Coucou ! Par un très heureux coup de chance, je commence les cours à 10h tous les jeudis jusqu'à la fin du semestre, ce qui veut dire que j'ai du temps avant de partir à l'école ! Les updates se feront donc désormais plus tôt le matin le jeudi en général, sauf si j'ai vraiment un souci ou un imprévu. Bonne lecture !
Dès que Tsunami vit Hitomi, portée par Kakashi et couverte de sang, elle se rua sur elle pour l'examiner, les sourcils froncés et des jurons particulièrement créatifs sur les lèvres. Elle enjoignit le Jônin-sensei à emmener son apprentie dans le salon, sans un seul regard pour les deux ninjas à l'insigne de Kirigakure qui suivaient l'équipe de Konoha comme s'ils ne savaient absolument pas où se mettre – un problème à la fois.
La gamine était inconsciente et la blessure qui lui barrait le buste causa quelques exclamations choquées, de la part de ses frères adoptifs et de Tsunami elle-même, elle devait l'avouer. Du bout de ses doigts froids, elle tâta la blessure pour déterminer sa profondeur et sa gravité, puis décida qu'il faudrait tout de même recoudre. Heureusement que la petite était déjà dans les vapes…
— Papa, va me chercher la trousse de secours. Sensei, emmenez tout le monde dehors, je ne veux pas que quoi que ce soit risque de me distraire.
Elle donnait ses ordres comme une chirurgienne en chef et tout le monde obéit dans l'instant, la laissant seule avec la jeune fille évanouie qui saignait sur son canapé – ce dont elle ne se souciait pas le moins du monde. Recoudre était un travail long, répétitif, et laborieux quand il ne concernait pas des surfaces parfaitement planes. Au moins, sa patiente était immobile. Elle cousit le dernier point, acheva de panser la plaie et se releva avec dans le dos un craquement sonore. Cela laisserait une cicatrice, mais peut-être que les ninjas médecins dont elle avait entendu parler pourraient l'effacer, ou peut-être que la gamine la porterait comme une fierté, un trophée. On ne savait jamais, les shinobi étaient des gens bizarres.
Dans la Bibliothèque, Hitomi se terrait sous une table de lecture, noyée dans une peur au-delà des mots. Le sol pâle et d'habitude si propre de son cher sanctuaire avait disparu sous plusieurs centimètres de sang frais, et même là où elle se trouvait elle n'échappait pas à son odeur métallique et à sa sensation visqueuse contre sa forme prostrée. Elle ne pouvait s'empêcher de sangloter, ses épaules agitées de spasmes et sa gorge serrée. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait, et cela la terrifiait. D'habitude, une simple pensée permettait d'ajuster l'apparence du lieu, qu'elle contrôlait jusqu'au moindre détail, mais cette fois, ça n'avait pas marché.
Oh, elle savait la cause d'un tel chamboulement, mais elle aurait dû contrôler ce phénomène. Tuer n'était pas censé être une telle épreuve pour un ninja, elle aurait dû être insensible ou presque, et puis ce n'était pas juste, elle avait fait son travail, elle avait bien agi, cet homme aurait éventré Tazuna sans sourciller si Gatô l'avait payé suffisamment cher. De la même façon, elle avait été payée – ou serait payée – pour cette mission, pour la vie qu'elle avait prise. C'était la même chose, la même chose, alors pourquoi la fine barrière entre l'intention et le passage à l'acte lui donnait-elle l'impression de mourir lentement ?
Et elle devrait encore tuer à l'avenir, elle le savait, c'était inévitable. Peut-être même aussi tôt que l'examen Chûnin, ou même encore avant si une mission rendait cet évènement inévitable. Malgré tous les défauts que le village incarnait, Hitomi lui était fidèle, non pas par sentiment patriotique mais parce que tant de ses êtres chers auraient donné leur vie sans la moindre hésitation au nom de Konoha. Elle ne pouvait pas se permettre de faiblir, pas maintenant, pas au tout premier obstacle qui menaçait sa stabilité mentale.
La gorge serrée, elle sortit lentement de sa cachette. Ses mains et ses jambes étaient maculées de sang. Ses sourcils froncés et son regard incroyablement dur créaient comme un choc au milieu de ses traits épuisés. Elle inspira profondément et leva les bras, mobilisant chakra et pouvoir pur pour plier une autre partie du lieu à sa volonté. Quelques mètres plus loin, dissimulée dans l'ombre, une porte apparut. Elle était d'un blanc si parfait qu'elle blessait les yeux et verrouillée par un barbelé qui n'existait que dans le Monde d'Avant, avec ses pointes cruelles prêtes à mordre la peau de quiconque s'approchait ou tentait d'en sortir.
Un pli amer sur les lèvres, Hitomi attrapa le livre qui contenait son souvenir du meurtre et de ce qu'il lui faisait ressentir. Elle arracha la page qui ne contenait que l'acte en lui-même, froid et détaché de toute réalité émotionnelle, et la fixa sur le livre qui contenait le souvenir précédent. Cela devrait faire l'affaire. Le reste de l'ouvrage maudit, elle l'emmena vers la porte blanche. Les barbelés se rétractèrent sur son passage, mais même comme ça elle fut griffée aux deux bras en poussant le panneau de bois et de lumière. Ce n'était pas grave. Une simple blessure spirituelle. La première d'une interminable série, si elle en jugeait par la voie qu'elle s'était choisie.
Derrière la porte se trouvait une pièce étroite, plongée dans l'obscurité. Sur une étagère qui semblait prête à s'écrouler s'entassaient quelques livres usés, abîmés. Sur la couverture de l'un d'eux s'agitait en relief un visage qui hurlait silencieusement. Un autre saignait, le liquide rouge ruisselant le long de ses pages pour s'encroûter dans les recoins de sa reliure. Après un dernier regard au livre qu'elle avait emmené, elle le posa sur la table au centre de la pièce et attrapa une mesure de chaînes et de fers, qui lui apparut directement dans les mains, l'enroulant autour de l'ouvrage jusqu'à ce qu'il disparaisse presque totalement sous l'acier.
Quand elle ressortit de là quelques minutes plus tard, le sol était à nouveau propre et clair. La porte blanche se ferma en silence derrière son passage, les barbelés reprirent leur place et elle retrouva sa place au cœur des ombres, là où on pouvait l'oublier. Même si son esprit n'oubliait jamais parfaitement.
Hitomi se réveilla au coucher du soleil, dans la lumière orange et rouge qui baignait le salon. Elle tenta de se relever et grimaça en sentant aussitôt une brûlure là où elle avait été blessée par Zabuza. Prudente, elle dénoua ses muscles et se laissa à nouveau aller contre les coussins. Elle se sentait fatiguée, mais soulagée que cette crise soit terminée, au moins jusqu'à ce que Kakashi l'emmène chez sa thérapeute. Ses hésitations à ce sujet s'étaient en grande partie dissipées. Elle en avait besoin, elle le savait désormais. Elle espérait juste que la femme que son sensei consultait serait aussi efficace pour elle qu'elle devait l'être pour lui : le Ninja Copieur n'était pas du genre à perdre son temps avec un médecin inefficace.
— Ah, tu es réveillée, dit justement Kakashi en passant la tête par la fenêtre. Ne bouge pas, j'arrive.
Au moins, il eut la décence de faire le tour et d'entrer par la porte – Tsunami n'aurait sans doute pas apprécié que les ninjas fassent chez elle comme chez eux et laissent des traces de pas et des griffures sur le chambranle de ses fenêtres à force de les franchir sans faire attention. En tout cas, si Hitomi avait été une civile, elle était sûre qu'elle n'aurait pas apprécié.
— Zabuza et Haku ? demanda Hitomi.
— Ils sont dans le jardin. Haku semble s'être pris d'affection pour Naruto et Sasuke, et Zabuza monte la garde en fusillant tout le monde du regard. Ne le dis à personne, mais je l'ai vu caresser Sunaarashi.
— Et elle ne lui a pas mis la main en charpie ? Surprenant !
— Je t'ai entendue, Hitomi ! lança la chatte depuis l'extérieur.
Le professeur et l'élève échangèrent un regard, puis un petit rire. Il s'approcha et, nonchalamment appuyé contre le dossier du canapé, lui ébouriffa gentiment les cheveux.
— Tu es bonne pour rester encore une semaine sans bouger, peut-être un peu moins si tu n'utilises pas trop de chakra. Heureusement, cette fois tu n'as pas ton vieux professeur fatigué à transfuser, hm ?
— Non, par contre j'ai une excuse pour lire le deuxième tome du Paradis du Batifolage. Vous me le passez ?
Avec un soupir, il s'exécuta et elle se retrouva bien vite avec le volume rouge dans les mains. Elle en était venue à véritablement apprécier les personnages qu'elle avait découverts dans le premier tome. Sans trop savoir pourquoi, elle avait toujours imaginé dans le Monde d'Avant que les romans écrits par Jiraiya étaient un peu comme les Cinquante Nuances de Grey de cet univers, mais ce n'était pas le cas. Le Sannin savait écrire. Il avait un véritable talent pour mettre le doigt sur la psyché de ses personnages, et les scènes qu'il avait écrites dans le but de provoquer une réaction lui avaient plus d'une fois fait monter les larmes aux yeux.
— Que va-t-il se passer maintenant, sensei ?
— Cette nuit, je pars au siège de la compagnie de Gatô pour démanteler la partie qui concerne le Pays des Vagues. Le temps qu'ils rassemblent leurs forces et tentent de se réimplanter dans la région, le Pays du Feu aura placé un de ses hommes à la tête de la société. Nous récupérerons une bonne partie de cet argent, mais notre politique sera sans doute plus saine que celle de Gatô pour le pays.
— Et pour Haku et Zabuza ?
— Une partie du butin que je récolterai ce soir leur reviendra pour leur rôle dans la bataille contre les mercenaires. Ils ont décidé de rester avec nous jusqu'à ce que Tazuna termine son pont, puis nous repartirons de notre côté et eux du leur, sans doute en direction de Kirigakure pour attiser les flammes de la rébellion.
Il fallut un moment à Hitomi pour digérer tout cela. Elle n'osait pas retourner tout de suite dans sa Bibliothèque, pas alors que celle-ci s'adaptait encore à l'ajout d'un livre dans la section interdite, mais elle se demandait lesquelles de ses prévisions allaient être changées par un tel bouleversement du canon. Une pointe d'euphorie vint lui caresser l'esprit – c'était donc possible de faire évoluer les choses, rien n'était déterminé à l'avance, elle en était certaine à présent. Quelles autres tragédies pouvait-elle éviter ? Pendant une seconde, elle se sentit toute puissante.
Les jours qui suivirent furent paisibles, surtout pour la blessée qui prenait un repos bien mérité, lisait tout son soûl et dormait assez pour quatre. Les médicaments que Tsunami lui donnait, payés de la bourse de Kakashi, la rendaient somnolente et sans doute un peu légère – Naruto et Sasuke avaient eu l'air effaré quand elle avait lâché sa première blague graveleuse devant eux et elle avait pratiquement hurlé de rire, à moitié tombée du canapé tellement elle rigolait. Leurs têtes valaient de l'or.
Et puis il y avait les autres moments, plus sombres, où Kakashi étouffait ses cauchemars du plat de la main quand elle se réveillait en sursaut, et l'écoutait les raconter en silence, faisant fi de sa propre fatigue. Le matin, tout était effacé par le soleil rieur qui jetait ses rayons dans le salon où elle avait élu domicile, et si elle ne pouvait oublier, elle parvenait au moins à se distraire par ses lectures et travaux de fûinjutsu.
Elle venait de terminer le sceau sur lequel elle avait travaillé avec Kakashi quand Tsunami la déclara en assez bonne santé pour reprendre l'entraînement. La première chose qu'elle fit fut d'aller courir le long de la plage, ses chats en peloton autour d'lle, pendant des heures et des heures, sans l'aide de chakra pour renforcer ses muscles, jusqu'à ce qu'elle ne parvienne plus à mettre un pied devant l'autre. Alors elle s'était glissée dans la mer et avait laissé l'eau la faire dériver jusqu'à se sentir à nouveau capable de marcher et était rentrée, épuisée et heureuse. On oubliait souvent que l'exercice physique n'était pas seulement une nécessité pour les ninjas, mais aussi un exutoire.
Sa première confrontation avec Zabuza se passa ce soir-là. Le déserteur montait la garde devant la maison de Tazuna, colossal et vaguement menaçant – il se donnait sans même essayer des airs de chien de garde. Elle s'arrêta devant sa haute silhouette dissimulée dans l'ombre, rassurée par la présence de ses chats à ses côtés. Ils avaient tous passé pas mal de temps à fréquenter Zabuza pendant qu'elle guérissait, et aucun d'eux n'avait été blessé.
— Je voulais te dire, gamine… Beau combat, sur le pont.
Elle se figea, surprise, les yeux légèrement écarquillés. Pendant un instant, elle crut qu'elle avait mal entendu, parce que le Démon du Brouillard n'était pas du genre à distribuer des compliments. Il la fixa du regard, comme s'il la défiait de protester, son ombre dansant par-dessus elle. Il lui fallut un effort de volonté pour ne pas s'emparer de cette ombre ; elle avait retenu sa leçon avec Kakashi et Tsunami lui aurait arraché la tête si elle s'était blessée à nouveau.
— Merci, Zabuza-san. J'ai été honorée de vous affronter.
Il hocha la tête, son regard ne la quittant pas un instant, puis tendit la main dans sa direction.
— Fais voir ton épée.
C'était un ordre et Hitomi avait appris l'importance de l'obéissance, aussi s'exécuta-t-elle sans poser de question. Ses doigts s'enroulèrent autour de la garde d'Ishi to Senrigan et elle dégaina lentement, chaque centimètre de la lame libéré attrapant la lumière de la nuit. Elle ne put empêcher une pointe de réticence de lui vriller l'esprit alors qu'elle remettait le tantô dans la main de Zabuza, le regardant l'examiner avec attention et respect.
— Une très bonne lame. Forgée par les Maîtres du Pays du Fer ?
— Je ne sais pas. C'est un cadeau que Sasuke m'a fait. Elle vient d'un membre de son clan.
— Hm. Et on peut la parcourir de chakra. Tu sais le faire ?
Pour toute réponse, Hitomi secoua légèrement la tête, les quelques mèches échappées de sa queue de cheval suivant joyeusement le mouvement.
— Je vais t'expliquer, pour te remercier pour la leçon que tu m'as donnée sur ce pont. Je ne négligerai plus ceux qui ont l'air plus faibles que moi, et toi, tu pourras déchiqueter tes ennemis avec ce que tu auras appris. Par contre, tu te débrouilles pour t'exercer, j'ai pas envie de devenir comme ton vieux sensei, complètement gâteux et débordé. Deal ?
— Deal ! s'exclama la jeune fille avec ce qui ressemblait à de la frénésie au fond des yeux.
Il leva le tantô, qu'il tenait toujours, pour qu'elle puisse le voir de près. Le soleil s'était couché depuis suffisamment longtemps pour que ce soit la Lune qui jette ses rayons froids sur la lame, aussi parfaitement aiguisée qu'au premier jour, silencieusement mortelle. Une étincelle de chakra au goût d'océan flotta dans l'air, et soudain de l'eau entourait la lame, compressée dans un courant très mince, exécutant un mouvement rotatif et vertical d'un tranchant à l'autre du sabre, comparable à celui d'une tronçonneuse – même si elles n'existaient pas dans cet univers. Les yeux d'Hitomi s'écarquillèrent devant ce spectacle. Même sans le voir en action, elle pouvait comprendre à quel point un tel dispositif pouvait endommager tout ce qu'il touchait.
— Tu vois gamine, l'eau est la nature de chakra la plus difficile à mobiliser pour entourer une lame. À Kiri, on a même préféré créer des sabres légendaires plutôt que d'enseigner ça à tous nos jeunes, et pourtant nombreux sont ceux qui auront appris, parce que ça en vaut la peine. Si tu fais ça correctement, un simple contact avec la peau d'un adversaire lui arrachera des bouts de chair entiers.
Il avait l'air d'exulter en lui racontant ces horreurs, et au fond d'elle Hitomi devait admettre qu'elle était fascinée en retour, ses prunelles rouges ne se détachant pas de la lame du sabre. Depuis que son souvenir était enfermé au loin, elle devait reconnaître qu'elle ne répugnait plus autant à la violence. Si une telle barbarie était ce qu'il fallait pour assurer la paix et le bonheur des siens… Elle n'était pas sûre de refuser de s'y plier.
— Tu dois d'abord solliciter ton chakra aqueux, et puis le compresser bien au-delà du point de compression maximale habituel de l'eau. Le manteau dont tu recouvres ta lame ne doit pas l'épaissir de plus d'un demi millimètre de chaque côté, et au niveau du tranchant, ça doit même être encore plus fin que ça, plus fin que possible. C'est simple, plus c'est fin, plus ça coupe, plus tu fais de dégâts. Mizukage le Deuxième était capable, dit-on, de réduire l'épaisseur du manteau à une unique molécule. Pour ça, tu dois presser le chakra aqueux entre deux masses de chakra normal, aussi fort que possible.
Hitomi n'avait pas besoin d'essayer pour comprendre que cela demandait une force qu'elle ne possédait pas encore. Mais comme tout ce qui était lié de près ou de loin aux arts ninjas, cela se travaillait, et elle était sûre de pouvoir progresser dans ce domaine si elle faisait suffisamment d'efforts. Après tout, elle était vraiment bonne quand on en venait au contrôle, à la précision. Ce qu'il lui manquait, c'était l'impulsion, une sorte de muscle brut et immatériel.
— Ensuite, le mouvement de rotation. Une fois que ton manteau de chakra aqueux est pris et compressé autant que possible entre tes deux masses de chakra sans affinité, tu dois lui insuffler un mouvement de rotation perpétuel. Pour ça, il n'y a pas de technique parfaite, tu dois trouver la tienne. En attendant, tu peux juste consacrer une partie de ton attention à la rotation, mais c'est moins pratique. Tu as tout compris ?
Après une demi-seconde d'hésitation, la jeune fille hocha la tête. Ses explications étaient crues, brusques, mais claires. Elles prenaient tout leur sens quand on savait comment fonctionnait le chakra, quand il devenait une sorte de membre supplémentaire, et c'était une sensation dont les membres du clan Nara étaient très intimes, par l'intermédiaire de leur Kekkei Genkai.
— Bien. Ma dette pour ta leçon est payée. Prends ton épée et entraîne-toi.
Il lui rendit son tantô, lui mouillant les mains au passage, puis rentra à l'intérieur de la maison, la laissant seule sur le porche. Au début, elle tenta simplement de mobiliser son chakra à l'intérieur de la lame. C'était facile, pas plus compliqué que d'activer un sceau, et une masse d'eau oblongue entoura les tranchants de son sabre, totalement inutile. Avant de passer à la suite, elle exécuta quelques katas, de quoi s'assurer que la masse tenait en place sans effort particulier de sa part. C'était le cas, tant qu'elle ne coupait pas le flux de chakra en direction de sa garde.
Quand elle commença à vouloir compresser, les choses se compliquèrent immédiatement. Créer à la fois du chakra non-élémentaire et du chakra élémentaire n'était pas quelque chose qu'on faisait souvent. En fait, elle ne pouvait pas se souvenir d'avoir essayé une seule fois. Toutes ses techniques nécessitaient l'un ou l'autre, sans entre-deux ni changement de mi-parcours. Elle devait couper son attention au moins en deux pour le faire, quelque chose qu'il lui faudrait passer du temps à équilibrer. Elle pouvait réduire la part de son esprit consacrée à cette tâche en particulier à un simple automatisme, mais avant ça, elle devait apprendre à simplement combiner les deux, et c'était sans doute le plus compliqué.
Elle rentra au bout de deux longues heures d'échecs et de progrès hésitants. Elle ne parvenait pas à tenir le dispositif stable pendant plus de deux secondes avant que l'eau ne s'effondre à ses pieds ou ne retrouve sa forme première. Elle avait persisté jusqu'à avoir des fourmis désagréables dans la main, décidant de ne pas pousser jusqu'à la douleur. Se blesser ne ferait pas avancer les choses plus vite, et risquait par contre de perturber Naruto et Sasuke qui, elle l'avait bien compris lors des deux semaines qu'elle avait en tout passées à guérir, n'aimaient vraiment pas la voir souffrir.
Dans la cuisine, Haku était occupé à faire la vaisselle. Sans un mot, Hitomi prit place à sa gauche, attrapa un torchon et commença à essuyer ce qu'il lavait. Ils échangèrent un regard, puis retournèrent à leur tâche respective, une sorte de camaraderie désincarnée flottant entre eux comme un non-dit. Sasuke avait expliqué à la jeune fille que la situation était assez compliquée entre le jeune déserteur et son mentor. C'était une difficulté à laquelle Hitomi ne s'était pas attendue. Comme il avait été facile d'oublier que, dans le canon, l'épiphanie de Zabuza ne venait qu'en conséquence de la mort d'Haku ! Elle devait trouver un moyen de la provoquer autrement.
Les jours qui suivirent, elle passa énormément de temps avec le garçon, d'un an son aîné. Il était d'une gentillesse et d'une douceur incroyables, affamé d'affection et de connaissances. Hitomi possédait en grande quantité des deux et les lui donna sans réserve. Ils avaient pris l'habitude, le soir, d'aller s'allonger sur le toit de la maison de Tazuna pour observer les étoiles. Le ciel était dégagé au Pays des Vagues – la bonne saison approchait. Pendant ces séances d'astronomie, ils discutaient souvent de choses dont ils ne parlaient pas forcément avec leurs camarades respectifs. Parfois, la présence tranquille d'Haku et sa chaleur contre son flanc amenait Hitomi à penser avec nostalgie à Shikamaru, resté à Konoha.
L'idée lui vint un après-midi, alors que tout le monde était rassemblé sur la plage. Tazuna et Tsunami avait décidé d'y organiser un barbecue, pour le plus grand ravissement de Naruto. Hitomi avait encore souffert de ce mal du pays et des souvenirs des nombreuses sorties en compagnie de Shikamaru et Chôji, après les classes supplémentaires organisées par Kurenai. Après leur diplôme, de telles réunions avaient été plus difficiles à organiser ou avaient impliqué tous les membres de leur petite bande, et plus seulement deux garçons paisibles et une petite fille qui dévorait le monde d'un regard avide.
Elle observait Zabuza s'entraîner à l'épée contre Kakashi, et n'était pas la seule : non loin, Haku posait sur son mentor un regard empli de tant de mélancolie et de réserve que cela lui brisait le cœur. La dépendance du jeune homme à son maître n'était pas saine, mais s'améliorerait sans le moindre doute si l'homme apprenait à le traiter comme un être humain, avec ses forces, ses faiblesses, et son propre caractère. Le visage impassible, Hitomi interrompit le duel entre Sasuke et Naruto et attira ce dernier dans une étreinte. Là, la bouche contre son oreille, elle lui murmura quelques mots qui lui firent écarquiller les yeux puis froncer les sourcils. L'effet fut immédiat, dès qu'elle le relâcha.
— Oï, Zabuza ! Il est temps que tu arrêtes de traiter Haku comme une arme ! C'est un être humain lui aussi, et il t'aime assez pour supporter que tu te comportes comme un enfoiré avec lui, et toi, toi, tu ne lui apportes absolument rien !
Sous les regards médusés de l'assemblée, le jeune jinchûriki s'était jeté dans le combat qui opposait déserteur et Jônin et s'accrochait désormais au premier avec ses petits poings serrés, lui hurlant pratiquement sa façon de penser, nez à nez et front contre front. Un sourire lent, retors, et peut-être un peu fier, se forma sur les lèvres d'Hitomi. Sasuke s'approcha d'elle, tout aussi abasourdi que les autres.
— Qu'est-ce que tu lui as dit pour qu'il réagisse comme ça ?
— Aah, ça, mon cher frère, c'est un secret que je compte bien garder. Observe, admire, et souviens-toi que je peux faire ça à volonté.
Le regard qu'il lui jeta était sans le moindre doute effrayé, et elle rejeta la tête en arrière pour éclater d'un rire sauvage, aussi beau et tumultueux que la mer en contrebas. Elle riait rarement comme cela, avec un tel abandon, une telle délectation, et cette pointe de joie cruelle qui donnait des frissons à quiconque l'écoutait, si on était persuadé d'être en sécurité à ses côtés. Dans ce rire, on devinait la redoutable opposante qu'elle deviendrait un jour, quand il y aurait de la puissance et de la volonté en elle pour appliquer ses terribles machinations sans réserve.
— Tu es absolument terrifiante.
— Je sais, Sasuke, merci. J'ai appelé cette technique la Technique Paix, Amour et Ramen.
— Un nom… Approprié. Ridicule mais approprié.
— N'est-ce pas ?
Lors des jours qui suivirent, Hitomi put constater que son stratagème avait payé. Les rapports entre Zabuza et Haku devinrent plus aisés, plus naturels, et un soir, après qu'ils soient montés sur le toit, le jeune homme serra Hitomi dans ses bras pour la première fois, lui murmurant des remerciements étranglés à l'oreille. Il avait les larmes aux yeux et un sourire béat sur les lèvres.
— Zabuza-sama m'a demandé de rester après l'entraînement pour lui parler, aujourd'hui.
La jeune fille hocha la tête : elle avait remarqué l'absence des deux déserteurs au repas. Ils n'étaient arrivés que quand elle était en train de faire la vaisselle. Sans rien dire, elle leur avait réchauffé deux généreuses portions et les avait posées devant eux, attendant même qu'ils aient fini pour laver leurs plats également plutôt que juste retourner à sa lecture comme elle aurait pu le faire.
— On a… On a beaucoup discuté. Il m'a promis qu'une fois que les choses se seraient arrangées à Kiri, on irait voir le Daimyô pour qu'il m'adopte.
— C'est une très bonne nouvelle, Haku ! tenta-t-elle de s'exclamer tout en chuchotant.
— Oui, murmura le garçon d'une voix humide.
Et juste comme ça, ses larmes se mirent à couler. Hitomi ne pouvait pas les voir, mais elle les sentait percer le tissu léger de son kimono, humides et tièdes contre la peau de son épaule. Sans rien dire, elle referma ses bras autour du jeune homme et commença à le bercer doucement. Elle comprenait qu'il soit heureux et pleure tout à la fois, elle comprenait qu'une page de son histoire était terminée et que passer à la suivante l'effrayait. Oh, oui, elle comprenait.
— Tu sais, Haku, on devrait faire quelque chose d'un peu fou pour fêter ça, lança-t-elle au bout d'un moment.
Il redressa la tête et croisa son regard, interloqué.
— T-tu as quelque chose en tête ?
— J'ai l'idée parfaite. Viens, suis-moi !
Aussitôt les mots prononcés, elle se leva et prit son élan, Haku sur les talons. Elle sauta sans la moindre hésitation du toit jusqu'au sol, puis prit la direction de l'une des falaises non loin, sur laquelle elle s'était souvent rendue pour écrire ses lettres depuis qu'elle avait à nouveau l'autorisation de quitter la maison. L'air marin adoucissait les mots qu'elle portait si près de son cœur et elle se sentait plus éloquente à cet endroit que partout ailleurs. Quand ils arrivèrent, seuls la Lune et les étoiles les regardaient, leurs reflets indolents dansant sur la mer en contrebas.
— Je veux sauter, annonça Hitomi d'une voix impatiente, et je pense que tu devrais le faire avec moi.
— Tu n'as pas peur de te blesser ?
— Pfff, je suis un ninja, un simple plongeon ne me blessera pas ! Et où est-ce que je trouverais de telles falaises à Konoha ? Alors, ça te tente ?
Elle vit Haku y réfléchir, peser soigneusement le pour et le contre, et attendit, parce qu'elle savait qu'à sa place, elle aurait fait la même chose. Finalement, il hocha la tête et commença à se défaire de son kimono et des vêtements qu'il portait dessous, jusqu'à ce qu'un simple morceau de tissu protège sa modestie. Hitomi imita ses gestes, laissant derrière elle son kimono anthracite et ses protections de résille d'acier, jusqu'à ce plus porter qu'une brassière et une culotte. Ils se regardèrent, et d'un même élan, commencèrent à courir en direction du bord.
Ce fut magnifique, et d'une exaltation au-delà des mots. Hitomi hurla sa joie et sa liberté tout au long de sa chute, son corps parfaitement arqué pour se préparer à l'impact. Il se fit dans un grand bruit mais sans heurt, comme elle l'avait prédit, son chakra renforçant ses membres par réflexe pour les protéger de son instant de folie. Elle descendit, descendit bas au-dessous de la surface, son rire étouffé par la mer lui faisant avaler de larges gorgées d'eau salée, et soudain la main douce et ferme d'Haku lui attrapa le poignet.
D'une impulsion de son bras libre et de ses jambes, il les fit tous deux remonter à la surface. Élevé au Pays de l'Eau, il était sans doute meilleur nageur qu'elle ne le serait jamais. Hitomi riait encore quand sa tête creva la surface, et il riait avec elle, les joues rouges et les yeux brillants. Et puis leurs rires se tarirent, leurs bras se refermèrent autour de la silhouette de l'autre, et d'un même mouvement ils se rapprochèrent. Hitomi posa sa tête sur son épaule et inspira profondément, les battements de leurs pieds les maintenant à la surface.
Pour la première fois depuis qu'elle avait tué, quelque chose de noué en elle s'apaisa.
Ils rentrèrent bien après minuit, si trempés qu'ils avaient renoncé à se rhabiller, même s'ils étaient bel et bien allés récupérer leurs affaires. Heureusement pour la jeune Yûhi, c'était Zabuza et non Kakashi qui montait la garde cette nuit-là ; il se contenta d'un sourire chargé d'ironie avant de les envoyer se coucher d'un signe de tête en direction des chambres. Pas un instant Haku n'avait lâché la main d'Hitomi depuis qu'ils s'étaient trouvés dans la mer, mais il le fallut quand il la laissa devant sa chambre – elle était la seule fille et, de ce fait, Tsunami avait décidé de la faire dormir avec elle. Les deux jeunes gens se regardèrent dans les yeux, longtemps. Hitomi devait lever la tête pour cela – Haku n'était pas si menu qu'on pouvait le penser, ou alors elle était vraiment minuscule, peut-être un peu des deux.
— Merci pour cette soirée, Hitomi-chan. Tu me manqueras quand nos chemins se sépareront.
— Oh, Haku, murmura-t-elle avec un sourire. Je crois que nos chemins ne seront pas aussi séparés que tu le penses.
Sur ce, elle se haussa sur la pointe des pieds et déposa sur ses lèvres le plus chaste des baisers, juste un effleurement de ses lèvres sur les siennes, avant de disparaître de l'autre côté de la porte et d'aller s'allonger sur son futon, le cœur battant à cent à l'heure.
