Coucou et bienvenue pour un nouveau chapitre ! J'espère que vos vacances, si vous en avez, se passent bien, et sinon que le travail n'est pas trop dur avec la chaleur. Je n'avais pas vu mais on a dépassé les 50 reviews par ici ! Je suis vraiment touchée. J'espère que le chapitre vous plaira en tout cas ! Il est plus long que d'habitude, j'espère que ça ne vous dérangera pas et que vous apprécierez, même !
Réponse pour Yona, même si tu n'en es pas encore là : Merci pour tes reviews ! J'espère que tu apprécies toujours autant ta lecture. Je suis ravie que tu aimes malgré le fait que ce ne soit pas ton genre fétiche. Ne t'inquiète pas, je ne suis pas prête de m'arrêter ! Déjà j'ai plus de 50 chapitres d'avance sur cette fanfic grâce à la motivation que m'apportent les reviews et les gens avec qui j'en parle, dont mes bêtas. Quant à Hitomi, je ne sais pas si ça se voit mais au fil des chapitres, tout en gardant une certaine maturité, elle a commencé à s'assimiler progressivement aux gens de son âge. C'est notamment dû à l'évolution du cerveau tandis que son corps grandit et sera encore plus prononcé à l'adolescence, avec les hormones et tout ça. Hâte de te voir arriver jusqu'ici !
Le week-end qui suivit eut lieu l'expédition que les enfants avaient prévue, au cœur du domaine du clan Uchiha. Kurenai avait décidé de leur faire confiance et de les laisser s'y rendre seuls ; après tout, d'ici dix-huit mois, ils seraient tous les trois ninjas diplômés, et Sasuke et Hitomi étaient les élèves les plus brillants de leur promotion, tant et si bien qu'on les comparait, aux réunions de Jônin, à Neji Hyûga et Mori no Tenten, Aspirant de l'Année et Première Kunoichi de leur propre promotion. Par ailleurs, le territoire du clan Uchiha était surveillé en permanence par une équipe de l'ANBU, qui empêchaient quiconque d'entrer sans autorisation.
Cette autorisation, c'était Kurenai qui l'avait obtenue, directement de la main du Hokage. Personne n'en parlait ouvertement, mais Hitomi avait surpris une conversation entre deux Nara qui discutaient des relations entre sa mère et le chef du village. On pouvait les résumer très simplement : elles étaient au plus mauvais. La jeune Jônin s'était sentie offensée de devoir lutter bec et ongles pour récupérer la garde de Sasuke, et le Professeur s'était senti offensé qu'on lui mette le nez dans ses torts. D'aucuns auraient cru le Hokage capable d'apprendre de ses erreurs – comme l'erreur monumentale de laisser Kakashi Hatake vivre seul, dans la maison où son père s'était suicidé, dès ses six ans. Le ninja copieur n'était pas exactement un exemple de soldat équilibré et droit dans ses bottes.
Le vendredi soir, la famille Yûhi invita Naruto à passer la nuit chez eux. C'était devenu quelque chose d'assez habituel – les employés de l'orphelinat devaient être un peu soulagés de ne pas avoir le garnement dans leurs pattes le temps du week-end, d'autant plus qu'il était toujours apaisé quand il revenait de chez les Yûhi. Bien des civils du village supposaient que Kurenai avait une sorte de pouvoir magique en plus de son talent aux arts ninjas, pour être capable de s'occuper régulièrement de neuf enfants de cet âge, dont le terrifiant démon renard.
Après le dîner, Kurenai s'installa dans le canapé, un livre sur les genoux. Elle savait déjà quels seraient les membres de son équipe Genin, dans dix-huit mois, et pour chacun d'eux, elle avait des choses à apprendre. Elle avait décidé de commencer avec les lois propres à chaque clan, trois énormes traités remplis de jargon juridique qu'elle avait vu Hitomi lui emprunter, quand elle pensait que sa mère ne regardait pas. Elle posait de temps à autres le regard sur les trois enfants assis autour de sa table basse, écoutant d'une oreille distraite la discussion paisible autour de leurs préparatifs.
Au fil des années, Kurenai avait pu voir sa fille prendre une position de leader parmi ses pairs. Elle ferait sans doute partie des premiers enfants de sa génération en lice pour une promotion au rang de Chûnin, parce qu'elle avait l'autorité naturelle pour ce poste, et la tête assez froide pour prendre des décisions même dans une situation tendue. Bien entendu, la jeune mère avait lu le rapport d'Iruka concernant la performance de ses enfants lors de l'exercice en extérieur de l'Académie. Elle avait beau avoir ri de bon cœur en lisant la partie où tout avait commencé à partir en cacahuètes, elle était très fière des trois élèves, et de la manière dont ils s'étaient comportés cette nuit-là. Elle avait pu voir, surtout, quel genre de chef d'unité sa fille allait devenir, et s'était empressée d'aller montrer le rapport à Shikaku et Yoshino, cachant bien mal sa fierté et l'élan de trépidation dans ses veines.
La nouvelle génération du clan Nara avait tendance à provoquer ce genre de réactions, elle devait l'admettre. Tout le monde au sein du clan s'accordait sur ce point.
Kurenai n'avait pas exactement été ravie en apprenant que ses deux enfants et Naruto seraient placés sous la tutelle de Kakashi Hatake. Oh, elle avait énormément de respect pour lui, et le considérait comme l'un de ses amis, mais… Elle avait vu ce que la dernière guerre lui avait fait. Les pertes successives de ses coéquipiers et de son maître l'avaient détruit, au-delà de ce que l'amitié solaire de Gai Maito pouvait réparer.
— Je devrais avoir assez d'encre pour nous faire à tous les trois quelques parchemins de stockage, mais il faudra que j'aille en racheter après notre expédition. Et j'ai dépensé presque tout ce que j'avais gagné pendant le voyage avec Ensui-shishou…
Cette remarque attira l'attention de Kurenai. Elle savait que l'encre spéciale utilisée pour le fûinjutsu coûtait cher, sans doute assez cher pour faire peser une pression sur les finances de sa fille, qui n'avait pour rentrées d'argent que celui que sa mère lui donnait toutes les semaines pour ses repas et une ou deux sorties avec ses amis. Tant qu'elle ne serait pas une Genin, elle aurait du mal à gagner de l'argent, mais Kurenai avait décidé de limiter ses moyens pour lui apprendre la valeur du travail, et des choses qu'elle voulait acheter pour elle-même. Bien sûr, les vêtements et les livres étaient financés sans limite : l'argent de poche était uniquement consacré à son matériel de kunoichi.
— Tu sais, commença Sasuke, je connais plusieurs élèves, même parmi les plus vieux, qui seraient prêts à payer pour tes bombes, tes fumigènes et tes sceaux. Moi, en tout cas, je serais prêt à payer.
— Moi aussi, tu peux le croire ! Les sceaux de l'armurerie sont toujours très chers, et vraiment pas pratiques comparés aux tiens. Quand on sera Genin, on devrait participer au moins en partie au prix que ça te coûte de les faire.
La jeune mère regarda sa fille réfléchir à cette idée, ses traits se fermant légèrement de concentration tandis que son regard se concentrait sur un point devant elle, signe qu'elle avait rejoint sa Bibliothèque, comme elle l'appelait… Sans doute pour faire quelques calculs.
— Hm… Vous avez raison, les garçons. Je pourrais essayer de vendre certains de mes produits. Mais pas à vous, bien entendu, ni aux équipes de Shino et Shikamaru.
— Tu pourrais au moins nous laisser participer au coût des matières premières, insista Sasuke. Ce n'est pas normal que tu te fasses des poches percées à tenter d'équiper neuf aspirants à toi toute seule.
— Qu'est-ce que tu en penses, Maman ? demanda finalement Hitomi.
Kurenai retint un rire en voyant les trois enfants tourner vers elle un visage sérieux et concentré. Ils étaient adorables, tous les trois. Même Sasuke s'était lentement ouvert à elle au fil des années. Il lui avait brisé le cœur la première fois qu'il s'était réfugié dans ses bras après un cauchemar, et encore une fois quand il avait commencé à l'appeler « Mère ». Dans son esprit, « Maman » restait réservé à Mikoto, ce qui convenait parfaitement à tout le monde.
— Je pense que c'est une bonne idée, ma puce. Quand vous rentrerez demain après votre visite sur les terres des Uchiha, vous pourriez essayer de déterminer les coûts de chacune de tes inventions à l'unité. Pour tes amis, tu proposerais ce prix, avec des arrangements évidemment s'ils ne peuvent pas se le permettre au moment de l'achat – ces choses arrivent, tu le sais. Pour les autres, tu ajouterais une marge qui serait ton bénéfice. Tant que tu ne commences pas à remplacer les armureries, les civils ne devraient pas avoir de problèmes avec ton petit commerce.
— S'ils en ont, de toute façon, ils n'auront qu'à proposer de meilleurs produits !
Tout le monde se mit à rire à la pique de Naruto, Hitomi lui enlaçant même les épaules pour le rapprocher d'elle. Il se sentait toujours offensé, et à juste titre, du traitement que les civils et certains ninjas lui réservaient. Kurenai avait eu une dispute mémorable avec Hiruzen, tentant de le convaincre que Naruto devait apprendre ce qu'il avait en lui, pour son propre bien. Elle avait parlé en vain. Le Hokage n'écoutait plus personne, si ce n'étaient ses conseillers, et tout le monde savait qu'ils ne se rangeaient plus depuis longtemps du côté du bien de Konoha. Les poisons de Danzô les avaient contaminés trop profondément et trop longtemps pour cela.
— Bon, c'est décidé, dans ce cas. On s'occupera de ça demain soir, et dimanche dans la journée si on n'a pas fini avant.
Sur ces mots, la petite fille se replongea dans les préparatifs de son équipe. Après tout, l'expédition du lendemain pouvait être considérée comme une mission. D'un geste assuré, elle trempa son pinceau préféré dans l'encre qui commençait à lui manquer, et commença à tracer son premier sceau avec une précision dont Ensui serait terriblement fier. Il l'avait inondée de questions quand elle lui avait écrit pour lui parler de l'exercice du terrain d'entraînement, et Gaara l'avait apparemment supplié d'organiser un exercice de ce genre pour sa fratrie et lui, qui constitueraient sans doute une équipe à leur tour une fois que Gaara aurait passé les examens de l'Académie. À Suna, il n'était pas obligatoire de suivre les cours pour se présenter aux examens. N'importe qui pouvait prétendre à devenir un ninja. Certains shinobi de légende, comme Akasuna no Sasori, avaient suivi ce chemin bien particulier.
— Naruto, tu pourrais nous faire des bentô pour midi, s'il te plaît ? Comme ça, on n'aura pas besoin de s'arrêter pour manger.
Le jeune garçon répondit avec enthousiasme et bondit sur ses pieds. Un instant plus tard, il se trouvait en cuisine, fouillant dans les placards et le frigo pour trouver tout ce dont il avait besoin. Kurenai ne ressentit même pas le besoin d'aller le surveiller : des trois enfants, c'était Naruto qui était le plus doué pour faire la cuisine, même quand il devait s'atteler à d'autres plats que des ramen. Cette petite passion innocente avait poussé la jeune mère à lui offrir un livre de cuisine pour son dernier anniversaire – il avait adoré et l'avait remerciée en sautant dans ses bras. Adorable.
— Bon, la nourriture et le transport de tout ce qu'on trouvera là-bas, c'est réglé. En termes d'armes, Sasuke, qu'est-ce que tu suggères ?
— Prenons nos sabres. Je ne pense pas qu'on rencontrera un seul ennemi, mais il vaut mieux être trop prudent. L'escouade ANBU que j'ai embauchée au nom du clan pour veiller sur les terres ne repousse que les menaces humaines. Je ne voudrais pas devoir affronter un ours à mains nues.
— C'est vrai qu'une partie des terres donne sur la Forêt du Feu… Tu as raison, dans ce cas, il vaut mieux prendre nos sabres. Et pour Naruto ?
— Tu peux lui mettre de côté de quoi remplir sa pochette de kunai. Il n'est toujours pas spécialement bon avec des shuriken. Il va falloir qu'on travaille avec lui sur une deuxième arme avant le diplôme.
Hitomi hocha la tête à cette suggestion, songeuse. Pour valider la partie du cursus concernant les armes, à l'Académie, il fallait pouvoir prouver la maîtrise d'une arme de jet, et c'était tout. La plupart des élèves choisissaient les kunai, plus faciles à tenir et à lancer. Sasuke, lui, avait choisi les shuriken en priorité. Hitomi et lui pouvaient ajouter les kunai et les sabres – lui un katana, elle un tantô – à cette liste, et Hitomi travaillait sur les senbon, en plus de cela, mais ne pensait pas être prête à les utiliser pour l'examen : leur poids quasiment inexistant les rendait quasiment impossibles à contrôler sans des centaines d'heures de pratique.
Pour chaque arme maîtrisée en plus de ce qui était demandé, l'Académie accordait des points supplémentaires, et si ni Sasuke ni Hitomi n'en avaient besoin, Naruto, lui, ne pouvait se permettre de les refuser. Bien qu'il se soit considérablement amélioré concernant l'aspect théorique de leurs leçons grâce à la technique du jeu de cartes que la Communauté des Neuf avait définitivement adoptée, une nouvelle difficulté s'était présentée à lui quand les cours avaient commencé à aborder la maîtrise du chakra. Hitomi, bien sûr, savait que ses problèmes étaient dus au chakra du démon-renard, qu'il ne pouvait intégrer à ses exercices puisqu'il ne savait pas qu'il était là, mais pour la plupart des élèves, Naruto était juste nul dans cette matière, peu importaient les efforts qu'il faisait, et ses progrès lents, mais incontestables.
Une heure et demi plus tard, les trois enfants allèrent se coucher. Ils avaient décidé qu'il valait mieux, pour tous les trois, passer une bonne nuit de sommeil avant une mission aussi importante – qu'elle n'ait rien d'officiel ne lui retirait pas son aspect capital à leurs yeux. Hitomi sourit en entendant Sasuke et Naruto se chamailler pour le dentifrice. Dans le canon, les multiples aspects malsains de leur relation fraternelle l'avaient toujours dérangée, mais elle ne trouvait rien de tout cela, ici, seulement deux amis, deux frères, qui s'aimaient l'un l'autre sans en éprouver la moindre honte.
Cette nuit-là, Hitomi rêva encore. Elle vit des rangées infinies de parchemins, des placards débordants d'armes que le temps avait commencé à ronger, des traînées de sang et des murs marqués par l'impact des armes. Elle se réveilla à l'aube, le corps baigné d'une sueur froide, le souffle court. Il était trop tard pour se rendormir, sans quoi elle serait allée se réfugier chez Sasuke. Même quand Naruto était là, elle n'avait pas peur d'aller se cacher dans les bras de son frère. Un jour, sans doute, il lui faudrait trouver une solution concernant ses cauchemars. Un jour… Plus tard. Quand elle serait parvenue à en parler à Kurenai, au moins.
Le reste de la maison s'éveilla lentement quand une odeur de petit-déjeuner se mit à flotter dans l'air. Naruto avait beau être le cuisinier de leur petite bande, Hitomi n'était pas mauvaise elle-même une fois mise aux fourneaux. Elle aimait cuisiner les repas japonais traditionnels mais, à l'occasion, il faudrait qu'elle teste sur les Akimichi des recettes venues de son ancien monde, certaines qu'elle avait eu l'occasion de tester, et d'autres qu'elle avait rêvé de goûter un jour.
— Bon, les garçons, je vous propose qu'on parte dans une heure pour le territoire des Uchiha. Les ANBU qui sont de garde, ceux embauchés par le village, ont été avertis de notre venue, tout comme ceux que Sasuke a engagés. Sasuke, tu as l'autorisation du Hokage ?
— Tu as déjà vérifié ça hier, nee-chan. Calme-toi et respire un peu, tout va bien se passer.
Déglutissant nerveusement, la petite fille hocha la tête et obéit. Ce n'était pas parce que la dernière occasion qui l'avait vue prendre la tête de leur petit groupe avait failli se terminer avec un Naruto brûlé vif que de tels désastres allaient les rencontrer à chacune de leurs expéditions. Elle devait faire confiance aux garçons, et se faire confiance.
— Bon, je vais m'habiller. Vos paquetages vous attendent devant la porte. Vous savez comment attacher les gros parchemins à votre dos ?
— Bon sang, Hitomi ! File, tu nous as déjà expliqué ça dix fois hier soir. Allez, ouste !
En roulant des yeux, la petite fille s'exécuta, encore. Dans le couloir de la salle de bains, elle croisa sa mère, déjà radieuse. Kurenai avait toujours été du matin. Hitomi soupçonnait que certains Jônin la détestaient pour ça. Des histoires circulaient dans le village, et la petite fille avait appris à les écouter pour en apprendre plus sur les ninjas supérieurs qui l'entouraient. L'histoire de Shikaku qui tombait endormi en plein milieu de son rapport au Troisième lui donnait à chaque fois envie de hurler de rire.
Une heure plus tard, comme elle l'avait prévu, les trois enfants étaient prêts et se dirigeaient vers la sortie du territoire des Nara, leur impatience clairement visible dans leur démarche. Ils saluèrent sur leur passage les membres du clan qui s'éveillaient lentement, alors que le cœur du village, lui, était déjà bien animé. Le clan des ombres avait toujours été celui des lève-tard. Cela ne les empêcha pas, à quelques centaines de mètres de la porte qui séparait les terres du clan du reste du village, de croiser Yoshino qui traînait derrière elle un Shikamaru à peine réveillé, en parlant de pantalons à racheter puisqu'il ne semblait pas vouloir arrêter de grandir. Le pauvre.
Il leur fallut encore une bonne vingtaine de minutes avant d'arriver à l'entrée des terres Uchiha. Une fois, le grand-père d'Hitomi et Shikaku leur avaient raconté l'injustice qui avait refoulé le clan en bordure de Konoha. À cause de cet emplacement qui les isolait du reste de la population, la qualité du service de police avait commencé à dégringoler année après année, et la rancœur avait grandi au sein du clan au Sharingan, jusqu'à ce que le massacre coupe court à toute volonté de révolte.
Ce fut Sasuke qui déverrouilla le portail d'acier qui permettait d'entrer dans le domaine, après que les ANBU se soient effacés de sa route. Ses mains tremblaient et durent s'y reprendre à quatre fois pour introduire la clé dans la serrure, mais ni Naruto ni Hitomi ne commentèrent. Les deux enfants suivirent le descendant de la lignée détruite dans ses premiers pas au-delà du portail, silencieux et solennels.
La première maison, un véritable manoir qui dominait le paysage, était celle des maîtres, celle où Sasuke avait vécu les premières années de sa vie, celle qui avait assisté à ses premiers mots, ses premiers pas. Cette fois, il tendit la clé à Hitomi, sans rien dire. Il n'avait pas besoin de parler pour qu'elle comprenne les fantômes qui dansaient devant ses yeux, l'impression de vide et de douleur mêlés, le bourdonnement sourd au fond de ses oreilles qui menaçait de se changer en grondement, puis en long cri de douleur. Elle comprenait, parce que c'était son rôle de servir de pilier et de guide, ce qui lui donnait le rôle de ciment de la Compagnie des Neuf.
Elle ouvrit donc la porte et entra la première. Le hall d'entrée était relativement intact. Le seul témoin du passage du temps était l'épaisseur de la couche de poussière qui recouvrait chaque objet, ainsi que le sol. Elle tendit la main et prit celle de Sasuke tandis que Naruto lui entourait les épaules du bras. À trois, ils contemplèrent la pièce dans laquelle il se tenaient, tentant d'ignorer les légers tremblements qui agitaient le corps du plus jeune des Uchiha.
— Tu peux y aller, Hitomi. Si tu m'attends, on sera encore là dans trois heures.
La petite fille échangea tout de même un regard avec Naruto et ne s'éloigna que quand il hocha la tête, les yeux emplis d'un sérieux et d'une solennité dont les mauvaises langues du village l'auraient cru incapable. Les gens étaient si prompts à ne voir en Naruto que ce qu'il montrait quand il était occupé à un quelconque méfait dans le village. Ils refusaient souvent d'accepter sa nature douce, gentille, sa compassion, sa loyauté, sa bravoure.
Hitomi dut encore s'arrêter dans le salon, le souffle coupé. Là, elle pouvait voir les traces du massacre, pratiquement reconstituer chaque pas d'Itachi dans la pièce. Personne n'avait pris le soin ne serait-ce que de nettoyer le sang par terre. Elle fit quelques pas vacillants et s'agenouilla au bord du vestige que le temps avait déteint et noirci, effleurant du bout des doigts l'endroit où le sabre d'Itachi avait transpercé Mikoto pour se planter dans le tatami. Il l'avait tuée en premier, sans doute pour éloigner la plus profonde des deux souffrances – il avait toujours été plus proche de sa mère que de son père.
Elle releva la tête et soudain elle pouvait le voir, comme s'il était encore là, ses pieds encore chaussés souillant les tatamis, son sabre déjà marqué du sang de ses pairs serré entre ses doigts tremblants — cela expliquerait le motif de gouttes noires et séchées à cet endroit. Elle pouvait voir les creux rougis creusés dans le sol à l'endroit où il s'était agenouillé derrière ses parents, entendait presque la nuance perdue et terrifiée dans sa voix quand il avait promis de protéger Sasuke. Elle n'avait pas besoin d'avoir été présente pour ça. Son esprit reconstituait la scène avec une acuité et une perfection qui lui donnaient envie de hurler, de se rouler en boule sous son lit et de disparaître.
La petite fille resta là quelques instants, la tête respectueusement courbée, ignorant la meurtrissure distante des tatamis sous ses genoux. Elle n'avait aucune prière à leur accorder, aucune foi abstraite à laquelle s'en remettre et remettre les âmes de tous ceux qui avaient péri durant cette nuit maudite – personne à qui demander la miséricorde pour les tourments d'Itachi.
Dans cet univers, ils n'avaient pas exactement été proches, tous les deux : il était le frère aîné de l'un de ses meilleurs amis, et ça s'arrêtait là. Pourtant, elle avait pu l'observer, elle avait vu semaine après semaine l'angoisse envahir son corps, son visage, elle avait instinctivement trouvé un écho dans le sentiment de solitude qu'elle pouvait lire au fond de ses yeux si sombres. Elle avait demandé conseil à Fugaku concernant la manière dont elle devait tenir son tantô, et Mikoto l'avait aidée à maîtriser certains traits de calligraphie particulièrement retors. Mais Itachi, lui, s'était porté à son secours et à celui de Sakura, et ne s'était pas moqué des deux aspirantes qui n'avaient pas su défaire leurs adversaires civils.
Durant sa lecture, Hitomi s'était toujours sentie très proche d'Itachi. Cela semblait si loin, désormais…
Lentement, comme si son corps portait le poids de toutes les morts et du sang qui imprégnaient les murs et les pierres de ces terres oubliées, elle se releva. Ses mains et son esprit s'activèrent comme par réflexe, tandis que sa conscience observait, détachée et froide. Une bien belle façade. Au fond de sa bibliothèque retentissait un long hurlement tourmenté qui faisait vibrer les fondations et les ancrages de la bâtisse tout entière. Déjà, elle apprenait comment l'assourdir, l'ignorer.
Elle tint encore pratiquement dix minutes, ouvrant les tiroirs les uns après les autres pour trier leur contenu et décider de ce qu'ils emmèneraient en partant, avant que son esprit ne cède. Elle vacilla et ses mains s'agrippèrent par réflexe au bord de la commode qu'elle avait été en train de fouiller, un sanglot s'étranglant dans sa gorge. Aussitôt, elle étouffa le son, le poing pressé contre ses lèvres. Sasuke ne devait pas entendre. Dans cet état, elle n'était pas sûre de pouvoir lui mentir. Malgré cela, lui expliquer qu'elle ne pleurait pas seulement son clan massacré, mais aussi la lente agonie de son frère, lui était impossible. Il ne savait pas, on avait pris soin de lui cacher le sacrifice d'Itachi.
Elle devait faire en sorte qu'il l'apprenne avant qu'il soit trop tard.
Elle aurait aimé pouvoir simplement sortir de cette pièce et tout lui expliquer. Mais comment aurait-elle pu justifier ce savoir inscrit en elle ? Si le bruit courait qu'elle connaissait le futur – pour peu que ses actions ne l'aient pas modifié – et le passé de son village, Danzô, ce bâtard, mettrait la main sur elle. Elle se savait incapable de résister aux tortures qu'il lui ferait subir sans le moindre doute pour lui voler son savoir, tout comme elle savait qu'une telle information ne pouvait circuler dans le village sans qu'il en soit informé.
Non, elle ne pouvait faire cela. Elle devait se montrer patiente et subtile, lui offrir des indices discrets et flous, mois après mois, année après année, jusqu'à ce qu'enfin, elle puisse lui dire la vérité en prétendant l'avoir déduite. Ainsi, son secret à elle serait en sécurité, et Sasuke pourrait trouver la force de pardonner à son frère. Si, dans le processus, elle parvenait à faire en sorte qu'Itachi vive et que Danzô meure… Deux de ses objectifs seraient accomplis.
Secouant légèrement la tête, elle se reprit, frotta ses joues humides et ses yeux gonflés, puis se remit au travail. Pour l'instant, elle remplissait seulement un petit parchemin, pour les babioles que Sasuke voudrait peut-être récupérer. La partie qui l'intéressait, cependant, se trouvait le long du mur du côté opposé à la fenêtre : trois bibliothèques remplis de livres dont l'exposition prolongée au soleil avait blanchi les dos. Bien sûr, il n'y avait aucune chance pour qu'elle trouve quoi que ce soit de secret ici, à la vue de tous, mais elle se demandait tout de même ce que la famille Uchiha avait pu lire, jadis.
Les rangées les plus basses contenaient des livres d'enfant qui avaient sans le moindre doute appartenu à Sasuke. Ceux-là, elle n'hésita pas à les emporter : si son ami n'en voulait pas, elle lui proposerait d'en faire don à l'orphelinat. L'étagère du dessus contenait une encyclopédie complète qu'elle laissa là – sa mère en possédait une copie – et les deux plus hautes, l'ensemble des livres de loi des clans de Konoha, ainsi que certains parlant de clans étrangers. Il s'agissait de ressources précieuses : elle les scella eux aussi dans son parchemin.
Il restait tant de choses à faire avant de rentrer à la maison, la vraie.
