Chapitre 9: Dumbledore ou Gandalf ?
Son esprit était plongé dans une espèce de brouillard cotonneux. Sans aucun repère, sans aucune porte de sortie. Des paroles lui parvenaient vaguement. Mais c'était un langage qu'il ne comprenait pas. qu'il ne comprenait plus. La pression sur ses tempes augmenta brusquement alors qu'un éclair de douleur venait troubler le blanc immaculé de son sommeil. De nouveau résonna la voix, non pas la sienne, non pas celle d'un être humain. Mais celle d'un être plus ancien, plus sombre, qui semblait avoir décidé de faire de son esprit son terrain de jeu. Toutefois, il n'était pas ici pour ça. Pas pour le moment. Maintenant, il devait juste le réveiller, qu'importe le moyen. Faire comprendre à son hôte que quelque chose n'allait pas, principalement parce qu'ils étaient en la présence de ce qui l'avait presque mortellement blessé. Ses hurlements finirent pas éveiller la conscience, l'obligeant à ouvrir brusquement les yeux.
Seth jeta un regard à son portable récemment récupéré. Le nombre de messages et d'appels en absence était impressionnant, voire même alarmant. Si la plupart était de Gwaine, Tara en avait aussi quelques uns. Alors qu'il ne lui avait jamais donné son numéro. Il soupira :
"Espérons qu'il ne soit pas allé jusqu'à parler à mes parents..."
Il n'était pas retourné à l'appartement du weekend et il aurait préféré ne pas y retourner tout de suite mais il avait besoin de ses cours et de prendre une douche. L'étudiant reposa son téléphone sur la table et vérifia l'heure sur le micro-onde, 8 : 13. Il haussa les épaules, pour une fois qu'il raterait les cours.
Alors qu'il se dirigeait vers la salle de bain, il aperçut des marques étranges sur le meuble de l'évier. Quelque chose d'assez large avait entaillé le bois. Le brun grimaça mais sortit tout de même de la pièce. Une dizaine de minutes plus tard, il revenait avec son sac de cours et des vêtements propres. Il regarda dehors pour voir si sa voiture (enfin, elle était techniquement à moitié à lui) était toujours garée là mais celle-ci brillait par son absence. Gwaine avait dut la prendre pour aller à l'université. Tant pis, il marcherait.
Sur le trajet, heureusement sans pluie, il supprima systématiquement tous les messages et appels qu'il avait reçu avant de tomber sur celui du père de Gwaine.
"Merde. Il est au courant maintenant j'pense... J'espère qu'Hywel va mieux quand même..." songea t-il en passant le portail de l'université.
Il avait rencontré le frère aîné de la fratrie Lug à de nombreuses reprises depuis qu'il connaissait Gwaine. Leur première rencontre avait eut lieu peu de temps avant la mort de leur mère, Niamh. L'aîné ressemblait physiquement à son père, tout comme Gwaine, mais son caractère tenait plus de sa mère. C'était quelqu'un de joyeux et souriant, très sérieux aussi (ce qui changeait beaucoup de son frère) et protecteur envers sa famille. Il devait avoir dans les vingt-huit, vingt-neuf ans maintenant... Seth haussa les épaules, il demanderait de ses nouvelles à Gwaine quand il le verrait.
Les jardins de l'université étaient vides. Tout le monde préférait largement assister à un cours ennuyeux, au chaud, que de rester dehors, dans la brume et le froid. Setenta secoua la tête et entra dans le bâtiment administratif. Vu l'heure, son cours d'histoire économique devait déjà être entamé depuis longtemps et il n'appréciait pas cette matière au point d'y aller alors qu'il ne restait plus que vingt minutes.
Il passa devant le bureau d'une secrétaire sans y prêter vraiment attention et monta les escaliers qui menaient au CDI. La documentaliste n'était pas à son bureau et la pièce était encore sombre, le ciel grisâtre n'éclairant pas assez pour permettre de tout distinguer. Le brun passa ses doigts sur le mur et finit par mettre la main sur un interrupteur qu'il poussa.
La scène qui apparut alors devant ses yeux lui donna la nausée. Il recula jusqu'à buter contre le mur. Devant lui se trouvait le corps ouvert en deux de la documentaliste... Ses organes et le reste de son intérieur semblaient s'être liquéfiés et gouttaient désormais sur le sol. Son cadavre était attaché à deux rayonnages opposés par une sorte de toile d'araignée noirâtre et collante. Le pire restait son visage. Ses orbites avaient été vidé de leurs occupant, ne restaient que deux trous noirs, aussi sombre que le voïd et sa bouche... Celle-ci était tordue dans une grimace d'agonie, pétrifié dans un hurlement constant. Un liquide noir épais s'échappait de ses lèvres craquelées et de ce qui avait été ses yeux.
"-Oh mes dieux..." Murmura Seth dans un filet de voix.
Il essaya de reprendre tant bien que mal le contrôle de son cœur qui semblait vouloir partir en courant sans lui. Il prit plusieurs longues inspirations et attrapa son portable en ignorant ses tremblements.
Avant d'appeler la police ou ce genre de chose, il décida d'analyser la scène, de graver chaque détail dans sa mémoire et aussi dans son appareil photo. Ceci fait, l'étudiant appela la police tout en allant chercher le directeur.
Vingt minutes plus tard, toute la tour était bloquée par des policiers. Ils avaient entouré tout le bâtiment administratif de ruban blanc et bleu pour empêcher les étudiants et le personnel de passer. Des membres de la scientifique étaient venus puis repartis, laissant place à de longues camionnettes noires. Aucun nom n'apparaissait, à la place, on pouvait voir un sablier bleu avec les initiales C.I.S.D. Une équipe de personnes en combinaison blanche avec des masques de protection bleutés en sortit, armée de boîtes remplies d'un équipement bien plus complexe et coûteux que celui de la police scientifique.
"-Eh, c'est qui ces gars là ?" demanda une policière en faisant tourner son gobelet de café dans les mains pour se réchauffer.
Son collègue haussa les épaules :
"-J'en sais rien. Une sorte d'agence privée j'crois. Ils ont tout prit en charge. Il nous reste que les témoins et encore !"
La présence de cette « unité » étrangère ne semblait pas lui plaire. Le rouquin secoua la tête et soupira :
"-Bon, allez, on a notre témoin à interroger..."
La brune acquiesça et passa sous le ruban, suivit de son coéquipier.
"-De qui s'agit-il ?" Continua t-elle en entrant dans le bâtiment administratif.
Là aussi, des policiers et des membres de l'équipe scientifique faisaient des allers-et-retours entre les lieux du meurtre et les voitures de police.
"-Un étudiant en histoire, c'est lui qui a trouvé le corps. Il est arrivé en retard et a décidé d'aller au CDI plutôt que d'assister à ce qui restait de son cours." Répondit son coéquipier en se dirigeant vers le bureau du directeur.
"-Pauvre gamin..." soupira la femme.
"-Eve, il a vingt-quatre ans, ce n'est plus un gamin." Répliqua le second en ouvrant la porte.
Elle acquiesça vaguement et le suivit. Le bureau était une pièce assez spacieuse, meublée principalement par des armoires de documents. Au centre se tenait un imposant bureau en acajou qui semblait être là depuis des siècles. D'un côté se trouvait un fauteuil haut en cuir d'aspect confortable qui faisait face à deux fauteuils de la même teinte, plus petits, qui devaient servir pour les visiteurs.
Les nombreux portraits et photos qui étaient accrochés aux murs donnaient l'impression de dévisager les nouveaux arrivants d'un air guindé et vieillot, prêt à lancer une remarque cinglante sur leurs tenues. La pièce était éclairée par un lustre de bougies artificielles qui avait l'air bien trop bas pour les gens qui rentraient dans la salle. De nombreuses fenêtres ouvragées donnaient sur les jardins.
Sur l'un des deux fauteuils pour visiteurs se trouvait Seth. Il faisait trembler sa jambe d'un air impatient et ne cessait de repousser ses cheveux en arrière d'une main nerveuse. Il est vrai que trouver une documentaliste éventrée dans une toile d'araignée géante n'était pas vraiment une situation de mise en confiance.
"-J'ai déjà tout dit deux fois mais je suppose que je vais devoir recommencer, hein ?" fit l'étudiant en voyant les deux policiers entrer.
"-C'est exactement ça, désolé. Je me doute que c'est loin d'être agréable pour toi mais c'est la procédure." Admit Eve en s'asseyant sur le second siège.
"-Tu peux nous dire quand est-ce que tu es entré dans le CDI ?" poursuivit le rouquin en s'appuyant contre le bureau, un carnet et un crayon dans les mains.
"-Je suis partit de l'appartement vers huit heure vingt, vingt-cinq, quelque chose comme ça... Il y a dix minutes de trajet et je suis venu ici directement donc, il devait être un peu plus de neuf heure moins le quart..." répondit le brun.
"-Tu connaissais bien Madame Oswald ?
-Non, pas personnellement... Je la voyais depuis ma première année d'étude ici mais ce n'est pas comme si je lui avais parlé d'autre chose que de bouquins.
-Tu n'as rien vu ou entendu d'étrange en entrant dans la tour ?" S'enquit la brune.
"-Non, rien du tout. Je n'ai vu le corps qu'en allumant la lumière." Expliqua Setenta en secouant la tête.
Les deux policiers échangèrent un regard, ce cas semblait insoluble : pas de témoins, pas d'arme du crime et une scène de meurtre inaccessible pour eux. Eve hocha la tête :
"-Tu peux y aller, laisse juste ton numéro personnel au policier devant, qu'on puisse te contacter si nous avons de nouvelles questions."
Le jeune homme acquiesça et sortit de la pièce. Il donna son numéro à l'agent en faction et sortit du bâtiment. Le froid glacial l'accueillit de plein fouet. Le brun dû retenir un sourire amusé d'apparaître sur ses lèvres. Désormais hors du champs de vision des policiers, sa nervosité apparente avait immédiatement disparue. Quelques jours plus tôt, il n'aurait pas eu besoin de feindre, mais ses récentes découvertes avaient bien modifié son comportement.
Seth avisa le nombre impressionnant d'étudiants qui s'approchaient des rubans et décida de passer par le bâtiment où se trouvait la plupart de ses salles de cours pour les éviter. Il ouvrit la grande porte et n'eut pas le temps de s'écarter pour esquiver une tornade aux cheveux blonds qui le percuta de plein fouet :
"-Désolé !" S'excusa t-elle avant de reprendre sa course.
Seth grimaça de douleur mais continua de marcher. Il traversa le couloir et sortit de nouveau dans les jardins. La plupart des étudiants avait décidé de profiter de leur pause pour aller se renseigner sur « l'incident », laissant le parc vide. Il repéra toutefois rapidement quelqu'un parmi les seules personnes présentes et se dirigea vers elle.
"-Te voilà enfin ! Je ne t'ai pas vu en cours, je commençais à croire qu'il t'était encore arrivé quelque chose !" s'exclama Shin en le voyant arriver.
"-En même temps, on a qu'un cours en commun ou presque. Et trouver un corps m'a un peu retardé. Ça et le fait que je sois venu à pied." Annonça le plus jeune sur un ton tout à fait anodin.
"-C'est toi qui l'a trouvé ? J'ai un ami qui faisait partie de la patrouille, il m'a raconté. Pas terrible à voir apparemment... Ça va ?" S'enquit la brune en s'appuyant contre l'arbre qui se trouvait derrière elle.
"-Ouais, tranquille, mieux que Madame Oswald en tout cas. Ses organes se sont liquéfiés et gouttaient au sol." Répliqua ironiquement Setenta avec un demi-sourire.
Il savait ménager son effet mine de rien. Et puis, ç'aurait été mentir que dire qu'il n'était pas intéressé par l'affaire. Qu'on n'aille pas lui dire que la mort était naturelle !
Shin sourit à son tour, elle allait lancer la conversation sur un autre sujet lorsque qu'un étudiant arriva en courant.
"-Il faut qu'on parle, c'est urgent." Fit Merlin en s'arrêtant devant Seth.
Son regard se porta sur la jeune femme qui le dévisageait d'un air surpris. Une silhouette argentée flottait tout autour de la brune. On distinguait des oreilles pointues et sept queues, le tout faisait penser à un renard.
"-Euh..."
Le regard du sorcier passa rapidement de l'asiatique à Setenta. La jeune femme n'était pas humaine, et il savait ce que c'était, la question restait de savoir si Seth était au courant et, dans le cas contraire, si il devait le lui dire.
Comprenant ce qui distrayait le brun, le plus jeune décida de parler :
"-T'inquiète pas, moi aussi je la vois.
-Oh... Tu sais ce que c'est ?" supposa Merlin sans sembler s'étonner que l'aura, normalement invisible pour les humains, apparaisse clairement à son ami.
"-Je suis un kitsune, ce serait plus simple de me demander directement, non ? Ravie de rencontrer le célèbre Emrys en tout cas." Les interrompit Shin en tendant la main au multi-centenaire.
Merlin ne s'étonna pas plus que la brune connaisse son nom. Après tout, il n'avait pas fait que rester à côté d'un lac en attendant Arthur, il avait aussi voyagé et avait même écrit un ou deux livres !
"-Ravi de rencontrer mon premier kitsune." Répliqua ce dernier en lui serrant la main.
"-Emrys ? Sérieusement ? Immortel ? Rien que ça..." railla Setenta avec un sourire amusé.
"-Ce n'est pas moi qui ai choisit." Répondit-il en haussant les épaules.
Son regard fut soudain attiré par une tâche sombre qui ressortait sur le T-shirt gris de l'autre étudiant, et celle-ci s'agrandissait rapidement.
"-Tu es blessé ?" S'inquiéta t-il.
Setenta le regarda d'un air incompréhensif sans vraiment réagir.
"-Merde, ta blessure a dut se rouvrir !" comprit la jeune femme. "Mais qu'il est con ce gosse ! Je t'avais dit d'éviter les mouvements brusques le temps que ça cicatrise !
-Je n'ai rien fait ! Y'a juste cette fille qui m'a bousculée mais ce n'est pas comme si elle avait beaucoup de force." Expliqua le blessé en haussant les épaules.
Sa blessure avait beau s'être rouverte, il n'avait absolument pas mal. Shin leva les yeux au ciel :
"-Fais voir ça au lieu de rester planté là, en mode statue de cire."
Seth secoua la tête et remonta légèrement son haut. Juste en dessous de ses côtes se trouvait un long bandage complètement imbibé de sang.
"-Crap..." grinça le brun.
"Les points de suture ont dut lâcher...
-Enlève les bandages, je vais m'en occuper." Proposa Merlin.
"-Mais bien sûr, en plein milieu de la cour avec n'importe qui pour te voir utiliser la magie ?" Coupa l'étudiant en histoire. "Je pense que j'ai encore assez de sang pour partir à l'intérieur."
Les deux créatures surnaturelles acquiescèrent et les trois étudiants partirent vers le bâtiment le plus proche.
"-Je suis la seule à me demander ce qu'ils foutent ?" demanda Tara en se tournant vers les autres.
"-Non." Répondit simplement Gwaine en les regardant partir.
Maïa acquiesça vaguement. Son teint était pâle et de légères cernes entouraient ses yeux, elle avait très mal de dormit ce week-end. Et ce qu'elle avait vu samedi soir prenait désormais tout son sens.
