Coucou ! Voici votre chapitre du jeudi pour vous donner de l'énergie - ou une raison de vous distraire - pour la fin de la semaine ! J'espère que vous l'aimerez !
L'impuissance était sans doute l'émotion la plus intense à la parcourir, plus intense encore que la peur, alors qu'elle regardait Zabuza emprisonner Kakashi dans sa prison aqueuse. Elle ne maîtrisait pas cette technique mais connaissait très bien ses spécificités et le niveau de maîtrise qu'elle nécessitait. Elle n'en était pas là, et encore moins à la version que Zabuza utilisait, avec la pression si intense dans le liquide que tout mouvement y était impossible.
— Ah là là, quelle erreur, Kakashi ! Je te tiens. Il est impossible de s'échapper de cette prison. Ça va être plus simple, maintenant que je t'ai neutralisé.
Le ninja ferma un instant les yeux et composa une mudra d'une seule main, l'autre toujours occupée à retenir son prisonnier. Entre la berge et les Genin, là où Kakashi avait précédemment dispersé un clone, un autre se reforma lentement.
— Je te réglerai ton compte plus tard, Ninja Copieur. Je vais d'abord massacrer tes chers élèves sous tes yeux, pour t'apprendre à leur promettre l'impossible.
Ce fut le clone qui reprit, d'une voix tout aussi glaciale, teintée d'une ironie mordante.
— Alors les enfants, on se prend pour des grands ninjas, avec le bandeau frontal et tout ? Mais vous savez, un vrai ninja a côtoyé la mort de près. Tant que vous ne figurez pas dans le Bingo Book… Bah, c'est à peine si on peut vous appeler des ninjas. Pour moi, vous n'êtes que des moucherons.
Le clone bougea plus vite que les yeux n'étaient capables de voir et soudain Naruto tomba, catapulté sur près de trois mètres par un coup de poing qui lui éclata la lèvre. Hitomi savait qu'il jouait, ou se retenait, l'un ou l'autre. Il aurait pu se contenter de les tuer, en un instant, sans plus d'efforts que celui de lever le bras. Sous son pied, le bandeau frontal de Naruto, celui dont il avait été si fier, était déjà recouvert de poussière.
— Les enfants, écoutez-moi ! hurla Kakashi. Emmenez Tazuna et fuyez ! Vous n'avez aucune chance contre Zabuza, mais il ne peut pas bouger tant qu'il me garde dans cette prison, et il ne peut contrôler son clone que sur quelques mètres ! Fuyez, vite !
Pendant un instant, les mots de Kakashi et l'aura meurtrière qui noyait les environs aussi sûrement que le brouillard faillirent avoir raison d'Hitomi. Elle se sentait si faible, si insignifiante, si consciente de sa propre mortalité et emplie du besoin de survivre que pendant un instant, pas même une seconde, elle envisagea d'abandonner Kakashi, de prendre ses frères et Tazuna et de courir aussi vite que possible. Et puis la honte l'envahit à l'idée de laisser un camarade derrière elle, refoulant la peur avec une efficacité implacable. Lentement, elle se redressa, assura sa prise sur la garde de son tantô.
— Kakashi-sensei, vous êtes trop prompt à vous sacrifier. Reposez-vous et admirez le spectacle, on vient vous chercher.
Le ton ferme et tranquille de sa voix sembla rendre leur courage à Sasuke et Naruto. Celui-ci croisa les doigts et créa son propre clone, qui se dépêcha de prendre Tazuna par le col et de l'éloigner hors de vue – Hitomi sentit sa présence même dans le brouillard, il s'arrêta à quelques dizaines de mètres à peine, hors de portée. À présent, les Genin pouvaient se battre sans se soucier de protéger un maillon faible. Toutefois, Hitomi refusa d'invoquer ses chats : ils étaient mortels, eux aussi, bien que difficiles à tuer, et elle ne voulait pas prendre le moindre risque les concernant. Ils étaient bien trop précieux à ses yeux.
Quand Naruto sourit et chargea droit vers le clone, Hitomi et Sasuke se trouvaient dans son ombre, leurs sabres ternis par le brouillard levés dans une position d'attaque. Ce fut la jeune fille qui prit la tête : elle était la moins forte physiquement, mais la plus rapide, et elle se chargea d'engager le clone de Zabuza pour faire diversion tandis que Sasuke le harcèlerait sur les flancs – Naruto pourrait récupérer son bandeau frontal, et ils seraient débarrassés de cette menace.
Pendant un instant, il sembla qu'ils allaient y arriver, mais d'un seul coup le clone les submergea, repoussant Sasuke d'une bourrade et Hitomi d'un violent coup de pied qui fit craquer plusieurs de ses côtes, avant d'envoyer Naruto vers eux d'un simple élan du bras, comme s'il n'était qu'un insecte gênant. Comme une maigre victoire, les doigts du jeune blond étaient crispés autour de son bandeau frontal et il s'empressa de le remettre en place, les doigts écorchés et le souffle court.
— Tu peux inscrire mon nom dans ton carnet, Sans Sourcils. Je suis celui qui deviendra un jour le Hokage ! Mon nom est Naruto Uzumaki-Yûhi, du village de Konoha !
Ce n'était pas la première fois qu'Hitomi entendait son nom accolé à celui de Naruto, et cela n'avait jamais manqué de l'émouvoir. Même ici, dans cette situation de combat désespérée, la petite étincelle de fierté et de joie la réchauffa comme une caresse, rappela à son esprit les souvenirs de douceur et de paix, la raison pour laquelle elle se battait. Ce simple élan lui permit d'enfermer la douleur qui irradiait le long de ses côtes au fond de son esprit, là où elle ne la gênerait pas.
— Sasuke, Naruto, j'ai un plan. Venez.
Ils obéirent et le clone de Zabuza laissa faire. Malgré les bandages qui lui dissimulaient la moitié du visage, l'amusement était clair sur ses traits. Nul doute qu'il voulait voir ce dont étaient capables les moucherons, lui qui se pensait si invincible – et n'était pas si loin du compte.
— Mais qu'est-ce que vous fabriquez ? hurla Kakashi dans sa prison. Maintenant que je suis prisonnier, le combat est perdu, fuyez ! Notre mission est de protéger Tazuna, vous ne l'avez pas oublié quand même ? Fuyez, c'est un ordre !
— Ça suffit ! s'exclama Hitomi en retour, sa voix claquant comme un fouet dans l'air lourd d'aura meurtrière et de brouillard mêlés. Kakashi Hatake a la réputation de toujours ramener son équipe complète et en vie au village. Nous n'allons pas faire honte à notre sensei en l'abandonnant derrière nous, alors taisez-vous et laissez-nous faire !
Jamais elle n'avait parlé sur ce ton sec à un adulte, mais elle arrivait à un point de saturation. Elle avait trop vécu, en trop peu de jours, pour tolérer une pression supplémentaire dont elle pouvait se passer. Elle fusilla Kakashi du regard, puis se tourna vers Naruto et Sasuke pour leur expliquer la suite du plan. Elle était contente d'avoir cette connaissance du canon, parce qu'elle ne serait pas sûre d'avoir eu le même genre d'idée dans cette situation sans l'aide si précieuse de sa mémoire.
— Dire qu'à votre âge, j'avais déjà les mains baignées de sang… Ils vous font trop tendres, à Konoha !
Cette fois, ce fut Zabuza qu'Hitomi toisa d'un regard dédaigneux. Sa peur avait disparu, laissant le reste de ses émotions s'épanouir comme autant de fleurs explosives au creux de son ventre et de son esprit.
— Massacrer des enfants ne fait pas de vous un ninja. C'est la loyauté aux valeurs qu'on a juré de protéger, à son Kage, à la mission et à ses coéquipiers qui forme le cœur du shinobi, pas les litres de sang que vous déversez sur votre passage. Si la capacité à tuer seule décidait, les samouraïs seraient tout autant ninjas que nous.
Elle savait qu'elle avait touché une corde sensible, parce que tout le monde entretenait un mélange de mépris et de ressentiment pour les guerriers du Pays du Fer. Ceux-ci le leur rendaient bien lors de leurs rares rencontres, n'acceptant leur entrée sur leurs terres qu'au prix d'un lourd tribut. Pourtant, traditionnellement, le Sommet du Gokage, qui n'avait été organisé qu'une fois dans l'histoire des Villages Cachés, continuerait à se tenir là-bas, quel qu'en soit le prix. C'était la seule terre parfaitement neutre du monde connu. Ils possédaient ce pouvoir sur eux, celui de les empêcher à loisir de s'unir contre un ennemi commun.
Et puis Zabuza, comme refusant de tolérer cet affront, s'élança vers eux et attaqua. Oh, il ne s'en prit pas à Hitomi, non, mais à Sasuke, comme s'il savait que faire souffrir l'un de ses frères serait pire que tous les coups qu'il pourrait lui infliger. Elle frémit d'angoisse en voyant le plus jeune des Uchiha s'effondrer sous le bras du renégat, du sang franchissant la porte de ses lèvres sous la violence de l'impact.
Aussitôt, Naruto réagit en exécutant un multiclonage et laissa toutes ses copies se jeter sur le déserteur. Hitomi profita de la confusion et de la couverture que ce moment lui procurait pour se dupliquer à son tour et métamorphoser sa réplique, prenant ainsi la place originellement tenue par Naruto. Elle était meilleure que lui au lancer de kunai, et avait noté tous les petits changements qui avaient impacté ce combat. Elle ne pouvait risquer que l'un d'eux soit l'échec de ce plan au mieux bancal.
Quand Zabuza se débarrassa des clones et se jeta sur Naruto avec un cri de rage, elle intervint en exécutant la Technique de l'Embuscade des Eaux Mouvantes, le forçant à se figer pendant une seconde, avant que sa force titanesque n'ait raison de la barrière. Cet instant suffit à Sasuke, qui déploya son Shuriken Fûma et le lança de façon à ce qu'il contourne largement les deux Zabuza, le clone d'Hitomi métamorphosé dans son ombre. Là, une fois bien en sécurité et insoupçonnée dans le dos de son premier véritable adversaire, le clone reprit sa forme originelle et, plutôt que de lancer le kunai comme elle l'avait prévu, poignarda Zabuza dans le biceps. La douleur et la surprise crispèrent le bras du déserteur, qui lâcha la prison et se jeta aussitôt sur le clone, le faisant disparaître dans un nuage de fumée. Avec un cri de bête sauvage, le Démon du Brouillard franchit en un instant la distance qui le séparait des trois Genin, son épée brandie pour trancher Hitomi en deux, et…
Et soudain Kakashi fut là, détrempé et entouré de sa propre aura meurtrière, sa main sur le poignet qui tenait l'épée serrant fort, fort, pour l'empêcher de tuer l'une de ses précieuses élèves. Plus tard, il s'ouvrirait à la stupéfaction qui l'envahissait à l'idée que ses trois petits Genin soient parvenus à blesser un Jônin. D'abord, il devait se débarrasser de la menace que l'homme représentait pour leur survie.
— Bravo, les enfants. Votre stratagème était excellent. Ce stratagème avec les shuriken… C'était toi, Naruto, pas vrai ?
Les trois enfants hochèrent la tête à l'unisson. Hitomi n'avait même pas eu le temps de proposer cette idée en particulier, devancée par Naruto. Elle s'était contentée de distribuer les rôles et de se charger de la logistique. Tout avait reposé sur Sasuke et son shurikenjutsu, de loin supérieur à ceux de ses coéquipiers. Ils avaient tous eu un rôle à jouer. Le travail d'équipe permettait d'égaler voire de surpasser des adversaires en d'autres cas imbattables.
— J'ai été stupide, soupira Zabuza. La colère m'a emporté, et j'en ai oublié la prison aqueuse.
Hitomi profita du léger blanc pour battre en retraite, le Shuriken Fûma depuis longtemps oublié dans l'eau. Elle n'allait pas exactement prendre le temps de plonger jusqu'au lit de la rivière pour aller le récupérer. Après tout, il leur restait d'autres armes. Les traits légèrement crispés par la douleur, elle reprit sa place entre Sasuke et Naruto, dégainant à nouveau son sabre. Elle savait que le combat n'était pas terminé.
— Tu devrais reconnaître qu'ils ont été plus forts que toi sur ce coup-là.
Le déserteur répondit d'un grognement récalcitrant. Son regard morne s'attarda un instant sur les trois enfants, puis revint sur Kakashi, à nouveau la principale menace.
— Je te préviens, Zabuza, tu ne m'auras pas deux fois avec la même technique. Que comptes-tu faire, maintenant ?
Et soudain ils étaient repartis, s'écartant d'un même élan pour se poster à deux points de la rivière distants d'une bonne dizaine de mètres, les pieds posés sur l'eau sans perturber son cours le moins du monde – même Hitomi qui s'entraînait d'arrache-pied perturbait le courant quand elle marchait sur le ruisseau qui traversait le parc près de chez elle. Les deux ninjas enchaînèrent les mudras, plus vite qu'Hitomi ou même Sasuke ne pouvait les distinguer, aidés d'une dextérité incroyable. Cette chaîne était la plus longue qu'Hitomi ait jamais vue, et quand elle se termina, deux dragons jumeaux jaillirent de l'eau et s'écrasèrent l'un sur l'autre, soulevant une vague formidable qui frappa les Genin de plein fouet. Hitomi ne pouvait empêcher un élan d'admiration de l'envahir alors qu'elle contemplait ce spectacle, faisant de son mieux pour rester sur ses gardes. Elle pouvait toujours sentir le clone de Naruto, un peu plus loin derrière eux, en sécurité avec Tazuna. Elle devait empêcher à tout prix le déserteur de franchir la ligne que ses frères et elles dressaient entre l'homme et la cible.
— … copier le moindre de tes mouvements.
En entendant la voix de son professeur, Hitomi comprit que la lutte psychologique avait commencé, et qu'il menait, débordant lentement les défenses mentales de Zabuza. À Kiri, on n'avait pas souvent affaire au Sharingan… Et même si le Démon du Brouillard avait eu de l'expérience quand il s'agissait d'affronter un Uchiha, les vrais secrets permettant de contrer cette pupille avaient été jalousement gardés à un endroit où même Sasuke n'avait pas pu les trouver – pour l'instant.
— Ça suffit ! Je vais te faire taire une bonne fois pour toute !
Pourtant Zabuza se suspendit en plein geste, ce qui permit à Kakashi de le prendre de vitesse avec la Technique de la Grande Cataracte. Et si c'était à ça que ressemblait cette technique, Hitomi la voulait dans son arsenal. Si seulement le rang A n'avait pas été si gourmand en chakra qu'essayer la Cataracte aurait été synonyme de mort pour elle… Peut-être, dans quelques années, pourrait-elle le considérer. Une pointe d'inquiétude se mêla à son envie : elle pouvait sentir le volume de chakra que Kakashi consommait dans ses attaques et celui qui partait dans le maintien de son Sharingan. Elle connaissait jusqu'au plus profond de sa chair ce qu'un manque de chakra causait au corps de sa victime. Elle aurait voulu qu'il existe un autre moyen.
Dès que la formidable vague-tourbillon fut passée, Kakashi agit et poignarda Zabuza de ses kunai en plusieurs endroits, le forçant à l'immobilité. Son sang ruisselait le long de ses membres et se perdait dans les torrents d'eau qui avaient été détournés de la rivière. Hitomi regarda et grava cet instant dans sa mémoire, incapable de faire autrement.
— Comment est-ce possible, Kakashi ? Ton œil te permet-il de voir l'avenir ?
— Oui, affirma le Jônin d'une voix grave. Et je vois venir ta mort.
Il eut à peine prononcé le dernier mot que deux aiguilles semblaient jaillir du néant et percer la gorge du déserteur, qui se raidit avec un gargouillis avant de s'effondrer comme une poupée de chiffon. Hitomi comprenait ce qui avait trompé tout le monde, soudain. Il avait vraiment l'air… Mort. Encore un mort qui venait croiser sa route. Elle refoula sans pitié l'angoisse qui monta en elle à cette pensée, la conservant soigneusement pour l'examiner plus tard et tenter de la faire s'arrêter. Elle ne pouvait se permettre la moindre distraction en combat, surtout si ses adversaires étaient destinés à se dévoiler comme de telles forces de la nature – la malchance légendaire qui allait bientôt faire la réputation de l'Équipe Sept s'était éveillée pour la première fois lors de cette mission.
— Ah, le voilà mort pour de bon.
La voix, douce et paisible, venait du feuillage d'un arbre à quelques mètres à peine de l'endroit où Kakashi gardait le corps effondré de Zabuza. Hitomi leva les yeux, et découvrit enfin Haku, l'un des premiers personnages qu'elle avait vraiment appréciés en découvrant le manga, dans le Monde d'Avant. Il était menu, mais plus grand qu'elle ne l'aurait cru, sa stature encore augmentée par les geta de bois noir laqué qu'il portait aux pieds au lieu des bottes que les ninjas affectionnaient le plus souvent. Son visage était caché derrière un masque marqué de l'emblème de Kirigakure, ses cheveux noirs retenus dans un chignon strict recouvert d'un petit capuchon de tissu écru. Il n'avait pas l'air d'une menace comme on avait l'habitude de les croiser. Hitomi ne s'y trompa pas, cependant : il était dangereux, très dangereux.
— Merci, poursuivit-il avec une nuance subtile de respect dans la voix, vous m'avez bien aidé. Voilà longtemps que je guettais l'occasion de tuer Zabuza.
— Ce masque, c'est celui des chasseurs de Kirigakure, pas vrai ?
La question de Kakashi semblait un peu ridicule, maintenant qu'Hitomi était mise devant le fait accompli. Il connaissait la réponse, elle le savait, tout comme elle savait qu'il avait chez lui, sans doute dans un tiroir ou un coffre sous son lit, ou même une cache secrète comme les ninjas faisaient traditionnellement, un masque semblable affilié à son propre village. N'avait-il pas été appelé le Limier ? Il était l'un des rares parmi l'ANBU à avoir acquis une réputation à l'internationale, et à avoir survécu à cette réputation.
— C'est exact.
— Qu'est-ce que c'est, un chasseur ? demanda Naruto.
Ce fut Sasuke qui lui répondit, une lueur de respect réticent au fond des yeux. Hitomi se souvenait qu'il avait particulièrement étudié le sujet à l'Académie, quand il était encore très jeune, avant qu'Itachi ne trahisse. Il avait voulu suivre les traces de son frère.
— C'est une brigade des forces de Kirigakure qui est chargée de chasser les déserteurs du village et de les exécuter, avant de détruire les corps.
— Hein ? Mais pourquoi ils feraient ça ?
— Parce qu'un corps, intervint Kakashi, est rempli de secrets et d'informations concernant la vie qu'il a vécue. Par exemple, si je mourais, les gens se disputeraient mon cadavre pour disséquer mon Sharingan et tenter d'en percer les mystères, ou alors simplement tenter de récupérer les techniques que je connais. Il existe dans chaque village des médics dont le seul métier est de lire les réseaux de méridiens des cadavres qui leur sont amenés.
Hitomi connaissait une Nara qui travaillait dans cette division en particulier, une femme impossiblement grande et maigre dont les yeux gris pâle semblaient examiner toute chose comme si elle pouvaitn ainsi en découvrir les secrets, détruire la surface et révéler le cœur. Depuis qu'elle avait appris le métier de cette femme, Hitomi restait à distance, juste au cas où. Si la création de sa Bibliothèque était visible sur ses méridiens… Cela aurait pu devenir un problème. Un problème dont elle n'aurait plus à se soucier si elle était morte, mais tout de même.
— Mais je… balbutia Naruto. Mais… Comment… Comment ce type peut être aussi fort ? Comment a-t-il pu tuer Zabuza, qui nous semblait invincible ?
—Je comprends que ça te prenne au dépourvu, Naruto, mais c'est ainsi. Il existe de par le monde des enfants plus jeunes que toi, et pourtant bien plus fort que moi. Il y aura toujours quelqu'un, quelque part, qui te surpassera.
Cette vérité était profondément effrayante pour des ninjas, souvent confrontés à leur propre mortalité. Dans ce monde si prompt à la querelle, un adversaire plus puissant signifiait souvent un rendez-vous avec la mort et même les shinobis entretenaient quelque part, bien caché au fond d'eux, la peur de mourir. Sans cette peur, après tout, ils n'auraient aucun instinct de survie ou de préservation, et ces caractéristiques auraient profondément nui à la plupart des missions qu'ils effectuaient. Même à l'Académie, on apprenait aux enfants que leur vie était importante… Avant d'ajouter que la mission et le village l'étaient encore plus.
— Votre combat est terminé, vous pouvez vous reposer maintenant.
Le garçon masqué disparut de sa branche et réapparut près du corps de Zabuza – Hitomi reconnut le Shunshin, une technique qu'elle entendait bien ajouter à son arsenal. Et si elle pouvait l'utiliser en combinaison avec son taijutsu et son kenjutsu… Elle aurait mérité ce titre non-officiel de plaie à combattre qu'elle portait fièrement au sein de sa promotion.
— Je me charge de faire disparaître ce corps. Encore merci, ninjas de Konoha.
Et sur ceux, le ninja masqué disparu, emportant le corps inerte avec lui. Hitomi avait souvent réfléchi à ce qu'elle devrait faire, à ce moment-là. Elle aurait pu alerter Kakashi avant qu'Haku disparaisse, mais cela aurait signifié la mort du duo de renégats, et la jeune Yûhi voulait éviter cela en priorité. Elle était certaine que l'homme comme l'enfant pouvaient jouer un rôle important dans des évènements futurs, si elle tirait correctement son épingle du jeu. Aussi avait-elle décidé de laisser faire, même si cela signifiait un autre terrible combat à venir.
À ce moment-là, Tazuna et le clone de Naruto revinrent, avant que ce dernier ne se dissipe dans un petit nuage de fumée. L'architecte semblait plutôt secoué, mais il n'avait pas la moindre égratignure. Kakashi le regarda revenir d'un air impassible, rabattant son bandeau frontal par-dessus son Sharingan, semblant inspecter le travail de Naruto en matière de protection.
— Bon, nous devons encore escorter Tazuna jusqu'à chez lui. Mettons-nous en route.
— Ah, vous pourrez vous reposer chez moi, on est presque arrivés !
Cela se produisit soudainement, et même Hitomi qui savait à quoi s'attendre n'agit que de justesse, amortissant la chute de Kakashi avec son dos. Elle gémit, les souffrances de son corps réveillées par la chute d'adrénaline et le choc soudain. Ses côtes irradiaient un feu furieux et respirer lui semblait soudainement trop douloureux pour valoir la peine d'essayer.
— Aah, Kakashi-sensei, Hitomi ! s'exclama Naruto. Qu'est-ce qui se passe ?
— Ngh… Kakashi-sensei, je dirais l'épuisement de son chakra. Moi, mes côtes, le coup de pied de Zabuza…
— Passe-le-moi, intervint Sasuke d'une voix impérieuse. Tu es blessée, ça veut dire que tu n'as pas le droit de porter les autres blessés. Allez !
La jeune fille s'exécuta et avança de quelques pas sur la route, rejoignant Tazuna qui la regardait d'un air inquiet, comme si elle était en charge maintenant que son sensei était indisponible. Le soupir qui manqua de lui échapper faillit lui arracher un sanglot de douleur. Même si la maison se trouvait tout près comme l'homme l'avait promis, ce trajet semblerait stupidement long.
