Salut ! Un autre jeudi au post très matinal, pas vrai ? J'espère que vous apprécierez ce chapitre. Beaucoup de choses importantes pour le développement des personnages mais aussi une fin qui devrait en faire couiner certains et certaines d'excitation !

Apparemment, il y avait des choses pour lesquelles Kakashi n'osait pas avoir de retard. Craignait-il qu'elle s'enfuie s'il ne se montrait pas à l'heure prévue ? Certes, elle était nerveuse, mais elle connaissait les secrets pour déjouer ce sentiment. Celui qui avait sa faveur consistait à s'occuper, de façon constructive si possible. Elle avait découvert, en rentrant à la maison quand l'Équipe Huit avait dû repartir en mission, que Shikamaru avait laissé une note à son intention sur son bureau. Dessus, il avait régulièrement noté l'état des stocks de sceaux et de petits trésors chimiques de sa propre équipe mais aussi de celle d'Hinata, lui indiquant ainsi ce qu'elle devait refabriquer. Après avoir pris le temps de ranger ses affaires dans sa chambre, elle s'était mise au travail, et ce fut ainsi que Kakashi la trouva.

— Tu es prête ? demanda le professeur d'une voix étonnamment douce.

Prise de court par cette question, Hitomi ne répondit pas pendant de longues secondes, le regardant fixement, et quand elle le fit, sa voix n'était pas plus audible qu'un murmure :

— Je ne suis pas sûre.

— Tu le seras quand tu y seras, Hitomi-chan, fais-moi confiance.

Il la regarda enfiler ses chaussures, remarquant sans peine les tremblements qui agitaient ses doigts tachés d'encre et la manière dont ses phalanges blanchirent quand elle les crispa bien trop fort sur la garde de son tantô.

— Allez, suis-moi.

Personne ne fit particulièrement attention à eux dans les rues du village, si l'on exceptait un Chûnin qui salua Kakashi et s'arrêta dans la rue pour échanger quelques banalités avec lui tandis qu'Hitomi attendait poliment, un peu à l'écart. Cela ne l'empêcha pas d'entendre chacun des mots échangés ; elle sourit presque avec tendresse quand elle comprit que son sensei éconduisait fermement son interlocuteur. Non, il ne voulait pas aller boire un verre pour rattraper le temps perdu, ni maintenant ni dans le futur, et il était occupé, alors…

— Vous êtes plus populaire que je ne l'aurais cru, sensei.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Je suis assez âgée pour comprendre que cet homme vous draguait, sensei, et ça n'avait pas l'air d'être la première fois.

Kakashi répondit à son affirmation d'un rire bas dans la gorge, sa main droite lui tapotant gentiment le crâne. Il réservait d'habitude ce genre de traitements à Naruto, plus rarement à Sasuke. Ils étaient, de leur équipe, les plus prompts à dire des choses surprenantes à leur sensei. Hitomi, elle, n'était pas exactement prévisible, mais elle ne s'imisçait pas non plus là où elle n'avait aucun droit de se trouver à moins de ne pas avoir le choix, et la vie personnelle de son professeur faisait sans doute partie de ce genre d'interdits.

— C'est arrivé quelques fois depuis que je suis professeur. Peut-être que ce sont les responsabilités qui leur plaisent ? Qui sait, grâce à vous je pourrais me trouver un gentil ninja pour venir s'occuper de moi !

— Sensei ! s'exclama-t-elle, les joues rouges.

Elle n'était pas exactement gênée par ce qu'il venait de dire en soi, c'était plutôt le fait que Kakashi en parle, lui qui était si réservé qu'il refusait ne serait-ce que de montrer son visage, qui la prenait au dépourvu. Ses joues rougirent et elle détourna le regard, le fixant plutôt sur ses pieds.

— Et ceci, ma chère Hitomi-chan, est une leçon que tu ferais bien de retenir : on ne joue pas avec plus grand que soi, sauf si on est certain d'être plus malin.

Avec une exclamation faussement boudeuse, la jeune fille accéléra l'allure, tentant de mettre un peu de distance entre eux. Il ne la laissa pas faire, bien entendu, avec ces stupides longues jambes qu'il ne pouvait s'empêcher d'exhiber avec de grands pas ridicules qui l'auraient forcée à courir si elle avait voulu le semer. Pour une seconde. Parce qu'ensuite il se serait mis à courir aussi. Ou alors il aurait utilisé le Shunshin pour apparaître juste devant elle ? Elle n'en avait pas la moindre idée.

— Viens, c'est par là. Arrête de bouder, ou Fukuda-sensei va penser que je te maltraite.

— Fukuda-sensei ?

— Ma thérapeute. Je ne t'avais jamais dit son nom ? Hm. Étrange.

Hitomi haussa les épaules mais ne prit pas la peine de répondre. Ils savaient tous les deux que s'il le lui avait dit, elle n'aurait pas pu oublier. Le reste du trajet se passa en silence, jusqu'à une petite maison au porche peint d'une douce teinte vert tendre et envahie de tant de fleurs qu'on se serait cru chez les Yamanaka. Kakashi lui tint la porte pour qu'elle puisse entrer, mais ce fut lui qui s'adressa à la secrétaire, lui expliquant qu'il avait rendez-vous mais souhaitait le reprogrammer pour que son élève puisse passer à sa place. Hitomi n'avait eu aucune idée que de telles choses se faisaient ici, mais c'était logique : toute personne souhaitant traiter régulièrement avec des ninjas devait avoir des horaires souples, au cas où une mission soudaine les emmènerait au loin.

— Bon, je vais te laisser là. Quand la dame appelle ton nom, tu entres dans le bureau et tu expliques à Fukuda-san que je t'envoie. Tu verras, je suis sûr que ça te fera beaucoup de bien.

Le visage grave, la jeune fille hocha la tête et le regarda partir. Soudainement, elle se sentait nerveuse et avait l'impression de manquer de stabilité. Elle avait appris des exercices de méditations, plus qu'elle ne pouvait le dire, pour maîtriser son chakra, mais aucun ne lui semblait convenir pour retrouver une paix intérieure. Après quelques instants, elle décida plutôt d'ouvrir un livre. Elle regrettait que Jiraiya n'ait pas encore fini son troisième roman. Sa plume avait le don de l'aider à se détendre. À la place, elle se plongea dans le recueil de poésie qu'elle avait emporté avec elle.

— Yûhi-san ? C'est votre tour.

Sa nervosité revint à la charge, déstabilisante et vicieuse, mais elle la repoussa comme on aurait claqué une porte au nez de quelqu'un. Elle n'avait aucune envie de jouer à ce genre de petits jeux avec son esprit maintenant. Tout en rangeant son livre dans l'un des sceaux dont elle ne se séparait jamais, elle parcourut la très courte distance entre la chaise qu'elle avait occupée et la porte avec l'impression qu'elle n'y arriverait jamais. Elle échangea un sourire tremblant avec la secrétaire et franchit la porte ouverte.

L'intérieur baignait dans la lumière joueuse de l'après-midi. Il y avait un bureau de noyer au centre de la pièce, si bien rangé qu'il aurait pu être exposé comme modèle dans les vitrines d'un magasin d'ameublement, mais aussi deux poufs sans forme et un long canapé dans la flaque de lumière, l'endroit où un chat se serait étendu pour tiédir et paresser sans penser au lendemain. Au bureau était assise une femme dans la trentaine, aux cheveux bruns soigneusement tressés. Quand elle releva la tête, Hitomi vit ses yeux noirs derrière des lunettes à monture rouge et un gentil sourire sur ses traits doux.

— Je suis sûre que j'avais rendez-vous avec Hatake-san. Qui es-tu ?

— L'une de ses élèves. On a eu des problèmes lors de notre dernière mission, et j'ai été plus… Affectée que les autres. Il dit que vous pouvez m'aider.

La dernière phrase avait été presque chuchotée, avec toute l'incertitude qu'Hitomi n'osait jamais montrer. Elle ne put s'empêcher de baisser la tête, à la foix anxieuse et gênée.

— Ah, je vois. Très bien, entre et ferme la porte derrière toi. Tu peux t'installer où tu veux.

Après s'être exécutée, Hitomi choisit l'un des poufs pour s'asseoir. Elle avait un souvenir presque tendre du Monde d'Avant et du nombre d'heures qu'elle avait passées à lire dans un siège semblable, parfois jusqu'à s'endormir dans cette position pas exactement confortable.

— Bien, jeune fille. Avant de te demander de te présenter, je vais commencer, si tu le veux bien. Je m'appelle Aemi Fukuda. Je fais partie d'une famille de médecins, mais j'ai préféré me tourner vers la psychologie. Je suis tenue au secret professionnel, bien entendu, mais puisque nous vivons dans un village ninja, mes obligations vont plus loin que ça.

Lentement, la jeune femme retroussa ses manches. Ses poignets étaient encerclés de sceaux qu'Hitomi identifia immédiatement, même si elle n'avait pas du tout le niveau pour les reproduire pour l'instant.

— J'en ai un aussi sur ma langue. Ils m'empêchent de répéter les secrets de mes patients, que ce soit par écrit ou à l'oral. Tu es en sécurité ici, et ce que tu me diras ne sortira pas de ces murs.

Hitomi hocha la tête, mais ne prit pas la parole tout de suite. Elle savait que ces sceaux pouvaient être brisés. Il y avait toujours un moyen. Un ennemi déterminé pouvait aussi planter des mouchards dans ce bureau, il y avait tellement de cachettes possibles pour un appareil assez petit… Non, elle ne pouvait pas tout dire. Mais elle pouvait peut-être en dire suffisamment pour aller mieux.

— Je m'appelle Hitomi Yûhi. Je suis Genin depuis deux mois et, il y a un peu plus d'un mois maintenant, mon sensei a reçu l'ordre de m'emmener avec lui lors d'une mission de rang B, pour que j'observe. Je crois que c'est là que ça a commencé.

Pendant plus d'une heure, la femme et l'adolescente parlèrent. C'était un dialogue, vraiment. La psychologue ne se contentait pas de poser des questions ou de l'orienter dans une direction particulière, elle se confiait aussi, par petites touches discrètes qui aidaient Hitomi à se détendre et à ouvrir son cœur. Elle parla de son premier meurtre, mais pas seulement. À mots timides, hésitants, elle se confia à propos de sa relation avec Hinata, de sa brève amourette avec Haku au Pays des Vagues. Quand la séance se termina, il y avait des traces de larmes sur ses joues, mais la lassitude qu'elle ressentait au fond d'elle-même était saine, plus saine qu'elle ne l'aurait cru, comme si elle pouvait simplement dormir et qu'au réveil ses problèmes et ses craintes allaient disparaître.

— Bon, il est temps de nous quitter, Hitomi-chan. Alors, tu veux prendre un autre rendez-vous ?

Sans hésitation, la jeune fille hocha la tête. Elle comprenait à présent ce que Kakashi avait tenté de lui expliquer, et savait qu'elle avait besoin de ça dans sa vie si elle voulait se montrer assez stable pour encaisser ce que les prochaines années allaient lui jeter à la figure. Elle sécha ses joues d'une main ferme et quitta le pouf dont elle n'avait pas bougé jusque-là.

— Très bien. Dans ce cas, je te propose de revenir la semaine prochaine, à la même heure. Ça te convient ?

— Oui, sensei. Merci beaucoup.

— Merci à toi de ta confiance. Prends soin de toi jusqu'à la prochaine fois.

Encore assez fragile émotionnellement, Hitomi sortit du bâtiment. Les sons et les couleurs lui semblaient légèrement assourdis, comme si on avait placé un filtre sur ses sens. C'était presque reposant. Elle fit quelques pas hésitants, inspira puis bondit sur le toit du magasin qui se trouvait devant elle. Après tout, elle en avait le droit désormais. Quelques blocs plus loin, elle croisa Ibiki Morino, qui se dirigeait vers le bâtiment du département Torture et Interrogatoire. N'avait-il pas fini sa journée à cette heure-ci ? Malgré ses traits encore brouillés, elle lui fit signe. Il répondit de l'un de ses sourires rayonnants, si surprenant sur son visage parcouru de cicatrices, et poursuivit sa route sans un regard en arrière. Hitomi décida que c'était la meilleure chose à faire et l'imita.

Sasuke cuisinait quand elle rentra. Il la salua d'un signe de tête qu'elle lui rendit avant de se rendre dans le bureau, où elle sentait le chakra de sa mère. Cette fois elle était seule, ce dont Hitomi pouvait remercier les kami. Elle frappa à la porte et entra quand elle en reçut la permission. Kurenai était assise à son bureau, penchée sur de la paperasse sans doute liée à son équipe, et faisait tournoyer un stylo entre ses doigts.

— Hitomi ? Tout va bien ma puce ?

— Hum… Pas vraiment. Mais j'y travaille. Kakashi-sensei m'a emmenée voir sa thérapeute et j'aimerais continuer d'aller la voir jusqu'à ce que j'aille un peu mieux. Je peux ?

— Ma puce, tu es pratiquement une adulte aux yeux du village. Tu sais que tu en as le droit.

— Oui, je sais, mais… Je ne sais pas. Je voulais être sûre que tu approuvais.

— Bien sûr que j'approuve. Tout ce qui peut te faire aller mieux est une bonne chose à mes yeux.

Un sourire soulagé s'épanouit sur les lèvres de la jeune fille et sa mère le lui rendit avec cette tendresse qui lui était propre. Elle lui fit signe d'approcher et, quand elle se fut exécutée, enroula un bras autour de sa taille mince.

— Tu m'as vraiment manqué. Comment se portent tes blessures ?

— Je vais sans doute garder une cicatrice là où Tsunami-san m'a recousue. Le Pays des Vagues n'a pas vraiment de ninja médecin à disposition, j'étais très chanceuse qu'elle ait des compétences médicales.

— Je peux voir la cicatrice ?

Sans la moindre hésitation, Hitomi se défit des plis de son kimono, le pliant avec soin avant de le poser sur le bureau. Elle fit de même avec sa chemise de résille d'acier et resta en soutien-gorge. Elle n'avait pas besoin de le retirer pour qu'on voie clairement la cicatrice, qui naissait là où son épaule droite rejoignait sa clavicule puis courait tout le long de son buste en diagonale jusqu'à sa hanche gauche. La peau épaisse pâlissait déjà, mais on pouvait voir les endroits où les fils avaient tenu la plaie fermée. Ce n'était pas quelque chose de beau, mais peu de cicatrices l'étaient, et les ninjas n'étaient pas censés entretenir la moindre vanité.

— Ca a dû te faire très mal, murmura Kurenai en suivant le début du tracé du bout des doigts.

— Sur le coup, pas vraiment. J'étais pleine d'adrénaline et concentrée sur mon plan. Le fait de sentir mon sang n'a fait que rendre mes chats plus déterminés, plus forts, et peut-être… Peut-être que c'est ça qui nous a octroyé la victoire. Si c'était le prix à payer, je pense que je peux l'accepter.

— Oh, ma puce… Tu es trop jeune pour ne voir ce genre de situation qu'en ces termes. Parfois, j'oublie que tu tiens de ton père aussi... Prends soin de toi quand tu es en mission. Si tu es blessée, tes camarades seront perturbés, et ils pourraient faire une erreur à cause de ça qui pourrait leur être fatale. Tu es tout aussi importante qu'eux pour que l'équipe soit entière. Tu comprends ?

— Je… Oui. Je crois que oui.

— Je ne serai rassurée que quand tu seras sûre de comprendre, mais tu as encore le temps pour ça. Tu devrais aller prendre une douche avant le dîner, si tu ne veux pas que Sasuke prenne toute l'eau chaude. Je te retrouve en bas ?

Hitomi hocha la tête et, après un baiser sur la joue de sa mère, prit congé. Elle appliqua son dernier conseil, s'enfermant dans la salle de bain pour profiter d'un moment rien qu'à elle, et comprit qu'une fois encore Kurenai avait eu raison. Lorsque ses cheveux furent propres et sentirent le shampoing qu'elle n'utilisait qu'en-dehors des missions, lorsque sa peau fut parfaitement récurée et tiédie par l'eau qui la martelait comme une pluie brûlante, lorsque ses crimes et inquiétudes se furent perdus dans le drain entre ses pieds, elle se sentit plus légère, adoucie.

Hitomi avait appris à l'Académie que les ninjas qui partaient pour des missions d'une durée supérieure à trois jours avaient droit à un certain nombre de jours de congés qui suivaient directement la fin de la mission. Hors temps de guerre, ils avaient même l'obligation de prendre ces vacances, parce qu'un shinobi épuisé serait d'une inutilité flagrante pour son village. C'était quand la lassiture atteignait le corps et l'esprit, quand elle imprégnait chaque geste, chaque pensée, qu'on commettait des erreurs parfois fatales. Lorsque la guerre rôdait, bien entendu, les villages ne pouvaient se permettre un tel luxe, mais pourquoi s'en priver quand on pouvait l'autoriser ?

Après leur mission longue tout pile d'un mois, l'Équipe Sept devait prendre quatre jours de congé, et aucun de ses membres ne pouvait se présenter au Bureau d'Attribution des Missions sans se faire chasser à vue par l'un des Chûnin fonctionnaires qui y rôdaient – et terrifiaient les gens normaux avec leurs tics nerveux quand on rendait de la paperasse mal remplie. Même Kakashi n'osait pas les défier, mais Hitomi avait supposé qu'en tant qu'ancien ANBU, il pouvait toujours se présenter au commandant des services secrets pour trouver de quoi s'occuper.

Cependant, il n'avait plus ce luxe maintenant qu'il avait la charge de trois Genin qui comptaient sur lui pour leur apprendre des choses. Tous les matins et tous les après-midis, l'équipe se rassemblait au terrain d'entraînement numéro trois et pratiquait des compétences anciennes ou nouvelles en fonction de ce que le professeur avait en tête. Ensui, ayant appris leur retour via le carnet communicant qu'Hitomi lui avait offert, les rejoignait dès que ses obligations auprès de Shikaku le lui permettaient, et se montrait souvent de bon conseil pour le maître comme pour les élèves.

Hitomi continuait de perfectionner ses jutsus aqueux. Elle maîtrisait désormais très bien le fouet et avait commencé à travailler sur la variante du Bouclier, qui pourrait dévier la plupart des projectiles sans trop d'effort. En parallèle, elle tentait toujours de maîtriser les mécanismes de la lame de chakra que Zabuza lui avait expliqués. Elle avait compris à présent comment diviser son attention entre chakra aqueux et chakra neutre, et tentait de construire dans sa Bibliothèque un simple bouton psychique sur lequel elle pourrait appuyer pour que son chakra soit formé et distribué de façon optimale. Moins cela lui coûtait d'efforts mentaux, plus cela devenait comme un réflexe et mieux elle serait armée.

Naruto et Sasuke, eux, travaillaient énormément leur taijutsu. C'était un domaine dans lequel Naruto excellait une fois qu'il se décidait à travailler : il avait la force et l'endurance idéales, tandis que sa vitesse demandait juste un peu de travail. Quant à Sasuke, c'était justement sur sa vitesse qu'il misait, Sharingan activé pour tenter d'outrepasser ses limites. Un œil aussi merveilleux ne servait à rien si on ne pouvait l'exploiter à pleine capacité. Le plus souvent, Ensui s'occupait de Naruto et Kakashi de Sasuke. C'était le plus simple des arrangements. Parfois, cependant, pour perturber les deux garçons, les adultes échangeaient leurs places.

Parfois, Hitomi était un peu jalouse quand elle voyait ses frères obtenir les attentions d'Ensui. Elle était son apprentie, leur arrangement ne s'était pas terminé quand ils étaient revenus au village, ni même quand il était parti à Suna. Elle aurait aimé passer encore du temps rien qu'avec lui, comme autrefois. Cependant, elle ne parlait jamais de ce sentiment, parce qu'elle savait que c'était mal. Ni Naruto ni Sasuke n'avaient jamais eu l'attention pleine et entière d'un adulte avant que Kurenai ne les adopte. Ils en étaient affamés, elle pouvait le voir, même si le jeune Uchiha le cachait mieux que son compère au cheveux blonds. Elle n'avait aucun droit de les envier, elle qui depuis son enfance était aimée sans réserve et traitée comme si elle était précieuse, importante.

Et sans qu'elle ait à demander, Ensui revint vers elle. Ce fut après une séance d'entraînement peut-être un peu trop intense, alors que Sasuke et Hitomi s'étaient affrontés avec moins de réserves que d'habitude. Il frappait plus fort, suffisamment pour lui causer des bleus là où il avait réussi à la toucher, mais elle était plus vicieuse, et l'eau de son fouet lui avait meurtri un poignet. Ils devaient tous les deux se rendre à l'hôpital pour vérifier qu'il n'y avait aucun dommage important derrière ces blessures à l'air bénin. Kakashi avait emmené Sasuke, mais Ensui décida de prendre Hitomi avec lui, une main sur ses épaules.

Il était toujours bien plus grand qu'elle, et son odeur était exactement telle qu'elle s'en souvenait. Aussi discrètement que possible, elle tourna légèrement la tête pour inspirer profondément et ferma même un instant les yeux avec une expression qui ressemblait à de la mélancolie. Elle redirigea son attention vers la rue devant elle avant de trébucher et de se rendre ridicule, mais c'était trop tard : Ensui n'avait pas raté une miette de ce qui se jouait à l'intérieur d'elle.

— Moi aussi, ça me manque, Hitomi. Tu n'as pas idée à quel point. Ma vie était plus simple quand je n'avais que toi et le chemin devant nous pour me tenir compagnie. Mais je ne regrette pas que nous soyons rentrés. Et toi ?

— Moi non plus, répondit-elle après la plus petite hésitation hésitation.

Bien vite, ils furent arrivés à l'hôpital. Tout le deuxième étage était consacré aux soins de courte durée pour les ninjas, et le troisième contenait les chambres où restaient ceux qui demandaient un peu plus de soins. Avec un sourire peut-être un peu charmeur, Ensui s'avança vers le comptoir et demanda à la réceptionniste si elle pouvait leur indiquer une salle d'examen et y envoyer une infirmière pour Hitomi. Son charme laissa la femme de marbre, mais elle fit tout de même ce qu'il lui avait demandé.

— Sakura ?

La jeune Yûhi fut extrêmement surprise de découvrir son amie d'enfance dans son uniforme d'infirmière, ses longs cheveux roses, dont elle était autrefois si fière, désormais coupés à la ligne des épaules. Il y avait une assurance qui faisait plaisir à voir sur son visage ; son visage tout entier s'éclaira quand elle sourit.

— Hitomi ! Je suis contente de te revoir. J'ai entendu dire que tu étais rentrée de ta mission au Pays des Vagues il y a quelques jours, mais je ne voulais pas venir t'embêter. Comment vont les autres ?

— Plutôt bien ! C'était parfois difficile, pendant la mission, mais on est tous rentrés en un seul morceau.

— C'est le plus importante ! Pourquoi es-tu là ?

— Je me suis entraînée contre Sasuke et il n'a pas exactement retenu ses coups. Ensui-shishou pense que je pourrais avoir plus que des hématomes, surtout au niveau des côtes – elles avaient déjà été abîmées pendant ma mission.

— Hum, je vois. Nara-san ? Est-ce que vous pouvez sortir pour que je puisse examiner Hitomi ?

Avec un signe de tête, le Jônin prit congé, refermant la porte derrière lui. Hitomi ne doutait pas un instant qu'il soit en alerte, même s'il ne pouvait les voir. Elle ne pouvait le jurer, mais à sa place, elle aurait utilisé ses méridiens pour être sûr que tout allait bien de l'autre côté de la porte. Souvent, ils se ressemblaient tous les deux, même s'ils ne passaient plus autant de temps ensemble qu'autrefois. Lentement, la jeune fille écarta les pans de son kimono, puis ôta sa chemise de résille d'acier. Sakura, à sa décharge, resta impassible même en posant les yeux sur sa cicatrice et son buste couvert de bleus, mais un pli finit par se creuser entre ses sourcils, signe de son inquiétude.

— Ca doit faire mal… Je vais m'occuper de ça, d'accord ?

— Hm hm. Merci. Sasuke n'y va pas de main morte, mais ça me motive à esquiver, au moins, et je ne me suis pas exactement laissée faire. Je crois qu'on devient plus forts, et Naruto aussi, bien entendu.

— C'est le but de l'entraînement. Dis, je me demandais…

— Hm ?

— Est-ce que tu saurais dessiner un sceau restrictif ?

— Hum… Ca dépend ce qu'il est censé faire, je dirais.

— J'aimerais un sceau qui rajoute du poids sur mes membres et mon dos, pour me muscler plus rapidement. Une fois que je serai officiellement médecin, j'aimerais rejoindre la formation des médics de terrain. L'examen d'entrée ne porte pas seulement sur nos connaissances médicales, mais aussi sur nos capacités physiques. L'Académie remonte à loin et c'est devenu difficile de m'entraîner vu que je ne fais pas partie d'une équipe.

— Il faudrait que je fasse des tests avant de te donner quoi que ce soit, mais je pense que c'est possible. Tu pourrais venir demain à la maison ? Je te donnerai ce que j'ai à ce moment-là, si c'est fonctionnel.

— Ce serait vraiment gentil, merci ! Bon, laisse-moi te soigner maintenant. Tu seras comme neuve très rapidement, je te le promets.

Avec un petit son d'approbation, Hitomi s'allongea sur la table d'examen, et laissa son amie s'occuper de ses plaies. Le chakra médical, frais et doux, n'était pas sans lui rappeler le goût et l'odeur de la menthe. Quand Sakura eut fini le traitement, Hitomi se sentait aussi propre qu'après une bonne douche, ses muscles détendus roulant sans difficulté sous sa peau.

— Évite de te retrouver ici tous les jours, tout de même. J'apprécie ta compagnie, mais le ninjutsu médical perd en efficacité quand on l'utilise trop souvent sur une courte période et sur la même partie du corps. Tu dois aussi esquiver, pas seulement parer et encaisser, c'est très important !

— C'est plus facile à dire qu'à faire quand c'est Sasuke ou Naruto qui t'envoie les coups à la figure, crois-moi ! Mais je ferai de mon mieux, je te le promets. À demain ?

— À demain, Hitomi. Merci encore !

Ensui l'attendait à l'extérieur de la petite salle d'examen, tournant en rond comme un lion en cage. Elle sourit quand il posa le regard sur elle et n'attendit pas qu'il prenne l'initiative pour se diriger vers la sortie, le contraignant à lui courir après.

— Ca s'est bien passé ?

— Vous le savez très bien, shihou. En vérité, Sakura avait quelque chose à me demander, et comme ça concerne les sceaux, je me disais que peut-être vous pourriez m'aider ?

— J'en serais très heureux. Chez toi ?

— Hm hm. Maman n'est pas à la maison, on sera tranquilles.

Ils travaillèrent jusque tard ce soir-là, absorbés dans ce projet qui ne serait sans doute pas seulement utile à Sakura, mais également à d'autres des camarades d'Hitomi, voire la jeune fille elle-même. Qui pouvait dire non à un entraînement efficace ? Le lendemain, quand Sakura vint à la maison à l'heure du dîner, Hitomi lui tendit plusieurs rectangles de papier et lui expliqua comment les coudre à l'intérieur de ses vêtements et à quels endroits le faire si elle voulait une répartition idéale de la charge. Elle était heureuse d'avoir pu être utile.

Le lendemain matin, enfin, l'Équipe Sept fut autorisée à reprendre les missions. Cela avait manifestement manqué à Naruto, qui sautillait sur place d'excitation devant le bureau d'Iruka – jusqu'à ce qu'il lui annonce que la mission était de réparer la barrière qui entourait l'un des parcs du clan Yamanaka. Au moins, grâce à tous les clones que l'équipe pouvait produire, cela fut réglé en deux heures à peine. Quand ils sortirent de la Tour du Hokage, leur argent en poche, le village était baigné de soleil.

Et quelques pas devant eux, le dos tourné dans leur direction, se trouvait une personne qu'Hitomi aurait reconnue entre mille.

Gaara.