Bonjour ! Ceci est le dernier chapitre avant le début de l'Arc des Vagues. J'espère qu'il vous plaira. Moi, j'ai beaucoup aimé l'écrire et le relire, en tout cas ! Bon, durant les vacances j'étais censée poursuivre ce rythme de deux chapitres par semaine pour rattraper l'avance de 30 chapitres que j'avais réussi à accumuler depuis février. Sur deux mois, cette avance a doublé plutôt que de se réduire. Je vais sans doute ralentir le rythme maintenant que je vais commencer les cours, mais bon, ça veut dire qu'on poursuit ce rythme de deux chapitres par semaine au moins pendant encore deux mois, jusqu'à fin octobre. J'espère que cette nouvelle vous plaît ! Sans plus attendre, voici le chapitre du jour.

Cet après-midi-là, comme s'il avait été prévenu – par Naruto et Sasuke peut-être, voire Kurenai elle-même – Kakashi-sensei arriva seul sur le terrain d'entraînement. Comme bon nombre des membres de l'entourage d'Hitomi, il avait assisté à certains des moments d'intimité du jeune couple, mais, contrairement à la majorité des adultes du village, il était assez bien versé dans les politiques des différents clans pour avoir vu ce désastre venir. Hitomi et Hinata n'auraient pas pu se cacher éternellement, et en tant que membre de la Sôke, Hinata avait le devoir d'enfanter. Cette seule idée avait poussé Hiashi à prendre cette décision cruelle.

— Hitomi-chan, viens par ici. J'ai une technique à t'apprendre, elle devrait te plaire.

La voix du sensei sortit la jeune fille de sa torpeur furieuse. Les pieds dans l'eau, elle avait répété encore et encore pendant plus de deux heures les techniques Suiton qu'elle connaissait, imaginant plusieurs fois ce qu'elle pourrait faire à Hiashi si elle lui mettait la main dessus. Comme si elle avait la moindre chance… Les archives du village lui avaient appris qu'il était un Jônin depuis des années. Il devait être d'une force comparable à celle de Kakashi-sensei, même si lui n'était jamais entré dans l'ANBU – cette vocation n'était pas digne d'un chef de clan, après tout.

Lentement, la jeune fille quitta sa position offensive et sortit de l'eau, un pas après l'autre. Elle tremblait encore de colère, chakra et murmures de vengeance bouillonnant en silence sous sa peau tandis qu'elle tentait de s'éclaircir l'esprit. L'air autour d'elle était pratiquement irrespirable tant son aura meurtrière était serrée et épaisse, mais Kakashi ne semblait pas affecté le moins du monde. Ce n'était pas étonnant : elle avait beau être très douée avec cette compétence en particulier, Hitomi n'était qu'une Genin. Il lui manquait des années d'expériences cruelles, de terreur et d'impuissance pour être capable de former une aura meurtrière suffisamment intense pour ébranler le vétéran.

— Je te promets que ça va t'intéresser, l'amadoua Kakashi d'une voix sans doute un peu trop douce pour ses standards.

Une respiration après l'autre, Hitomi parvint à éloigner l'orage qui se formait en elle, et enfin son regard gagna suffisamment en lucidité pour que le Ninja Copieur éloigne sa main du compartiment de sa veste où il rangeait de quoi immobiliser ses adversaires. Il n'aimait pas l'idée de forcer ainsi l'un de ses élèves à écouter, mais il avait assez de fois subi un tel traitement de la part de Minato après la mort de son père pour savoir que c'était efficace.

Quand elle fut devant lui, l'homme fit signe à son élève de s'asseoir à même le sol et lui tendit une serviette qu'il venait de sortir d'un sceau de stockage pour qu'elle puisse s'essuyer les pieds, et remettre ses chaussures. Elle n'avait pas besoin de les enlever d'habitude pour s'entraîner avec les techniques Suiton. Qu'elle s'y soit sentie obligée montrait à quel point elle avait perdu la maîtrise de ses sentiments.

— Bon, la technique que j'ai décidé de t'apprendre est un peu particulière, d'accord ? Dans certains endroits du monde, tous les hommes ont un sursaut de frayeur rien qu'en entendant son nom. Ca veut dire que tu vas devoir faire preuve de prudence en t'en servant, être sûre de bien la maîtriser avant de faire appel à elle en combat. Tu comprends ?

La jeune fille hocha la tête, docile et attentive. La voix grave de son sensei avait réussi à éveiller en elle un soupçon d'intérêt qui étouffait tant bien que mal son élan de colère. Oh, le sentiment pernicieux était toujours là, bien caché sous la surface de ses émotions, dans l'ombre d'un œil à nouveau clair et acéré, elle n'attendait que l'occasion de frapper, et de le faire cruellement, encore et encore.

— Cette technique s'appelle le Fouet Aqueux. Tu en as déjà entendu parler ?

Puisqu'elle répondit d'un hochement de tête négatif, le sensei poursuivit :

— Elle fait partie d'un trio de techniques qui forcent l'eau à prendre une forme d'arme utilisable en combat. Tu les apprendras toutes les trois, mais d'abord celle-ci, parce qu'elle correspond mieux à ton style. Voici les mudras que tu vas devoir former. Le chakra va devoir venir de ta Porte de l'Illumination, et se concentrer dans l'eau que tu auras déjà rassemblée pour lui donner la forme d'un fouet. Tu veux essayer ?

Ravie de trouver une diversion à sa colère sans précédent, Hitomi se réfugia dans l'exercice. Au bout d'une heure, elle n'avait réussi à former qu'une vague forme de fouet qui s'étala à ses pieds à peine une seconde plus tard, et ses mains étaient douloureuses à force de subir encore et encore le passage du chakra dans ses méridiens. Kakashi avait déjà suggéré une pause mais elle avait refusé d'une voix sèche et bornée. Elle voulait maîtriser cette technique.

Et enfin, ce fut sa volonté qui remporta la bataille. Elle était essoufflée, ses doigts agités de spasmes enroulés autour de la garde d'un fouet dont l'extrêmité dansait à ses pieds. Elle fit le geste de frapper vers le Clone de Terre que Kakashi avait invoqué pour lui servir d'adversaire, et l'arme répondit immédiatement… Mais frappa l'air au-dessus de la tête du clone. Elle fronça les sourcils, évalua la cause probable de son erreur, et recommença. Cette fois, elle était plus près. Encore une fois, et elle faisait mouche, le clone se dissolvant dans la terre et la boue.

— Félicitations ! Bon, ça suffit pour aujourd'hui. Ce serait vraiment stupide que tu te blesses alors qu'on part pour une grosse mission demain…

— Une mission ? Quelle mission ?

— Oh, une mission de rang C au Pays des Vagues. Ensui-san ne t'a pas emmenée là-bas, n'est-ce pas ?

— Non… Non, on n'y est pas allés.

La voix d'Hitomi s'était faite songeuse, ses traits fermés cachant merveilleusement bien le sujet de ses pensées. Elle avait eu des doutes concernant cet arc tout entier quand une autre mission de rang C leur avait été attribuée à la place de celle-ci… Mais peut-être était-ce tout simplement le moment auquel cela arrivait qui comptait, et pas le fait qu'il s'agisse de leur première vraie mission. Heureusement, ses plans étaient prêts, et leurs variations en cas de problème également.

— Bon, puisque tu as bien travaillé aujourd'hui, je t'invite au salon de thé. Je vais en profiter pour te briefer concernant la mission, tu transmettras les informations à tes frères.

Finalement, Hitomi dut bel et bien payer, Kakashi s'étant éclipsé avant l'arrivée de l'addition, mais au moins il avait tenu sa promesse de lui donner toutes les informations nécessaires concernant le Pays des Vagues et l'objectif de leur mission. Rien n'entrait en contradiction avec ce qu'elle avait appris dans le canon. Elle se posait tout de même une question qui la troublait énormément : comment Hiruzen avait-il pu être trompé à ce point par les paramètres de la mission ? Aucune des hypothèses qui lui venaient à l'esprit n'était rassurante.

La première, la plus évidente, était qu'il ignorait tout de la situation au Pays des Vagues. Dans ce cas, soit Danzô avait véritablement un pouvoir considérable sur la circulation de l'information, jusqu'au sommet du pouvoir de Konoha, soit Hiruzen avait cessé d'écouter ses espions – et donc Jiraiya. La deuxième hypothèse supposait qu'il sache parfaitement ce qui attendait l'Équipe Sept sur place. Et dans ce cas, il avait un objectif en les envoyant au-devant d'un tel danger. Pourrait-il vouloir que Naruto accède au pouvoir du Kyûbi ? Elle aurait pu ajouter le Sharingan à la liste, si Sasuke ne l'avait pas éveillé deux ans plus tôt par sa faute.

Rien de tout cela n'était rassurant, mais elle n'avait pas vraiment d'autre choix que de mettre cette question de côté pour le moment. Il n'était pas encore temps d'affronter le Troisième, et encore moins le Conseiller qui se cachait dans son ombre. Il lui restait encore un univers entier de progrès à faire avant d'avoir la plus ténue des chances de battre l'un ou l'autre. Mais elle n'oublierait pas. Elle n'oublierait aucun des torts que ces hommes avaient causé, causaient et causeraient encore à ceux qui lui étaient chers, des torts qu'ils avaient déjà causés et du monstrueux génocide qu'ils avaient organisé puis étouffé. Elle se fichait de leurs raisons, elle leur ferait payer, un jour.

Quand elle rentra à la maison, le soleil se couchait, et l'humeur dans le salon était terne. Naruto et Sasuke discutaient en chuchotant tandis que Kurenai aiguisait des kunai. Hinata était partie peu après la rupture, Hitomi l'avait accompagnée chez Kiba avant de se diriger vers le terrain d'entraînement numéro trois. Elle était sûre que Tsume et Hana Inuzuka seraient d'une grande aide à son ex-petite-amie. Et comme penser à elle en ces termes faisait mal…

Hitomi n'était même pas sûre d'avoir été amoureuse d'Hinata. Elle avait pour elle une affection bien plus intense et profonde qu'elle n'en aurait éprouvée pour une amie, de cela au moins elle était certaine, et c'était la raison pour laquelle sa rancœur était si forte : cette relation n'avait même pas eu le temps de s'épanouir qu'elle disparaissait déjà sous des manipulations politiques qui les dépassaient toutes les deux. C'était injuste, et elles ne pouvaient absolument rien y faire.

— Les garçons, on a une mission demain et Kakashi-sensei m'a ordonné de vous briefer et de vous aider à vous préparer si vous en avez besoin.

Hitomi n'avait pas pris d'égard pour la discussion de ses frères adoptifs. Elle manquait de patience pour cela, aujourd'hui. Il lui semblait manquer de tout ce qui aurait pu l'adoucir. Elle savait que c'était la détresse qui parlait, qu'elle avait encore en elle le pouvoir d'être délicate, gentille, attentionnée, mais elle avait juste envie de se noyer dans le feu de sa colère. D'une voix raide et sans doute distante, elle se mit à énumérer les paramètres de la mission, sa mémoire parfaite suppléant là où sa sourde fureur lui donnait envie de tout envoyer bouler.

Elle passa la soirée à aider Naruto et Sasuke à se préparer. Pour ce faire, elle leur fabriqua plusieurs rouleaux de stockage, remplaçant ainsi ceux qu'ils ne pouvaient plus utiliser à force d'usure. La danse répétitive du pinceau sur le parchemin et l'odeur de l'encre l'aidèrent peu à peu à retrouver une paix fragile, sans doute un peu trop bancale pour faire illusion. Bien entendu, les garçons savaient ce qu'il s'était passé avec Hinata, les raisons de son humeur sombre, et réagissaient d'une manière plus ou moins subtile : Naruto était assis si près d'elle qu'il ne cessait de l'effleurer, et le regard de Sasuke ne la quitta pas un seul instant.

Cette nuit-là, elle fit un cauchemar qui se déroulait clairement au Pays des Vagues, le rêve d'un petit bateau à moteur attaqué au milieu d'un bras de mer, puis se réveilla en sursaut… Pour trouver Kakashi dans l'encadrement de sa fenêtre. Elle réagit sans réfléchir, jetant dans sa direction le kunai qu'elle gardait en permanence sous son oreiller, et il se décala simplement de quelques centimètres pour laisser passer la lame à côté de son oreille.

— Habille-toi, Hitomi-chan. Le Hokage m'a demandé de te prendre avec moi pour une mission rapide avant le départ.

Tout en s'exécutant dans un froissement de tissu, la jeune fille jeta un œil à son réveil, sur la table de chevet. Une heure du matin… Une mission qui demandait moins de neuf heures pour être accomplie n'augurait rien de bon, surtout quand elle impliquait l'un des Jônin d'élite de Konoha allant chercher l'une de ses élèves dans son lit.

— Il s'agit d'une mission de traque et d'exécution. Vers minuit, un membre de la Division Cryptage et Décodage a décidé de déserter. Nous devons le retrouver et l'abattre avant qu'il n'atteigne la frontière. Ton rôle sera de suivre le moindre de mes mouvements – en aucun cas tu n'auras le droit d'intervenir ou de faire connaître ta présence. C'est bien compris ?

Elle hocha la tête, luttant pour garder un visage impassible alors qu'une vague de glace s'était emparée de son cœur. Pourquoi elle ? Elle n'était qu'une Genin, pourquoi… La réalisation lui donna envie de vomir. Hiruzen pouvait servir deux objectifs en l'envoyant si jeune sur une telle mission. Soit il voulait la détourner de la voie des shinobi, soit il voulait la préparer à accomplir elle-même de telles missions quand elle monterait en grade. Même si aucune de ces deux hypothèses n'était plaisante, elle penchait plutôt pour la deuxième. Après tout, les compétences qu'elle développait déjà correspondait bien aux brigades d'assassinnat…

— Allez, en route.

Sans un mot, Hitomi bondit à la suite de Kakashi, son ombre menue se fondant à merveille dans l'obscurité de la nuit. La nouvelle lune était passée deux jours plus tôt, si bien que le seul éclairage était le regard distant des étoiles, suppléé par un croissant argenté si mince qu'il en était à peine perceptible. Un peu de concentration, un élan tiède de chakra, et les yeux d'Hitomi s'adaptaient à une vision nocturne. Elle avait appris cette petite astuce en sixième année, lors de l'un des derniers exercices de survie qu'Iruka avait assigné à sa classe. Elle n'aurait pas imaginé s'en servir dans ce cadre-ci, pas aussi tôt.

Au bout d'une heure de course, la jeune fille commença à peiner. Dans des conditions normales, elle aurait tenu bien plus longtemps, mais elle avait passé plusieurs heures à s'entraîner plus tôt dans la journée, et Kakashi la poussait à un rythme bien plus soutenu qu'elle n'en avait l'habitude. Un feu pâle s'alluma dans ses flancs, s'élançant en battements sourds à chacune de ses respirations. Elle refusait de céder ou ralentir – ce serait trop proche d'un échec à son goût, vraiment trop proche. Puisqu'elle n'avait pas d'autre alternative, elle se contenta d'ignorer ce signal d'alerte, se concentrant sur le bruit ténu et rythmé de ses pas contre les branches d'arbre plutôt que sur la douleur.

Kakashi attira son attention au bout de trente minutes supplémentaires. En langue des signes de Konoha, il lui ordonna de se cacher dans un buisson et d'observer. Lui-même s'arrêta à l'orée d'une clairière, son chakra à peine étouffé. Voulait-il laisser une chance au déserteur de se battre ? Hitomi n'en savait rien, mais elle obéit à la lettre aux instructions qu'il lui avait données, dissimulant son chakra au maximum de ses capacités tandis que son corps s'effaçait dans l'ombre du buisson qui pouvait lui donner la meilleure vue sur la clairière.

Et de cette vue, elle ne rata absolument rien. L'homme, le déserteur, était brun et menu, la moitié de son visage moucheté de cicatrices qui ressemblaient à des éclats de shrapnel ou des étincelles. Il avait l'air à bout de souffle, effrayé, ses yeux écarquillés cherchant désespérément une voie de fuite. Il n'en trouverait pas. Il portait la veste réglementaire des Chûnin, il n'avait aucune chance face au Ninja Copieur en personne. Celui-ci avança d'un pas dans la clairière, stoïque et vaguement menaçant. L'aura meurtrière se forma lentement sur sa peau, et elle était différente de celle d'Hitomi, comme le soleil l'était de la flamme d'une bougie. Si cette volonté avait été dirigée vers elle, la jeune Yûhi n'aurait même pas été capable de respirer.

Kakashi se dressait comme une muraille devant sa cible, indiscutablement fort, doté d'une prestance écrasante, fin et racé comme le limier qui jadis lui avait donné son nom de code dans l'ANBU. Dégainant un kunai, il se mit en position sous les yeux d'Hitomi et attaqua. Dans d'autres circonstances, peut-être, il aurait pu offrir à l'homme de se rendre, mais on ne laissait pas ce genre d'opportunité aux membres de la Division Cryptage et Décodage. Ils étaient censés se faire escorter au moindre pas hors du village par une unité de l'ANBU, tant leur existence même était à la fois essentielle et terrible aux yeux d'un Village Caché. Dans leurs mémoires se cachaient les secrets du village et la clé pour y accéder. Un déserteur issu de cette Division… La mort était la seule fin possible pour lui.

Hitomi réalisa qu'elle hyperventilait quand Kakashi exécuta les mudras de l'Éclair Pourfendeur et que la vague de bleu pâle surgit dans la clairière, accompagnée des piaillements d'oiseaux qui lui donnaient son autre nom. Roulée en boule sous les feuilles humides de son buisson, et tenta de retrouver son calme mais dut se mordre le poing jusqu'au sang pour étouffer les petits geignements paniqués qui lui montaient dans la gorge. Jamais ces dernières semaines n'avait-elle envisagé Kakashi comme ce qu'il était vraiment, un tueur sans pitié – si doué dans ce domaine que c'en était presque risible. Jamais n'avait-elle songé au sang qui lui baignait les mains et au sang qui imprégnerait un jour les siennes, pas avec une telle acuité, pas en ayant sous les yeux la preuve que c'était bien ce qu'on lui avait enseigné.

Toute sa panique et la terreur instinctive qui lui coulait dans les veines ne purent changer l'issue de ce combat, la manière dont la main baignée de foudre se ficha dans le torse du fugitif pour jaillir de son dos en faisant voler son omoplate en éclat. Au moins eut-il droit à une mort instantanée – une bien faible consolation aux yeux d'Hitomi, qui quitta malgré son corps agité de tremblements l'abri du buisson pour descendre dans la clairière. Elle ne fit que deux pas vacillants au-delà de la frontière des arbres avant de s'effondrer à genoux, le souffle toujours heurté, du sang roulant doucement des morsures qu'elle avait infligées à ses doigts dans l'espoir de se contraindre au silence.

Kakashi ne se tourna pas tout de suite vers elle. D'abord, il dégaina un rouleau de stockage conçu spécialement pour conserver des cadavres et l'activa d'une impulsion de chakra, ne laissant qu'une tache de sang là où un corps s'était trouvé un instant plus tôt. Ensuite, il sortit de l'une de ses poches un chiffon dont il se servit pour nettoyer sommairement ses mains, son visage et tout ce qui avait été touché par le sang du déserteur, les gestes précautionneux et adroits venant à bout du liquide carmin aussi bien que possible dans ces conditions – rien ne valait une douche pour se débarrasser de traces pareilles.

Enfin seulement se tourna-t-il vers elle, les mains à peu près propres et le regard acéré. Elle ne put s'empêcher de se raidir, quand bien même elle était parfaitement consciente que son sensei ne lèverait pas la main sur elle – encore moins pour l'assassiner. Elle n'était pas une déserteuse et ne comptait pas déserter un jour, sauf peut-être si Danzô prenait le pouvoir. C'était irrationnel, elle le savait – cela ne l'empêchait pas de ressentir cette peur sans commune mesure jusqu'au plus profond d'elle-même.

Il fallut quelques instants à la jeune fille pour comprendre les bras de son sensei autour d'elle, son étreinte, sa main large et puissante devenue douceur et réconfort dans son dos, sa voix profonde et grave qui murmurait des promesses de sécurité vides de sens. Après plusieurs minutes, elle comprit qu'il s'excusait, qu'il avait dû suivre les ordres, qu'il avait tenté de faire comprendre à Hiruzen qu'elle n'était pas prête mais que le dirigeant ne l'avait pas écouté. Il était désolé de lui avoir fait voir ça, désolé de savoir qu'un jour pas si lointain, ce serait son tour à elle.

Quand Hitomi se fut calmée, l'homme relâcha son étreinte, mais ne la laissa pas s'éloigner. Ses deux mains entourèrent celle qu'elle avait blessée en tentant de se contraindre au silence, chaude, solide. Elle perçut la caresse de son chakra sur sa peau et, quand il relâcha ses doigts, ils étaient intacts, les petites blessures refermées comme des mauvais souvenirs. Ce geste, peut-être, la réconforta plus sûrement que ne l'avait fait l'étreinte, pour une raison qu'elle ne parvenait pas bien à expliquer.

Alors seulement la prit-il par l'épaule pour la guider hors de la clairière. Il la souleva de terre comme si elle ne pesait rien – pour lui, ce n'était sans doute pas loin de la réalité – et prit le chemin du retour. Il était bien plus rapide, maintenant qu'il n'avait plus à se soucier de garder un rythme qu'elle était capable de suivre. Malgré cela, chacun de ses gestes était fluide, libre, précis. C'était la démarche d'un homme qui avait parcouru le monde entier jusqu'à ce que jamais son pied ne faiblisse. Pratiquement sans s'en rendre compte, Hitomi ferma les yeux.

Elle somnola pendant tout le trajet du retour, son angoisse étouffée par le retour de bâton de l'adrénaline qui avait chanté dans ses veines. Elle se serait sans doute endormie pour de bon si le souvenir du moment où son professeur avait tué le fugitif ne lui était pas revenu encore et encore. Kakashi semblait à le comprendre : à chaque fois qu'elle se tendait, ses bras se resserraient autour d'elle et un son bas et doux résonnait dans sa gorge, réconfortant.

Au moment de déposer son élève dans son lit, Kakashi décida qu'il ne pouvait pas la laisser seule. Il avait été à sa place, et c'était sans le moindre le doute la solitude qui lui avait fait le plus de mal après qu'il ait vu son premier cadavre. Le fait qu'il s'agisse de son père n'avait fait qu'aggraver les choses, mais Kakashi ne parlait pas de ces sujets si sensibles. Jamais. C'était exactement pour cela qu'il savait tout le mal causé par ce genre de silence, la manière dont une blessure psychologique s'infestait et gangrenait le reste de l'esprit au fil des années.

Il n'était sans doute pas la personne à qui Hitomi pourrait parler de ce traumatisme et de ceux à suivre – ceux auquel un ninja ne pouvait échapper qu'en mourant prématurément. Il avait trop bien appris à accepter ses propres plaies, quelque chose qu'il ne voulait pour aucun de ses élèves. Ce soir, dans le secret de son esprit, le Ninja Copieur perdit une part du respect qu'il avait toujours éprouvé pour Hiruzen, le maître du maître de son propre maître, autrefois si grand et aujourd'hui si loin enfoncé dans l'erreur.

— Je vais te laisser Pakkun pour la nuit, d'accord ? Il te réveillera et t'emmènera jusqu'aux portes du village dans quelques heures. À demain, Hitomi.

Il ne lui souhaita pas bonne nuit, ni de bien dormir, parce qu'il savait qu'elle passerait sans doute une bonne part des heures qui les séparaient du départ à danser entre éveil et sommeil, incapable de se reposer. Hiruzen était fou de lui avoir ordonné d'emmener la petite avec lui si près du début de sa première longue mission, la première hors du village – comme s'il avait oublié les dégâts que provoquait cette première confrontation à la mort et le temps dont son esprit aurait bien eu besoin pour retrouver son état de fonctionnement normal.

Quand le Ninja Copieur quitta sa chambre, Hitomi ouvrit grand les yeux sur le silence qui retombait doucement sur sa chambre. Elle était incapable de fermer les yeux, malgré la présence chaude et rassurante de Pakkun à ses côtés. À cet instant, elle se sentait incapable de quoi que ce soit.