Coucou et désolée pour le retard ! Entre le NaNo qui commence dans 20 minutes et le travail, je n'ai pas eu le temps de poster avant. J'espère que ce chapitre vous plaira. De mon côté, j'ai bouclé le chapitre 24 et je me suis fixé un objectif de 30k mots pour ce camp NaNo.

Lou lovegood: Le titre du chapitre te donne déjà un début de réponse ! J'espère que cette réponse te plaira, en tout cas. Bonne lecture !

Quand, enfin, Hitomi eut la permission de la part de son maître d'explorer la ville, elle dut se rendre à l'évidence : elle avait beau avoir construit une dizaine de plans différents concernant cet endroit, elle ne savait pas du tout où commencer. Alors qu'elle sortait de l'hôtel où Ensui leur avait réservé une suite pour le mois entier, elle réalisa qu'elle sortait du lot, avec ses vêtements de voyageuse. Un air d'innocence soigneusement étudié plaqué sur son visage, elle s'enfonça dans les petites rues, loin des artères principales, jusqu'à ce qu'elle trouve ce qu'il lui fallait.

Sur une corde à linges étaient suspendus des vêtements d'enfant qui ressemblaient à ceux des adultes d'ici. Laissant une bourse pleine de petites pièces en échange, elle subtilisa la tenue et se glissa dans la sécurité toute relative d'une ruelle pour se changer, ses vêtements originels en ballotin sur son dos. Bien sûr, elle aurait pu aller acheter ce dont elle avait besoin, mais n'était-elle pas censée devenir un ninja ?

À présent, il était temps pour elle de mettre son plan principal à exécution. Cela commençait par trouver les enfants ninjas de la ville, un objectif plutôt facile à accomplir : ils traînaient autour de l'Académie de Suna, comme les enfants le faisaient à Konoha. Elle chercha parmi eux, mais ne vit pas la chevelure rouge qu'elle cherchait. Certains des garçons qui jouaient au ballon tentèrent de l'embrigader dans l'une ou l'autre de leurs équipes mais elle se défila en riant, n'ayant aucun désir de perdre une après-midi à courir après une sphère de cuir. Rien d'amusant là-dedans, merci beaucoup.

Elle le trouva bien à l'écart, son propre ballon percé à ses pieds. Il avait l'air immensément triste et si petit, le cœur de l'adulte qui se cachait à l'intérieur d'Hitomi se brisa. Elle avait fait ses calculs avec soin sur la route : à quatre ans, Gaara était isolé et triste, mais personne n'essayait de le tuer, et personne ne l'avait encore précipité dans sa rage meurtrière.

— Salut ! lança-t-elle. Je peux m'asseoir avec toi ?

Il sursauta si fort en entendant sa voix qu'elle dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas rire. Manifestement, les leçons d'Ensui fonctionnaient, si elle arrivait à prendre qui que ce soit par surprise.

— Tu… Tu veux t'asseoir avec moi ?

Le cœur d'Hitomi se brisa à nouveau, mais elle tint fermement les rênes à ses émotions, qui n'avaient pas leur place ici. Approchant de quelques pas, elle fit jouer sur ses lèvres le plus doux des sourires à sa disposition – elle en avait tout un répertoire.

— Les autres sont trop bruyants pour moi. Tu as l'air gentil, et pas trop… Agité, du coup je me suis dit que tu serais un bien meilleur choix qu'eux.

Et comme ça, ce fut décidé. La simplicité avec laquelle elle avait accompli la première phase de son plan choquait un peu Hitomi, mais c'était logique, au fond : Gaara était un petit garçon qui désespérait qu'on lui offre un peu d'affection, et il n'avait pas encore appris à se méfier. Pendant un instant, elle se sentit coupable d'utiliser ses failles à son avantage, mais elle chassa très vite cette émotion gênante : elle savait que c'était pour le mieux.

— Alors comme ça, tu maîtrises le sable ? demanda-t-elle une heure et demi plus tard. Tu penses que tu pourrais faire des sculptures pour moi ?

— Ca ne te fait pas… Peur ?

Elle haussa les épaules et répondit d'un air désinvolte :

— Je vis dans un clan où les ninjas maîtrisent les ombres. C'est bien plus effrayant que le sable, crois-moi ! Tu peux me faire un dromadaire, s'il te plaît ? J'ai toujours voulu en voir un en vrai.

Le petit garçon s'exécuta, les joues rouges, et Hitomi battit des mains, l'air absolument ravie. C'était facile de jouer l'enfant affectueuse, dans ce genre de situation, et Ensui aurait sans doute haussé un sourcil puis ri jusqu'à se retrouver le cul par terre en la voyant se glisser si facilement dans une parodie d'elle-même. Mais c'était ce dont Gaara avait besoin, après tout.

Bientôt – trop tôt – le soleil commença à se coucher, parant le sable de mille couleurs chaudes. Suna était vraiment une ville sublime, même si on pouvait voir que l'isolement avait coûté cher à son développement, par rapport à Konoha. D'un geste vif, Hitomi voulut prendre Gaara par la main et l'entraîner à sa suite, mais le sable réagit sans lui en laisser le temps, lui égratignant violemment la main. Surprise, elle glapit de douleur et baissa le regard sur les marques rouges, là où la peau était soudain à vif.

— Oh… Oh non…. Je suis désolé !

Gaara avait l'air dans tous ses états. Ses mains tremblaient, et il avait les larmes aux yeux. Le cœur d'Hitomi se fendit de le voir comme ça. De sa main intacte, elle lui tapota le bras, prenant garde cette fois à ne pas le prendre par surprise.

— Ce n'est pas grave. Ensui-shishou va me guérir ça en un clin d'œil, tu vas voir.

— Mais je t'ai fait mal !

— Et alors ? répondit-elle en haussant les épaules. Tu n'as pas fait exprès. Mon shishou m'a fait bien pire quand il m'entraînait, et pourtant je sais qu'il m'aime beaucoup. Je ne te déteste pas, Gaara-kun.

— Garra… Simplement Gaara. Tu es sûre que ça va ? On devrait peut-être aller à l'hôpital ?

Les sourcils légèrement froncés, la petite fille baissa les yeux sur sa main. Des grains de sable étaient restés coincés contre la peau, aux endroits où la blessure était plus profonde.

— Non, ça va, je t'assure. Si tu veux, tu peux venir avec moi voir Shishou. Il me soignera et tu pourras voir de tes yeux que je n'ai rien de grave. D'accord ?

Ce n'était absolument pas ce qu'elle avait prévu, mais ses plans s'ajustaient à merveille autour de ce nouveau développement. Cette fois, elle prit bien garde à ne pas effrayer Gaara, et sa main intacte trouva sa place dans la sienne. Elle répondit à sa surprise – on ne devait pas le toucher souvent – par un sourire rayonnant, encourageant, et l'entraîna vers l'hôtel où elle logeait, s'aidant de sa formidable mémoire pour trouver son chemin.

Ensui ne fut pas ravi, bien entendu, quand elle lui expliqua qu'elle était blessée, et jeta à Gaara un regard peu amène. Aussitôt, voyant le petit garçon se ratatiner sur place et les larmes lui monter aux yeux, Hitomi s'interposa entre lui et son maître, relevant fièrement le menton comme pour le défier.

— Ce n'est pas la faute de Gaara. Personne ne lui a appris à maîtriser son pouvoir. C'est mon ami et je ne vais pas vous laisser lui faire peur, shishou.

Son cœur se brisa un peu plus quand elle entendit le petit bruit choqué que fit Gaara en inspirant brutalement. Elle savait que personne ne lui avait jamais dit ce genre de choses. Il n'avait qu'un oncle qui le détestait et le cachait mal, un frère et une sœur terrifiés, et un père qui ne le voyait comme un simple outil. Personne ne s'était jamais dressé devant lui pour clamer un lien précieux avec lui et le protéger. Cela ne fit qu'affirmer sa détermination. Pinçant les lèvres, elle carra un peu plus les épaules, le regard planté dans celui d'Ensui avec toute la droiture dont elle était capable, faisant taire la petite voix qui lui disait qu'elle ne valait pas mieux, qu'elle manipulait l'enfant pour le bien de ses propres plans.

— Je n'allais pas lui faire mal, soupira Ensui.

Comme Gaara se tassait encore plus contre la silhouette d'Hitomi, se dissimulant derrière elle, le Jônin s'agenouilla à la hauteur des deux enfants, tentant de réduire le danger qu'il représentait. C'était difficile pour lui, qui projetait une menace paisible et froide autour de lui en tout temps. Il ne saisisait même pas vraiment pourquoi Hitomi exigeait soudain de lui qu'il se maîtrise : elle l'avait toujours accepté tel qu'il était. Il comprit un peu mieux en posant les yeux sur le gamin qui se cachait derrière elle, en observant la manière dont elle le protégeait.

Il était important.

Ensui ne savait pas en quoi, et n'était pas sûr qu'elle le lui dise. Il savait depuis le début que sa petite protégée ne faisait rien au hasard : chacun de ses choix était précisément contrôlé. C'était quelque chose de courant chez les génies, et le clan Nara était même réputé pour cela, aussi Ensui avait-il appris à accepter l'idée qu'il était entouré de manipulateurs et en était un lui-même. Avec Hitomi, il se laissait même volontiers balader à droite et à gauche selon sa volonté, pour peu qu'elle fasse ce qu'il exigeait d'elle en retour. Elle était une assez bonne élève pour avoir gagné le droit de tirer ses propres plans.

— Écoute, Gaara, c'est ça ? Je sais que ça arrive de se blesser quand on joue. Je ne t'en veux pas, et à voir comment Hitomi te protège, je suis sûre qu'elle ne t'en veut pas non plus. Tu veux bien enlever le sable qui est resté coincé dans sa blessure, pour que je puisse la refermer ?

Il aurait pu le faire lui-même, bien entendu, mais il trouvait important que le gamin s'implique dans la correction de ses erreurs. Il n'avait pas énormément d'expérience avec les enfants – pouvait-il seulement considérer le fait de former Hitomi comme tel ? – mais cela lui semblait être un bon principe. Quand la plaie fut propre, il enveloppa la main blessée de son apprentie entre les siennes, le geste doux et précautionneux, et d'une impulsion de chakra qui la fit un peu grimacer, il effaça sa blessure, qui n'était vraiment qu'une égratignure.

— Alors, j'ai cru comprendre que vous avez passé une partie de la journée ensemble ? Racontez-moi. Et Hitomi, je veux savoir pourquoi tu ne portes pas les vêtements que tu avais ce matin.

La petite haussa les épaules, faisant de son mieux pour arborer un air coupable – et échouant platement. Il la connaissait mieux que ça, il savait que tout ce qu'elle faisait, elle le faisait avec une idée bien précise derrière la tête. Elle n'irait sans doute pas au fond de son explication ici, devant le petit garçon accroché à ses basques comme un caneton à sa mère, mais il faisait confiance à son apprentie et avait appris à être patient au fil des mois : elle finirait par se confier à lui sans retenue.

— Je voulais me balader sans attirer l'attention, alors j'ai pris une tenue d'enfant qui était suspendue sans surveillance. Mais je l'ai pas volée, hein ! J'ai laissé un peu d'argent en partant.

Hitomi rougit sous le regard inquisiteur de son shishou, ayant la bonne grâce de baisser la tête et d'avoir l'air gênée. Gaara secouait la tête d'un air incrédule, comme s'il n'arrivait pas à croire à l'audace dont elle avait fait preuve.

— Après ça, je me suis retrouvée dans le coin où Gaara était… Tout seul… Et j'ai décidé d'aller lui parler. Il a des pouvoirs vraiment géniaux ! Il peut faire faire ce qu'il veut au sable. Il m'a montré des animaux et des plantes qui n'existent pas à Konoha.

— Et ton ami n'est pas attendu quelque part ? Il commence à se faire tard, tu sais.

Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, Gaara prit la parole :

— Je peux rentrer quand je veux.

Il n'élabora pas sur les raisons mais Hitomi fit un très léger signe de tête en direction de la fenêtre, attirant l'attention d'Ensui. Elle le vit pincer légèrement les lèvres, signe qu'il libérait les sensations de ses méridiens, puis son regard s'éclaira de compréhension.

— Bon, dans ce cas, je n'ai pas d'objection à ce que tu restes, Gaara-kun. Je ne sais pas ce qu'Hitomi a prévu, mais je peux parier que ça implique le…

— Tu sais jouer au shôgi, Gaara ?

— Shôgi. Je vois que tu as la situation bien en main, kohai. Je dois aller faire une course en ville, je reviendrai à temps pour nous commander à manger. Tu restes, Gaara-kun ?

Le petit garçon leva vers l'adulte un regard plein d'espoir et d'adoration.

— Je peux ?

Aussi simplement que cela, ce fut décidé. Tandis qu'Ensui quittait leur suite d'hôtel, Hitomi apprit les règles du shôgi à Gaara et ils commencèrent à jouer, enchaînant les parties sans se soucier du temps qui passait. Un peu plus tard, Ensui revint, les bras chargés de nourriture locale, et Gaara leur expliqua avec soin ce qu'ils mangeaient – un peu trop épicé pour le palais d'Hitomi, mais bon malgré cela. Les deux enfants continuèrent à jouer, régulièrement conseillés par l'adulte qui tentait de rester impartial. Bien entendu, Hitomi menait, plus habituée au jeu, mais Gaara se défendait bien et avait des idées de stratégie très originales.

Finalement, il fut temps pour lui de partir. Il se faisait réellement tard et Hitomi devait dormir. Elle avait eu droit à une journée de liberté totale, mais son maître n'entendait pas la laisser se la couler douce pendant le mois qu'ils passeraient à Suna.

— Si tu veux, dit-elle à Gaara sur le pas de la porte de leur suite, tu peux revenir demain matin. Ensui-shishou a réservé une salle d'entraînement au rez-de-chaussée de l'hôtel, je serai là-bas demain matin pour m'entraîner au combat et au lancer de shuriken. Puis, l'après-midi, je vais devoir prendre une leçon de botanique et travailler sur mes tracés. Je serais très contente, si tu étais avec moi.

Le sourire de Gaara, si rayonnant et pur, lui fit mal encore une fois. Avec prudence pour ne pas éveiller les pulsions protectrices de son sable, elle s'avança et l'étreignit légèrement, lui souhaitant une bonne nuit.

Enfin, elle retourna dans le petit salon de la suite, où son maître l'attendait, une expression amusée mais impatiente sur les traits. Il avait manifestement des questions à poser.