Coucou ! Je suis contente d'enfin poster ce chapitre, vous devinerez sans peine pourquoi en le lisant ! Une alliance improbable se forme, et elle aura des conséquences plusieurs dizaines de chapitres plus tard. J'espère que la fin de vos vacances se passe bien, et que vous aimerez votre lecture !
Pendant deux jours, il fut totalement interdit à Hitomi d'utiliser son chakra, même pour des tâches aussi peu exigeantes que l'activation d'un sceau. Quand son équipe prit ses premières missions de rang D, elle dut donc se limiter à la supervision et à la logistique. Elle aurait aimé faire plus – il ne fallait pas de chakra pour désherber un jardin ou porter un sac de courses – mais ses coéquipiers ne la laissaient pas faire, et la seule fois où elle avait résisté et rabroué Naruto avec agacement, il l'avait frappée en pleine figure avec les Yeux. Elle n'avait jamais autant regretté de lui avoir appris cette technique.
Kakashi, quant à lui, observait ce manège avec ce qui ressemblait avec un mélange d'amusement et d'approbation. Tandis que les deux garçons avaient droit à des conseils qui leur servaient à améliorer leur taijutsu, il se plongeait dans les travaux d'Hitomi concernant le fûinjutsu et annotait ses récentes tentatives pour créer une variante exclusivement lumineuse du sceau explosif – en dix, peut-être vingt fois plus ardent. Tant qu'elle restait dans le domaine théorique, il ne voyait aucun souci à lui donner un coup de main. De toute façon, s'il ne l'avait pas fait, elle aurait essayé par elle-même, et comme ça, au moins, il pouvait garder un œil sur elle.
Le matin du troisième jour, quand il arriva au terrain d'entraînement numéro trois, il la trouva seule les pieds dans le ruisseau qui traversait la clairière, manifestement en train d'essayer d'apprendre une nouvelle technique. Il était surpris de la voir : il était venu très tôt exprès pour saluer Obito avant de commencer sa journée. Que ladite journée commence généralement en faisant poireauter ses adorables petits élèves était juste un hommage supplémentaire – à la fois à son ami tombé au combat et à son sensei qui avait tant aimé enseigner et faire tourner ses pupilles en bourrique.
— Bonjour, Hitomi-chan. Technique Suiton, hm ? Qu'est-ce que tu essaies d'apprendre ?
La jeune fille sursauta et perdit visiblement sa concentration, l'eau qui avait commencé à s'élever devant elle retombant en éclaboussures impressionnantes. Quand la perturbation eut disparu, elle répondit à son sensei, le ton sans doute trop enjoué pour quelqu'un qui venait de connaître un échec :
— L'Embuscade des Eaux Mouvantes ! Je ne sais pas encore pourquoi je n'y arrive pas, mais je vais trouver !
Le Ninja Copieur hocha la tête avec approbation. Cette technique, bien que quelque peu négligée par la plupart des ninjas possédant une affinité Suiton, était très utile en combat. Puisqu'elle était boudée, peu d'opposants connaissaient son existence même, et ceux qui avaient cet avantage le gaspillaient en étant surpris quand ils se retrouvaient piégés dans ses effets. La technique servait de porte d'ouverture pour la Prison Aqueuse, et en était globalement une version moins solide, plus faible, qui immobilisait l'adversaire jusqu'aux genoux dans une eau épaissie par du chakra.
— Ah, tu ne risques pas d'y arriver comme ça. Certains jutsus nécessitent une cible pour être maîtrisés.
— Sensei ! protesta-t-elle avec une moue boudeuse. Je vous ai dit que j'allais trouver !
— Pourquoi gaspiller du temps et du chakra à tâtonner dans le noir inutilement ?
La jeune fille ne répondit pas, les sourcils froncés et les lèvres pincées, se contentant de se détourner de lui avec une exclamation agacée.
— Ah, Hitomi-chan, ne sois pas fâchée avec ton pauvre sensei. Allez, pour me faire pardonner, je vais te servir de mannequin d'entraînement.
Sur ce, il s'empressa de se placer devant elle, ses pieds restant soigneusement à la surface de l'eau. Contrairement aux siennes, les bottes d'Hitomi n'étaient pas ouvertes au niveau des orteils, ce qui expliquait qu'elle ne gâche pas son chakra de la sorte. Kakashi ne comprenait toujours pas à ce jour pourquoi tous les Villages Cachés – même Sunagakure, par l'Ermite Rikudô ! – avaient adopté les sandales ouvertes. Pourtant, il en portait lui aussi, finalement. Il avait fini par s'y habituer, à force.
Hitomi maîtrisa la technique juste à temps pour que ses frères, en arrivant, la voient l'exécuter parfaitement. Elle laissa échapper une exclamation de victoire et relâcha aussitôt sa prise, courant se jeter dans les bras de Naruto, qui l'accueillit en riant avant de lui tendre un bentô décoré de fleurs de jasmin.
— Vraiment, taquina Sasuke, avec une mémoire comme la tienne, on pourrait s'attendre à ce que tu n'oublies pas des choses aussi simples !
— Hm ? intervint Kakashi. Qu'est-ce que sa mémoire a de spécial ?
— Ah, Hitomi est un génie ! Elle n'oublie absolument rien ! C'est grâce à elle que j'ai réussi les tests de l'Académie, sensei, vous pouvez le croire !
— Ah bon ? Une telle aptitude n'est pas mentionnée dans ton dossier, Hitomi-chan.
À cela, Hitomi répondit d'abord d'une exclamation quelque peu dédaigneuse.
— Bien entendu que ce n'est pas mentionné. J'ai fait bien attention à le cacher aux adultes de l'Académie. Je n'avais aucune envie de me faire réquisitionner par la division Cryptage et Décodage, merci bien !
Kakashi ne put s'empêcher d'avoir un temps d'arrêt en entendant cette affirmation si assurée. Qu'une enfant entrée à l'Académie à sept ans soit capable de réfléchir assez au-delà du bout de son nez pour comprendre qu'afficher certains talents pouvaient pousser un aspirant sur un chemin dont il ne voulait pas le surprenait. Cela dit, Hitomi vivait entourée de Nara. Son clan était réputé pour produire génie sur génie, si bien que de nombreux clans avaient tenté de mettre la main sur l'un des leurs pour faire entrer cette tendance dans leur propre descendance… Sans succès. Les Nara étaient l'un des seuls clans à ne conclure que des mariages d'amour.
— D'accord, je vois. Bon, dans ce cas, je vais tester ta mémoire maintenant, pour voir comment on peut s'en servir pour nos stratégies d'équipe. Penses-tu que tes souvenirs sont fiables ?
— Hum, réfléchit-elle, ça dépend, je pense. Quand un souvenir est lié à une forte émotion, c'est difficile pour moi de dissocier l'un de l'autre. En revoyant le souvenir, je ressens à nouveau ce que j'ai éprouvé en le créant, dans une moindre mesure, mais quand même… Certains de mes souvenirs sont indiscutablement teintés par mes sentiments.
— Et à part ça ?
— À part ça, elle est excellente. Je me souviens de tout ce que j'ai vécu, vu ou lu sans le moindre problème. Je peux accéder à ces informations quand je le veux.
— À ce point ? Très bien, voyons voir… Cite-moi la page 247 du Manuel du Shinobi, en commençant par le deuxième paragraphe.
— Le devoir du shinobi va d'abord à son village, ensuite à son clan, à sa famille et à ses amis enfin. Ainsi, si l'un de vos amis se dévoile comme un traître à votre village, votre devoir en tant que shinobi est de rassembler des preuves de sa déloyauté et de les amener devant votre Kage, lequel prendra ensuite une décision le concernant. Vous devrez préparer votre âme et votre bras, le cas échéant, à…
— Stop, arrête-toi là.
Hitomi s'interrompit si brutalement que ses dents claquèrent légèrement entre elles. Sasuke, Naruto et elle n'avaient jamais abordé cet aspect de la vie d'un ninja. Tous les deux avaient lu et appris ce passage, mais son blondinet de frère était trop pur, trop naïf et idéaliste pour en comprendre toute la portée. Quant au dernier Uchiha… Il semblait parfois à la jeune fille qu'il sentait un lien ténu, distordu, entre ce genre de principes et ce qui était arrivé à son clan. Tant de circonstances suspectes entouraient la nuit du massacre… Elle était surprise de ne jamais l'avoir entendu poser la moindre question à qui que ce soit à ce sujet.
— As-tu lu les livres de loi des clans ?
— Ceux des clans Yûhi, Uchiha, Uzumaki et Hyûga. Ce n'est pas facile d'en obtenir l'accès, donc pour les autres, j'attends de pouvoir mettre la main dessus.
— Très bien. Article six, paragraphe deux du livre des Uzumaki.
— Cultiver des herbes médicinales dans son jardin sur le territoire du clan autorise le propriétaire dudit jardin à demander une réduction de cinq pourcents des taxes sur la paye des missions de rang B et supérieur, à condition qu'une partie de la production des herbes susmentionnées soit offerte à l'administration du clan. Pour obtenir cette réduction, il faut s'adresser au clerc en titre du clan, qui est tenu de fournir un formulaire à remplir et rendre endéans les sept jours. Une inspection du jardin aura lieu dans le mois qui suit, et la décision rendue dans les soixante jours après l'introduction de la demande.
— Quand as-tu lu ce livre de lois ?
— Hum… C'était quand je parlais à Naruto de son clan, donc il y a cinq ans.
— Je vois… On fera d'autres tests de ta mémoire en situations réelles dans les semaines qui viennent. Elle peut devenir un excellent outil pour notre équipe.
Hitomi hocha la tête avec enthousiasme. Elle avait déjà eu droit à sa part de tests auprès du clan de son père, mais ceux-ci n'avaient jamais été orientés vers une possible utilisé dans la vie d'un shinobi. Elle était trop jeune alors, et tout le monde pensait qu'elle ne pourrait jamais devenir un ninja à cause de sa maladie – qui les en aurait blâmés ? rien que de se trouver au milieu d'autres ninjas la rendait malade à cette époque.
Les heures qui suivirent furent consacrées à la toute première mission de rang D à laquelle Hitomi avait le droit de prendre part. Il s'agissait de trier les nouveaux livres commandés par la Bibliothèque Centrale du village, quelque chose que n'importe quel civil aurait pu faire avec juste un peu de pratique, mais cela ne l'empêcha pas d'être heureuse de travailler, de gagner sa part. Qu'elle puisse le faire immergée jusqu'aux genoux dans des piles de livres était seulement un joli bonus. Avec les clones que Naruto et elle pouvaient produire à foison, la mission fut terminée en une heure à peine.
Après qu'ils eurent écrit et confié leurs rapports au Bureau de Liaison des Genin, Kakashi décida de les emmener manger. Bien que Naruto ait plaidé pour qu'ils aillent chez Ichiraku, il résista et l'équipe déjeuna plutôt dans l'un des restaurants de grillades que le clan Akimichi gérait dans le village. Bien vite, ils furent attablés, des lanières de viande parfumée chantant joyeusement sur le grill devant eux. Alors qu'elle ramenait sa part sur son assiette, Hitomi entendit une voix dans son dos qui lui donna des frissons d'allégresse.
— Gamine, la prochaine fois que tu m'envoies me perdre six ans au milieu du désert, je te promets sur la tête d'Hashirama que je t'emmène avec moi.
— Shishou !
Son éclat vif et brusque avait attiré l'attention de tous les autres clients ; Hitomi n'aurait pas pu moins s'en soucier. Elle recula sa chaise de la table et, en deux pas à peine, fut noyée dans une étreinte qui sentait le pin et la cannelle – son shishou était enfin rentré à la maison. Elle le serra contre elle aussi fort qu'elle pouvait, le visage pressé contre son cou, le nez contre l'endroit où sa carotide pulsait rapidement. Il lui avait tellement, tellement manqué.
La jeune fille savait, comme chacun de ses pairs, qu'un shinobi ne devait pas pleurer. Elle avait beau trouver cette règle stupide, inutile, dangereuse même dans certaines circonstances, elle n'avait jamais publiquement protesté contre elle et s'y était pliée avec grâce, aidant même parfois ses amis à serrer la brise à leurs propres émotions. Pourtant, là, pressée contre le grand corps solide de son maître, elle éclata en sanglots bruyants, lourds, soulagés. Malgré son vocabulaire étendu, la connaissance intime de trois langues riches en nuances, les mots pour exprimer les sensations que son retour lui apportaient étaient impossibles à trouver.
— Doucement, doucement. Je suis là. Tu m'as tellement manqué toi aussi, Hitomi.
De nouveau petite fille, la plus jeune des Yûhi ressentit une gratitude débordante envers ses coéquipiers et son sensei, qui ne vinrent pas interrompre ce moment. Elle pouvait entendre Sasuke expliquer à voix basse la correspondance soutenue que maître et disciple avaient entretenue tout au long de ces six années, et Naruto ajouta même une anecdote qui impliquait une question d'Iruka et une réponse correcte qu'elle avait donnée sans même lever les yeux de la lettre qu'elle était en train de lire, mais ni les deux enfants ni l'adulte ne percèrent la bulle d'intimité et de réconfort qui s'était naturellement formée autour d'eux.
— Tout va bien, Hitomi. Je n'ai rien. Je suis juste fatigué, et affamé. Est-ce que ça te dérangerait si je me joignais à vous ?
Aussi simplement que ça, ce fut décidé. Ensui prit la place d'Hitomi près de la fenêtre et Sasuke décala grâcieusement sa chaise pour qu'elle puisse s'asseoir entre eux deux. Ils étaient un peu serrés, mais elle n'aurait pu s'en trouver dérangée, pas le moins du monde.
— Shishou, je vous présente mon équipe. Naruto et Sasuke sont mes frères, adoptés par Maman ces dernières années, comme je vous l'ai raconté. Kakashi Hatake est notre sensei.
Les deux hommes se regardèrent un long moment, et la tension qui avait semblé régner dans l'espace les séparant se dénoua soudain. Bien entendu, leurs figures publiques étaient dans des factions opposées du village : Kakashi était l'homme d'Hiruzen, l'élève de l'élève de son élève, tandis qu'Ensui n'avait jamais fait mystère de ses pensées concernant la manière dont le village était dirigé par le vieil homme. Pourtant, ils n'avaient aucun mal à trouver un terrain d'entente : des enfants qu'ils entendaient bien protéger, au prix de leur vie si nécessaire.
Plus tard, alors qu'il était temps pour l'Équipe Sept de retourner sur le terrain d'entraînement, Kakashi proposera à Ensui de se joindre à eux. Malgré la fatigue, l'homme accepta. Il manquait de vocabulaire et d'ouverture pour parvenir à le mettre en mots, mais son apprentie lui avait profondément manqué. Le seul fait de la voir plus âgée, plus vive, vivante répandait dans son buste une chaleur dont il s'était senti affamé pendant toutes ces années loin d'elle. Les lettres… Les lettres avaient aidé, sans le moindre doute. Mais rien de ce qu'elle aurait pu mettre par écrit n'était comparable au soulagement et à la tendresse qu'il ressentait en posant les yeux sur elle.
Il ne s'était jamais interrogé sur la place qu'elle avait prise dans sa vie, parce que cela lui avait semblé tellement naturel et simple. Une fois en mission, séparé d'elle, sans aucun moyen pour tenir les problèmes à l'écart d'elle et de ceux qu'elle aimait… Les questions étaient venues toutes seules, l'une après l'autre. Il avait fait assez de cauchemars dans lesquels il trouvait son petit corps brisé, baignant dans une mare de sang, pour savoir qu'il s'agissait à présent de l'une de ses plus grandes peurs.
Ensui avait eu un fils, une éternité plus tôt. Un fils qu'il avait élevé seul alors qu'il tenait encore le deuil de la femme qui l'avait mis au monde, un fils qu'il avait porté en écharpe tout autour du village, un fils qui bien vite lui avait été dérobé par la sombre influence du Conseiller Danzô Shimura. Oh, comme Ensui avait haï cette araignée faite homme quand son fils n'était pas rentré à la maison. Comme il avait haï Hiruzen pour la faiblesse de son âme vieillissante. Il ne supportait plus alors de poser les yeux sur ces terres qu'il avait tant aimées et qui lui avait pris la seule chose qu'il aimait davantage qu'elles.
Son retour au village, presque huit ans plus tôt, était censé être temporaire. Il avait escompté fuir à nouveau, loin de tous les souvenirs qui marchaient dans son ombre et le rejoignaient une fois la nuit venue, mais Shikaku l'avait arrêté. Ensui avait toujours respecté le chef de son clan, le seul à avoir toujours su comment tenir le Grand Conseil à l'écart de ses affaires, si brillant, si sage, et pourtant bienveillant, compatissant même quand il était apparu devant lui en homme dévasté. Il avait écouté son chef lui parler d'une petite fille, sa nièce, malade comme lui l'avait été au même âge, une petite fille qui ne désirait rien tant que de devenir un ninja comme sa mère et son père décédé tandis qu'Ensui se trouvait au loin.
Il avait accepté, plus comme une faveur à Shikaku que motivé par un réel désir d'enseigner. Oh, il devait admettre qu'il avait tout de suite ressenti une juste part de curiosité en l'entendant parler de la gamine. Il avait sonné si fier d'elle, autant que de son propre fils, en lui parlant d'elle, de son intelligence, de son talent au shôgi. Et puis il l'avait emmenée, et il avait pu constater que chaque compliment qu'il avait entendu dans la bouche de son oncle était justifié. Hitomi Yûhi était une enfant exceptionnelle, mais plus que cela, elle était l'enfant idéale pour devenir sa disciple.
Lui qui n'avait jamais spécialement eu envie de transmettre son savoir trouva vite en elle le réceptacle parfait. Il était sûr qu'elle le surpasserait un jour dans plus d'un domaine, et priait tous les dieux dont il connaissait le nom pour être encore en vie quand ce jour arriverait. Il voulait la voir, adulte et triomphante, accepter du Hokage qui serait alors en place le titre de Maîtresse des Sceaux – et être reconnue comme elle le rêvait.
S'il n'avait plus d'enfant de sa propre chair pour prendre la relève quand il serait trop vieux et trop fatigué, Ensui avait Hitomi. Il avait sa douceur, sa vivacité, son rire et ce sourire redoutablement conciliant quand elle préparait un coup tordu. Il avait la manière dont sa voix traînait légèrement sur les voyelles, les gestes souples de sa salutation au soleil, son amour des formulations compliquées et l'odeur de l'encre dans ses cheveux quand elle s'endormait sur son travail.
Il avait une fille, et il était de retour à la maison pour la protéger et l'aider à grandir. Cette conclusion s'était montrée récalcitrante au début – accepter une enfant comme sienne ressemblait un peu trop à une trahison, peut-être. Il n'aurait pu s'en soucier moins aujourd'hui, alors qu'elle était accrochée à son bras et racontait tous ses exploits, vrais ou non, à deux jeunes garçons qu'elle appelait ses frères. Cette vision lui semblait si précieuse qu'il aurait voulu posséder la mémoire de son apprentie et pouvoir revoir ce souvenir encore et encore.
— Ainsi donc, voilà le fameux shishou dont Hitomi parle toujours avec tellement de fierté. J'ai beaucoup entendu parler de toi, Ensui Nara.
— Et j'ai beaucoup entendu parler de toi, Kakashi Hatake. Dans n'importe quelles autres circonstances, nous nous serions sans doute un jour retrouvés sur des côtés opposés du champ de bataille. Mais faire de toi mon ennemi rendrait Hitomi malheureuse.
— Et nous ne voulons pas que cela arrive, pas vrai ? C'est drôle, je pensais que ce rôle de professeur était la pire chose qui pouvait m'arriver tel que je suis aujourd'hui, jusqu'à ce que je les voie travailler ensemble comme ils le font. Ces changements à l'Académie sont vraiment pour le mieux.
— Oh, elle avait commencé à travailler avec eux bien avant cette initiative. Hitomi m'a raconté chaque étape de la construction de sa Compagnie des Neuf.
— La Compagnie des Neuf ?
— Oui, le nom est un peu ridicule, mais le concept en lui-même… Il s'agit d'une alliance, ou plutôt d'une amitié, je dirais, entre les membres de ton équipe et de celles de Kurenai et Asuma. Ces enfants travaillent ensemble depuis… Je ne suis même plus sûr. La première ou la deuxième année de l'Académie, je dirais. Ils s'aident mutuellement, apprennent de nouvelles choses de ceux qui les connaissent, se soutiennent quand leur vie personnelle devient compliquée. J'ai cru comprendre que la gamine Hyûga, par exemple, avait passé une bonne part de ses week-ends chez Kurenai.
— Ah, oui, les Hyûga…
— Exactement. Bref, c'est sans doute grâce à ça que tes deux garçons ont si bien performé à l'Académie tout au long de leurs études, même Naruto. Hitomi m'a expliqué toutes les recherches qu'elle avait faites pour contourner ses difficultés à lire et à apprendre. Sans cela, qui sait ce qu'il aurait pu devenir ?
— C'est tout à fait le genre de la gamine. Quand je les ai testés, j'ai remarqué l'autorité qu'elle avait sur eux. Ca m'a semblé tellement naturel : elle donnait ses instructions et ils s'adaptaient sans même y penser.
— C'est une bonne dynamique d'équipe. Et ça a presque fonctionné, pas vrai ?
— Presque, presque… Ca aurait fonctionné si je n'avais pas tellement plus de chakra qu'elle que le simple fait de me tenir dans son ombre l'a vidée de ses réserves en deux secondes à peine.
— Bien entendu. Elle a encore du mal à comprendre les différences de force entre ses opposants et elle. À Suna, son premier ami a été le jinchûriki du village…
— Je te demande pardon ?
— Tu m'as bien entendu. Elle me l'a ramené un soir, dans notre hôtel. Il lui avait fait mal sans faire exprès, et quand j'ai voulu intimider le gamin en représailles, j'ai cru qu'elle allait me sauter à la figure toutes griffes dehors.
— Dans quoi est-ce que je me suis fourré…
— Des ennuis, voilà quoi. Mais, sincèrement ? Ils valent le coup. Je n'ai jamais cru que je voudrais enseigner avant que Shikaku-sama me demande de le faire, et j'ai aimé chaque instant passé à le faire jusqu'ici. Parfois, c'est difficile, et j'imagine que toi qui va avoir ces trois gamins sous ta garde pendant leurs pubertés, tu vas souffrir, mais crois-moi, cette fierté à chaque fois qu'ils réussissent quelque chose, qu'ils progressent… Ca vaut le coup.
— Je ne suis même pas doué pour enseigner.
— Moi non plus ! Mais tu as eu la chance d'avoir le Quatrième en personne comme sensei, et si quelqu'un était bon pour ce job, c'était lui. Tu feras un bon travail, j'en suis sûr. En cas de doute, tu peux toujours demander de l'aide à Kurenai. Elle connaît ses enfants, elle sait comment ils fonctionnent. Elle te donnera de bons conseils.
— Et toi ? Tu comptes rester dans les environs cette fois ?
— Je ne compte pas mettre un seul pied hors du village sans Hitomi si je peux l'éviter. Ces six années à Suna… C'était pour lui rendre service, et je suis content de l'avoir fait, mais la gamine m'a vraiment manqué, et il ne serait pas prudent que je prenne mes missions des mains d'Hiruzen.
— Hm… Dans ce cas, je pourrai toujours te demander de l'aide, à toi aussi. Et si quelque chose arrive pendant l'entraînement, je dirai à Kurenai que c'est ta faute pour qu'elle t'arrache le cul à toi plutôt qu'à moi.
À cela, Ensui éclata d'un rire homérique, attirant l'attention des trois Genin qui, quelques pas devant eux, tenaient leur propre conversation. Les trois enfants échangèrent des regards légèrements interloqués, tentèrent d'obtenir des explications, échouèrent et retournèrent à leurs propres affaires. Les adultes étaient étranges.
