Wow, je n'arrive pas à croire qu'on en est enfin arrivés au début de l'examen Chûnin ! La première épreuve s'étendra sur deux chapitres, couvrant également celui de dimanche. Merci à toutes et tous pour vos très gentilles reviews qui me motivent plus que vous ne le pensez !

L'Équipe Sept arriva devant l'Académie, où se déroulait l'examen, à quinze heures pile. Leurs invités avaient décidé de s'y rendre un peu plus tôt pour retrouver leur sensei et lui parler de leur stratégie ; Hitomi s'attendait à les retrouver une fois dans la salle de classe. Ils s'étaient mis d'accord pour garder leur alliance secrète : que les neuf bleus s'accrochent les uns aux autres ne surprendrait personne, mais un pacte secret entre le Sable et la Feuille ? Tout le monde hurlerait à la triche, et ils n'auraient pas exactement tort. Mais comme disait parfois Ensui, tricher faisait pratiquement partie de la description du travail.

Hitomi entra en premier dans le bâtiment, ses frères sur les talons. Elle monta jusqu'au deuxième étage, sentit un genjutsu l'attirer dans ce couloir en particulier et, un petit sourire aux lèvres, décida de le suivre. Sasuke tira sur sa manche comme pour l'interpeller et elle signa rapidement « tout va bien » pour le rassurer. Ils entendirent un bruit de coup, de chute, et puis une voix de garçon :

— … Et tu comptes te présenter à l'examen ? Tu ferais mieux de renoncer pendant qu'il est encore temps.

La jeune fille joua des coudes pour traverser la foule, jusqu'à apercevoir un jeune homme par terre qui ne pouvait être que Rock Lee, ce qui faisait de ceux qui l'entouraient Mori no Tenten et Neji Hyûga. En silence, Hitomi regarda les Chûnin déguisés se moquer de leur proie, Tenten plaider sa cause, et répondit d'une vague d'aura meurtrière qui fit s'étrangler les inconnus les plus proches d'elle quand ils frappèrent sa consoeur kunoichi. Tenten était une légende à l'Académie, la première des Premières Kunoichi à égaler au classement le Premier Aspirant… Ce qui en faisait l'égale de Neji.

— Sasuke ?

— Hm.

Le jeune homme s'avança d'un pas, attirant automatiquement les regards alentours sur lui. Hitomi, elle, se dissimulait dans son ombre, faisant de son mieux pour se donner l'air vulnérable et douce. Après tout, elle était si petite par rapport à tous les autres concurrents, si menue, avec un vague air de poupée accordé par sa peau pâle parsemée de taches de rousseur et ses grands yeux rouges. Ensui avait hurlé de rire la première fois qu'elle avait usé de ce subterfuge devant lui, avant de la féliciter à foison quand elle avait réussi à convaincre un Chûnin de lui céder une mission qu'elle préférait à celle qu'il voulait lui mettre sur le dos à l'origine.

— Moi, je vais passer, affirma Sasuke d'un ton plein d'arrogance. C'est un joli tour de passe-passe que vous avez là, mais sur moi, les illusions, ça ne prend pas. Après tout, c'est au troisième étage que nous devons aller.

— Oh ? fit l'un des prétendus « Genin de garde ». Tu es le seul à avoir remarqué.

— Si vous le dites.

— Mais la partie n'est pas encore terminée.

Soudain, le garde fondit sur Sasuke, qui se prépara à parer et riposter, l'air vaguement indigné. Hitomi pouvait voir comme il avait envie de se battre — une part de son âme désirait profondément la même chose. Elle prit soin de s'écarter d'un pas pour ne pas se trouver dans la trajectoire des deux belligérants, refusant de se prendre un coup perdu. De toute façon, Lee n'allait pas tarder… Oui, voilà, c'était ça. Il venait de se relever et avait arrêté les deux attaques à mains nues, ses yeux rivés sur…

Oh non.

Ses yeux étaient rivés sur Hitomi. Elle battit des paupières et détourna le regard, gênée par l'intensité avec laquelle il la dévisageait. Ce n'était absolument pas ce qu'elle avait prévu en jouant son rôle de petite poupée ; les gens étaient censés avoir envie de la broyer et penser que ce serait facile, rien de plus.

— Lee ! intervint Neji à sa gauche. Ce n'est pas ce qu'on avait convenu !

— Oui, mais…

Il s'avança vers Hitomi, qui se recroquevillait de plus en plus sur elle-même, la démarche décidée et fière, jusqu'à se trouver tout proche d'elle.

— Salut ! Je m'appelle Rock Lee. Et toi, quel est ton nom ?

— Hum… Hitomi Yûhi. Enchantée de te rencontrer ?

Elle ne put s'empêcher de finir sa politesse sur une question, parce qu'il était soudainement tellement près, elle ne s'était pas préparée à ce que son espace vital soit envahi de la sorte. À ce moment, il sourit, une expression rayonnante digne de Naruto, et elle se détendit d'instinct, quand bien même elle savait ce qui allait se produire ensuite.

— Sortons ensemble ! Je te protégerai jusqu'à la fin de mes jours !

— Uh… Non ? Je suis très flattée, mais je ne connais de toi que ton nom. Ce n'est pas comme ça qu'on tombe amoureux de quelqu'un.

Il écarquilla les yeux, comme si ce qu'elle venait de dire contenait une immense sagesse, et tapa son poing dans sa main ouverte, le sourire reprenant place sur son visage.

— Ah, tu as complètement raison, Hitomi-chan ! Je devrais faire cent tours de Konoha à cloche-pied pour payer cette grossière erreur.

— Mais non, ce n'est pas grave. Tiens, je te propose plutôt ça : quand toute cette histoire d'examen sera derrière nous, on pourrait aller manger un morceau quelque part et discuter. Tu as l'air d'être une personne intéressante. Mais c'est amical, d'accord ?

— Yoooosh ! D'accord ! Je reviendrai te voir sans faute à ce sujet, Hitomi-chan !

La jeune fille laissa échapper un petit soupir amusé, soulagée d'avoir pu naviguer autour de cet écueil sans blesser l'amour-propre de Lee et sans mentir non plus : elle tenait vraiment à apprendre à le connaître. Elle sourit et lui fit un petit signe de la main avant de s'éloigner, sans même regarder si ses frères la suivaient — elle savait qu'ils le feraient. Ils surveillaient ses arrières, comme elle surveillerait toujours les leurs.

— Pourquoi tu as accepté de sortir avec ce mec bizarre ? gémit Naruto d'une voix plaintive.

— Parce qu'il a l'air gentil et qu'il a fait preuve de franchise. Si mon idée de lui était fausse, eh bien, je saurai me défendre, pas vrai ?

— Je réfléchirais sérieusement avant d'objecter à ça, Naruto, intervint Sasuke d'un ton mordant d'ironie.

— Uuh…

Hitomi éclata de rire, un son léger et insouciant, puis les entraîna vers la cage d'escaliers. Avant même qu'ils y arrivent, cependant, Neji Hyûga interpellait Sasuke :

— Eh, toi ! Quel est ton nom ?

— La politesse veut qu'on se présente avant de demander le nom de quelqu'un. Même ton coéquipier le sait.

— Tu es l'un des bleus, pas vrai ? poursuivit Neji sans tenir compte de sa réponse. Tu as quel âge ?

— Je ne vois pas pourquoi je te répondrais.

Comme si tout avait été dit, les deux garçons firent volte-face, retournant vers leurs équipes respectives. Hitomi échangea un regard amusé avec Sasuke, mais ne bougea pas tout de suite. Ç'aurait été inutile : elle savait ce qui venait ensuite.

— Eh, toi, avec le regard hautain ! Je te lance un défi, ici et maintenant !

Sasuke leva la tête vers Lee, l'air intéressé, et le regarda avancer vers lui. Le couloir s'était vidé peu après que Sasuke ait percé l'illusion à jour, d'autres groupes parvenant à la même conclusion que lui. Hitomi, quant à elle, fronça légèrement les sourcils, jetant un œil à l'horloge suspendue au-dessus d'une des salles de classe.

— Battons-nous ! continua Lee. Je meurs d'envie de tester mes techniques face au descendant de la célèbre lignée Uchiha.

— Ainsi donc, tu me connais déjà.

— Bien entendu ! Je m'intéresse aux Genin qui sont sortis de l'Académie cette année.

— Puisque tu as l'air de tant y tenir…

Hitomi tendit le bras pour interrompre Sasuke, l'empêchant d'avancer ne serait-ce que d'un pas supplémentaire.

— Hors de question. Tu es notre plus gros atout dans cette équipe, ce serait stupide que tu te blesses avant même le début de l'examen. C'est moi qui vais affronter Rock Lee.

L'air serein, elle avança. Lee semblait totalement pris de court, les yeux écarquillés et une vague étincelle affolée au fond de ses prunelles noires.

— Mais je… Je ne veux pas te blesser !

— Oh, Lee, sourit-elle avec l'air du chat qui avait attrapé la souris. Pourquoi présumer que je ne suis pas capable de te faire face ? Le combat est une autre façon d'apprendre à se connaître. Tu veux me connaître, pas vrai ?

Elle vit tout de suite qu'il avait mordu à l'hameçon et se tint prête, les mains en position pour effectuer la Mudra de la Discorde. Soudain, il disparut de son champ de vision, terriblement rapide, mais elle était prête : ses doigts changèrent de position et dès qu'elle eut accompli la Mudra du Rat, ses ombres s'éveillèrent comme des chats affamés, s'étirant brutalement autour d'elle. Lee n'avait aucune chance, s'attendant si peu à une attaque venue du sol qu'il fut instantanément immobilisé. Il luttait, sa force bandée contre l'ombre là où son chakra ne le pouvait pas, mais elle le contraignit à avancer vers elle un pas après l'autre, jusqu'à ce qu'ils soient à portée de bras l'un de l'autre.

Là, elle fouilla dans sa ceinture, le forçant à imiter ses mouvements dans le vide, et quand ses doigts s'enroulèrent autour du sceau qu'elle cherchait, son sourire de prédateur s'élargit, créant une vague expression de crainte sur le visage de son adversaire. Délicatement, comme si elle craignait de lui faire mal, elle plaça le sceau sur son front et l'activa d'une faible étincelle de chakra. Aussitôt, les yeux de Lee roulèrent vers l'arrière, et quand elle relâcha la prise de son ombre, elle dut le rattraper pour éviter qu'il ne se cogne la tête en tombant.

— Ouah ! s'exclama Naruto. Qu'est-ce que tu lui as fait ?

— Un nouveau sceau de mon invention. Je l'ai appelé l'Assommoir. Pratique, n'est-ce pas ? Il suffit d'en placer un sur le front de quelqu'un et de l'activer pour qu'il soit dans les vapes pendant cinq minutes.

Ses frères l'observèrent d'un air médusé pendant un instant avant que Naruto ne reprenne la parole, gémissant :

— Tu es vraiment terrifiante…

Elle ne put retenir un petit rire, presque flattée. Elle aimait l'idée de terrifier les gens, même si elle savait que Naruto exagérait quand il disait ça. Ni lui ni Sasuke ne la craignaient vraiment, ils l'aimaient trop pour ça, et elle les aimait en retour. Elle aurait donné sa vie pour les protéger. Sans eux, sa famille aurait été incomplète, imparfaite. Ils faisaient partie d'elle, à présent, de ses souvenirs les plus précieux et des épreuves les plus rudes qui les attendaient.

— Qu'est-ce que tu vas faire de lui ? demanda Sasuke.

— Juste attendre qu'il se réveille. Je me sentirais mal de le laisser comme ça, et puis, on a le temps.

— Le pauvre, tu ne lui as même pas laissé le temps de nous montrer ce qu'il savait faire.

— J'ai le pressentiment que tu auras tout le temps de voir ça pendant la suite de l'examen, Sasuke. Jaloux que je t'aie volé ton combat ?

— Hm.

— Sincèrement, tu crois que tu aurais pu le battre sans être blessé ? Sans mes ombres, il m'aurait brisée en deux. Tu as vu à quel point sa charge était rapide, et je ne doute pas que sa force soit du même acabit. Tu es trop important pour te faire joyeusement tabasser avant même le début de cet examen.

— Je sais que tu as raison, d'accord ? Je me rattraperai à la première occasion.

Ils attendirent en silence ensuite, des sourires identiques chargés d'impatience sur les lèvres. Tous les trois brûlaient de faire leurs preuves, après tout. Enfin, Lee remua aux pieds d'Hitomi. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre où il était – alors seulement ses yeux reprirent de leur clarté et il se redressa, les gestes hésitants.

— Je… Je me suis couvert de honte, Hitomi-chan. Est-ce que tu accepteras de me pardonner ?

— Il n'y a pas d'offense à pardonner, Lee-kun. Contente-toi de faire de ton mieux pendant l'examen. Je te regarderai.

Comme revigoré par ces mots, le jeune homme se releva d'un bond, une flamme de volonté brûlant au fond de ses yeux.

— Yooooosh ! Je te regarderai aussi, Hitomi-chan, et je te rendrai fière !

Légèrement abasourdis, les trois Genin de l'Équipe Sept le regardèrent partir en courant. Enfin, Hitomi secoua la tête, un sourire amusé sur les lèvres.

— Il est temps qu'on y aille, nous aussi. Il est quarante, les autres nous attendent dans cinq minutes dans la salle d'examen.

— Ah, c'est vrai ! s'exclama Naruto. Avec tout ce qui se passe, j'avais presque oublié !

Se rendre dans la salle d'examen, la vraie cette fois, fut l'affaire d'une minute à peine. Personne n'aurait pu soupçonner, quand ils arrivèrent, ce qui venait de se passer à l'étage inférieur. L'air vibrait d'une discrète nuance d'aura meurtrière, qui n'appartenait manifestement pas à une seule personne mais au moins une dizaine de ninjas différents, répartis un peu partout dans la salle. Sans se laisser perturber, Hitomi fendit la foule, à la recherche des autres bleus.

Elle les trouva près de l'estrade où, d'habitude, un professeur se tenait pour donner sa leçon. Apparemment, les examens Chûnin se déroulaient toujours le week-end, quel que soit le pays où ils étaient organisés, pour éviter de perturber la vie du village tout autour. Quant au tournoi final, bien entendu, il était organisé un week-end également, mais c'était cette fois pour laisser l'occasion à quiconque le souhaitait de venir assister aux matchs. Un examen Chûnin était souvent synonyme d'un beau chiffre d'affaire pour le village qui l'organisait, aussi les restaurateurs et autres vendeurs ne restaient-ils pas toute la journée le plus souvent, mais ils s'arrangeaient pour que tout le monde puisse voir combattre son petit favori.

— Ah, salut vous trois ! Vous n'avez pas eu de difficulté à trouver ?

— Allons, Ino, répondit Sasuke avec un petit sourire en coin. Tu nous connais mieux que ça. Une vulgaire illusion n'allait pas nous arrêter.

— Kurenai-sensei n'aurait pas été contente de vous si ça avait été le cas, commenta Shino d'une voix douce.

Pendant quelques minutes, la conversation continua sur des sujets volontairement légers. Les Genin formaient un cercle, tournés vers son centre, si bien que personne à part eux ne pouvait voir la manière dont ils communiquaient véritablement en parallèle, utilisant la langue des signes de Konoha. Une ou deux fois, Hitomi, Kiba et Naruto éclatèrent même de rire, comme s'ils ne risquaient pas du tout de perdre la vie durant cet examen – tout pour avoir l'air sans défense et vaguement idiots aux yeux de leurs adversaires potentiels. Quant aux Enfants du Sable, ils étaient tous trois assis sur un banc du premier rang et les regardaient, mais avaient choisi de ne pas intervenir, conformément au plan.

— Hé, vous ! Vous devriez faire un peu moins de bruit !

Curieuse, Hitomi releva la tête et tenta de repérer celui qui venait de parler. Il se trouvait quelques pas derrière Sasuke, immédiatement identifiable à ses cheveux argentés attachés près de sa nuque et à ses lunettes rondes. Kabuto Yakushi. La jeune Yûhi fut incapable de masquer complètement le mépris qu'il lui inspirait, mais heureusement, elle était cachée derrière l'épaule de son frère.

— Vous êtes les neuf bambins tout juste sortis de l'Académie, pas vrai ? Arrêtez de faire tout ce vacarme, vous n'êtes pas en excursion !

Ino et Hitomi échangèrent un sourire féroce. Personne ne parlait comme ça à qui que ce soit de leur groupe sans s'exposer à des conséquences désagréables. Cela n'arriverait peut-être pas tout de suite, mais ni l'une ni l'autre n'oublieraient cette insulte.

— Et t'es qui pour nous parler comme ça ? invectiva la blonde.

— Je m'appelle Kabuto, mais mon nom n'a pas d'importance. Regardez plutôt autour de vous…

Instinctivement, Hitomi s'exécuta. Sans surprise, de nombreux groupes posaient sur eux des regards de prédateur. L'aura meurtrière qui planait dans l'air s'était intensifiée de plusieurs degrés. Incapable de s'en empêcher, elle répondit en formant la sienne, vicieuse et implacable comme un océan en pleine tempête. Seuls les élèves du premier rang semblèrent le remarquer, mais même ainsi, aucun ne parut capable de l'identifier comme l'instigatrice d'une telle force. C'était tant mieux ; qu'elle cache donc son jeu un peu plus longtemps.

— Vous voyez ceux derrière vous ? Ils viennent du village d'Amegakure et ne sont pas réputés pour leur patience. Avant un examen, tout le monde est tendu, prêt à sortir de ses gonds. J'ai préféré vous prévenir avant que l'une de ces équipes ne vous mette en pièce.

Kabuto émit un petit soupir presque attendri. Hitomi ne dut qu'à sa volonté de ne pas montrer les dents pour feuler comme elle avait appris à le faire par mimétisme auprès de ses chats.

— Enfin, c'est normal que vous ne sachiez pas encore comment vous comporter. Après tout c'est votre première fois.

— Et ce n'est pas ton cas, j'imagine ? demanda Sasuke.

— Non, ce n'est pas mon cas. C'est ma septième participation cette année. L'examen n'a lieu que deux fois par ans, donc ma première remonte déjà à quatre ans…

— Dans ce cas, tu dois savoir plein de choses sur le déroulement des épreuves ! s'exclama Ino.

Derrière le dos de Sasuke, les deux jeunes filles échangèrent un regard amusé. Si elles pouvaient obtenir des informations gratuitement, tout ça parce qu'un inconnu avait décidé de se vanter alors qu'on ne lui avait rien demandé…

— Vous avez de la chance. Comme vous m'êtes sympathiques, je vais vous donner quelques tuyaux qui pourraient vous être utiles. Tout est sur ces cartes ninja, ajouta-t-il en brandissant un paquet de carte marqué des caractères pour « shinobi ».

Il tira la première tout en leur expliquant le principe des cartes et les systèmes de sécurité qu'il utilisait. Hitomi pouvait reconnaître un travail de fûinjutsu quand elle en voyait un. Quant à ses camarades, après des années à voir et même recevoir ses propres créations, il en fallait bien plus pour les impressionner. Sous leurs yeux apparut une carte des Nations Élémentaires et du nombre de participants que chacune avait envoyés cette année.

Bien entendu, Konoha était largement en tête, suivi de Suna. Kirigakure, en pleine guerre civile, n'avait pu se permettre aucun représentant. Kumogakure avait envoyé une seule et unique équipe, tout comme Otogakure. Takigakure et Kusagakure en avaient envoyé deux chacune. Le plus étonnant était Amegakure, avec ses sept équipes. L'absence d'Iwagakure, quant à elle, n'était vraiment pas surprenante : depuis la dernière Grande Guerre, le Pays de la Roche n'envoyait plus ses Genin participer aux examens des autres pays, et souvent la réciproque était vraie.

— Est-ce que tu as des cartes sur certains candidats en particulier ? demanda Sasuke, l'air de rien.

— Héhé, oui, bien sûr. J'en ai sur pratiquement tous les participants, et vous aussi, bien sûr.

Hitomi n'osait même pas penser à ce qu'il avait dû faire pour obtenir toutes ces informations. Elle aurait voulu secouer ses camarades pour leur faire comprendre à quel point l'heure était grave, à quel point ce jeune homme à l'air inoffensif était dangereux, mais elle n'avait aucune preuve tangible, seulement des souvenirs d'une autre vie qu'elle aurait difficilement pu faire passer pour une intuition. Elle regarda la carte concernant Lee, puis celle sur Gaara, la pression de son aura meurtrière s'épaississant dans l'air. Gaara avait passé six ans loin de son village. Kabuto n'aurait pas dû avoir accès à de telles informations le concernant. Qu'il en soit capable signifiait qu'Orochimaru avait déjà placé ses pions à Suna — et que l'invasion aurait probablement lieu.

— Est-ce que tous les participants sont du même niveau que Lee et Gaara ? demanda Naruto.

— La plupart, oui, surtout ceux qui viennent de pays étrangers. Après tout, ils ne veulent pas se déplacer pour rien. La concurrence sera rude cette année encore ! L'examen ne sera pas une partie de plaisir, vous pouvez me croire.

— Pfeuh ! Mon nom est Naruto Uzumaki et je les écraserai tous !

Derrière le dos de Sasuke, Hitomi ne put s'empêcher de se cacher le visage dans les mains avec un long gémissement torturé. Elle savait que ça allait arriver, qu'il allait finir par faire quelque chose pour attirer sur eux l'attention de toutes les équipes, et pas seulement celles à la recherche de proies faciles comme elle l'avait originellement prévu. Elle contourna le jeune Uchiha pour aller le bâillonner, les sourcils froncés et l'air absolument furieuse.

— Ca va pas ? Tu veux tous nous faire tuer ?

— Hmm ! Mhmmh !

Soudain, sans relâcher sa prise sur lui, la jeune fille bondit en arrière. L'attaque qui était prévue pour elle ne frappa que l'air et Kabuto qui se trouvait juste un peu à sa droite. Aussitôt, les autres bleus l'entourèrent pour les protéger, Naruto et elle. Sasuke avait l'air prêt à en découdre, même si elle ne pouvait sentir l'ouverture de ses Sharingans – elle lui avait demandé de garder cet atout secret dans la mesure du possible. Effarée, elle regarda Dosu, l'un des ninjas d'Oto, se jeter sur Kabuto. Aucun membre des Rookies ne remua d'un cil pour l'aider : il s'était montré hautain et les avait rabaissés sans vergogne, deux raisons pour lesquelles ils préféraient tous protéger Naruto et Hitomi plutôt que de l'assister.

Hitomi, quant à elle, profita du chaos pour s'entailler le pouce sur le tranchant d'un kunai et invoquer la toute petite Hai, dernière venue parmi ses chats. Hoshihi lui avait parlé d'elle comme un jeune prodige du Genjutsu, la première dans le clan depuis des générations, et avait donné son autorisation pour le plan que son Invocatrice avait mis en place. Après avoir échangé un petit signe de tête avec la jeune chatte gris sombre, elle la regarda disparaître sous les bancs et se faufiler entre les jambes des participants, sans jamais être vue.

Tout était en place quand les examinateurs apparurent sur l'estrade dans un gigantesque nuage de fumée en hurlant aux candidats de se tenir tranquille. L'aura meurtrière qui avait plané dans la salle se dispersa d'un seul coup — même celle d'Hitomi plia face à ces adversaires immensément supérieurs. Ils étaient une cinquantaine, pratiquement un pion par équipe. Ibiki Morino se tenait devant eux, son visage marqué de cicatrices arborant une expression peu amène. Ses lèvres étaient tordues en un petit rictus, ses yeux légèrement plus enfoncés dans leurs orbites que d'habitude, comme pour souligner la lueur dangereuse qui s'y était allumée.

— Bonjour à tous ! Je suis Ibiki Morino, je serai votre examinateur pour la première épreuve.

En quelques mots, il avait déjà installé une ambiance de tension et d'intimidation. Cela lui demandait si peu d'efforts qu'Hitomi ne pouvait s'empêcher de ressentir une réticente admiration : elle savait tout le contrôle que cela demandait et s'était parfois demandé si elle n'irait pas se faire affecter pendant quelques mois à la division Torture et Interrogatoire une fois qu'elle serait devenue Chûnin pour apprendre quelques ficelles dans ce domaine. Elle n'avait toujours pas décidé si ce qu'elle aurait à faire là-bas valait vraiment ce que ce savoir lui apporterait.

— Vous, ceux d'Otogakure ! Que je ne vous reprenne pas à semer la pagaille ! Si vous avez tant envie d'être disqualifiés, je peux m'en charger directement !

— Pardon, plia Dosu d'une voix juste un peu trop conciliante. C'est la première fois que nous participons à un examen, nous nous sommes laissés emporter par l'excitation.

— Tss… Je profite de cette occasion pour vous avertir : aucun combat, aucun affrontement ne peut avoir lieu sans l'autorisation de l'examinateur. Et même avec cette autorisation, il est formellement interdit de tuer son adversaire.

Hitomi ne put réprimer un petit reniflement méprisant en entendant cela : le principe même de la deuxième épreuve voudrait que les équipes s'entretuent pour récupérer les parchemins dont ils auraient besoin.

— Ceux qui désobéissent, continua Ibiki d'un ton chargé d'anticipation, je les égorgerai moi-même. C'est compris ?

Aussitôt, les pions et l'examinateur se mirent à émaner leur propre aura meurtrière, une force presque douce, caressante, comme s'ils se languissaient de violence et de bains de sang. Une force à l'intérieur d'Hitomi sembla s'éveiller en réaction à cette impression, la faisant frissonner d'horreur, et d'autre chose encore peut-être, quelque chose d'inavouable.

— Bien ! Nous allons commencer la première épreuve sans plus tarder. En échange de votre formulaire d'inscription que vous viendrez remettre un par un, vous recevrez un jeton numéroté. Vous irez vous asseoir à la place qui correspond au numéro indiqué. Ensuite, nous distribuerons les questionnaires.

Hitomi et ses amis furent parmi les premiers à faire l'échange, du fait de leur position près de l'estrade. En montant prendre sa place, la jeune Yûhi passa à proximité de Gaara. Volontairement, leurs épaules s'effleurèrent, seul signe d'amitié et de réconfort qu'ils pouvaient se permettre dans ce milieu hostile. Le numéro que la jeune fille avait reçu indiquait une place dans la rangée du fond, ce dont elle fut stupidement reconnaissante. Elle n'avait aucune envie d'avoir des ninjas inconnus, des menaces potentielles, dans l'angle mort de sa vision.

Elle s'assit et regarda les autres équipes s'organiser petit à petit. À sa gauche s'assit une fille d'Amegakure, à sa droite un homme de Konoha qui avait l'air d'avoir la trentaine – sans doute un membre des Forces Générales qui avait décidé qu'il voulait une promotion. Hitomi lui souhaitait toute la chance du monde, même si elle savait que cet homme ne se trouvait pas, dans le canon, parmi ceux qui accédaient au tournoi. Peut-être les choses avaient-elles changé, ou peut-être lui et son équipe devraient attendre le prochain examen.

Enfin, les derniers candidats se furent assis. Il ne fallut qu'un instant à Hitomi pour repérer ses alliés et en particulier ceux qui pourraient bénéficier de son aide lors de cet examen. Elle inspira profondément, éveilla son sixième sens pour repérer le chakra de Hai qui se cachait quelque part sous un banc de la troisième rangée, et força les muscles de son dos et de ses épaules à se détendre. Elle était prête.