Bonjour et bienvenue pour ce chapitre ! Petite annonce avant de s'y mettre : pendant les grandes vacances, du premier juillet au premier septembre, nous aurons deux chapitres par semaine. La raison derrière ce choix est l'avance colossale que j'ai sur cette histoire (je suis actuellement en train d'écrire le chapitre 56), et le fait que je veuille le rattraper. J'espère que vous avez aussi hâte que moi. Sur ce, place au chapitre !
Enfin, la rentrée scolaire arriva. Hitomi était impatiente et anxieuse. Elle avait passé les deux derniers mois à retrouver un rythme de vie sédentaire, mais aussi à travailler sur sa chimie. Avec l'aide d'Ensui, qui tenait sa promesse d'être présent pour elle, elle avait conçu plusieurs types de bombes flash dont le champ d'action et la capacité d'aveuglement variaient, ainsi que des fumigènes de six couleurs différentes. Il l'avait également poussée à pratiquer sa précision avec les armes de jet, arguant que si elle voulait lancer tout un tas de vilaines choses à la tête de l'ennemi, elle avait intérêt à savoir viser.
L'année qu'elle avait de plus par rapport à ses camarades de classe se dévoilerait vite comme un avantage ou un inconvénient : soit les enfants penseraient qu'elle avait un tas d'expérience en plus dans la vie – à cet âge, se souvenait-elle, un an c'était comme une vie entière – soit ils décideraient qu'elle avait commencé l'Académie plus tard parce qu'elle était moins capable que les autres aspirants de son âge. Tout se jouerait sur les premiers jours, sur les premières impressions qu'elle leur donnerait. Son teint encore légèrement hâlé par le soleil de Suna donnerait sans doute à son apparence un petit quelque chose d'aventureux, mais ça ne suffirait pas à impressionner ces enfants.
L'anxiété qui rongeait la petite fille baissa d'un cran quand elle vit sa mère, qui l'attendait en bas des escaliers. Frottant ses yeux encore alourdis de sommeil, Hitomi alla se réfugier dans les bras de Kurenai, qui la souleva de terre et la fit tourbillonner dans une étreinte pleine de fierté. Oh, oui, l'enfant savait à quel point la kunoichi était fière de la voir enfin faire ses premiers pas sur la voie du ninja – même si à ses yeux, ces premiers pas avaient été effectués aux côtés d'Ensui. C'était l'esprit même de la Volonté du Feu que de se transmettre éternellement à la jeune génération.
— Va saluer le soleil, le petit-déjeuner t'attendra quand tu reviendras. Oncle Shikaku arrive dans une heure. Nous irons à l'Académie avec lui et Shikamaru. Tu as envie de partager ce jour spécial avec lui, pas vrai ?
Hitomi hocha la tête, un sentiment doux et chaleureux l'envahissant sous les attentions et la clairvoyance de sa mère. Il lui était parfois difficile de se voir comme une enfant, comme quelqu'un qui aurait besoin de parents, alors que les siens n'avaient jamais été très présents durant sa première vie, mais dans certains moments, comme celui-ci, elle n'avait aucune difficulté à se rappeler à quel point Kurenai était précieuse à ses yeux, et à quelles extrémités elle se vouerait sans hésiter pour la protéger.
Une heure plus tard, Hitomi avançait dans les rues de Konoha d'un pas décidé en bavardant avec Shikaku, l'héritier des Nara à son bras. Elle n'avait pas trop laissé le choix à son cousin, qui faisait de son mieux pour jouer le supplicié. L'école, c'était beaucoup d'ennuis « pour rien », aimait-il prétendre. La vérité, c'était que, tout comme elle, il avait envie de devenir un ninja et de protéger les siens. Sa fainéantise était à moitié due à l'envie de se fondre dans son clan, et à moitié due à son intellect, qui avait tendance à l'épuiser rapidement. Quand il fermait les yeux plus d'un instant, s'il n'était pas en situation de stress, il s'endormait, quelle que soit sa position.
Ces dernières semaines, à sa plus grande surprise, la petite fille avait senti s'épanouir en elle un désir sincère de s'intégrer parmi les ninjas de sa génération. Shikamaru serait toujours à ses côtés, mais elle voulait plus, elle voulait ne pas être forcée d'impliquer son pauvre cousin dans tous ses plans tordus, elle voulait un esprit de franche camaraderie, être rassurée par la présence des autres à ses côtés, faire partie de ce groupe qu'elle avait découvert au travers des cases du manga. Elle était fatiguée de sa solitude.
Dans la cour de l'Académie avait été dressée une estrade. Les gens s'étaient déjà rassemblés en nombre ; il y avait au moins une centaine d'élèves en devenir, un nombre bien plus large qu'Hitomi ne l'avait imaginé. Pourtant, elle savait que, dans six ans, seuls vingt-sept – vingt-huit avec elle ? – d'entre eux seraient diplômés. Et dans ce groupe déjà réduit, seuls neuf auraient la chance de monter en grade dans les forces militaires classiques.
Kurenai, au milieu de la foule, se pencha et souleva sa fille, la perchant sur ses épaules pour qu'elle puisse voir. Elle était un peu grande pour ce genre de geste, mais sa mère semblait ne pas avoir la moindre difficulté, et l'enfant appréciait le geste. Ainsi, elle pouvait voir le Hokage sur l'estrade, pour la première fois de sa vie. Il avait l'air frêle, surtout dans cet immense habit blanc et rouge, et vieux, et fatigué. Pourtant, quand il commença son discours, tout son visage s'illumina de fierté et d'énergie. Hitomi comprenait soudain pourquoi on l'appelait « Le Professeur », comme un titre honorifique.
Dans un silence respectueux, les jeunes recrues écoutèrent le chef du village leur parler de la Flamme de la Volonté, de ce jour brillant d'espoir qui la voyait se transmettre à une nouvelle génération. Hitomi, le regard rivé sur l'estrade, enregistrait les visages des professeurs qui se tenaient en ligne derrière le Hokage, le dos incroyablement droit et le menton dressé. Elle reconnut immédiatement Iruka, qui avait l'air si jeune, et Mizuki, contre qui elle ne pouvait rien faire. En le voyant avec son sourire chargé d'ironie, elle dut contenir une pulsion de violence. Elle n'avait aucune chance contre lui pour l'instant, et même si c'était le cas, plus tard… Elle ne prendrait jamais le risque de priver Naruto du Multiclonage.
Le discours fut bref, mais Hitomi eut le temps d'en saisir les subtilités. Quand le Hokage parlait, elle voyait en lui le chef de guerre, le prodige de force et de maîtrise capable d'invoquer la Mort elle-même et de la plier à sa volonté, capable de faire ce choix quoi qu'il en coûte. À côté de lui, elle pouvait sentir sous ses pas le chemin infini qu'il lui restait à parcourir. Bien sûr, son discours n'était pas dénué de propagande, au contraire. Elle savait à quoi s'attendre, après tout, dans l'école chargée de former les forces armées du Pays du Feu. Ce n'était pas parce que Konoha avait une réputation timorée qu'on ne veillait pas à endoctriner les enfants qui donneraient leur vie pour la défendre.
Une fois le discours du Hokage terminé – en changeait-il chaque année ? – un autre professeur s'avança, une liste à la main, et commença à appeler les enfants pour les répartir en trois classes. Hitomi fut surprise du manque d'équité dans la répartition des classes : les enfants des clans, dont elle, furent tous appelés dans la première. Des civils amenaient le groupe à une trentaine de futurs élèves, mais cette répartition ne pouvait être un hasard.
La classe dans laquelle les emmena le professeur Iruka était grande, avec d'immenses baies vitrées en guise de fenêtres. C'était très courant à Konoha, où les ninjas voyageaient souvent à cette hauteur. Dans quelques années, si on croyait Kurenai sur parole, les élèves seraient eux aussi capables d'emprunter ces passages en cas d'urgence – autrement, ils étaient tenus d'utiliser la porte, comme tout le monde.
Hitomi repéra aussitôt deux enfants qu'elle identifia comme Shino Aburame et Hinata Hyûga, assis au dernier rang de la classe. C'était un signe de sagesse, et non de fainéantise : quel ninja digne de ce nom aurait voulu avoir quelqu'un dans son angle mort ? Ce genre de choses, les enfants des clans en avaient conscience. D'une main, la petite fille attrapa son cousin, qui lui-même entraîna Chôji dans son sillage, et elle alla s'asseoir près d'Hinata. Ensemble, ils occupaient pratiquement toutes les places du fond et avaient une vue parfaite sur le reste de la classe, construite sur le modèle d'un auditorium, le rang arrière surélevé par rapport au rang juste devant lui.
La journée commença sur un rythme paisible… Trop paisible. Les explications d'Iruka-sensei étaient très classiques en somme : les horaires, le matériel, les lectures obligatoires, les règles de la classe… Hitomi finit par s'ennuyer, et elle ne supportait pas l'ennui. Discrètement, elle sortit de son sac son carnet à messages. Il avait refroidi pendant le discours du Hokage, mais elle ne l'avait pas encore ouvert.
Chère Hitomi,
Est-ce que tes cours ont déjà commencé ? Ici, c'est le cas et je m'ennuie. Je suis seul au fond de la classe et j'ai l'impression que ce n'est pas bien, mais Ensui nous répétait toujours de surveiller nos arrières, pas vrai ? Il n'y a personne dans ma classe à qui je fasse assez confiance pour ça. Ils me regardent tous bizarrement, comme si j'allais soudainement me mettre en colère et leur faire du mal.
Le pire, c'est qu'à une époque, ça aurait été possible. Avant que je te rencontre, j'étais tellement en colère contre eux, tout le temps. Je ne comprenais pas pourquoi ils me laissaient tout seul, pourquoi ils ne voulaient pas jouer avec moi. Je n'ai jamais voulu les blesser, mais parfois, mon sable, par accident… Tu sais ce que c'est.
J'ai essayé de parler à Temari, ce matin, quand elle m'a emmené à l'Académie. Elle était seule, alors… Je sais pas. C'était plus facile pour moi, je pense. Je lui ai demandé comment elle allait, je l'ai remerciée de m'avoir accompagné. Elle avait l'air tellement surprise ! Mais pas en colère. J'imagine que tu as raison, à son propos.
Mon professeur est un peu bizarre, mais je crois que je vais bien l'aimer. Bon, on s'ennuie pour l'instant, mais il n'a pas l'air très strict. Le type devant moi dort, et il n'a rien fait pour le réveiller.
J'ai hâte d'avoir de tes nouvelles,
Gaara.
Un doux sourire aux lèvres, elle entama une réponse, décrivant Iruka-sensei qui était justement en train de crier sur Kiba et Naruto. Elle lui expliqua le principe du genjutsu de la tête surdimensionnée, que le professeur semblait utiliser comme moyen d'intimidation. À ses yeux, ça lui donnait plutôt l'apparence d'un personnage de cartoon, mais elle sentit un frisson bien distinct agiter les rangs devant elle.
Shikamaru ne suivait pas mieux le cours qu'elle. Il dormait sur le carnet que sa cousine lui avait offert, les traits détendus. Il était adorable comme ça. Elle tourna son regard vers la gauche et croisa un instant celui d'Hinata qui rougit en réaction. Elle essaya un doux sourire pour l'amadouer, mais elle savait bien, au fond, que l'héritière des Hyûga était trop timide pour se détendre au premier signe de gentillesse.
À dix heures, les enfants avaient droit à un quart d'heure de liberté avant de retourner en classe. Hitomi rassembla son courage et inspira profondément, carrant les épaules comme pour se grandir. Ce n'était pas censé être si difficile.
— Salut ! Tu es une Hyûga, c'est ça ? Tu t'appelles comment ? Moi c'est Hitomi Yûhi !
Elle devait sans doute sonner un peu bizarre mais tentait de se rassurer en se disant que c'était ce qu'on attendait des Nara. Leur réputation était forgée depuis des décennies, après tout, et Hitomi avait pris soin de choisir une tunique à l'emblème du clan pour son premier jour à l'école, comme Shikamaru.
— Hi-Hinata.
— Enchantée de te rencontrer ! Et toi, tu es un Aburame, pas vrai ? C'est quoi ton nom à toi ?
— Je m'appelle Shino. Mon père travaille souvent avec votre clan. On trouve des colonies d'insectes très intéressantes dans vos forêts.
Ce constat n'étonna pas la petite fille : les Nara, les Akimichi et les Yamanaka travaillaient de concert, dans le village et hors de ses murs, pour recréer des écosystèmes propices à la pousse des plantes dont ils avaient besoin pour produire les médicaments du village. C'était un travail colossal, dans lequel beaucoup de civils des trois clans se spécialisaient, mais immensément précieux pour les ninjas, et prompt à créer le genre d'environnements que des espèces rares d'insectes affectionnaient.
Finalement, pour toute sa panique, toutes ses craintes, toutes ses angoisses, ce fut aussi simple que cela. Les deux enfants lui emboîtèrent le pas quand elle sortit de la classe et ils se présentaient tous trois plus en détail en marchant jusqu'à la cour intérieure de l'Académie, Shikamaru et Chôji un peu en retrait. Ino, quant à elle, était dès le début de la journée allée se noyer dans la foule de nouveaux élèves. Hitomi la connaissait assez pour savoir qu'elle deviendrait très vite la reine de ce petit monde.
Après cette brève pause, que les enfants exploitèrent pour visiter la cour et trouver quelques recoins tranquille, Iruka décida qu'il était temps pour ses élèves de se présenter à la classe. Il commença à les appeler par ordre alphabétique, en commençant par Shino Aburame, tandis qu'Hitomi, une bouffée d'angoisse lui nouant l'estomac, attendait son tour. Elle passerait parmi les derniers, avec son nom de famille. Lorsqu'elle se fut reprise, elle accorda toute son attention aux enfants qui se levaient les uns après les autres pour parler, enregistrant les informations qu'ils donnaient sur eux-mêmes. Leur nom, leur âge, leurs loisirs ce qu'ils aimaient, ce qu'ils détestaient. Bientôt, ce fut le tour d'un petit blond qu'elle reconnut immédiatement.
— … Et un jour, je serai Hokage, vous pouvez le croire !
L'ambiance dans la classe se détendit lentement, si ce n'était pour un point de tension à l'avant de la classe, où se tenait Iruka-sensei. Plusieurs des garçons, avec qui Naruto avait joué pendant la récréation, lui adressèrent des sourires de franche camaraderie. Le cœur d'Hitomi se brisa, de savoir que cela ne durerait pas. Quand les enfants rentreraient chez eux et que leurs parents leur serviraient un sermon à propos du démon-renard – le secret le mieux gardé de Konoha, n'est-ce pas ? – ils ne joueraient plus jamais avec lui.
— Yûhi Hitomi !
Docile, la petite fille se leva, faisant de son mieux pour se tenir droite et fière, les deux pieds solidement campés au sol, la ligne des épaules détendues, comme Ensui lui avait appris à le faire pour se grandir et avoir l'air dénuée de crainte.
— Bonjour ! Je m'appelle Hitomi Yûhi. J'ai sept ans et mes loisirs sont la lecture et l'entraînement. J'aime le shôgi, ma famille et mon clan, mais je n'aime pas la pâte de haricot rouge et rester bloquée sur un problème. Mon rêve est de devenir une Maîtresse des Sceaux reconnue dans le monde entier. Enchantée de vous rencontrer.
La plupart de ces enfants ne connaissaient pas le concept même du fûinjutsu, mais Iruka, lui, connaissait au moins les bases, comme tous les ninjas diplômés. Il posa sur la petite fille un regard surpris et scrutateur, qu'elle soutint avant de se rasseoir. Shikamaru lui tapota discrètement la cuisse en signe de réconfort : il savait qu'elle n'aimait pas s'exprimer devant une foule, et une trentaine de personnes constituaient incontestablement une foule selon leurs standards.
La pause de midi arriva vite. Hitomi réveilla Shikamaru d'un petit coup de coude, veillant à ne pas lui faire mal, puis se tourna vers Hinata et Shino, qui sortaient leurs bentôs de leurs sacs à dos.
— Hum, c'était chouette ce matin. Ca vous dirait qu'on mange ensemble ?
Tandis que les deux enfants acceptaient sa proposition, elle se demanda vraiment comment faisaient les autres pour socialiser naturellement. N'étaient-ils pas anxieux ? Un regard à Hinata, qui rougissait à nouveau, lui donna la réponse. Si, ils étaient anxieux aussi. Bon, c'était déjà ça de pris. Elle se tourna vers Shikamaru pour lui proposer la même chose, mais avant qu'elle ait pu dire un mot, il croisa son regard en se frottant la nuque, l'air gêné.
— Hum… Est-ce que ça te dérangerait si j'allais avec Chôji voir Ino ? Nos parents veulent qu'on profite de l'Académie pour se rapprocher… C'est pénible, mais autant commencer tout de suite sinon ma mère va commencer à s'énerver et…
Elle le coupa d'un hochement de tête et d'un sourire. Elle ne serait pas seule, après tout. Et même si ça avait été le cas… Elle pouvait supporter un peu de solitude de temps en temps.
— Écris-moi quelque chose dans ton carnet si tu as besoin de moi.
Elle ne se séparait jamais du sien et n'allait pas commencer aujourd'hui. Puisqu'elle avait désormais deux correspondants, elle avait dédié quelques pages à chacun, limitant l'effet avec un sceau supplémentaire. Après avoir attrapé son propre bentô, elle suivit ses deux nouveaux amis vers la cour extérieure, cette fois. Plus large, elle était aussi plus fournie en recoins et perchoirs en tous genres, mais les élèves ne pouvaient y aller que pendant le temps de midi.
Les trois enfants eurent vite fait de trouver un arbre isolé qui leur prodiguerait de l'ombre. Hitomi s'assit sur une racine qui dépassait de terre, le dos appuyé contre le tronc, et ouvrit son bentô tout en regardant ses deux camarades s'installer eux aussi. Les Nara avaient récupéré la tradition des Akimichi de faire toujours plus à manger qu'ils n'en avaient besoin, et Kurenai avait mis un point d'honneur à concevoir un bentô que sa fille pourrait partager avec ses amis. Finalement, ils décidèrent de mettre les trois boîtes à repas en commun et de piocher dans ce qui leur faisait envie, tout en discutant d'un ton léger.
Shino, plus prolixe maintenant que le reste de leur classe n'était plus là pour écouter, leur parla de son clan, de leurs traditions et du rôle que les civils y tenaient. Ces choses, après tout, étaient différentes pour chaque clan, et le sujet fascinait Hitomi. Au bout d'une dizaine de minutes, la conversation dériva vers les raisons qui avaient poussé la petite fille à commencer l'Académie un an plus tard.
— J'ai une maladie qui affecte mon chakra et aurait pu m'empêcher d'être un ninja. Heureusement, un membre de mon clan, qui a la même maladie, est revenu d'une longue mission à l'étranger juste à temps pour me prendre en charge. Il m'a appris à la contrôler… En fait, il m'a appris tout un tas de choses, pour que je ne me sente pas triste de commencer l'Académie plus tard.
— Q… Quel genre de chose ?
Hinata n'avait pas souvent pris la parole, et surtout pas pour parler d'elle-même. Connaissant un peu les Hyûga, Hitomi supposait qu'on l'avait effrayée en lui ordonnant de ne rien révéler sur le clan à l'école. Comme elle était déjà introvertie de base, cela aurait largement suffi à la faire taire. Avec un doux sourire pour tenter d'adoucir l'anxiété qu'elle percevait chez sa camarade, elle répondit à sa question.
— Les bases du taijutsu et du kenjutsu, énormément d'exercices de contrôle de chakra, du fûinjutsu… Ce genre de choses.
Elle n'entrait volontairement pas dans les détails. Ensui lui avait enseigné les bienfaits du secret, surtout concernant ses propres capacités. Seuls ses alliés les plus solides devaient avoir le droit de les connaître, pour pouvoir travailler en équipe avec elle, mais en-dehors de cela, il valait mieux en dire juste assez pour impressionner, et trop peu pour donner aux autres des armes contre elle. Même si elle doutait qu'Hinata ou Shino puissent ou veuillent lui porter préjudice, cela ne faisait pas de mal de prendre de bonnes habitudes.
La conversation se poursuivit jusqu'à la fin de la pause. Hitomi eut le temps de leur parler de Suna et de son ami Gaara – personne ne connaissait ce nom ici, et elle prit bien soin de laisser dans l'ombre ce qui concernait son démon. Elle leur parla également d'Ensui, immensément fière de constater qu'ils connaissaient sa réputation, même s'ils n'avaient pas entendu parler de sa révolte contre le Hokage. Bien entendu, les gens ne parlaient pas de cela, ils préféraient ne pas étaler aux yeux du public les échecs de leur chef de guerre.
Lorsqu'ils rentrèrent tous en classe, des feuilles retournées les attendaient, placées avec soin sur chaque banc. Un test, déjà ? Hitomi échangea avec Shikamaru un regard désabusé. Quand elle avait brûlé d'envie de commencer l'Académie, elle avait pris soin de ne pas penser à ce genre de choses, mais c'était d'un ennui… Avec un petit soupir, elle retourna s'asseoir à sa place dans le fond de la classe et écouta les consignes.
Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes, contre les deux heures prévues, pour terminer ce test. La plupart des questions étaient là pour évaluer les compétences en écriture et en lecture des élèves, ainsi que leur culture générale. Tous ces sujets avaient été couverts en long et en large par sa mère, puis par Ensui. Du coin de l'œil, la petite fille vit son cousin répondre correctement au nombre exact de questions qu'il lui fallait pour avoir la moyenne, puis répondre faux à tout le reste. D'un même geste, ils posèrent tous deux leurs stylos, croisèrent les bras sur leur banc et posèrent la tête dessus.
Alors que Shikamaru entamait une nouvelle sieste, Hitomi se plongea dans ses plans concernant ce pan de sa vie. Dès le lendemain, si tout se passait comme prévu, elle aborderait Naruto et lui montrerait son intention de devenir et rester son amie. Entraîner Shikamaru et Chôji sur son sillage serait facile. Pour Shino et Hinata, cependant, cela risquait d'être un peu plus compliqué : tous deux mettaient un point d'honneur à respecter les consignes de leurs parents. Cela dit, elle n'était pas sans ressource et arriverait peut-être à les persuader… Oui, elle devait réfléchir à cela.
Quand la sonnerie de fin des cours retentit, elle ouvrit les yeux et réveilla son cousin d'une petite pression sur l'épaule. Elle le regarda s'étirer soigneusement avant de rassembler ses affaires. Ils laissèrent leurs tests sur le bureau d'Iruka-sensei en partant et Hitomi dit au revoir à Shino et Hinata, avant de suivre son cousin vers la sortie.
Devant le portail de l'Académie, elle eut la surprise de voir que sa mère n'était pas seule : les parents de Shikamaru, Ino et Chôji les attendaient également. Ils étaient sans doute là pour l'une de ces fêtes de clan dont on avait parlé aux enfants, et auxquelles ils avaient pu assister une ou deux fois dans leur vie. Après tout, les premiers pas sur la voie du ninja de quatre enfants de l'Union des Trois, comme l'appelaient parfois les membres des autres clans, était une chose rare.
Comme Hitomi l'avait soupçonné, une fête se préparait. Elle dut se plier aux envies de Kurenai, qui décida que la journée était suffisamment importante pour mériter le port d'un kimono, et apprit à sa fille comment le porter. Ses longs cheveux noirs furent remontés en chignon, quelques mèches s'en échappant pour boucler doucement sur sa nuque et ses épaules. En se regardant dans le miroir, elle ne vit rien de la kunoichi qu'elle voulait devenir… Ce qui était un signe excellent. Aucun ninja n'était plus efficace que celui capable de passer inaperçu dans toutes les situations.
Le clan Akimichi détenait une ligne de restaurants qui s'étendait sur tout le continent, mais le plus ancien d'entre eux trônait dans l'artère principale de Konoha. On n'y avait de table qu'en réservant plusieurs semaines à l'avance, et même comme cela, il fallait savoir mettre la main à la bourse. Sans surprise, ce fut là que la fête prit place. Le restaurant tout entier avait été fermé pour l'occasion, pour accueillir tous les membres des trois clans qui souhaitaient venir rendre hommage à la nouvelle génération.
Ensui était de ceux-là. Hitomi avait beau le voir souvent, ce n'était plus la même chose que ce à quoi elle avait eu droit pendant un an et demi à ses côtés, et il lui manquait. Ravie de le voir dans son uniforme de Jônin – il ne portait la veste renforcée du village que pour les grandes occasions – elle s'élança pour l'étreindre, un sourire rayonnant sur les lèvres. Avec un petit rire grave, il referma les bras sur elle et la serra, fort.
Les quelques minutes qui suivirent furent dédiés à la description de sa journée. Son maître, attentif, écouta tout ce qu'elle avait à dire sur le test, les présentations, ses nouveaux amis, et Naruto. Il connaissait déjà l'opinion de son apprentie sur la manière dont le jinchûriki était traité par le village. Lui-même trouvait incroyablement stupide l'idée que l'ancienne génération s'était mise en tête : comment pouvaient-ils espérer que le jeune garçon ait envie de les protéger, de protéger son village, s'il ne recevait de leur part que froideur et indifférence ?
Ensuite, les invités et rois de la soirée passèrent à table. Pour la première fois, les enfants s'assirent à la table d'honneur aux côtés de leurs parents. Cela leur faisait tout drôle, ce qu'ils commentèrent discrètement entre eux avec des petits rires. La nourriture était délicieuse, bien entendu, et abondante, comme toujours avec les Akimichi. Le saké coulait à flots pour les adultes, tandis que les enfants se contentaient sagement de jus de fruits.
Un peu plus tard, ce fut le tour des cadeaux. L'ambiance informelle encadra également ce petit cérémonial : chaque enfant devait s'asseoir sur une chaise au centre de la pièce, et tous les quatre attendaient ensemble que les adultes viennent leur offrir leurs présents. Hitomi reçut du matériel de calligraphie de la part de sa mère, un nécessaire de chimie de la part d'Ensui pour pouvoir faire ses expériences sans avoir à s'infiltrer dans les laboratoires de Konoha, et de la part de Shikaku, plusieurs livres traitant de fûinjutsu, qui avaient l'air extrêmement rares. D'autres personnes lui offrirent des cadeaux, pour la plupart des vêtements et des armes, mais rien n'avait plus de valeur à ses yeux que ces trois présents, pas même les pinces pour chignon ornementées de rubis qu'on pouvait transformer d'une simple pression en arme mortelle.
Elle alla se coucher tard, ce soir-là, un sourire béat sur les lèvres, et dormit profondément. C'était suffisamment rare pour être souligné : son sommeil avait toujours été léger, puisqu'il se déroulait dans sa Bibliothèque et qu'elle pouvait en sortir instantanément. C'était comme si une part de son esprit ne se reposait jamais vraiment.
Cette nuit-là ne fit pas exception : elle passa une bonne partie de son temps à errer dans les rayonnages, ouvrant un livre ou l'autre pour le consulter. Pourtant, quand elle se réveilla le lendemain matin, elle était en pleine forme et prête à affronter cette journée, qui se révèlerait peut-être encore plus compliquée que celle qu'elle avait vécue la veille. Après tout, elle avait un jinchûriki à approcher, et ça, ça ne pouvait pas être aussi simple.
