Coucou ! Félicitations à toutes celles et ceux qui avaient deviné le terrible évènement nous attendant dans ce chapitre. J'espère que ma version vous plaira ! Sans plus attendre, je vous laisse la découvrir :
Elle venait de passer la pire nuit de sa vie. Ce qui aurait dû être une célébration de joie s'était finie dans le sang, la terreur et les larmes. Elle ne désirait qu'une chose : rentrer à la maison, étreindre ses bébés aussi fort que possible sans leur faire mal, et fermer les yeux, enfin. Cela lui avait été retiré, cependant, par les opérateurs de l'ANBU qui, au lieu de lui offrir l'assistance dont elle avait eu besoin après avoir assisté aux meurtres de Biwako et Taji, l'avaient arrêtée et traitée comme une criminelle.
Elle avait perdu deux camarades cette nuit, et elle ne savait pas pourquoi elle-même était encore en vie. Ce que l'homme masqué avait vu en elle et qui avait retenu sa lame. Peu importait, au fond, parce que cela ne l'avait pas empêché d'enlever le minuscule, adorable bébé que son amie venait de mettre au monde. Elle était restée dans la salle qui avait servi à son labeur, seule au milieu des cadavres, terrifiées, jusqu'à ce que les ANBU arrivent et l'emmènent.
Elle ne devait sa liberté, après plusieurs heures en cellule, qu'à l'influence de son mari. Il était encore là, à ses côtés, une main sur son dos dans un rare geste public de réconfort. Il était digne, après tout, si digne et si fier. Cela faisait partie des choses qu'elle admirait chez lui, et qui l'avaient lentement conduite à l'aimer, quand bien même leur mariage n'était pas une union motivée par ce genre de sentiments. Devant eux, le Troisième inspira profondément et se redressa, le regard sévère.
— Je ne peux pas vous laisser Naruto.
La phrase si courte, si dure, laissa les deux Uchiha incrédules et blessés. Mikoto, surtout, sentit son cœur se briser et une bouffée de panique l'envahir. Elle… Elle était la marraine de Naruto. Minato-san avait choisi le parrain, et Kushina, elle… Elle avait choisi Mikoto pour veiller sur son fils si quelque chose lui arrivait. Mais même elle ne s'était pas attendue à ce que le Shinigami la prenne si vite. Avant qu'elle puisse ouvrir la bouche, se défendre, celui qu'on appelait jadis le Dieu des Shinobi reprit la parole.
— On ne sait toujours pas ce qui est arrivé, Mikoto-san. Tout ce que nous savons, c'est que vous êtes la seule survivante. Dans ces conditions, le Conseil Restreint et moi-même refusons de remettre le jinchûriki entre vos mains. Qui nous garantit que vous n'allez pas l'utiliser pour relâcher Kyûbi sur le village une fois encore ?
Et soudain, soudain Mikoto se mit à haïr l'homme de toute son âme. Ses yeux brûlaient de l'effort qu'ils tentaient de produire pour éveiller le Mangekyô Sharingan depuis la nuit passée. Elle n'avait résisté que parce qu'elle savait à quel point accepter ce nouveau et terrible pouvoir la rendrait plus suspecte aux yeux du village. L'éclosion de sa haine, violente et paisible à la fois, faillit les ouvrir malgré tout.
— Je suis sa responsable légale désormais, tenta-t-elle, vous ne pouvez pas…
— Je peux ! Je peux, et je le ferai. Jiraiya, son parrain, m'a transmis ses responsabilités quand il est parti en voyage. Si vous parvenez à le faire se rétracter, je devrai m'incliner, mais jusque-là, vous ne vous approcherez pas de Naruto.
Pour la première fois depuis cette affreuse nuit, Mikoto s'effronda, une larme tiède et amère roulant sur sa joue pâle. Elle crispa ses mains sur ses genoux, son regard épuisé posé sur les longs doigts fins, les ongles sales – elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de récurer le sang, de les laver. Elle croisa le regard de Fugaku, qui jusqu'ici avait écouté sans rien dire.
Et dans son regard, elle le vit.
Le reflet de sa haine.
Cette nuit-là, pour la première fois, Mikoto suivit son mari sous le temple Nakato, le seul bâtiment du territoire des Uchiha à avoir résisté à la fureur du démon renard, et écouta ce que les hommes avaient à dire. Pour la première fois, elle devint la traitresse que Konoha voulait voir en elle.
Hitomi se réveilla en sursaut, les yeux écarquillés. Elle tremblait si fort que ses dents s'entrechoquaient, la respiration douloureuse et hachée. Elle n'avait jamais fait un rêve qui lui donnait une telle impression de… Réel. Tentant d'apaiser son corps et son esprit, elle se redressa en position assise et entoura ses genoux de ses bras, roulée en boule comme pour se cacher du monstre sous le lit.
Il lui fallut de longues minutes pour revenir à un état de calme suffisant pour pouvoir penser de façon cohérente. Le rêve, bien entendu, patientait dans sa Bibliothèque jusqu'à ce qu'elle le range, mais qu'en faire ? Elle savait que Mikoto Uchiha avait été amie avec Kushina Uzumaki, mais elle ne savait pas si elles avaient été ensemble pendant l'accouchement qui avait conduit à l'attaque de Konoha par Kyûbi et à la mort de son réceptacle et du Quatrième. Pourtant, cela semblait plausible. Avec de grandes précautions, la petite fille rangea le rêve sur une étagère vide de la section réservée à son nouveau monde. Quelque chose lui disait que ce rêve n'était pas anodin.
Le lendemain matin, elle fut horrifiée d'apprendre que le massacre des Uchiha s'était produit pendant la nuit. Elle fondit en larmes dans les bras de sa mère, l'esprit encore plein de la haine douce et calme que Mikoto avait ressentie pour son village, les mains crispées si fort dans le dos de Kurenai que ses articulations protestaient faiblement quelque part au fond de ses pensées. Il lui fallut plus de dix minutes pour retrouver un calme lui permettant d'agir.
Elle s'assit à son bureau sous le regard vigilant de sa mère et se mit à écrire, les joues encore striées de traces de larmes. Elle avait mal, mal pour Sasuke qui se retrouvait seul désormais, mal pour Itachi qui n'aspirait qu'à la paix et abhorrait la violence, mais ses mots, elle le savait, n'avaient jamais été aussi beaux et justes que dans la douleur, alors autant qu'ils soient utiles, véritablement utiles cette fois.
La cérémonie funéraire eut lieu deux jours plus tard. L'Académie ne réouvrirait ses portes que le lendemain – deux professeurs et sept élèves faisaient partie des victimes. L'alignement sans fin de cercueils, certains si petits, donnait des frissons à Hitomi. Elle restait droite, pourtant, solide et digne dans le kimono noir de rigueur. Huit moines étaient venus du Temple du Feu pour diriger l'oraison, leurs voix graves et solennelles recommandant chacune des cent-quarante-neuf victimes à un repos éternel.
Hitomi repéra Sasuke devant les cercueils de ses parents. Il ne pleurait pas, mais ses poings étaient serrés si fort qu'il en souffrait sans doute, son regard sombre et fatigué perdu devant lui. La petite fille connaissait assez bien son ami pour savoir qu'il devait et voulait parler, mais ne savait que dire. Il n'avait jamais été doué avec les mots, leur beauté et leur justesse. Elle, elle avait ce don. Encouragée par une faible pression sur son épaule de la part de Kurenai, elle avança jusqu'à se trouver à ses côtés.
De longues minutes passèrent, les deux enfants côte à côte et muets attirant lentement sur eux l'attention des adultes. Quand enfin Sasuke se tourna vers elle, elle lui offrit des deux mains une feuille pliée en quatre et couverte de son écriture des deux côtés. Il la prit de la même façon, inclinant légèrement la tête par réflexe, et la déplia, commençant à lire pour lui-même. Ses yeux sombres s'écarquillèrent quand il comprit ce qu'elle lui avait offert et, s'il ne sourit pas, un discret soulagement se peignit sur ses traits. C'était suffisant. Respectueuse, Hitomi recula d'un pas tandis qu'il se redressait et prenait la parole, lisant l'oraison qu'elle avait écrite pour lui.
Quand les mots se nouèrent dans la gorge du jeune garçon, Hitomi posa une main douce sur son avant-bras, juste un instant. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il devienne un véritable ami au fil des mois passés à s'entraîner et travailler avec lui, mais ils avaient trop de points communs pour que cela ne se produise pas. Elle avait passé bien des après-midis chez lui à étudier pour un test ou travailler sur les katas qu'Ensui lui avait appris et qu'elle lui avait transmis. Elle avait vu les traits d'Itachi se creuser lentement, la tendre et discrète affection qui liait Mikoto et Fugaku. Elle avait vu tout cela, et son cœur était en deuil, lui aussi.
Plusieurs heures plus tard, quand la cérémonie fut terminée et que les invités commencèrent à partir, Kurenai s'approcha des deux enfants, notant leurs mains jointes et la manière dont ils puisaient du réconfort dans la présence l'un de l'autre. La main libre de Sasuke était toujours crispée sur l'oraison qu'Hitomi lui avait offerte – un geste que la jeune mère approuvait immensément. Elle s'agenouilla pour se trouver à leur hauteur, tendant une main pour effleurer l'épaule du jeune garçon.
— J'ai parlé au Hokage, annonça-t-elle d'une voix douce. Si tu le veux, tu peux venir vivre avec nous à partir d'aujourd'hui. Nous sommes peut-être des parents éloignés, mais tu es tout de même de mon sang, et je serais honorée de t'adopter.
Sasuke eut l'air choqué de cette proposition. Intérieurement, Hitomi l'était aussi. Elle savait que le canon ne s'était pas déroulé comme cela, que Sasuke avait tout simplement vécu seul parce que dans la tête du Hokage il était tout à fait normal de laisser des enfants de sept ans livrés à eux-mêmes. Quand son ami la regarda, comme en quête d'approbation, la petite fille acquiesça avec un sourire paisible. Alors seulement répondit-il à Kurenai, la gorge manifestement serrée.
— Je… J'accepte. Merci, Yûhi-san.
— Appelle-moi Kurenai. Viens, allons trouver quelque chose à manger. Il se fait tard, et je suis sûre que vous avez faim tous les deux.
Deux grondements d'estomac répondirent à sa supposition. Avec un petit sourire triste, la jeune femme se redressa et guida les deux enfants vers l'un des restaurants tenus par des civils Akimichi. Le repas fut calme, la discussion s'orientant vers la chambre d'ami qui deviendrait celle de Sasuke, et les décorations qu'il souhaiterait pour la personnaliser. Le sujet était volontairement choisi pour sa légèreté. Hitomi participa parfois, suggérant une couleur ou un motif qui, elle le savait, avaient la faveur de son ami.
Cette nuit-là, le petit garçon la rejoignit dans sa chambre en plein milieu de la nuit, les joues humides de larmes. Supposant qu'il avait fait un cauchemar – et qui n'en ferait pas à sa place ? – elle ne dit pas un mot et se contenta de reculer dans son lit pour lui faire de la place. Il se faufila sous la couverture sans rien dire, se réfugiant dans les bras ouverts qui n'attendaient que lui, et se rendormit.
Les jours suivants ne furent pas simples. Sasuke, comme on pouvait s'y attendre, était profondément atteint par la trahison de son frère et par la scène à laquelle il avait assisté durant cette nuit maudite. Ses visites dans le lit d'Hitomi étaient devenues une habitude qui ne la gênait pas trop. Sasuke était un dormeur agité, mais elle parvenait à faire abstraction du bruit en s'immergeant dans sa Bibliothèque pour dormir. Le plus important était qu'il se remette, petit à petit. Quand la troisième année commença, il était à nouveau capable de dormir dans son propre lit.
Les cauchemars d'Hitomi continuaient, se manifestant tous les quelques jours pour la plonger dans une angoisse sourde. Elle ne voyait plus le passé désormais mais l'avenir, des petits morceaux du futur qui, elle le savait, n'avaient pas été modifiées par ses actions – pour l'instant en tout cas. Ces rêves lui rappelaient constamment ce pourquoi elle prenait des décisions pas toujours faciles et comme le chemin à parcourir était encore long.
La troisième année commença sur les chapeaux de roue avec les cours de Mizuki. Jusqu'ici, il n'avait fait travailler les élèves que sur des manières d'améliorer leur endurance, leur vitesse et leur force, sans jamais appliquer cela au combat de quelque manière que ce soit, mais le temps était venu pour eux d'apprendre les katas de base enseignés à Konoha. Ils étaient différents de ceux qu'Ensui avait appris à Hitomi et que celle-ci avait transmis à son groupe d'amis, mais ils partaient tout de même avec un avantage par rapport aux autres élèves, puisqu'ils savaient déjà comment travailler ce genre d'exercices.
Hitomi se glissa, semaine après semaine, dans une routine confortable. Elle n'aimait pas vraiment les katas enseignés à l'Académie, mais les maîtrisait à mesure que Mizuki les montrait à la classe. Elle ne voyait pas vraiment ce qu'ils pouvaient lui apporter : il s'agissait d'un style très plat, prévisible, polyvalent mais sans véritable avantage. Ceux qui lui avaient été offerts par Ensui lui convenaient mieux : grâce à eux, elle avait appris à se battre en visant les zones sensibles et points vitaux du corps de l'adversaire, puis à se replier avant qu'il puisse répliquer. Cela demandait une vitesse étourdissante qu'elle était encore bien loin de maîtriser, beaucoup d'agilité, mais peu de force. Une combinaison parfaite pour elle.
Avant qu'Hitomi le réalise, la quatrième année fut là. Désormais, la compagnie des neuf, comme elle aimait les appeler, était bien établie au sein de l'Académie, et les trois classes s'étaient réduites jusqu'à n'en former que deux. Les cours de taijutsu rassemblaient désormais tous les élèves et, dès le début du mois de mai, Mizuki décida qu'il était temps pour eux de s'affronter dans des duels. Hitomi se sentait prête et confiante. Elle s'était entraînée, et ne craignait véritablement qu'Hinata et Ino – le professeur avait bien évidemment séparé les filles et les garçons, comme si un tel écart de niveau les séparait que les faire s'affronter n'amènerait rien de constructif.
Le principe de ces duels était malsain, Hitomi le comprit dès la première fois : le professeur choisissait le premier match, souvent deux enfants réputés faibles, puis sélectionnait un élève parmi ceux qui n'étaient pas encore passés pour affronter le vainqueur. Il avait effectué une technique de Clone de Terre pour surveiller d'un côté le groupe des garçons et de l'autre celui des filles.
Hitomi sentit les ennuis arriver quand Aimi vainquit son adversaire, une fille civile, et qu'Hinata fut appelée par le clone pour se battre. L'enfant n'avait jamais supporté d'être repoussée par la compagnie des neuf et, au lieu de tenter de s'y intégrer en étant gentille et serviable, ne cessait d'attaquer verbalement ses membres, particulièrement Hinata, la seule des trois filles à ne pas oser répondre. Souvent, Hitomi ou Ino intervenait pour la défendre, envoyant bouler la gêneuse sans mâcher leurs mots. Aussi voir son amie grimper sur l'estrade que le professeur avait surélevée grâce à une technique Doton rendit les deux petites filles particulièrement nerveuses. Aimi se battait d'une manière violente, vicieuse, et Hinata… Hinata n'avait pas encore cultivé elle l'agressivité nécessaire pour affronter ce genre d'adversaire.
Tout au long du combat, la petite Yûhi serra les dents, ses yeux rouges rivés à la tourmenteuse qui prenait un plaisir manifeste à faire mal à son amie, coup après coup. Hinata tentait de se défendre, mais elle n'avait encore jamais essayé de se battre en-dehors des katas et, même quand elle bloquait les coups de poings ou de pieds, une grimace de douleur déformait brièvement ses traits.
Et puis Hinata trébucha et tomba sur un genou avec un glapissement de douleur. L'une de ses joues était rouge et légèrement gonflée, et l'autre portait une profonde marque de griffure. Ses mains avaient accusé les pires impacts. Elle ne pourrait sans doute pas exécuter de mudra le lendemain, dans la classe d'Iruka-sensei. Elle ouvrit la bouche pour se rendre, mais n'eut même pas le temps de prononcer un son que la main d'Aimi s'abattait violemment sur sa joue déjà meurtrie, la force du coup la contraignant à tourner la tête.
Envahie d'une fureur glaciale, Hitomi regarda sa meilleure amie tomber évanouie après un dernier coup de poing à la tempe. Ino et elle étaient les seules à ne pas être encore passées, chez les filles. Quand le clone prononça son nom, elle s'efforça de rester impassible, se contentant d'essuyer le sang sur la lèvre fendue d'Hinata et de la traîner au bord de l'estrade pour qu'Ino la récupère et lui fasse reprendre connaissance. Enfin, elle redressa la tête et croisa le regard soudain nerveux d'Aimi. Pour la première fois, un peu d'aura meurtrière se manifesta sur sa peau et dans l'air alentour, le rendant lourd et vicié.
Elle n'en avait cure.
Le sang appelait le sang, après tout.
