Voici le deuxième chapitre ! Je sais, il est encore tôt dans la journée, mais j'avais tellement hâte de vous le mettre en ligne que je n'ai pas peu attendre. Côté nouvelles, j'ai récemment créé un serveur discord pour les auteurs de fanfiction francophones, orienté surtout pour les auteurs d'AO3. Comme je sais que certains et certaines d'entre vous sont sur les deux plateformes et que ça peut vous intéresser, voici le lien : discord .gg /wyWr8F5 (pour rejoindre le serveur, tapez cette invitation sans les espaces dans le champ "Rejoindre" de Discord).
Réponse aux reviews :
Lou lovegood : Ravie de te revoir ici ! J'espère que la suite te plaira autant que le premier chapitre :3
Une nuit, alors qu'Hitomi venait de s'endormir après avoir passé la journée à essayer d'apprendre à former des mots plutôt que des babillages vides de sens, une sensation horrible la réveilla en sursaut. Depuis l'épisode de la réalisation, sa voix avait changé, le grain désormais légèrement usé par les cicatrices qui lui restaient dans la gorge de son cri interminable. La connaissance de cette douleur si particulière, du goût de son propre sang sur sa langue, ne l'empêcha pas de se mettre à crier dans son lit accolé à celui de sa mère, encore vide, alors qu'un chakra sauvage, malsain, lui irritait la peau.
Elle avait l'impression que cette sensation était pire, mille fois plus insupportable que celle de son propre système de chakra, parce que les deux s'agressaient et se stimulaient mutuellement. Elle hurlait et hurlait dans le noir, absolument terrifiée, incapable de s'arrêter et de réfléchir, juste un instant. Elle aurait compris, si elle y était parvenue. Parce que cette sensation, même si elle ne l'avait jamais expérimentée, ne pouvait appartenir qu'à une seule entité de ce monde.
Le bruit d'une course paniquée parvint à ses oreilles, et soudain la porte de la chambre s'ouvrit à la volée, inondant la pièce de la lumière jaune venue du couloir. Hitomi, malgré sa panique et sa douleur, reconnut l'une de leurs voisines, une civile qui travaillait dans l'une des pharmacies du clan Nara et s'occupait parfois d'elle quand ses parents étaient retenus ailleurs. Ce n'était pas la première fois que la jeune fille entrait chez elle, aussi le bébé ne ressentit pas d'inquiétude, même si elle ne comprenait pas pourquoi sa mère n'était pas là.
Elle comprendrait, plus tard, mais alors qu'Anako la voisine la prenait dans ses bras et se mettait à courir dans les rues de Konoha, elle ne put que contempler la dévastation au loin, les bruits de dizaines d'hommes et de femmes en train de combattre et mourir, leurs chakras qui explosaient en quantités négligeables contre le titan qui leur servait d'adversaire. Kyûbi attaquait, et elle, elle hurlait, hurlait, terrifiée et à l'agonie, le corps et l'esprit en feu. Même sa Bibliothèque était impuissante à lui apporter l'apaisement dont elle aurait tant eu besoin.
Très vite, Anako arriva avec son précieux paquet au refuge d'urgence le plus proche et, après avoir donné son identité au ninja de garde, se glissa par l'étroit passage qui, bientôt, se fondrait totalement dans la roche. Le refuge était déjà saturé de civils effrayés. Hitomi put poser son regard paniqué sur chacun de leurs visages blêmis par la lumière froide d'une ampoule nue, son dos frictionné par les mains fébriles de sa gardienne temporaire. Elle voulait sa mère. Son père.
Dans le refuge, la sensation de l'autre chakra était devenue moins insupportable, mais elle pouvait encore le sentir, et sentir avec lui tous ceux des combattants là, dehors. Si elle se concentrait assez fort, elle pouvait même isoler ceux de ses parents. Elle s'abstint toutefois. Elle ne voulait pas, dans l'éventualité de leur mort, être à ce moment connectée à leurs énergies vitales.
Quelque part entre la maison et le refuge dans la roche, ses cris s'étaient mués en pleurs. Elle n'était pas la seule à pleurer : une civile aux vêtements brodés du blason des Uchiha berçait un enfant qui sanglotait lui aussi, inconsolable. Un peu partout, on pouvait voir ce genre de scènes, et des parents tout aussi terrifiés qui tentaient de rassurer les plus jeunes, avec plus ou moins de succès.
Quelque part au fond de l'esprit d'Hitomi, une force froide s'éveilla et s'étira, analysant la situation. Si l'attaque de Kyûbi, survenue alors que la dernière guerre ne se trouvait pas si loin, mettait les civils dans cet état, qu'est-ce que ce serait lorsque les évènements suivants du canon se produiraient ? Elle avait, depuis sa réalisation, caressé l'idée de rester une civile, à l'abri du danger et des ennuis qui venaient avec la vie de ninja. Mais elle ne voulait pas se trouver sans défense à ce point. Elle ne voulait pas être condamnée à attendre dans le noir des nouvelles de ceux qui se battaient pour sa sûreté.
Il ne lui restait donc qu'un choix, à peine plus sûr, à peine plus rassurant : prendre dès que possible le chemin de l'académie, réussir ses études, devenir forte. Autant que possible. En faisant ce choix, elle s'exposait à tous les dangers dont elle connaissait si bien l'existence, et plus encore, mais au moins, elle ne connaîtrait plus jamais cette situation insupportable d'attente, ne serait jamais sans défense quand le danger frapperait – et il frapperait, elle en était certaine.
Le matin venu, la porte du refuge s'ouvrit sur deux ninjas manifestement de haut rang. Hitomi ne comprit pas tout ce qu'ils disaient, mais c'était le cas d'Anako, qui se leva calmement, le bébé dans ses bras, et reprit le chemin vers leurs maisons respectives. Les rues étaient dévastées. Kyûbi était-il entré si loin dans le village ? Certaines zones étaient totalement rasées. Quelle tristesse…
La maison d'Hitomi était vide quand Anako y entra. Les ninjas étaient tous sans doute encore à l'hôpital pour faire soigner leurs plaies, ou dans le bureau du Hokage à faire leurs rapports. L'enfant détestait le silence qui planait sur le salon, comme si la vie s'était mise sur pause et attendait un signal qui ne venait pas pour reprendre. Les yeux anxieux de l'enfant cherchaient ses parents, alors qu'elle savait qu'ils n'étaient pas là. Elle pouvait le sentir. Leur chakra, qui était devenu au fil des mois une force rassurante, était absent des lieux.
Sa mère seule revint, bien après que le soleil ait atteint le paroxysme de sa course dans le ciel. Elle était visiblement épuisée et la peau autour de ses yeux était rouge. Dès l'instant où elle vit son bébé, la jeune femme cacha son visage entre ses mains aux ongles encore salis de sang et se mit à sangloter, provoquant les pleurs de la petite fille qui ne comprenait pas – ou ne voulait pas comprendre. Kurenai était de retour – Shikano ne l'était pas.
Elle s'était toujours sentie déchirée entre son corps de bambin et son âme d'adulte, mais cette fois tout son corps et toute son âme pleuraient ce père qu'elle avait connu moins d'un an et aimé, pourtant, pour sa tendresse, sa voix douce et grave, ses mains colossales et son rire qui semblait faire vibrer son corps tout entier. Elle pleura avec sa mère le bouc qui l'avait chatouillée et le sourire à illuminer la maison tout entière, les yeux attendris et les doigts calleux et patients qui avaient sculpté les figurines qui décoraient sa chambre, pleura sa façon de la border le soir venu et le dernier regard qu'il lançait à sa mère avant de partir en mission, pleura et pleura encore, jusqu'à ce que le sommeil, enfin, s'effondre sur elle.
Plus tard, elle se réveilla dans le giron de Kurenai. La vibration du chant mélancolique qui la berçait jusque là fut comme un baume sur la plaie laissée par la mort de Shikano Nara. Un père aimant, un fils digne, un frère courageux. Ce n'était pas la berceuse qui l'avait réveillée pourtant, mais les coups donnés à la porte d'entrée.
— Tu peux entrer, Père.
Sa mère avait un père encore en vie ? Hitomi ne s'en souvenait pas. On ne l'avait sans doute jamais vu dans le manga… Oui, c'était très possible. Définitivement tirée de sa torpeur, elle posa un regard attentif sur l'homme qui poussa la porte d'entrée. Comme sa fille, il était grand, et portait ses cheveux mi-longs sous le bandeau de Konoha qui lui faisait comme une sorte de bandana. Ses yeux portaient le double cercle cramoisi familial, et ses mains et sa gorge étaient couturées de cicatrice. Son visage, quant à lui, n'était marqué que par l'âge et la rudesse de son mode de vie.
— J'ai appris, pour Shikano. Je suis désolé.
— Tu aurais dû me laisser aller l'aider ! C'est ta faute si aucun des jeunes Jônin n'est allé en première ligne !
— Et qu'est-ce qu'il se serait passé dans ce cas, Kurenai ? Et si le démon-renard vous avait tués tous les deux ? Tu as pensé à ce que serait désormais la vie de ta fille dans ce cas ? Tu ne penses pas qu'il y a déjà assez d'orphelins après cette nuit maudite ?
Il avait élevé le ton, et un long gémissement angoissé échappa à Hitomi. Les adultes ne criaient pas souvent dans cette maison, Kurenai y veillait. Le regard de la mère endeuillée, dur et rempli de colère, tomba sur sa fille, s'adoucissant instantanément. La tendresse, dans ses yeux, le disputait à une souffrance et une solitude qu'Hitomi n'y avait jamais vue, dont les fantômes la hantaient désormais.
— Tu… Tu as raison, Père. Je suis désolée. Je n'aurais pas dû t'accuser…
— Je ne t'en veux pas. Ça a été une nuit difficile.
Si elle l'avait pu, Hitomi aurait ri de cet amer euphémisme. Une nuit difficile, oui, pour les dizaines de cadavres qui jonchaient les rues de Konoha alors que les civils étaient autorisés à quitter les abris d'urgence ; une nuit difficile pour ceux qui, comme elle, avaient perdu un parent dans ce massacre ou, pire encore, les deux ; une nuit difficile pour ceux qui perdaient un ami, un amant, un frère, une sœur ; une nuit difficile pour le clan Uchiha qui souffrirait dès aujourd'hui des machinations d'un conseiller cupide et paranoïaque.
Mais elle, elle savait qui était le responsable. Et elle lui ferait payer le sang versé, passé, présent et futur. Elle lui ferait payer en lui mettant des bâtons dans les roues, en étant la plaie de son existence sur laquelle il ne saurait mettre un visage ou un nom, elle lui ferait payer oui, jusqu'à ce que son âme malade se dévore elle-même.
Elle n'avait pas encore de plan, mais cela viendrait. Fermant les yeux, elle fit mine de s'endormir dans la chaude et douce étreinte de sa mère, rejoignant aussitôt la Bibliothèque. Elle grimpa les volées de marches jusqu'à atteindre le bon étage, et s'enfonça dans les rayons. Ceux qui ne concernaient pas le canon commençaient à se remplir, lentement, mais il était difficile de récolter des informations quand on n'était encore qu'un bébé.
Son pas déterminé s'arrêta devant le livre intitulé Madara. Celui de Danzô, elle s'y intéresserait plus tard, mais il était sur sa liste, lui aussi. « Connais ton ennemi », disait un adage qu'Hitomi avait apprécié lors de sa première vie. Elle n'avait pas grand-chose concernant les fondateurs de Konoha, mais elle possédait toutes les informations nécessaires pour construire la base d'un plan impitoyable, et ce qui lui manquait, elle avait encore des années devant elle pour le trouver. En silence, se plongea dans sa lecture, se noyant dans les informations et le silence de sa Bibliothèque.
Quand elle revint à elle, la nuit était tombée. Elle était installée dans le porte-bébé que sa mère avait récemment fait ajuster à sa taille, mais c'était son grand-père qui la portait, pendant que Kurenai s'affairait aux fourneaux. L'odeur de la nourriture réveillait les sens d'Hitomi à chaque fois que quelqu'un cuisinait. Elle avait hâte de dépasser le stade du lait. Et des couches. Ugh.
Toute la soirée, Hitomi écouta sagement les discussions des adultes. Elle apprit que l'ostracisation des Uchiha avait déjà commencé, et se poursuivrait dans les jours à venir, que le village se reconstruisait lentement grâce à l'aide des nombreux ninjas dotés d'une affinité Doton. La cérémonie funéraire pour ceux qui étaient tombés lors de l'attaque aurait lieu deux jours plus tard et tous les habitants du village étaient conviés, même les civils. Eux aussi avaient perdu des êtres chers, après tout.
Très vite, il fut l'heure pour elle de dormir. Elle avait eu l'impression de ne faire que ça de toute la journée. Au moins ne s'ennuyait-elle plus quand le sommeil venait, avec sa fabuleuse Bibliothèque. Elle avait ouvert un nouveau rayon pour le japonais dans l'étage consacré aux langues. Son lexique oral se remplissait bien. Elle passa la nuit à réécouter les mots qu'elle avait appris ce jour-là jusqu'à pouvoir les répéter dans le secret de son âme, puisque son corps n'avait pas encore la maturité suffisante pour former des sons cohérents. Quand la nuit fut passée, elle était satisfaite et reposée, et un peu de son deuil s'était adouci.
Voilà, c'est tout pour cette semaine ! N'hésitez pas à follow cette histoire si vous voulez la suite, à la mettre en favori pour montrer à tout le monde que vous l'aimez, et surtout à laisser une review pour communiquer avec moi. Les reviews font énormément de bien aux auteurs et je ne fais pas exception à cette règle. À dimanche prochain pour un nouveau chapitre !
