Coucou ! Voici un chapitre très matinal. J'espère qu'il vous plaira ! Je suis vraiment fatiguée aujourd'hui, j'étais stressée cette nuit sans trop de raison et ça m'a empêchée de dormir mais bon, je me remettrai d'ici à dimanche. Mine de rien, le NaNo approche encore une fois. Qui parmi vous a décidé de le faire ?

— Bien ! s'exclama Anko. Avant qu'on commence la deuxième épreuve, il y a de la paperasse à régler !

Elle ouvrit un portefolio qu'elle avait glissé on ne savait où dans sa tenue, et en sortit une épaisse liasse de feuilles qu'elle passa au ninja le plus proche, l'un de ceux d'Oto. Celui-ci commença à faire circuler le paquet, jusqu'à ce que tout le monde ait une feuille dans les mains. Hitomi baissa les yeux sur la sienne – une décharge.

— En signant ce papier, vous signifiez que vous participez à l'épreuve en ayant connaissance des risques et que vous êtes prêts à mourir. Je ne veux pas être tenue responsable s'il vous arrive quelque chose !

Elle avait dit ça avec tant de désinvolture, et une pointe d'allégresse pour sublimer le tout, que plusieurs candidats eurent un mouvement de recul. Ils avaient l'air étonnés… Pourtant, il était de notoriété publique que des gens mouraient pendant ces examens, chaque année. Le pire, depuis que le système avait été mis en place, avait sans doute été l'examen de Kirigakure, trois ans auparavant. Le village tentait de se racheter une réputation à l'époque et avait totalement échoué quand presque tous les participants étaient morts lors de l'épreuve de survie, empoisonnés et brûlés de l'intérieur par des vapeurs toxiques. Depuis, Konoha n'envoyait plus de Genin passer son examen là-bas.

— Je vais d'abord vous expliquer les modalités de l'épreuve, vous signerez ensuite. Puis vous vous rendrez par équipe dans cette tente, pour y déposer vos attestations. Bien ! Passons aux explications. En quelques mots, il s'agit d'une épreuve de survie dans des conditions extrêmes.

Hitomi entendit Shikamaru soupirer quelques pas derrière elle et ne put retenir un sourire attendri. Il détestait ce type d'épreuve depuis l'Académie. Impossible pour lui de s'en sortir en faisant le minimum d'efforts, pas quand la nature voulait sa peau. Il était obligé de briller, ou de faire le triple d'efforts pour paraître médiocre – aucune de ces deux options ne lui plaisait vraiment.

— Tout d'abord, continua Anko, je vais vous présenter la topographie des lieux. La Forêt de la Mort est encerclée par une clôture grillagée, percée à intervalles réguliers de quarante-quatre portes, toutes cadenassées. La forêt est traversée par une rivière et au centre se trouve une tour. Celle-ci se situe à environ dix kilomètres de chaque porte d'entrée.

La jeune Yûhi prit le temps de bien observer la carte sommaire des lieux pour la mémoriser. Elle savait que ce schéma que leur montrait Anko était bien loin de la réalité des lieux, mais mieux valaient des informations approximatives que pas d'information du tout. À côté d'elle, elle sentit Sasuke activer son Sharingan.

— Vous allez pénétrer dans cette zone et tenter de survivre tout en accomplissant la mission que nous vous avons préparée. Il s'agit d'exercer toute votre habileté au maniement des armes, du ninjutsu, et de tout ce que vous pouvez imaginer d'autre afin de vous emparer, par la force, de rouleaux de parchemin.

— Des rouleaux ? demanda l'un des Genin de Konoha.

— Tout juste ! Il y en a de deux sortes : les rouleaux de la Terre et ceux du Ciel. Vous devrez vous battre pour les posséder. Vous êtes soixante. Il y a donc vingt équipes présentes. Dix d'entre elles recevront un rouleau de la Terre, et les dix autres un rouleau du ciel. Chaque équipe aura donc un rouleau en sa possession. La condition pour être reçu à l'épreuve est de vous emparer du rouleau qui vous manque et de vous rendre, avec votre équipe au complet, jusqu'à la tour qui se trouve au centre de la Forêt.

Elle laissa quelques instants aux candidats pour qu'ils saisissent bien le principe et les implications de l'épreuve. Hitomi pouvait presque sentir le mélange d'excitation et de terreur qui parcourait ses pairs. Certains avaient l'air déjà défaitistes. Elle pouvait le comprendre. Cette épreuve serait risquée, violente, et pouvait en un instant se transformer en bain de sang. Elle-même ne pouvait empêcher ses mains de trembler légèrement, mais elle n'aurait su dire si c'était dû à la présence d'Orochimaru où à l'épreuve en elle-même.

— En plus de cela, vous devrez agir dans un temps limité. Cette épreuve durera cent-vingt heures, soit cinq jours exactement. Bien entendu, vous devrez subvenir vous-mêmes à vos besoins. Il y a tout ce qu'il faut dans la forêt, mais prenez garde aux animaux carnivores, aux piqûres d'insectes empoisonnées et aux plantes toxiques.

Un murmure angoissé courut parmi la foule, mais Anko y sembla parfaitement indifférente, poursuivant son petit laïus :

— D'autre part, je dois vous avertir qu'il est hautement improbable que dix équipes parviennent à valider la mission. Plus le temps passera, plus vous vous enfoncerez dans la forêt et plus le champ d'actions que vous devrez courir s'élargira. En revanche, vous aurez de moins en moins de temps pour reprendre vos forces. Vos ennemis seront nombreux et vous guetteront de toutes parts. Vous ne pourrez même pas dormir les yeux tranquillement.

Hitomi avait beau savoir tout cela, elle sentit une goutte de sueur froide lui rouler le long de la colonne vertébrale, une réaction au mélange de subtile aura meurtrière projeté par Anko et à sa voix vide de toute émotion, comme si ce genre de missions étaient la routine pour elle, voire une partie de plaisir.

— Il n'y a pas que les équipes qui se seront fait dérober leur rouleau qui se feront éliminer, mais aussi celles qui ne survivront pas aux rigueurs extrêmes qui les attendent. Bien ! Il est temps de vous expliquer les critères de disqualification. Premièrement, seront disqualifiées toutes les équipes qui ne se seront pas rendues à la tour dans le temps imparti avec deux rouleaux en leur possession et leurs membres tous en vie. Deuxième condition : les équipes dont un ou plusieurs membres sont morts ou hors d'état de combattre sont aussi éliminées. Ah, tant que j'y pense : pas d'abandon en cours de route. Considérez ça comme une véritable mission. Pour finir, vous ne devez en aucun cas regarder ce que contiennent les rouleaux avant d'être à l'intérieur de la tour.

— Que se passera-t-il si on jette un œil avant ? demanda Naruto.

— Ca, répondit Anko avec le plus doux des sourires, c'est une surprise pour ceux qui désobéiront ! Si vous passez Chûnin, il arrivera que vous ayez à transporter des informations ultra-confidentielles. Il faut que nous testions votre intégrité.

Elle frappa dans ses mains, comme soulagée d'être arrivée au bout de tout son petit discours.

— Voilà pour les explications ! Nous vous remettrons un rouleau en échange des trois décharges de votre équipe. Une équipe à la fois bien entendu, et vous avez le droit de cacher le rouleau avant de sortir de la tente pour qu'on ne sache pas lequel vous avez. Ensuite, on vous donnera le numéro de la porte qui vous servira de point de départ, et vous attendrez le signal pour que tout le monde parte en même temps. Ah ! Un dernier conseil pour finir : tâchez de rester en vie.

Hitomi frémit, mais en même temps que son angoisse s'étirait à l'intérieur d'elle comme pour occuper le plus d'espace possible, sa détermination grandit. Elle pouvait le faire. Elle avait réfléchi. La fenêtre d'action serait courte, mais c'était possible. Il suffisait de s'en prendre à la première équipe qu'ils trouveraient, puis de foncer vers la tour. Orochimaru n'oserait jamais attaquer Sasuke s'ils se trouvaient sous la protection de l'ANBU.

D'un geste rapide, elle signa son formulaire de consentement après l'avoir complété des informations classiques – nom, prénom, village. Quand Naruto et Sasuke eurent fait de même, ils rejoignirent la file qui s'était formée devant l'entrée de la tente. C'était Genma Shiranui qui se trouvait à l'intérieur. Hitomi lui fit un petit sourire, espérant cacher son angoisse, et lui tendit les trois formulaires. En échange, il lui donna un Rouleau du Ciel, son éternelle aiguille coincée entre ses lèvres.

— Votre porte sera la numéro trois. Bonne chance pour la suite.

La jeune fille la remercia d'un signe de tête, puis sortit l'un de ses propres rouleaux de l'une de ses poches. D'un geste expert, elle dissimula ainsi l'objet qu'ils devraient défendre de leurs vies, mais elle n'était pas encore satisfaite. Les sourcils froncés, elle se tourna vers Genma.

— Tous les moyens de dissimulation sont acceptés ?

— Oui, tant que vous pouvez accéder aux rouleaux une fois dans la tour. Une idée créative, gamine ?

— Si on veut…

D'un geste sûr, elle s'entailla le doigt sur un kunai et invoqua Kurokumo, qui la salua d'un petit mouvement du bout de sa queue noire. Sans cérémonie, elle lui tendit le Rouleau du Ciel.

— Quand je t'invoquerai, prends-le avec toi. En fait, garde-le tout le temps avec toi.

— Ca marche, Invocatrice !

Quand le chat eut disparu dans une bouffée de fumée, Genma laissa échapper un petit rire sarcastique, son aiguille cliquetant légèrement contre ses dents :

— Bien joué. J'aimerais bien voir tes adversaires le récupérer, celui-là.

Hitomi hocha la tête et sortit de la tente, ses frères silencieux sur les talons. De toute façon, elle n'avait pas prévu d'invoquer ses chats pendant l'épreuve. Elle ne voulait pas prendre le risque qu'ils soient blessés si son équipe ne parvenait pas à éviter Orochimaru. Son pouls accéléra une nouvelle fois ; rien que de penser à lui était suffisamment angoissant pour cela.

— Tout va bien se passer, Hitomi !

La jeune fille échangea un petit sourire hésitant avec Naruto. Il était toujours si rayonnant, si sûr de lui. Elle savait ce qu'Orochimaru ferait s'il mettait la main sur lui. Elle voulait juste… Elle voulait juste éviter ça. Est-ce que c'était seulement possible ? Ses lèvres se plissèrent en une ligne fine et dure. Elle ne pouvait pas ne pas essayer.

Ils arrivèrent très vite devant la porte qui leur était assignée, un petit kanji pour « Trois » surmontant les chaînes et les sceaux qui la maintenaient fermée. Son carnet refroidit trois fois en quelques minutes à peine : Hinata, Shikamaru et Gaara venait de lui dire d'où leurs équipes démarraient, et… C'était le pire scénario. Ils étaient tous séparés de plusieurs portes, une dizaine de chaque côté pour l'Équipe Sept. La jeune fille déglutit mais refoula sa nervosité, se forçant à se concentrer sur ce qu'elle pouvait faire de cette situation. Elle recopia la liste des portes pour chacune des équipes de l'Alliance, y compris la sienne, et la transmit aux trois carnets communicants, qu'elle n'avait pas encore trouvé le moyen de lier entre eux.

Quelques minutes plus tard, une bouffée de chakra enfla dans l'air comme une bulle et un réseau incroyablement délicat de sceaux se mit en marche, faisant tomber les chaînes au bas de la porte grillagée. Elle s'ouvrit ensuite, sans aucune main pour la pousser dans un sens ou dans l'autre, et les trois Genin s'engouffrèrent dans l'ouverture. Derrière eux, la porte se referma, avec le discret bourdonnement sur ses méridiens d'un sceau qui se désactivait.

Après trois pas à peine dans la forêt, ils pouvaient déjà percevoir la différence de lumière : la futaie était si épaisse que le peu de lumière qui passait suffisait à peine à voir devant soi. La nuit serait sans doute le plus dur. Aucune lune ne percerait jamais une telle densité. Cependant, un bon ninja n'avait pas besoin de ses yeux pour se déplacer. Le mélange de chakra, de bruit, d'instinct parfois aussi, et même d'odeurs dans certains cas, était amplement suffisant.

— Il y a un groupe à deux cent mètres sur notre gauche, dit Hitomi en faisant appel à ses méridiens. On va les dépasser et les intercepter avec un piège. Je veux être à la tour le plus vite possible.

— Tu as déjà une idée ?

— Hm hm. En fait Sasuke, je pense que tu vas particulièrement aimer, c'est un piège sur lequel j'ai travaillé avec Kakashi-sensei au Pays des Vagues. Je ne l'avais jamais essayé sur quelqu'un avant, ce sera l'occasion.

Les trois jeunes gens avancèrent d'arbre en arbre en silence, ayant immédiatement décidé de délaisser le sol si traître sous les pieds. Hitomi était à peu près certaine que l'équipe qu'elle avait repérée n'était pas originaire de Konoha. Vu leur vitesse actuelle, ils progressaient par le sol et trouvaient ce terrain bien difficile. Que du bénéfice pour elle. Ils s'arrêtèrent cinq cent mètres devant leurs cibles et Hitomi se mit au travail, disposant son parchemin-clé sous une poignée de feuilles au centre d'une toute petite clairière. Elle savait que ses futures victimes passeraient par là – le trou dans le feuillage faisait comme un puits de lumière, de quoi attirer n'importe quel être vivant. L'instinct était une chose merveilleuse.

Quelques minutes plus tard, les cibles arrivèrent. Comme Hitomi l'avait deviné, ils n'étaient pas de Konoha : ils portaient sur le front l'insigne de Suna, et des pièces d'armure assez caractéristiques. Ils étaient trois, que des garçons, âgés de peut-être seize ou dix-sept ans. Ils avaient sans doute beaucoup plus d'expérience de terrain que l'Équipe Sept. Pourtant, ils approchèrent du piège avec toute la naïveté d'une proie, et quand ils furent tous les trois quasiment au-dessus de son sceau, Hitomi l'activa d'un simple fil de chakra – simple, mais Kankurô aurait sans doute été un petit peu fier d'elle.

Aussitôt, une barrière presque opaque en forme de demi-sphère entoura les trois ninjas et un choc parcourut la bombe fumigène qu'elle avait soigneusement enterrée un petit centimètre sous le parchemin. Une fumée vaguement brunâtre monta de plus en plus vite, jusqu'à envahir l'espace clos, et les cibles se mirent à tousser, cherchant malgré l'aveuglement la sortie de ce piège. Il n'y en avait aucune. Seule une puissance brute permettait de briser ce piège, mais il était particulièrement compliqué de mobiliser son chakra quand on n'arrivait ni à respirer ni à voir devant soi. Un à un, ils s'effondrèrent, inconscients.

Délicatement, Hitomi coupa l'alimentation en chakra du piège, laissant la barrière redescendre. Déjà, le nuage de fumée perdait sa forme arrondie et se dissipait dans l'air : deux minutes plus tard, il n'en restait plus qu'une vague odeur de noix de muscade. Confiante, la jeune fille descendit de son perchoir et fouilla les trois corps jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait. Un parchemin du Ciel, comme le leur. Elle fronça les sourcils et plissa les lèvres. Il leur faudrait recommencer et perdre autant de temps dans la forêt.

— Pas le bon, désolée, fit-elle en remontant sur la branche où Sasuke et Naruto l'attendaient. On le garde quand même, ça fera une équipe de moins dans la compétition.

— Hitomi ? C'était quoi ce poison ?

— Ne t'en fais pas, Naruto, ils ne vont pas mourir. Ce poison va juste les faire dormir quelques heures, et on est encore trop près de l'entrée pour que les prédateurs les repèrent. Ils iront très bien.

Et si ce n'était pas le cas… Pouvait-elle vraiment se permettre le luxe de s'en soucier ? Elle savait qu'à la première occasion, Orochimaru viendrait s'en prendre à Sasuke, sauf s'ils atteignaient la tour avant qu'il ne les repère. Elle-même ne parvenait pas à le trouver via ses méridiens. Non seulement il y avait énormément de signatures de chakra différentes concentrées dans une zone restreinte, ce qui rendrait ses sensations plus confuses, mais en plus il était fortement probable qu'il dissimule sa présence. Elle doutait d'être capable de percevoir un Sannin s'il souhaitait rester caché.

— On continue, affirma Sasuke. Où est le groupe le plus proche ?

Hitomi ferma les yeux pendant une seconde, juste le temps de trouver l'information qu'il lui demandait.

— Cent mètres à droite. On devrait les contourner, prendre de l'avance et tendre une autre embuscade.

Ceux-là étaient de Konoha, elle pouvait l'affirmer sans la moindre hésitation à la manière dont ils bondissaient d'arbre en arbre, le pied sûr et si rapides qu'aucune erreur n'aurait pu leur être permise. À une telle vitesse, le plus petit dérapage aurait été mortel. En fait, si l'Équipe Sept ne s'était pas trouvée sur une trajectoire favorable, jamais ils n'auraient été en position de les piéger. Cela se passa aussi délicatement qu'avec leurs premières victimes, si confiantes et si sûres de leurs capacités qu'elles foncèrent dans le piège la tête la première. Ils résistèrent un peu plus longtemps au poison, dont les composants étaient endémiques du Pays du Feu, mais succombèrent finalement comme les autres. Ceux-là, Hitomi les entoura d'un très rapide sceau de protection, au cas où. Elle avait entendu un grondement suspect pendant qu'elle mettait le piège en place, un peu trop flagrant pour qu'elle l'ignore.

Cette fois, c'était le bon rouleau. Tandis que Naruto et Sasuke montaient la garde autour d'elle, Sasuke les entourant d'une illusion pour dissimuler ses faits et gestes, elle invoqua Haîro et lui confia le rouleau en lui ordonnant de l'emmener avec lui quand elle le rappellerait. Elle avait choisi cette manière de procéder parce qu'elle n'aimait pas favoriser l'un de ses chats par rapport aux autres – le seul dont elle était juste un peu plus proche était Hoshihi, son familier, et ça, tous ses félins le comprenaient parfaitement.

— Il est temps de se diriger vers la tour, dit Sasuke quand l'illusion se dissipa et qu'elle réapparut, les mains vides.

— Je suis d'accord. Ça ne sert à rien de s'amuser à collecter le plus de parchemins possibles, d'autres équipes s'en chargeront. Si on se dépêche, on sera à la tour un peu après la tombée de la nuit.

Et peut-être, peut-être que ce serait assez rapide pour éviter Orochimaru. En silence, les trois adolescents s'élancèrent, le pas souple et assuré sur les branches qui s'étiraient comme un océan infini sous leurs pieds. En d'autres circonstances, Hitomi aurait apprécié la Forêt de la Mort. Elle aurait pris son temps pour la traverser, peut-être se serait-elle même attardée pour se faire la main sur les prédateurs géants qu'elle contenait. Mais elle savait qu'elle ne disposait pas un tel luxe.

Un kilomètre plus loin, ils durent faire un large détour pour éviter une troupe de tigres géants qui chassaient dans les fourrés. La jeune Yûhi ne pouvait s'empêcher de pester, l'humeur de plus en plus sombre, à chacune de ces petites embûches. Sur un terrain favorable, la distance entre les portes et la tour aurait pu être couverte par n'importe quel Genin en moins d'une heure, mais ils en avaient déjà perdu deux avec leurs pièges et le terrain semblait refuser qu'ils avancent de plus de cent mètres avant de devoir s'arrêter pour laisser passer une menace, ou trouver un moyen de l'éviter si elle ne semblait pas vouloir bouger. Tout au fond d'elle, la jeune fille avait envie de se rouler en boule et de sangloter sa détresse et sa terreur.

Le serpent frappa un peu avant le coucher du soleil, fendant leur groupe en deux comme un prophète fendait une foule de fidèles. Sasuke et Hitomi se trouvaient d'un côté, Naruto de l'autre. C'était une bête immense, si longue et si épaisse qu'Hitomi ne pouvait en voir ni la tête ni la queue. Elle semblait se concentrer uniquement sur Naruto, et la jeune fille décida de le laisser s'en charger, parce qu'elle savait qu'il connaissait un voire plusieurs moyens de s'en sortir. Sasuke et elle… Sasuke et elle avaient leurs propres problèmes.

De leur côté de la forêt, une brutale attaque Fûton tailla parmi les arbres, découpant des portions entières de troncs peut-être centenaires. Lentement, les arbres s'effondrèrent dans un grincement de fin du monde, tandis que les deux jeunes gens bondissaient – heureusement dans la bonne direction – pour fuir l'impact. Une technique de cette envergure était au moins de rang B, au-delà de ce que Temari avait dans son arsenal. Jamais les défenses d'Hitomi n'auraient pu couper au travers. Elle était forcée d'esquiver et de courir, laissant malgré elle Naruto en arrière pour aider celui de ses frères qui, elle le savait, aurait le plus besoin d'aide.

Il se tenait devant eux, leur coupant la route – le ninja de Kusa qui contenait l'âme d'Orochimaru. Il avait l'air parfaitement intouché, comme si une portion de forêt ne venait pas de s'effondrer à la manière d'un château de cartes à ses pieds. Il sortit un rouleau de la Terre et fit tout un spectacle de le pousser à l'intérieur de sa gorge, comme pour leur signifier qu'il faudrait l'éventrer pour le récupérer. Comme si c'était ce qui intéressait Hitomi. Elle voulait juste attraper Sasuke et Naruto comme des ballots sous ses bras et s'enfuir en courant aussi vite que ses jambes pouvaient la porter.

— Oh oh, je vois que les proies ont quelques ressources en elles… Très bien, ce sera plus amusant comme ça. Que le meilleur vive et avance jusqu'à la fin de cette épreuve… Et que les autres meurent.

Aussitôt, son aura meurtrière s'embrasa comme un feu aspergé d'huile, si épaisse qu'Hitomi était incapable de respirer, de remuer d'un cil de… De vivre. Elle ne pouvait pas… Et de toute façon à quoi bon ? C'était vain, elle était si faible, si inutile, si… si… Son cœur s'emballa dans sa poitrine, ses pulsations si rapides et si désordonnées qu'elle avait l'impression d'être en train de mourir. Non, elle était en train de mourir, elle en était certaine. Et elle devait… Elle devait abréger ses souffrances. Se tuer maintenant pour que le prédateur ne puisse pas jouer avec elle. Elle devait bien ça à tout le monde. Sasuke, Naruto, sa mère, Ensui… Ils seraient moins malheureux s'ils savaient que ç'avait été rapide.

Elle ne sut même pas comment le tantô se retrouva dans sa main, comment elle arriva à lever le bras malgré la pression innommable jusqu'à ce que le tranchant repose sur le creux le plus tendre et le plus délicat de sa gorge, là où quand on regardait avec attention on pouvait voir les pulsations discrètes de sa carotide. C'était un endroit intime, doux, si fragile que le moindre effleurement du tranchant toujours aussi acéré mettrait fin à ses jours. Et elle le devait. Elle le devait, n'est-ce pas ? Elle était impuissante et terrifiée, pourtant quelque chose au fond d'elle se révoltait profondément contre de telles pensées. Elle aimait vivre. Elle voulait vivre. Elle avait une famille, des amis, de l'amour même parfois pour adoucir ses quelques peines. Elle était heureuse. Orochimaru ne pouvait pas lui voler ça.

Pourtant elle ne bougea pas quand les deux kunai lancés par le déserteur fendirent l'air dans sa direction, se contentant de regarder la mort arriver sans remuer d'un cil, jusqu'à ce que le poids de Sasuke la percute de plein fouet, la chassant de la trajectoire des armes qui auraient percé son cœur et sa jugulaire. Il saignait – sa jambe – mais c'était son regard fiévreux, affolé, le plus inquiétant, et ce fut ça qui sortit Hitomi de sa torpeur. Elle l'attrapa par le bras et bondit dans un des arbres qui avaient échappé à la puissance dévastatrice de leur adversaire, à la recherche d'un refuge, de protection – n'importe quoi.

Malheureusement le danger les attendait là aussi, un serpent trop gros pour être naturel qui s'approcha en silence en rampant par-dessus leurs têtes. Si ses écailles n'avaient pas frotté contre une protubérance de la branche dont il se servait comme levier, ni Hitomi ni Sasuke ne l'auraient entendu arriver. Elle le tua en le décapitant d'un coup de tantô et retint le corps pour qu'il ne tombe pas. La chute aurait averti Orochimaru de leur position. Elle ne souhaitait cela pour rien au monde.

Elle frémit d'horreur quand une forme grise commença à sortir du corps étêté du serpent et entraîna à nouveau Sasuke à sa suite, hors de portée du déserteur dont le corps se reformait déjà. Un sceau. C'était un sceau. Elle pouvait le sentir ; l'absurdité de cette observation lui donna en même temps envie de rire et de pleurer. Elle allait mourir. Elle allait échouer à protéger Sasuke, et elle allait mourir parce qu'elle n'était pas de taille et qu'Orochimaru n'avait aucune raison de l'épargner.

— Vous ne devriez pas avoir le moindre relâchement… Les proies doivent toujours faire preuve de la plus grande vigilance quand elles tentent d'échapper à leur prédateur.

À toute vitesse, le Sannin enroula son corps autour de la branche sur laquelle il était perché, passant sur le tronc pour ensuite bondir vers ses proies. Cela se produisit en une fraction de seconde à peine, et pourtant il parvint à s'arrêter quand cinq shuriken se plantèrent dans le tronc, là où aurait dû se trouver sa tête. Hitomi manqua éclater en sanglots en voyant Naruto. Elle ne voulait pas qu'il soit là, pas si cela signifiait qu'Orochimaru allait lui faire du mal. Il n'avait jamais éveillé Kyûbi, il ne savait pas comment faire, il allait… Si elle ne faisait rien…

— Hé, toi, laisse ma famille tranquille !

— Naruto ! cria Sasuke. Ne fais pas l'idiot, fuis ! Nous ne sommes pas de taille face à lui, va-t'en !

— Oooh… Bravo, Naruto, tu as réussi à abattre mon gros reptile…

Encore une fois, de minuscules bulles d'hilarité virent caresser le cerveau d'Hitomi parce que c'était juste tellement ridicule, elle allait mourir détruite par un fétichiste des serpents. Elle ne voulait pas mourir, mais surtout elle ne voulait pas mourir aux mains d'un type pareil. Le Sharingan de Sasuke, qui se désactivait, la tira de sa torpeur. Non, non, il ne pouvait pas, c'était un piège, il ne voulait pas ça, mais Hitomi… Hitomi était trop terrifiée pour l'en empêcher.

— Tiens, c'est notre rouleau que tu veux ? lança le jeune Uchiha en brandissant le rouleau du Ciel qu'ils avaient dérobé à leurs premiers adversaires. Prends-le et laisse-nous partir !

— Excellent, ton instinct te guide bien. Tout ce qu'une proie peut espérer de son prédateur, c'est qu'il daigne la laisser tranquille après avoir eu ce qu'il voulait.

— Attrape !

Avec un soupir d'angoisse, la jeune Yûhi regarda le rouleau effectuer un arc parfait à travers l'air et atterrir juste dans la main du déserteur qui… Le brûla d'une simple impulsion de chakra. Bien évidemment. Il n'avait absolument aucun usage de ces rouleaux parce qu'il n'était pas un Genin.

— Malheureusement, tu t'es fourvoyé sur mes intentions. Ce rouleau, j'aurais pu m'en emparer après vous avoir tués. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse.

L'homme se mordit le pouce et remonta l'une de ses manches, révélant un sceau d'invocation. Hitomi avait appris au travers de ses lectures que certains contrats se gravaient à même le corps. Des invocations particulièrement capricieuses et indépendantes, comme le légendaire Manda qui requérait une centaine de proies humaines à chaque fois qu'il était appelé dans le monde physique. Soudain, elle était stupidement reconnaissante pour la simplicité du fonctionnement de ses propres invocations. Elle avait envie de serrer Aotsuki en personne dans ses bras pour avoir établi ou soutenu la continuité des règles observées par le clan de félins aujourd'hui.

— Dans tes rêves ! hurla Naruto en se jetant en direction du Sannin.

Hitomi et Sasuke crièrent d'un même élan angoissé, trop lents pour intercepter la course de leur frère, pour l'empêcher de voler vers ce qu'ils considéraient comme une mort certaine.

— Ninpô : La danse d'écailles infinies !

Une tête de serpent colossale jaillit de terre aux pieds du déserteur et sa mâchoire intercepta le jinchûriki dans sa course, s'enfonçant si brutalement dans son torse qu'elle lui brisa quelques côtes – Hitomi put entendre le craquement de l'endroit où elle se tenait, immobile et impuissante. Avant que le serpent ne puisse plonger à nouveau, elle se lança en avant, échappant aux doigts de Sasuke qui s'étaient accrochés à l'une de ses manches. À l'intérieur de son esprit, jusque sous sa peau, la voix qui l'avait hantée sans repos au Pays des Vagues s'était remise à chanter des promesses de mort, de carnage, et cette fois, elle était peut-être un tout petit peu plus encline à l'écouter.

Elle attrapa Naruto dans son élan, le projeta contre un arbre et leva son tantô pour parer l'un des crochets du serpent qui filait droit vers son visage. Pas assez forte, pas assez rapide, elle n'eut que le bienheureux réflexe de se jeter elle-même sur le côté, la joue droite en feu. Roulant sur son épaule pour amortir le choc, elle se redressa et leva la main pour la porter à son visage. La douleur était déchirante, un feu qui lui donnait l'impression de perdre ses autres sens dans un brouillard d'agonie. Ses doigts revinrent rouges — elle sentait déjà le liquide lui couler dans le cou, détremper le tissu de son kimono.

Naruto, qu'elle protégeait de son corps, revint à lui et ouvrit les yeux. Ils restèrent brouillés un instant, puis s'éclaircirent et se fixèrent sur son visage, sur l'endroit où elle pouvait sentir la blessure avaler sa joue. Ses traits se crispèrent, l'expression indéfinissable, et puis… Et puis ses yeux virèrent au rouge et un chakra malsain, vicieux, se mit à hurler dans l'air, déchirant l'aura meurtrière d'Orochimaru. La voix qui tirait sous la peau d'Hitomi bondit en réponse, plus sublime et tentatrice que jamais.

Et elle.

Elle, elle était terrifiée.

Le chakra de Kyûbi se déroulait autour d'eux comme des rubans de fumée, pratiquement visibles, teintant de haine et de furie tout ce qu'ils touchaient. Naruto, entouré d'une masse de chakra orange bouillonnante, se releva soudain en contournant la protection qu'elle lui avait offerte. Son chakra l'effleura à peine mais ce fut assez pour que son bras, là où il l'avait touchée par inadvertance, soit légèrement brûlé. Cette nouvelle douleur se noyait dans son insignifiance, perdue à milieu de celle qui lui déchirait la joue et rendait même sa respiration difficile.

— Alors comme ça, fit Orochimaru d'un ton intéressé, le garçon en qui a été scellé Kyûbi a survécu ?

Comme si le contact du chakra d'un Bijû ne brûlait pas atrocement, comme si ce n'était rien de difficile, Orochimaru déploya une langue si longue qu'elle s'enroula autour des bras de Naruto, le stoppant dans sa charge, et le souleva de terre. Les yeux brouillés de douleur, Hitomi vit Orochimaru commencer à former des mudras qui n'auguraient rien de bon. Elle voulait lancer des aiguilles dans sa direction, l'arrêter mais, comme s'il l'avait senti, il prenait bien garde à conserver Naruto en bouclier.

— Sous l'effet de l'excitation, les pouvoirs du démon-renard filtrent à l'extérieur de leur prison… Quel phénomène intéressant ! Et on dirait que les inscriptions sur ton ventre apparaissent en relief…

Avec une brutalité qui donna envie à Hitomi de hurler, le déserteur planta sa main nimbée de chakra dans le ventre de son frère, lui faisant instantanément perdre connaissance. Puis il le balança à travers les arbres comme s'il n'était rien de plus qu'un jouet brisé, et les mains d'Hitomi agirent avant même qu'elle puisse réfléchir, cinq aiguilles de combat le clouant au tronc d'un arbre. Elle avait envie de courir vers lui, d'aller le chercher, de s'assurer qu'il allait bien, mais elle savait que c'était impossible. Elle devait encore déjouer les probabilités pour tenter de sauver Sasuke.

D'un geste décidé, elle dégaina à nouveau son sabre et effectua les mudras pour un Fouet Aqueux. C'était sa technique la plus offensive. Elle savait qu'elle n'avait aucune chance, distraite par intermittences par sa joue brûlante et le sang qui ne semblait pas cesser de lui couler dans le cou, mais elle devait essayer. La voix en elle se fit caressante, s'enroulant autour de ses pensées comme une amante, tentant de la persuader de s'abandonner, de la laisser faire.

Son chakra noué comme un poing à l'intérieur de son corps, Hitomi se rua sur le déserteur.