Le soleil. Les habitants des Caraïbes en rêvaient depuis des jours. Enfin, après quatre longs jours, le typhon avait décidé de s'éloigner vers les Amériques et de laisser ce chapelet d'îles en paix.

Ravi de voir le beau temps revenir, Jack renvoya immédiatement les ouvrier sur le Black Pearl et en quelques heures, tout le monde fut dehors, à profiter du soleil, à faire sécher ce qui avait été inondé, à réparer ce que les bourrasques avaient cassé...

Au milieu de tout ça, Elizabeth était contente. Jack l'aimait, il le lui avait dit, à elle seule, alors qu'il la tenait dans ses bras. Certes, elle s'était empressée d'aller le raconter à Anamaria, mais ça n'avait en rien gâché sa bonne humeur.

Ce matin-là, alors qu'elle venait de sortir de son bain, qu'elle terminait de s'habiller, la jeune femme vit le journal posé sur la table. L'encart de l'annonce des fiançailles de Norrington s'étalait au vu de tous.

D'un geste, Elizabeth l'envoya dans la cheminée et le regarda flamber doucement. Un sourire étira alors sa bouche et on toqua contre sa porte.

- Un minute !

Elle se hâta de boutonner sa chemise puis fit entrer. C'était Jack.

- Est-ce qu'aller en ville vous dirait, mon amie ? demanda-t-il.

- En ville ? Mais... Et les soldats ?

Jack haussa les épaules.

- Tant qu'on ne fou par le bordel, ça va, répondit-il. Alors ?

- Eh bien oui mais, pour quelle raison ?

- Eh bien, pour commencer, j'ai discuté avec le Contremaître et il m'a dit que votre cabine était quasiment terminée avant le typhon. Ce qui veut dire qu'il va vous falloir quelques meubles, un matelas et quelques objets superflus.

- Mais indispensables, dit Elizabeth en enfilant son gilet d'homme. Et... vous allez tout payer ?

Jack haussa un sourcil.

- À quoi je servirais si je ne payais même pas les achats de mon amie ? dit-il.

Elizabeth sourit doucement.

- Votre amie, hein...

- Il ne tient qu'à vous de faire évoluer ce statut...

Elizabeth gonfla ses joues. Elle ronfla ensuite et Jack lui indiqua qu'il l'attendait en bas. Il redescendit donc et tomba sur Gibbs en bas de l'escalier.

- Elle vient ?

- Oui. Elle m'a quand même demandé si j'allais tout payer...

- Et tu as répondu...?

- Que si je ne le faisais pas, à quoi je servirais ?

Gibbs inclina la tête.

- Bien dit. Mais oublie pas nos paies, Capitaine, hein...

- Pas de soucis... De toute façon, avec un mois à terre, elles ne vont pas être lourdes.

Gibbs marmonna puis se détourna et Jack leva la tête vers l'escalier. Il soupira et sortit dans la rue pour profiter un peu du soleil.

- Un beau matelas de plumes pour la jolie dame !

Elizabeth sourit au marchand et Jack tira des pièces de sa bourse.

- Anamaria a tout ce qu'il faut pour le rendre confortable, dit-il quand le marchand proposa des parures de draps et des couvertures.

- Vous êtes des pirates, n'est-ce pas ? dit alors l'homme.

- Comme si j'avais l'air d'un bourgeois... soupira Jack. Mais inutile d'appeler les soldats, hein, on fait juste deux trois courses... Et on paie avec ça !

Elizabeth leva alors une main et Jack se détourna et s'éloigna vers un autre étal.

- Vous êtes sa femme ?

- En quelque sorte... Pourquoi ?

- Ma jolie, vous n'avez pas l'air d'un pirate, vous... vous ne devriez pas les fréquenter...

- Monsieur, je fréquente qui je veux, répondit Elizabeth. Je sais ce que je risque avec les pirates, d'accord ?

- Oui, entendu, mais là n'est pas le problème...

- Il n'y a pas de problème, Monsieur, répondit la jeune femme. Passez une bonne journée.

Elle inclina la tête et empoigna le matelas de plumes soigneusement enroulé et retenu par une corde. Elle rejoignit Jack qui le prit des mains et le jeta sur son dos en la questionnant.

- La rengaine habituelle, répondit Elizabeth. Ne traînez pas avec des pirates, Mademoiselle, ce n'est pas votre milieu, blablabla...

Elle soupira et regarda ensuite Jack.

- Vous ne me ferrez jamais de mal, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

- Du mal ? Mais pourquoi vous en ferais-je ? Je ne suis pas ce genre de forban...

Elizabeth baissa le nez puis regarda droit devant elle.

- Comme Anamaria me le répète régulièrement depuis que je suis avec vous tous, je ne mesure peut-être pas encore l'ampleur de ce qui se trame, mais je n'ai aucune idée de où je vais avec vous, Jack...

Le pirate resta silencieux.

- Je ne sais pas si dans six mois, un an, je serait toujours avec vous ou bien si je serais... ailleurs.

Elle allait dire "morte", mais le mot était resté coincé. Jack ajusta la ficelle du matelas entre ses doigts et passa son bras libre autour des épaules de la jeune femme et lui souffla quelque chose à l'oreille.

- Bien sûr... Et vous croyez sérieusement que c'est possible sur un bateau pirate ? Soyez sérieux, Jack...

- Et pourquoi ce ne serait pas possible ? Au pire, vous resteriez à Tortuga...

Elizabeth plissa les yeux. Elle leva ensuite les yeux au ciel et Jack eut un sourire en coin en voyant la rougeur sur les joues de son amie. Il lui avait soufflé que dans un an, elle serait peut-être la mère d'un mini-Jack Sparrow mais la jeune femme n'avait pas apprécié la boutade...

- Il est gonflé quand même...

Elizabeth sourit. Elle déposa une caisse au pied de son lit et Anamaria déposa le matelas roulé dessus.

- T'as pas mal de trucs sympas, dit-elle.

- Il y en a pour toi...

- Pour moi ? Comment ça ? Je n'ai même pas de...

Elizabeth sourit et Anamaria ouvrit la bouche.

- Non ! dit-elle. T'es pas sérieuse !

- Si ! Quand j'ai soufflé à Jack qu'il y avait une autre femme dans son équipage, le Contremaître lui a aussitôt dit qu'il pouvait lui faire un prix pour les deux cabines supplémentaires.

Anamaria poussa aussitôt un cri de joie et sauta au cou d'Elizabeth. Elle l'embrassa sur la joue en trépignant.

- Merci ! Merci ! Merci !

- De rien, c'est normal. Tu restes dans la cale, mais au moins, tu auras ton coin à toi, avec une porte qui ferme à clef et une vraie penderie...

Anamaria se mordit la lèvre.

- Oh là là, dit-elle. Je ne sais plus quoi dire !

Elizabeth rigola. Elle entreprit ensuite de lui montrer ce qu'elle avait acheté le matin-même et son amie était sur une autre planète. Elle n'en revenait pas qu'Elizabeth, cette fille de riche qu'elle ne connait que depuis deux semaines, avait réussi à faire en sorte qu'elle ait sa propre cabine sur le Black Pearl...

- Et voilà, pour ces dames...

Le tavernier déposa deux plats devant Anamaria et Elizabeth puis s'éloigna.
Ce soir-là les deux jeunes femmes avaient décidé de manger seules, laissant les hommes à leurs histoires légères.

- Alors comme ça... Il t'aime. C'est un grand pas tu sais ?
- Oh, oui, j'en suis consciente mais il m'aime mais il n'est pas amoureux...
- Le souvenir de Saramine est encore très présent, malgré les dizaines de filles qu'il a pu avoir depuis, dit Anamaria. Mais je suis sûre que si tu te débrouilles suffisamment bien pour l'empêcher de réfléchir, il finira par ne plus pouvoir se passer de toi.

Elizabeth sourit et goûta sa soupe. Elle hocha la tête et versa un peu d'eau dedans.

- Jack m'a suggéré que dans un an je pourrais être la mère d'un mini-lui... dit-elle.
- Ah ouais? Intéressant...
- Ana...
- Quoi ? Ça pourrait être une bonne chose, non ? En plus...

Anamaria posa son menton dans sa main et regardant son amie.

- Pense à la tête du Commodore quand il apprendra que tu as eut un bébé avec Jack mais qu'avec lui ça a pas marché...

Elizabeth haussa les sourcils.

- Ana, officiellement, je suis stérile...
- Mais il n'y a que toi, ton père et le Commodore qui le saviez... Et moi, mais bon.
- Et Jack.

Un blanc s'installa et Anamaria grimaça.

- Merde... Ceci dit ça ne l'a pas empêché de te faire une suggestion pour le moins alléchante... Donc j'imagine que ça veut dire qu'il ne crois pas.

- Tu crois ?

Anamaria pencha la tête.

- On parle du Capitaine Jack Sparrow, là, le mec qui croit en rien à part ce que lui indique son foutu compas cassé...

Elizabeth sourit.

- C'est vrai, dit-elle, amusée. Aller, mangeons sinon ça va être froid.

Anamaria acquiesça puis elles changèrent de conversation tout en avalant l'épais ragoût qu'il y avait au menu ce soir-là.