Coucou ! Est-ce que la canicule est passée chez vous ? Ici, on est tous soulagés que ce soit fini. La chaleur me fatiguait énormément et j'arrivais très peu à écrire. J'espère que vous apprécierez ce chapitre. Comme certains lecteurs de la première version le sauront, il marque un certain tournant dans les capacités et le style de combat d'Hitomi.

Quelques jours plus tard, Shinku Yûhi fut de retour au village après une mission diplomatique à Suna. Il était censé avoir pris sa retraite mais, lui-même l'admettait, il ressentait le profond et vif besoin de se rendre utile à son village. Il avait manqué l'anniversaire de sa petite-fille, et n'avait pas noué de contact avec Ensui, ce qui était à prévoir – il ne pouvait risquer que l'attention soit attirée sur l'endroit où il se cachait avec le plus jeune fils du Kazekage.

— Hitomi-chan, tu as douze ans, désormais. Il est temps que tu sois présentée aux créatures spirituelles qui nous prêtent leur force durant nos combats. Aujourd'hui, je vais te faire signer le Contrat des Chats de Nekomadake.

Hitomi, qui avait salué son grand-père et s'apprêtait à retourner à son livre à lire pour l'Académie, suspendit son geste, son expression reflétant sa surprise. Elle ne s'attendait pas à ce que cela arrive si tôt, même si, elle devait l'admettre, elle songeait de plus en plus fréquemment au moment où elle obtiendrait elle-même cet honneur. C'était d'autant plus vrai depuis qu'elle avait eu ce rêve concernant Shisui Uchiha. Pendant ce rêve, elle avait pu sentir la paix profonde qui l'animait, si douce, si réconfortante, qu'il n'avait ressenti aucune douleur en se coupant la paume de la main. Elle n'était certainement pas capable d'un tel contrôle.

Lentement, avec des gestes teintés d'un extrême respect, Shinku sortit le contrat et le déroula sous ses yeux. Silencieuse, Hitomi contempla les noms et les empreintes qui se succédaient là. Il s'agissait d'un très vieux rouleau, uniquement préservé par le chakra qui imprégnait le papier génération après génération d'invocateurs. Des Uchiha d'abord, et puis des Yûhi, comme elle.

— On va devoir faire ça dehors. Tu n'imagines pas comme ces créatures sont grandes !

Une profonde affection pouvait être perçue dans la voix du grand-père d'Hitomi, quand bien même ses propos étaient sans doute un peu irrespectueux. Un sourire mystérieux sur les lèvres, Kurenai suivit les deux seuls membres encore vivants de sa famille dans le jardin. Elle adorait voir les chats de son père. Elle-même avait signé le Contrat des Libellules, et en était extrêmement satisfaite, mais elle appréciait les félins, si surprenants et parfois étrangement câlins. Le fait qu'ils aient une langue acérée ne gâchait rien : ils s'entendraient à merveille avec sa fille.

— Je sais que je ne t'ai pas expliqué comment fonctionne un contrat avec les Chats, alors on va commencer par là.

L'ancien et l'enfant s'assirent en seiza d'un même élan, l'un à côté de l'autre, le regard perdu devant eux. Ils n'avaient pas besoin de se regarder pour se parler. Hitomi avait été surprise au contact de la fibre contemplative de certains ninjas, surtout les plus âgés, ceux qui avaient connu la guerre et trouvaient dans cette attitude placide un contrepoids nécessaire aux horreurs qu'ils avaient dû voir et commettre.

— Tout d'abord, la chose la plus importante à savoir est que le Contrat des Chats est un contrat d'ensemble. Cela veut dire que tu ne seras pas liée à un seul chat, mais plusieurs. Ici, cela fonctionne par génération : j'ai eu tous les guerriers à être reconnus comme tels jusqu'à aujourd'hui, mais tous les apprentis, chatons et chats à naître du clan sont à toi, désormais, jusqu'à ce que tu transmettes le contrat à ton tour.

Hitomi hocha la tête avec une expression sérieuse. Elle avait lu un article à la Bibliothèque qui parlait des différentes catégories de contrats : les contrats d'ensemble liaient l'invocateur à plusieurs créatures spécifiques, les contrats individuels à une seule d'entre elles et les contrats d'exclusivité, dont faisaient notamment partie celui des Crapauds, donnaient à l'invocateur le droit d'appeler n'importe quelle créature liée au contrat signé. Bien évidemment, le canon ne parlait pas de tout ça : il fallait juste accepter que Jiraiya appelle n'importe quel crapaud, et Kakashi toujours la même meute de chiens.

— N'invoque jamais un chat qui n'est pas lié à toi, sauf en cas de nécessité extrême. Dans ce cas, tu peux envisager de faire appel à un soigneur ou à la cheffe de clan, mais ne prends pas cette décision à la légère : si le chat que tu as invoqué décide que tu n'étais pas suffisamment dans le besoin pour oser le déranger, tu offenseras gravement le clan tout entier.

Les yeux brillants, Hitomi assimilait le moindre mot de son grand-père. Elle était tout simplement fascinée. Quelles moeurs pouvaient donc se cacher derrière une telle règle ? Elle devrait poser la question, un jour, si elle en avait l'occasion. Si elle pouvait le faire sans insulter qui que ce soit.

— Si Tsurî, que je vais invoquer pour toi quand tu auras signé le contrat, juge que tu es digne, elle repartira dans sa dimension et reviendra avec la première portée d'apprentis que tu pourras invoquer. Ils resteront à tes côtés pendant six mois et apprendront tout ce que tu jugeras utile de leur apprendre, puis retourneront chez eux. À partir de là, ce sera à toi de les invoquer régulièrement en-dehors de tes missions pour t'entraîner avec eux, tandis qu'ils continueront leur formation avec leur mentor du monde spirituel.

L'enfant hocha la tête et son aïeul enchaîna sur la suite de ses explications, lui décrivant la manière dont elle devait modeler son chakra, la chaîne de mudras et le principe de la signature dans le sang. Sous le poids de son regard attentif, elle dégaina son nouveau tantô et se servit du tranchant pour s'ouvrir la paume de la main d'un geste vif et assuré. Aussitôt, ses nerfs s'enflammèrent, mais elle se contenta d'ignorer la douleur, se servant de son autre main pour récupérer le sang, écrire son nom et signer en apposant ses empreintes ensanglantées sous les caractères.

Cette fois, ce n'était pas à elle de fournir le chakra nécessaire à l'invocation, et elle en fut un peu soulagée quand le nuage de fumée de dissipa, dévoilant une chatte écaille-de-tortue de la taille d'un poney. Malgré ses réserves énormes pour une enfant, elle n'aurait pas pu maintenir une telle invocation dans le monde physique plus de quelques minutes, et l'effort l'aurait laissée complètement à bout de force. Elle ne comptait plus jamais expérimenter volontairement le fait d'arriver au bout de ses réserves de chakra, merci bien.

— Tsurî-sama, j'amène cette apprentie devant vous et vos ancêtres, afin qu'ils décident si elle est digne de chasser à vos côtés.

À l'intonnation du vieil homme, l'enfant devina qu'il s'agissait de paroles rituelles. Était-ce chose courante dans les autres contrats ? Elle frémit mais contint l'élan impétueux de son corps, ne voulant pas donner d'elle-même l'image d'une impatiente. Sous l'intense regard vert de la jeune chatte, elle ne plia pas, ne se trémoussa pas de gêne ou de crainte. Elle était un shinobi, et assoifée de savoir – Tsurî pouvait le voir dans les ombres et étincelles qui s'agitaient dans son regard. La guérisseuse leva la tête et inspecta le ciel dont les couleurs viraient à l'orange et au rose.

— Mes ancêtres se sont penchés sur toi, Hitomi Yûhi, et t'ont jugée digne. Dès à présent, tu seras connue parmi nous comme l'Invocatrice, et nos enfants et les enfants de nos enfants répondront à ton appel jusqu'à ce qu'à ton tour, tu désignes celui ou celle de tes descendants qui sera digne de chasser à nos côtés.

L'imposante chatte courba légèrement l'échine, jusqu'à ce que son museau presse contre l'épaule de l'enfant qui la fixait, les étoiles et la nuit au fond des yeux. Le clan devrait surveiller ce regard, le préserver des ombres autant qu'il serait possible – un objectif toujours complexe quand la personne concernée était un ninja. Tsurî avait foi. Son clan n'abandonnerait pas celui de l'invocatrice.

— Je vais aller chercher ta première portée. Vous apprendrez ensemble dans le monde physique, et vous formerez séparément quand viendra le temps pour eux de nous revenir. Tiens-toi prête, enfant, je vais utiliser ton chakra pour créer le pont, cette fois.

Hitomi hocha la tête, et avant même qu'elle relève les yeux, Tsurî était partie. Quelques instants plus tard, elle était de retour, cinq chatons à sa suite. La petite fille ne pouvait vraiment pas les désigner autrement : ils avaient encore le pelage ébourrifé et doux, les pattes courtes et rondes. Sans attendre d'y être invitée, elle s'agenouilla dans l'herbe et posa le regard sur chacun d'eux. Ils étaient clairement séparés en deux groupes : un roux, un gris et un noir d'un côté, et de l'autre, deux tigrés, un sable clair et un gris avec de discrets reflets roux.

— Invocatrice, je te présente tes compagnons. Puisse votre chasse être longue et fructueuse.

Sur ce, Tsurî disparut, laissant Hitomi seule avec cinq chats inconnus qui, bien que manifestement jeunes, faisaient déjà la taille d'un petit chien. Ils regardaient autour d'eux d'un air intéressé, leurs grands yeux encore trop ronds pour être ceux d'adultes brillants de curiosité. Le premier à se remettre de sa surprise fut le petit noiraud, dont les yeux gris pâle étaient comme un choc au milieu de son pelage sombre. Il s'approcha d'Hitomi, suffisamment près pour qu'elle puisse voir l'éclaboussure de blanc sur son poitrail.

— Bonjour, Invocatrice-san. Je suis Kurokumo. Le matou gris derrière moi s'appelle Haîro, et le roux, Hoshihi. Les deux chats collés l'un à l'autre sont Sunaarashi, couleur sable, et Hokori pour le gris. On va rester avec toi pendant six lunes, c'est ça ?

— Enchantée de vous rencontrer, je m'appelle Hitomi. En effet, vous allez rester ici pendant six lunes, et vous entraîner avec moi.

— S'ils souhaitent chasser, intervint Shinku, la forêt des Nara est assez vaste. Il est seulement interdit d'ennuyer les cerfs.

— Wouah, s'exclama Haîro, c'est l'Invocateur !

— L'ancien Invocateur ! Tu n'as rien écouté de ce que Tsurî nous a dit ? C'est cette fille qui porte le titre maintenant.

Il était extrêmement perturbant pour Hitomi d'entendre cette réplique sortir avec une synchronisation parfaite des bouches de Sunaarashi et Hokori, mais aucun des chats ne semblait surpris. Même Shinku se contenta de hocher la tête d'un air approbateur.

— Bon, dit-elle en se relevant, maintenant que les présentations sont faites, je vais vous emmener faire le tour du territoire du clan. Ça nous permettra aussi de faire un peu d'exercice. J'espère que vous aimez courir ?

Les chats échangèrent des regards puis Hoshihi et Kurokumo éclatèrent de rire devant la mine dramatiquement catastrophée d'Haîro. Manifestement, ces trois-là ne se mélangeaient pas trop aux deux autres, et Hitomi entendait changer ça. En travaillant avec la Communauté des Neuf, elle avait compris l'importance du travail d'équipe, la force du groupe face à celle de l'individu. Et ils allaient passer par la même réalisation, elle se le promettait.

Pendant le trajet jusqu'à la partie clôturée de la Forêt Nara, elle s'efforça de jauger la vitesse et l'endurance de chacun des chats désormais placés sous sa protection. Ils étaient encore jeunes, et pourraient s'améliorer, mais ils étaient loin pour l'instant de pouvoir suivre les standards qu'on lui imposait à l'Académie. Tout en les laissant découvrir le terrain qui leur servirait à chasser, elle commença à planifier les séances d'entraînement nécessaires, n'hésitant pas à mettre en suspens, entre autres, ses recherches sur la chimie appliquée au combat. Le monde n'allait pas s'envoler si la fumée de ses fumigènes était grise et non rouge – même si rouge, ça avait un certain cachet.

Le lendemain matin, l'enfant réveilla ses cinq compagnons et se prépara pour l'Académie. Elle pouvait sentir dans son dos le suprême amusement de Sasuke et devait se faire violence pour ne pas répondre à cette provocation. Elle le lui ferait payer la prochaine fois qu'ils croiseraient le fer : elle travaillait sur une façon d'utiliser les techniques de son clan qui serait absolument infâme à affronter en combat rapproché. Elle avait tellement hâte d'essayer, de voir si c'était vraiment réalisable.

Elle avait pu faire un peu mieux connaissance avec ses compagnons durant la soirée, pour son plus grand plaisir. Ces chats étaient jeunes, mais intelligents. Kurokumo faisait preuve d'une ruse qui lui donnait envie de sourire, Haîro avait un humour franc et bon enfant qui avait agité sa mère d'éclats de rire, et Hoshihi se montrait extrêmement attentif au bien-être des autres. Ils étaient tous les trois issus de portée différentes, mais étaient amis depuis qu'ils étaient très jeunes. Sunaarashi et Hokori, eux, étaient frère et sœur, ce qui expliquait peut-être pourquoi ils étaient inséparables et peu enclins à se mêler aux trois autres. Ils parlaient souvent d'une même voix, mais on pouvait souvent deviner auquel des deux s'adresser pour répondre : Sunaarashi était la plus impétueuse, tandis qu'Hokori se montrait plus placide et observateur. Leurs deux esprits étaient liés par un lien télépathique extrêmement fort, ce qui expliquait leurs voix souvent mêlées et parfaitement synchronisées.

Tandis que les chats partaient chasser leur pitance – Kurenai avait voulu leur proposer de leur donner de la viande mais ils avaient refusé et clamé qu'ils étaient assez vieux et robustes pour se nourrir par leurs propres moyens – Hitomi s'habilla et vérifia qu'il ne lui manquait rien pour la journée à venir. Elle n'avait pas le droit d'emmener son sabre, mais gardait tout de même sur elle un kunai pour se défendre en cas de besoin, et son sabre de bois, pour l'entraînement qui viendrait sans nul doute après les cours.

Une fois qu'elle fut prête, elle prit le chemin de l'école, collectant au passage ses chats au point de rendez-vous pour leur faire découvrir les parties du village qu'il faudrait traverser afin de se rendre jusqu'à l'Académie, tout près de la Tour du Hokage et les bureaux du Département Torture et Interrogatoire. Sur le chemin, elle leur expliqua ce qu'elle apprenait durant la journée, et ce qu'elle avait prévu pour eux une fois les cours terminés, soulagée de constater qu'ils avaient tous l'air impatients de s'y mettre.

Les ennuis commencèrent quand Hitomi entra dans la classe. Aussitôt, ses chats réagirent à quelque chose qu'elle ne comprit pas immédiatement et se mirent en formation, Hoshihi à leur tête, feulant et hérissé. Quand elle identifia ce qu'ils percevaient comme une menace, la petite fille dut se précipiter et rattraper le rouquin par la peau du cou avant qu'il ne parvienne à se jeter sur Akamaru, son ombre se déployant aussi vite que possible pour immobiliser les quatre autres chats. Piéger un animal – ou plusieurs – dans cette technique provoquait une sensation de dissonance, accrue par le fait qu'elle ne pouvait bouger, mais mieux valait cela que de se mettre à dos tout le clan Inuzuka. Quand elle sentit Haîro et Sunaarashi lutter contre sa prise, elle prit la parole, sa voix claquant comme un fouet :

— Assez ! Kiba et Akamaru sont des amis. Je sais que les chiens et les chats ne s'entendent pas, et vous avez peut-être des querelles dans le monde spirituel, mais ici, vous apprendrez à vous tolérer ! Est-ce que c'est clair ?

À présent, la classe entière concentrait son attention sur elle. En réaction, presque par réflexe, elle laissa échapper un peu d'aura meurtrière, juste de quoi épaissir l'air et leur donner un frisson d'angoisse. Cela lui arrivait de plus en plus souvent, ce genre de réflexe, mais Ensui lui avait dit que c'était courant chez les ninjas quand ils avaient son âge, comme un nouveau système de défense qui se testait en situation de faible danger pour être certain de fonctionner quand ce serait véritablement nécessaire. Cela eut au moins l'avantage de pacifier ses compagnons félins, qui cessèrent tous de lutter. Lentement, elle les relâcha, cessant d'alimenter son ombre en chakra.

— Je suis désolée, Kiba, j'aurais dû y penser et les prévenir. Tu vas bien ?

L'enfant avait l'air absolument stupéfait, mais son chien, lui, se contentait de remuer tranquillement la queue, installé sur sa tête. Puis le garçon se reprit et un grand sourire se dessina sur ses lèvres, légèrement moqueur.

— Ca va, ne t'en fais pas. Qu'est-ce que tu nous amènes aujourd'hui ?

— Oh, rien de très particulier, mon grand-père m'a simplement fait signer le contrat d'invocation de notre clan…

— Quoi ? Mais c'est génial !

En réponse à son exclamation, la petite fille sautilla sur place, toute froideur oubliée.

— Pas vrai ? On va devoir beaucoup s'entraîner pendant les six mois qui viennent, mais je suis vraiment contente !

— Et régler ce problème avec les chiens du clan, aussi, pas vrai ? J'imagine que tu iras voir Hana si tes chats se blessent ?

— Oui, ça aussi. Et bien sûr que j'irai chez ta sœur. Elle est la meilleure avec les animaux.

Hitomi aurait sans doute continué à discuter avec son ami si Iruka n'était pas arrivé à ce moment-là, appelant immédiatement les élèves à se calmer et s'asseoir. Elle s'exécuta, prenant sa place habituelle au dernier rang tandis que les chats s'installaient sur sa table. Hoshihi s'aventura même du côté d'Hinata, qui bien vite se mit à le caresser d'une main absente. Il ne ronronna pas, mais l'enfant pouvait voir que cette attention lui plaisait.

Iruka ne fit pas la moindre remarque concernant la présence d'animaux inconnus dans sa salle de classe : soit un membre du clan Yûhi était venu lui parler des circonstances particulières entourant la présence des félins, soit il avait cessé de se poser des questions quant à ce que ses élèves amenaient en cours tant que ça ne perturbait pas la leçon. En tant que professeur pour des futurs ninjas, il avait sans doute d'autres soucis à se faire.

La leçon du jour portait sur les protocoles médicaux à observer quand c'était possible sans perturber le déroulement de la mission. Bien entendu, le professeur rappela que la mission était toujours la priorité d'un bon ninja, ce qui faisait bouillonner Hitomi sur sa chaise – en silence bien entendu. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à tous ceux qui avaient péri à cause de cette logique idiote. Qui s'occuperait d'accomplir les missions quand tout le monde serait mort ? Heureusement, le professeur se concentra bien vite sur la partie intéressante de son cours, et Hitomi se mit à prendre des notes pour les nouvelles cartes de mémorisation qu'elle offrirait à ses amis à la fin de la semaine.

Quelque part un peu avant la pause de mi-matinée, son attention dut revenir d'un coup sec à ce qui se passait dans la classe. Iruka venait de s'interrompre et lançait un bout de craie en direction de Naruto, dont la concentration était partie en fumée. Avant que le projectile ne le touche, Kurokumo avait bondi de l'endroit où il était assis un instant auparavant et attrapait le morceau de craie entre ses mâchoires avant de le recracher devant le blondinet avec une exclamation dégoûtée. Un silence stupéfait s'abattit d'un seul coup sur la classe.

Trois… Deux… Un…

Dans un ensemble harmonieux, les enfants se mirent à rire, sauf Shikamaru qui n'ouvrit même pas un œil, Sasuke qui ne riait pratiquement jamais, et Hitomi, qui oscillait entre mortification et fierté, sentit tous ses muscles se nouer. Elle tendit le bras et passa la main sous le poitrail de Kurokumo pour le ramener vers elle, les joues légèrement rougies d'embarras. Elle prit soin tout de même de le gratouiller derrière les oreilles, juste pour qu'il comprenne qu'elle ne lui en voulait pas, avant de prendre la parole.

— Veuillez m'excuser, Iruka-sensei. C'est la première fois que ces apprentis assistent à une classe, et ils doivent encore apprendre comment se tenir.

Le professeur, qui manifestement avait du mal à croire ce qui venait de se passer – il n'était pas le seul, songea Hitomi – lui fit signe que ce n'était pas grave, et reprit sa leçon. Une dizaine de minutes plus tard, les élèves étaient libérés par la cloche et se dirigeaient vers la cour intérieure. Hoshihi s'était perché sur l'épaule d'Hinata et semblait tout à fait satisfait d'être transporté de cette façon, tandis que tous les autres chatons marchaient autour de leur invocatrice.

— Je ne savais pas que tu étais aussi rapide, Kurokumo. Tu t'es retenu, hier.

— Je ne voulais pas laisser mes amis derrière…

— Je comprends. Mais à l'entraînement, c'est différent. Tu dois me montrer tes capacités à leur maximum, pour que je puisse t'aider à te concentrer sur ce qui a le plus besoin d'être amélioré. Comme ça, tu deviendras aussi fort que possible, très vite. Vos mentors ont dû vous en parler, dans le monde spirituel.

— Hum… quelque chose comme ça, oui. Pour l'instant, ils se sont surtout assurés que nous savions chasser, mais quand on rentrera après les six lunes ici, on devrait apprendre à nous battre.

Hitomi hocha la tête, satisfaite. Bien entendu, elle comptait déjà apprendre à ses compagnons comment se battre aux côtés d'un ninja. Il faudrait qu'elle aille demander conseil au clan Inuzuka pour ne pas faire de bêtise. Certes, leurs familiers étaient des chiens, mais il devait y avoir des principes communs à tous les compagnons qu'elle pouvait observer pour les faire progresser, et progresser à leurs côtés.

La petite fille passa la récréation très près d'Hinata. Elles s'étaient choisi un arbre comme appui pour leurs dos, et leurs coudes ne cessaient de s'effleurer au fil de la discussion. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait, ni la première fois qu'Hitomi se surprenait à rougir et baffouiller légèrement quand le contact la destabilisait. Au moins, elle n'était pas la seule : Hinata aussi réagissait à cette proximité qu'elles semblaient provoquer d'un accord tacite. La jeune Yûhi appréciait profondément l'impression d'intimité qui se déployait dans son buste quand elles discutaient toutes les deux ainsi, si proches que leurs chaleurs corporelles se mêlaient, leurs regards se croisant souvent sans jamais oser se chercher.

Elle n'avait jamais osé se poser de question sur ce qu'Hinata lui faisait ressentir, sur cette douce chaleur, cette impression de paix profonde. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Hinata était l'héritière du clan Hyûga, et puis… Elle ne savait pas si cet élan était réciproque, et ne savait pas comment le découvrir. De toute façon, elles étaient si jeunes, l'une comme l'autre… Elle détourna ses pensées de ce sujet : trouver des objections aux élans de son cœur, découvrit-elle, la faisait souffrir.

Malgré ces doutes, quand les deux petites filles et leurs camarades durent reprendre le chemin de la salle de classe, Hitomi découvrit que son cœur était à nouveau léger et apaisé. Une simple discussion avec Hinata avait cet effet sur elle… Et pas seulement d'ailleurs : Hoshihi et Sunaarashi, les deux chats qu'elle avait tenus sur ses genoux pendant toute la récréation, arboraient une expression d'intense contentement. En voyant cela, la petite fille secoua légèrement la tête, un sourire indulgent sur les lèvres. Elle savait quoi faire, désormais, si ses compagnons décidaient de s'agiter.

Et puis, ça lui donnerait une excuse pour être auprès d'Hinata.