Coucou ! J'espère que vous allez bien ! Moi, j'ai très hâte que le NaNo commence, pour une fois je ne serai pas la seule à écrire beaucoup car j'ai des camarades qui le feront avec moi. J'espère me rapprocher dans l'écriture de la fin du Time-Skip d'ici fin novembre, voire même entrer dans Shippuden ! J'espère que le chapitre de ce dimanche vous plaira, le voici sans plus attendre.

— Tout d'abord, annonça Anko, je tiens à vous féliciter d'avoir réussi la deuxième épreuve !

Elle se tenait sur l'estrade, à côté du Hokage. Derrière eux s'alignaient les Jônin-sensei des équipes qualifiées ainsi qu'Ibiki, sans doute en sa qualité d'examinateur. Tout au bout de leur ligne, Hitomi reconnut un homme qui ne pouvait être qu'Hayate Gekko, avec ses cernes et sa petite toux sèche. Quant aux Genin, ils étaient en rang par équipe devant l'estrade, le dos droit et le regard fier. Ils étaient dix-huit, tout aussi satisfaits les uns que les autres d'être arrivés aussi loin. L'équipe de Kabuto était arrivée en dernier, quelques minutes à peine avant la fin de l'épreuve. Ils avaient sans doute ratissé la forêt à la recherche de Sasuke et Naruto. La jeune Yûhi se sentait sombrement heureuse qu'ils se soient donné tout ce mal pour rien.

— Maître Hokage va maintenant vous dévoiler les modalités de l'épreuve ! Soyez tous très attentifs ! Maître, si vous le voulez bien…

— Ahem. Avant de vous expliquer en quoi consiste cette troisième épreuve, je voudrais vous exposer de la façon la plus claire possible le véritable objectif de cet examen. Avez-vous réfléchi à la raison pour laquelle l'examen réunit des ressortissants de la plupart des pays de l'Alliance ?

Un murmure courut dans la foule et Hitomi ne put s'empêcher de rouler des yeux, sa silhouette menue sagement dissimulée derrière celle de Sasuke. Encore un peu de propagande pour décorer une épreuve pendant laquelle ils auraient tous pu mourir. Joie. Allégresse.

— Pour renforcer les liens d'amitié de nos pays, améliorer le niveau global de nos ninjas ? Il serait regrettable que vous pensiez cela. En vérité, cet examen est une guerre à échelle réduite entre les pays de l'Alliance.

— Q-qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Tenten.

— Si on se penche sur notre histoire, on y voit une longue suite de conflits entre des pays voisins pour obtenir le pouvoir. C'est pour s'épargner le coût d'une guerre inutile qu'ils ont choisi une telle occasion pour s'affronter. C'est ainsi qu'est né l'examen de sélection des Chûnin.

— Ca rime à quoi ? C'est du n'importe quoi tout ça ! intervint Naruto d'une voix forte.

Ceux qui ne le côtoyaient pas de près montrèrent une bonne dose de surprise en l'entendant parler comme ça à son Hokage, mais Hitomi et Sasuke se contentèrent de sourire, tout comme leurs amis les plus proches. Ils savaient comme l'homme et l'enfant s'étaient rapprochés au fil des années, Naruto projetant son désir d'une famille sur le vieillard jusqu'à ce que Kurenai l'accueille et lui offre ce qu'il avait toujours désiré sans jamais l'obtenir. Depuis, Hiruzen se contentait de garder un œil sur son ancien protégé, mais se retenait de trop fouiller dans les affaires de la Jônin. Il ne voulait pas se la mettre à dos.

— Bien sûr, cet examen sert aussi à évaluer nos ninjas. Mais c'est avant tout pour le prestige de leur pays que les shinobi viennent se battre ici au péril de leur vie.

— Le prestige du pays ? demanda Ino.

— Les seigneurs des différents pays, et les plus éminents membres de leurs gouvernements respectifs, seront spectateurs pour cette épreuve. Ils sont tous nos employeurs, vous le savez bien. Peut-être avez-vous même déjà rempli une mission pour l'un d'eux. En outre, les chefs des confréries marchandes et les seigneurs des différents villages cachés assisteront également à vos combats.

Un murmure nerveux courut parmi les candidats. Tous n'étaient pas là quand Hitomi avait expliqué ce qu'elle savait à propos de l'examen, et Hitomi pouvait presque sentir physiquement la nervosité d'Hinata à l'idée de se produire devant une telle foule. Pendant une inimaginable seconde, elle eut envie de courir à ses côtés et de l'étreindre jusqu'à ce que son angoisse disparaisse. De tels élans appartenaient au passé.

— Vos résultats influenceront un grand nombre de paramètres à l'échelle de vos pays respectifs. Les commandes et ordres de missions afflueront immanquablement vers les pays forts, tandis que les plus faibles peineront pour obtenir des contrats. De la même façon, un pays certain de la supériorité militaire de son village caché n'hésitera pas à menacer ses voisins. En d'autres termes, il y aura des répercussions sur la politique étrangère.

— Quoi ? s'exclama Kiba avec indignation. C'est pour ça qu'on va devoir risquer notre vie ?

— La puissance d'un pays se mesure à celle de son village, et la puissance d'un village à celle de ses ninjas. Et la force réelle du ninja, quant à elle, se révèle dans le combat où sa vie est en jeu. C'est pour cela qu'on vient vous regarder. C'est pour cela que vous devez briller. Cet examen ne prend sens que si on y combat au péril de sa vie. Vos prédécesseurs se sont battus pour devenir des ninjas de moyenne classe avec de rêve en tête.

— Mais alors, demanda Tenten, pourquoi parlons-nous des autres villages comme de nos alliés ?

— Il me semblait pourtant avoir été clair. Ne vous méprenez pas : cette tradition vise à préserver l'équilibre des forces au prix de la vie. C'est une forme d'alliance comme une autre, qui préserve la paix depuis des années.

Et pourtant la guerre n'était pas si loin derrière. Hitomi la voyait dans le regard parfois hanté de sa mère ou d'Ensui, dans la manière dont la posture de Kakashi-sensei se raidissait les rares fois où il était pris par surprise, et dans un million d'autres signes dispersés à travers le village comme une traînée de poudre. C'était parce que la guerre soufflait encore sur leurs nuques que Danzô existait, ses racines vicieuses grandissant dans le sang et le souvenir d'une terreur qui lui serrait la gorge.

— Ce sont vos rêves et l'honneur du village qui sont en jeu lors de cette épreuve.

Un murmure d'approbation courut à travers les Genin, évitant soigneusement l'endroit où se tenait Hitomi, raide et amère. Elle devait reconnaître que le Hokage était un maître quand il s'agissait de propagande. Il avait sans doute appris les techniques de ses deux prédécesseurs, mais aussi de son vieil ami Danzô et de ses anciens coéquipiers, tous deux descendants de familles nobles à la cour du Pays du Feu. Et les candidats étaient pour la plupart jeunes et impressionnables, quoi qu'on en dise. Les manipuler était à peine plus compliqué que de jouer avec l'esprit d'enfants tout juste entrés à l'Académie – ce que le village ne se privait pas de faire, bien entendu.

— Bien… Passons maintenant aux modalités de l'examen.

Comme s'il attendait ce signal pour intervenir, Hayate Gekko s'avança. Malgré son apparence frêle et fatiguée, il y avait quelque chose de dangereux chez lui, dans la manière dont il se déplaçait peut-être, ou dans le regard alerte qu'il portait sur ce qui l'entourait.

— Pardonnez-moi de vous interrompre, Maître Hokage, dit-il en s'agenouillant devant lui. Je suis Hayate Gekko. J'ai été désigné pour arbitrer les rencontres.

— Ah, bien. Je te laisse la parole dans ce cas.

Le Hokage recula et Hayate, après s'être relevé, prit sa place au centre de l'estrade. Il était plus grand qu'Hitomi ne l'avait imaginé, comme si les dessins du manga qu'elle considérait comme canon étaient une référence sûre. Il promena sur les Genin rassemblés devant lui un regard sombre et perçant, comme s'il était capable de deviner leur potentiel rien qu'en les observant.

— Bienvenue à tous, commença-t-il. Avant que ne débute la troisième épreuve, il y a un détail à régler. Hm… Il s'agit de la phase préliminaire qui donne accès à l'épreuve en elle-même.

— Des qualifications ? murmura Ino à la gauche d'Hitomi, l'air renfrognée.

— Quoi ? s'exclama Shikamaru, qui manifestement avait entendu sa coéquipière. C'est quoi cette embrouille, encore ? On va pas tous participer à la troisième épreuve ?

— Exactement. Les deux premières épreuves ont été, semble-t-il, trop faciles. Du coup, il reste un peu trop de monde. Dans un tel cas, le règlement prévoit de diminuer le nombre de participants. Comme l'a indiqué le Maître Hokage, de nombreux invités assisteront à cette épreuve. Nous ne souhaitons pas en faire une épreuve interminable. Le temps imparti sera donc limité.

L'information n'était manifestement pas au goût des pairs d'Hitomi, comme elle s'y était attendue. Shikamaru pestait dans son ombre de barbe – il faudrait qu'il apprenne à se raser très bientôt, sans doute – et elle entendit Tenten marmonner quelque chose plusieurs rangs plus loin. Au moins, songea-t-elle avec un sourire sombre, ses amis avaient eu l'occasion de se reposer. Ils étaient en forme, autant que possible si peu de temps après la débauche de violence qu'avait été la Forêt de la Mort, et pourraient se battre sans risquer leurs vies. Chaque jour, elle s'était assurée de reproduire le sceau qui bloquait la Marque Maudite sur la nuque de Sasuke, ainsi que les corrections sur le ventre de Naruto. Ils étaient armés, prêts.

— Sur ce, ceux qui se sentent un peu justes physiquement, ou ceux qui préfèrent simplement arrêter, doivent se décider maintenant. Les phrases éliminatoires vont débuter dans un instant.

— Euh… J'abandonne !

La voix de Kabuto sonna haut et clair dans le silence qui unissait les autres Genin. Hitomi tourna légèrement la tête pour pouvoir l'observer sans en avoir l'air. Il avait l'air au bout du rouleau, des feuilles encore coincées dans ses cheveux, ses vêtements légèrement déchirés à plusieurs endroits. Oh, il était un très bon comédien, c'était certain. Elle le vit échanger un regard avec la seule personne qu'elle avait prudemment ignorée depuis qu'Anko les avait réunis devant l'estrade. Orochimaru, déguisé en Jônin d'Otogakure. Le déguisement était si faible qu'elle ne comprenait pas comment les autres ne le remarquaient pas, surtout les adultes qui se tenaient si près de lui. Peut-être pensaient-ils que c'était trop évident, et donc juste une coïncidence. Hitomi ne voulait rien tant que hurler à sa mère de s'écarter de lui.

— Kabuto du village de Konoha, c'est bien ça ? Tu peux disposer.

Le jeune homme quitta la salle dans le silence, sans personne pour s'émouvoir de son départ. Hitomi ressentit une joie féroce à l'idée qu'il n'avait pas eu l'occasion de se rapprocher de Naruto – ainsi, quand ses véritables allégeances seraient révélées, son frère ne souffrirait pas.

— Pas d'autre candidat à l'abandon ? Ah, oui, j'ai oublié de préciser : vous allez vous affronter en combats singuliers. Prenez calmement votre décision et levez la main.

Personne ne remua. Tous étaient prêts à se battre, même Hitomi malgré ses critiques de la propagande orchestrée par Hiruzen. Elle comprenait que la propagande soit nécessaire, mais elle n'avait que du mépris pour la manière dont elle était ici exécutée, sans patience ni subtilité. Cela ne l'empêchait pas de vouloir faire ses preuves – mais peut-être pas aux mêmes personnes que les autres. C'était Kakashi-sensei, et le rapport qu'il ferait à Ensui-shishou, qui était important.

— Bon, plus de candidat à l'abandon, apparemment. La phase éliminatoire va donc débuter. Vous vous affronterez un contre un, dans des conditions de combat réel. Le vainqueur accède à la troisième épreuve, le perdant est éliminé. Comme vous êtes tout juste vingt, cela fait dix combats. Il n'y a aucune règle. Le combat se poursuivra jusqu'à ce que l'un des deux adversaires meure, s'écroule ou s'avoue vaincu. Si vous ne souhaitez pas mourir, je vous conseille vivement de reconnaître promptement votre défaite. Si je juge que l'issue d'un combat ne fait aucun doute, il est possible que j'intervienne pour l'interrompre, car nous ne tenons pas à accumuler les cadavres. Et maintenant, pour être fixés sur votre destin…

Dans un bruit de mécanique bien huilée, un panneau de bois entre les deux balustrades qui serviraient plus tard à observer les combats coulissa pour dévoiler un tableau électrique. Le cœur d'Hitomi rata un battement avant de s'accélérer légèrement, sa main s'attardant sur la garde de son sabre.

— Regardez bien ce tableau. Deux noms apparaîtront pour chaque rencontre. Sans plus tarder, j'appelle les deux premiers combattants.

Pendant quelques secondes, le tableau resta vierge, et puis, soudain, deux noms apparurent. Hitomi Yûhi vs Shikamaru Nara. Les regards des deux cousins se croisèrent. Il se tendit, entrouvrit les lèvres – elle fut plus rapide.

— J'abandonne !

— Hitomi ! s'exclama Naruto.

— Non. Je refuse de me battre contre Shikamaru. J'abandonne.

— Tu es sûre ? demanda l'examinateur.

— Certaine.

— Bien… Tu peux aller avec les autres, dans ce cas. Nous allons appeler le match suivant. Ceux qui sont appelés, vous restez, les autres, vous montez sur les balustrades. Vos Jônin-sensei vous rejoindront sous peu.

La jeune fille hocha la tête, le regard sombre. Dans son esprit, la voix grogna de mécontentement. C'était l'une des raisons pour lesquelles elle avait abandonné. Elle n'était pas sûre de pouvoir contrôler ce nouveau et terrifiant pouvoir. En plus de ça, si elle avait affronté Shikamaru, elle l'aurait forcé à dévoiler tout son arsenal de techniques. Oh, il aurait pu la battre, il était vraiment un excellent stratège, mais quand elle se battait sérieusement, elle était retorse, vicieuse, même avec lui. Elle préférait qu'il conserve l'avantage du secret.

Quand elle y songeait, ce choix de la part des examinateurs était logique. Elle ne croyait pas une seule seconde que les adversaires étaient sélectionnés au hasard, pas alors que les hautes instances du village cherchaient à préparer un bon spectacle pour leurs futurs invités. Peu de gens connaissaient son arsenal complet de compétences, mais il était de notoriété publique qu'elle venait du clan Nara par son père, et avait commencé à apprendre les techniques familiales – Shikaku, tout comme les autres patriarches et matriarches du villages, était forcé de consigner de telles choses pour les archives du village.

Le deuxième combat s'afficha au tableau. Il opposerait, comme dans le canon, Sasuke et Yoroi, l'un des ninjas à la solde d'Orochimaru infiltrés dans le village. Hitomi ne doutait pas un instant de l'issue de ce combat. Avec sa marque scellée et trois jours pour se reposer, Sasuke n'était pas loin du sommet de ses capacités actuelles. Son regard était fier, déterminé. Il avança d'un pas en direction de son adversaire, tandis que tous les autres Genin se dirigeaient vers les escaliers, comme Hayate Gekko l'avait ordonné.

Hitomi s'appuya contre la balustrade, les traits assombris par un sentiment qu'elle ne comprenait pas encore très bien. Elle savait qu'elle avait pris la bonne décision, elle l'avait fait sans la moindre hésitation, le referait encore mille fois si c'était nécessaire. Elle voulait tout faire pour que Shikamaru soit promu. Son cousin se posta à sa droite, Naruto à ses côtés, et Gaara s'accouda à sa gauche. Elle ferma un instant les yeux, s'ouvrant à ses méridiens pour se procurer un maigre réconfort par la présence chaleureuse de leurs chakras autour d'elle.

— Yo ! fit Kakashi dans son dos.

— Sensei ! Vous avez vu, on est arrivés jusqu'ici !

— Aah, oui, je suis très fier de vous, Naruto. J'ai cru entendre que vous en aviez bavé ?

— Hm, marmonna Hitomi. Orochimaru. Rien que ça.

— Oui, j'ai entendu… Vous avez de la chance d'être encore en vie.

— Il ne voulait pas nous tuer, asséna Hitomi d'une voix remplie d'amertume. S'il l'avait voulu, on serait morts tous les trois, ça ne fait aucun doute. On n'a absolument rien pu faire contre lui, il était trop puissant. On n'était pas de taille.

— Encore heureux que vous n'étiez pas de taille, Hitomi-chan. Si vous aviez le niveau pour résister à un Sannin, vous auriez été promus il y a des années déjà, bien avant d'être prêts à tout ce que ça implique.

Elle tourna la tête, croisa le regard du Ninja Copieur. Elle comprenait ce qu'il voulait dire par là – c'était ce qui lui était arrivé, et elle savait mieux que ses camarades les conséquences d'un tel passé.

— Enfin… Est-ce que tu sais ce qu'il voulait ? Est-ce qu'il vous l'a dit ?

— Sasuke. Il voulait Sasuke. Il l'a marqué avec un sceau corporel que je… Je ne comprends pratiquement rien à ce sceau, mais ce que je comprenais sur le coup m'a inquiétée, alors j'ai ajouté l'un de mes propres sceaux pour le bloquer. C'est temporaire, bien entendu. Il aura besoin que vous fassiez quelque chose de plus permanent.

— Je vois…

— Et ce n'est pas tout, il s'en est pris à Naruto aussi. Il a fait quelque chose au sceau qu'il a sur le ventre… Quelque chose qui perturbe profondément le flux de son chakra. J'ai réussi à limiter les dégâts, mais encore une fois, c'est temporaire.

— Très bien, je m'occuperai de tout ça. Et toi ?

— Moi, ça n'a pas d'importance, répondit-elle d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu en détournant le regard.

En bas, le combat venait de commencer entre Sasuke et Yoroi. Le jeune Uchiha avait utilisé le mouvement d'ouverture classique de son clan, la Boule de Feu Suprême. Hitomi ne pouvait se souvenir d'une seule fois dans le canon où cette technique avait véritablement fait quoi que ce soit – elle était trop lente, trop facile à éviter – mais elle intimidait et, même de là où elle se trouvait, la jeune fille pouvait distinguer la soudaine tension dans la posture de l'adversaire.

Les deux combattants semblaient disposer d'une vitesse égale, mais Sasuke était clairement plus agressif, qu'il s'agisse du choix de ses techniques ou de la manière dont il bougeait, ses esquives toujours suivies de ripostes brutales qui la plupart du temps touchaient son adversaire. Malgré tout, le moindre contact des mains de Yoroi sur le jeune Uchiha lui volait un peu de son chakra, un vol lent, déterminé, et malheureusement très risqué à cause de la Marque Maudite. Sasuke devait placer une attaque décisive le plus vite possible.

Malgré la distance, Hitomi put sentir l'activation du Sharingan et laissa échapper une exclamation d'encouragement, suivie par Naruto et, un instant plus tard, les autres Genin de Konoha. Désormais, Sasuke était capable d'esquiver les coups de Yoroi sans se faire toucher, mais la dépense de chakra de ses yeux était constante, même si ce n'était pas aussi rapide que pour Kakashi, dont le corps n'avait pas été adapté au dôjutsu quand il avait reçu sa greffe.

Soudain, il bougea et quelque chose siffla dans l'air, avec un petit bruit sec pour terminer. Un câble ninja divisait l'arène en deux, les deux extrémités fichées dans les murs par des kunai. Avant que Yoroi puisse réagir, le jeune Uchiha reproduisit son geste encore trois fois, réduisant petit à petit les possibilités d'action de son adversaire. Quand celui-ci voulut trancher un câble, il fut repoussé par une Technique de la Balsamine, qui le força à rester au centre de petite zone circulaire créée par les câbles.

Avec un sourire sombrement satisfait, Hitomi se détendit contre la balustrade. Sasuke avait gagné. Elle voyait une dizaine de manières dont il pouvait en finir à partir de maintenant, et lui, qui se trouvait dans le cœur de l'action, percevait sans doute un plus grand nombre encore de possibilités. Pour l'instant, le jeune homme se contentait de piéger méticuleusement son adversaire, un câble après l'autre, jusqu'à ce qu'il en ait tendu plus d'une quinzaine, tous fixés aux murs de la salle circulaire. Lentement, Sasuke posa la main sur le câble le plus proche de lui et commença à y déverser du chakra Katon, qui se transforma immédiatement en flammèches.

— Si je continue ma technique, tu seras brûlé vif. Abandonne.

Malgré les lunettes noires et tout le tissu qui dissimulait son visage, la haine de Yoroi était perceptible. Pendant de longues secondes, il resta là à fusiller Sasuke du regard, puis finit par s'exécuter, formulant son abandon du bout des lèvres.

— Vainqueur de la première rencontre, annonça Hayate Gekko, Sasuke Uchiha !

Les Genin spectateurs éclatèrent en applaudissements et cris enthousiastes, Naruto le premier d'entre eux. Il était exalté sans doute de voir son frère vaincre sans véritable difficulté. Hitomi ne doutait pas qu'il soit lui aussi capable de gagner son match, quand il viendrait. Elle était particulièrement satisfaite du fait que Sasuke n'avait dévoilé qu'une part infime de ses capacités. Il n'avait pas touché à son sabre, n'avait pas utilisé de Genjutsu, ni dévoilé son jeu en termes de taijutsu. Les médics vinrent chercher Yoroi, qui avait été coupé en plusieurs endroits par les câbles et brûlé quand il n'avait pas esquivé la Balsamine suffisamment vite.

Soudain, Kakashi attrapa le bras d'Hitomi et, avant qu'elle ait eu le temps de réagir, elle se retrouvait en bas, aux côtés de son frère, le Shunshin du Jônin l'ayant entraînée dans son sillage. Elle sourit à Sasuke, fière de sa performance, tandis qu'Hayate, Anko et Ibiki se chargeaient de décrocher les câbles et kunai afin de rendre l'arène praticable pour le combat suivant. Les médics se dirigèrent vers le jeune Uchiha, mais Kakashi les arrêta d'un regard.

— Il n'a pas besoin de vos soins. Je suis son sensei, et je vais m'occuper de lui avec sa sœur aînée. Si nous avons un problème, nous reviendrons vous chercher.

Au ton dur qu'il utilisait, Hitomi comprit qu'il n'aimait pas trop les ninjas de l'unité médicale. Était-ce parce qu'ils lui rappelaient trop son ancienne coéquipière ? À sa place, elle éprouverait aussi des difficultés si chaque passage à l'hôpital lui rappelait des gens qu'elle avait perdus. Elle posa une main sur le bras de Sasuke et serra légèrement, comme pour s'assurer qu'il était bien là, en bonne santé, en vie. Quand ils sortirent de la salle où les combats se déroulaient, Shino et Chôji étaient appelés pour le combat suivant.

Kakashi les entraîna à travers les étages inférieurs, dévalant les marches d'escalier deux par deux tandis que les deux adolescents étaient obligés de se presser pour maintenir la cadence, jusqu'à arriver dans un sous-sol désert. C'était une grande salle circulaire, un cercle plus étroit de piliers dressés à un mètre de distance des murs, des torches suspendues de manière à se trouver pile au milieu de chaque paire de colonnes de pierre. Le professeur les alluma une par une à l'aide de chakra Katon, jusqu'à ce que la salle tout entière baigne dans une lumière orange et incertaine.

— Sasuke, ordonna le sensei, va t'asseoir au centre exact du cercle de piliers et enlève ta veste et ta chemise. Hitomi, tu restes avec moi. Mes pairs seraient d'accord pour dire que tu es trop jeune pour apprendre les bases des sceaux corporels, mais je ne gâcherai pas cette occasion avec des prudences inutiles.

La jeune fille hocha la tête avec une sorte de grave enthousiasme, une bouffée d'impatience lui gonflant le cœur pendant un instant. Elle était toujours impatiente de progresser, et les possibilités des sceaux corporels… La simple idée lui donnait le tournis. Les sceaux corporels avaient longtemps été considérés comme une aberration, interdits à tous sauf aux Maîtres des Sceaux en personne pour le pur danger qu'ils représentaient. Les plus doués, ceux qui faisaient passer Hokage le Quatrième pour un amateur, pouvaient selon la légende tuer quelqu'un d'un effleurement du bout des doigts, mêlant sceaux corporels et sceaux de contact dans une macabre œuvre d'art.

Depuis, la nécessité avait assoupli les lois. Les Maîtres s'étaient faits de plus en plus rares, tués un à un par les conflits incessants lors desquels leurs compétences étaient trop demandées pour leur propre bien. Le simple fait que ces connaissances aient survécu au passage du temps et à la succession de massacres qui avait marqué l'histoire de la profession était un miracle. Ce n'était pas pour rien que le seul pays à encore pouvoir compter sur un seul et unique Maître actif était Konoha, avec Jiraiya. Tsunade était un cas plus compliqué.

— En général, commença Kakashi d'une voix sûre, les sceaux corporels demandent du sang. Quand ce n'est pas le cas, alors c'est une encre spéciale que tu dois infuser de ton propre chakra et laisser maturer pendant des mois avant de pouvoir l'utiliser – très peu de gens se servent de cette option, tu t'en doutes. Pour le Sceau qui Endigue le Mal, on utilise le sang de celui qui le dessine, mais parfois, comme pour la Marque Maudite, c'est le sang du receveur.

Elle hocha la tête, les yeux déjà brillants d'avidité. Ensui avait parlé à Kakashi de ce regard, du pincement qu'il provoquait quelque part entre le cœur et les tripes, et le professeur devait admettre que son aîné avait raison. Il devait à tout prix dissimuler le talent d'Hitomi pour les sceaux s'il ne voulait pas que Danzô apparaisse un soir dans la chambre de la jeune fille pour l'exécuter ou l'emmener, s'il jugeait qu'il pouvait encore la manipuler, la faire sien.

L'élève, inconsciente des inquiétudes de son professeur, observa la manière dont il s'entaillait le centre de la paume et refermait son pouce, son annulaire et son auriculaire sur la plaie pour canaliser la manière dont le sang coulerait. Du majeur et de l'index, il se mit à écrire le long du dos et du torse de Sasuke, assis parfaitement immobile là où on le lui avait ordonné, les longs traits de caractères ensanglantés se poursuivant loin sur le sol, jusqu'aux piliers qu'Hitomi pouvait sentir bourdonner d'un chakra étrange.

Cela prit plus d'une dizaine de minutes, le Ninja Copieur travaillant en silence avec application tandis qu'Hitomi détaillait le moindre de ses gestes pour les graver dans sa mémoire. Aurait-elle l'occasion de s'entraîner à reproduire ce sceau ? On ne savait jamais, ça pouvait servir, surtout compte tenu du fait qu'Orochimaru n'allait pas cesser de rôder autour de Sasuke de sitôt. Comme s'il lisait dans ses pensées, Kakashi reprit :

— Demain, je viendrai te voir avec des peaux de daim préparées spécialement pour que tu puisses t'exercer à certains sceaux corporels. Tu commenceras avec des pièces plus faciles, bien entendu. Tu es appliquée, mais il te faudra du temps avant de pouvoir maîtriser celui-ci en particulier. Vu les risques que comporte ce domaine du fûinjutsu en particulier, tu auras jusqu'à nouvel ordre interdiction de t'entraîner si Ensui-san ou moi ne sommes pas là pour te surveiller, c'est bien compris ?

— Oui, sensei, murmura-t-elle avec peut-être une petite pointe de déception.

Elle comprenait ces précautions, ça ne voulait pas dire qu'elle devait forcément les apprécier. Retournant à son silence contemplatif, elle prit soin de se concentrer sur la touche finale que Kakashi apportait à son sceau en traçant autour des piliers le cercle extérieur sans lequel un sceau ne pouvait pas être activé. Il n'avait pas activé son Sharingan, et pourtant son cercle était parfait, sans défaut, comme s'il savait l'endroit précis où il avait tracé chaque caractère sans avoir besoin de vérifier. Hitomi convoitait ce genre de maîtrise pour elle-même. Elle y parviendrait un jour.

— Tu es prêt, Sasuke ? Ca va faire mal.

Le jeune homme grogna d'approbation et le sensei exécuta quelques mudras avant de plaquer son autre main, celle qu'il n'avait pas entaillée, sur le sceau. Une décharge de chakra et il s'activait, les longues chaînes de caractères se rétractant sur elles-mêmes en laissant derrière elles la peau de Sasuke rouge et irritée. Il serrait les lèvres mais ne parvenait pas à faire taire ses gémissements de douleur, tout son corps tendu et meurtri, jusqu'à la dernière seconde. Quand Kakashi enleva sa main, la Marque Maudite était entourée d'une petite chaîne rouge sombre, les caractères totalement invisibles à l'œil nu. C'était un excellent travail de compression, bien meilleur que ce dont Hitomi avait dû faire preuve pour créer ses sceaux Assommoirs.

— Si la malédiction tente de se réveiller, le sceau la retiendra, si tant est que ta volonté ne flanche pas. C'est ta détermination qui lui permettra d'être solide, suffisamment fort pour te préserver des effets de la Marque Maudite. Si un jour tu cesses de croire en toi, si ta volonté vacille, le sceau se brisera et la Marque te dévorera l'esprit.

Le jeune Uchiha eut le temps de hocher brièvement la tête avant que ses yeux roulent dans ses orbites et qu'il s'effondre, inconscient. Hitomi s'agenouilla aussitôt près de lui, vérifia son pouls puis l'allongea plus confortablement, récupérant sa veste pour la poser sur son torse nu. Elle allait pouvoir demander à Kakashi de le conduire chez eux, dans son propre lit, protégé par tous les gardes Nara qui veillaient jalousement sur le territoire du clan, là où il serait en sécu…

— Hun hun… Je vois que les sceaux n'ont plus le moindre secret pour vous.

Serrant les lèvres pour retenir un juron, la jeune fille se releva d'un bond et dégaina son tantô, le visage figé en un masque féroce. Son aura meurtrière explosa dans la salle, épaississant l'air au point de le rendre à peine respirable, mais Orochimaru, en s'avançant dans la lumière, sembla à peine le remarquer. Une bouffée de panique la traversa quand elle vit son visage, ses yeux cruels et son sourire avide. Elle se souvenait de la terreur et de la douleur qu'il avait enfoncées dans ses os, dans sa chair, jusque dans l'intimité de sa Bibliothèque où l'oubli n'était jamais vraiment permis. Elle se souvenait et hésitait entre l'envie de mourir et de le tuer, comme si l'un ou l'autre étaient véritablement envisageables. Tremblante, elle se força à maintenir sa position de défense malgré la terreur qui l'envahissait impitoyablement.