Coucou ! Me revoici pour vous remettre le chapitre 40 de cette fanfiction. Comme promis, nous nous dirigeons à présent vers le Pays des Vagues et tout ce que ça implique. J'espère que vous apprécierez ce départ sur les chapeaux de roue !
Le matin venu, puisqu'elle était de toute façon incapable de fermer l'œil, Hitomi se leva quelques minutes avant le soleil et s'empara du paquetage qu'elle s'était constitué pour la mission, les gestes hâtifs et engourdis par la fatigue qui commençait à peser sérieusement sur elle. Les premières heures du matin étaient toujours les pires après une nuit sans sommeil ou presque ; tout irait mieux en fin de matinée, pour son corps en tout cas. Son esprit… Ce n'était pas la question.
Elle quitta la maison avant que qui que ce soit ne se lève et prit soin de contourner le salon de thé où Ensui venait se réveiller tous les matins. À cette heure, les seules personnes éveillées étaient les ninjas qui rentraient de mission ou partaient justement, leurs ordres tout juste reçus. Le dos raide, elle se posta à l'entrée du village après avoir salué Izumo et Kotetsu d'un discret signe de tête. Pakkun l'avait laissée à mi-chemin pour rejoindre Kakashi et sans doute lui faire un rapport. Cette idée mettait Hitomi vaguement mal à l'aise. Elle n'avait pas exactement fait de crise d'hystérie, mais se montrer incapable de dormir après avoir assisté à son premier meurtre était sans doute quelque chose que son sensei voudrait surveiller de près.
Naruto et Sasuke arrivèrent presqu'une heure plus tard, et semblèrent sentir tout de suite que quelque chose n'allait pas chez leur sœur adoptive — à la manière dont elle se tenait peut-être, la tension dans ses épaules cachant mal le mal-être qu'elle éprouvait. En réaction, Naruto s'approcha jusqu'à ce que leurs avant-bras s'effleurent et Sasuke se posta de son autre côté, même si lui ne la toucha pas. Au bout de quelques minutes, il attira son attention et lui mit une petite pomme fraîche et verte dans la main. Elle répliqua d'un haussement de sourcils qui demandait des réponses.
— Pas de vaisselle dans l'évier ce matin, ni d'odeur de savon, ça veut dire que tu n'as pas mangé. Mange maintenant.
L'ordre était prononcé d'une voix si impassible qu'elle s'exécuta sans même y penser, la première bouchée faisant éclater le jus sucré et la chair tendre du fruit sur sa langue. Elle fit passer la légère acidité d'une gorgée d'eau à sa gourde et continua de manger du bout des lèvres sous le regard acéré du dernier des Uchiha avant de jeter le trognon dans l'herbe. Tous les Konohajins jetaient leurs restes de fruits et parfois même de légumes par terre, là où il y avait de la place et une terre fertile, dans l'espoir qu'un jour un arbre pousse à cet endroit. Le Pays du Feu ne manquait pas d'arbres, mais tous les ninjas du Village Caché étaient au moins d'accord sur un point : on n'avait jamais assez d'arbres devant soi.
Kakashi arriva peu après, le client dans son sillage — que les deux hommes partagent leur manquement à la ponctualité n'étonnait pas Hitomi, pas plus que l'apparence négligée et probablement déjà bien imbibée du bâtisseur de ponts. On voyait à ses vêtements qu'il avait été riche autrefois et que cette époque était révolue depuis un bon moment déjà. Dans sa main, il serrait le goulot d'une bouteille de sake bon marché comme si sa vie en dépendait. L'alcool l'avait aidé à mentir, cela ne faisait aucun doute.
— C'est ça les ninjas que Konoha me donne pour cette mission méga-importante ? Ils ont l'air de gamins, surtout l'avorton au milieu !
Hitomi ouvrait déjà la bouche pour défendre Naruto, le souvenir de cette scène dans le canon encore incroyablement vivace, puis se rendit compte que c'était elle, qui se trouvait au milieu de ses frères adoptifs. Elle était l'avorton au milieu. Ses lèvres s'entrouvrirent à nouveau, elle prit une inspiration sifflante, son corps déjà raide et tendu effectua un pas rapide vers l'homme, l'aura meurtrière s'épanouissant déjà comme une fleur sur sa peau délicate, et fut arrêtée par la main puissante de Kakashi sur son épaule. Elle pouvait sentir son pouce appuyer doucement sur l'un des points de pressions à la jonction de sa nuque, menace ou promesse de douleur si elle agressait Tazuna. Avec un sourire qui n'atteignait que son œil unique, le Jônin prit la parole d'une voix faussement enjouée :
— Allons, Hitomi-chan, tu ne peux pas attaquer le client qui nous a engagés pour le protéger.
— Ouais, c'est vrai ! Vous quatre allez m'emmener au Pays des Vagues et en un seul morceau ! Je suis une personne très importante, après tout.
Hitomi résista très fort à l'envie de rouler les yeux, laissant son corps se détendre lentement sous les doigts de Kakashi pour lui faire comprendre qu'elle s'était reprise, qu'elle n'allait pas tourner berserker et massacrer leur client. Au bout de quelques secondes, il relâcha sa prise et lui tapota gentiment l'épaule. Ce simple geste lui fit comprendre qu'il savait ce qui la rendait si mal à l'aise et irritable, et qu'il appréhendait ce qu'elle traversait. Après tout, il était passé par là, lui aussi, et il était bien plus jeune qu'elle à ce moment-là.
Quelques minutes plus tard, les quatre ninjas et leur client partirent du village. La première journée de voyage se passa sans la moindre anicroche, ce qui surprit Hitomi. Puisque le canon n'avait jamais été très clair concernant le passage du temps, elle aurait dû s'attendre à ce que ce genre de choses se produisent, mais elle était déconcertée à chaque fois que le temps la trompait. Elle avait passé toute la journée à guetter le premier signe de l'embuscade qui les attendait quelque part sur la route et dont la perspective la terrifiait, incapable de contrôler la tension qui affectait la moindre de ses réactions. En vain.
Elle se porta volontaire pour le premier quart de garde mais Kakashi s'y opposa d'un ton sans appel, soutenu par Naruto et Sasuke dans cette décision. Une colère irrationnelle s'empara d'Hitomi pendant un instant. Elle la refoula avec sévérité, refusant de manquer de professionnalisme pendant sa toute première mission hors de Konoha. C'était aussi, après tout, un tournant important de sa carrière. Si cette raison ne suffisait pas, elle savait au fond d'elle qu'elle était déraisonnable : elle devait dormir si elle voulait être en état d'affronter ce qui attendait son équipe pendant cette mission.
Elle rêva de sang et de larmes, du goût du fer et du sel sur ses lèvres, d'une mer sans fin et d'une montagne noyée dans la brume. Ce fut Sasuke qui la réveilla, une main pressée contre sa bouche pour étouffer l'exclamation qui lui échappait toujours quand elle se réveillait d'un cauchemar. Il avait appris à connaître ces habitudes incontrôlables qui lui collaient à la peau, lui qui avait passé tant de nuits en sa compagnie, lui qui embrassait le soir venu des démons de semblable envergure.
Malgré le cauchemar, une grande majorité de la fatigue qui s'était accrochée à ses os comme une seconde carcasse n'était plus qu'un souvenir. Elle sortit de son sac de couchage, frissonnant dans l'air nocturne, et s'assit sur la bûche que son frère avait choisie pour monter la garde. Elle pouvait sentir là où il s'était tenu le fantôme de sa chaleur et peut-être une trace de chakra, discrète et entêtante. Elle soupira et un doux nuage blanc s'échappa de ses lèvres entrouvertes. Quand elle était sur la route avec Ensui, une éternité plus tôt, dans les nuits glaciales que le désert jetait sur le monde, elle avait aimé tenter de deviner des formes dans la condensation. Ce temps lui semblait si complètement révolu désormais, et rien ne lui manquait plus que l'impression d'être minuscule et en sécurité, noyée dans l'ombre bienveillante et féroce de sa protection.
Sans bruit pour ne pas réveiller ses compagnons endormis, Hitomi dégaina Ishi to Senrigan. Le tantô était toujours d'une magnificence qui lui faisait presque mal à regarder. Elle ne l'avait jamais véritablement utilisé, ne l'avait jamais brandi avec pour objectif la mort d'un adversaire. Dans quelques heures ou quelques jours, ce serait sans doute le cas, et cela la terrifiait. Rien ne pouvait repousser l'inévitable, rien qui se trouve en son pouvoir, en tout cas. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était s'assurer d'être prête. Ses doigts attrapèrent comme par réflexe la pierre à aiguiser qui ne la quittait jamais, dans l'une des nombreuses poches de sa ceinture. Elle commença à frotter, le bruit glissant comme une musique dans ses oreilles, et chaque passage de la pierre contre l'acier se fit un peu plus affectueux que le précédent.
Pouvait-elle, comme cette lame, s'affûter sous les soins attentifs de Kakashi ? Il était si différent d'Ensui, si fidèle au pouvoir du village qu'il en devenait pratiquement aveugle. Qu'elle vienne à lui avec ses secrets, et il s'empresserait de les répéter à Hiruzen, persuadé de bien faire, scellant sans le savoir le destin de l'enfant qu'il avait juré de protéger. Après tout, comme tout le monde, il pensait la Racine dissoute. Si même le Hokage ignorait qu'elle s'était reformée dans l'ombre des feuilles de Konoha, qui était-il, lui si loyal et désireux de plaire à l'homme qu'il admirait tant, pour connaître les secrets les plus noirs et les mieux dissimulés du village ?
Ce qu'Hitomi ignorait, c'était que la foi de Kakashi envers Hiruzen avait commencé à vaciller. Il avait vécu comme un déchirement l'attribution d'une équipe de Genin alors qu'il n'était pas prêt à recevoir une telle charge, mais il avait accepté parce qu'il s'agissait de son devoir, parce qu'ils n'étaient plus qu'une poignée à Konoha à être qualifiés pour une telle mission et que les autres avaient déjà leur propre équipe sur laquelle veiller. Il avait accepté, parce qu'Hiruzen avait toujours su décider. C'était pour cela qu'il était un si grand leader, pour cela que les clans lui faisaient encore confiance et le suivaient malgré les conflits et les désastres qui avaient frappé le village sous son règne.
Quelques-uns de ces désastres et conflits n'avaient pas été de sa faute. D'autres si.
Certaines décisions avaient continué de grignoter la confiance absolue qu'il avait offerte au maître du maître de son maître. Certaines n'avaient été évitées que par la lucidité de Kurenai. Le fils de Minato, seul dans un appartement, sans la moindre supervision, à douze ans à peine ? Ç'aurait été une folie, même le Limier pouvait le voir. Quant à Sasuke… Kakashi avait entendu dans un bar que les Jônin fréquentaient que les Conseillers avaient fait pression pour que le Hokage refuse la demande de tutelle émise par Kurenai. Un petit garçon même pas sorti de l'Académie aurait été forcé de vivre seul là où sa famille avait été massacrée si sa consoeur n'avait pas reçu l'appui des Nara, Akimichi et Yamanaka dans sa requête. Rien qu'à l'idée de cette éventualité, Kakashi frissonnait d'horreur. Il avait appris à connaître le garçon et savait vers quel chemin il se serait inévitablement tourné, si une telle chose s'était produite. Même en ayant évité cette catastrophe, il n'était pas sauvé ; un long chemin restait à parcourir en ce sens.
Et Hitomi… Hitomi était pour Kakashi un problème épineux. Elle était la variable inconnue de cette équipe, la seule de ses trois élèves à ne pas lui remémorer l'équipe dont il avait un jour fait partie, et surtout, elle était imprévisible, il l'avait appris à ses dépens plus d'une fois. Parfois, elle se comportait selon son âge, riant avec insouciance au milieu de ses frères adoptifs, et parfois… Parfois il brillait dans ses yeux une intelligence redoutable, une force qui ne concédait la victoire à quiconque. Kakashi était effrayé devant ce regard, parce qu'il lui rappelait le garçon qu'il avait un jour été – si sûr de lui, si certain d'être dans le vrai quoi qu'il fasse.
La mission pour laquelle il l'avait emmenée avait porté un sévère coup à l'assurance d'Hitomi, Kakashi le voyait bien. Il s'y était attendu aussi — elle était si douce au fond, si peu préparée, une enfant. Et pourtant une colère sourde et froide s'était soulevée en lui comme la mer quand il l'avait vue brisée et terrifiée, emportant au loin encore un peu du respect qu'il avait jadis voué sans borne au Troisième. Son devoir allait au village dans son ensemble, à son bien-être, et le village avait besoin d'une génération aussi forte que saine pour le protéger. Kakashi n'avait que du mépris pour les racines pourrissantes qui se cachaient dans l'ombre.
Il fut le premier à se réveiller ce matin-là et contempla un instant la seule kunoichi de son équipe. Le tantô dégainé, une véritable œuvre d'art aux yeux du Ninja Copieur, était soigneusement posé en équilibre sur ses jambes, le métal fraîchement aiguisé jetant des éclats froids là où la lumière se reflétait. Il ne pouvait pas voir le visage de la jeune fille, seulement de longues mèches noires et ondulées agités par une faible brise, et la rosée qui brillait tout autour d'elle.
Elle tourna la tête vers lui quand il se leva et hocha légèrement le menton pour le saluer, silencieuse par respect pour le sommeil de ses compagnons. Son regard avait changé, une évolution subtile qu'il était incapable d'ignorer. Si elle ne dépassait pas ce stade d'engourdissement qui venait après le choc, elle deviendrait froide, distante, se refermerait sur elle-même et perdrait peu à peu le goût des sentiments et des relations aujourd'hui si chères à son cœur. Kakashi était prêt à des extrémités dont il ignorait encore tout pour éviter que cela se produise. Konoha n'avait aucun besoin de machines à tuer.
— Repos, Hitomi-chan. Personne ne nous attaquera ici, maintenant que le jour s'est levé. Viens m'aider à préparer le petit-déjeuner.
Docile, elle rengaina son sabre et quitta son perchoir. Dans sa démarche, on pouvait voir le ninja qu'elle deviendrait un jour. Il lui manquait encore le parfait silence, la souplesse redoutable et l'assurance tranquille qui marquait les pas de son shishou, mais un jour, c'était inévitable, il lui transmettrait chacun de ces traits, et Kakashi pouvait le voir mieux que quiconque, lui qui avait eu pour maître l'un des meilleurs professeurs que leur village ait jamais connu.
— Qu'est-ce que ça te fait, Hitomi-chan, de sortir à nouveau du village ?
— Ca m'avait manqué, dit-elle avec la plus discrète nuance d'hésitation. J'aime Konoha, mais le monde est plein de choses qu'on n'y retrouve pas.
— Tu as aimé le Désert aussi, pas vrai ?
— Le sable était énervant à se glisser partout. Mais l'odeur des dunes et du soleil… Le meilleur ami que je me suis fait là-bas portait cette odeur. Je me demande si c'est toujours le cas.
La main de la jeune fille s'attarda sur le léger renflement près de sa hanche droite, là où elle conservait ses carnets communicants. Maintenant qu'elle était loin du village, elle écrivait également à Shikamaru, et elle avait offert un carnet à sa mère et à Ensui, pour pouvoir leur parler également. Pendant l'heure de relâche que Kakashi avait accordé à ses Genin avant qu'il soit temps de dormir, elle avait écrit à chacun d'eux pour leur raconter le début de la mission, ce qu'elle avait vu du Pays du Feu pendant cette journée de voyage. Au rythme de civil qu'ils étaient obligés d'observer scrupuleusement pour le bien de Tazuna, il y avait bien assez de temps pour la contemplation.
Le temps que Sasuke et Naruto se réveillent, elle avait préparé des œufs, coupé de généreuses tranches dans une miche de pain et les avaient garnies des restes de la viande d'hier, juste tiédie par les braises. Les dynamiques de gestion de camp étaient bien différentes quand on était cinq que trois, et elle avait eu un peu de mal à s'adapter, mais cela lui semblait plus facile ce matin, sans la fatigue pour engourdir ses sens et sa réflexion.
Quand ils levèrent le camp, le soleil avait dépassé l'horizon depuis une heure à peine. Deux heures de plus et elle vit enfin ce premier signe de l'embuscade qu'elle avait cherché la veille avec frénésie. Ses yeux se posèrent sur la flaque qui s'étendait sur une dizaine de centimètres carrés devant eux et elle dut refréner un soupir devant la pure stupidité de cette cachette. Il n'avait pas plu depuis des jours dans cette région. Depuis leur départ de Konoha, elle n'avait pas vu la moindre trace d'une averse passée, et pourtant cette flaque était si limpide qu'elle semblait s'être formée quelques minutes plus tôt à peine.
Elle tapota sur sa cuisse au rythme du morse de Konoha, un autre langage secret qu'elle avait appris en plus de la langue des signes sur les bancs de l'Académie. Le bruit était ténu, mais elle savait que Kakashi, avec ses sens aussi aiguisés que ceux d'un chien, pouvait entendre. « Élément suspect. Embuscade possible. Instructions ? » Sa réponse ne tarda pas à venir : « Déterminer cible. »
Aussi fit-elle mine d'être choquée, terrifiée même quand les deux ninjas jaillirent au milieu d'eux et tranchèrent Kakashi en trois morceaux. Elle n'eut pas besoin de chercher la peur loin en elle ; elle avait le cœur au bord des lèvres. Elle leur laissa juste le temps de se ruer clairement vers Tazuna puis dégaina son tantô et s'entailla l'extrémité du doigt sur la base de la lame avant de plaquer sa main au sol, les mudras effectués dans la hâte :
— Ninpô : Brigade des Griffes de Fer !
Ses trois chats taillés pour l'attaque apparurent dans un nuage de fumée. Hoshihi se trouvait au centre, le plus grand et le plus féroce des trois, et se jeta immédiatement dans l'action, se ruant vers celui des Frères Démons qui s'en prenait à Naruto pour le déséquilibrer. Les deux autres s'élancèrent à sa suite, fourrures noire et grises devenant un vague sillage de couleur et de feulements furieux. Pendant ce temps, Hitomi se dressa devant l'autre ninja, Sasuke à ses côtés. Elle échangea un regard avec son frère et, sans qu'aucun mot soit échangé, ils surent tous les deux ce qu'ils devaient faire.
D'une bourrade brutale de sa lame, la jeune Yûhi apporta la distraction dont Sasuke avait besoin pour coincer cette redoutable chaîne qui caractérisait le duo de Kiri contre un arbre. Cela n'arrêtait les deux frères qu'un instant, juste le temps de se débarrasser de l'arme devenue inutile. Malgré cela, ils étaient toujours armés jusqu'aux dents et celui qu'Hitomi et Sasuke affrontaient semblait terriblement offensé d'avoir dû se délester de son atout favori face à de vulgaires Genin. Il se rua sur Sasuke, toutes griffes d'acier dehors.
— Suiton : Fouet Aqueux !
Hitomi ne perdit pas une seconde et fit claquer l'arme dans l'air, l'enroulant autour de la gorge du ninja ennemi avant de tirer de toutes ses forces vers le bas dans l'espoir de lui faire perdre l'équilibre. Du côté de Naruto, Haîro hurla de douleur, du rouge sombre éclaboussant son pelage gris. Une fureur sourde grandit à l'intérieur de son invocatrice, colère et échec se mêlant au fond d'elle pour former un bouillon instable et dangereux.
Hoshihi ne lui laissa pas le temps d'être distraite ou perturbée : tout aussi furieux qu'elle, il porta au ninja un coup à la base de la colonne vertébrale qui le fit hurler et perdre aussitôt son équilibre. Le premier des frères tomba dans l'herbe : le chat géant se jeta sur sa gorge sans la moindre pitié, mettant fin à son existence dans un gargouillis maladif et humide. Le dernier des frères hurla de rage et redoubla ses assauts contre les deux enfants qui s'opposaient à lui. Le coup d'Hitomi l'avait à peine déséquilibré et il prenait lentement l'avantage sur eux, un coup à la fois. Et puis soudain, il parvint à la faire et à repousser son frère, leva ses griffes avec un sourire cruel dissimulé par son masque mais bien visible dans ses yeux bruns, et…
Et un kunai traversa sa main comme du beurre, l'empêchant d'achever la coupable de la mort de son frère. Les yeux écarquillés par une soudaine terreur et par la douleur qui allumait comme un feu dans son bras, il réalisa bien trop tard qu'il n'avait jamais eu la moindre chance de tuer Kakashi Hatake. Ni lui ni son frère n'avaient été de taille contre un tel adversaire, et pourtant, ils avaient cru… Le dernier des Frères Démons fut jeté contre un arbre, sa colonne vertébrale se brisa dans un craquement terrible, et il ne crut plus jamais rien.
Un silence abasourdi se mit à planer sur le sentier qui leur avait servi de champ de bataille. Hitomi retrouvait son souffle sur l'herbe humide. La tête lui tournait légèrement, et ses muscles brûlaient comme jamais ils n'avaient brûlé, pendant aucun entraînement. Elle avait mal, là où le ninja ennemi l'avait frappée pour la faire tomber, son genou droit pulsant douloureusement comme si un hématome s'y formait déjà. Tazuna, le seul à ne pas s'être battu, était d'une pâleur cadavérique derrière la barrière de clones que Naruto avait dressée autour de lui comme un rempart de protection, mais il était bien vivant, lui.
Ce n'était pas le cas des Frères Ninjas. Dans le canon, ils avaient survécu à cet affrontement. En se redressant, Hitomi ne put détourner les yeux de la dépouille qui gisait sous le corps encore hérissé de colère d'Hoshihi, plus particulièrement de la terrible blessure écarlate qui lui déchirait la gorge. Pour lui, ça n'avait pas dû être plus difficile que de tuer une proie particulièrement teigneuse. Pour elle… C'était la première mort dont elle était responsable. Que cette responsabilité soit indirecte ne comptait pas.
Elle se redressa en position assise, les yeux écarquillés et le teint d'une pâleur maladive, ses mains crispées comme des serres sur la garde de son tantô. Quelque chose se serra à la façon d'un poing à l'intérieur de sa poitrine, et elle réalisa, comme détachée d'elle-même, que son souffle était devenu rauque, haché, erratique. Les muscles de ses épaules se contractèrent faiblement, un bourdonnement grave lui envahit les oreilles, et elle resta là à chercher le rythme de sa respiration, incapable de se calmer ou de se relever.
Soudain, les mains et le chakra de Kakashi furent sur elle. Elle perdit son regard dans ses yeux, l'un noir et l'autre rouge, rouge… Un sursaut parcourut tout son corps de la tête aux pieds, comme une vague, et ses paupières se fermèrent.
