Salut ! J'espère que vous allez bien ! Ici, il fait un temps épouvantable et j'essaye de ne pas tomber malade mais c'est toujours un peu compliqué pour moi. Je n'arrive pas à croire que le premier mois de cours soit déjà fini ! J'espère que ce chapitre qui conclut définitivement l'Arc des Vagues vous plaira ! On se dirige vers quelques chapitres tournés vers le développement des personnages avant de reprendre l'intrigue de l'examen Chûnin.

Bien vite, trop vite, Tazuna eut terminé la construction de son pont et les deux équipes, déserteurs de Kiri et loyaux ninjas de Konoha, se tenaient côte à côte en faisant fi des différences censées les dresser l'une contre l'autre. Le pont avait été nommé en l'honneur de Naruto – Hitomi avait appris qu'avant de les rejoindre lors de la bataille, il était allé rendre leur courage aux hommes du village, et ils lui étaient toujours reconnaissants pour cela.

Le représentant du Pays du Feu qui venait de prendre la tête de la compagnie que Gatô avait dirigée était arrivé trois jours plus tôt, escorté par un trio de Chûnin qu'Hitomi ne connaissait pas. Il y avait dans ses yeux une intelligence redoutable et, quand ils avaient été présentés, il lui avait dit qu'il connaissait bien son oncle. Elle devrait poser des questions à Shikaku le concernant si elle voulait en apprendre plus, et le sujet l'intéressait sans le moindre doute. Elle savait qu'elle devrait se frotter à sa juste part de politique si elle voulait provoquer la chute complète de Danzô, si elle voulait que sa disgrâce soit incontestable.

Elle ne perdait jamais tout à fait ce but des yeux.

Haku et Hitomi avaient décidé de garder le secret concernant ce qui était né entre eux, ressemblait fort à une relation, mais n'en portait certainement pas le nom. La jeune fille ne se sentait pas émotionnellement prête à aimer à nouveau. Elle aimait, oui, les baisers d'Haku et ses mains d'une force surprenante sur ses hanches, l'odeur douce de ses cheveux, la musique tendre de sa voix quand il murmurait son nom dans un soupir qui lui glissait sur les lèvres comme une caresse. Mais un élan du cœur pour lui tout entier, une dévotion telle que celle qu'elle avait ressentie pour Hinata, si tôt après leur rupture et alors qu'elle repartirait bientôt pour le Pays du Feu ? Non, elle ne pouvait pas.

Alors ils se contentaient de se voir en cachette, leurs mains désormais entrelacées quand ils contemplaient les étoiles sur le toit de la maison de Tazuna, souvent après un bain de minuit à la seule faveur des étoiles et de la Lune. Seul Kakashi soupçonnait quelque chose : un matin, il avait attrapé une mèche des cheveux d'Hitomi et l'avait reniflée un bon coup, avant de poser sur elle un regard faussement sévère. Toutefois, il n'avait rien dit, et elle préférait cette situation telle qu'elle était maintenant, alors que ce qui se passait entre Haku et elle n'appartenait qu'à eux.

Il était là bien sûr, sur le pont aux côtés de son maître. Tout comme l'Équipe Sept, leur duo avait décidé qu'il était temps de repartir. Ils avaient reçu une coquette somme, des mains de Jiraiya prétendait-on, pour faire tomber le Mizukage en place et amener quelqu'un d'autre au pouvoir. Hitomi ne pouvait s'empêcher de demander ce que ce changement impliquait pour Kiri. Les frères Hozuki étaient-ils déjà tombés ou avaient-ils rejoint la rébellion ? Kisame, elle le savait, avait déserté plusieurs années plus tôt, quelques mois avant Itachi. Les adultes n'avaient pas voulu en parler devant les enfants, mais Shikamaru avait la très utile habitude d'écouter aux portes et avait entendu son père en discuter avec ses anciens coéquipiers. Les Sept Épéistes de la Brume n'étaient plus.

Les adieux de Sasuke aux deux déserteurs furent réservés mais non dénués de chaleur ; il ne savait tout simplement pas comment dire aux gens qu'ils allaient lui manquer, ou qu'il s'inquiétait pour eux. Naruto, lui, n'avait pas ce problème et s'accrochait de toutes ses forces à un Zabuza qui semblait prier pour être sauvé. Ni Kakashi ni Hitomi ne lui firent cette faveur, occupés à dire au revoir à la famille de leur client. Seul Inari manquait. Le fait que le pont soit enfin terminé, et Gatô définitivement vaincu, lui remémorait des souvenirs douloureux concernant son père.

— Hitomi-san ?

Avec un petit sourire, la jeune fille se tourna vers Haku, qui venait de l'appeler. Elle s'approcha de lui – il s'était écarté de Zabuza et de l'effusion des adieux de Naruto avec une grâce qui n'appartenait qu'à lui – et s'arrêta à une distance respectueuse. Maintenant qu'elle allait partir, les apparences ne comptait plus, mais il était difficile de se défaire d'une telle habitude.

— Tu vas me manquer, Haku, dit-elle avec un sourire triste. Mais avant, j'ai un cadeau pour toi.

Sous son regard intrigué, elle déroula un minuscule sceau de stockage, pas plus large que son petit doigt. Elle avait travaillé sur les fameuses compressions dont Kakashi avait tenté, sans disposer des termes appropriés, de lui expliquer le fonctionnement. Une étincelle de chakra et se trouvait entre ses mains l'un de ses carnets communicants. Elle avait choisi l'un des carnets qu'elle avait emmenés avec elle au cas où, d'un bleu sombre et riche, presque noir. Le kanji pour « Haku » était gravé sur la couverture en relief argenté, un petit travail qu'un artisan du village avait été ravi d'effectuer contre une poignée de ryôs.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Un moyen de me contacter. Je t'ai laissé une lettre à l'intérieur pour t'expliquer comment il fonctionne. Je t'écrirai, pour te raconter ce qu'il se passe à Konoha, et si tu le souhaites, j'apprécierais beaucoup que tu en fasses autant.

Le jeune homme resta un instant abasourdi devant un tel cadeau. Les derniers Maîtres des Sceaux avaient disparu il y a longtemps à Kirigakure, et à moins d'un miracle la profession était sans doute à jamais perdue pour ce village. Même un village allié n'offrirait pas ses propres Maîtres, pour peu qu'il en dispose, à une puissance qui pouvait un jour devenir ennemie. Un tel risque ne valait pas l'alliance qu'elle pourrait apporter.

— Merci, Hitomi-san. J'en prendrai quand soin.

Elle hocha la tête avec approbation et le regarda ranger le carnet dans l'une de ses poches, puis se tordre les mains, comme s'il était nerveux.

— J'ai moi aussi un cadeau pour toi, finit-il par ajouter.

De son autre poche, il sortit un petit pendentif monté sur une chaîne d'acier. La pierre sertie au centre de la délicate fleur d'argent blanchi semblait parfaitement transparente. Hitomi n'avait jamais reçu de bijou, et ce fut quelque peu intimidée qu'elle approcha encore d'un pas, franchissant la distance de bienséance qu'elle avait jusque-là laissée entre eux.

— Mon clan vivait jadis au pied d'une montagne connue pour ses gemmes de chakra. J'en possède une réserve, au cas où Zabuza-san et moi aurions un besoin urgent d'argent. Ces pierres absorbent du chakra, quelle qu'en soit la nature, comme une sorte de réserve. Elles ne peuvent en conserver beaucoup, mais ça pourrait t'aider, un jour. Une guerrière telle que toi trouvera une utilité pour une telle arme, je le sais.

Les yeux d'Hitomi s'écarquillèrent quand elle comprit ce qu'Haku lui offrait. Ces pierres devaient vraiment être rares, pour qu'elle n'en ait jamais entendu parler. Cette fois-ci, ce fut Haku qui avança, et elle rougit légèrement en sentant ses mains lui effleurer la nuque, son souffle lui caresser la joue. Un instant plus tard, la fleur d'argent et sa pierre reposaient au creux de son léger décolleté, attrapant les rayons du soleil avec délicatesse. Les doigts d'Haku s'attardèrent un peu sur sa nuque et, soudain, comme s'il avait pris une décision, il l'attira à lui.

Ce baiser ne ressemblait à aucun de ceux qu'ils avaient échangés jusque-là. Il avait un goût d'adieu, de tendresse et d'espérance, et l'odeur des cheveux d'Haku dont quelques mèches s'échappaient de son chignon pour rouler en boucle douces autour de ses joues. Quand Hitomi entrouvrit les lèvres pour céder le tout premier passage à sa langue, il gémit et ce son la grisa plus qu'elle ne pouvait le dire. Quand ils se séparèrent, ils avaient tous les deux le souffle court, les joues rouges et les yeux brillants. Derrière la jeune Yûhi, Kakashi bâillonait fermement Naruto, son fameux sourire plissant son seul oeil visible.

Leurs mains s'effleurèrent une dernière fois, puis Hitomi se fit violence et s'éloigna. Haku et Zabuza repartiraient par la mer en direction de Kiri – l'aîné aurait sans doute pu faire obéir un bateau dans son sommeil, tant sa maîtrise de l'eau était charnelle, intime. Mais l'Équipe Sept, elle, ne pouvait s'offrir ce luxe. Le représentant venu de Konoha leur avait ordonné de repartir par le pont finalisé qui s'étendait sur plusieurs kilomètres avant de finalement toucher la côte du Pays du Feu. Ce symbole serait très fort pour la population qu'ils avaient contribué à sauver en tuant Gatô. Hitomi aurait juste jalousement espéré pouvoir passer un peu plus de temps avec Haku.

— Ne regarde pas en arrière, ordonna Kakashi. Tu dois te montrer droite et fière. N'oublie pas l'importance des symboles.

Elle obéit à sa voix tranquille et assurée, combattant son impulsion pour mieux se concentrer sur le point à l'horizon où elle pouvait presque voir déjà la côte se dessiner. Au Pays des Vagues, elle laissa l'ombre délicate d'une romance naissante, un bon litre de sang et le souvenir d'un plongeon exaltant dans l'air de minuit. Ses frères adoptifs à ses côtés lui donnaient la force de dire adieu, de renoncer sans rancœur ni détresse à ce qui avait fait sa vie sur ces plages.

Longtemps, le quatuor resta silencieux. Aucun ne ressentait le besoin de meubler le vide, et quand on considérait que Naruto était avec eux, cela en disait beaucoup sur son état d'esprit. Hitomi avait dit adieu à quelqu'un de spécial pour elle, mais Naruto aussi, d'une certaine façon. Elle savait qu'il s'était beaucoup rapproché d'Inari et l'avait traité comme un petit frère pendant tout le séjour, même quand l'heure entre eux était à la querelle. Écoutant une impulsion venu d'un point doux et tiède au fond de son esprit, elle posa son bras sur ses épaules et l'attira à elle sans dévier un instant de son chemin.

— Je suis persuadée qu'on les reverra, ne t'en fais pas.

— Et toi tu veux revoir Haku, pas vrai ?

Hitomi ne put s'empêcher de rougir légèrement, mais ne nia pas :

— Je ne serais pas contre. Au moins, je peux garder contact avec lui via mon carnet.

Sur ces mots, le silence reprit ses droits sur eux pendant quelques temps encore. Puis Naruto posa une question sur une fleur qu'il trouvait jolie, Hitomi répondit, Sasuke ajouta un élément qu'elle ignorait et Kakashi confirma. Cela se reproduisit encore : elle était la seule, après tout, à avoir voyagé à travers le Pays du Feu pendant son enfance, et Ensui lui avait appris tout ce dont elle avait besoin pour survivre et plus encore.

La nuit les trouva au bord d'un lac. Il leur fallut un moment pour retrouver la dynamique soigneusement construite au cours des missions précédentes, maintenant qu'ils étaient seuls à nouveau et n'avaient pas à se soucier d'un civil à protéger, mais bien vite Sasuke leur ramena deux lapins pour leur repas du soir, auxquels Kakashi ajouta un faisan qu'il leur apprit à plumer et préparer. Tout cela, Hitomi l'enregistra soigneusement dans sa mémoire. Elle n'était pas descendue plus que nécessaire dans sa Bibliothèque depuis son premier meurtre, mais cela lui manquait et il fallait bien qu'elle réapprenne à se faire confiance. Son esprit ne la trahirait plus, et s'il le faisait, elle saurait toujours comment réparer les choses.

Cette nuit-là, ce fut elle qui prit le premier quart de garde. Assise à côté du feu, elle créa un clone qui garda les yeux ouverts, et sortit son carnet de sa poche. Elle voulait écrire, et elle savait qui de ses interlocuteurs la lirait quelle que soit l'heure.

Cher Gaara,

Nous sommes en train de rentrer à la maison. Je t'ai raconté notre mission dès que j'avais un moment pour le faire, mais il y a des choses dont je ne t'ai pas parlé, sans doute parce que je n'étais pas prête à le faire. Tu te souviens d'Haku, le plus jeune des déserteurs ? Nous nous sommes fréquentés pendant les derniers jours au Pays des Vagues. Je l'aime vraiment bien, et j'ai apprécié chaque seconde en sa compagnie.

Pourtant, je n'ai pas l'impression d'être prête à m'ouvrir à une autre histoire, et surtout pas aussi compliquée qu'une romance à distance. Je ne sais même pas quand je le reverrai. Il a compris, tu t'en doutes, et n'a pas essayé de me forcer la main ni même de me convaincre. Il m'a juste embrassée plus fort quand le temps est venu de partir.

J'ai l'impression que je n'ai pas le droit d'être triste, parce que j'ai provoqué cette séparation, mais ma raison ne semble pas pouvoir faire plier mes sentiments. Je n'arrête pas de toucher le collier qu'il m'a offert, même sans m'en rendre compte. Je sais que tu as encore moins d'expérience que moi en ce qui concerne les relations humaines, mais est-ce que tu aurais des conseils à me donner ?

Tendrement,

Hitomi.

Une fois sa signature posée sur le papier, elle se leva et fit le tour du feu pour se dégourdir les jambes. Surprise par un petit creux, elle déballa les restes de la viande qu'ils avaient mangée ce soir-là et en grignotta pensivement quelques morceaux, puis alla voir son clone, qui lui confirma d'un signe de tête que tout était en ordre. Elle aurait dû être fatiguée après une journée de voyage, d'autant plus qu'elle n'était pas encore totalement remise de sa blessure lors de la Bataille du Pont, mais son cœur battait vite et son esprit restait alerte, quoi qu'elle fasse pour l'apaiser. Quand elle se rassit à sa place, son carnet refroidit d'un coup entre ses mains.

Chère Hitomi,

Je ne peux pas dire que je comprends ce que tu vis en ce moment, mais Temari est derrière mon épaule et me dit de te répéter ceci : à Suna, et sans doute à Konoha aussi, les shinobi vivent leurs histoires d'amour comme si le lendemain n'existait pas. Ils décident avec leur cœur plutôt que leur tête, parce qu'ils savent que la mort n'est jamais très loin et ne veulent pas avoir de regrets le moment venu. Je dois dire que je suis plutôt d'accord avec elle. Il est trop tard pour aller chercher ton Haku, mais si vos chemins se recroisent, tu devrais faire en sorte de ne pas avoir de regrets.

J'ai hâte de te revoir,

Gaara.

Ce message avait beau être concis, il donnait beaucoup à penser à Hitomi. En matière d'amour, elle avait toujours été dirigée par une morale et une idée de la romance qui lui venaient du Monde d'Avant, quand bien même elle n'avait jamais eu l'occasion de les mettre en pratique. Elle avait rêvé de quelqu'un à aimer jusqu'à la fin de ses jours, et n'avaient trouvé aucun intérêt pour les amourettes éphémères.

Mais ce monde était différent, sur bien des aspects. Elle n'arrivait pas à se dire que ses quelques jours avec Haku étaient quelque chose de mal ou de futile. Leurs instants volés comptaient pour elle, comme si elle avait aimé, quand bien même elle savait que ce n'était pas exactement le cas. Elle avait apprécié se trouver dans ses bras, le contact de ses lèvres sur les siennes, et elle savait que s'ils avaient tous deux été plus âgés, ils ne se seraient pas tenus à une telle chasteté. Pouvait-elle oublier la morale qui l'avait guidée, admettre que ses principes ne trouvaient aucune cohérence avec le monde dans lequel elle se trouvait, et s'en découvrir de nouveaux ? Était-elle capable de cette forme d'oubli ? Elle l'espérait. Cela lui faciliterait l'existence.

Un sourire aux lèvres, elle contempla la nuit d'un regard tranquille. Cette forme d'agitation qui la poursuivait depuis que ses pieds avaient quitté le sol du Pays des Vagues n'était pas encore totalement apaisée, mais il y avait du progrès, elle ne pouvait le nier. Elle pouvait à présent rester assise et immobile, ses yeux perdus dans l'obscurité recherchant tranquillement le moindre signe de perturbation sans en trouver aucun. Quand Naruto prit sa place au coin du feu et qu'elle ferma les yeux dans son sac de couchage, le sommeil la trouva sans mal.

Le retour fut bien plus rapide que l'aller ne l'avait été, sans civil pour les ralentir. En deux jours à peine, l'Équipe Sept avait couvert presque toute la distance qui les séparait de Konoha et Naruto commençait à montrer de sérieux signes d'impatience à l'idée de revoir ses amis. Hitomi avait entendu dire qu'il s'était lié d'amitié avec le petit-fils d'Hiruzen, Konohamaru, et que celui-ci développait pour son sempai un mélange de rivalité et d'admiration qui distribuait des sourires sur les lèvres de tous les Jônins au cœur dur et endurci qui croisaient leur route.

Au matin du troisième jour, l'Équipe Sept passa enfin les portes de Konoha. Izumo et Kotetsu montaient la garde au poste qui leur était alloué et leurs visages s'éclairèrent quand ils identifièrent Kakashi, qui les salua d'un signe de tête. Les trois Genin apprirent sur le tas à remplir les papiers nécessaires quand on rentrait d'une mission, Hitomi les guidant patiemment à travers le processus. Quel que soit le monde dans lequel on se trouvait, de la paperasse restait de la paperasse. Quand enfin leurs signatures furent apposées sur les documents, ils furent libres de s'en aller. Malgré tout, Kakashi retint la jeune Yûhi par le bras, l'empêchant de suivre Sasuke et Naruto.

— Je viendrai te chercher à seize heures pour mon rendez-vous chez la thérapeute. Sois chez toi à ce moment-là, je n'ai pas envie de te traquer dans tout le village.

Elle hocha la tête, et à ce moment-là seulement il la laissa partir, la regardant s'abîmer dans la foule de civils qui parcouraient les rues en se consacrant à leurs propres affaires. Il était soulagé que tout se soit globalement bien passé durant cette mission, même si le manque d'informations concernant la politique du Pays des Vagues avait failli leur coûter la vie. Il faudrait qu'il fasse des recherches, ce n'était pas normal que des ninjas soient ainsi induits en erreur. Il craignait une intervention volontaire et dans ce cas… Dans ce cas, il ne pouvait qu'espérer être à la hauteur de la menace.

Sans même avoir besoin de réfléchir, Hitomi prit la direction du terrain d'entraînement numéro six. Elle savait qu'à cette heure-ci, elle y trouverait sa mère et l'Équipe Huit, plongés dans leur entraînement matinal. Kurenai croyait en l'importance d'une routine saine pour ses élèves, d'autant plus quand elle ne se trouvait pas en mission, et elle manquait à sa fille, cruellement. Pourtant, quand elle arriva en bordure du terrain et vit les quatre silhouettes de sa mère et de ses pairs, elle n'approcha pas, se contentant de s'asseoir contre la grille et d'observer.

Shino et Kiba semblaient s'être associés pour attaquer Hinata. Hitomi savait que dans le canon une telle perspective n'aurait fait qu'effrayer la jeune Hyûga, mais même à une telle distance elle pouvait voir le pli décidé entre ses sourcils. Elle cueillit Kiba au sternum d'un impact de Poing Souple qu'elle savait être particulièrement efficace avant de s'effacer devant une attaque de Shino, puis profita de son élan pour le faire trébucher. Le rythme de ses mouvements était absolument parfait aux yeux de l'observatrice, et qu'Hinata ne se précipite pas auprès de ses camarades en se répandant en excuses était une autre irrégularité.

Elle n'était partie qu'un mois, pourtant tout semblait avoir changé, son ancienne amoureuse tout comme la douleur qu'elle avait pensé ressentir en posant les yeux sur elle. Oh, le sentiment était toujours là, mais engourdi, plus mélancolique que véritablement malheureux. Peut-être la mission au Pays des Vagues était-elle arrivée au moment parfait, finalement. Sans détourner les yeux du combat qui reprenait, cette fois Shino contre ses deux coéquipiers, elle sortit l'un de ses carnets de notes et commença à jeter sur le papier ses idées pour un sceau qui lui trottait en tête depuis quelques heures déjà.

— Tu apprécies ce que tu vois ?

Hitomi releva la tête au milieu d'un sursaut, sa main déjà posée sur la garde de son sabre, puis se détendit. Ce n'était que sa mère, qui la regardait d'un air amusé. La jeune Yûhi avait su, bien entendu, qu'elle n'avait aucune chance de passer inaperçue, pas quand un Jônin observait. C'était sa faute si elle s'était laissée surprendre, si elle ne prêtait plus attention.

— Tu m'as manqué, Maman.

— Tu m'as manqué aussi, ma puce. Comment était ta mission ?

— Difficile. Les données qu'on nous avait laissées étaient complètement fausses et on s'est retrouvés à affronter des ninjas à plusieurs reprises. Je crois que la mission toute entière va être reclassée au rang A.

— Kami ! Et tes frères et toi n'avez rien ?

— Non, on a eu de la chance. J'ai été blessée deux fois et les garçons ont récolté quelques égratignures, mais nous avons eu le temps de guérir.

— Explique-moi ça plus en détail.

Et parce qu'elle n'avait certainement pas l'habitude de désobéir à sa mère, Hitomi s'exécuta. Elle commença à raconter ce qu'il s'était passé avec les Frères Démons et comment Hoshihi avait tué l'un d'eux sans la moindre hésitation, puis le premier combat contre Zabuza, et le second. Elle raconta Haku, aussi, non sans rougissements et hésitations, le tout sous le regard tendre et compréhensif de Kurenai.

— Je vois… Je suis vraiment soulagée que tout se soit bien passé au final. J'ai emmené mon équipe sur deux missions de rang C, des vraies cette fois, pendant que tu étais partie. Nous n'avons pas eu le moindre problème, mais c'est peut-être parce que nous n'avons pas quitté le Pays du Feu.

— J'ai vu comment Hinata avait progressé, et les autres aussi.

— N'est-ce pas ? Ils feront de merveilleux ninjas quand j'en aurai fini avec eux, on peut déjà le voir. Je suis vraiment fière d'Hinata. J'ai cru que votre rupture et les circonstances qui l'entouraient allaient totalement briser sa confiance en elle, mais c'est le contraire qui semble se produire.

— C'est le mieux que je pouvais souhaiter.

Sur ce, mère et fille se relevèrent et allèrent rejoindre les Genin de l'Équipe Huit, qui profitaient d'une pause dans leurs duels incessants. Akamaru jappa avec ravissement en captant son odeur, attirant l'attention des trois camarades qui se tournèrent vers elle, l'air surpris. Elle sourit et leur fit un petit signe de la main, soudainement intimidée. Pourquoi se sentait-elle si réservée tout à coup ? Elle fut coupée dans son interrogation par Kiba qui l'enveloppait dans une étreinte à briser des os, suffisamment fort après un mois de séparation pour la soulever de terre. Surprise, elle laissa échapper un glapissement perçant qui fit gémir Kiba et rire tous les autres.

— Hum, bon retour, Hitomi. Tu vas bien ?

La jeune fille répondit à Hinata d'un sourire et d'un hochement de tête. Elle ne mentait même pas, pas vraiment : aux côtés de sa famille et de ses amis, en sécurité derrière les murs de Konoha, elle parvenait à faire abstraction ce qui l'attendait dans les jours et semaines à venir et, pour une fois, se sentait véritablement en paix.