Merci tout le monde pour vos gentilles reviews, ça m'a fait énormément plaisir de vous lire ! Une petite note avant de commencer : je cherche quelqu'un pour faire la bêtalecture de la fanfic. Cela implique d'être bon en orthographe et de bien connaître Naruto. Je demanderai à cette personne de rattraper les 26 chapitres non-postés à ce jour (et ça risque d'augmenter, j'écris plutôt vite) et de me faire ses remarques concernant à la fois la forme et le fond de l'histoire. Il faut également avoir Discord, parce que je ne passe que par là. Si ça vous intéresse, contactez-moi par review ou mp !

Réponse à Lou Lovegood : Merci pour ta review ! En effet, on s'approche tout doucement de l'arc Académie, il commencera au chapitre 16 !

Le lendemain de son jour de repos, Hitomi était en meilleure forme qu'elle ne l'avait été depuis des mois. Elle avait poussé si loin la pratique que, désormais, il ne fallait qu'une journée pour que ses réserves se remplissent, contre une semaine au début du voyage. Pourtant, la taille de ses réserves avait considérablement augmenté : elles étaient au moins dix fois plus grandes désormais. La plupart de ses progrès, à ce niveau, avaient été fait, et les exercices de contrôle ne suffisaient plus à l'épuiser totalement, même si elle pratiquait du lever au coucher du soleil.

Elle attendait désormais avec impatience que l'âge lui apporte sa propre expansion : d'ici à ses quinze ans, la taille de ses réserves serait encore dix fois plus importante qu'elle ne l'était ce jour-là. Elle comprenait à présent pourquoi on parlait de Démons sans Queue pour désigner les Yûhi : si son grand-père et sa mère avaient en eux une telle force, ils ne devaient jamais être à court de chakra. Cela expliquait également pourquoi Kurenai était considérée comme une maîtresse du genjutsu, capable d'abuser même certains Uchiha. Le genjutsu, l'art des illusions, demandait qu'une quantité constante de chakra soit déversée dans le système de l'adversaire pour en perturber la circulation, et c'était impossible de maintenir une illusion pendant plus d'une minute avec de petites réserves. Certains disaient que Kurenai était capable de maintenir ses sorts d'illusions des journées entières avant de fatiguer. Quant à Shinku Yûhi, son grand-père, elle ne l'avait que peu vu avant de partir de Konoha ; sa mère lui avait expliqué qu'il était parti en mission de longue durée au Pays de la Foudre.

Après qu'elle eut terminé son salut au soleil, Ensui guida Hitomi jusqu'à une clairière. Pour la première fois depuis des années, il neigeait au Pays du Feu et la petite fille n'était pas sûre d'aimer les températures basses qui venaient avec la poudreuse couvrir les terres. Pour se protéger du froid, elle était obligée de projeter son chakra un peu partout dans son corps, et elle n'était pas encore assez douée pour le faire sans y penser.

— Aujourd'hui, tu vas attaquer un exercice que la plupart des ninjas ne pratiquent pas avant de sortir de l'Académie. Tu vas monter aux arbres sans tes mains. À chaque tentative, marque le tronc de l'arbre que tu auras choisi avec ce kunai, et ne t'arrête que quand tu n'auras plus de chakra, ou maîtrisé l'exercice. Des questions ?

Hitomi secoua la tête. Elle n'avait pas besoin qu'il lui montre comment faire, cet exercice était semblable à celui de la feuille. Il serait simplement, sans doute, plus gourmand en chakra, et plus exigeant en termes de contrôle. Et c'était tant mieux. Elle avait besoin de continuer à épuiser son chakra encore quelques semaines, si elle voulait atteindre le maximum de son potentiel dans un premier temps. Ensuite, il faudrait juste qu'elle laisse à son corps le temps de grandir. Elle avait sans doute déjà de meilleures réserves que n'importe qui dans sa génération, Naruto mis à part. À part lui, aucun des enfants du canon n'avaient montré de particulièrement bonnes réserves avant le début de Shippuden.

Il était devenu très rare, lui expliqua Ensui un soir où elle était particulièrement malade, qu'on projette les enfants des clans parmi un entraînement aussi intensif. Les Villages Cachés n'étaient plus en guerre depuis plus de dix ans, et aucun parent ne souhaitait voir son enfant souffrir nuit après nuit pendant des mois, pour des résultats qui n'étaient pas toujours si spectaculaire. Cet entraînement ne faisait des miracles que sur les enfants issus de clans bien particuliers, prédisposés à de larges réserves de chakra. Pour les autres, il y avait d'autres manières plus constructives de s'entraîner : les Hyûga apprenaient le Poing Souple, les Uchiha des techniques Katon, les Sarutobi apprenaient à maîtriser le chakra de vent… Et les Yûhi, eux, s'étaient éteints au-delà du réparable en quelques générations seulement, brûlés par les guerres où ils avaient été si utiles, et si prompts à mourir pour leur pays.

Pendant un instant, Hitomi resta immobile au centre de la clairière, persuadant son chakra d'aller se concentrer dans ses jambes. Quand elle fut prête, elle s'élança sur l'arbre qu'elle avait choisi, un chêne qui s'élevait haut au-dessus des autres. Il ne lui fallut que quelques pas pour atteindre les racines, puis une dose d'adrénaline pour vaincre la peur de tomber et commencer à grimper. Quelques pas de plus pour s'ajuster à la quantité de chakra nécessaire pour adhérer au tronc sans endommager l'écorce, mais ensuite, elle monta d'une traite jusqu'à atteindre le faîte de l'arbre. Elle planta son kunai le plus haut possible, et s'assit sur une branche capable de supporter son poids.

— C'est normal que ce soit aussi facile ? On peut commencer à marcher sur l'eau ?

Son accès d'insolence fut récompensé par un éclat de rire de la part d'Ensui. Il s'y était attendu – les exercices de contrôle du chakra se ressemblaient tous et, une fois qu'on en maîtrisait un, il était assez facile de passer à la suite – mais il restait en lui une pointe de surprise. Prudemment, il atteignit le point en lui-même où il avait enfermé les informations reçues par ses méridiens, et sonda son apprentie, encore plus abasourdi de sentir ses réserves autrefois plutôt ténues rugir, prêtes à se mobiliser. Il ne s'était pas attendu à une telle progression de sa part et, à nouveau, il était fier.

L'exercice de la marche sur l'eau vint ensuite, comme elle l'avait deviné, et fut plus difficile que la marche sur les arbres. Il fallait constamment ajuster la quantité de chakra qu'on projetait pour répondre aux mouvements de l'eau, en plus de compenser la faiblesse de la tension de surface du liquide. Il fallut encore quelques semaines supplémentaires à Hitomi pour le maîtriser et, avant même d'y être arrivée, elle atteignit ce point de sa progression où ses réserves ne se dilateraient plus davantage en forçant dessus.

Et il fut donc temps, une fois ce point atteint et l'exercice de la marche sur l'eau maîtrisé, qu'Hitomi apprenne les bases de ses techniques de clan. La plupart des enfants issus d'un clan de Konoha apprenaient les bases de leur ninjutsu familial à cet âge. Chez les Nara, toutefois, on poussait le concept plus loin : même les civils du clan devaient apprendre la théorie. Ainsi, si une nouvelle guerre frappait et que les ninjas du clan étaient tous abattus, laissant les enfants sans maître Nara pour les guider, un civil pourrait leur transmettre le savoir. Ce n'était pas une solution idéale, mais c'était déjà mieux que ce que les autres clans avaient mis en place. Qui se souvenait des techniques de Uzumaki aujourd'hui, à part leurs rares victimes à avoir survécu ?

— Les ombres sont le meilleur atout de notre clan, commença Ensui un soir, alors que seul leur petit feu de camp projetait une lumière vacillante sur les murs de la grotte où ils avaient trouvé refuge.

Dehors, il pleuvait à nouveau, mais le printemps était bien là, redonnant à la nature ses teintes vert tendre et son odeur de propeté. Ensui ne le disait pas, mais Hitomi comprenait que d'ici quelques mois, il la ramènerait à Konoha. Avant le milieu de l'été, elle pourrait revoir sa famille. Cette perspective la remplissait de hâte et de joie, mais aussi d'une certaine mélancolie. Elle voulait retourner parmi les siens, bien entendu, mais Ensui était devenu une personne très précieuse pour elle. Elle ne voulait pas le perdre.

— Je sais que tu connais déjà bien l'intérieur de ton esprit. Ce premier exercice va te pousser au-delà des barrières que tu as posées autour de ta Bibliothèque. Descends en toi-même, jusqu'à ce que tu arrives ici.

Du bout des doigts, il effleura sa Porte de la Contemplation, juste au-dessus de son nombril. Le chakra de la petite fille remua en réponse. Fermant les yeux, elle obéit. Aussitôt, elle se retrouva au centre de sa Bibliothèque, la cage dans laquelle elle avait enfermé les sensations de ses méridiens tournant lentement sur elle-même juste devant ses yeux. Elle lui tourna le dos et s'enfonça dans les rayonnages, jusqu'à ce que les étagères cessent de se succéder et qu'elle arrive au bord du sol qu'elle avait posé à cet endroit pour soutenir toute la structure.

Elle avait l'impression qu'ensuite, il n'y avait que du néant, une infinité de noir velouté et tranquille. Après avoir pris une profonde inspiration, elle se laissa basculer dans le vide. La sensation était incroyable. Elle aurait pu arrêter sa chute à n'importe quel instant, mais elle était loin, loin de la porte qu'Ensui lui avait ordonné d'atteindre. Elle pouvait voir les huit Portes qui jalonnaient ses méridiens, cœurs de lumière pure et bleuâtre perdus dans un océan d'obscurité.

Enfin, elle posa la main dessus. Une décharge d'énergie la parcourut et, dans le monde physique, elle commença à dégager du chakra par tous les pores de sa peau. Sans ses réserves colossales pour son âge, l'effort l'aurait tuée en quelques minutes.

— C'est ici que se trouve le lien inconscient entre ton ombre et toi-même. Trouve ce lien.

Obéir à Ensui était devenu, pendant tout ce temps à ses côtés, une seconde nature. Parfois, ses instructions n'avaient pas réellement de sens à première vue. Il fallait qu'elle atteigne le but qu'il lui désignait pour qu'elle comprenne la justesse de ses mots. Il fallut qu'elle mette la main sur l'endroit précis de la Porte où son corps se perdait dans son ombre pour comprendre, réellement, le lien dont il parlait.

Dans le monde physique, son ombre réagit violemment au contact, s'agitant en tout sens bien au-delà de la zone éclairée par le feu, plus sombre que l'obscurité modérée de la caverne. Son souffle se coupa un instant, puis le rythme profond et lent de sa respiration reprit. Elle était paisible, si bien qu'on aurait pu la croire endormie si elle avait été allongée.

— Ton ombre est un feu indolent, mais un feu tout de même. Elle te fera du mal si tu la tiens pour acquise et manque de prudence avec elle, si tu ne lui montres pas assez de respect. À partir de ce soir, tu méditeras une heure auprès de ta Porte de la Contemplation, jusqu'à ce que tu sois capable d'étirer ton ombre à volonté.

Ce premier soir, et les douze qui suivirent, elle échoua. Le quatorzième soir en revanche, sous le regard intense de son maître, elle parvint à allonger son ombre jusqu'à ce qu'elle touche la sienne. Les contours étaient nets, et l'étendue obscure ne semblait pas, cette fois, revenir vers elle comme un élastique qui claque – la sensation était vraiment comparable et aussi désagréable.

— Félicitations, murmura Ensui d'un air incroyablement fier. Tu es prête pour l'étape suivante. Demain.

Le lendemain, ils n'attendirent pas la nuit pour agir. Au lieu des entraînements au combat auxquels Hitomi avait droit depuis qu'elle ne devait plus étirer ses réserves de chakra, il la fit se tenir droit devant elle, en plein dans une flaque de soleil. Le printemps avait totalement repris ses droits sur le Pays du Feu et, une ou deux fois, ils s'étaient arrêtés dans une auberge pour la nuit.

— Tu es désormais capable de plier ton ombre à ta volonté quand tu médites. Il s'agissait de la part la plus difficile de cet apprentissage, et tu y es parvenue dans un temps très correct. Je n'attendais pas moins de la fille de Shikano.

Il n'avait plus parlé du père d'Hitomi depuis des mois, ayant raconté à son élève tout ce qu'il savait de lui. Entendre son nom surprit un instant la petite fille, puis elle redressa le menton et carra les épaules, une paisible fierté inscrite sur ses traits.

— À présent, tu dois trouver un raccourci vers cette capacité. Tu dois être capable de te connecter à ton ombre instinctivement, et à la faire répondre à tes ordres immédiatement. Je te laisse chercher le moyen le plus approprié : il s'agit de ton esprit, après tout.

Avec un sourire, Hitomi plongea à nouveau dans sa Bibliothèque, un soupir d'aise franchissant les lèvres de son corps physique quand elle se retrouva à l'intérieur de son esprit, en sécurité. Les rubans de lumière flottaient toujours doucement dans la cage de cristal qui l'attendait, comme à chacune de ses visites, et un sentiment de paix profonde se referma sur elle. Son corps leva lentement les mains, les doigts de la main gauche s'enroulant autour de l'index et du majeur de la main droite, dressés. La mudra du Rat.

Il lui fallait quelque chose qu'elle pouvait toucher dès qu'elle arrivait dans sa Bibliothèque, en un instant. Le seul objet à sa portée était le pilier sur lequel trônait sa cage. Sur une face, elle grava les animaux-emblèmes de ses deux clans, le chat pour les Yûhi, le cerf pour les Nara. Elle avait appris ce genre d'informations sur le clan de sa mère en parlant avec Ensui, mais il n'était pas le mieux informé. Le seul moyen d'en apprendre plus serait d'aller rencontrer son grand-père, quand elle rentrerait de mission. Elle ne l'avait plus vu depuis le lendemain de l'attaque de Kyûbi, et n'était même pas censée s'en souvenir.

— Tu es sur le bon chemin, murmura Ensui d'une voix rauque, dans le monde physique.

L'effet était toujours étrange, quand elle était dans sa Bibliothèque. Elle n'était pas tout à fait coupée du monde extérieur, pouvait entendre, sentir, ressentir, mais ne voyait que l'infinité de livres tout autour d'elle. S'accroupissant devant les deux emblèmes qui se regardaient, elle choisit l'emplacement avec soin, à mi-chemin de leurs regards. C'était là. L'endroit qu'elle pouvait toucher en un instant, et qui servirait à appeler son ombre.

Dans le monde de son esprit, tout était possible. Elle pouvait donner au chakra une forme physique, constante, et peu coûteuse. Sous ses doigts, un long ruban bleu pâle apparut, dispersant sa lumière en éclats indolents jusqu'au sol. Là, il serpentait jusqu'à l'abîme, cette extrême limite de sa bibliothèque qui plongeait dans une obscurité parfaite. L'obscurité n'était plus parfaite à présent, éclairée par le long trait de lumière. Hitomi savait que si elle plongeait pour le suivre, elle arriverait devant sa Porte de la Contemplation, devant cet endroit si intime où l'ombre devenait elle et elle devenait l'ombre.

Elle se redressa, et sa main se referma sur le ruban bleu. Aussitôt, son ombre s'étira et piégea celle d'Ensui. Cela ne dura que quelques instants – la technique consommait beaucoup de chakra, et plus la cible était puissante, plus le coût était élevé. Elle revint totalement à elle et fit quelques tests, s'assurant qu'elle pouvait en un instant, juste en exécutant la mudra du Rat, saisir le lien et faire obéir son ombre.

— On dirait bien que tu es prête.

La petite fille se tendit et croisa le regard de son maître, ses mains quittant lentement la position de la mudra. Son ombre, obéissante, revint vers elle, reprenant des proportions normales.

— Je… Prête ?

— Oui, soupira Ensui. Tu ne pensais pas que j'allais te garder loin du village pour toujours, pas vrai ?

Abasourdie, elle secoua la tête, le mouvement raide et un peu tremblant. Comme s'il sentait sa soudaine détresse, Ensui s'agenouilla pour se trouver à sa hauteur et lui redressa le menton du bout des doigts, le geste délicat et empli de tendresse.

— Je ne vais pas m'en aller, d'accord ? J'ai quitté les forces actives le jour où je suis rentré de ma mission, juste avant de t'emmener. Le Troisième sait que je ne le respecte pas assez pour être digne de confiance sur le front.

C'était la première fois qu'Ensui admettait devant Hitomi à quel point sa situation au village était complexe, mais elle avait eu amplement le temps de le soupçonner. Cela ne l'empêcha pas de prendre la main de son mentor, tellement plus longue et large, entre les deux siennes, et de serrer de toutes ses forces. En cet instant, elle ressemblait à l'enfant qu'elle aurait dû être, une vision troublante pour le maître habituée à une âme mature dans ce corps encore si frêle.

— Je vais travailler pour ton oncle, pour Shikaku, l'aider à gérer le clan jusqu'à ce que Shikamaru soit en âge de le faire, pour qu'il puisse se consacrer à ses devoirs de Jônin en Chef. J'aurai tout le temps du monde à te consacrer, kohai, je te le promets.

Le réconfort fut maigre pour Hitomi. Elle réalisait, parfois, comme à cet instant, à quels dangers elle allait s'exposer dans le futur, et elle avait besoin d'Ensui à ses côtés pour relever ces défis. Ses épaules tremblèrent un instant, ses genoux faiblirent, et puis…

Et puis elle sentit la caresse d'un autre chakra sur sa peau, une force qu'elle reconnaîtrait entre mille. Ensui. Ces derniers mois, il lui avait fait de nombreuses transfusions de chakra pour tenter de limiter les effets du manque. Son action avait toujours été limitée par le besoin, pour ses réserves, d'être quasiment vides pour que le traumatisme les dilate un peu plus chaque jour. Le contact doux de son chakra contre le sien la réconforta, physiquement et mentalement.

— Je serai toujours là pour te regarder avancer, Hitomi. Je serai toujours là.

Sur ses mots, il l'attira dans une étreinte chaude, réconfortante, et elle ferma les yeux, se laissant bercer par ses bras.

Merci pour toutes vos reviews qui m'ont beaucoup motivée cette semaine. N'hésitez pas à continuer comme ça, et à la semaine prochaine !