Jack ne put retourner sur le Pearl qu'une semaine après son admission au dispensaire et uniquement parce qu'il faisait sa tête de mulet et refusait de prendre les médications qu'on lui demandait de prendre. Il n'acceptait que la Morphine pour la douleur, et réclamait du Rhum mais les infirmières refusaient systématiquement de lui en apporter ce qui le rendait terriblement grognon, car en manque. Elles finirent par lui demander de rentrer chez lui, que sa blessure ne nécessitait plus autant d'attention à présent.

Ce matin-là, Elizabeth et Gibbs étaient venus donc le chercher pour le ramener sur le bateau. Ils avaient emprunté un chariot au port et Jack, comme à son habitude, trouva le moyen de râler. Mais Elizabeth ne lui laissa pas le loisir de faire d'autres réflexions. Elle lui asséna que s'il ne s'était pas fait trouer le cuir, ils ne seraient pas là. Cela eut le mérite de calmer le Capitaine Fracasse et il ne prononça plus un mot jusqu'à ce qu'il soit installé dans sa chambre sur lez Pearl...

- Elle est en colère contre moi ?

Gibbs regarda Jack et secoua la tête.

- Elle est incapable d'être en colère contre vous plus de vingt minutes... dit-il en haussant les épaules. J'imagine que, comme tout le monde sur ce bateau, elle en a assez d'être à quai...

Jack pinça la bouche. Il pouvait se lever et marcher, avec l'aide d'une béquille, mais on lui avait défendu d'attaquer ou de se battre contre qui que ce soit, jusqu'à ce qu'il soit temps de retirer les fils de sa plaie, soit encore une bonne semaine.

- Tu as commencé à recruter, sinon ? demanda Jack au bout d'un moment.
- Oui, répondit Gibbs. Mais c'est compliqué de recruter des pirates dans un port de marchands honnêtes...
- Mouais... Mais si on met le cap sur Tortuga maintenant, j'ai peur qu'on ai un problème en chemin. C'est la saison des typhons, sans suffisamment d'hommes pour maintenant le Pearl à flots...

Il se tut et Gibbs hocha la tête.

- J'ai deux personnes qui sont potentiellement acceptables comme pirates mais elles n'en sont pas...
- Elles ?

Gibbs grimaça et se gratta la nuque.

- Elizabeth va me tuer si je recrute deux filles en plus... Et les gars seront intenables
... Non, oublie, c'est une mauvaise idée.
- Tu ne veux même pas les rencontrer ?

Jack plissa le nez.

- Écoute, on a déjà deux femmes, dont une qui est marin à bord. La mienne n'est pas plus marin que ta mère... Elle ne saura jamais tirer un cordage ou grimper dans les haubans. Peut-être dans cinq ou six ans mais d'ici là c'est impensable. Tout comme de prendre deux autres femmes, encore plus si elles ne sont pas déjà des pirates...

Gibbs soupira.

- Je vais reprendre les recherches alors... J'ai vu un bateau louche s'ancrer dans la baie il y a deux jours... Je vais aller voir s'il n'y a pas des matelots qui veulent changer d'air...

Jack hocha la tête puis demanda à de qu'on le laisse se reposer un peu. Et qu'on lui apporte une bouteille de rhum. Il s'endormit avant qu'elle n'arrive et Gibbs ramena la bouteille à la cuisine...

Le lendemain matin, Jack, ne trouvant pas sa compagne dans sa chambre, se rendit dans la cale pour la chercher.

- Lizie ?

Elizabeth tourna la tête vers la porte et pinça les lèvres.

- Qu'est-ce qu'il y a, chérie ?
- Ne m'appelez pas ainsi, Jack, vous avez que j'ai déjà beaucoup de mal à vous ignorer en temps normal...
- Justement... Vous êtes en colère contre moi ou vous voulez naviguer ?

Elizabeth soupira. Elle termina de plier du linge puis pivota et s'appuya contre la table où le linge était repassé et plié.

Certes sur un navire pirate, on se fichait un peu de l'état de la tenue que l'on portait, mais Elizabeth, elle, détestait enfiler une chemise froissée ou des dessous mal pliés.

- Parlez-moi... insista Jack en s'approchant.

Elizabeth se mordit la lèvre et posa sa main contre le flanc de l'homme.

- Je vais rentrer à Port-Royal... dit-elle alors doucement. Ce n'est pas ma place, ici...
- Votre place est auprès de moi, Elizabeth, dit Jack, surpris. Et moi je suis un pirate et je...

Il se tut et Elizabeth posa sa main sur sa joue. Il baissa le nez puis enlaça la jeune femme et elle se serra contre son torse. Quand il recula, il repoussa une mèche blonde et souffla.

- Pourquoi ? demanda-t-il. Je comprends que vous ne vous sentiez pas à l'aise sur un bateau pirate mais je ne vous demande pas de participer...
- Je sais... souffla Elizabeth. Et je suis la première attristée à l'idée de retourner chez mon père mais...

Jack resta silencieux. Elle leva son visage vers le sien et il l'a regarda. Elle lui sourit doucement et il posa son front contre le sien en soupirant. Il se redressa ensuite et regarda ses mains. Elizabeth l'observa, intriguée. Quand il retira une bague en or sertie d'un rubis ovale, elle fronça les sourcils.

- Jack... Qu'est-ce que vous faites...?

Reculant d'un pas, Jack prit la main droite de la jeune femme et glissa la lourde bague à son majeur.

- Gardez-la précieusement, dit-il en prenant la fine main entre les siennes. Je l'ai volée mais j'y tiens et maintenant c'est la vôtre.
- Jack, non...

Jack regarda son amie et esquissa un sourire pincé.

- Nous vous débarquerons au prochain grand port, dit-il en lui caressant les cheveux. Vous allez me manquer...

Elizabeth sourit doucement puis Jack l'embrassa une dernière fois sur le front avant de quitter la pièce rapidement. Elizabeth inspira alors profondément et cligna des paupières.

- Tu es sûre de toi ?

La jeune femme se retourna et Anamaria sortit des ombres. Elizabeth se mordit la joue puis glissa sa main dans sa poche et en sortit le compas magique.

- Regarde... dit-elle.

Ana s'approcha et observa l'aiguille tourner. Soudain, elle se figea vers la porte de la pièce et Ana soupira.

- Si c'est lui que tu désires le plus au monde, pourquoi tu veux partir ? Tu crois que c'est sympa ce que tu fais ?
- Ana...
- Non, tu sais que j'ai raison, Lizie, répondit Anamaria, les sourcils froncés. Il est amoureux, tu es amoureuse... Pourquoi ?!

Elizabeth rentra la tête dans les épaules. Elle ferma les yeux et renifla. Ana serra les mâchoires. Soudain, elle quitta la pièce et Elizabeth eut un hoquet. Elle glissa au sol, le dos contre le pied de la table, et entourage ses genoux de ses bras. Elle posa son front contre et sanglota.

- Et tu trouves ça normal ? Tu ne dis rien ? Elle est avec nous depuis un mois et tu es fou d'elle, mais tu la laisse partir quand même ?
- Et tu voudrais que je fasse quoi ? répondit Jack en regardant Anamaria. Nous ne sommes pas mariés, elle peut faire ce qu'elle veut...

Il se tut un instant puis ajouta :

- Elle a raison, tu sais ? Elle n'est pas faite pour vivre sur un bateau et encore moins un bateau pirate.
- Ça d'accord mais... Jack, écoute, dis-lui de ne pas partir, s'il te plaît...
- Elle ne veut pas partir, Ana...

Anamaria haussa les sourcils.

- Mais alors...?
- Elle ne veut pas partir mais elle le doit. Elle n'est pas chez elle ici, ce n'est pas son milieu, elle ne sait rien faire... Je ne fais aucune critique, d'accord ? C'est une gentille jeune femme, elle est adorable, tout le monde l'aime ici et moi le premier mais si elle ne veut pas rester sur le Pearl, Ana, je n'ai pas le droit de la retenir. Est-ce que tu comprends ?
- Oui mais... Jack, tu ne l'aimes donc pas ?

Jack fronça les sourcils.

- Si, répondit-il. Si je l'aime et je l'adore et je voudrais la garder auprès de moi mais je n'ai pas le droit de décider pour elle...
- Mais Jack...

Jack tourna le dos et Anamaria comprit que la discussion était terminée. Elle grommela et s'en alla, et le Capitaine s'assit dans son fauteuil, prudemment, une main sur son flanc. Interdiction de partir en mer avant qu'on ai retiré les fils, ordre du médecin...

Jack soupira. Quand Gibbs vint s'enquérir de sa situation, il le renvoya en disant que tout allait bien. Il annonça même qu'aujourd'hui, s'il le voulaient, ils pouvaient débarquer et se trouver une chambre sur le port. De toute façon, le Pearl avait - encore - besoin de réparations et la semaine qui venait allait être utile.

Jack était dans son fauteuil, en train de lire de papiers quand Elizabeth apparut. Elle entra dans sa chambre sans rien dire, il l'entendit farfouiller puis elle ressortit avec un petit baluchon et quitta la cabine sans un mot. Anamaria la suivit de près mais elle, elle s'arrêta à la porte de la pièce.

- Tâche de savoir pourquoi elle a brusquement décidé de partir, dit-elle.
- C'est son choix.
- Je pense que non.

Jack regarda la jeune femme.

- Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
- Une intuition. Pendant que tu étais au dispensaire, elle était bien, Jack, elle rigolait avec nous, elle a même avalé quelques bières et appris deux trois trucs sur le bateau, dit Anamaria. Elle n'a aucune raison de vouloir rentrer à Port-Royal, et je sais que vous ne vous êtes pas disputés. Alors pourquoi ?

Jack serra les mâchoires.

- Écoute, elle a bravé les ordres de son père et passé trois semaines sur un vaisseau marchand pour nous retrouver, elle est ici depuis un mois et je ne te t'ai jamais vu aussi heureux que depuis qu'elle est montée à bord.

Anamaria serra le poing sur la lanière de son sac de cuir.

- Trouve, dit-elle, les dents serrées.

Et elle tourna les talons. Jack serra les mâchoires et grimaça. La décision d'Elizabeth le surprenait, c'était évident, mais il savait qu'elle n'était pas une fille qui vit sur un bateau, il lui avait proposé qu'elle s'installe à Tortuga, même si ce n'était pas la meilleure des villes pour une fille comme elle, et ils faisaient route vers l'île, d'ailleurs, s'il n'avait été blessé en cours de route...

- Et qu'est-ce qui aurait bien pu...

Jack regarda la porte fermée de la cabine d'Elizabeth.

- Non... Je n'ai pas le droit de faire ça...

Il secoua la tête et retourna à ses papiers mais il releva la tête à peine quelques secondes plus tard et soudain, se leva de son fauteuil en grognant et s'approcha de la porte de la cabine de la jeune femme.

- Non ! dit-il alors en faisant demi-tour sur ses talons. Ce n'est pas bien, Jack, ça ne se fait pas !

Il se mordit l'index et regarda la porte.

- Non ! Non, tu n'iras pas fouiller dans les affaires de...

Il ferma les yeux et inspira profondément.

- Mais Ana a raison... Tant pis !

Jack sortit sur le pont du navire et observa les alentours. Vide. Le vaisseau était vite de ses matelots, mais sous peu, des ouvriers viendraient réparer ce que les canons du vaisseau marchand avaient détruit.

Se penchant par-dessus le bastingage, Jack observa les quais. Pas d'Elizabeth dans les environs ? Très bien. Il n'en avait pas pour longtemps, de tout façon... Il cherchait juste un indice, une lettre, quelque chose venu de Port-Royal, peut-être, qui aurait incité la jeune femme à prendre cette décision de partir, alors que tout semblait aller pour le mieux...

Retournant dans la cabine du Capitaine, Jack hésita. Si Elizabeth apprenait qu'il avait fouillé dans sa correspondance, elle lui en voudrait très certainement...

Mais elle aurait une raison de partir, se dit Jack en regardant la porte de la chambre.

Il gratta le crâne et décida qu'il n'avait rien à perdre, que si le Destin voulait qu'ils soient de nouveau séparés, qu'il n'y pouvait rien.

- Tu dois le lui dire.
- Et quoi ? Il ne peut rien y faire...
- Non, mais il a le droit de savoir...

Elizabeth soupira par le nez et serra ses mains sur sa tasse de thé.

- Je ne peux pas, dit-elle alors. C'est bien comme ça, il...
- Il ne comprend pas, Lizie...

Elizabeth fronça les sourcils.

- Comment tu le sais, hein ? Il sait que je ne suis pas à ma place sur un navire pirate, il sait que la vie en mer n'est pas pour moi, ma décision ne l'a même pas surpris, ce matin !

Anamaria grimaça puis soupira et laissa la jeune femme avec ses dilemmes. Elizabeth jura et serra les mâchoires. Elle vida sa tasse de thé et décida d'aller prendre l'air.

Jack avait pris le risque d'entrer dans la cabine de sa compagne sans son autorisation et en son absence. Il s'exposait à de solides reproches mais Anamaria avait raison, quelque chose clochait dans la décision de la jeune femme de retourner brutalement à Port-Royal, et il devait savoir pourquoi.

En essayant de ne rien déranger, le Capitaine, ignorant la douleur de son flanc, entreprit de soulever les papiers entassés sur le bureau d'Elizabeth. Il y avait très peu de lettres, normal, hormis son père et Will Turner, le Forgeron, elle n'avait pas beaucoup d'amis à Port-Royal, à part quelques domestiques de la maison de son père.

Alors qu'il déplacement légèrement un calepin en cuir qu'il s'abstint d'ouvrir, Jack accrocha un truc avec sa manche et l'objet tomba au sol dans un bruit sourd. Il grimaça et regarda derrière lui mais il n'y avait personne. Il se pencha ensuite sous le bureau et ramassa le parchemin plié en trois qui était tombé. Il était épais, de bonne facture, et le sceau de cire qui l'avait scellé, était celui du Gouverneur de Port-Royal...

- Tiens donc, un courrier de son père... Voyons voir, il est de la semaine dernière...

Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, Jack ouvrit le pli et le parcourut rapidement. Il fronça les sourcils au fur et à mesure de sa lecture et soudain, ses doigts se serrèrent sur le parchemin et il inspira de colère.

Repliant le parchemin, il quitta la chambre et sortit sur le pont mais il s'arrêta brusquement et se sentit se dégonfler. Non. Inutile de faire un scandale en public. Elizabeth allait revenir sur le Pearl tôt ou tard, il le savait. Il n'avait plus qu'à l'attendre et ensuite, à lui demander des explications...

Jack retourna dans sa cabine et posa la lettre sur son bureau. Il entreprit ensuite de continuer ce qu'il faisait plus tôt et tâcha de se sortir cette histoire de la tête...