Coucou ! Ca va pas trop par ici aujourd'hui donc je garde ce message bref, mais merci pour vos retours sur le chapitre de dimanche, j'étais très touchée !
Le rez-de-chaussée de la tour était une énorme pièce circulaire qui aurait pu accueillir tous les Jônin de Konoha pour leurs réunions mensuelles. Près de chaque porte était accroché le précepte des ninjas qui portait sur le corps et l'esprit. « Si ton ciel déficient s'avère, approfondis tes connaissances et sois prêt. Si la terre défaut te fait, élance-toi dans les étendues sauvages où ta récompense tu trouveras. Ciel et terre tous deux ouverts, les dangers s'écarteront et sur le droit chemin tu avanceras. Des « », l'élite tu deviendras, et de guider, digne tu seras. — Hokage le Troisième. » Hitomi contempla un instant le précepte, puis leva la main pour l'effleurer du bout des doigts, pratiquement intimidée.
— Je crois qu'il est temps d'ouvrir nos rouleaux, dit la jeune fille d'une voix douce.
Les deux autres équipes dévoilèrent alors leurs cachettes respectives : au fond de la gourde de Gaara pour les Enfants du Désert et dans l'une des poches secrètes de Shikamaru pour l'Équipe Dix. Pour l'Équipe Sept, c'était plus compliqué, mais c'était elle qui avait choisi cette option, et c'était à elle d'affronter les conséquences. Rassemblant ce qu'il lui restait de chakra, elle s'entailla le pouce, forma les mudras l'une après l'autre et plaqua une main au sol. Hoshihi, Hai, Haîro et Kurokumo apparurent. Elle n'avait pas prévu d'invoquer la petite chatonne, mais elle avait sans doute été entraînée avec son maître, puisqu'elle se trouvait perchée sur ses épaules, occupée à lui lécher l'arrière des oreilles.
— Haîro, Kurokumo, les rouleaux, fit-elle d'une voix qui lui parvint comme à travers un tunnel.
Ses oreilles s'étaient mises à siffler, tout son corps se rebellant contre l'abus que subissaient ses réserves de chakra. Elle vacilla, retenue par un bras que Naruto enroula autour de sa taille pour l'empêcher de tomber. Elle échangea avec lui un regard reconnaissant, puis prit les rouleaux de la Terre et du Ciel. Ils semblaient si petits, soudain, si insignifiants. Tout ça pour ça…
— Je pense qu'on ferait mieux de les ouvrir par paire. En même temps ?
Les autres approuvèrent. Hitomi tendit un rouleau à Sasuke, l'autre à Naruto, se défaisant de sa prise pour pouvoir s'asseoir. Peut-être que ça ferait passer sa nausée. Peut-être pas. En tout cas, comme ça, si elle tombait, ce serait de moins haut. Elle entendit ses amis compter d'une même voix au-dessus de sa tête, puis sentit le cliquetis sur ses méridiens épuisés de six sceaux qui s'activent.
— Jetez-les par terre ! s'exclama Sasuke. Ce sont des parchemins d'invocation !
Ils eurent à peine le temps de s'exécuter que déjà apparaissaient Iruka, Ebisu et un Chûnin qu'Hitomi n'avait jamais rencontré. Ils mesurèrent le groupe du regard, manifestement surpris de voir que certains candidats avaient décidé de s'allier, puis un sourire apparut sur les lèvres du professeur de l'Académie, qui avança d'un pas et prit la parole :
— Une idée à toi, Hitomi ?
— Que voulez-vous, sensei, on n'apprend pas de nouveaux tours à un vieux chien.
Le jeune homme prit ensuite seulement la mesure de l'état dans lequel se trouvaient les trois équipes – pratiquement intouchées pour celles de Gaara et Shikamaru, que le sable avait farouchement protégé, et au bout du rouleau pour celle de Naruto. Son regard s'attarda sur la cicatrice qui déchirait la joue d'Hitomi, plus large qu'un poing, il eut l'air de vouloir dire quelque chose, se ravisa.
— Je vois que vous en avez bavé… Toutefois, je vous félicite d'être arrivés jusqu'ici. Traditionnellement, c'est aux Chûnins du village qui héberge l'examen d'accueillir les candidats à la fin de la deuxième tâche. J'imagine que mes confrères ne m'en voudront pas de m'en charger pour vous tous, histoire qu'ils n'aient pas à se répéter.
Les deux hommes dans son dos hochèrent la tête et, d'une façon ou d'une autre, il sembla le percevoir, puisqu'il poursuivit :
— J'ai un message à vous faire passer, en plus de mes félicitations. Tout d'abord, bravo pour votre temps. Moins de vingt-quatre heures, c'est extrêmement rare. C'est un signe de votre talent, de votre potentiel, et de votre ténacité.
Hitomi ne dut qu'à sa volonté de ne pas éclater d'un rire glacé. Talent ? Avait-elle montré du talent face à Orochimaru ? On pouvait en dire de même des deux qualités qu'il avait citées. Elle avait été effroyablement sans défense, là, dehors. Cela ne pouvait plus arriver. Elle devait… Elle devait faire quelque chose. N'importe quoi. Cela dit, elle devait reconnaître que les autres méritaient cet éloge. Sasuke ne s'était pas laisser terrifier longtemps face à Orochimaru, et il avait même réussi à le toucher. Quant à Naruto, il n'avait pas eu peur un seul instant. Elle aurait aimé être aussi brave.
— Je commence à comprendre, fit Sasuke. Qu'auriez-vous fait, Iruka-sensei, si nous avions ouvert nos rouleaux avant d'arriver ici ?
— Toujours aussi perspicace, Sasuke. Vous l'avez certainement compris, cet examen servait à tester votre comportement lors d'une mission réelle. En d'autres termes, si vous aviez enfreint les règles au cours de l'épreuve et ouvert les parchemins, je serais apparu devant vous et me serais assuré que vous restiez inconscients jusqu'à la fin de l'épreuve.
— Ce n'est pas dangereux, sensei ? demanda Naruto. La Forêt de la Mort est pleine de prédateurs gigantesques !
— Ne t'en fais pas, Naruto, le sort était doublé d'une barrière compulsive. Toute chose s'approchant avec des intentions malsaines aurait été sous le coup de suggestions de plus en plus intenses de se détourner de l'endroit où j'aurais assommé l'équipe.
— Et le mot qui manque sur le précepte, sensei ?
— Ah, oui, je suis aussi là pour vous expliquer ça. Il s'agit de l'un des préceptes des Chûnin que le Troisième Hokage a décidé de léguer aux générations futures. Le ciel désigne la tête de l'homme, son esprit, et la terre, son corps. Prenez-le comme ça : pour être un bon Chûnin, il faut avoir l'esprit acéré et le corps vif. Vous en aurez besoin pour les missions qui vous seront confiées, mais aussi pour obtenir le respect des gens qui vous serez parfois amenés à diriger en mission.
— Et le mot manquant ? insista Naruto.
— Il s'agit du mot « homme », celui qui servait de centre au sceau d'invocation. Il a le sens caché de « Chûnin », dans ce texte, bien évidemment. Au cours de cet exercice de survie, vos capacités de base de Chûnin ont été mises à l'épreuve, et vous avez brillamment triomphé.
À nouveau, Hitomi dut se mordre la lèvre pour étouffer une réaction désabusée. Est-ce que survivre à sa rencontre avec un foutu Sannin faisait partie des prérequis pour atteindre ce grade ? Si oui, Konoha était drôlement exigeante. Mais Iruka ne semblait pas au courant de la présence du déserteur, de ses actions lors de l'examen. L'information était sans doute réservée aux Jônin et aux ANBU. S'il avait su, le professeur aurait été bien plus inquiet à la vue de leurs blessures, lui qui s'était toujours montré farouchement protecteur – en particulier en ce qui concernant Naruto.
— Le Chûnin est un commandant. Une de ses responsabilités consiste à diriger une équipe lors d'une ou plusieurs missions. Vous allez dans quelques jours passer l'épreuve suivante, mais tâchez de ne pas oublier ce précepte : la combinaison systématique du savoir et de la force physique est indispensable à la réussite des ordres du village. Voilà… C'est ici que mon rôle de messager s'achève.
— Merci, sensei !
— Haha, de rien, Naruto. La troisième et dernière épreuve est la plus périlleuse. Soyez prudents.
Cette fois, Hitomi ne put s'empêcher de rouler des yeux. Plus périlleuse ? Elle troquerait sa rencontre avec Orochimaru sans hésiter contre n'importe quel combat l'opposant à l'un de ses pairs.
— Naruto ! Je t'attendrai dans une semaine chez Ichiraku, à midi pile ! Ne sois pas en retard !
Sur ce, le professeur disparut, tandis que le jeune blond se mettait à bondir partout avec des exclamations exaltées, manifestement ivre de joie. C'était si facile d'amener cette expression sur son visage. Hitomi l'aurait protégée à tout prix. Elle tenta de se redresser mais retomba aussitôt avec une grimace de douleur. Ses chats s'approchèrent, inquiets, Hoshihi reniflant son cou à la recherche d'une trace de maladie ou de blessure.
— Je… Je vais bien. J'ai juste vraiment besoin de me reposer.
— Je comprends, Invocatrice. Tu me raconteras qui t'a mise dans cet état pendant que je te porterai. Quelqu'un peut l'aider à grimper sur mon dos ?
Ce fut Gaara qui s'en chargea, les mains douces mais fermes, s'assurant qu'elle était bien accrochée à la fourrure couleur de feu près des épaules d'Hoshihi. Il se mit à marcher vers le seul escalier visible, comme si elle ne pesait absolument rien. Les autres Genin et ses camarades félins lui emboîtèrent le pas, comme s'ils laissaient souvent un félin décider de là où ils allaient. Au bout de quelques minutes à déambuler dans les couloirs, ils finirent par trouver l'étage où les équipes qui avaient réussi l'objectif étaient logées, une salle pour chacune. Ils trouvèrent facilement l'Équipe Huit, qui avait apparemment réussi son épreuve en six heures, un record, et bien vite douze Genin et quatre chats s'entassèrent dans une petite pièce aux murs nus.
Hinata laissa échapper une petite exclamation de détresse en voyant la joue blessée d'Hitomi, qui se détourna de son regard, le visage brûlant de honte. Elle n'avait pas encore revu son visage depuis qu'elle avait brûlé sa chair pour l'empêcher d'être rongée par l'acide, mais elle savait que ça ne pouvait pas être beau, en aucune façon. Les cicatrices n'étaient pas faites pour être belles, mais pour raconter une histoire, celle des gens qui les portaient comme un affront ou une médaille. Elle n'avait pas encore choisi dans quel camp elle se trouvait.
— Wouah, vous avez l'air d'être passés entre les mains de la division Torture et Interrogatoire, vous trois.
— Toujours aussi délicat, Kiba, souligna Shino d'une voix pleine de reproches. Vous voulez nous expliquer ce qui s'est passé ?
Tous les regards tombèrent sur Hitomi. Elle était la seule à être restée consciente tout du long, après tout. Avec réticence, elle commença à raconter l'attaque d'Orochimaru sur leur équipe. Selon elle, la Marque Maudite n'avait pas à être un secret, pas alors que chacune des personnes présentes dans cette pièce risquait de devoir dans quelques mois risquer sa vie, quand Orochimaru enverrait son Quartet réclamer son dû.
Elle raconta comment le déserteur s'en était pris à Naruto, passant Kyûbi sous silence – ce n'était pas son histoire, ce n'était pas à elle d'en parler – puis ce que l'homme avait fait à Sasuke, ce que son serpent lui avait fait à elle. Elle raconta l'angoisse, la terreur, l'impression, non, la certitude qu'elle allait mourir seule et sans défense dans cette forêt. Elle raconta l'agonie de la décision qu'elle avait dû prendre pour empêcher sa blessure de s'aggraver, le tout d'une voix distante et fatiguée.
Puis elle passa à l'attaque de l'Équipe d'Oto. Elle raconta comment Lee l'avait sauvée d'une mort certaine et en avait payé le prix, comment elle avait perdu le contrôle et comment la voix à l'intérieur d'elle la terrifiait à présent qu'elle avait vu ce dont elle était capable. Gaara et Shikamaru, qui étaient arrivés juste avant qu'elle reprenne ses esprits, apportèrent l'une ou l'autre précision. Quand elle se tut enfin, elle avait l'impression de ne pas être capable d'articuler un mot de plus.
Un lourd silence s'abattit sur la petite pièce surchauffée, uniquement interrompu par les doux frottements du pelage d'Hoshihi contre la pierre nue du sol quand il se leva et s'approcha d'elle jusqu'à blottir son corps chaud contre sa silhouette glacée, sa lourde tête sur ses genoux. Elle tirait un réconfort avide de son contact, et s'il ressentait la moindre douleur à la manière dont elle se cramponnait à lui, il n'en dit rien.
Finalement, quelqu'un dut l'aider à remonter sur le dos du chat géant, qui la transporta dans la salle voisine de celle qui était occupée par l'Équipe Huit. La salle suivante fut réclamée par l'Équipe Dix, et celle d'après par les Enfants du Désert. Hitomi assista à toutes ces installations dans une sorte de brouillard qui s'épaississait de minute en minute. Elle avait été installée en position assise sur l'un des trois lits que contenait la pièce, Naruto lui promettant de revenir avec quelque chose à manger, très vite. Elle n'avait pas eu le cœur de lui avouer qu'elle n'était pas sûre de pouvoir avaler quoi que ce soit.
Finalement, ce fut lui qui eut raison : dès qu'il revint et qu'elle sentit l'odeur des ramen instantanés qu'il lui avait préparés, elle ne put s'empêcher de saliver. Le manque de chakra, en plus d'être terriblement éprouvant pour le corps, éveillait et exacerbait ses autres besoins. Une fois que la nausée passait, on avait besoin de manger, et on mangeait beaucoup. Il lui fallut trois coupes complètes pour être rassasiée, ou peut-être trop épuisée pour manger davantage. Tout au long de son repas, Naruto et Sasuke ne l'avaient pas lâchée du regard. Finalement, elle laissa retomber la fourchette en plastique dans le dernier bol vide, et le posa avec les deux autres sur sa table de nuit.
— On doit encore parler, pas vrai ?
Les deux garçons échangèrent un long regard, puis Sasuke hocha la tête, cédant la préséance à son frère. Celui-ci posa une main sur son ventre avant de se mettre à parler.
— Ce… Ce qui s'est passé dans la forêt…
— Le démon-renard. Kyûbi. C'est un secret classé S pour le village, Naruto. Je ne suis pas censée être au courant, et encore moins t'en parler. Ça devrait être à Maman de le faire.
— Mais comment tu sais, toi ?
Elle soupira et un sourire presque récalcitrant vint jouer un instant sur ses lèvres.
— Je sais parce que les villageois, en particulier nos chers ninjas, ne savent pas se taire. Je savais déjà depuis des années, avant même de partir sur les routes avec Ensui-shishou. Si j'avais pu te le dire sans risquer d'être exécutée si les ANBU l'apprenaient, je l'aurais fait. Je voulais juste que tu saches… Ça ne change rien, pour moi. En fait, je serais ravie que tu fasses ami-ami avec ton démon-renard et que vous commenciez à collaborer. Si on doit avoir des ennemis comme Orochimaru, on a intérêt à progresser, et vite.
Le visage de Naruto s'était éclairé à mesure qu'elle parlait, et quand elle termina, il avait retrouvé son sourire rayonnant, plein de confiance et de soleil.
— Tu as raison ! On lui bottera les fesses la prochaine fois, tu peux le croire !
Elle lui sourit à son tour, puis tourna son attention vers Sasuke, qui prit la parole :
— Orochimaru. Je veux savoir ce qu'il m'a fait.
— Je… Je ne sais pas exactement. Les sceaux corporels sont bien au-delà de mes capacités en fûinjutsu. Tout ce que je peux déduire de son apparence, c'est qu'il est en trois partie, repose sur ton propre chakra et contient une part de l'énergie spirituelle d'Orochimaru. C'est surtout à cause de cette dernière partie que je t'ai apposé mon propre sceau, qui empêche le sien de se développer. C'est une mesure très temporaire. Demain, et tous les autres jours jusqu'à ce qu'on trouve quelqu'un qui a une solution plus permanente, je devrai redessiner le sceau et l'activer. Apparemment… Apparemment, ça fait vraiment mal, Sasuke. Tu hurlais sous mes doigts quand j'ai dû le faire.
Son cœur plongea dans sa poitrine à ce souvenir avant de se mettre à tambouriner frénétiquement. Elle ne voulait pas avoir à refaire ça. Elle ne voulait pas, mais n'aurait pas le choix. Elle soupira encore une fois et força ses muscles à se détendre, lentement.
— Hitomi, ton visage…
— Je sais, Naruto. Je n'avais pas d'autre choix. La morsure du serpent qui m'a eue contenait de l'acide, apparemment. Ça me rongeait déjà la joue depuis un bon moment quand j'ai cautérisé pour empêcher cette saloperie de me faire un trou dans la joue. Ce n'est pas grave. Je peux toujours être un ninja, et c'est tout ce qui compte. Et puis, tu as vu Ibiki ? Il a l'air de s'apitoyer sur son sort, lui ? Ce n'est qu'une seule cicatrice, je peux faire avec.
— Tu… Tu as raison. Et puis ça ne te rend pas moins jolie, hein ? J'ai vu le regard que t'a lancé Lee avant de partir.
Un sourire distrait aux lèvres, Hitomi laissa les mots de Naruto la réconforter. Elle ne savait s'il disait la vérité ou non, mais comme elle l'avait dit, ça ne comptait pas, ce n'était qu'une cicatrice, ça ne comptait pas. Si elle se répétait cela assez souvent, elle finirait peut-être par y croire. Elle ne pouvait pas perdre de temps à pleurer sur quelque chose d'aussi insignifiant qu'une joue lisse, pas alors qu'il y avait des problèmes bien plus importants et bien plus pressants qui se dessinaient à l'horizon.
La nuit fut difficile. Sasuke la réveilla en sursaut, piégé au milieu d'un cauchemar. Elle venait de quitter l'un des siens, aussi le réveil était-il bienvenu. Ayant récupéré un peu de ses forces, elle se leva et se glissa dans le lit de son frère, lui caressant le dos du bout des doigts jusqu'à ce qu'il s'apaise. L'aube les trouva blottis l'un contre l'autre, comme quand ils étaient enfants et que leurs cauchemars ne concernaient qu'un seul sujet chacun. Les choses étaient bien plus simples alors. Maintenant, il y avait tant de choses dehors dont ils devaient avoir peur.
Au matin, elle fut la première à sortir de sa chambre. Les portes des autres étaient encore fermées, ce qui ne l'étonnait pas : il était encore tôt et beaucoup étaient encore épuisés de la traversée de la forêt. Elle-même l'était, si elle devait être honnête. Le niveau de ses réserves de chakra laissait encore à désirer, malgré le sommeil et la nourriture. Blessures et chakra causaient une sorte de cercle vicieux, l'un des pires ennemis du ninja : si on était blessé, affaibli, on récupérait moins vite son chakra, mais avec peu de chakra, il était difficile de guérir. Cet écueil avait coûté la vie à bien des shinobis, sans distinction de puissance ou de rang.
— Tu as l'air d'aller mieux depuis hier, Hitomi-chan.
La jeune fille fit volte-face, tout son corps déjà tendu, prêt à attaquer. Puis elle reconnut Lee et baissa lentement les mains, essayant de tenir sous contrôle la peur qu'il lui avait causée.
— C'est le cas, oui. Toi aussi, tu as l'air d'aller mieux. Comment vont tes oreilles ?
— Je n'ai presque plus rien ! Je vais devoir remercier Yamanaka-san pour ses soins attentifs. Tenten m'a dit qu'elle avait utilisé du ninjutsu médical pour réparer mes tympans.
— Hm hm. Nous avons une amie qui travaille à l'hôpital. Elle a commencé les cours avec nous à l'Académie mais a décidé de se réorienter après avoir vu ce dont les médics étaient capables. Ino et elle sont très proches.
Après tout, dans cet univers, Sakura n'avait jamais eu le temps de tomber amoureuse de Sasuke. Elle fréquentait surtout ses propres collègues et Hitomi avait entendu dire qu'elle était sortie avec quelqu'un pendant un ou deux mois durant l'été, sa première amourette qui s'était finie quand le garçon en question avait suivi ses parents qui avaient décidé de déménager à Takigakure. De toute façon, à leur âge, aucun de ses pairs n'était vraiment intéressé par de longues relations intenses, comme les adultes en avaient. En rendant les choses officielles, Hinata et elle étaient un peu sorti du lot.
— Vous êtes arrivés cette nuit à la tour, c'est bien ça ?
— Oui ! Neji-kun m'a dit qu'il vous avait suivis avec son Byakugan, et que vous étiez arrivés en fin d'après-midi, mais nous, nous devions encore traquer notre cible et la vaincre. Un combat plein de fougue, je peux te l'assurer !
— Je n'en doute pas, sourit Hitomi.
Sans cesser de discuter avec Lee, elle se dirigea vers la petite cuisine que les examinateurs avaient préparée et laissée à la disposition de ceux qui atteignaient la tour. Tout ce qui pouvait être utilisé de manière mortelle, comme les couteaux, avait été remplacé par des répliques en plastique – dont un meurtrier imaginatif pourrait toujours se servir, mais on n'attendait pas une telle amoralité de la part de simples Genin. Distraitement, la jeune fille commença à préparer du thé pour deux, répondant à demi-mots aux questions et commentaires de son compagnon.
— … Et j'ai trouvé la première épreuve particulièrement bien pensée !
— Moi aussi, admit-elle. Ma mère connaît Morino-san, elle a même réussi à le forcer à me babysitter une fois, quand j'étais enfant. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi… Intense, dans le cadre de son travail.
Avec un discret sourire, elle tendit l'une des tasses à Lee et prit la sienne entre ses deux mains, comme pour les réchauffer. Bien vite, la chaleur douce-amère fut sur sa langue, un réconfort bien maigre en comparaison de ce qu'elle avait traversé et qui la hantait encore – mais elle était prête à accepter la moindre source de bien-être, aussi futile soit-elle. Côté à côté, les deux Genin prirent place à même le sol, adossés contre un mur, les jambes en tailleur. Lee pouvait être calme, quand il le voulait. Peut-être sentait-il que c'était ce dont elle avait besoin.
— Ca guérit bien, ta joue, fit-il au bout d'un moment de silence.
Hitomi hocha la tête pour toute réponse, le regard perdu dans le liquide clair que le moindre mouvement troublait. L'eau était un élément aussi souple que fragile. Elle devrait sans doute passer du temps à méditer sur sa nature, ses points forts et ses points faibles si elle voulait s'améliorer, devenir plus forte. Elle sentait qu'elle tenait une piste, à chaque fois qu'elle apprenait une nouvelle technique. Les ninjas avec une affinité Suiton étaient particulièrement rares à Konoha, où la majorité des shinobis maîtrisaient le Katon, le Doton, ou les deux. Hitomi ne pouvait penser à un seul Jônin dont l'affinité primaire se tournait vers l'eau.
— Hitomi-chan ?
— Hum ?
— Tu as fait de ton mieux, tu sais. Bien sûr, tu dois encore progresser, mais ces ninjas d'Otogakure… Ils n'avaient pas le niveau de Genin, même excellents. J'en ai parlé avec mes coéquipiers et ils sont d'accord avec moi. Il était normal que tu te trouves en difficulté.
L'image des cadavres qu'elle avait laissés dans la forêt, sans doute déjà dépecés par les prédateurs qui en avaient fait leur domaine, lui revint un instant à l'esprit. En réponse, la voix qui était à l'origine du carnage ronronna de satisfaction. Horrifiée, Hitomi refoula cette sensation aussi loin qu'elle le pouvait au fond d'elle. Elle ne voulait pas être ce genre de personne. La violence était un moyen, oui, un moyen utile et souvent nécessaire, mais elle ne pouvait pas prendre plaisir aux bains de sang qui viendraient à croiser sa route. Que dirait Naruto, si elle devenait aussi unilatéralement cruelle ?
— Merci encore d'être venu à mon secours, dit-elle quand elle fut sûre que la voix ne reviendrait pas tout de suite. Tu aurais pu juste continuer ton chemin. Une adversaire de moins sur ta route… C'aurait été compréhensible.
— Je n'aurais jamais fait ça. Je n'aurais pas pu me regarder en face si je les avais laissés te faire du mal alors qu'il m'était possible d'intervenir. Gai-sensei m'a enseigné des valeurs, un code d'honneur, et je ne compte pas m'en détourner.
— Kakashi-sensei aussi essaye de nous apprendre des valeurs. Le travail d'équipe, c'est son grand truc. Tu sais ce qu'on dit de lui dans le village. Il ramène toujours son équipe en vie.
— Il est très fort. Tu savais que Gai-sensei et lui sont rivaux ?
— Hm hm. J'ai même entendu dire que ton maître mène la danse pour le moment. Il doit être très fort.
— C'est le meilleur ! Il est gentil et passionné et personne ne semble pouvoir le vaincre. Son énergie est sans limite !
— Je vois que vous vous êtes bien trouvés. Je ne te connais pas encore très bien, mais on dirait bien que ces qualités se retrouvent aussi en toi.
Les yeux de Lee s'écarquillèrent, comme s'il avait du mal à croire qu'elle le complimentait, puis il lui offrit un sourire capable de faire de l'ombre même à ceux de Naruto, qu'elle lui rendit un peu plus timidement. Elle ne s'était pas attendue à apprécier autant sa compagnie, mais sa voix était douce quand il ne criait pas, et il avait en lui le même genre de douceur que Chôji – le genre qui finissait souvent broyé après quelques missions difficiles. Cela ne semblait pas vouloir arriver, pour aucun des deux garçons, et Hitomi en était heureuse.
Ils discutèrent encore pendant un petit moment, jusqu'à ce que Gaara et sa fratrie se joignent à eux. Aussitôt, le jinchûriki se dirigea vers elle, les traits presque impassibles, tentant de ne pas montrer dans sa démarche l'empressement qui l'envahissait. Il prit son visage en coupe, effleura ses joues du bout des doigts, l'intacte comme l'endommagée, puis la serra fort dans ses bras, lui offrant l'étreinte qu'elle avait été trop épuisée pour accepter la veille.
— Tu vas devenir plus forte, grommela-t-il d'une voix basse à son oreille. Je ne veux plus jamais te voir dans un tel état. Je ferai tout ce qu'il faudra pour t'aider, tout ce que je pourrai.
Dans ses bras, la jeune fille sourit. Il avait su trouver les mots qu'elle avait besoin d'entendre. Elle ne voulait ni pitié ni ménagement ni délicatesse, pas alors qu'elle avait encore tant à faire et tant d'incertitudes pour paver sa route. Les mots d'encouragement, les promesses d'amélioration, les offres d'aide sur ces deux voies lui étaient en revanche nécessaires. Elle ne voulait pas se laisser abattre, parce que les ennemis qui rôdaient dehors n'attendraient pas, eux, qu'elle se soit remise, qu'elle ait retrouvé sa force et sa détermination. Ils frapperaient, qu'elle soit prête ou pas, qu'elle le veuille ou non.
— Je compte bien te rappeler ces mots plus tard. Mais d'abord, on a encore des combats devant nous.
Les trois Enfant du Sable prirent place à ses côtés et à ceux de Lee sur le sol, imitant leurs positions décontractées. Hitomi ne doutait pas que très vite d'autres les rejoindraient. Elle pouvait penser à au moins huit personnes qui allaient vouloir se joindre à la petite troupe, huit ninjas qui malgré leur jeune âge avaient appris la valeur du nombre. « Seul, j'abattrai un régiment, mais donnez-moi dix hommes et j'abattrai une armée », disait Hokage le Deuxième quand il était encore général de guerre pour son village.
— Tu sais ce qu'il va se passer ensuite ? demanda Kankurô.
— Je peux essayer de deviner. Nous savons que la troisième épreuve est un tournoi qui aura lieu sous les yeux d'énormément de dignitaires venus de tous les pays influents du monde. Nous sommes déjà quinze à avoir validé la deuxième épreuve rien qu'en comptant nos cinq équipes, mais j'imagine que nous ne sommes pas les seuls. Cela signifie qu'ils vont encore essayer de raccourcir ce nombre avant le tournoi. Dans les archives que j'ai lues, lorsque ce genre de cas se présentait, il y avait des éliminatoires, une sorte de tournoi d'échauffement, directement après la deuxième épreuve.
— Nous avons donc un avantage par rapport à ceux qui arriveraient plus tard à la tour, fit Temari.
— En effet. Je pense que ces trois jours complets de repos seront décisifs pour certains d'entre nous… Dont moi. Si j'avais dû me battre immédiatement après être arrivée à la tour, je n'aurais pas fait long feu et je ne pense pas être la seule dans ce cas.
Elle pensait notamment à Lee, dont les tympans étaient déchirés encore la veille. Certes, Ino l'avait soigné, mais le ninjutsu médical ne faisait pas de miracle et le processus, qui ne faisait qu'accélérer la régénération naturelle des tissus, était très épuisant pour le corps. C'était pour cela que beaucoup de ninjas dormaient des jours d'affiliée après avoir été soignés pour de graves blessures.
— Dans tous les cas, qu'il y ait des éliminatoires ou pas, nous aurons un mois pour nous préparer. Certains resteront à Konoha pendant ce laps de temps et auront accès à un terrain d'entraînement par équipe. Les autres, ceux qui souhaiteront refaire l'aller-retour entre ici et chez eux, prendront un risque. Ils pourraient avoir des ennuis pendant le voyage, mais en plus de ça, ils ne pourront pas s'entraîner pendant le temps que celui-ci prendra.
— On reste, annonça Gaara. Baki-sensei nous a dit que si on arrivait aussi loin il était hors de question qu'il se tape tout ce trajet pour qu'on puisse être à Suna pendant trois semaines à peine. Je crois qu'il n'aime pas beaucoup voyager.
— Et puis il ne voulait pas vous faire perdre une semaine complète d'entraînement, c'est logique quand on y pense. Mais tous ne prendront pas cette décision, je pense.
Elle ne parla pas de l'éventualité que le tournoi soit en majorité occupé par des Genin de Konoha. Dans le canon, c'était déjà très net, mais elle avait tué l'équipe venu d'Otogakure. Elle ne pouvait que se demander en quoi cette divergence par rapport au canon allait impacter le tournoi.
— Tu sais quand on reverra nos sensei ?
— Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Hitomi en haussant les épaules. Ils n'ont pas le droit de pénétrer dans la tour pendant l'épreuve, parce qu'ils ne peuvent pas le faire sans traverser la forêt et qu'ils risqueraient d'interférer avec le déroulement de l'examen pour ceux qui n'ont pas encore terminé. J'imagine que Mitarashi-san les emmènera avec elle quand elle reviendra nous annoncer la fin de l'épreuve.
— Gai-sensei me manque, marmonna Lee. J'ai besoin de lui parler de ce qu'il s'est passé dans la forêt. Je n'arrive pas à imaginer comment j'aurais pu défaire ces ninjas, mais lui, il doit savoir.
— Je n'en doute pas. Il te fera t'entraîner deux fois plus dur, et la prochaine fois, tu gagneras, j'en suis certaine.
— Oui ! Gai-sensei a les meilleures idées d'entraînements vigoureux !
La jeune fille laissa échapper un petit rire et la conversation continua, dérivant de l'examen aux différences entre Konoha et Suna. Hitomi pouvait voir l'influence que Temari avait eue sur Gaara : il était taciturne, oui, réservé, sans le moindre doute, mais il participait sans trop de mal à la conversation, distribuant quand il en ressentait l'envie des petites perles de savoir concernant son village – l'endroit d'où on voyait le mieux les étoiles, le meilleur restaurant du quartier de l'Académie, les animaux qu'on élevait dans le Désert. Tous pouvaient voir comme il aimait Suna, comme il la chérissait et voulait la protéger.
Les autres équipes se joignirent à eux au compte-goutte une fois qu'elle se réveillèrent. Shino décida de préparer des thermos complets de thé, pour qu'ils puissent se servir autant qu'ils le voulaient, une initiative que Shikamaru, décidément pas du matin, apprécia tout particulièrement. Hitomi était immensément soulagée de les voir tous en bonne santé. La veille, elle avait été trop épuisée pour les inspecter du regard à la recherche de blessures. Elle était ravie et fière de voir qu'ils s'en étaient tous si bien sortis.
Bientôt, Hoshihi la rejoignit, se faufilant entre les ninjas qui tenaient salon sans se soucier du chat géant parmi eux jusqu'à pouvoir se blottir tout contre elle, malgré sa taille qui rendait l'opération plutôt compliquée. La veille, les autres chats de son équipe avaient décidé de repartir pour ne pas épuiser son chakra davantage, mais Hoshihi était son familier, il pouvait puiser dans son propre chakra pour rester à ses côtés. Il avait été d'un grand réconfort pour elle pendant la nuit, léchant patiemment les larmes qui avaient coulé sur sa joue intacte en ronronnant. C'était ce son doux et profond qui avait fini par lui offrir le sommeil très attendu.
Pendant toute la journée, les ninjas firent en sorte de se reposer. Lee finit par rejoindre son équipe, qui ne souhaitait pas se mêler aux autres – sans doute le ressentiment qu'entretenait Neji pour sa cousine Hinata, et qui ne s'était jamais arrêté, même quand son père l'avait désavouée en faveur de sa sœur, Hanabi. Hinata était toujours une fille de la Sôke, la branche principale du clan. Cela suffisait amplement à son aîné pour la détester.
Hitomi aurait aimé avoir un moyen de prévenir le désastre qui ne manquerait pas de se produire entre ces deux-là, mais à part ce qu'elle avait déjà fait en s'assurant qu'Hinata était forte et déterminée pendant toutes les années où elles s'étaient entraînées ensemble, elle ne parvenait pas à trouver une autre solution. Au moins, elle était à peu près sûre d'avoir réussi à éviter la blessure potentiellement mortelle de Lee s'il se battait toujours contre Gaara, même si ce bouleversement avait été totalement involontaire et imprévu.
Elle aussi, elle avait hâte de revoir son sensei à la fin de l'épreuve, songea-t-elle en regardant ses amis discuter tout autour d'elle. Elle avait besoin de lui parler de toute urgence de Naruto et Sasuke, et de ce qui pouvait être fait pour les aider. Quant à l'aide dont elle, elle avait besoin… Cela pouvait attendre. Au fond d'elle, la voix ronronna d'approbation.
