.
— Bordel de merde Albus, ça n'a rien à voir avec toi! Je ne peux pas! Je ne peux plus être cette personne! Je ne peux pas être le héros et je ne veux pas qu'on me le rappelle, et je suis putain de terrifié à l'idée d'être identifié par les mauvaises personnes! »
Avant que l'un d'eux ne puisse dire quelque chose d'impardonnable, il tourna les talons et se jeta sur la porte pour s'enfuir de leurs appartements.
Albus se laissa tomber sur le canapé. Fumseck chantonna avec douceur et voltigea jusqu'à lui pour réconforter son sorcier adoré. Ce n'est qu'à l'instant où il tendit la main pour caresser le phœnix, qu'Albus se rendit compte que ses deux mains tremblaient.
Harry, pendant ce temps là, se précipita dans la Salle sur Demande. Il avait besoin de s'éloigner de tout le monde et il avait besoin avant tout de s'éloigner d'Albus. C'était heureusement presque l'heure du couvre-feu, il n'y eut donc aucun élève dans les parages pour le voir dans un état pareil. Il ne se souvenait pas de la requête qu'il avait formulée en faisant les cent pas devant le mur nu, mais il reçut quelque chose de semblable à une course d'obstacles.
Parfait, pensa Harry avec amertume ; rien de tel que l'épuisement physique et la destruction pour passer sa colère et sa frustration.
Il s'effondra dans un fauteuil une heure plus tard, en sueur, épuisé et presque en larmes. Il ne pouvait pas en vouloir à Albus pour son manque d'organisation. Albus avait été d'une générosité et d'une hospitalité exceptionnelles. Il lui avait tant donné et Harry lui avait si peu donné en retour, comme le parasite que les Dursley l'avaient accusé d'être.
Le problème était qu'Harry ne s'était jamais attendu à se rapprocher de quiconque dans le passé. Il ne s'était même jamais attendu à être connu de quelques personnes, et il ne s'était sans aucun doute jamais attendu à se lier d'amitié avec quelqu'un qu'il avait bien connu dans le futur. Toute sa concentration avait été misée sur Voldemort et il avait été pratiquement sûr de mourir en entrainant le Seigneur des Ténèbres dans sa chute. Après tout, Voldemort avait passé sa vie à le traquer et il avait toujours été plus expérimenté et intelligent qu'Harry, et possiblement plus puissant magicalement parlant. Ça n'aurait été plus qu'une question de temps avant que le Mage Noir ne le tue.
Et puis, inexplicablement, il était resté en vie, avait été recueilli sous l'aile d'Albus Dumbledore qui avait pris une place infiniment plus importante dans la vie d'Harry que celle qu'avait occupé son mentor du passé/futur. Il avait été forcé de trouver un moyen de s'intégrer dans la société, tout en restant d'une manière ou d'une autre "juste Harry" vis-à-vis de tout le monde, en particulier d'Albus.
Il voulait donner un nom de famille à Albus. Mais il ne pouvait pas lui mentir, en particulier pas quand le sorcier ainé pouvait littéralement voir à travers lui. Il ne méritait pas ça et Harry avait conscience de ne pas être assez bon acteur pour se rappeler répondre à un faux nom. Mais il n'était pas non plus prêt à entendre le nom Potter passer les lèvres d'Albus. Il aurait pu s'y habituer assez bien, mais il ne pensait pas pouvoir encore supporter d'être appelé Potter dans les couloirs de Poudlard. Dans tous les cas, après avoir passé tant de mois sans divulguer son patronyme, le moindre nom donné serait examiné et considéré avec curiosité ou suspicion. L'idée que le Ministère ou une autre organisation douteuse ne découvre qu'il était un voyageur de temps lui flanquait la trouille la plus totale. Il n'était pas étranger à l'immoralité et la corruption qui avaient gagné le gouvernement après avoir été renversé par Voldemort.
S'adaptant au besoin inconscient d'Harry, la Salle métamorphosa le fauteuil en lit, autorisant Harry à se pelotonner en une boule misérable et à chercher le refuge du sommeil. Juste avant de s'assoupir, il médita apathiquement sur la raison qui l'avait poussée à réagir aussi violemment à la dispute avec Albus. Même quand Ron l'avait abandonné…brièvement…il n'avait pas…
Les quelques jours qui s'ensuivirent furent tendus pour le duo. Harry n'avait toujours pas regagné sa chambre et avait choisi à la place de dormir dans la Salle sur Demande. Ils évitaient d'interagir l'un avec l'autre dans les couloirs et durant les repas. Ils se montraient assez subtiles pour qu'aucun élève ne fasse le rapprochement, mais leurs collèges les surveillaient avec inquiétude. Ils s'entendaient d'ordinaire si bien tous les deux, l'un recherchant souvent la compagnie de l'autre à l'heure des pauses ou des repas, et les voir fâchés à ce point était déconcertant.
Galatea passait le plus clair de son temps avec Harry ces temps-ci, et se languissait presque de voir les deux s'hurler dessus ou faire n'importe quoi pour arranger les choses, plutôt que de continuer avec ce silence désastreux. Elle vit la façon dont son visage — qui n'était au départ jamais bien loin de n'être que de la peau sur des os — s'émaciait et l'apparition de cernes ternes sous ses yeux. Ses yeux verts brillants — qui mettaient secrètement tout le monde d'accord en étant probablement la plus belle caractéristique physique chez Harry —, étaient éteints et épuisés ces jours-ci. Chacun de ses sourires paraissait forcé et même quelques élèves d'Harry finirent par le remarquer à un moment donné.
« Vous allez bien Prof'sseur Harry? s'enquit avec inquiétude Ami, une petite Poufsouffle de première année après avoir passé un long moment à se donner du courage pour lui poser la question.
Harry leva la tête de son devoir qu'il était occupé à corrigé et se força à lui adresser un sourire fatigué.
— Je vais bien. Je dors juste un peu mal, c'est tout. »
Elle fronça les sourcils mais n'insista pas. Il l'entendit dire plus tard à ses amis : « Il dit qu'il va bien, » d'un ton incrédule en faisant la grimace. Dernièrement, il n'était même plus capable de tromper des gamins de onze, semblait-il.
Les élèves plus âgés n'étaient heureusement pas assez à l'aise ou ne se sentaient pas assez concernés pour commencer à l'interroger sur sa santé. Ou peut-être avaient-ils eu vent de ses excuses grâce au fameux téléphone arabe de Poudlard.
Personne ne questionna la santé d'Albus, mais ce dernier demeurait une figure qui inspirait le pouvoir et l'admiration. De plus, il avait eu la bonne idée de faire usage de glamours.
« Je vais bien Tippy, honnêtement, protesta Harry dans un sourire fatigué en essayant de se dépêtrer de l'elfe de maison inquiet.
Il prenait ses repas dans la cuisine quand il se souvenait de manger et avait passé un certain temps à apprendre à connaître les autres elfes de maison et à discuter avec Tippy quand il en avait l'occasion.
— Grand Maitre Harry, monsieur, a l'air si fatigué, Tippy s'inquiète, monsieur, dit-elle en l'observant avec ses grands yeux, ses oreilles pendouillant tristement. Bon Sorcier Professeur Harry devrait dormir.
— Mais je dors, assura Harry avec seulement une légère honnêteté. Et tu sais, tu peux juste m'appeler Harry, ajouta-t-il machinalement.
— Si gentil Harry, monsieur ne mange pas, Tippy lui apportera au moins à manger, affirma le petit elfe de maison avec détermination, qui commença à s'affairer dans la cuisine en donnant des ordres à ses camarades elfes.
Par Merlin, il ne trompait pas les elfes de maison non plus. Il était vraiment pathétique.
— Envoie simplement ça dans la Pièce Va-et-Viens, » dit enfin Harry en admettant sa défaite.
Il garda un léger sourire sur son visage jusqu'à sa sortie des cuisines. Le couloir était sombre et vide. Il se laissa glisser le long du mur et pressa ses paumes de mains sur ses yeux fermés. Il voulait juste rentrer à la maison. Il voulait retrouver Albus et oublier toute la dispute, dormir une nuit complète sans beugler jusqu'à s'en arracher la gorge.
C'était sur cette scène qu'Albus tomba.
Il avait vu la façon dont Harry commençait presque à dépérir et il savait que ses cauchemars en étaient les responsables. Il avait eu son lot de cauchemars durant les nuits qui avaient suivies la dispute. Son égo l'avait empêché d'aller à la recherche de l'autre jusqu'à ce que la peau d'Harry palisse et que les cernes sous ses yeux se creusent. Il avait été effrayé par l'effet qu'avait eu leur dispute sur le sorcier plus jeune, et il refusa de laisser sa fierté affecter la santé d'Harry. Albus n'avait pas eu complètement tord, mais il avait parfaitement conscience qu'il aurait pu mieux gérer la situation.
Il attendait tard le soir avant d'aller se coucher, dans l'espoir de voir Harry rentrer. Il levait la tête toutes les quelques minutes durant les repas dans la Grande Salle, dans l'espoir de voir Harry entrer, se demandant s'il mangeait. Il avait fallu cette solitude et ce regret pour l'arracher à l'état d'hébétement dans lequel les paroles de son frère l'avaient plongé. Albus regretta avoir jamais écouté Aberforth avant tout. Que savait-il d'Harry? Abe n'avait pas vécu à ses côtés, n'avait pas pris soin de lui, ne s'était pas confié à lui et n'avait pas écouté ses confidences en retour.
Albus avait erré dans le château la nuit précédente pour interroger les portraits et fouiller toutes les pièces disponibles pour retrouver Harry, mais même le Directeur Dippet n'avait pas la moindre d'idée de l'endroit qu'avait choisi le professeur assistant pour dormir. Il s'excuserait, ferait toutes les promesses qu'Harry exigerait de lui, si seulement cela ferait réapparaître le jeune homme. Dans ce cas, il irait même jusqu'à détruire cette façade déchirante de normalité contre sa souffrance, si seulement cela pouvait réfréner son chagrin.
Il se dirigeait vers les cuisines, en quête d'un cacao chaud pendant qu'il réfléchissait aux autres endroits où Harry avait bien pu se confiner, lorsqu'il vit l'homme en question assis par terre, la tête plongée dans ses bras.
« Harry? l'interpella-t-il, surpris.
Harry sursauta. Il aurait dû faire plus attention à son environnement, en particulier après certains des regards qu'il avait reçus de la part de l'ancien gang de Jedusor et des gamineries de plus en plus malveillantes qu'il avait déjouées.
— Albus? demanda-t-il d'une voix un peu enrouée.
— Viens Harry, dit le sorcier ainé après un instant de silence.
Il se baissa et l'aida à se relever. Harry le laissa faire et s'appuya contre lui car il était si épuisé et Albus était là, solide, tiède et sauf.
— Allons au lit, d'accord? Tu as l'air épuisé. »
Harry ne parla pas et laissa simplement Albus faire selon son désir. Il poussa tout juste un léger soupir devant Fumseck qui venait d'apparaitre au dessus de lui en gazouillant joyeusement. Albus le guida en très peu de temps jusqu'aux appartements qu'ils partageaient, puis dans son lit. Harry enregistra vaguement une main sur son front, dégageant ses cheveux de devant ses yeux, puis cette présence familière et réconfortante s'éloigna.
« Attends, dit Harry sans réfléchir en tendant la main pour attraper une manche. Reste avec moi. S'il te plait.
Il était si désespéré à l'idée de jouir d'un sommeil paisible et la présence d'Albus le lui avait accordé par le passé.
Albus resta immobile un long moment et Harry pensa que peut-être il allait refuser. Mais il finit par hocher la tête et acquiescer devant sa demande, s'allongea au dessus des couvertures et se tourna sur le côté pour lui faire face.
— Dors Harry, lui dit-il avec douceur. On discutera demain matin. »
