Un grand merci pour votre patience et vos encouragements, toujours. J'ai du laisser cette traduction en stand-by le temps de finir mon mémoire, mais je suis on ne peut plus contente de pouvoir retrouver Harry et Albus. Ce chapitre nous replonge de suite dans le vif du sujet, j'espère qu'il va vous plaire autant qu'à moi.


Je préfère l'hiver et l'automne, quand on peut sentir le squelette du paysage - sa solitude - la sensation morte de l'hiver. Quelque-chose patiente là dessus - toute l'histoire ne se dévoile pas.

— Andrew Wyeth

Une balade de reines sombres résonne en écho dans la nuit
Alors qu'il fuit la malédiction des dieux, la colère du Pharaon.
— « Sahara » de Nightwish et Dark Passion Play


Deux semaines à peine avant le début des vacances de Noël, les cauchemars prirent leur revanche sur Harry.

Il creusa dans ses souvenirs, s'efforça de déterrer jusqu'à la dernière seconde de chaque souvenir heureux qu'il possédait auprès de ses amis. Les horreurs de la guerre étaient inévitablement de la partie, et le moindre sentiment de plénitude réduit à néant dés qu'il fermait les yeux.

La première nuit, Harry dormit moins de quatre heures avant de se réveiller en hurlant, tout ça pour se rendre compte qu'il n'avait déjà plus de voix et n'arrivait même pas à déglutir sans douleur. Il passa les heures calmes qui le séparaient de son premier cours à faire de son mieux pour se souvenir des moments plus heureux passés aux côtés des Weasley, d'Hermione, de Neville et de Luna. Naturellement, Harry pleura mais parfois, rarement, il sourit.

Sa voix était enrouée le lendemain et il parla le moins possible, mais il devait bien coenseigner. Albus et Galatea, ceux qui le connaissaient le mieux et le voyaient le plus, lui lancèrent des regards préoccupés qu'il s'efforça d'ignorer.

« C'est une belle journée, remarqua Albus avec insouciance durant le déjeuner dans la Grande Salle. Ses yeux bleus se plissèrent d'inquiétude devant l'apparence quelque peu exténuée d'Harry.

Harry leva la tête avant de poser un regard dubitatif sur son compagnon. Le ciel était sombre à cause de l'accumulation de cumulonimbus, et il pouvait entendre le craquement sourd du vent malgré les épais murs de pierre dont était constitué le vieux château.

— Tout à fait, baragouina-t-il en arborant un rictus à peine perceptible.
— Idéale pour profiter d'un bon feu de cheminé et pourquoi pas partager un bon chocolat chaud, suggéra Albus à voix basse.

Dans l'intimité de leurs appartements, Harry avait tendance à le laisser se tracasser pour lui légèrement plussouvent, et moins discrètement qu'en public. Son idée aurait au moins le mérite de les détendre, et peut-être pourrait-il trouver du miel ou quelque chose de semblable pour soulager la gorge douloureuse d'Harry. S'il insistait assez, Albus réussirait peut-être même à le persuader d'avaler un flacon de Pimentine pour contrer le coup de froid qu'il semblait couver.

Harry l'observa un instant, mais sa décision requiert à peine une réflexion quelconque. De plus, cesser de couver ses plus jeunes élèves quelques temps ne pourrait pas lui faire de mal.

— C'est une bonne idée, acquiesça-t-il en lui adressant un sourire reconnaissant.

La nuit même, après avoir passé une soirée agréable, dans le silence pour la plupart, Harry hésita à peine avant d'aller rejoindre Albus dans son lit. Il ne voulait pas que son bonheur soit gâché une nouvelle fois par des terreurs nocturnes, et son sommeil n'avait jamais été interrompu en la présence immédiate d'Albus.

Il ne se réveilla pas en hurlant cette nuit là, mais il gémit et gigota jusqu'à ce qu'Albus le secoue pour le réveiller. Cela se reproduisit une deuxième fois durant la même nuit et, malgré le répit que lui accordèrent l'absence de cris ainsi que le réconfort fourni par Albus, la culpabilité de déranger le sommeil de son colocataire pesa sur Harry le lendemain. Plutôt que de déranger Albus à nouveau, Harry décida d'essayer ce que Sirius avait fait à Azkaban. Il se transforma en loup et se coucha en boule sur son lit, dans l'espoir qu'avec ses émotions atténuées, les cauchemars cesseraient à leur tour.

Cela marcha jusqu'à un certain point. Il n'était pas assez expérimenté pour garder sa forme Animagus dans son sommeil, et à la seconde où il regagna forme humaine, les horreurs reprirent de plus belle. Harry se réveilla dans un violent sursaut et se frotta le visage d'un geste épuisé. Il ne trouverait aucun repos ce soir là et continua donc à travailler sur son projet. Ses cauchemars en demeuraient préservés, mais au final, cela vaudrait le coup.


« C'en est assez Harry, asséna Albus quelques jours plus tard, d'un ton à mi-chemin entre la sévérité et l'inquiétude. Tu peux à peine parler, tes yeux sont rouges et cette toux empire. Si tu ne te reposes pas, tu vas attraper pire qu'un rhume. Retourne au lit et je vais demander à Cornelia de monter te consulter.
— Albus, dit Harry d'une voix rauque. Il n'y a aucune raison de mêler Madame Basset à ça. Sérieusement. Je vais juste prendre un peu de Pimentine et tout ira bien.

Albus soupira.

— Ça n'a toujours pas marché, Harry. Ce dont tu as besoin, c'est de sommeil et je vois bien que tu ne le trouves que très peu. Si cela peut t'aider, je n'en ai honnêtement rien à faire d'être réveillé en plein milieu de la nuit, mais tu évites ma compagnie ces derniers temps.
— Très bien, soupira Harry en voyant qu'il ne pourrait pas faire changer d'avis Albus à ce sujet, et il n'avait pas l'énergie de discuter. Je vais rester ici et Fumseck peut garder un œil sur moi.

Le sorcier plus âgé tira une mèche des cheveux emmêlés d'Harry et lui sourit affectueusement.

— Bien. Rétablis-toi vite. Ce serait dommage d'être malade pour Noël. »

Harry fronça les sourcils. Il avait raison. Ce serait son premier vrai Noël depuis des années, et il voulait qu'il soit le plus parfait possible ; à la fois pour lui, et à la fois pour montrer à Albus à quel point il lui était reconnaissant pour tout ce qu'il avait fait pour lui après qu'Harry ait débarqué dans sa vie. Il existait en lui un désir de rendre le professeur heureux, et il ferait tout en son pouvoir pour transformer ce désir en réalité.

La médicomage arriva juste après le petit-déjeuner avec ce qui ressemblait à une malle pleine de potions, et passa tout son temps à lui faire la leçon. Le fait que son corps ait été mal en point dés l'instant où elle l'avait pris en charge la première fois lui était resté, et elle semblait déterminée à ce qu'il soit en pleine forme, par pur acharnement si nécéssaire. Harry se sentit on ne peut plus soulagé lors du départ de Madame Basset, l'énergie incroyable causé par l'agacement et l'inquiétude de cette dernière l'ayant encore épuisé un peu plus.

Harry reniflait encore un peu, mais sa toux avait presque disparu et sa respiration s'était améliorée grâce aux potions. Fumseck chantonna doucement et l'envoya vers un sommeil réparateur.


Durant les quelques jours suivants, Harry profita du temps libre passé à ne pas enseigner pour terminer son projet, dés qu'il se sentait assez éveillé pour travailler dessus. Il passa le reste de son temps à rattraper son sommeil, avec Fumseck qui lui tenait compagnie la journée, alors qu'Albus dormait à ses côtés la nuit tombée. Capable enfin et à nouveau de jouir de nuits complètes, son rhume et les cernes sombres qu'arboraient ses yeux disparurent.

Lorsqu'Harry recommença à co-enseigner, il était presque enjoué ce matin là, un soulagement qui fut le bienvenu. Il avait toujours été serviable et gentil, mais enjoué n'était tout simplement pas un terme souvent associé à sa personne. La haute pile de parchemins qui attendait d'être corrigée lui fournit une courte pause,mais il n'avait présentement pas le temps d'y réfléchir plus que nécéssaire. Son premier cours après le déjeuner allait bientôt commencer, et il allait devoir se dépêcher d'aller se débarrasser des devoirs dans son bureau.

« Ha - salut Rubeus, lâcha Harry avec soulagement après avoir presque foncé droit dans la silhouette familière. Tu es occupé?
— Pas du tout Harry, répondit le demi-géant avec bonheur.
— Pourrais-tu me rendre un service? Pourrais-tu aller déposer cette pile dans mon bureau? Je suis un peu à la bourre et ce serait vraiment gentil de ta part.
— Bien sûr, dit son élève en libérant Harry de son fardeau avec facilité. Aucun problème.
— Merci.

Harry invoqua son Patronus, à nouveau légèrement surpris vu qu'il s'était attendu à Cornedrue plutôt qu'à un phœnix. Il ne s'était pas encore habitué à ce changement.

— Il aura le mot de passe pour te laisser entrer, annonça-t-il en se penchant tout prêt de la silhouette argentée pour lui murmurer : Je m'ouvre au terme. Et dix points pour Gryffondor, » ajouta-t-il alors que Rubeus s'éloignait.

Harry utilisait rarement son bureau et n'y gardait aucun objet de valeur. Il corrigeait la plupart de ses copies soit dans le bureau de Galatea, soit dans son salon, et il passait la plupart de son temps libre soit dans la Salle sur Demande, la salle des professeurs ou avec Albus. Il était de ce fait peu décoré, avec quelques babioles abordables et une tapisserie que les elfes avait trouvée dans une réserve, représentant la construction du château de Poudlard.

Ce fut en partie la raison pour laquelle il se tint immédiatement sur ses gardes, lorsqu'un élève de Poufsouffle interrompit son cours en surgissant dans la classe, essoufflé et haletant : « Le Directeur m'a envoy… grave… votre bureau… avait l'air… mort! »

Le dernier mot le fit violemment sortir de sa litanie et il se mit en mouvement, entendant à peine Galateal'inciter à l'aide d'un « Allez-y. » Son esprit s'emballait plus vitre que son corps, s'interrogeant, se remettant en question. Mort? Mort, ou bien avait l'air mort? Qui avait l'air mort? Cette personne était-elle morte? Pourquoi le Directeur l'avait envoyé le chercher? Parce que cela s'était passé dans son bureau? Ou parce que Albus - non. Impossible. Qu'est-ce qui avait fait ça? Qui?

Une éternité lui parut se dérouler avant qu'il n'aperçoive un groupe de personnes devant la porte de son bureau. Albus, réalisa-t-il dans un soulagement indescriptible, avait l'air d'aller bien. Extrêmement inquiet, mais bien. Le Directeur Dippet se tenait derrière le sorcier agenouillé, pendant que Madame Basset agitait rapidement sa baguette en direction d'une large silhouette allongée par terre.

Le cœur d'Harry s'arrêta. C'était Hagrid. Nononononon. Il avait promis qu'Hagrid aurait une bien meilleure vie cette fois-ci. Qu'il aurait en sa possession toutes les options que son Hagrid n'avait jamais eu la chance d'explorer.

« Que s'est-il passé? demanda-t-il en reconnaissant à peine le son de sa propre voix.
— Il est vivant, l'informa vivement Cordelia. Il a été touché par plusieurs flèches empoisonnées par de la Terreur Nocturne Mortelle. Eut-il été un simple être humain, il serait mort. »

L'esprit d'Harry relia rapidement les indices comme il en avait toujours eu l'habitude dans des situations de guerre. Un piège. Qui lui avait été destiné. Il avait déjoué des pièges similaires depuis le début de l'année, bien qu'aucun n'eut été meurtrier. Déclenché par la propre signature magique d'Harry, son Patronus. Et un innocent avait été pris entre deux feux. Hagrid avait failli se faire tuer.

Une colère intense envahit Harry et son aura magique crépita, l'air environnant gagnant en poids et en épaisseur. C'était une chose de vouloir lui porter préjudice. Il en avait l'habitude, se contentait simplement de déjouer les pièges et de donner une retenue aux responsables, avant de passer à autre chose. En revanche, c'en était une toute autre dans la conjoncture où quelqu'un d'autre frôlait la mort. La Terreur Nocturne Mortelle forçait sa victime à revivre ses pires souvenirs encore et encore jusqu'à en mourir, ou bien jusqu'à ce qu'un antidote lui soit administré. Une rapide vérification des signatures magiques dans les environs et sur les flèches, confirma ses doutes. Nott, Parkinson, Sewell. Les trois partisans les plus avides de Tom Jedusor et trois des élèves les plus Noirs de l'école.

Albus sentit ses yeux s'alourdir, et il réprima un frisson de plaisir couplé à une réaction physique croissante. La couverture épaisse, statique qui recouvrait l'aura magique d'Harry était tout bonnement une sensation grisante, et il lutta pour se concentrer sur les événements. Ce n'était pas le moment de se laisser envahir par de tels sentiments. Pour la toute première fois, il avait été attiré de manière si littérale par le pouvoir, bien qu'il soupçonnait (espérait) que cette fascination était entièrement liée à Harry.

Sans doute, pensa-t-il avec un léger amusement, était-il le seul à ressentir du plaisir face à la présence magique presque physique d'Harry. Cordelia et Armando avaient tous les deux dangereusement pâli, et ce dernier faisait de son mieux pour s'éloigner du jeune assistant. La pression ne s'allégea que lorsqu'Harry tourna les talons et quitta la scène, en courant presque dans sa hâte. Ils mirent tous un moment à s'en remettre.

« Y-a-t-il quoique ce soit que je puisse faire pour aider à la guérison de M. Hagrid? s'enquit Albus.

Cordelia secoua la tête.

— Il va devoir être transféré à St. Mangouste immédiatement. J'ai fait tout mon possible pour le stabiliser, mais je n'ai pas les compétences nécessaires pour le guérir.
— Dans ce cas, peut-être ferais-je mieux…

Le sous-directeur se tut et fit un geste dans la direction où était parti Harry.

— Oui. Ce serait mieux, confirma Armando avec un soulagement non atténué. Vous devriez réussir à le rattraper avant qu'il ne fasse quelque chose de regrettable. Je vais convoquer les Aurors. »

Pendant ce temps, Harry avait atteint l'entrée du dortoir des Serpentard.

« Ouvre-toi, siffla-t-il sans réfléchir pour se rappeler le mot de passe, les yeux verts brillants presque de fureur, et il entra dans la salle commune avec fracas. Nott, Parkison et Sewell. Où sont-ils? exigea-t-il devant les élèves de Serpentard présents, figés et livides de peur.
— Ils -ils ne sont pas là, bégaya un jeune garçon.

Harry se tourna vers les statuts et les portraits de serpents et siffla en Fourchelangue :
— Nott, Parkinson et Sewell ont failli tuer un de leurs camarades. Où sont-ils?!

Il ignora les expressions choquées que les serpents conférèrent. Les rumeurs concernant sa capacité de parler aux serpents n'avaient pas persisté plus d'une semaine ou deux avant de s'estomper, vu qu'il n'avait donné aucune indication quant à leur véracité. Il se fichait que les gens sachent ou pas. Il se fichait d'avoir donné confirmation. Tout ce qui lui importait dans sa brume de colère, était de trouver les trois auteurs avant qu'ils ne puissent s'échapper.

— Ils se dirigent vers l'escalier principal et montent et montent, » répondirent les serpents.

Harry tourna les talons et se précipita hors de la pièce, en montant les marches quatre à quatre. Il réprima la douleur lancinante dans ses muscles, et avait du mal à garder une respiration égale et profonde. Quatre étages au dessus du Hall d'Entrée, il les vit. Le martèlement causé par ses bruits de pas avait probablement dû les avertir de son approche, puisque Parkinson se retourna pour regarder derrière lui. Même depuis deux étages plus bas, Harry vit ses yeux s'écarquiller de surprise et de peur, alors qu'il donnait des coups de coude à ses deux compagnons.

Peut-être était-ce l'expression qu'arborait Harry, ou peut-être pouvaient-ils sentir le crépitement de sa magie mais peu importe, le sorcier lassé de se battre remarqua l'instant où les trois élèves se mirent à paniquer, se rappelant sans doute le sort qui avait été réservé à Jedusor. La première volée de sortilèges disparut au large dans leur précipitation, et Harry réussit à atteindre le sommet de la cinquième volée de marches avant d'être touché par un Maléfice Explosif. Il avait beau avoir l'avantage de la technique et de l'expérience, ils étaient plus nombreux et mieux placés. Les sorts que lançait Harry étaient trop nombreux à finir dans la rampe ou dans l'air bien au dessus de leurs têtes, et il se retrouva sur la défensive alors que de la poussière et des tessons de pierre tourbillonnaient dans l'air. Un tronçon de pierre orphelin frappa la tempe de Nott et l'assomma, mais ses deux camarades chancelèrent à peine.

Ils se trouvaient dans une impasse. Conjurer un bouclier coutait très peu à Harry, mais rester encore bien longtemps dans cette position lui serait difficile. Les élèves devaient continuer à lancer des incantations s'ils voulaient garder Harry à l'écart, mais ils ne pouvaient pas s'échapper.

Albus se retrouva au beau milieu de la scène à peu près à cet instant. Il avait suivi le chemin qu'avait emprunté Harry en se servant des portrait lorsqu'il entendit le Maléfice Explosif et se dirigea avec précaution vers la bataille. Plus que légèrement surpris de trouver Harry sur la défensive face à plusieurs élèves, il ne se laissa pas distraire et chercha une manière d'aider. Réfléchissant à toute vitesse, Albus anima deux armures tenues au garde-à-vous un étage sous Harry et hors du champ de vision du professeur assistant. Dans un cliquetis métallique, Albus les évita jusqu'au sixième étage, où se trouvaient les Serpentard.

Harry profita immédiatement de la distraction et fonça sur la dernière volée de marches. Le cœur d'Albus se prit dans sa gorge lorsque, afin d'éviter plusieurs sortilèges Noirs, le jeune professeur passa par dessus la balustrade. Des visions formées par un Harry glissant et tombant jusqu'au rez-de-chaussée s'imposèrent à son esprit, mais le vétéran repassa presque immédiatement par dessus les marches, et évita tout juste de se tordre une cheville. Entre les armures animées et le puissant sorcier, les deux Serpentard furent rapidement mis hors d'état de nuire.

« J'imagine que ces trois là sont responsables de l'attaque, remarqua Albus à voix basse en atteignant le petit groupe.

Harry passa juste un instant à reprendre son souffle avant de lui répondre :
— Ils ont essayé de m'avoir plusieurs fois à base de plaisanteries de plus en plus vicieuses. J'ai reconnu leurs signatures magiques à l'extérieur de mon bureau.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit? s'étonna Albus. Le directeur et moi aurions pu mettre un terme à tout ça!
— Tout allait bien, le rassura Harry. Jusqu'à maintenant, rien n'avait été fatal et je m'étais toujours assuré de les punir. Il semble qu'ils fassent partie des partisans les plus loyaux de Jedusor, et ils étaient furieux que je sois celui à l'avoir exposé. J'imagine qu'à chaque fois que je les ai attrapés et punis, ça n'a fait que renforcer leur colère et leur imprudence. Si j'avais su qu'un autre élève allait être pris entre deux feux, j'aurais fait quelque chose. Je l'aurais dit au directeur, insister pour les exclure, peut-être, murmura-t-il d'un ton coupable. Je n'en sais rien. Je suis désolé.
— Tu aurais dû m'en parler, Harry, dit Albus calmement. Mais je crois pouvoir comprendre pourquoi tu ne l'as pas fait.
— Comment va Hagrid? demanda Harry en tournant la tête pour regarder son compagnon.
— Il a été transféré à St. Mangouste, mais Madame Basset a dit qu'il finirait par guérir complètement.
— Bien, dit Harry. C'est - c'est très bien.

Sa voix se brisa légèrement de soulagement. Si ses agissements avaient mené à la mort d'Hagrid… Il osait à peine y penser. La culpabilité l'aurait étranglé.

— Armando a convoqué les Aurors, l'informa Albus. Emmenons ces trois là avec nous. Ils pourront au pire être accusés d'attaque sur un professeur. »

Ils formèrent une bien étrange procession avec trois Serpentard flottant entre eux, assommés et ligotés. Que les cours continuent à se dérouler pendant qu'ils se dirigeaient vers le bureau du Directeur était une chance. Les fantômes et les portraits pourraient colporter les potins, mais au moins aucun élève n'aurait de compte-rendu en direct.


« Que voulez-vous dire, asséna Harry d'une voix dangereusement basse, qu'ils n'ont pas été condamnés.

Lui, Albus et Armando étaient réunis dans le bureau du Directeur, en réunion avec les Aurors en charge de l'affaire d'assaut et de tentative de meurtre.

— Je crois avoir été on ne peut plus clair, Professeur, affirma l'Auror Dunston avec mépris. Bien qu'attaquer un membre de l'équipe soit une raison suffisante pour expulser un élève de Poudlard, l'École des Sorciers et de Sorcellerie, les familles des accusés ont accepté de payer les cautions plutôt que de laisser leurs enfants croupir en prison pour des accusations aussi mineures.
— Des pots-de-vin, vous voulez dire, céda Harry, trop furieux pour se censurer lui-même.

L'Auror Dunston se redressa.

— Professeur Harry, railla-t-il, gardez en mémoire à qui vous êtes en train de -
— Et je remarque que vous n'avez mentionné nulle-part la tentative de meurtre d'un camarade, l'interrompit Harry, peu d'humeur à écouter l'idiot suffisant lui faire la leçon.
— Bien qu'il ait été reconnu que le résultat de la plaisanterie est regrettable et la plaisanterie en elle-même excessive, il n'y a aucune preuve qui permet d'affirmer que les élèves planifiaient le moindre meurtre. La situation a tout simplement dégénéré, mais aucun dégât permanent n'a été causé.

Harry en resta bouche-bée, bien trop abasourdi pour remarquer la manière dont Albus grinça des dents de colère.

— Vous… espèce de suffisant, partial -

Une bûche explosa dans la cheminée avant qu'il ne puisse retenir sa magie.

— Si la victime avait été un Sang Pur, où si elle avait succombé, auriez-vous répondu la même chose?! beugla Harry en bondissant sur ses pieds, les poings serrés.

Il hésita sérieusement un instant, à tout simplement mettre son poing dans la figure du connard plein de préjugés, mais la main douce d'Albus posée sur son bras pour le retenir, autorisa son bon sens à réapparaitre.

— Harry, » chuchota Albus pour le mettre en garde, et il vit le Directeur Dippet l'observer d'un air réprobateur.

Harry se sentit essentiellement impuissant à cet instant précis. Il ne jouissait plus du pouvoir, ni du soutien qu'il avait détenu à sa propre époque. Il ne pouvait pas prendre les risques qu'il avait un jour pris, car sa position était tout à fait précaire. Il ne pouvait pas être démasqué.

Ainsi et pour une fois, il se rassit, tint sa langue et assista au reste de la réunion dans un silence glacial. Ce tord insulaire devait cesser, ou un autre Mage Noir trouverait une nouvelle fois une terre fertile sur laquelle bâtir son pouvoir. Harry avait beau ne pas avoir l'influence nécéssaire mais, une fois la guerre finie, il ferait tout son possible. Et peut-être qu'Albus, qui aurait l'influence et partagerait une opinion similaire, serait d'accord pour agir d'avantage cette fois-ci. Parce qu'Harry irait volontiers pourrir en enfer, avant de passer le reste de sa vie dans une société qui avait encouragé le règne de Voldemort à travers des actes et des pratiques injustes, si ce n'était à travers des paroles.

Plus tard ce soir là, lové en face du feu alors que la pluie battait contre la fenêtre, Harry vérifia les sortilèges de localisation qu'il avait placés sur chacun des trois Serpentard.

« Ils se dirigent vers l'est, annonça-t-il à voix haute.

Albus leva la tête des copies qu'il était en train de noter, surpris.

— Ils se dirigent vers l'Allemagne, » précisa Harry en maintenant ce regard avec le sien.

L'expression d'Albus se fit plus triste, et il concentra à nouveau son attention sur le parchemin posé devant lui sans dire un mot.

Dés que les trois Serpentard traversèrent la frontière allemande, Harry laissa ses sortilèges de localisation se dissiper. Il n'avait rien besoin de savoir de plus. Il n'y avait pas besoin de prendre le risque d'être identifié ou espionné aussi tôt. Il suivrait la direction d'Albus, dés qu'il choisirait d'aller se confronter à son ami d'autrefois.


Le jour de Noël se leva dans une scène tout droit sortie d'une carte postale. Un rayon de soleil se réverbérait sur une couverture de neige fraiche et propre, encore trop matinale pour être dérangée par les élèves restés au château pour les fêtes. Harry sourit, pour la première fois depuis longtemps, s'autorisant l'anticipation toute simple de surprises heureuses et de cadeaux offerts par ceux qui comptaient pour lui.

Albus entra avec du chocolat chaud, signalant à Harry qu'il ferait bien de répartir les cadeaux.

De la part de ses collèges, Harry reçut des cadeaux semblables à ceux qu'il leur avait donnés : des cartes cadeaux provenant de différentes boutiques de Pré-au-Lard, des confiseries, des belles plumes.

Il était bien plus curieux de savoir ce qu'Albus lui avait préparé, et il sourit légèrement en déchirant le papier cadeau. Niché dans une boite sans fioritures, trouva-t-il un poignard rangé dans son fourreau. Les yeux écarquillés par la surprise et la joie, il sortit la lame lentement, examinant avec approbation la conception simple et l'équilibre parfait de l'objet.

« Merci Albus, dit-il à voix basse, devant les yeux pétillants.
— Je t'en prie Harry, répondit l'autre sorcier. Et je dois dire que cette robe est vraiment magnifique.

Il montra l'un des cadeaux qu'Harry lui avait fait, le tissu d'un rouge très foncé, le dessin détaillé d'un phœnix brodé dans le dos à l'aide d'un lourd fil d'or.

— Bien que je craigne que Fumseck ne devienne que trop inutile.

Harry rit devant le cri indigné de Fumseck, et il observa attentivement Albus ouvrir le second cadeau que lui avait fait son colocataire. Le couvercle de la boite posé à ses côtés, les nombreuses fioles contenues à l'intérieur tintèrent à cause du très léger tremblement qui avait pris d'assaut les mains du sorcier plus âgé.

— Est-ce que ce sont… souffla-t-il religieusement.
— Des souvenirs, compléta Harry d'un hochement de tête. Mes souvenirs d'une époque plus heureuse avec mes amis.

La lueur dans les yeux d'Albus, l'éclat le plus discret de larmes, le halètement à peine audible. Harry savait que cela avait beaucoup d'importance aux yeux d'Albus, mais il n'avait pas du tout réalisé à quel point. Cela en valait la peine. La douleur d'être allé creuser dans ses souvenirs, chaque larme, chaque cauchemar, chaque hurlement. Ils avaient été modifiés avec précaution afin que l'arrière plan ni les alentours ne puissent être reconnus par son ami, mais cela en valait la peine pour voir Albus dans cet état.

— Du fond de mon cœur, murmura Albus, merci pour ce cadeau, et pour ta confiance.
— Je suis heureux, dit simplement Harry. Je suis heureux de te faire plaisir, de pouvoir faire cette petite chose pour toi.

Et Albus pensa à la joie d'Harry, à la saison des cadeaux, du houx, et durant un long moment il fut tenté de s'approcher tout prêt de celui qu'il aimait et de lui montrer ce qu'il ne pouvait lui dire. Au lieu de cela, il ramassa une petite boite emballée, à laquelle Harry n'avait pas prêté trop d'attention à cause de sa taille, et la tendit au sorcier plus jeune dans la paume de sa main.

— Mon autre cadeau, pour toi, déclara-t-il.

Harry déballa celui-ci avec précaution, sensible à l'humeur plus sérieuse d'Albus. À l'intérieur de la boite, il trouva une clé, et il leva la tête vers l'autre avec un regard interrogateur, pas tout à fait prêt à espérer.

— C'est plutôt symbolique, compte tenu du fait que tu as été rajouté aux protections il y a longtemps, expliqua Albus d'un ton posé. Mais, dés que tu souhaites retourner au cottage, à long ou à court terme, tu es plus que le bienvenu. Ma maison est la tienne.
— Je - Harry toussa et déglutit autour du poids qui demeurait dans sa gorge. Je ne sais pas quoi dire. Je ne peux pas te dire à quel point… à quel point je chéris ce cadeau. Merci.
— Je t'en prie, Harry. »