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Quand l'Équipe Sept arriva enfin chez Tazuna, Hitomi était pâle, son front couvert d'une sueur froide, et semblait prête à s'effondrer. Tsunami, la fille de l'architecte, ne laissa pas cela se produire : une fois qu'elle eut allongé Kakashi sur un futon dans le salon, elle s'approcha de la jeune Yûhi avec un air sérieux et sévère sur le visage. Ses gestes, avec le Jônin, avaient été directs et sûrs, trahissant une expérience des métiers de soin. Une infirmière, peut-être ? Elle posa la main sur l'épaule d'Hitomi et l'inspecta d'un regard critique.

— Les côtes ?

— Hm hm. Un méchant coup de pied. Mais vous auriez vu l'autre type…

La femme éclata d'un rire sec, mais non dépourvu d'humour, et lui fit dénouer son kimono, puis ôter sa chemise en résille d'acier, l'aidant quand elle ne put effectuer les gestes nécessaires à cause de la douleur. Hitomi avait perdu depuis longtemps toute notion de pudeur, ce luxe qu'on ne pouvait s'accorder en mission que dans de rares circonstances. De toute façon, elle vivait avec Sasuke et Naruto. Ils avaient vu tout ce qu'il y avait à voir, et n'avaient pas manifesté le moindre intérêt.

Les doigts frais et inquisiteurs de Tsunami commencèrent à inspecter ses côtes. Du côté droit, un hématome presque noir avait pris place sous sa peau, et quand la jeune femme l'effleura, Hitomi ne put s'empêcher de se raidir, une exclamation de douleur étranglée au bord des lèvres. Au bout de quelques instants, satisfaite, la mère de famille lui banda les côtes l'aida à réenfiler son kimono. Elle fit l'impasse sur la chemise de mailles, que la blessée aurait de toute façon eu trop de mal à remettre.

— Bon, tu vas passer quelques jours au repos, comme ton sensei. Papa, va lui chercher le deuxième futon dans le grenier ! Je t'apporterai tes repas ici, et tant que je ne te donne pas le feu vert, tu es privée d'entraînement, d'accord ?

Ce ton sévère n'était pas le genre auquel on disait non, aussi Hitomi hocha-t-elle docilement la tête, tandis que Tazuna déroulait un futon à l'air confortable à ses pieds. Naruto et Sasuke l'aidèrent à s'allonger et s'assurèrent qu'elle avait à portée de main tout ce dont elle pouvait avoir besoin. D'accord, elle ne pouvait pas faire grand-chose en restant couchée, mais lire, au moins, n'était pas hors de sa portée. Elle était un peu jalouse de ses frères adoptifs, qui n'avaient pas été blessés lors de ce combat. D'un geste vif qui alluma une étincelle de douleur le long de ses côtes meurtries, elle arrêta Sasuke alors qu'il s'en allait.

— Entraînez-vous quand Tazuna est à la maison, mais suivez-le partout où il ira. On a vaincu un puissant adversaire, mais… Quelque chose n'est pas normal dans cette situation. Je vais essayer de comprendre quoi pendant que je suis coincée ici.

— D'accord. Veille sur Kakashi-sensei, et ne t'inquiète pas pour nous. Si on a un problème, Naruto enverra un de ses clones demander l'aide de tes chats, ça te va ?

Hitomi hocha la tête et le laissa partir, son regard traînant un instant sur sa silhouette qui s'éloignait lentement. Elle aurait voulu être parmi eux, mais elle payait désormais sa témérité. Si elle avait été plus rapide, ou si elle s'était mieux battue, elle n'aurait pas été blessée, c'était aussi simple que ça. Elle devait encore s'entraîner. Elle avait survécu à Zabuza, mais le prochain évènement qui se produisait dans le canon, lié à l'examen Chûnin, lui demanderait d'être bien plus forte que ça.

Un petit bruit étouffé, comme un gémissement ou une plainte, attira son attention sur le corps de Kakashi-sensei. Sous la couverture du futon, il tremblait, et son seul œil visible, bien que fermé, était crispé de douleur. Ses cheveux étaient humides, sans doute d'une sueur froide telle qu'elle en avait vécu quand elle s'était trouvée dans une situation similaire. Après un instant d'hésitation, Hitomi sortit l'une de ses mains de sa propre couverture et tendit le bras jusqu'à ce que le bout de ses doigts se pose sur le poignet découvert du sensei, la seule surface de peau à sa portée.

Ensui lui avait expliqué le principe des transfusions de chakra, un geste très simple mais rarement praticable en mission. Il fallait mobiliser son chakra, celui qui n'était teinté ni par une affinité élémentaire ni par un Kekkei Genkai, et le faire glisser lentement de soi à la personne que l'on voulait aider. Ce n'était pas plus compliqué que d'activer un sceau. Elle ferma les yeux et se concentra un instant, juste ce qu'il fallait pour que le flux commence à circuler lentement. Elle ne pourrait l'aider qu'à petites doses — malgré son entraînement spécial, ses réserves étaient trop ténues pour remplir ne serait-ce que d'un quart celles de Kakashi – mais c'était mieux que pas d'aide du tout.

L'homme rouvrit les yeux deux heures plus tard, et son premier geste réflexe fut de refermer sa main sur le poignet d'Hitomi dans une poigne de fer. Elle laissa échapper une petite exclamation de protestation et de douleur mêlées, prise par surprise. La procédure était monotone, répétitive, et elle avait commencé à glisser dans une sorte de demi-sommeil contemplatif, allant et venant dans sa Bibliothèque. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il reprenne connaissance.

— Qu'est-ce que tu fais ? grommela-t-il d'une voix basse.

— Je… Je n'ai pas utilisé beaucoup de chakra pendant le combat et vous n'en avez presque plus, sensei. Vous serez plus vite sur pieds si je donne un coup de main à vos réserves.

Un lourd silence s'étendit entre eux pendant quelques secondes, puis il la relâcha, et ne s'écarta pas hors de portée quand elle le toucha à nouveau, poursuivant la transfusion.

— Où sont les garçons ?

— Ils s'entraînent. Tazuna est en train de préparer le dîner avec Tsunami.

— Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ?

— Zabuza m'a abîmé les côtes avec son coup de pied. Tsunami, la fille de Tazuna, a dit que je devais garder le lit pendant quelques jours.

— Je vois… Je suis désolé, Hitomi. J'aurais dû empêcher ça.

— Allons, sensei. Nous savons tous quels sont les risques que nous courons quand nous partons en mission, et Zabuza est un formidable adversaire. Vous avez fait de votre mieux, et vous l'avez vaincu. Sans vous, nous serions morts.

— « Est » ? Pas « était » ?

— Ah… Oui. C'est une mauvaise nouvelle, je suis désolée sensei, mais je ne pense pas que Zabuza soit mort.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Ce garçon qui est intervenu… C'est un chasseur de déserteurs, pas vrai ? Mais en général, d'après Ensui-shishou, les chasseurs font disparaître les corps sur place, pour prendre le moins de risques possible d'être interceptés. Or, il l'a emmené avec lui, ce qui est une première incohérence.

Il ne contesta pas alors elle poursuivit, maintenant le volume de sa voix aussi bas que possible pour éviter que les civils puissent intercepter ses paroles. Nul besoin de les effrayer.

— Ensuite, les senbons, vous savez que j'en utilise, et ce ne sont que très rarement des armes mortelles. Il faudrait que je trouve un traité d'anatomie pour vérifier, mais il me semble… Il me semble que le tir aurait pu faire passer Zabuza pour mort, et dans ce cas cela voudrait dire que le garçon est en réalité son allié et voulait vous empêcher de le tuer.

Un nouveau silence s'abattit sur eux, cette fois songeur et nerveux. Kakashi semblait effaré d'avoir raté ça. Il était trop dur avec lui-même, si c'était le cas : Hitomi n'aurait pu arriver à cette conclusion que bien plus tard sans sa connaissance du canon. Il lui fallait du temps à elle aussi pour mettre le doigt sur les incohérences d'une situation quand elle y était confrontée, une faiblesse que Kurenai avait exploitée sans pitié quand elle lui avait appris à repérer et briser les genjutsu auxquels elle pourrait être soumise.

— Je pense que tu as raison, dit le professeur d'une voix prudente et fatiguée quelques instants plus tard. Dans ce cas, il aura besoin d'une bonne semaine pour récupérer. Quant à moi… Ça devrait être plus rapide, si tu continues de m'aider.

— Est-ce que vous voulez qu'on fasse quelque chose en attendant ?

— Sasuke et Naruto vont avoir des exercices de maîtrise du chakra à travailler. Ils n'en sont pas encore exactement au niveau que je souhaite pour eux. Toi, tu es clouée au lit, donc nos options sont limitées. Je pense que je vais te faire travailler sur ton fûinjutsu, peut-être regarder tes travaux et t'aiguiller dans la bonne direction, ou te donner les symboles que tu ne connaîtrais pas encore, si cela existe seulement.

La jeune fille répondit d'un signe de tête, une vague de chaleur et d'excitation se soulevant à l'intérieur de son corps à l'idée de travailler sa discipline préférée de tous les arts ninjas. Ce choix était le meilleur que Kakashi aurait pu faire, et pas seulement parce qu'il la ravissait : travailler sur des sceaux demandait peu d'efforts physiques et peu de chakra, ce qui lui permettrait de continuer ses transfusions.

— Tu as besoin de repos, toi aussi. Ferme les yeux et concentre-toi sur la transfusion pendant un instant. Je vais prendre le contrôle pour qu'elle continue pendant que tu dors, et je la couperai quand tes réserves seront à moitié vide. Ça te va ?

Elle répondit d'un petit « hm » affirmatif et s'exécuta. Elle était fatiguée, il avait raison, et la douleur commençait lentement à s'assourdir, la rendant somnolente et engourdie. Il ne lui fallut que quelques minutes pour s'endormir. Aussitôt, son esprit dériva vers l'un de ses cauchemars. Elle rêva de Kirigakure à l'époque des massacres des clans, d'une femme au longs, longs cheveux noirs qui pleurait et suppliait un homme de laisser vivre son enfant. Elle ne comprit qui était l'enfant que quand des lances de glace transpercèrent la maison en tous sens, le laissant seul intouché, l'homme et la femme baignant dans leur sangs sur la terre battue. Haku.

Elle se réveilla en sursaut, la main de Kakashi pressée contre sa bouche pour étouffer l'exclamation de détresse qui ne manquerait pas de lui échapper. Leurs regards se croisèrent un instant puis il la relâcha précautionneusement et se redressa en position assise. Il avait quitté son futon, mais elle pouvait encore voir la fatigue qui lui pesait sur les membres.

— Ces cauchemars, ça dure depuis combien de temps ?

— Depuis… Je dirais depuis le massacre des Uchiha ? En tout cas, c'est le premier à m'avoir vraiment marquée.

— Pourquoi celui-là en particulier ?

— Je…

Elle hésita et laissa sa voix s'éteindre lentement. Pouvait-elle en parler à Kakashi ? C'était… C'était dangereux, mais en même temps elle avait appris à faire confiance à cet homme à force de le côtoyer. Elle n'en avait jamais parlé à sa famille, seulement à Ensui et Gaara quand ils se trouvaient ensemble à Suna et que se confier par écrit lui avait semblé mille fois plus facile.

— Dans ce rêve-là, j'étais Mikoto Uchiha, la mère de Sasuke et Itachi, et je parlais au Hokage. Fugaku était à côté de moi. Le Hokage refusait que nous ayons la garde de Naruto et nous accusait de l'attaque de Kyûbi.

Elle vit l'étincelle d'alerte dans les yeux de Kakashi. Avait-il fait partie des ANBU de garde ce soir-là, alors que son maître avait été tué quelques nuits à peine plus tôt ? Elle espérait que non. Même les ANBU avaient besoin de temps pour faire leur deuil.

— Et tu as fait d'autres rêves de ce genre ensuite ?

— Parfois. La plupart du temps mes rêves sont juste des cauchemars, mais parfois... Je me retrouve dans le corps d'autres personnes, certaines que je peux identifier, d'autres non, pendant un évènement de leur vie. Je me souviens d'un rêve où j'étais Shisui Uchiha et je signais le Contrat des Corbeaux, par exemple. Je le sais parce que le corbeau l'a appelé comme ça. C'était un cousin de Sasuke, avant…

— Oui, je le connaissais. Et aujourd'hui ?

— Aujourd'hui, c'était… Je crois que c'était sur une île parce qu'il y avait beaucoup de brouillard et une odeur de sel dans l'air, comme ici. J'étais une femme qui suppliait pour la vie de son fils. Un homme l'a poignardée à mort, et pendant que je la sentais agoniser, j'ai vu le petit garçon faire quelque chose, avec de la glace, qui a aussi tué l'homme. C'était terrifiant…

— J'imagine. Tu penses que ces rêves signifient quelque chose ?

Là, Hitomi hocha les épaules, feignant une certaine nonchalance.

— Ces rêves avec les Uchiha se sont produits la nuit du massacre, et quand j'ai reçu mon épée de la part de Sasuke, le tantô de Shisui. Il y a un lien, ça ne fait aucun doute. Mais quant à savoir si c'est mon esprit qui le fait tout seul, sans que je m'en rende compte, ou s'il y a vraiment quelque chose de plus là-dessous…

Kakashi hocha la tête, indubitablement songeur. Il n'avait pas vraiment l'air surpris par ce que son élève venait de lui confier. Dans ce monde, il existait des choses bien plus étranges que des rêves possiblement prémonitoires. Au fond, Hitomi était soulagée d'avoir pu lui en parler tout en gardant le contrôle sur ce qu'elle lui révélait : elle venait de planter le décor idéal pour donner plus de force dans le futur à ses prétendues intuitions, un élan complexe qu'elle n'avait jusque-là pas osé risquer. Mais Kakashi, qui avait jadis été dans la Racine, était l'une des personnes les moins susceptibles, dans son entourage, de cracher le morceau à Danzô.

— Je veux que tu viennes me parler de ce genre de rêves s'ils se reproduisent. Ils pourraient nous être utiles. Mais bon, puisque tu es réveillée maintenant, dis-moi où tu as rangé tes notes sur le fûinjutsu, je veux voir où tu te situes et ce sur quoi tu es en train de travailler.

Hitomi lui donna l'information sans rechigner, et injecta son chakra dans le bon sceau de stockage quand il le lui tendit – c'était l'un de ceux qu'on ne pouvait activer si on n'avait pas été la personne à le fermer en premier lieu. Le nuage de fumée qui se dégagea, une fois dissipé, révéla près d'une dizaine de livres et de carnets remplis de notes dans sa petite écriture serrée, si différente du trait sûr et élégant qu'elle utilisait pour ses sceaux. Sans plus attendre, le Jônin s'empara de l'un d'eux et commença à lire en silence.

— Sensei ?

— Hm ?

— Vous me passez le Paradis du Batifolage ? J'ai envie de le lire.

Pour son plus grand ravissement, elle put voir Kakashi-sensei s'étrangler sur sa propre salive et partir en quinte de toux, son seul œil humide et un bout de rougeur dépassant de son masque. Quand il se reprit, elle le frappa de plein fouet avec les Yeux, qu'elle avait pratiqués ces dernières semaines pour améliorer leur efficacité sur la victime complaisante qu'Ensui était.

— D… D'accord. Mais ne dis rien à ta mère ! Je ne veux pas qu'elle m'égorge.

La jeune fille hocha la tête avec autant d'enthousiasme que possible, et offrit à son professeur un sourire rayonnant quand il lui remit le premier tome. Quelques instants plus tard, ils étaient tous les deux plongés dans leurs lectures respectives, et Hitomi découvrit pourquoi Kakashi aimait tellement ce livre. Dès le début, elle fut plongée dans l'intrigue, attirée par le charisme de l'héroïne comme par un aimant. Ses yeux dévoraient les pages les unes après les autres – elle avait toujours été une lectrice rapide, vraiment rapide.

— Vous pensez que ça intéresserait Jiraiya-sama de lire ce que j'écris ? demanda-t-elle d'une voix paisible près d'une heure plus tard.

— Tu écris, toi aussi ?

— Hm hm. Enfin, pas de la littérature érotique, mais des histoires qui me trottent dans la tête. J'ai fini d'écrire trois romans, et j'en ai commencé un quatrième un peu après la fin de l'Académie.

La vérité, c'était que grâce à sa mémoire absolue, elle n'avait qu'à aller chercher ses lectures du Monde d'Avant pour les reporter sur le papier en les ajustant aux codes de l'univers dans lequel elle se trouvait à présent. Elle était toujours convaincue que la littérature n'aurait pas dû être limitée à un seul univers, et si elle pouvait l'aider à circuler librement, elle en était ravie. Pour l'instant, seules Ino et Sakura avaient lu les romans qu'elle avait écrits, leur préféré se trouvant être une romance contemporaine entre la fille d'un daimyô et un nukenin.

— Le maître n'est pas au village en ce moment, mais je pourrai lui demander de ta part, si tu veux.

— Merci, sensei, sourit Hitomi avant de se remettre à sa lecture.

Ce fut ainsi que Tsunami les trouva une fois la nuit tombée, lui assis par terre, le dos contre les coussins du canapé, et elle toujours sagement couchée, le bras du côté de son corps qui n'était pas blessé tenant le livre à hauteur de ses yeux. La jeune femme sourit d'un air satisfait en contemplant ce spectacle paisible, elle qui était si nostalgique de son travail, qu'elle avait dû quitter quand Gâto avait commencé à menacer Tazuna. Un jour, peut-être, elle pourrait s'y remettre, mais en attendant, ces simulacres lui convenaient faute de mieux.

— Le dîner est prêt. Posez vos livres, je vous les apporte. Sensei, vous pouvez aider votre élève à se redresser, mais allez-y doucement.

L'homme s'exécuta sans discuter, fermant le livre sur la Théorie des Réductions annoté de la main d'Hitomi qu'il était en train de parcourir. Les gestes lents et précautionneux, il la soutint jusqu'à ce qu'elle se retrouve en position assise, juste à côté de lui, son dos appuyé contre les coussins du sofa.

— Ce que tu as écrit dans tes carnets est déjà une matière très avancée. Tes sceaux sont au moins au niveau Chûnin, ce qui est très surprenant à ton âge et risque de te peindre une cible sur le dos si des ninjas d'autres villages s'en rendent compte.

— Parce que les Maîtres des Sceaux sont très rares ?

— Oui, et parce que tu as le potentiel d'en devenir une. Tu n'en es pas encore là, cela dit, et ça veut dire que j'ai encore assez d'avance sur toi dans le domaine pour te donner des conseils qui devraient t'aider.

Quand Tsunami leur apporta leurs repas, ils étaient occupés à discuter de la complexe Théorie des Réductions qui permettait de créer des sceaux très petits, pratiquement indécryptables, tels que celui que les membres de la Racine portaient sur la langue – bien sûr, Hitomi ne mentionna pas ce point précis. La jeune fille cherchait un moyen de contourner le manque de stabilité des sceaux une fois cette théorie appliquée, pour un design sur lequel elle travaillait et qui lui serait plutôt utile en combat. Elle ne voulait pas que celui-ci en particulier courre le risque de tomber entre des mains ennemies.

Le soir venu, Hitomi trouva en elle-même encore assez de fatigue pour s'endormir presque immédiatement. Sasuke avait insisté pour passer une partie de la nuit dans le salon avec Kakashi et elle, surtout elle. Il lui raconta comment Naruto et lui avaient rencontré Inari, le fils de Tsunami, et la certitude de l'enfant que les ninjas allaient mourir plutôt qu'accomplir leur mission. Au fond d'elle-même, Hitomi était heureuse de ne pas avoir eu à croiser le gamin. Elle n'aurait sans doute pas bien réagi à un tel discours, et la douleur avait toujours eu pour effet de la rendre irritable et impatiente.

Le lendemain, elle se sentait déjà mieux et reposée, même si elle avait été visitée par un cauchemar à propos de sa mission de rang B cette fois. Elle ne pouvait plus attendre que Kakashi l'emmène voir sa thérapeute. Si cette femme pouvait la débarrasser de ces mauvais rêves, elle serait une héroïne à ses yeux. Elle détestait l'instant de terreur et de confusion qui planait sur elle à l'instant du réveil, et le regard compatissant que Kakashi avait posé sur elle, comme s'il savait parfaitement ce qu'elle avait en tête, lui avait donné envie de disparaître de honte.

Les deux jours qui suivirent furent passés à s'entraîner et travailler. Sasuke et Naruto passaient de longues heures à tenter de faire tenir des kunai debout, pointe en bas, sur leurs mains ouvertes, tandis qu'Hitomi travaillait sur son sceau. Il était presque terminé à présent, testé encore et encore sur des lapins que Sasuke chassait pour elle. Au moins, comme ça, Tsunami ne manquait jamais de viande pour le repas — ses sceaux ratés avaient eu une sérieuse tendance à s'enflammer.

Cinq jours après leur première bataille, Hitomi et Kakashi étaient à nouveau sur pied, même si Tsunami avait ordonné à la jeune fille de faire particulièrement attention à ses côtes encore fragiles. Après de nombreuses recherches dans des traités de médecine, la jeune Yûhi avait découvert que le chakra et le rétablissement étaient étroitement liés : un ninja aux réserves pleines guérissait jusqu'à cinq fois plus vite qu'un civil tandis qu'un soldat en manque se soignait au rythme normal, et prenait même le risque d'attraper des infections et maladies, ce qui n'arrivait jamais à ceux en bonne forme. En transfusant son chakra à Kakashi, Hitomi avait parfaitement su qu'elle ralentissait un peu sa convalescence. Le jeu en valait la chandelle.

Quand elle fut autorisée à se tenir debout et même à sortir de la maison, Hitomi accompagna Tsunami en ville pour la protéger et l'aider à faire ses courses. À contrecoeur, elle avait laissé son bandeau frontal à la maison : les ninjas, dans ce petit pays sans Village Caché, étaient rares, et elle ne voulait pas se faire remarquer. Son insigne de Konoha faisait sa fierté, mais sa fierté ne justifiait pas de mettre sa mission en péril.

Ce qu'elle vit dans la ville la choqua, quand bien même elle avait été préparée à ce spectacle. La misère était omniprésente, gravée sur le corps d'enfants maigres aux ventres distendus sur des os délicats, brûlée au fer rouge sur les visages des adultes que l'inquiétude ridait profondément. Il y avait plus de mendiants qu'elle n'en avait jamais vus, même dans le Monde d'Avant. Quelque part un peu avant l'horizon se dressait le manoir dans lequel vivait Gâto, et Hitomi se mit à le haïr, un sentiment doux et calme qui lui brûlait les veines et lui alourdissait l'esprit. Sans hésiter un instant, elle ouvrit la bourse dans laquelle elle rangeait ses économies et se mit à distribuer une pièce à chaque personne qu'elle croisait. Elle ne pouvait faire plus, et cela la torturait. Elle ne pouvait que prier l'Ermite et toutes les entités déifiées auxquelles les ninjas rendaient hommage pour qu'une fois le tyran tombé, le pays se redresse.

Son humeur était sombre quand elle rentra, aussi se consola-t-elle en invoquant son équipe de chats ninjas. Elle fut soulagée quand elle constata qu'Haîro allait mieux, la blessure qu'il avait récoltée contre les Frères Démons désormais réduite à une simple ligne rouge sous son pelage qui repoussait déjà. Toutefois, ce ne fut pas cela qui la surprit le plus, mais la petite silhouette gris sombre qui se cachait entre les pattes d'Hoshihi. La jeune fille interroga son compagnon couleur de feu du regard.

— C'est Hai, ma nouvelle apprentie. Aotsuki me l'a attribuée hier. Quand j'ai senti que tu nous appelais, j'ai décidé de la prendre avec moi pour te la présenter.

Hai était très menue, avec un poil encore tout ébouriffé de chaton et de grands yeux bleu pâle. Hitomi tendit la main pour lui faire sentir l'odeur de chakra, d'acier et d'encre qui s'y collait. Après un instant d'hésitation tout à fait compréhensible, la petite avança sa tête et se frotta aux doigts offerts, un doux ronronnement dans la gorge.

— Bonjour, Hai-chan. Bienvenue dans la famille.

Les cinq aînés parmi les chats vinrent se frotter à leur cadette pour la féliciter à leur façon sous le regard attendri d'Hitomi, dont le cœur avait bien eu besoin de la douceur que lui évoquait cette scène. Même pendant sa convalescence, elle avait vécu dans un état d'anxiété constant, mais au moins, son plan était au point maintenant.

— Hokori ? J'aurais besoin que tu me rendes un service, et que Sunaarashi reste près de moi en tout temps. Les autres vous ont raconté l'affrontement contre les Frères Démons ? Ce n'était que le début. Un autre puissant ninja, Zabuza, nous a attaqué plus loin sur la route. J'avais vraiment peur qu'il vous tue si je vous invoquais.

Les chats furent ramenés au calme et au silence par l'angoisse qu'ils pouvaient percevoir dans sa voix. Kurokumo avança et se blottit contre elle, comme pour la réconforter. Il avait grandi, lui aussi, mais restait plus menu que les autres, comme pour mieux se fondre dans les ombres.

— Ces ninjas ont tous été engagés par un homme nommé Gâto, qui tyrannise la région, pour empêcher notre client de construire un pont entre les îles principales du Pays des Vagues. Nous avons défait Zabuza, mais n'avons pas pu le tuer, et je crois qu'il nous attaquera encore. Hokori, j'aurais besoin que tu trouves et surveilles Gâto, et que tu préviennes Sunaarashi dès qu'il s'approchera de nous. Est-ce que tu pourrais faire ça ?

Le chat brun pâle hocha la tête d'un air sérieux et un nœud d'angoisse se détendit quelque part à l'intérieur d'Hitomi. Avec l'aide de ses fidèles compagnons, elle avait une chance d'éviter l'un des funestes évènements qui les attendaient. Une chance était peut-être tout ce dont elle avait besoin.