Désolée pour le retard de ce chapitre. J'ai passé une très mauvaise fin de semaine et je n'avais ni le temps ni l'énergie pour préparer et poster ce chapitre.
En plein milieu de la nuit, un cri victorieux réveilla en sursaut plusieurs des habitants de l'hôtel, dont certains se mirent à pester violemment. Aucun, cependant, n'osa aller frapper à la porte et confronter l'adulte qui occupait la suite d'où avait émané le bruit : ils avaient vu son bandeau frontal, et nul n'était assez inconscient pour ignorer l'aura de danger qui lui collait à la peau.
Dans le salon de la suite, Hitomi avait sauté sur ses pieds et bondissait sur place, surexcitée. Dans son euphorie, elle se jeta dans les bras de son maître, qui l'étreignit en retour, riant de bon cœur. Il avait vu son apprentie consacrer son âme tout entière à ce projet et il était ravi, presqu'autant qu'elle, de voir qu'enfin, elle avait réussi.
L'échéance avait tant approché qu'il l'avait autorisée à ne pas dormir cette nuit : le lendemain, à l'aube, ils feraient tous deux leurs adieux à Gaara et laisseraient Suna derrière eux, repartant vers le Pays du Feu. Là, Ensui consacrerait encore plusieurs mois à l'entraînement d'Hitomi. Ils auraient le temps d'explorer un grand nombre d'endroits, mais c'était ce qu'il voulait. Quand sa protégée ferait partie d'une équipe, elle au moins saurait s'en sortir dans la nature sauvage, là où Konoha n'était qu'une ombre sous les feuilles.
Et il fallait bien qu'Ensui l'avoue : pour son âge, la prouesse d'Hitomi était phénoménale. Il était absolument abasourdi qu'aucun maître des sceaux n'ait eu cette idée avant elle, mais il savait que lui-même n'aurait tout simplement pas pu exécuter ce plan, même s'il avait eu les compétences nécessaires. Un jour, un jour très proche, elle le dépasserait dans le domaine du fûinjutsu et aurait besoin de quelqu'un de plus qualifié que lui, si elle ne voulait pas apprendre seule. Comme si les maîtres des sceaux couraient les rues.
Gaara, toujours extrêmement ponctuel pour un enfant de quatre ans, fut à leur porte à l'aube. Hitomi n'avait jamais réussi à le défaire totalement de la crainte qu'elle cesserait d'être son amie ou ne voudrait plus le voir s'il arrivait en retard, et comme, en soi, la ponctualité était une qualité, elle avait fini par laisser tomber.
La suite avait été vidée de tout ce qui avait fait sa vie ce dernier mois. Les armes et vêtements étaient de retour dans les sacs, et les carnets survivants d'Hitomi avaient été empaquetés dans un sceau de stockage, lui-même rangé dans son paquetage. Il n'en restait que deux, qui attendaient sagement sur la table basse – mais ceux-là étaient vraiment, vraiment particuliers.
Les deux enfants avaient un air de tristesse mal dissimulée sur le visage en mangeant le petit-déjeuner que le plus jeune avait apporté. Ensui, quant à lui, était trop respectueux de son apprentie pour faire comme s'il n'avait rien vu, mais ni l'un ni l'autre ne pouvaient se permettre d'avoir du retard : la caravane qu'ils avaient accompagnée en venant partirait sans eux s'ils n'étaient pas présents à l'heure de son départ. Il finit donc par faire un petit signe de tête encourageant à la petite fille.
En réaction, elle se leva d'un bond. Elle avait les yeux un peu humides, mais se tenait bien droite, comme la future kunoichi dont on voyait déjà les contours dans sa silhouette et son regard, dans la façon dont elle portait son tantô de bois à la ceinture et la légèreté aérienne de son pas. D'un geste presque cérémonieux, elle alla cueillir les deux carnets qui attendaient sur la table basse, et revint vers Gaara, qui avait suivi le moindre de ses gestes du regard avec mélancolie.
— Je… J'aimerais te faire un cadeau avant de partir. Je sais que tu seras de nouveau tout seul, et tu vas me manquer, alors j'ai pensé… Tiens, c'est pour toi.
Elle lui tendit l'un des carnets, un bel objet qu'elle avait choisi pour sa reliure turquoise – la nuance exacte des yeux de Gaara. Sur le dos du livre, elle avait gravé les deux kanjis qui constituaient son prénom à elle. Le petit garçon fixa le cadeau sans comprendre, une perplexité très nette inscrite sur ses traits.
— Tu… M'offres un carnet ?
Un peu embarrassée, elle rougit et montra celui qu'elle avait gardé pour elle. Il était rouge et noir, et le mot « Gaara » était gravé sur le dos de cuir.
— Tu vois, le projet sur lequel je travaillais ces derniers temps… C'est ça. Attends, je vais te montrer.
Elle ouvrit son propre carnet, attrapa un crayon et écrivit quelques mots sur la première page. Quand elle eut fini, elle malaxa un peu de chakra et l'injecta sur la page où elle avait écrit. Aussitôt, le livre dans la main de Gaara refroidit d'une dizaine de degrés, le faisant glapir de surprise. Hitomi avait vite découvert qu'avec un support de papier, la réaction inverse aurait été dangereuse.
— Ouvre-le.
Le petit garçon s'exécuta et haussa les sourcils en voyant qu'un message était apparu sur la première page de son carnet. Il avait envie de comprendre, d'espérer, mais en même temps, il n'osait pas, redoutant l'amère déception s'il se trompait.
— Tu vois, continua Hitomi, comme ça, on pourra rester en conta…
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il lui sautait dessus, la serrant aussi fort qu'il le pouvait dans ses bras. Et qu'est-ce qu'il était devenu fort ! Manifestement, Hitomi n'avait pas été la seule à se renforcer durant les séances d'entraînement prodiguées par Ensui. Avec un petit rire exalté, elle lui rendit son étreinte de sa main libre, lui caressant les cheveux.
— Je t'aime, Hitomi-nee !
La déclaration la surprit. Les yeux écarquillés, elle croisa le regard d'Ensui, profitant que Gaara ne pouvait la voir, un éclat de panique au fond de ses prunelles rouges. Quand son maître répondit d'un sourire encourageant et d'un petit hochement de tête, elle resserra son étreinte et répondit, d'une voix attendrie :
— Je t'aime aussi, Gaara.
Elle passa le quart d'heure qui suivit à expliquer le fonctionnement du carnet à Gaara. Il pouvait écrire autant qu'il le voulait avant d'insuffler son chakra dans le papier : l'intégralité du message serait transmis au carnet d'Hitomi. Elle ne le lui expliqua pas, mais elle avait découvert qu'elle pouvait relier autant de carnets qu'elle le voulait à son carnet-mère et comptait s'en servir pour se constituer un petit réseau. Le carnet refroidissait quand on recevait un message, qui restait jusqu'à ce qu'il soit consulté – le livre savait quand on l'ouvrait. Ensuite, on avait une heure pour lire le message avant qu'il s'efface – bien assez pour le recopier si on voulait en garder une trace avant de répondre.
Les deux enfants convinrent de s'écrire au moins une fois par jour, et de prévenir quand ça ne serait pas possible. Ils décidèrent également qu'en cas d'urgence, ils pouvaient s'envoyer plus de messages, mais que l'autre ne devait pas forcément répondre dans l'instant. Hitomi, après tout, entrerait à l'Académie une fois de retour à Konoha, et Gaara entrerait bientôt à un âge où il suivrait son propre apprentissage. Hitomi doutait qu'il aille à l'Académie de Suna. Les professeurs ne sauraient comment s'occuper de lui. D'un autre côté, est-ce que quelqu'un le savait ? Même cette parodie d'oncle qui l'hébergeait donnait des envies de violence à Hitomi tant elle le méprisait.
Les adieux furent difficiles, mais considérablement adoucis par cette nouvelle possibilité qu'ils avaient de garder contact. Gaara apprenait à peine à écrire, mais d'une part, les dessins se transmettaient également d'un carnet à l'autre et, d'autre part, ce serait juste une motivation supplémentaire pour qu'il apprenne plus rapidement. En attendant qu'il déclare avoir un niveau suffisant avec ses kanjis, elle écrirait ses messages pour lui en kanas, et il en ferait de même. Elle savait qu'il était intelligent, et que cette situation changerait bien vite.
Elle ne s'était jamais interrogée sur la précocité des ninjas. Il n'était pas rare que, comme elle, ils soient parfaitement à l'aise pour lire et écrire avant leurs six ans, comme si leurs parents s'assuraient de leur apprendre ces deux compétences avant de les envoyer à l'Académie, alors même qu'ils étaient censés apprendre ça sur les bancs de l'école, justement. Gaara se débrouillait déjà bien pour un petit garçon de presque cinq ans, et elle… Non, elle, elle était un cas à part.
Quelques membres de la caravane les accueillirent avec gentillesse, ayant gardé le souvenir de l'homme et de l'enfant qui aidaient volontiers avec les tâches d'entretien mais restaient un peu en retrait lors des repas, et de leurs entraînements quand le convoi devait s'arrêter pour laisser passer les heures les plus chaudes. Cette fois, c'était une autre équipe qui les escorterait, un trio de Chûnin. Hitomi prit plaisir à remarquer que les perceptions de ses méridiens étaient restées enfermées bien sagement dans leur cage depuis plus de deux semaines quand elle les vit, et n'eut pas besoin de battre en retraite pour se protéger.
Comme à l'aller, le trajet devint vite assez monotone. Heureusement, cette fois, en plus de la lecture, elle avait d'autres choses à disposition pour s'occuper, comme son travail sur les sceaux. Il lui fallut deux semaines en plein désert pour confectionner un carnet pour Shikamaru. Son cousin lui manquait énormément et travailler pour lui atténuait un peu sa peine.
Elle avait également commencé à confectionner ses propres rouleaux de stockage. Ils coûtaient affreusement cher au village, si bien que tous les ninjas qui avaient quelques compétences en fûinjutsu fabriquaient les leurs. Pour les parchemins explosifs, il s'agissait des premiers sceaux qu'elle avait appris à composer, mais en digne élève de son maître, elle leur préférait les bombes que la chimie créait pour elle. Cela dit, si elle trouvait un moyen pour créer des parchemins qui provoqueraient une réaction chimique… Avec un sourire qui donna un mouvement de recul au Chûnin qui la regardait à cet instant-là, elle rangea soigneusement cette idée dans la section « projets » de sa Bibliothèque.
Durant le voyage, elle apprit également certaines techniques de survie propres au désert. Une nuit, Ensui l'escorta hors de vue du camp et lui ordonna d'attendre deux heures, puis de revenir. C'était plus difficile qu'elle ne l'avait cru, mais elle y parvint après avoir cherché son chemin pendant un moment. Il reproduisit plusieurs fois l'exercice, jusqu'à ce qu'il soit sûr de sa capacité à s'en sortir seule dans un tel environnement.
Les leçons se poursuivaient, mais ne se ressemblaient pas. L'un des Chûnin de l'équipe était âgé de quatorze ans, et plutôt menu pour son âge : il lui servit bientôt de partenaire d'entraînement. Pour réduire ses propres avantages, il avait pour consigne de ne se servir que de taijutsu, alors qu'Hitomi avait droit à son tantô de bois. Elle ne parvenait pas à le vaincre, mais était au moins assez douée quand il s'agissait d'esquiver ses attaques. Ensui était fier d'elle, et à ses yeux, cela valait tout l'or du monde.
Un soir où elle s'ennuyait et où ses projets personnels ne la tentaient pas, elle sortit de son sceau l'un des carnets qui avaient survécu à ses tests, vierge de tout sceau. Elle plongea dans sa bibliothèque, jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait, et coucha les premiers mots d'un livre qu'elle avait lu quand elle était enfant sur le papier. C'était difficile, parce qu'il lui fallait traduire du français vers le japonais, mais, après tout, c'était son travail avant qu'elle tombe trop malade pour pouvoir le faire, dans sa première vie.
Chaque soir, elle attendait avec impatience le moment où son carnet refroidirait pour répondre à Gaara. Elle aimait qu'il lui raconte ses journées. Il avait enfin un instructeur qui ne se contentait pas de vaguement le surveiller, mais lui apprenait aussi des choses. Il lui racontait, son écriture encore maladroite et hésitante, ce qu'il avait appris pendant la journée, et elle répondait en contant les menus évèenements du voyage. Au fond, ils ne se souciaient que peu de ce qu'ils avaient à dire ; ce qui comptait, c'était qu'ils étaient là l'un pour l'autre, à travers ces voix de papier.
Et puis enfin, la bordure du désert fut en vue. Le chargement de la caravane s'était allégé et le voyage en avait été accéléré d'autant. Hitomi avait trouvé le retour moins ennuyeux que l'aller et, quand Ensui décida qu'il était temps pour eux de se séparer de leurs compagnons de voyage, elle leur fit ses adieux avec le plus adorable des sourires à sa disposition, heureuse tout de même de retrouver l'intimité et l'exclusivité de ses rapports avec Ensui. Le fait qu'il soit moins grognon maintenant qu'ils avaient à nouveau de l'herbe sous les pieds ne gâchait rien.
N'oubliez pas que les reviews sont très importantes pour les auteurs : elles nous offrent une forme de motivation que vous seuls pouvez nous fournir. À dimanche !
