Chapitre très court avec une discussion importante et un peu d'affection, parce que nos héros en ont bien besoin...


Dans un rêve,
M'accorderas-tu ton amour?
Imploreras-tu mon cœur brisé de battre,
Me sauveras-tu la vie, me feras-tu changer d'avis.
Si je tombe et que tout est perdu.
Sans lumière pour éclairer la voie.
Rappelle-toi que je suis sous le joug de la solitude.
— « Cloud Nine » d'Evanescence

Prêche quelques pieux mensonges

Ils peuvent inhaler et ensuite
Tu ne vois pas comment tu as bien pu te retrouver dans cette situation

Tard durant la nuit
Tard durant la nuit tu pleures
Dans l'espoir d'autre chose de préférable aux secrets que tu préserves
Allonge-toi, allonge-toi juste près de moi
Et dis-moi ce que tu attends de moi
— « Accorde-moi la Débâcle » de Rob Thomas


Étonnement, Albus fut le premier à émerger le matin suivant. Son horloge interne l'avait réveillé assez tôt pour qu'il se prépare à temps pour ses cours, une bonne chose vu que ni Harry, ni lui n'avait été en état de mettre un réveil.

Mais il ne voulait pas se lever. Il était au chaud et installé confortablement, avec Harry pelotonné tout contre lui, confiant et vulnérable dans son sommeil. Pour la première fois depuis plusieurs jours, son sommeil avait été dénué de tout rêve. Albus souhaitait se réveiller comme cela chaque matin, souhaitait tout savoir du sorcier endormi contre lui ; voulait faire des choses qu'Harry ne permettrait jamais, il en était certain.

En poussant un profond soupir, il posa brièvement ses lèvres sur la tête recouverte de cheveux sombres, et commença à se démêler en faisant attention. Il était temps de regagner la réalité.

« Albus? s'enquit une voix endormie. Qu'est-ce que tu fais?

Le sorcier ainé ferma les yeux, s'autorisant brièvement à dépeindre une image moins innocente de la scène.

— Je dois aller me préparer pour mes cours. Rendors-toi Harry. Nous pourrons discuter plus tard.
— Mais j'ai un cours moi aussi, protesta Harry, les sourcils froncés dans l'effort de se débarrasser de la confusion couplée à un sommeil réparateur, enfin.
— Je vois bien que tu n'as pas dormi ces derniers temps. Je comptais te laisser dormir et prévenir Galatea de ton état. Fumseck peut rester avec toi pendant que je ne suis pas là, offrit le professeur à l'apparition de l'intéressé dans un éclat de flammes et un pépiement joyeux.
— Je vais bien, affirma machinalement Harry en commençant à se lever, lorsqu'une main puissante le repoussa en arrière.
— Non tu ne vas pas bien, affirma Albus avec fermeté. Même les élèves ont vu que quelque chose n'allait pas. Repose-toi pour l'instant. C'est malheureux que nous ayons à reporter une nouvelle fois notre conversation, continua-t-il allègrement en observant Harry du coin de l'œil. Mais j'ai pas mal de temps libre cet après-midi. Fumseck serait plus qu'heureux de te garder compagnie.

Et de me dénoncer si je ne faisais que penser à m'enfuir, ne dit pas Harry, mais son expression était bien assez parlante. Albus lâcha un petit rire.

— À tout à l'heure Harry, dit-il avec affection en tournant les talons pour sortir de la pièce. Dors bien.
— Je vois à travers les glamours, tu sais, asséna Harry avant que son ami n'ait le temps de trop s'éloigner

Albus se figea. Il n'avait donc pas réussi à dissimuler à Harry, au minimum, les preuves des rêves tourmentés et des nuits agitées.

— Peut-être, reconnut-il sans se retourner. Mais il semble que tes démons sont bien plus puissants que les miens. »


Fumseck ne le rendormit pas, réalisant peut-être que si Harry dormait toute la journée, il ne dormirait pas de la nuit. À la place, il avait l'air heureux de suivre Harry et d'occasionnellement lui lisser les cheveux en bataille quand il restait assis. Ne pas pratiquer de duel de toute la journée lui parût plutôt étrange. Il s'occupa à la place en corrigeant les derniers devoirs que Galatea lui avait confié, puis en se plongeant dans une revue de Défense quand il commença à trop s'agiter, pouffant de temps en temps devant la désuétude de certaines informations. Selon lui, bien sûr. À l'époque d'Harry, le Contre-Sort de Gilbreich avait été remplacé par le Bouclier Doré, un sortilège à la fois plus simple et modulable.

Il restait aussi prudent que possible en n'utilisant que des sortilèges qui avaient déjà été inventés à cette époque. Il n'avait vraiment pas besoin d'attirer plus d'attention.

À l'approche de la fin des cours, Harry poussa un soupir et posa le magazine. Était-ce… devait-il tout avouer à Albus? Ce n'était pas juste de garder tant de secrets de lui. Albus méritait tellement plus, surtout après s'être confié à Harry sur les événements qui avaient débouché sur la mort de sa sœur. Harry se sentait encore touché par la confiance que lui avait octroyé Albus. Il était presque certain que le Directeur Dumbledore n'avait jamais touché mot de l'accident à quiconque ; la vérité n'avait été dévoilée qu'après son assassinat. Comment pouvait-il ne pas considérer l'idée de partager avec Albus son plus grand secret?

Mais Harry n'était pas prêt. Il commençait tout juste à se souvenir de moments heureux avec ses amis, sans l'horreur et la dévastation qu'avaient amené leurs morts, jaillissant à l'avant de son esprit. Parfois, il pouvait se rappeler quand ils avaient été heureux, des promenades paisibles sous le soleil près du lac, sans se rappeler les gorges fendues, les yeux grand ouverts dans la mort et le sang. Parfois, il se noyait dedans et parfois il brûlait mais parfois, seulement parfois, il pouvait voir des sourires sincères. Il se rappelait lorsque ses responsabilités et sa position dominante n'étaient pas tombées si lourdement sur ses épaules voutées, lorsqu'il pouvait être appelé "Potter" dans les couloirs de Poudlard sans frôler la crise de panique.

Il n'était pas prêt à tout lui raconter. Il avait néanmoins peur de céder, si Albus insistait. Il lui raconterait, il le savait, car Albus le méritait et Harry n'était juste pas encore prêt, il était trop tôt, mais si Albus insistait fortement alors, tout sortirait. Car, comme il commençait à le comprendre, Albus était bien trop important à ses yeux pour qu'il lui mente ou le blesse avec son silence.

Harry posa son front contre ses genoux pliés, attrapa ses cheveux et les tira de toutes ses forces, sans se soucier le moins du monde du cri indigné que poussa Fumseck. La chanson du phœnix finit par passer à travers les filets de son désarroi.

« Ce qui doit arriver, arrivera, » chuchota-t-il à son ami ailé en lui caressant gentiment ses plumes chaudes.
Les gestes réguliers le plongèrent dans une transe, jusqu'à ce ce qu'il reprenne connaissance à l'ouverture de la porte.

« Harry? appela Albus.
— Je suis là.
— Tu aimerais d'abord dîner?
— Non, répondit Harry. Autant régler ça tout de suite.

Albus poussa un soupir et s'assit à côté de lui sur le canapé, de biais de façon à lui faire face.

— Je ne veux pas te forcer, Harry. Et je ne veux pas te faire du mal où que tu sentes trahi. Mais je ne pourrai pas attendre pour toujours. Y-a-t-il la moindre chose que tu peux me dire?

Harry appuya sa tête contre le dossier du canapé, les yeux assombris par la tristesse.

— Je ne suis pas prêt Albus, avoua-t-il à voix basse. Je te promets de l'être un jour et tu es le seul à qui je confierai jamais mon secret.

Il se mordit la lèvre.

— Si tu insistes, je vais finir par te le dire.
— Et m'en vouloir par la suite, conclut Albus en prenant la main d'Harry dans la sienne.

Le jeune sorcier était si seul, il voulait lui fournir tout le réconfort dont il était capable.

— C'est à toi de décider, dit Harry. Maintenant ou plus tard. Selon tes conditions ou selon les miennes.

Il détourna la tête.

— Je suis si fatigué de me battre, se lamenta-t-il.

Le choix se montra tout à fait évident.

— Je respecterai ton désir d'attendre Harry. En retour, je te demande de ne pas me mentir si jamais mes questions en viennent à franchir cette ligne.

Harry retourna la tête vers lui, les yeux écarquillés.

— Je te le promets, la tête penchée sur le côté alors qu'il étudiait son compagnon.
— Est-ce que tu sais quand tu seras prêt? demanda Albus avec hésitation.

Harry réfléchit prudemment à sa question. Il guérissait lentement, mais surement grâce à l'aide son ami. Tout avouer à quelqu'un d'autre serait presque un soulagement, quelqu'un qui l'empêcherait d'attirer l'attention du Ministère ou d'autres qui en profiteraient pour l'utiliser à leur avantage. Et pour Albus, il savait qu'il devrait attendre que ce dernier ait vaincu Grindelwald, puis se soit remis de n'importe quel traumatisme pouvant être causé par son ancien ami.

— Donne-moi un an, dit-il. Je sais que c'est beaucoup demander, après tout ce que tu as fait pour moi… et peut-être que je serai prêt avant, je n'en sais rien, mais…
— D'accord, assura Albus d'un ton aimable.

Il s'apprêta à se lever, puis hésita.

— Qui est la personne que tu vois, parfois, quand tu me regardes? s'enquit-il à voix basse.

Harry se figea.

— Perso…

Il ne pouvait pas lui dire une chose pareille, pas à propos de son Directeur, son ancien mentor.

— Une personne morte. Quelqu'un qui n'existe pas.

Harry, de son plein gré et sans la moindre gêne, caressa la joue d'Albus avec douceur et observa l'expression troublée disparaître.

— Tu n'es pas lui. Tu es ta propre personne.

Ses paroles auraient pu être mal interprétées. Mais vu qu'Albus n'avait pas la moindre idée de ce dont il était en train de parler, il savait qu'Harry ne pensait pas mal du tout, car il connaissait Harry. Il ne put rien faire pour empêcher la bouffée d'affection en sachant qu'Harry le voyait tel qu'il était, qu'il n'utilisait pas Albus pour remplacer un autre homme. Il fut soudain envahi par le désire d'embrasser le sorcier plus petit, mais à peine avait-il commencé à se pencher dans sa direction, que le bon sens le rattrapa tel un cognard en pleine figure. Qu'est-ce qui lui prenait?

— On va diner? proposa Albus.

La trace d'un sourire vacillait aux coins des lèvres d'Harry.

— C'est une bonne idée, confirma-t-il. Et… merci.
— Je t'en prie Harry. »

Il haleta, leurs membres entrelacés, tenant l'autre contre lui aussi fort qu'il en était capable, jamais assez fort. Peau contre peau, doux, toujours en mouvement, incapables et réticents à ne plus bouger. Il retraça les cicatrices avec ses lèvres et sa langue, ronronnant de contentement, son partenaire se tortillant sous lui, le désirant, et il se pencha pour -


« Albus!

Il se réveilla en sursaut, essoufflé par son rêve et cligna des yeux bêtement devant la personne qui l'avait secoué pour le réveiller.

— Harry? dit-il, puis il rougit avec conviction, les joues désormais plus éclatantes que ses cheveux.

Il ajusta subrepticement les draps froissés pour cacher son érection, puis se mordit l'intérieur de la joue assez fort pour se distraire du besoin écrasant de bouger les hanches.

— Tu vas bien? s'enquit Harry avec inquiétude. Je t'ai entendu gémir quand je suis sorti de la douche et tu étais en train de gigoter. Tu as du faire un mauvais rêve.

Albus fut incapable de faire quoi que ce soit un long moment, excepté fixer son compagnon d'un air absent. Harry ne pouvait clairement pas être aussi naïf? Mais si, si il l'était. Il pouvait abattre des dragons et des Mages Noirs, se comporter comme un soldat vétéran, mais personne n'avait été présent pour lui enseigner l'amour ou le désir. Certainement pas ses abominables proches.

— Je vais bien, assura Albus, bien que sa voix était rauque.

Ô Merlin, faites qu'il ne le remarque pas, empêchez-moi de faire quelque chose de stupide, comme essayer de le séduire maintenant, et n'est-ce pas là bien ma chance quand la première fois que je rêve de lui, il me prend sur le fait? Il était agité et il avait mal, et il aurait vraiment aimé qu'Harry le laisse seul pour le laisser essayer de rassembler sa dignité anéantie.

Et il devait à tout prix se débarrasser de cette érection atroce. Il ne supportait pas de se sentir comme un tel adolescent. Par bonheur, il ne s'était pas trouvé dans le même lit qu'Harry. Ce dernier n'aurait pas pu demeurer ignorant dans un tel cas.

— Si tu en es sûr, hésita Harry.
— Oui, trancha Albus d'un ton brusque, en essayant de ne pas s'attarder sur les lèvres d'Harry, ou sur la goutte d'eau qui glissait le long de sa gorge élancée. J'en ai pour une minute.

À la seconde où Harry sortit de sa chambre, il verrouilla la porte à l'aide du premier sort qui lui vint à l'esprit et se laissa tomber sur le dos. Une fois les yeux fermés, Albus pouvait toujours voir l'étendue de peau sortie tout droit de son rêve, ce qui n'arrangeait en rien la situation. Il serra les poings, se concentrant sur la douleur que lui provoquèrent ses ongles en pénétrant ses paumes. Albus refusa de se toucher, refusa d'atteindre l'orgasme en imaginant Harry. Dans son esprit, un tel acte serait bien trop irrespectueux.

Il ronchonna avant de s'extraire de son lit et de se diriger dans la salle de bain pour prendre une douche froide. Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'il faisait à Albus.

Il lâcha un rire dénué d'humour. Et lui-même était bien trop lâche pour lui avouer. N'était-ce pas là sa chance, de tomber amoureux de quelqu'un qui ne le saurait jamais à moins qu'Albus ne trouve le courage de le lui dire?


Harry fixait l'étagère remplie de potions déjà toutes prêtes, mais son esprit était complètement ailleurs. La saison des fêtes touchait à sa fin, le temps était glaciale et, malgré la chaleur relative que dégageait le magasin, ses mains restaient rangées au fond des poches de son manteau d'hiver.

Il s'était aventuré à Pré-au-Lard pour la première fois depuis son arrivée à Poudlard, ce qui lui provoquait agitation et nervosité. La foule n'apaisait en rien sa paranoïa développée durant les années de guerre, et la vague menace de bombardements ne faisait que la renforcer. Il était presque certain que jamais les allemands n'avaient pris le risque de lâcher des bombes en plein jour, et il n'avait pas le moindre souvenir si oui ou non, le Chemin de Traverse avait été frappé. Dans tous les cas, il n'arrivait pas à se calmer. Cette peur trépassait depuis son enfance, après avoir vu des documentaires sur la Seconde Guerre Mondiale à l'école primaire. La destruction massive l'avait terrifié ; il avait vu bien pire à présent, mais cette peur subconsciente demeurait.

Il avait failli brandir sa baguette sur plusieurs personnes qui l'avaient bousculé.

Ici se trouvait la raison pour laquelle il s'en était tenu à des confiseries et des cartes cadeau de Pré-au-Lard pour ses collèges. Mais Albus méritait autre chose. Quelque chose de spécial, car le sorcier qui avait tant fait pour lui, était devenu très important aux yeux d'Harry. Il avait alors bravé les foules des fêtes de Noël, se triturant le cerveau tant et plus, à la recherche de quelque chose qu'Albus aimerait.

Il n'était pas certain de la raison pour laquelle il était entré chez l'Apothicaire. Il pouvait bien y avoir quelque chose qui comblerait le goût qu'avait Albus pour l'Alchimie, mais ce serait à peine personnel. Avant de pouvoir s'en aller, cependant, les étagères de potions déjà toutes prêtes lui attirèrent l'œil. En particulier, les colorations pour cheveux.

Harry se perdit dans un débat intérieur un instant durant, puis il farfouilla parmi les couleurs en vérifiant les dates de péremption. Il finit par choisir deux fioles, deux différentes teintes de blond. Après tout, pensa-t-il avec amertume en allant payer, il n'était jamais trop tôt pour se préparer à aller s'infiltrer en Allemagne.