Bonjour ! Comment allez-vous ce dimanche ? De mon côté, ça va plutôt bien, j'ai juste mal aux mains parce que j'ai participé à un défi d'écriture hier (le 10K-a-day pour celles et ceux qui parlent anglais), et je l'ai réussi ! J'ai aussi dû commencer la journée en me rachetant un clavier, celui que j'avais depuis deux ans a rendu l'âme vendredi soir. En même temps, vu tout ce que j'écris, c'est déjà une chance qu'il ait tenu deux ans, je trouve. Bref, sans plus attendre, voici le (long) chapitre du jour !

Quand Hitomi reprit connaissance, la nuit était tombée. Le camp avait été établi en bordure de la route, assez loin pour qu'elle ne puisse pas reconnaître l'endroit à l'aide de sa vue seule. Sans l'odeur de sang et d'eau qui l'atteignit quand la direction du vent tourna, elle n'aurait sans doute même pas pu deviner quoi que ce soit. Naruto était assis à côté d'elle, une main sur son épaule pour sentir le premier signe d'agitation qu'elle montrerait — et quand ce fut le cas, il sourit, manifestement ravi et soulagé qu'elle ouvre les yeux.

— Hitomi, enfin ! Kakashi-sensei nous a dit que c'était normal, mais Sasuke et moi, on était inquiets quand même ! Qu'est-ce qui t'a pris, là-bas ?

La jeune fille répondit d'un prudent haussement d'épaules. Elle n'avait pas envie de répondre à son frère qu'elle ne savait pas, parce que ce serait lui mentir. Elle était encore capable de reconnaître une crise de panique quand elle en vivait une. Après s'être redressée en position assise, elle laissa son regard errer sur le camp. Sasuke utilisait son chakra pour raviver le feu et travailler sur son contrôle tout à la fois, Tazuna juste à côté de lui contemplait sa bouteille de sake aux trois quarts vide avec hésitation, et derrière eux, Kakashi aiguisait une à une les lames de ses armes de jet. Ses trois chats, quant à eux, patrouillaient dans les ombres et les bois qui entouraient la petite clairière où les garçons avaient décidé de s'installer. Sur ses lèvres, Hitomi força un sourire et fit signe à Naruto de l'aider à se lever.

— Ne t'en fais pas, quoi que ce soit, c'est passé maintenant. Je me sens mieux. Tu devrais aller aider Sasuke avec ce feu, et peut-être commencer à préparer le repas. C'est ton tour, pas vrai ?

— Aaah, tu as raison ! Comment tu fais pour toujours te souvenir de ce genre de choses ?

Avec un petit rire qui n'était pas totalement forcé, la jeune fille s'éloigna de Naruto, la démarche encore faible et hésitante. Elle ramassa une couverture qui traînait sur le chemin et la drapa autour de ses épaules. Une brève inspiration l'informa qu'il s'agissait de celle de Sasuke. Il ne lui en voudrait pas, lui qui n'avait jamais froid. Elle arriva auprès de Kakashi-sensei, qui la regarda pendant quelques instants avant de revenir à son aiguisage. Pendant de longues minutes, ils ne dirent pas un mot, puis le professeur se lança, d'un ton bas pour qu'elle seule puisse entendre :

— Tu n'es pas la première à avoir une réaction comme celle-ci après un combat pareil. Ce n'est grave que si ça se reproduit, mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas te surveiller de près.

— C'est juste que… La mission avec vous, et maintenant ça… Ça fait beaucoup.

— Je m'en doute, Hitomi-chan. C'est pour ça que je pense que ce n'est pas grave, et que tu peux passer outre. Tu as l'esprit assez solide pour encaisser. Mais que ça se reproduise ou pas, je veux que tu voies un psychologue. Normalement, les Genin n'en ont pas besoin, mais tu n'es pas n'importe quelle Genin, pas vrai ?

— Je n'ai pas demandé ce genre de choses…

— Que tu le demandes ou pas n'entre pas en ligne de compte. Le village t'utilise comme il a besoin de le faire, et en retour tu utilises les ressources mises à ta disposition en fonction de tes propres besoins. Il vaut mieux que tu prennes la bonne habitude d'être suivie par un psy maintenant. Crois-moi, je sais de quoi je parle.

De cela, Hitomi se doutait. Quand Kakashi avait son âge, il était déjà enfoncé jusqu'au cou dans ses démons entre le suicide de son père et la guerre qui ne lui laissait aucune occasion de faire son deuil. Quand aurait-il eu le temps de consulter ? Elle était déjà extrêmement surprise qu'il amène cette idée de lui-même. Où était passé le Kakashi incapable de se placer en mentor du canon ?

— Je ne saurais pas quoi raconter à un psy, marmonna-t-elle d'une voix emplie d'hésitation.

— Tu n'es pas obligée de parler tout de suite. La mienne a commencé par me parler d'elle, pour me mettre en confiance. Tu aimerais que je te prenne rendez-vous avec elle ?

Pendant quelques secondes, Hitomi regarda son professeur sans mot dire. Elle ne voyait plus que l'un de ses yeux, celui des deux si sombre qu'on ne distinguait pas l'iris de la pupille. Toujours plutôt hésitante, elle finit par hocher la tête. Elle avait vu plus que son compte de psychologues et psychiatres dans le monde d'Avant, pour poser les mots sur certaines choses qui lui avaient rendu la vie dure, froide, sans goût. Elle se sentait heureuse, ici, et n'aurait pas pensé en avoir besoin. Stupide et présomptueux, sans le moindre doute.

— Très bien, c'est décidé dans ce cas. J'espère que ça te fera du bien, d'avoir quelqu'un à qui parler de ce genre de choses. J'ai découvert que c'était important pour moi, en tout cas…

Sur ce, Hitomi comprit à son ton songeur qu'il était temps qu'elle le laisse à ses pensées. Après une légère hésitation, elle alla s'asseoir auprès de Sasuke. Il avait fini son travail sur le feu, mais ne s'était pas éloigné du foyer. Il la salua d'un petit hochement de tête et se décala légèrement pour lui faire de la place.

— Tu m'as inquiété, tout à l'heure.

— Je suis désolée, Sasuke. Est-ce qu'on sait pourquoi ces ninjas nous ont attaqués ? C'était censé être une mission de rang C, mais des ninjas, c'est au moins…

— Du rang B, oui. Apparemment, l'homme qui domine l'économie du Pays des Vagues veut empêcher à tout prix Tazuna de finir son pont, quitte à devoir le tuer, pour garder le monopole. On peut s'attendre à d'autres ninjas ennemis, mais sans doute pas tout de suite.

— Et Kakashi a décidé de continuer ?

— Il ne voulait pas, mais Naruto l'a convaincu. Il disait que tu ne voudrais pas qu'on abandonne, et je suis plutôt d'accord avec lui. On a eu raison, pas vrai ?

— Oui… Je ne voudrais pas abandonner cette mission, ni aucune autre, si je peux l'empêcher. J'aurais juste aimé ne pas tuer cet homme…

— Tu ne l'as pas tué. Hoshihi l'a tué. Et pour lui, c'était sans doute comme chasser un lapin ou un rat. D'accord, c'est toi qui l'as appelé, mais ça ne te rend pas responsable de ses actions, ni de celles de tes autres chats. Ils sont presque adultes maintenant, pas vrai ?

— Oui. D'après Kurokumo, ils seront bientôt considérés comme des guerriers, et pourront à leur tour prendre des apprentis qui rejoindront les rangs de mes invocations.

— Ce sont vraiment des invocations puissantes. J'aimerais récupérer les deux contrats majeurs de mon clan, les Béliers et les Faucons, mais je ne sais pas vraiment où ils se trouvent.

— Shikaku-ojisan dit que les Uchiha avaient des caches d'armes et de stockage dans tout le Pays du Feu, et même en-dehors, au cas où ils auraient dû fuir le village. Apparemment, certaines datent même d'avant la création de Konoha. On pourra peut-être les visiter lors de nos prochaines missions ?

— J'aimerais bien ça. Je n'ai même pas encore fini de parcourir tout ce qu'on a ramené du territoire du clan dans le village, mais j'aimerais avoir tout ce que je peux récupérer, avant que…

Il ne poursuivit pas, mais il n'en avait pas besoin pour qu'Hitomi comprenne : il voulait tout récupérer avant qu'Itachi mette la main sur ces objets, si tant est que des parchemins intéressent le déserteur. Un adversaire bien plus dangereux, lui aussi armé de Sharingan, hantait l'esprit d'Hitomi. Elle n'avait aucun moyen de dévoiler ce secret à qui que ce soit – comment l'aurait-elle appris, elle qui n'était qu'une Genin qui quittait le village pour la deuxième fois de sa vie ?

Naruto les rejoignit quelques instants plus tard, posant devant chacun d'eux des assiettes fumantes. Si le blond était le plus doué en cuisine, c'était Sasuke qui chassait le mieux ; même sans ses Sharingan, il était capable de tuer ses proies d'un kunai dans l'œil, et plus d'une fois les trois jeunes gens avaient récupéré les peaux pour les vendre à un artisan civil du village. Il ne s'agissait que d'une petite rentrée d'argent, mais personne ne crachait sur des ryôs gagnées dignement.

— Kakashi-sensei dit que dans trois jours, à ce rythme, on arrivera sur la plage avant le Pays des Vagues. Vous avez déjà vu la mer ?

Sasuke secoua la tête, mais ce ne fut pas le cas d'Hitomi, dont les souvenirs étaient emplis des moments qu'elle avait passés avec Ensui sur une certaine plage de galets, heureuse, légère et innocente.

— Ooooh, Hitomi ! C'est comment, alors, la mer ?

— Tu sauras que tu t'en approches bien avant de la voir, si tu fais attention aux odeurs. C'est bleu ou gris en fonction de la couleur du ciel, et tu as l'impression qu'elle est infinie. Quand tu te baignes dans l'eau pendant assez longtemps puis que tu en sors, c'est comme si le mouvement des vagues te suivait encore pendant quelques pas, et tu dois faire attention à ne pas tomber.

— J'ai tellement hâte d'y être !

Un petit rire échappa à la jeune fille, plus sincère et léger cette fois qu'il ne l'avait été à son réveil. Personne comme Naruto ne savait faire reculer l'obscurité de l'âme des gens. Elle se pencha légèrement, de quoi presser un instant son épaule contre la sienne, puis se redressa et commença à manger le ragoût de lapin qu'il avait préparé. La nourriture réchauffa l'intérieur de son corps comme le feu réchauffait sa peau, et elle remercia Naruto d'un sourire.

Le lendemain matin, ils reprirent la route. La météo resta clémente : l'été approchait, aussi timide et farouche que les biches aux pattes si délicates qui hantaient la forêt des Nara, et dont on ne voyait qu'un éclair brun à l'extrémité périphérique de la vision. Jour après jour, Hitomi sembla aller mieux, même si elle passait de longues heures plongée dans un silence contemplatif. Kakashi lui avait donné beaucoup de choses auxquelles penser.

Alors que les arbres commençaient à se clairsemer et qu'on sentait dans l'air l'odeur d'iode du littoral, ils durent affronter des brigands. Après les Frères Démons, cela semblait d'une facilité risible, si bien qu'Hitomi ne prit même pas la peine d'invoquer ses chats combattants. Sous le regard satisfait de Kakashi, les trois enfants attachèrent leurs agresseurs, et ils firent un détour pour les déposer au commissariat du village le plus proche, comme c'était le devoir d'un ninja.

Et puis enfin ils arrivèrent à la mer. Ce jour-là, le ciel était d'un bleu si pur que les yeux de Naruto semblaient presque ternes en comparaison, et cette teinte céruléenne se reflétait dans la mer. Le jeune blond laissa échapper une exclamation émerveillée, mais au lieu de courir vers les vagues comme il l'aurait fait quelques années plus tôt, il se contenta de regarder, un sourire si immense sur les lèvres qu'Hitomi avait mal aux joues rien qu'à le regarder.

Tazuna s'était manifestement mieux préparé que son mensonge originel ne l'avait laissé penser : il les guida le long de la plage jusqu'à un petit village de pêcheur – plus un attroupement de six petites maisons qu'un véritable village, si on demandait l'avis de Sasuke – où l'attendait un homme qui avait accepté de l'emmener vers l'île principale du Pays des Vagues. La troupe arriva au village le soir et devait prendre la mer au matin ; ils eurent le temps d'entendre, autour d'un bon feu, l'histoire du village.

— Nous venons du Pays des Vagues, nous aussi, leur dit une jeune femme aux yeux gris pâle. Ma famille a toujours vécu là-bas, mais aujourd'hui… C'est devenu trop dangereux.

Elle posa la main sur son ventre, et son compagnon, un homme solide assis à sa gauche, enroula un bras autour de ses épaules. Hitomi comprit ce que la femme ne disait pas, et elle était sûr de ne pas être la seule dans ce cas.

— Tout est difficile là-bas. Les hommes n'ont pas le droit de pêcher ou de chasser sans l'autorisation de Gatô, les femmes et les enfants ont faim. Il a embauché des rônins du Pays du Fer, des vagabonds de toutes sortes, et même des ninjas déserteurs, pour faire respecter sa loi. Si c'est un homme qui enfreint les règles, il est châtié sur la place publique. Et si c'est une femme… Si c'est une femme, son châtiment est privé, mais tout le monde sait ce qu'il se passe. Quant aux enfants, Gâto les donne soit comme jouets à ceux de ses hommes qui lui plaisent, soit ils ont droit à la place publique, eux aussi.

Un autre homme, une moitié de son visage ravagée par une blessure ancienne, prit la parole à son tour :

— Mon père me racontait avant de mourir que le pays n'était pas comme ça, avant. Les orphelinats étaient efficaces, et les gens qui n'avaient pas de travail pouvaient toujours subvenir à leurs besoins sans faire de mal à qui que ce soit.

Les trois jeunes Genin écoutaient toutes ces histoires en silence, le visage grave, fermé. Ces pêcheurs étaient à peine une petite dizaine, mais chacun avait une menue cruauté du régime à ajouter à l'édifice. Il fallait être réellement dépourvu de morale pour causer la ruine d'un pays tout entier par pur égoïsme. Un instant, Hitomi songea aux dirigeants du Monde d'Avant, qui avaient agi de la sorte encore et encore.

— Nous sommes partis il y a un an, peut-être ? Nous étions censés être une bonne vingtaine, mais certains n'ont pas réussi à échapper aux gardes qui patrouillent dans les villages pour faire respecter la loi.

— Si la situation s'arrangeait au Pays des Vagues, commença Hitomi d'une voix songeuse, voudriez-vous y retourner ?

Les réponses à cette question furent unanimes. Chacun avait laissé derrière lui une personne ou des souvenirs, et aucun ne souhaitait les abandonner pour toujours. Ils étaient juste des fugitifs terrifiés par les horreurs auxquelles ils avaient échappé. Hitomi et Kakashi partagèrent un regard lourd de sens. Ce n'était pas leur mission, mais s'ils pouvaient faire quelque chose… Les ninjas n'avaient jamais été des justiciers, mais ils avaient un code d'honneur. Il était différent selon les villages, plus ou moins droit, plus ou moins orienté vers une valeur en particulier. Celui de Konoha s'appelait la Flamme de la Volonté, et l'Équipe Sept la portait haut et clair, personne ne pouvait en douter une seule seconde.

Aux premières heures de l'aube, ils prirent la mer sur le petit bateau à moteur du doyen des pêcheurs. Ses mains étaient parcourues de cicatrices qu'on n'obtenait pas d'un métier comme le sien, mais aucun des jeunes ninjas ne posa de question à ce sujet et les adultes avaient chacun assez de cicatrices, psychologiques ou physiques, pour savoir que cela ne se faisait pas. Hitomi montra à Naruto comment plonger sa main dans l'eau pour qu'elle se soulève dans son sillage ; cela l'occupa un temps. À d'autres moments, elle utilisait son chakra pour faire danser des personnages sans visage, tous d'eau de mer constitués, travaillant sur son contrôle pour l'affiner autant que possible. En mission, on ne se fatiguait pas à apprendre de nouvelle technique, mais on trouvait d'autres moyens de s'entraîner.

La brume tomba sur la mer un peu plus à chaque heure qui passait et, quand la côte du Pays des Vagues arriva en vue, leur petit bateau était totalement silencieux et invisible. Dans un silence chargé de respect, ils passèrent sous la première moitié du pont, qui jetait ses pieds dans la mer, aussi solide qu'il était porteur d'espoir. Hitomi n'avait jamais aussi bien compris ce qu'incarnait la construction d'acier et de pierre aux yeux des habitants. Avant même de réellement sauver leur économie vacillante, il leur apportait une sorte de sourde bravoure, une nuance de possibilité et de révolte qui entretenait mieux la foi en Tazuna qu'aucune promesse ne l'aurait pu.

Ils avaient posé le pied à terre depuis moins d'une heure quand cela se produisit. Naruto, en particulier, était tendu et guettait des ennemis dans le moindre fourré. Qui aurait pu lui en vouloir ? Hitomi ne se contenait pas mieux et leur nervosité commençait lentement à toucher Sasuke à son tour. Quand le blond jeta l'un de ses kunai en direction d'un fourré et que la seule chose qui en sortit fut un lapin couleur de neige, absolument affolé, Hitomi sut que cela commençait.

— À terre ! hurla Kakashi.

Il ne laissa pas le temps à Hitomi, la plus proche de lui, d'exécuter son ordre, la plaquant au sol pour la protéger de son corps de l'attaque qu'il avait sentie avant tout le monde. Sasuke s'était occupé de Tazuna, et Naruto, qui se trouvait peut-être deux pas devant eux, avait perdu une mèche de cheveux blonds à la faveur de l'épée colossale qui désormais s'enfonçait dans un tronc d'arbre, une silhouette dressée sur sa garde comme si elle avait toujours servi de perchoir. Il fallait une force titanesque pour un tel mouvement.

Zabuza était aussi grand, solide et sinistre que le canon l'avait dépeint. Sa peau était d'une pâleur maladive, son torse nu bâti comme si les muscles y avaient été directement gravés, et on pouvait compter chacune de ses côtes même d'une bonne distance. La moitié de son visage était masquée par des bandages jaunis par l'usage et ses yeux gris étaient froids, cruels. Autour de lui s'élevait une aura meurtrière nonchalante, pleine de promesses de brutalité et de sang.

Hitomi frémit mais ne flancha pas, se relevant pour se tenir à côté de son sensei. Déjà, elle avait dégainé et du sang coulait sur son pouce, mais elle n'osait pas agir en premier, elle avait peur de faire une erreur, la terreur lui dévorait le ventre comme une harpie. Elle voyait que Sasuke et Naruto ne se débrouillaient pas mieux qu'elle : même l'Uzumaki, souvent si peu attentif à ce genre de détails, remarquait que cet adversaire était décidément hors de leur league. Le ninja ennemi sourit, une expression cruelle parfaitement discernable derrière son masque de bandages.

— Zabuza Momochi, ninja déserteur du village de Kiri…

La voix de Kakashi sonnait comme un funeste présage et coupa Naruto dans son élan de stupide bravoure. Hitomi ne savait pas si c'était le Démon-Renard ou le sang des Uzumaki qui lui faisait ignorer le danger encore et encore. Le blond se tourna vers sa sœur adoptive, un air à la fois perplexe et effrayé sur le visage.

— Hitomi, c'est qui ce type ?

— Zabuza Momochi, répéta Hitomi d'une voix presque douce, surnommé le Démon du Brouillard. Avant même d'entrer à l'Académie, il a massacré une promotion entière de son Académie qui était en train de passer son examen. Il les a tous tués, jusqu'au dernier.

— La petite a fait ses devoirs, à ce que je vois.

La voix du déserteur était moqueuse, cruelle, mais cette fois Hitomi ne s'en offusqua pas – elle était trop occupée à tenter de dissimuler sa peur. Elle obéit au signe discret de Kakashi et se replia vers Sasuke, Naruto et Tazuna, prenant sa place à la pointe avant de leur formation de défense, comme elle l'avait toujours fait. Le Jônin releva son bandeau frontal et Hitomi sentit plus qu'elle ne vit le Sharingan s'éveiller en lui.

— Je n'ai pas le temps pour ces histoires, Kakashi, grommela Zabuza. Livre-moi le vieillard et je vous laisserai repartir, les gamins et toi.

— Aah, j'ai bien peur de ne pas pouvoir faire ça, Zabuza. Quel exemple je montrerais à la jeunesse si j'abandonnais une mission à la première difficulté mineure ?

L'assassin eut à peine l'air offensé par la pique que le Ninja Copieur venait de lui lancer. Autour de lui commença à s'élever une aura meurtrière si intense que les trois Genin s'étouffèrent en même temps, un instinct au fond d'eux leur hurlant de courir se mettre à l'abri. Cet instinct avait raison : après tout, Zabuza était dangereux, terrifiant, meurtrier, sanguinaire, il n'aurait aucune pitié et les réduirait tous en charpie sans le moindre effort s'ils s'opposaient à lui… Hitomi déglutit, reprit le contrôle de sa respiration et se redressa dans une position de garde. Un instant après, elle sentit les garçons faire de même. S'ils n'avaient pas été exposés si fréquemment à sa propre aura accidentelle, ils n'auraient sans doute pas été capable de faire taire si vite la petite voix qui les suppliait de fuir.

— Les enfants, n'intervenez pas dans ce combat. Vous n'êtes pas de taille contre lui. Je vous fais confiance pour veiller sur Tazuna ; c'est aussi comme ça que fonctionne le travail d'équipe, parfois.

— Ah, Kakashi… Quel plaisir cela va être de t'affronter. Savais-tu que dans le Bingo Book de Kiri, il est dit que tu maîtrises plus d'un millier de techniques différentes ? Ce sera un véritable honneur de te vaincre.

— Hah ! Il faudrait déjà que tu y arrives, avant de parler d'honneur. On parle de toi dans mon carnet aussi, et de tes techniques d'assassinat parfaitement silencieuses. Je te préviens, elles ne te seront d'aucune utilité aujourd'hui.

Hitomi, en écoutant les anecdotes que lui racontaient des ninjas plus âgés, s'était rendue compte que ce genre de comportement était courant quand on rencontrait un ninja ennemi. À moins qu'il s'agisse d'une mission furtive ou particulièrement urgente, les shinobis avaient coutume de discuter, de comparer leurs forces respectives, avant de véritablement se lancer à l'assaut. C'était une marque du respect que l'on portait à l'adversaire, et de l'honneur que ce serait de le vaincre. Les ninjas s'étaient depuis longtemps détournés du mode de vie des samouraïs des siècles auparavant, quand le chakra était apparu au cœur du monde, mais ils n'avaient pas tout oublié de cette époque.

— Bon, assez bavardé. Puisque tu ne veux pas me laisser faire, tu ne me laisses pas le choix, Kakashi.

Et en un instant il disparut de l'arbre sur lequel il s'était perché, son immense épée partie avec lui. Debout sur l'eau de la rivière qui se trouvait un peu plus loin et que l'équipe avait prévu de traverser, il effectua une mudra à peine et une brume épaisse commença à se répandre autour de lui. Elle était plus froide, plus étouffante et plus opaque que celle qu'Hitomi parvenait à produire. On n'y voyait pas à trois mètres, même les sons semblaient s'atténuer.

— Il a disparu ! s'exclama Tazuna d'une voix étranglée.

Hitomi elle-même était sidérée. Si rien que l'apparence de cette brume était aussi différente, qu'est-ce qui changeait d'autre dans la technique ? Entre les mains de Zabuza, elle semblait outrepasser son rang D avec une risible facilité.

— Pas de panique, intervint Kakashi. Ce sera probablement moi, sa première cible. Restez très vigilants, n'oubliez pas les techniques d'assassinat dont j'ai parlé plus tôt, mais restez maîtres de vous-mêmes.

Comment pouvaient-ils avoir la moindre chance de voir venir quoi que ce soit ? Zabuza était un Jônin, après tout, un ancien membre de la Brigade des Épéistes de Kiri, et eux, de simples Genin, certes meilleurs que la moyenne, mais tout de même… Pas de taille.

— Huit possibilités, murmura une voix désincarnée. Le pharynx, la colonne vertébrale, l'artère pulmonaire, le foie, les veines jugulaires, la clavicule, le rein… Et le cœur. Par quoi vais-je commencer, hm ?

L'aura meurtrière s'intensifia encore, hurlant dans leurs veines qu'ils devaient fuir à tout prix ou mourir là, maintenant, une mort rapide pour éviter de terribles souffrances à venir. La main que Sasuke serrait contre son kunai monta lentement vers son cou dénudé.

— Calme-toi, Sasuke, dit Kakashi d'une voix douce. Je vous protégerai, même au péril de ma vie. Je ne suis pas du genre à laisser les membres de mon équipe se faire assassiner.

Il tourna légèrement la tête et les Genin purent voir ce sourire si étrange qu'il parvenait à leur faire voir rien qu'avec son œil, les traits dissimulés sous son masque ne révélant rien d'autre de son expression. Les deux garçons se détendirent très légèrement, mais pas Hitomi. Elle savait ce qui allait se produire. Quand Zabuza apparut entre eux et Tazuna, elle réagit, ne laissant pas le temps à la peur de figer ses gestes, et tomba à genoux, se glissant entre les jambes de l'assassin pour plaquer l'architecte à terre. Dans le même mouvement elle tendit la jambe et parvint à frapper le renégat, pris de court, si près de son entrejambe que son air de surprise et ses yeux pendant un instant écarquillés en étaient presque comiques.

Il se reprit immédiatement et changea de cible, s'en prenant plutôt à Kakashi. Ils échangèrent quelques passes et, alors que le sensei tenait presque son adversaire, un second Zabuza apparut dans son dos. Le kunai du Ninja Copieur poignarda le clone qui se trouvait devant lui et se dissolut dans l'herbe, réduit à l'état de simple flaque. Une microseconde plus tard, Kakashi était tranché en deux… Et se dissolvait lui aussi. L'original apparut derrière Zabuza, une lame déjà prête à se presser contre sa gorge pour la taillader.

— Ne bouge plus. C'est la fin.

L'échange s'était passé si vite qu'Hitomi n'en avait réellement vu que la moitié. Près d'elle, Sasuke avait activé son Sharingan et suivait sans doute mieux qu'elle ce que ses yeux observaient. Naruto, quant à lui, semblait éberlué et peut-être un peu apeuré aussi, les muscles crispés et les yeux écarquillés.

— Héhéhé… La fin, c'est vraiment ce que tu crois ? Tu imagines sérieusement pouvoir me battre en m'imitant grâce à ton œil ? Allons, Kakashi… Ah, en tout cas, j'admets que c'était bien joué. Tu as profité du brouillard pour lancer ta technique, pas vrai ? Et ces paroles, tout à fait convaincantes, parfaites pour attirer mon attention alors que tu te dissimulais pour m'observer. Malin. Mais hélas pour toi, j'ai moi aussi plus d'un tour dans mon sac.

Un Zabuza supplémentaire fit son apparition dans le dos de Kakashi et celui-ci se dépêcha d'exécuter le clone, couvrant à nouveau le sol à ses pieds d'une flaque d'eau. Cette fois, le Jônin se baissa pour esquiver le coup d'épée, ce qui signifiait sans doute qu'il n'avait plus de clone à sa disposition, et les deux hommes s'engagèrent dans un brutal affrontement au taijutsu, leurs mouvements trop rapides pour qu'Hitomi puisse les suivre. Soudain, Zabuza parvint à toucher le sensei d'un coup de pied si vigoureux qu'il l'envoya dans la rivière, et Hitomi, terrifiée, observa tandis que ce qu'elle avait redouté se produisait sous son regard impuissant.

En un instant, Kakashi était prisonnier.