Coucou ! Comment allez-vous ce week-end ? Moi je suis malade mais bon, c'était attendu vu que j'ai attrapé froid en reprenant la piscine. Je suis quand même très heureuse d'avoir repris, ça me fait du bien de nager !

Un cri s'échappa de la gorge d'Hitomi sans qu'elle ait la moindre chance de le retenir, attirant l'attention de Gaara. Ses grands yeux turquoise s'écarquillèrent et ils se rencontrèrent à mi-chemin entre leurs équipes, enveloppés dans une étreinte aussi intense et naturelle que le mouvement de la mer. La jeune Yûhi était désormais plus petite que l'enfant du sable, le sommet de son crâne lui arrivant au menton. Il profitait de chacun de ses centimètres supplémentaires pour se refermer sur elle comme un cocon protecteur, sa délicieuse odeur de soleil et de sable lui envahissant le nez. Là, dans le secret de ses bras, elle ne put s'empêcher de fondre en larmes, s'accrochant à ses vêtements comme une désespérée.

Elle n'avait pas compris jusqu'à quelles profondeurs il lui avait manqué jusqu'à ce qu'il la tienne comme ça contre lui. Mais maintenant qu'il était là, quelque chose qui s'était détaché d'elle retrouva sa place avec un cliquetis satisfaisant. Ses larmes taries, elle ferma les yeux et se laissa bercer par la mélodie de son souffle et des battements de son cœur.

— Aaah, Hitomi-chan, intervint Kakashi, tu nous présentes à ton ami ?

Avec réticence, elle se détacha de lui, le tenant à bout de bras pour pouvoir mieux le regarder. Il avait changé, évidemment, mais elle s'abreuvait de chaque évolution comme une assoiffée en plein désert. Quand elle parla, sa voix était étranglée, débordant d'une tendresse qu'elle ne savait comment exprimer :

— Kakashi-sensei, Naruto, Sasuke, je vous présente Gaara du Désert. C'est un ami très cher à mon cœur et je veux que vous le traitiez comme tel.

Gaara sourit, un petit signe hésitant et bref, comme s'il était surpris de l'affection qui avait envahi chacun de ses mots. Il fit signe à son frère et sa sœur, qui avaient choisi d'attendre un peu en retrait.

— Kankurô, Temari, approchez. Je vous ai beaucoup parlé d'Hitomi-nee, mais vous ne l'avez jamais rencontrée. Elle fait partie de la famille.

Son dernier mot était plein de non-dits, d'une intensité dont la jeune fille ne parvenait pas à saisir tous les aspects. Son regard croisa celui de Temari, de la même couleur que les yeux de Gaara. Elle la salua d'un hochement de tête, souriant si fort que ses joues lui faisaient mal et que son expression aurait pu concurrencer celle de Naruto.

— Tu ne m'as pas dit que vous veniez à Konoha. Si j'avais su, je vous aurais attendus aux portes du village pour vous faire entrer moi-même.

— Hm, je voulais te faire une surprise. Ce n'est qu'une fois arrivé que je me suis rendu compte que je n'avais pas la moindre idée d'où tu habites.

— Vous le saurez bientôt, tous les trois. Ma mère adore avoir des invités à la maison.

— Hum, intervint Kankurô, je crois que Baki-sensei est en train d'aller chercher la clé de notre hôtel… Il n'aimera pas que nous logions dans une autre partie de la ville.

Les yeux de Gaara hésitèrent pendant une seconde à peine, avant qu'il tourne le dos d'un air décidé à l'entrée de la Tour, entraînant Hitomi avec lui. Il n'avait pas un instant rompu le contact physique avec elle depuis leur étreinte ; elle était parfaitement satisfaite comme ça.

— Tu sais si Ensui-sensei est au village, Hitomi-nee ? J'aimerais lui parler de quelque chose, quand il aura le temps.

— Hm hm. Il est très occupé ces derniers jours avec Shikaku-ojisan, mais il sera ravi de vous revoir tous les trois. S'il n'avait pas passé autant de temps à pester contre le sable qu'il trouve encore dans ses affaires, je jurerais que le désert lui manque.

Sur ces mots, elle fit ses premiers pas en direction du territoire des Nara, Gaara à son bras. Kankurô et Temari suivaient sans poser de question, tandis que Sasuke et Naruto avaient l'air un peu sonnés. Kakashi, quant à lui, exposait à première vue son flegme habituel, mais son seul œil brillait d'un éclat vaguement menaçant à l'encontre de quiconque posant les yeux sur la troupe formée de son équipe et des ninjas étrangers. Il savait mieux que quiconque que les rapports entre Suna et Konoha étaient fragiles, mais s'il souhaitait voir naître une paix véritable, il se disait qu'une alliance aussi forte entre une jeune héritière de l'un des clans de son village et le fils du Kazekage était un excellent point de départ.

— Vous êtes là pour l'examen, n'est-ce pas ? demanda Hitomi une fois que tout le monde fut entassé dans le salon de Kurenai.

Le silence se fit brutalement autour d'eux dès que sa question fut posée. Traditionnellement, les ninjas du village qui hébergeait l'examen étaient les derniers au courant, les Genin étant rarement prévenus avant la veille de la première épreuve. Un Chûnin devait pouvoir fonctionner même pris au dépourvu, garder son calme et la tête froides en toutes circonstances.

— Tu sais que tu n'es pas censée savoir ça, hm, Hitomi-chan ?

— Kakashi-sensei, le jour où le village voudra garder un secret, il aura intérêt à essayer plus fort que ça. Je vis avec l'un des sensei d'une des équipes Genin qui pourrait participer, vous avez oublié ?

L'homme eut au moins la décence de paraître gêné et Gaara répondit enfin à sa question, d'une voix sereine et douce qui semblait avoir déjà mué.

— Oui, nous participons à l'examen. Tu ne sais pas encore si ce sera le cas de ton équipe, c'est bien ça ?

— C'est à Kakashi-sensei de décider si nous sommes prêts. Je fais confiance à son jugement.

Son regard croisa celui, sérieux, de son professeur. Il hocha légèrement la tête, comme s'il approuvait. Elle lui sourit, puis son attention revint sur ses invités. Elle leur avait servi des rafraîchissements et des petits snacks typiques de Konoha, dont Temari semblait raffoler. Ils étaient tous assis là où ils avaient trouvé de la place, à l'exception du seul adulte de leur assemblée, lequel restait debout et alerte près de la baie vitrée. Il semblait songeur, quand bien même ses mains ne s'éloignaient jamais beaucoup des emplacements où il avait rangé ses armes.

— Je suis tellement heureuse que vous soyez là, tous les trois. Gaara m'a vraiment manqué, et après avoir autant discuté à travers mes carnets, je mourais d'envie de vous rencontrer.

— Tu crois que tu pourrais m'emmener voir les plantes dont tu m'avais parlé ? demanda Kankurô. J'ai envie de voir si mes poisons peuvent être améliorés, mais j'ai fait le tour des serres auxquelles les Genin ont accès à Suna.

— Je ne suis pas sûre que tu puisses en voir beaucoup, mais il y a moyen, oui. Oh, et je dois faire goûter des gyôza à Gaara !

— Et des ramens ! intervint Naruto.

— Et des ramens aussi, oui. Tellement de choses à faire !

Elle sautillait sur le canapé, surexcitée. Gaara posa une main sur son bras et ils échangèrent un sourire. Cela suffit à l'apaiser, pour un moment au moins. Puis Temari parla, et ce qu'elle dit fit battre le cœur d'Hitomi plus vite.

— Moi, ce que j'aimerais, c'est pouvoir t'affronter. Un petit duel amical, qu'est-ce que tu en dis ?

— Oh Kami, oui ! Gaara m'a dit que tu étais redoutable avec ton éventail !

— Dans ce cas, on peut se dire demain, à dix heures ? Tu as un terrain d'entraînement particulier en tête ?

— Vous pouvez utiliser le numéro trois, dit Kakashi. En fait, j'insiste, utilisez le numéro trois. Je serai là pour arbitrer, avec un médic prêt à intervenir en cas de problème. N'oubliez pas que l'examen commence bientôt. Croyez-moi, vous voulez être au meilleur de votre forme quand il commencera.

La parole du sensei faisait loi, quand il parlait avec cette autorité tranquille dans la voix qui semblait capable de faire plier même l'acier. Hitomi lui répondit d'un sourire rayonnant, puis croisa le regard de Temari, dont l'impatience semblait égaler la sienne. Elle n'avait plus connu de vrai défi depuis son combat contre Zabuza, et ne serait pas contre le coup d'adrénaline qu'un opposant inconnu lui procurerait, si elle pouvait ne pas risquer de perdre la vie ou de mettre en danger ceux qui comptaient pour elle. Et puis elle savait que la sœur de Gaara était intelligente, trop pour être débordée par l'un des petits tours d'Hitomi comme l'étaient si souvent Naruto et Sasuke.

Le dîner fut une affaire particulièrement joyeuse ce soir-là : les invités étaient si nombreux que Kurenai avait embrigadé Ensui et lui avait ordonné de ramener sa propre table à manger. La famille de Shikamaru fut conviée elle aussi, Hitomi débordant son cousin de sa propre excitation. Elle se souvenait intimement de la période où Shikamaru et Gaara avaient été ses seuls amis, et le fait qu'ils se rencontrent enfin… C'était très précieux à ses yeux. Même les adultes semblaient détendus tandis qu'ils fêtaient la réunion de deux équipes venues de pays différents et pourtant si semblables.

Le lendemain matin, Hitomi se sentait prête et sereine en arrivant au terrain d'entraînement numéro trois. Elle avait décidé de ne pas utiliser Ishi to Senrigan et l'avait confié à Sasuke : les armes au corps à corps ne servaient à rien face à Temari, elle le savait bien. Par contre, elle possédait en abondance sceaux et chakra, ainsi que l'aide de ses invocations et de ses petites inventions. Un sourire vicieux flotta sur ses lèvres quand elle songea aux dernières bombes qu'elle avait créées. Elles ne lui serviraient peut-être pas pendant ce combat… Mais quand ce serait le cas, son intervention serait splendide, elle en était certaine.

Kakashi se tenait au centre de la clairière principale, le dos droit et l'air martial. Temari arriva quelques minutes plus tard, son éventail géant déjà serré entre ses mains. Derrière elle, les membres masculins de leurs équipes respectives, ainsi qu'Ensui et Baki, s'installèrent pour observer le spectacle. Hitomi et Temari se positionnèrent à dix pas de distance de Kakashi, l'une à sa gauche et l'autre à sa droite, après avoir effectué la Mudra de la Discorde, et attendirent le signal de départ en se faisant face, le même sourire impatient sur les lèvres.

— Hajime !

Aussitôt Hitomi bondit sur le côté pour esquiver la lame de vent qui fendait l'air dans sa direction. Ce duel se jouait au premier à se reconnaître vaincu, ce qui signifiait qu'il pouvait durer longtemps. Elle s'entailla le pouce sur le tranchant d'un kunai et plaqua sa main au sol, incantant à toute vitesse :

— Ninpô : Brigade des Griffes de Fer !

Ses trois chats d'attaque apparurent dans un nuage de fumée et durent immédiatement se disperser pour éviter la lame de vent qui courait dans leur direction. Hitomi avait décidé de ne pas utiliser ses ombres pour ne pas risquer de compromettre le futur match de Shikamaru, mais elle ne manquait pas de ressources, même quand elle ne pouvait accéder à un pan tout entier de son arsenal. Dans un sursaut de chakra, elle créa trois clones aqueux à partir du néant et se dissimula parmi eux. Avec n'importe qui d'autre, elle aurait créé de la brume pour avoir un avantage supplémentaire, mais Temari pouvait la disperser d'un simple coup de son éventail.

Tandis que ses clones et ses chats chargeaient, elle effectua une série de substitutions avec eux, et, partout où elle passait, plaqua des sceaux lumineux sur les arbres, le sol, partout où elle le pouvait. Plus d'une fois, une lame de vent l'approcha d'assez près pour abîmer son kimono, et même lui écorcher une fois le bras, mais cela ne l'arrêta pas pour autant.

— Suiton : Fouet aqueux !

Dès qu'elle eut incanté et que le fouet apparut dans sa main, elle se substitua à un clone, apparaissant juste à côté d'Hoshihi. Son fouet s'enroula autour de la cheville de Temari et tira brutalement sur le membre qu'il avait saisi, mais la kunoichi, les lèvres serrées, planta son éventail dans la terre pour couper le fouet en deux, le retournant à son état liquide. Hitomi pesta et dut battre en retraite, se cachant derrière un arbre pour éviter de finir émincée.

Temari était puissante, intelligente, mais elle se reposait bien trop sur la puissance de son éventail. Avec un sourire, Hitomi surgit de derrière son arbre, activant d'un seul coup tous les parchemins lumineux qu'elle avait dispersés autour d'elles. L'explosion de lumière fut si violente que même leurs spectateurs laissèrent échapper des exclamations de douleur, mais Hitomi, elle, avait fermé les yeux et fut à peine gênée par l'éruption de lumière derrière ses paupières closes. Elle s'ouvrit aux sensations de ses méridiens et sut parfaitement où frapper, un rire exalté et sauvage lui échappant sans qu'elle songe à le retenir.

Quand la lumière retomba et que les spectateurs purent à nouveau voir quelque chose, ils la trouvèrent assise à califourchon sur Temari, sa main plaquée sur son éventail. Sous ses doigts, cinq sceaux explosifs s'étaient déployés, reconnaissables même par des ninjas étrangers. La jeune Sunajin semblait sous le choc, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, le corps encore tendu comme un arc. Puis elle laissa retomber sa tête par terre et un sourire rayonnant s'épanouit sur son visage. Au bout d'un instant, elle éclata de rire et Hitomi la rejoignit dans son hilarité, roulant par-dessus elle pour s'allonger à ses côtés, les manches de son kimono déchirées et ses bras recouverts de petites entailles où du sang commençait à suinter.

— Ah Kami, il va falloir qu'on remette ça.

— Je suis d'accord. Tu es une bonne adversaire, Hitomi-chan.

— Et toi donc, Temari-chan !

Sur ce, elles se relevèrent, se soutenant l'une l'autre. Leurs souffles étaient courts, leurs coiffures désordonnées, mais un même air exalté était peint sur leurs traits, malgré les blessures d'Hitomi et la défaite de Temari. Kakashi approcha pour inspecter les bras de son élève, les sourcils froncés d'inquiétude.

— Ensui ! Viens soigner ton apprentie avant qu'elle se vide de son sang sur mon terrain d'entraînement.

Bien vite, Ensui et Baki se trouvèrent aux côtés de leurs élèves respectives et Hitomi put sentir le chakra médical de son shishou sur sa peau, tiède, réconfortant, propre.

— Tu t'es retenue, n'est-ce pas ? demanda-t-il à voix basse.

— Elle s'est retenue aussi. Ses attaques ont le potentiel d'être mortelles, mais elle ne voulait pas me tuer, seulement m'empêcher de courir partout.

— Heureusement que tu avais tes chats pour te servir de diversion.

— Hm hm ! Hoshihi, tu veux que je t'emmène voir Inuzuka-san pour cette entaille ?

— Ce ne serait pas de refus. Si Aotsuki me voit saigner quand je rentrerai, elle ne sera pas contente.

Avec un sourire, la jeune fille passa ses doigts dans le pelage roux de son familier. Il lui atteignait l'épaule désormais et était assez grand pour qu'elle le chevauche. Toutefois, ils avaient décidé d'un commun accord d'attendre qu'il prenne un peu plus de masse musculaire, pour qu'elle ne risque pas de le blesser. Il devenait terrifiant et ne semblait pas cesser de grandir, contrairement à Haîro et Kurokumo qui avaient atteint leur taille adulte, quelques centimètres plus petits que leur pair. Les trois chats se rassemblèrent autour de leur invocatrice. Ils étaient toujours heureux d'aller rendre visite aux Inuzuka, depuis qu'ils avaient vaincu leur peur des chiens : Tsume fabriquait les meilleures douceurs pour leurs palais de chasseurs.

— Avant que tu t'en ailles, Hitomi, j'aimerais vous parler, à tes frères et toi.

— Kakashi-sensei ?

— Ca ne prendra qu'un instant.

Sans mot dire, la jeune fille suivit son professeur jusqu'à la limite des arbres et attendit, ses yeux rouges encore brillants d'adrénaline. Naruto semblait surexcité par le combat auquel il venait d'assister et aurait déjà défié Temari en duel si Sasuke ne l'avait pas sévèrement bâillonné, un sourire chargé d'ironie sur les lèvres. Une fois que ses trois élèves furent rassemblés près de lui, Kakashi reprit la parole :

— Comme vous le savez, l'examen Chûnin est prêt à commencer. La première épreuve démarrera demain, à seize heures. Je vous ai recommandés au Hokage, ce qui signifie que vous pouvez vous inscrire, mais vous n'y êtes pas obligés si vous ne le voulez pas. Moi, je pense que vous êtes prêts.

Aucun des trois adolescents n'hésita avant de hocher la tête. Hitomi était encore grisée de son combat et Naruto comme Sasuke brûlaient de faire leurs preuves. La jeune fille aussi, bien entendu, mais ses motivations n'étaient pas aussi pures que les leurs. Elle voulait goûter la force de ses ennemis potentiels, se trouver au cœur des évènements et avoir une chance d'agir. Elle n'arrivait pas à deviner si l'invasion aurait lieu. Gaara n'y participerait sans doute pas, pas sans en parler à Hitomi d'abord pour lui donner une chance de se protéger, de se défendre. Et même ainsi… Il était pacifique, un peu comme Itachi Uchiha l'avait été, longtemps auparavant. Toutefois, il n'avait été que la diversion du plan d'Orochimaru. Il n'était pas irremplaçable.

— Très bien, je n'en attendais pas moins de vous. Voici les formulaires à remplir. Amenez-les à l'endroit indiqué avant seize heures, demain. Ne soyez pas en retard, ou l'examen commencera sans vous.

Sur ces mots, Kakashi effectua une mudra et disparut dans un nuage de feuilles qui se dispersa rapidement à leurs pieds.

— Les garçons, est-ce que vous voulez bien vous occuper de nos invités jusqu'à ce que j'aie fini avec mes chats ? Je vous retrouve à la maison dans deux heures, et on commencera à parler de stratégie et à se préparer, si ça vous va.

— Pas de souci ! s'exclama Naruto. On va les emmener manger des ramens et puis les faire jouer au touriste, tu verras !

Avec un petit signe de tête et un sourire, Hitomi s'éloigna, ses trois chats gambadant derrière elle. Elle s'était attendue à agoniser de terreur quand ce moment viendrait, mais… Ce n'était pas le cas. Elle se sentait tranquille, concentrée, tout le contraire de sans défense ou vulnérable. Elle ne savait pas si c'était le déroulement de la mission au Pays des Vagues ou son combat contre Temari qui la mettait dans cet état, tout ce qu'elle savait, c'était que ça risquait de ne pas durer. Elle devait savourer les petites bénédictions tant que c'était encore possible.

Deux heures plus tard, quand elle rentra à la maison, seule, elle fut accueillie par un éclat de rire homérique qui ne pouvait venir que de Kankurô, suivi d'un cri scandalisé signé Naruto. Curieuse, elle enfila ses chaussons et se dirigea vers la cuisine, débarquant au beau milieu d'une… Catastrophe. Elle ne voyait pas d'autre mot assez fort pour le décrire. Elle ne savait pas ce que ses frères et invités avaient décidé de cuisiner, mais elle était assez sûre que ça n'impliquait pas de faire exploser un paquet de farine. Il y en avait jusque sur le plafond, et Naruto en était totalement recouvert.

— Je… Je peux savoir ce qu'il se passe ?

— Kankurô a parié qu'il pouvait soulever n'importe quoi avec un seul fil de chakra. Naruto lui a lancé un paquet de farine. Tu peux voir le résultat.

Hitomi se tourna vers Sasuke, qui venait de parler, l'ombre d'un tic nerveux sur sa paupière supérieure droite. Ses mains se crispèrent puis se détendirent, elle inspira un bon coup, et le plus doux des sourires naquit sur ses lèvres.

— Je commence à préparer le dîner dans une heure. Je n'ai pas besoin de vous expliquer les conséquences si la cuisine n'est pas prête d'ici-là, n'est-ce pas ?

Pour ponctuer son propos, elle projeta une vague d'aura meutrière modérée dans l'air alentours, puis tourna les talons et se dirigea vers sa chambre en demandant à Gaara de la suivre. Il était le chef non-officiel de son équipe, tout comme elle était la cheffe non-officielle de la sienne ; à ce titre, ils avaient des choses à discuter avant de le début de l'examen. Au passage, elle attrapa deux verres et un pichet de limonade, puis l'invita à s'asseoir devant son bureau, tandis qu'elle prenait place sur son lit.

— Est-ce que tu accepterais une alliance de nos équipes pendant la durée des deux premières épreuves ?

— Pourquoi celles-là uniquement ?

— Parce que la troisième est traditionnellement un tournoi organisé devant les dirigeants des différents pays qui pourraient nous envoyer des ordres de mission. Une alliance est impossible dans ce genre de cas de figure. Les deux premières épreuves, dans les archives que j'ai examinées, tournaient souvent autour de la récolte d'informations ou sa transmission pour la première, et une épreuve de survie quelconque ensuite. Dans ces deux cas de figure, on peut s'entraider.

— Je vois… Je n'ai aucune raison de refuser cette alliance. Nous échangerions des informations et nous entraiderions quand c'est possible. Tu veux inclures d'autres équipes dans ce système ?

— Celle d'Hinata et celle de Shikamaru. Ils pourraient s'en sortir seuls, mais je pense qu'ils accepteront. À Konoha, nous apprenons que la force est dans le nombre.

— Ca me convient. Je dois discuter des termes précis avec ma famille, et je pense que tu vas vouloir contacter les deux autres équipes pour en discuter également avec elles.

— Tu as raison. Ninpô : l'Écho du Secret !

Là où elle avait posé sa main ensanglantée apparurent Sunaarashi et Honoki. Apparemment, elle les avait invoqués en plein milieu de leur toilette ; la femelle plaça un dernier coup de langue entre les oreilles de son frère, puis se redressa en s'étirant paresseusement.

— Qu'est-ce qu'on peut faire pour toi, Invocatrice ?

— J'aimerais que tu ailles porter des messages à Shikamaru et Hinata. Honoki restera avec moi et me transmettra leurs réponses. Attends, je vais écrire.

Elle attrapa deux feuilles et un stylo que Gaara lui tendait et se mit à écrire. Pendant ce temps, le jeune homme examina la chambre tout autour de lui, son regard s'arrêtant sur les carnets qu'elle avait rangés dans sa bibliothèque.

— Il t'en restait donc ?

— Hm hm. Et d'autres encore, ceux qui sont dans la bibliothèque sont seulement ceux que j'ai remplis.

— Tu t'en sers pour quoi ?

— J'ai quelques carnets communicants d'avance. D'ailleurs si cette histoire d'alliance se concrétise, j'en donnerai un à Hinata. J'aurais sans doute dû le faire il y a longtemps, mais après notre rupture, ça me semblait… Enfin. À part ça, j'en ai d'autres qui me servent à jeter des idées de sceaux sur le papier, et ceux qui sont avec mes livres contiennent des romans que j'ai écrits.

— C'est drôle, je n'aurais jamais pensé que tu écrivais. Pourtant ça semble tellement évident quand tu le dis comme ça.

La jeune fille sourit et tendit les deux petits rouleaux de papier qu'elle venait de sceller à Sunaarashi, la laissant les accrocher à son corps avec du chakra pour qu'ils ne la gênent pas pendant sa course. Pensifs, les deux jeunes gens la regardèrent filer par la fenêtre jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un petit point couleur sable sur les toits colorés du village.

— Tu me laisserais lire ce que tu écris, Hitomi-nee ?

Le regard d'Hitomi retomba sur Gaara. À première vue, il était aussi inexpressif que d'habitude, mais la jeune fille le connaissait mieux que ça ; elle avait appris à interpréter les minuscules crispations autour de ses traits comme on le ferait d'expressions claires et sans équivoque. Il avait l'air sincèrement curieux, et un peu impressionné.

— Laisse-moi voir ce qui pourrait te plaire.

Les gestes lents, elle se leva de son lit et se dirigea vers sa bibliothèque. Les trois étagères débordantes de livres étaient cent fois moins impressionnantes que celle qui se trouvait dans son esprit, mais leur aspect réel, tangible, leur donnait une valeur toute particulière aux yeux d'Hitomi. Elle caressa les reliures du bout des doigts, hésitantes, avant d'en choisir un en particulier, et de le tendre à Gaara.

— « Le Royaume des Chats ». Qu'est-ce que ça raconte ?

— C'est l'histoire d'une jeune fille, Haru, qui sauve un chat qui parle, et se retrouve embarquée dans les histoires de ses semblables. C'est un peu enfantin, mais très doux. Tu pourras raconter l'histoire aux enfants de Suna, si elle te plaît.

Hitomi avait retranscrit ce film par écrit exactement pour cette raison : la transmettre à de jeunes enfants rêveurs en manque d'une belle histoire. Elle se souvenait de chaque image de son propre visionnage, des étoiles dans ses yeux et de la manière dont les battements de son cœur s'étaient accélérés au rythme de l'aventure. Elle voulait que d'autres personnes puissent vivre la même chose.

— Merci, j'en prendrai grand soin.

La discussion dériva ensuite sur des sujets légers. Hitomi demanda à son ami s'il appréciait Konoha, ce qu'il avait déjà pu voir, ce qu'il pensait des ramens que Naruto aimait tant. Elle ne fut pas surprise d'apprendre qu'il s'entendait bien avec ses frères, surtout le blondinet à la personnalité solaire. Il était difficile de ne pas aimer Naruto une fois qu'on dépassait les préjugés que Konoha avait sur lui. C'était exactement comme ça que les autres membres de leur groupe d'amis avaient appris à l'apprécier, exactement comme ça qu'il conquérirait un à un les cœurs des habitants du village jusqu'à, un jour, devenir le Hokage comme il l'avait toujours rêvé. Et Gaara pouvait comprendre un tel rêve, même s'il ne savait pas encore tout ce que Naruto et lui avaient en commun.

— Hitomi ! s'exclama Honoki, qui s'était lové à ses côtés sur le lit.

— Je t'écoute. Tu as une réponse ?

— De la part de l'Équipe Huit. Hinata a accepté l'alliance sans condition. Je suis en chemin pour aller retrouver l'Équipe Dix, je crois qu'ils sont à Yakiniku – encore.

— Tiens-moi au courant, Sunaarashi.

Finalement, comme elle l'avait anticipé, l'équipe de Shikamaru accepta également. Ils se donnèrent tous rendez-vous à 15h45 dans la salle d'examen pour ébaucher une stratégie concernant l'épreuve, quand bien même ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'elle impliquerait. Seule Hitomi savait, mais elle n'avait aucun moyen d'expliquer comment. Cela ne l'empêchait pas d'avoir un plan, mais il lui faudrait sans doute en imaginer un autre, qui collerait à des situations générales, à moins que Shikamaru prenne cette partie du travail à sa charge.

Après le repas, la jeune fille retrouva ses frères et l'Équipe Baki au salon. Kurenai était rentrée, mais avait décidé de leur laisser de l'espace pour travailler. En tant que Jônin-sensei, elle savait en quoi consisteraient les épreuves, mais n'avait pas le droit de leur en toucher un mot. Elle observerait sans doute aussi, via des caméras ou quelque chose du genre, aux côtés de ses confrères, si elle n'était pas carrément mêlée aux surveillants de la première épreuve sous une solide illusion.

Hitomi se souvenait du fait que les deux premières épreuves s'enchaînaient directement, et voulait être prête pour les deux. Sous prétexte de vouloir parer à toute éventualité, elle termina de remplir les stocks d'armement et de sceaux de ses frères, avant de proposer à ses invités certaines de ses inventions. Sans surprise, Kankurô fut le plus intéressé des trois, en particulier par ses fumigènes qui lui permettraient d'échanger sa place avec sa marionnette sans être vu. Quand elle eut fini, Hitomi avait les mains légèrement engourdies, mais cette partie au moins de ses préparatifs était terminée.

Ensuite, elle retourna dans sa chambre et embrigada ses frères pour les forcer à trouver tout ce qui leur serait utile et le sceller. Cela allait des armes aux vêtements de rechange en passant par des rations de survie de toutes sortes et même des livres – on ne partait jamais sans un bon livre sur soi. À l'équipe de Gaara, elle proposa la même chose : ses vêtements ne siéraient pas à Temari, mais c'était mieux que rien. Ils avaient l'air surpris tous les trois qu'elle les aide ainsi sans hésiter – Gaara était peut-être le moins surpris du lot. Enfin, elle choisit le carnet communicant qu'elle allait offrir à Hinata le lendemain et se sentit prête, aussi prête que possible.

Autour d'elle, les lumières s'éteignirent une à une. Temari dormait sur un futon au pied de son lit, ayant refusé de le prendre à son hôte, un livre ouvert sur son ventre. Elle avait voulu continuer à lire, sa main illuminée de chakra lui permettant de distinguer les petits caractères, mais le sommeil avait gagné. Dans la chambre d'à côté, Hitomi entendit Naruto et Kankurô ronfler de concert, manifestement capables de dormir même en plein bruits d'apocalypse. Une bouffée d'affection pour eux lui envahit la poitrine et elle sourit, tout en sortant de son lit aussi silencieusement que possible pour se faufiler par la fenêtre.

Gaara était assis sur le toit, les yeux levés vers le ciel. Il l'accueillit d'un petit salut de la tête en la voyant arriver ; sans rien dire, elle s'assit à ses côtés, contemplant elle aussi la pluie d'étoiles jetées sur une toile couleur d'encre comme au hasard.

— Je trouve que le désert a le plus beau ciel, fit-elle d'une voix douce.

— Le ciel de Konoha est beau aussi. Paisible.

— Je crois que je suis nerveuse, à propos de demain. Il pourrait se passer tant de choses… Je suis heureuse de t'avoir à mes côtés pour affronter cette épreuve.

— Je suis heureux, moi aussi. C'est grâce à toi que je possède beaucoup de choses qui me donnent une raison de vivre aujourd'hui. Je n'ose pas imaginer ce que je serais devenu si tu n'étais pas venue me parler, ce jour-là.

Un silence paisible s'installa entre eux et s'étira à l'infini. Leurs épaules se touchaient, leurs corps s'abreuvant de la chaleur de l'autre. Les nuits étaient bien plus clémentes à Konoha que dans le désert, mais rien ne pouvait imiter la chaleur de la présence d'un ami à ses côtés. Ils s'étaient dit tant de choses à travers ses lettres que parler était presque difficile désormais. Comment trouver les bons mots, les plus justes, quand on n'avait pas le temps de les penser et les peser avec soin avant de les utiliser ?

— Tu avais raison, tu sais ? J'ai vraiment aimé tes gyôzas.

— Ah, je te l'avais dit ! Et attends de goûter ceux que font les Akimichi. Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon de toute ma vie.

Ils continuèrent à échanger de douces banalités jusqu'à ce que l'aube colore le ciel de rose et d'orange. Là ils se levèrent, Hitomi partant d'un côté et Gaara de l'autre, pour retrouver leurs chambres respectives. Temari avait bougé pendant la nuit, le livre à présent perdu près de ses jambes. S'ouvrant aux sensations de ses méridiens, la jeune Yûhi récupéra l'ouvrage, repéra les dernières traces de chakra à en avoir marqué les pages et y plaça le premier bout de papier venu, pour que son amie puisse reprendre sa lecture si elle le souhaitait. En silence, elle l'enjamba et enfila une robe de chambre avant de sortir, refermant la porte derrière elle.

Elle descendit à pas de loup, se fondant à merveille dans les ombres et le silence du matin et trouva sa mère déjà attablée dans la cuisine, un thé devant elle. Un sourire sur les lèvres, Hitomi la salua d'un baiser sur la joue puis s'attela à la préparation du petit-déjeuner, ses mains prenant la relève pour mieux laisser son esprit errer, ressasser, comme si elle risquait véritablement d'avoir oublié quoi que ce soit pour la journée qui les attendait, ses amis et elle.

— Tu es prête ? demanda Kurenai comme si elle lisait dans ses pensées.

La réponse qui vint à Hitomi était instinctive, naturelle, exprimée sans le moindre doute.

— Oui.