Coucou ! Tout d'abord, merci pour vos gentilles reviews, même si je me repose en ce moment et que j'écris moins vous m'avez bien motivée ! J'espère que ce chapitre vous plaira. Comme vous l'avez sans doute déduit par son titre, on s'avance petit à petit en direction du canon. Kakashi arrivera dans le chapitre 35, mais les choses sérieuses commenceront au chapitre 36. J'espère que je vous ai bien hypés, je vous laisse au chapitre !

Personne ne fut surpris, le lundi matin, quand Iruka annonça la composition des équipes. Hitomi, qui n'avait jamais compris la dynamique et les raisons derrière cette scène en particulier du canon, trouvait bien plus de sens dans la version des évènements qui se déroulait autour d'elle : les aspirants avaient été répartis en équipes, toujours les mêmes, pour une vingtaine d'exercices ces deux dernières années. À de rares occasions, quand ils avaient dû travailler par paires ou unités de quatre ninjas, leurs équipes avaient été cassées et réparties autrement, mais ces cas exceptionnels mis à part, chacun savait parfaitement comment son équipe serait composée quand il deviendrait un Genin.

Cette manière de procéder était tellement, tellement plus logique. Les enfants avaient appris à travailler ensemble, leur solidarité forgée et éprouvée au feu des épreuves – parfois très littéralement, comme cela avait été le cas lors de l'exercice qui avait vu Sasuke éveiller son Sharingan. Bien entendu, leurs qualités individuelles avaient elles aussi été travaillées, mais pas au détriment du reste, et c'était cela, le plus important. À Konoha, ceux qui ne savaient pas travailler en groupe étaient condamnés à rester tout en bas de l'échelle sociale et militaire pendant de longues, longues années – jusqu'à ce qu'éventuellement ils finissent par apprendre, ou jusqu'à ce que l'individualisme leur coûte la vie.

Pour Hitomi, ce week-end avait véritablement mis en lumière l'esprit d'équipe qui se tissait en trame de fond des rapports l'unissant à Sasuke et Naruto. Le samedi matin, les trois adolescents avaient été levés à l'aurore par une Kurenai enjouée et impatiente, et ils avaient découvert leur nouvelle maison sous les rayons francs et rieurs d'une aube de printemps. Elle semblait toute en longueur malgré ses deux étages, les vieilles briques et le bois manquaient manifestement d'entretien et le vernis s'écaillait par endroits, mais rien de tout cela n'était irréparable.

Tous les quatre s'étaient aussitôt mis au travail. Hitomi et Naruto avaient effecté la mudra de la Croix en synchronisation parfaite, puis la jeune fille avait rajouté des clones aqueux, comme elle l'avait fait à son examen la veille. Malgré cela, Naruto avait totalement envahi le jardin avant d'une mer d'orange. Après les avoir complimentés pour leur initiative, Kurenai avait à son tour exécuté un multiclonage, cinq copies d'elle-même apparaissant autour d'elle. Seul Sasuke ne connaissait pas de technique de clone solide, ses réserves de chakra ne lui permettant pas encore d'apprendre le multiclonage. Il n'existait qu'une seule technique de clone élémentaire Katon, la Technique du Clone de Cendres, qu'il ne maîtrisait pas encore. Les Uchiha se concentraient sur l'aspect offensif de leur affinité élémentaire traditionnelle, après tout.

Déplacer toutes leurs possessions d'une maison à l'autre, avec l'aide d'une telle armée, n'avait pris que trois petites heures. Quand leurs nouveaux voisins s'étaient réveillés et avaient compris à quoi ils étaient occupés, ils s'étaient aussitôt joints à l'effort – même Shikamaru, qui ne pesta que pour la forme et fit promettre à Hitomi qu'elle viendrait jouer au shôgi avec lui le soir-même pour se faire pardonner – Shikaku s'occupant de préparer des rafraîchissements pour tout le monde tandis que Yoshino et ses Clones Doton se joignaient à ceux qu'Hitomi, Naruto et Kurenai avaient mis au travail.

Une fois leur ancienne maison totalement vidée, Kurenai et ses trois enfants se rendirent dans un magasin d'ameublement tenu par plusieurs membres du clan Nara. Une bonne partie de la provision de bois du village venait de civils du clan qui travaillaient soit dans la forêt du clan, soit dans l'une de celles, innombrables, du Pays du Feu. À l'époque où les ninjas étaient encore nomades, les Nara étaient déjà réputés pour leur savoir-faire concernant le bois – et les plantes médicinales, bien entendu.

Naruto avait besoin de tous les meubles nécessaires pour une chambre, et de quoi la décorer aussi. Quant à Hitomi et Sasuke, leurs nouvelles chambres étaient plus grandes que les anciennes, ce qui impliquait également l'achat de quelques petites choses pour les remplir et les aménager selon leurs souhaits. Dans ce domaine, Hitomi pouvait se faire plaisir : lors du repas de fête des Akimichi, l'un des deux cadeaux que sa mère lui avait faits était un dossier, dans lequel se trouvait toute la documentation nécessaire concernant le pécule que son père lui avait laissé. À présent qu'elle était une Genin, elle avait le droit d'y accéder et de l'utiliser comme elle le souhaitait. Sasuke avait obtenu le même genre de rentrée d'argent, puisqu'il était devenu Uchiha-sama à l'instant même où il avait reçu son bandeau frontal.

Une fois leurs achats ramenés à la nouvelle maison – les clones s'étaient une fois encore montrés particulièrement utiles – ils avaient pris plaisir à tout simplement s'installer dans leurs nouveaux domaines respectifs. L'un des murs de la chambre d'Hitomi était occupé par une immense fenêtre qui amenait une lumière généreuse dans la pièce et elle voulait en tirer parti en installant son lit contre ce mur. C'était un lit pour deux personnes, une excentricité dans laquelle elle ne prévoyait pas d'emmener qui que ce soit mais qui lui permettrait d'avoir toute la place nécessaire pour s'étaler, rouler et accueillir cinq chats démesurément grands quand ils lui rendraient visite.

Les autres murs accueillirent qui son bureau, qui ses bibliothèques. Au centre de la pièce, elle déroula un tapis si épais qu'elle avait l'impression de marcher sur un nuage de coton, dont la couleur gris perle s'accordait bien avec le parquet pâle et les murs lavande clair. Juste à côté de sa porte, elle accrocha le dessin que Chôji lui avait fait de l'entrée de Konoha, tant d'années plus tôt. Il lui avait offert beaucoup de dessins mieux réussis depuis, qu'elle gardait précieusement dans un classeur dédié, mais celui-là, c'était le tout premier, et à ce titre, il méritait un traitement de faveur.

Quelque part au milieu de ce processus, Yoshino vint les chercher pour les inviter à manger chez les Nara, ce que Kurenai accepta immédiatement. L'ambiance fut conviviale, pleine de rires et de petites blagues qui fusaient sans épargner personne. Hitomi sut immédiatement que ce souvenir ferait partie de ceux qu'elle visiterait encore et encore dans sa Bibliothèque quand les temps seraient durs, pour tirer du réconfort dans ces visages sur lesquels elle lisait un bonheur pur.

Le repas et leurs dernières tâches terminée, trois jeunes adolescents surexcités et leur mère se rendirent dans l'armurerie la plus réputée de Konoha. En tant que Genin, ils avaient besoin de bien plus de matériel que cela n'avait été le cas précédement, et accès à de nouveaux types d'équipement qui donnaient des frissons d'excitation à Hitomi. Cela lui rappelait que de telles restrictions existaient dans les laboratoires – ceux que les ninjas pouvaient utiliser – et qu'elle pourrait désormais inclure de nouveaux éléments dans ses petits trésors.

L'étape qu'Hitomi attendait avec le plus d'impatience était celle du tailleur. Quand ce fut son tour, elle grimpa à l'étage de l'armurerie, dans une salle aux murs recouverts de miroirs, essayant de réfréner son excitation sans trop de succès. Un tabouret se dressait au centre de la pièce, et deux civils, un homme et une femme, attendaient de chaque côté.

— Yûhi-san, dit la femme, entrez. Votre mère a pris rendez-vous il y a des semaines pour vos deux frères et vous. Nous sommes ravis et honorés de nous occuper de l'uniforme de combat de la fille de Kurenai-sama.

— Vous connaissez ma mère ?

— Nous venons d'un clan marchand du Pays de la Roche. Lors de la dernière guerre, nous avons souhaité immigrer à Konoha, et avons été attaqués par les ninjas qui, tant que nous restions à Iwa, avaient fait serment de nous protéger. Votre mère nous a sauvés.

Ce genre de gratitude, Hitomi pouvait comprendre. Elle-même éprouvait un sentiment très proche de celui-là pour Kurenai, qui l'avait aimée sans rien attendre d'elle en retour. Elle n'avait jamais connu ça dans le monde d'avant, et pendant les années de sa petite enfance elle avait dû lutter pour simplement comprendre. Sa mère l'aimait parce qu'il y avait des choses à aimer en elle, et qu'elle pouvait voir chacune d'entre elle. Parce qu'elle méritait son amour, quelle que soient les erreurs qu'elle puisse commettre. Cet amour ne signifiait pas que la moindre de ses erreurs serait pardonnées instantanément, il signifiait qu'elle serait toujours écoutée, considérée, et qu'en cas de grave erreur une chance lui serait toujours donnée de se racheter.

— Bon, fit l'homme, on va commencer avec un classique : la résille d'acier. La plupart des jeunes Genin négligent ce matériau, mais il est très utile pour encaisser les chocs et stopper la plupart des lames. À votre niveau, vous ne devriez pas rencontrer des adversaires suffisamment puissants pour que cette armure devienne inutile.

En entendant cela, la jeune fille ne put empêcher un rire nerveux de se former sur ses lèvres. Aux côtés de Sasuke et Naruto, elle était assurée d'avoir la pire des malchances. Elle avait eu le temps de s'y préparer psychologiquement, mais cette simple petite phrase venait de lui rappeler que le Démon du Brouillard était le prochain obstacle sur sa route. Elle savait ce qu'elle devait faire si elle voulait les sauver, Haku et lui – en fait elle avait même plusieurs plans, en fonction de comment la situation évoluerait – mais pour en passer par là, elle devrait de toute manière se battre contre eux, et cette perspective était terrifiante.

Avec l'aide des deux tailleurs, la jeune fille enfila une chemise de résille et le legging assorti. Avec les deux vêtements, elle était protégée du cou aux chevilles contre les chocs légers et les coupures superficielles. La sensation de la maille d'acier contre sa peau était étrange, tout comme le léger poids ajouté par cette armure, mais elle se pensait parfaitement capable de s'y habituer, si elle s'entraînait suffisamment. De toute façon, de l'entraînement serait indispensable pour s'habituer à sa nouvelle tenue de combat.

— D'après votre mère, vous vous dirigez vers le domaine du fûinjutsu. Une solution populaire parmi nos ninjas pour avoir leurs sceaux offensifs à portée de main est de les dissimuler dans des couches de bandage protecteur. Voulez-vous essayer ?

Avec détermination, Hitomi hocha la tête. Elle avait réussi, grâce aux informations qu'Ensui lui donnait ici et là, à trouver deux ou trois sceaux de combat qu'elle avait pu adapter à ses besoins. Le plus utile, pour elle, resterait cependant d'avoir des sceaux de stockage remplis d'eau à sa disposition pour ne pas devoir consommer inutilement du chakra en conversion. Elle tendit le bras, et l'homme du duo commença à enrouler un bandage autour de son poignet, glissant un morceau de papier entre deux couches de sorte qu'un petit coin dépasse. Pendant quelques minutes, la jeune fille s'entraîna à dégainer ce simulacre de sceau de manière fluide. Il lui faudrait répéter ce geste jusqu'à ce qu'il devienne instinctif, mais son avis était tranché.

— Oui, j'en veux définitivement dans mon équipement. Concernant la forme de ma tenue, j'aimerais un kimono court de combat, avec des manches suffisamment larges pour cacher mes mains quand je compose des mudras ou prépare une attaque. Qu'est-ce que vous avez à me proposer ?

Son choix finit par se porter sur un kimono coupé juste au-dessus du genou. La première couche de tissu, près du corps, était d'une nuance de rouge très proche de celle de ses yeux, tandis que la deuxième, plus épaisse, était gris anthracite. La obi était écarlate également, mais une cordelette de soie tressée noire courait en son centre et servirait à suspendre une partie de ses outils, tandis que le reste, comme son sabre, serait coincé entre la obi et le kimono en lui-même. La coupe du vêtement était plutôt moulante, le tissu suffisamment souple pour suivre ses mouvements sans problème, tandis que les manches étaient aussi larges qu'on pouvait le souhaiter, bien assez en tout cas pour distraire un opposant au fil de ses mouvements. Le problème majeur de cette tenue était le nombre de fois qu'il lui faudrait venir la faire ajuster au fil de sa croissance, mais il s'agissait d'un bien maigre prix à payer.

Le culte de l'apparence avait toujours été un concept extrêmement important dans le mode de vie d'un shinobi, malgré tout ce qu'on pouvait prétendre. Il fallait que dès les premiers instants le ninja instille la peur dans le cœur de ses opposants, et pour cela, un physique et une tenue impressionnants étaient bien utiles. Dans le cas d'Hitomi, toutefois, tout était fait pour lui donner l'apparence d'une petite poupée, les manches si vastes et les teintes sombres accentuaient sa stature frêle. Même les bottes qu'elle choisit, avec leurs semelles plates, insistèrent sur l'image qu'elle voulait donner : celle d'une jeune fille inoffensive et superficielle. L'exact opposé d'une menace.

Quand elle sortit de là, sa tenue habituelle sur le dos et la nouvelle dans un sac, Hitomi se sentait intensément satisfaite. Le prix de cette tenue et des versions pour temps très chaud et très froid, ainsi que quelques changes, entrait dans son budget en lui laissant une belle marge pour du matériel de fûinjutsu. Depuis qu'elle n'avait plus à sortir l'argent pour l'équipement de support de ses amis de sa poche, elle pouvait à nouveau se permettre d'expérimenter avec des sceaux, et ce serait d'autant plus vrai maintenant qu'une rentrée d'argent plus importante et régulière allait se faire une place dans ses comptes.

Ensuite ce fut le tour de Naruto, qui redescendit vêtu d'une chemise de résille et d'un pantalon noir, par-dessus lesquels il portait un long manteau gris sombre. L'ourlet de ce manteau, ainsi que ses manches, étaient décorés de flammes orange – parce que Naruto ne serait pas lui-même s'il ne portait pas sur lui sa couleur favorite. Sasuke, quant à lui, prit deux fois plus de temps que son frère et sa sœur… Pour ressortir avec exactement la même tenue que Naruto, avec une seule véritable différence : son manteau n'était pas décoré de flammes, mais du blason des Uchiha dans son dos. Les deux garçons avaient l'air fier de leur accoutrement, et ils avaient des raisons de l'être : cela se voyait, qu'ils étaient jeunes, mais ils n'avaient pas cette image « fraîchement sortis de l'Académie » qui leur collait à la peau jusqu'ici. Quant à Hitomi, on aurait dit qu'elle n'y avait jamais mis les pieds en premier lieu. Absolument parfait.

— Bon, maintenant que vous avez tous ce qu'il vous faut, je vous propose de rentrer. Notre premier dîner dans une nouvelle maison est une affaire importante pour la famille.

— Dans ce cas, tu devrais inviter Asuma-san.

Le commentaire d'Hitomi figea net sa mère, qui la dévisagea comme si elle venait de parler une langue étrangère. Pourtant, la jeune fille savait que ce n'était pas le cas : elle avait verrouillé les deux langues qu'elle avait parlées dans le monde d'Avant si profondément dans sa Bibliothèque que rien ne pouvait lui échapper par accident. Elle répondit au regard de son sourire le plus innocent.

— Asuma ? Mais…

— Maman, s'il te plaît. Je sais que c'est vraiment sérieux entre vous, même si vous essayez de le cacher. Si je devais deviner, je dirais que ça a autant à faire avec nous qu'avec le fait que vous allez tous les deux diriger une équipe Genin à partir de lundi.

— Mais comment tu…

— Asuma-san et Shikaku-ojisan se voient au moins une fois par semaine depuis des mois, si ce n'est plus. Shikamaru m'en a parlé, et j'ai pu le voir par moi-même. Je disais donc que je comprends pourquoi vous ne voulez pas que tout le village le sache. Le timing n'est pas le meilleur. Mais je sais que c'est très sérieux entre vous, tu l'aimes vraiment, vraiment, et je peux voir quand il te regarde qu'il t'aime aussi. Je ne dis pas que vous devez vous marier demain. Je dis simplement que, si tu en as envie, tu devrais inviter Asuma-san à dîner avec nous ce soir.

— Hitomi a raison, Kurenai-san ! Asuma-san est un type génial, pas vrai Sasuke ?

— Hm hm.

— Tu vois, Maman ? Tout le monde est d'accord. Tant qu'Asuma-san ne te traite pas mal, je te promets que je ne m'en prendrai pas à lui. J'empêcherai même Naruto de lui faire des farces.

— Eh !

— Oui ? fit la jeune fille avec son sourire le plus doux, les sourcils légèrement haussés comme pour le défier de la contredire.

— Euh… Ah… Rien ?

Une fois qu'Asuma les eut rejoints à la maison, le dîner put commencer. Exactement comme Hitomi l'avait imaginé, la soirée fut délicieuse. Après le repas, elle passa plusieurs heures à jouer au shôji contre Sasuke et Naruto, qui s'étaient alliés pour tenter de la défaire. L'intelligence stratégique de l'un et les tendances imprévisibles de l'autre ne suffirent pas ; après tout, Hitomi affrontait très régulièrement son cousin et son oncle, immensément doués, et son jeu gardait encore la trace du style impitoyable et souple d'Ensui.

Gaara,

J'espère que ton examen s'est bien passé. Aujourd'hui, je suis allée avec ma famille acheter mon équipement ninja. J'ai réalisé à quel point j'avais changé, physiquement, ces dernières années. Me reconnaîtras-tu ? Tu me manques énormément. Je veux tellement te présenter mes frères, ma mère, ma petite amie, mes amis. J'ai hâte qu'ils puissent te rencontrer et réaliser quelle personne extraordinaire tu es. Pendant toutes ces années à mes côtés, ils ont demandé plus d'une fois ce que j'écrivais dans ce carnet. Je ne leur ai pas parlé de mon invention, mais je vais le faire demain matin : je veux que nos équipes gardent contact. J'espère qu'une mission me conduira bientôt à Suna. Le désert me manque, mais toi encore plus.

Prends bien soin de toi,

Hitomi.

Hitomi,

Mon examen n'était qu'une formalité. Ensui m'a vraiment bien préparé, et grâce à Temari et Kankurô, je savais à quoi m'attendre. Je pense que les élèves de l'Académie ont eu la frayeur de leur vie en me voyant dans la salle de classe… Ma réputation n'est toujours pas bonne. J'espère que cela changera un jour.

Ton shihou, comme tu le sais, s'est rapproché de certains Jônin du village ces dernières années. L'un d'eux, Baki, deviendra le sensei d'une équipe composée de ma fratrie. C'est rare, à Suna, mais nous voulons essayer le système que vous avez mis en place à Konoha. Ensui a décidé qu'il était temps pour lui de nous quitter, que nous étions en sécurité et capables de veiller sur nous-mêmes. Il a raison, sans doute. Il partira demain matin et devrait arriver à Konoha dans trois ou quatre jours. Il me manquera, bien entendu. Il a été bon pour mon frère, ma sœur et moi. J'ai l'impression que grâce à lui des choses ont commencé à changer à Suna.

J'ai hâte de te revoir, moi aussi. Je veux voir de mes yeux ce que tu me décris dans chacune de tes lettres, rencontrer les gens que tu aimes tant, comprendre ce qui vous lie les uns aux autres. Grâce à toi, grâce à Kankurô et Temari, j'ai l'impression que je comprends mieux les interactions humaines… Mais il y a toujours de nouvelles choses à apprendre dans ce domaine.

Tu me manques,

Gaara.

Voir ce message le lendemain matin dans son carnet réchauffa le cœur d'Hitomi. Un doux sourire aux lèvres, elle s'habilla, alla effectuer son salut au soleil dans le jardin et, pour la première fois, noua autour de son front le bandeau frontal qui la désignait comme un ninja de Konoha. Pendant le week-end, sa mère l'avait recousu sur une bande de tissu rouge, qui s'accordait mieux avec le reste de sa tenue que le bleu standard. Ses deux frères descendirent tandis qu'elle remplissait leurs étuis d'armes de jet. Naruto semblait déjà débordant d'énergie, tandis que Sasuke tirait sa tête renfrognée habituelle du matin.

— J'ai tellement hâte qu'on commence les missions ! Tout le monde va pouvoir voir qu'on est la meilleure équipe !

— Ah, Naruto, on ne va pas exactement pouvoir montrer nos talents au village tout de suite.

— Uh ?

— Les missions de rang D auxquelles nous allons être limités au début ressemblent plutôt à des corvées qu'à de véritables missions. Désherber un jardin, livrer des courses, …

— Quoi ? Mais pourquoi on fait faire ce genre de choses à des ninjas ?

— Pour plusieurs raisons, intervint Sasuke. Le village veut s'assurer que nous sommes de confiance avant de nous confier des tâches plus importantes. Elles nous permettent aussi de fonctionner en équipe dans des conditions réelles.

— Sasuke a raison, reprit Hitomi. Nous sommes la première génération de Genin à avoir eu droit à des travaux en équipe régulièrement à l'Académie. Nous sommes des sujets de test, si tu préfères. En plus de tout ça, les missions de rang D et leurs payements nous permettent de devenir des acteurs de l'économie du village. Nous payons pour les services de nos citoyens et en retour, quand ils ont besoin de notre aide, ils nous embauchent. Ces missions ne sont pas amusantes, Naruto, mais je te promets qu'elles sont utiles.

— Hm… Je crois que je comprends. Bah, tant que je suis avec vous deux, je peux même trier des grains de riz pendant toute une journée sans m'arrêter.

— Aaaaaaw, Naruto, tu es adorable ! Pas vrai Sasuke ?

S'étant jetée sur le blond pour le serrer très fort dans ses bras, elle haussa un sourcil avec son sourire le plus doux et menaçant au Uchiha qui ne répondait pas. Avec un sursaut de frayeur, il se mit à hocher frénétiquement la tête. Ses yeux étaient si écarquillés qu'on aurait dit le regard d'un animal traqué.

— Hitomi, intervint Kurenai en descendant les escaliers, arrête de perturber tes frères de bon matin.

— Mais c'est tellement facile, Maman !

— Justement. Retourner le cerveau de quelqu'un de difficile à atteindre, ça, c'est gratifiant. Allez les enfants, il est temps de prendre votre petit-déjeuner si vous ne voulez pas être en retard à l'Académie.

Les trois nouveaux Genin s'exécutèrent, s'attablant autour du petit-déjeuner qu'Hitomi avait préparé après ses étirements à l'extérieur. Même Sasuke avait du mal à dissimuler son impatience sous sa façade impassible habituelle : ses yeux brillaient, ses gestes étaient plus vifs et moins précis, tout autant de signes qu'il n'en pouvait plus d'anticipation. Naruto, bien entendu, était moins discret. Il sautillait sur sa chaise et parlait fort, exubérant et fou de joie à l'idée de faire un pas en direction de son rêve.

Il avait eu une conversation avec Kurenai, comme celle-ci l'avait promis à Hitomi, durant le week-end. Elle ne lui avait pas parlé de sa famille - ce secret était toujours classé - mais elle lui avait expliqué qu'une force démoniaque dormait en lui et pourrait se manifester dans les moments de grand besoin. Au début, Naruto avait été tendu, mal à l'aise en présence de Sasuke et Hitomi, comme s'il craignait d'être rejeté, mais la jeune fille l'avait aussitôt attiré dans ses bras, chuchotant à son oreille qu'elle savait, que ça ne changeait rien… Et Sasuke avait souri, de ce petit sourire en coin mi-attachant mi-agaçant qui en disait plus qu'une longue tirade.

Ils arrivèrent à l'Académie un peu avant qu'Iruka entre dans la classe. Aussitôt, ils allèrent se mêler à leurs amis, accueillis par des exclamations enthousiastes. Tout le monde savait que Naruto avait réussi l'examen : il maîtrisait les techniques testées, si ce n'était le clonage pour lequel il avait une meilleure alternative. Personne ne fut donc surpris de le voir ni ne remit en doute le droit qu'il avait d'être là, parmi eux.

Quand le professeur entra et demanda le calme, tout le monde s'exécuta avec une discipline paisible. Nul ne voulait perturber cette toute dernière cérémonie, après tout. Comme de coutume, la Compagnie des Neuf occupait tout le dernier rang. Iruka croisa le regard d'Hitomi et lui fit un discret sourire, qu'elle retourna avec une légère inclinaison de la tête. Elle le remerciait pour ce qu'il lui avait appris, il la remerciait pour tout ce qu'elle avait accompli. Sans sa volonté d'unir les élèves les plus influents de sa promotion, l'expérience qui avait consisté à faire travailler les futures équipes ensemble avant leur diplôme n'aurait sans doute pas eu les mêmes résultats. Les autres élèves, quand ils avaient compris qu'ils ne rentreraient pas dans ce groupe-là parce qu'ils ne souhaitaient tout simplement pas s'entraîner autant, avaient formé d'autres groupes. Les professeurs n'avaient eu qu'à regarder pour former les équipes.

Aucune surprise ni protestation ne marqua l'annonce des équipes. Bien vite, les nouveaux sensei appelèrent leurs élèves les uns après les autres, et il ne resta que l'Équipe Sept. Le temps s'étira lentement, tandis qu'Hitomi lisait un livre et que les deux garçons affûtaient leurs armes. Finalement, Iruka, qui était resté avec eux, soupira et se leva, une expression désapprobatrice clairement visible sur ses traits.

— Bon, les enfants, je dois y aller. Je peux vous laisser attendre votre sensei ?

— Sans problème, répondit Hitomi. Si on veille à ne pas le rater, est-ce qu'on peut utiliser l'une des salles d'entraînement en attendant ?

— Je ne vois pas de problème. Tenez, voici la clé de la salle deux, elle devrait être vide à cette heure-ci. Je viendrai la chercher ce soir chez Kurenai-san.

— Merci, Iruka-sensei ! À ce soir !

Les trois jeunes gens regardèrent leur ancien professeur partir. Quand il se fut éloigné hors de portée de voix, Naruto se tourna vers Hitomi, visiblement curieux :

— Comment tu veux qu'on guette notre sensei si on est occupés à s'entraîner ?

— Oh, c'est vrai, je ne t'en ai pas parlé… La semaine dernière, je m'entraînais avec le multiclonage et j'ai remarqué quelque chose de bizarre : quand mon clone se dispersait, je recevais des impressions, sensations et souvenir qui ne m'appartenais pas. J'ai interrogé Maman et elle m'a dit qu'il s'agissait de l'une des propriétés de la technique. Puisque c'est toi qui as le plus de chakra, tu vas laisser quelques clones un peu partout dans l'Académie et, si l'un d'eux aperçoit un ninja inconnu, il n'aura qu'à se dissiper pour que tu en sois averti.

— Wouah ! Le multiclonage est vraiment la plus cool de toutes les techniques !

— Ne dis pas ça devant Kiba. Le pauvre serait blessé que tu trouves une technique plus cool que celles de son clan.

Sur ce, les enfants se dirigèrent vers la salle d'entraînement, Naruto créant des clones à intervalles réguliers sur le chemin pour qu'ils se mettent à guetter à leur place.