Enfin, nous rentrons au village ! L'écriture a bien avancé depuis que j'ai terminé ce chapitre (c'est simple, j'en ai trente de plus dans les tiroirs, je n'ai jamais eu autant d'avance) mais j'avais tout de même hâte de vous présenter la fin de cet arc et la reprise du cours du canon. J'espère qu'il vous plaira et que vous avez hâte de découvrir ce que je vous ai prévu pour la suite de l'histoire. En attendant, place au chapitre !

Désormais, Hitomi avait assez de contrôle sur son chakra, et des réserves assez larges, pour pouvoir voyager à une vitesse convenable. Il fallut quelques jours pour qu'elle maîtrise la course dans les arbres, à la mode de Konoha, mais bientôt, elle fut aux trousses d'Ensui, qui profitait de ces derniers jours avec elle pour s'assurer qu'elle était aussi affûtée que possible. Sans oser se l'avouer, il prenait de légers détours sur leur chemin, s'écartant de la route la plus directe vers le village pour s'arrêter chaque nuit dans une auberge, afin que leur temps rien qu'à deux s'allonge, juste un peu.

Hitomi le savait, et elle ne lui en tint pas vigueur. Le même sentiment, le même besoin la taraudait, et la manière qu'avait Ensui de gérer cela pour eux deux lui convenait. C'était plus simple comme ça, après tout. Pendant qu'ils étaient sur les routes, il revoyait avec elle ses connaissances et lui parlait du programme qu'elle suivrait avec lui en parallèle de ses études à l'Académie. Puisqu'ils auraient à nouveau accès aux ressources de leur village, ce programme inclurait de la chimie plus avancée, ce qui rendait Hitomi terriblement impatiente. Elle s'était prise d'une douce passion pour tout ce qui explosait, brûlait, rongeait et fumait.

Finalement, ils arrivèrent à destination, les immenses portes de Konoha se dressant devant eux. La main sur l'épaule de son élève, Ensui la fit s'arrêter avant qu'elle ne franchisse l'entrée du village.

— Comment sont tes méridiens ?

Les rubans de lumière ne s'étaient pas échappés une seule fois de leur cage depuis des semaines, il le savait. C'était une ultime façon de retarder l'inévitable. Docile, la petite fille ferma les yeux un instant, se retrouvant instantanément face au piédestal et à la cage de cristal qui se dressaient au centre de son esprit. Sur la face du pilier qu'elle distinguait, le chat et le cerf se soutenaient mutuellement du regard, et un long serpent de lumière bleue coulait à ses pieds jusqu'à se perdre dans l'obscurité. Elle glissa ses doigts dans les barreaux de la cage, effleura un éclat de lumière et inspira profondément en ressentant toutes les informations qu'il lui donnait sur les ninjas les plus proches.

— Tout est en ordre, shishou.

Il hocha la tête, satisfait, et d'une légère poussée, il l'autorisa à franchir les portes du village. Tandis qu'elle regardait autour d'elle, curieuse, il signa le registre auprès du shinobi de garde. Lorsqu'elle était partie, plus d'un an et demi auparavant, Hitomi souffrait trop, les nerfs et les méridiens à vif et saturés, pour véritablement prêter attention à ce qui l'entourait. Ce n'était pas le cas cette fois et elle but du regard, avide, les informations qui affluaient vers elle.

Quelques minutes plus tard, elle marchait vers le territoire des Nara, aux côtés de son maître. Seule leur position l'un envers l'autre, la plus jeune légèrement en retrait et déférente, trahissait le lien qui les unissait. L'ajustement était si subtil que seuls des ninjas de haut rang, ou ceux qui avaient un maître eux aussi, pouvaient comprendre du premier coup d'œil ce que signifiaient les discrets regards qu'ils échangeaient et la chanson murmurée dans le rythme de leurs démarches. Quelques Jônin s'arrêtèrent pour saluer Ensui d'un signe de tête, mais il n'était manifestement pas assez populaire pour mériter qu'ils échangent quelques mots avec lui. En voyant cela, Hitomi serra les dents. Manifestement, son maître n'était un héros qu'au sein de son clan.

Enfin, ils arrivèrent devant sa maison, en périphérie du territoire du clan. Une petite poussée sur la cage en elle révéla à Hitomi que sa mère était à l'intérieur. Silencieusement, elle ouvrit la porte et défit ses chaussures. Ses chaussons étaient encore là, mais ils lui paraissaient si minuscules… Elle choisit plutôt d'aller pieds nus, dévorant du regard cet environnement qui, au fond d'elle, lui avait profondément manqué.

Sa mère était dans la cuisine, occupée à faire la vaisselle. Elle lui tournait le dos, ses longs cheveux noirs coulant librement jusqu'au creux de ses reins, une assiette entre les mains. Soudain, ce fut trop pour Hitomi, la boule dans sa gorge grossit et éclata en larmes douces au coin de ses yeux.

— Maman !

Elle s'élança vers sa mère dans un bruit de vaisselle brisée, atterrissant dans ses bras en deux pas à peine. Son parfum discret la submergea et elle ferma les yeux, l'inhalant profondément. Elle avait marché sur un éclat tranchant, mais s'en fichait complètement : elle savait qu'Ensui réparerait les dégâts sans le moindre effort. Toute sa force nouvelle était consacrée à serrer sa mère contre elle, à s'imprégner d'elle pour combler le manque qui soudain l'avait frappée de plein fouet.

Plus tard, l'homme, la femme et l'enfant furent assis dans le salon. Ensui avait réquisitionné le canapé pour soigner le pied blessé d'Hitomi, après qu'elle ait séché ses larmes – il avait choisi d'ignorer que Kurenai pleurait aussi, se souvenant d'elle comme d'une femme plutôt pudique concernant ses propres émotions. Tenant entre ses mains le pied de son apprentie, le chakra médical verdâtre coulant à flot entre ses doigts, il écoutait leur discussion d'une oreille.

— … Et c'est comme ça que j'ai découvert qu'on trouvait de l'eau dans les cactus. Tu peux imaginer, Maman ? Si je dois aller dans le désert, je n'aurai jamais soif !

Les deux adultes rirent de concert, attendris. Ils étaient des ninjas entraînés, habitués à accomplir des missions partout dans le monde pour le bien de leur village, mais la candeur qu'Hitomi leur offrait était une douce bénédiction à leurs yeux, remettant tout leur savoir en perspective, leur rappelant à quel point ce qu'ils savaient pouvait être précieux et extraordinaire.

Le reste de la journée fut un délice. Bien vite, Ensui les laissa à leur intimité, et la mère et la fille se consacrèrent à réinstaller la dernière dans son environnement quotidien. Toute sa garde-robe était trop petite pour elle, et les quelques vêtements de voyage à sa taille qu'elle possédait n'étaient pas une option durable. Il leur fallut plus d'une heure pour les plier et les ranger dans des cartons. Kurenai irait les donner à l'orphelinat du village di'ici quelques jours.

Pour l'instant, il était temps pour Hitomi de découvrir ce qu'était une vie normale à Konoha. Pour la première fois, elle eut le droit d'accompagner sa mère en ville, hors du territoire du clan, pour acheter ses vêtements. Avant, elle avait eu tous ces problèmes avec ses méridiens, et sortir des terres des Nara avait été un supplice, avec tous ces chakras extérieurs qui agressaient son système. Désormais, elle n'avait plus besoin de s'en soucier. Elle pouvait découvrir les rues dont Shikamaru, Ino et Chôji lui avaient si souvent parlé, déambuler d'un pas tranquille parmi les ninjas et passants, sans la moindre douleur.

Avec la bénédiction de sa mère, la petite fille choisit ses propres vêtements. Ses goûts tiraient vers différentes nuances de gris, et de discrètes touches de rouge. Elle sélectionna deux kimonos et un yukata mais, à part ça, elle se concentra sur des vêtements pratiques pour l'Académie. Après tout, la rentrée n'était que dans deux mois… Elle avait terriblement hâte.

Au soir, elles dînèrent chez Shikaku et Yoshino. Shikamaru eut une surprenante décharge d'énergie en voyant sa cousine sur le pas de la porte de sa maison et la serra dans ses bras si fort qu'il lui fit sans doute mal – elle s'en moquait totalement. Il avait bien grandi, lui aussi, la dépassant d'une bonne dizaine de centimètres. Il semblait tenir de son père de ce côté, grand et mince tout comme lui, mais sur ses traits, il y avait une douceur qui appartenait à Yoshino.

Pendant le repas, elle se plia avec plaisir, encore une fois, à l'exercice qu'était le conte de ses aventures. Elle n'entra pas dans les détails concernant Gaara, mais pour le reste, elle se fit un devoir de détailler toutes ces choses que Shikamaru ne connaissait pas. Ses yeux étaient écarquillés d'émerveillement quand elle décrit le couple de fennecs qu'Ensui et elle avaient rencontrés lors de leur deuxième traversée du désert, et il voulait tout savoir des membres de la caravane et des ninjas de Suna.

Il lui avait tellement, tellement manqué.

La soirée se prolongea tard dans la nuit, les deux enfants se lançant dans un tournoi de shôgi pour confronter leurs styles de jeu respectifs, qui avaient bien évolué en un an et demi. Shikamaru avait énormément progressé, son jeu ressemblant désormais nettement à celui de son père, mais Hitomi n'était pas en reste, ayant affronté Ensui pratiquement une fois par jour – et plus quand ils se trouvaient à Suna.

Avant de s'endormir, elle ouvrit son carnet pour écrire à Gaara.

Cher Gaara,

Je suis ravie que tu commences l'Académie en même temps que moi. Nous pourrons comparer nos professeurs et nos camarades, si tu veux. Aujourd'hui, je suis rentrée à Konoha. C'est étrange, après être restée sur les routes aussi longtemps. Ma mère a dû m'emmener me racheter une garde-robe complète – apparemment, j'aurais grandi !

Je comprends que ce soit difficile pour toi de te faire accepter par ton frère et ta sœur. Je pense qu'ils connaissent mieux les ragots des villageois à ton propos qu'ils ne te connaissent toi, en tant que personne. Montre-leur le garçon merveilleux et doux que tu étais avec moi. Tu vas les conquérir, surtout Temari, si ce que tu me dis sur elle est vrai. Ils seront tes meilleurs alliés, un jour, et tu as besoin d'alliés, tu le sais. Bien entendu, tu pourras toujours compter sur moi, mais je suis trop loin pour pouvoir t'aider s'il t'arrivait quelque chose de grave et d'urgent. Je serais plus tranquille en te sachant bien entouré à Suna.

Ce midi, ma mère m'a emmenée manger des gyôza en ville – en-dehors du territoire de mon clan. C'était la première fois que j'avais le droit de m'aventurer dans le reste de la ville sans raison urgente. Demain, mon cousin Shikamaru me fera découvrir le reste du village. Les gyôza, Gaara… Il faudra que je t'en fasse manger, si tu viens à Konoha un jour. C'est absolument délicieux.

J'espère que tu vas bien, Gaara. Prends bien soin de toi, et à demain.

Tendrement,

Hitomi Yûhi.

Après avoir terminé sa petite lettre, l'enfant imprégna la page sur laquelle elle l'avait écrite pour l'envoyer sur le carnet jumeau. Elle était épuisée, mais c'était une saine fatigue, portée par des émotions qui adoucissaient son âme. Dans la chambre d'amis, juste à côté de celle de Shikamaru, elle ferma les yeux et attendit le sommeil, incroyablement apaisée.

Le lendemain, Shikamaru tint les engagements qu'il avait pris la veille. Konoha était sublime, comme un joyau sous la lumière rieuse du soleil, et Hitomi se régala de découvrir enfin les petits secrets de son village, les endroits où les autres enfants se regroupaient pour jouer au ninja, et ceux où les parents les attendaient en discutant de politique et de leurs missions passées. Les enfants, ici, avaient droit à une liberté immense. Dans le premier monde qu'avait connu Hitomi, il était inimaginable de laisser des petits de cinq ou six ans déambuler dans les rues sans surveillance. Mais les voitures n'existaient pas ici – même les chevaux étaient rares, une marque de très haute noblesse – et la sécurité était maintenue en permanence par l'action conjointe de la police et des Forces Générales, des Genin qui n'avaient pas réussi le test de leur Jônin-sensei en sortant de l'Académie et avaient très peu de chances d'être promus un jour.

Quand elle fut seule avec son cousin, Hitomi lui offrit l'un des carnets communicants qu'elle avait préparés en partant de Suna. Il fut abasourdi par les possibilités qu'offrait ce nouveau moyen de communication, tentant de convaincre son aînée de vendre le concept au département Recherche et Développement de Konoha. Elle y avait pensé, sérieusement pensé, mais les carnets n'étaient pas très pratiques pour des ninjas en mission. Elle réfléchissait depuis quelques semaines à une autre forme de communication qui utiliserait le principe des sceaux, sans avoir exactement trouvé l'idée parfaite pour ce genre de situation.

Ensuite, elle lui montra d'autres choses qu'elle avait apprises. Il regarda son tantô avec respect mais refusa de le prendre en main. Si Hitomi se tournerait définitivement vers une position de première ligne dans les combats, ce n'était pas le cas de Shikamaru. Caché derrière les lignes alliées, il serait bien plus efficace. La plupart des enfants ne pensaient pas à cela à son âge, mais il était un Nara, éduqué à la stratégie quasiment dès le berceau. À ce titre, il fut extrêmement intéressé par les toutes nouvelles compétences de contrôle de terrain développées par sa cousine. Les bombes flash qu'elle avait appris à fabriquer très récemment lui seraient particulièrement utiles pour allonger son ombre juste un instant. C'était suffisant. Une fois la connexion établie, elle n'était rompue que par le manque de chakra ou une barrière physique, comme un mur Doton jaillissant de terre.

Les deux enfants, tout en rattrapant le temps perdu, discutèrent plus d'une fois de leur stratégie concernant l'Académie. La plupart des futurs aspirants partageaient un seul et même but : faire de leur mieux. Mais les Nara n'élevaient pas des enfants comme les autres, c'était connu. Shikamaru, par exemple, avait décidé de faire partie tout du long du milieu de peloton. Cela demandait une intelligence, une patience et une capacité de calcul qui dépassaient ceux de certains Chûnin, d'autant plus qu'il prétendrait que c'était involontaire. Si les choses se passaient comme dans le canon, il y parviendrait et ses professeurs ne soupçonneraient jamais rien.

Pour Hitomi, le problème était différent. Elle était descendante d'un clan et, à ce titre, elle ferait sans le moindre doute partie d'une des trois équipes sélectionnées pour conserver leur Jônin-sensei après le fameux test dont personne ne parlait avant que les élèves ne soient mis devant le fait accompli. En procédant par élimination, la probabilité était très forte qu'elle prenne la place de Sakura et, dans ce cas, elle se considérait en devoir de préparer une voie de secours pour la fille de civils. En plus de cela, elle ne se sentait pas satisfaite par l'idée de simplement viser la première place au classement des kunoichi. Ce serait facile en ce qui concernait les tests écrits, mais la position de Première Kunoichi, contrairement à celle de Premier Aspirant toujours réservée aux garçons, ne venait avec aucune gloire. Elle devait marquer ses professeurs et, pour cela, le seul moyen était de passer par les tests pratiques. Elle devait être là où on ne la trouvait pas, se dépasser chaque jour sans montrer le moindre signe de fatigue. Heureusement, c'était le genre de performance qu'Ensui avait attendu d'elle ces dix-huit derniers mois.

Elle partagea certains points de cette réflexion avec Shikamaru. Il serait, après tout, son plus proche allié à l'Académie. Contrairement à elle, il avait eu le droit, depuis ses quatre ans, de rencontrer les autres enfants, en-dehors du territoire du clan. Il les connaissait déjà. Elle, à part Chôji et Ino, elle ne connaissait que son propre clan. Mais grâce à l'aide de son cousin et certains de ses plans, cela allait changer, pour le mieux, elle l'espérait.

Un autre problème se présentait alors : elle n'avait jamais été douée pour la socialisation directe. Dans sa première vie, particulièrement, elle avait été isolée et taciturne, prompte à envoyer promener ceux qui l'abordaient, poussée à la solitude par une méfiance exacerbée et des expériences désagréables lors de son enfance. Le fait qu'elle n'ait rien connu de tel depuis sa renaissance ne la rendait pas soudainement douée pour se faire des amis. Elle ne savait pas si, en-dehors des Nara si habitués aux âmes particulières, d'Ino terriblement sociable et de Chôji qui aimait le monde entier sans hésitation ni réserve, elle serait capable d'être amie avec qui que ce soit.

Mais elle avait encore deux mois pour se préparer à cette éventualité. Quand le temps viendrait, elle serait aussi prête que possible, et ferait de son mieux pour atteindre ses objectifs. Il fallait que cela suffise ; l'échec n'était tout simplement pas envisageable.