Coucou ! Si vous êtes en vacances, j'espère que vous en profitez bien ! Ici le NaNo commence dans 15h donc est-ce qu'on peut parler de profiter ? Pas vraiment, sur le plan de la détente en tout cas. Je veux finir mon chapitre avant le début du NaNo pour bien commencer sur de bonnes bases. Si vous faites le NaNo officiellement, vous pouvez m'ajouter comme buddy sur le site, j'ai le même pseudo qu'ici !
— Il s'en est passé du temps depuis notre dernière rencontre, Kakashi. J'ai entendu dire que tu traînais ces gamins partout dans ton sillage, surtout la petite fée qui se cache derrière ton dos. On a quelques inquiétudes, hm ?
— Ne parlez pas à mon maître comme ça, gronda Hitomi malgré la peur qui l'étranglait.
— Tss, ne parle pas tout court à tes supérieurs si tu ne veux pas qu'on te coupe la langue. Tu as de la chance que je ne sois pas là pour vous, mais pour le gamin derrière vous.
— Qu'est-ce que tu lui veux ? demanda Kakashi d'une voix dure.
— Allons, Kakashi-kun, tu es le mieux placé pour le savoir. Tu ne veux quand même pas garder les pouvoirs du Sharingan pour toi tout seul, hm ? Ce serait tellement égoïste.
— Qu'est-ce que tu prépares encore ?
— Oh, Kakashi-kun, si tu savais… C'est moi qui ai créé le village d'Otogakure. Et je vois que tu as saisi, maintenant…
— Toujours ces foutues ambitions.
— Bien sûr ! Et pour ça, j'ai besoin de certains pions… Dont ton cher Sasuke.
— Vous ne l'aurez pas, parvint à siffler Hitomi d'une voix acerbe.
Elle était terrorisée, son souffle heurté et précipité lui brûlant les poumons comme de l'acide, mais elle serait mille fois maudite si elle laissait Sasuke tomber dans les filets d'Orochimaru. Elle rencontra son regard froid et moqueur, tomba à genoux sous la violence de l'aura meurtrière qu'il précipita vers elle, tandis qu'il souriait toujours comme si l'abattre était aussi facile que de chasser une mouche. C'était sans doute le cas, pour lui, et cette pensée emplissait Hitomi de désespoir.
— Recule ! ordonna Kakashi quand le déserteur fit un pas vers elle. Tu es peut-être l'un des Sannin, mais je suis de taille à t'affronter à présent, et je ne te laisserai pas lever la main sur mes élèves.
Il se tendit, en position de combat, et le cri perçant de la technique des Mille Oiseaux déchira l'air. À l'intérieur d'Hitomi, la voix ruait et hurlait, la suppliant de lui laisser le pouvoir, mille promesses de dévastation, de souffrance et de protection envahissant ses pensées comme une drogue. Pendant un instant, elle vacilla au bord du précipice, les yeux embrumés de panique, mais la silhouette de Kakashi-sensei, dressé devant elle comme un bouclier, l'en empêcha.
— Ooh, pauvre petit limier. Tout ce que tu fais est si vain. Le sceau que tu as posé sur lui ne lui sera d'aucun secours. Il est assoiffé de vengeance, son cœur se noircit à chaque pas qu'il fait en direction de son but. Il a vraiment le profil idéal…
— Tu penses pouvoir en tirer profit ? Sasuke n'est pas…
— Il viendra à moi, c'est inéluctable. Il viendra s'abreuver de mon pouvoir.
Comme si tout avait été dit, le déserteur se détourna en direction de la sortie, fit quelques pas en sa direction, puis, comme s'il venait de se rappeler de quelque chose, s'arrêta.
— Tu parlais de me vaincre, Kakashi-kun… Tu veux essayer ? Tu t'en crois réellement capable, tu serais prêt à risquer la vie de tes élèves pour le parier ?
Soudain, l'aura meurtrière qu'il avait laissée se relâcher revint à la charge, se serrant autour de la gorge d'Hitomi comme un collet. Elle s'effondra à plat ventre, incapable d'inspirer le plus petit souffle d'air, le corps tordu de douleur. Longtemps après que le déserteur soit parti, elle continua de se convulser, cherchant désespérément de l'air. Elle remarqua à peine que Kakashi s'était agenouillé à ses côtés et lui avait arraché son sabre des mains avant qu'elle se blesse. Elle avait l'impression de se noyer, son cœur courait à toute vitesse à l'intérieur de sa poitrine et chaque battement était comme une explosion de panique et d'agonie.
Il fallut de longues minutes, et un savant mélange de réconfort véritable et de genjutsu subtil, pour que Kakashi parvienne à lui rendre la maîtrise d'elle-même. Elle était trempée de sueur glacée, ses vêtements inconfortablement collés à sa peau, et avait l'impression d'être passée par plusieurs jours de fièvre incessante. Une main contre son dos, il l'aida à se redresser en position assise, évitant soigneusement de croiser son regard. Il avait honte, comprit-elle. Quand elle fut en état de parler, elle posa une main douce sur son épaule pour attirer son attention.
— Merci d'avoir été avec moi, Kakashi-sensei, dit-elle d'une voix rauque et fatiguée. J'étais terrifiée, mais grâce à vous je… Je n'ai pas eu envie de mourir rien qu'en le voyant.
Il la regarda longuement, son œil noir s'arrêtant quelques secondes sur la cicatrice qu'elle n'arborait pas avant le début de l'examen. Après un instant d'hésitation, il effleura la marque du bout des doigts, comme pour évaluer les dégâts et la douleur qui était venue avec.
— Tu apprendras à résister par toi-même. Tu n'as pas idée de la chance que tu as d'être en vie… Mais tu ne pourras pas compter sur cette chance dans le futur. Je parlerai à Ensui et voir ce qu'on doit faire pour la suite de ton entraînement.
— K-Kakashi-sensei. Je ne vous ai pas tout dit sur ce qu'il s'est passé dans la forêt. Je ne voulais pas… Je ne voulais pas avoir à le répéter après l'avoir raconté à Naruto et Sasuke, mais je crois qu'il va falloir.
D'une voix épuisée et hésitante, elle lui raconta la voix qui revenait régulièrement la hanter depuis le combat sur le pont du Pays des Vagues, et comment elle avait cédé lorsque l'équipe d'Otogakure avait attaqué, désespérée de sauver ses compagnons. Elle ajouta les observations que Shikamaru et Gaara lui avaient confiées, notamment à propos des méridiens visibles sous sa peau. Il écouta chaque mot sans jugement ni colère, et quand elle eut fini, il sourit sous son masque comme pour l'apaiser.
— Je ferai des recherches, Hitomi-chan, je te le promets. Si on peut faire de cette chose un atout, on le fera. Peut-être qu'Ensui-san saura quelque chose…
— Je l'espère, sensei. Je… Je ne veux pas avoir peur de me donner à fond dans un combat parce que je risque de massacrer mes amis. J'ai vraiment cru… J'ai vraiment cru que la chose allait s'en prendre à Shikamaru, quand les shinobi d'Otogakure sont tombés et qu'il est sorti des fourrés. Pendant une seconde…
— Je comprends. Je ferai de mon mieux pour trouver ce dont il s'agit et ce qu'on peut en faire.
La jeune fille hocha la tête après une petite seconde d'hésitation. Elle devait admettre que son professeur l'avait rassurée. Contrairement à elle, il savait quoi faire, et ne se laissait pas intimidée par la puissance et la violence pures qui avaient émané d'elle lors de ce funeste évènement. Il avait en plus de cela planté en elle une toute petite graine, une possibilité qui pourrait bien l'intéresser. Si la voix pouvait être maîtrisée…
En se redressant, Kakashi créa un clone qui ramassa le corps inerte de Sasuke et commença à s'éloigner en direction de la sortie, tandis que l'original lui expliquait qu'il l'emmenait chez elle et contacterait au passage une équipe ANBU pour monter la garde. Hitomi aurait préféré qu'il s'abstienne sur ce dernier point : elle ne faisait pas confiance à l'organisation secrète, pas alors que Danzô rôdait dans l'ombre, ses marionnettes dissimulées partout dans le village. Il semblait que les deux seuls clans auxquels il n'avait jamais véritablement osé toucher étaient les Inuzuka et les Nara, les uns trop farouches et les autres trop intelligents pour se laisser faire, mais elle ne pouvait en être sûre, pas avant d'avoir méticuleusement abattu la Racine tout entière.
Ils retournèrent auprès des autres Genin pour voir Kankurô briser les os de son adversaire, le dernier coéquipier de Kabuto. C'était censé être le tour d'Ino, après ça, selon le canon. Pourtant, son nom ne s'afficha pas sur le tableau. Ils étaient un nombre impair… Cela signifiait-il qu'elle aurait un autre adversaire ou serait qualifiée d'office ? Hitomi pressa son bras contre celui de Gaara, qui la salua d'un signe de tête tandis que Temari et Tenten descendaient dans l'arène. Il avait l'air intéressé par le combat qui opposerait sa sœur à une autre kunoichi.
Ce match fut vite réglé. Tenten se reposait encore trop sur ses projectiles et Temari n'avait qu'à ouvrir son éventail pour les repousser, une salve après l'autre. Toutefois, la fille du Sable fut plus délicate que dans le canon en vainquant son adversaire, se contentant de l'assommer d'un coup de vent qui l'envoya contre l'un des murs. Pas de vantardise ou de cruauté, juste la calme assurance d'une combattante qui avait conscience de sa valeur. Dans un silence respectueux, et sans doute déçu du côté de Lee, les médics vinrent chercher la kunoichi vaincue tandis que la gagnante retournait après de ses frères.
Avant le début du match suivant, Hitomi apprit que Shino avait gagné sa rencontre contre Chôji en le drainant méthodiquement de son chakra avec ses insectes, jusqu'à ce qu'il s'écroule de fatigue, mais que le jeune Akimichi avait tout de même fait preuve de ténacité. C'était une surprise pour la jeune Yûhi, qui savait à quel point son ami détestait se battre contre ses camarades, même quand il s'agissait simplement de s'entraîner. Il était trop doux, trop tendre pour cela. Il était devenu ninja pour protéger et servir, pas pour tuer. Shino… Shino était une bonne âme aussi, mais il y avait en lui un mélange de dureté et de détachement qui faisait de lui un redoutable ninja, malgré son grade. Il était le seul, avec elle, à avoir déjà tué.
Ensuite, Kiba et Naruto furent appelés. Ils laissèrent tous deux échapper une exclamation de joie qui fit sourire Hitomi. Ils étaient amis, bien plus qu'ils ne voulaient l'admettre, mais aussi rivaux, et si semblables entre leur énergie et leur tempérament solaire. Akamaru jappa de contentement. Bien vite, ils étaient tous deux face à face, un même rictus de joie et d'anticipation sur leurs visages. Hitomi était surprise de ne pouvoir deviner l'issue de ce combat. Elle croyait en son frère, bien entendu, mais elle avait vu Kiba combattre. Il ne fallait pas le prendre à la légère.
Dès que l'examinateur donna le signal du début du match, Naruto dégaina l'épée colossale que Sasuke lui avait offerte, des années auparavant. Il était devenu vraiment redoutable avec, même si ses capacités à mains nues n'étaient pas à négliger. Kiba et Akamaru semblèrent prendre un moment pour évaluer la longueur de son allonge, le temps qu'il lui faudrait pour asséner un coup. Sans même se concerter, ils s'élancèrent, un à gauche et un à droite, si flous qu'on ne distinguait d'eux que le blanc du pelage du chien et le gris du manteau du maître.
La collision aurait été douloureuse… Si Naruto n'avait pas bondi pour l'éviter. Le maître et le chien durent changer de direction à la toute dernière minute pour ne pas se percuter et le jinchûriki profita de l'éclair de panique et de surprise dans leurs regards pour créer sept clones parmi lesquels il se fondit, indistingable de l'original. Ce fut à ce moment qu'Hitomi vit sa mère, sur la balustrade opposée à la sienne. Leurs yeux se croisèrent, ceux de Kurenai s'écarquillant quand elle remarqua sa cicatrice, mais elle sembla voir quelque chose dans le regard de sa fille qui la convainquit de ne pas se précipiter à ses côtés et reporta son attention sur le combat.
— Vous pensez que Naruto va l'emporter, sensei ?
— Hm… C'est possible. Il n'est pas aussi rapide que Kiba, mais il a de la force à revendre et il ne sait pas comment abandonner. Ce sont de bonnes qualités dans un combat singulier.
En bas, Kiba venait de trouver le véritable Naruto et ses mains, les ongles transformés en griffes, tracèrent des sillons de feu sur ses épaules. Le jeune homme se dégagea avant que les blessures ne deviennent trop sérieuses et traça un cercle de son épée titanesque pour forcer le chien et le maître à reculer. Soudain, Hitomi regrettait qu'il n'ait à sa disposition aucune technique élémentaire. Les clones et les épées ne conduisaient pas loin à eux tous seuls.
Mais Naruto était plus imaginatif et retors qu'elle ne pouvait l'imaginer. En un instant, l'arène fut noyée sous un épais brouillard gris sombre qu'elle reconnut comme… Au moins une dizaine de ses bombes fumigènes, sans doute plantées là par les clones. C'était encore le moyen le plus efficace de venir à bout des sens de Kiba, et Naruto savait naviguer dans la brume, Kakashi-sensei s'en était assuré après la Bataille sur le Pont.
Pendant quelques minutes, Hitomi ne put absolument rien distinguer de ce qui se passait en bas. Elle finit par fermer les yeux et s'ouvrir aux sensations de ses méridiens, traquant les deux garçons grâce à son chakra. Naruto s'était manifestement déjà occupé d'Akamaru, qui gisait immobile et semblait inconscient, épuisé. Le jinchûriki s'attaquait à présent à Kiba, qui ripostait de son mieux. Si ce qu'Hitomi percevait était juste, des coups furent portés des deux côtés, mais Naruto fut le dernier debout.
Elle rouvrit les yeux et sourit, de ce petit rictus que ne portaient que ceux qui savaient quelque chose que les autres ignoraient. Gaara lui sourit en retour et elle s'appuya contre lui, réconfortée par sa présence, par la puissance silencieuse de son chakra contre le sien. Enfin, le brouillard se dissipa, les volutes gris sombre repoussées par le souffle d'un petit parchemin explosif que Naruto avait lancé et activé dans ce but. Le blond souriait de toutes ses dents, Kiba inconscient à ses pieds. Akamaru se trouvait un peu plus loin, tout aussi immobile.
— Naruto Uzumaki, vainqueur !
Les camarades du jeune homme applaudirent chaudement – même Kakashi-sensei, l'air intensément satisfait, claqua une ou deux fois dans ses mains pour le féliciter. Naruto souriait toujours quand il revint dans la tribune et enveloppa Hitomi dans un câlin plein d'énergie et de chaleur. Elle rit doucement près de son oreille, posa quelques instant sa tête sur son épaule, puis le relâcha.
— Félicitations, Naruto. Tu as énormément évolué depuis l'Académie.
Elle aurait continué de le complimenter, si le tableau électrique ne s'était pas mis à bourdonner encore une fois. Elle tourna les yeux vers sa surface noire et gémit d'angoisse en voyant les deux noms qui y étaient écrits. Hinata Hyûga vs Neji Hyûga. Elle ne voulait pas voir ça. Elle le devait, mais elle ne voulait pas, parce qu'elle savait ce qui allait se produire. Hinata était trop gentille et trop douce pour faire en sorte d'écraser son adversaire, mais Neji ? Neji avait toutes les raisons de s'y mettre.
— Nos chemins se croisent de nouveau, Hinata, fit l'aîné d'une voix presque douce.
— Neji-niisan.
Le salut était paisible, respectueux. Naruto, à force de fréquenter Hinata, connaissait l'histoire compliquée de sa famille, la branche principale et la branche secondaire, il connaissait même les spécificités du Byakugan. Les lèvres crispées en une ligne dure, comme s'il savait lui aussi ce qui allait se produire, il ne dit pas un mot, se contentant de regarder.
— Que le combat commence !
Aussitôt, Neji prit la parole, tentant de convaincre Hinata d'abandonner, de le laisser gagner, et honteusement, Hitomi priait pour qu'elle le fasse. Elle ne voulait pas voir son amie, qu'elle aimait peut-être encore un peu au fond de son cœur, massacrée par le garçon qui aurait dû vouloir la protéger. Perchée sur les gradins, impuissantes, elle se mordit la lèvre inférieure si fort qu'elle sentit le léger goût du sang lui venir sur la langue.
— Tu te trompes, Neji-niisan ! Je veux réellement…
Elle s'étrangla au milieu de sa phrase tandis qu'Hitomi percevait la décharge caractéristique de l'activation du Byakugan, là, en bas. Elle crispa ses mains sur la rambarde, si fort que le métal grinça sous sa prise et commença à plier, lentement, un millimètre après l'autre. La chose à l'intérieur d'elle, soudainement intéressée, s'étira et murmura à son oreille, lui affirmant avec les mots les plus doux que tuer ce Neji protégerait Hinata, que grâce à elle, elle serait en sécurité.
— Ne l'écoute pas, Hinata ! hurla Naruto à côté d'elle. Tu es douée et forte, tu peux le faire ! Ne renonce pas !
Un à un, leurs camarades se joignirent aux cris du jinchûriki, même les enfants du désert qui connaissaient à peine la jeune héritière mais pouvaient voir comme elle était importante, dans son cercle d'amis. La voix d'Hitomi se mêla bientôt à celles de ses camarades, et si ses invectives étaient plus rauques, plus désespérées, personne ne s'en rendit compte. Hinata, comme encouragée par le soutien de ses amis, se redressa lentement, sa posture trouvant la fluidité et la rigueur que les Hyûga avaient insufflées en elle un jour après l'autre.
Son Byakugan s'activa lui aussi, ce que Neji sembla prendre comme un affront. Même de là où elle se trouvait, Hitomi vit le visage du jeune homme se tordre de dégoût et de colère, tandis qu'il l'imitait et tombait dans la position de départ du Poing Souple, le taijutsu caractéristique du clan. Furieuse, Hitomi s'assura d'observer le moindre de ses gestes, la chose lui murmurant des promesses de vengeance et de rivières de sang.
Le premier assaut ne fut pas décisif, les deux adolescents se séparant sans avoir réussi à porter un véritable coup à leur adversaire. Hinata n'était peut-être pas la plus offensive des kunoichi, mais ses esquives étaient de véritables œuvres d'art. Elle n'était pas si rapide que ça, quand on la comparait à Sasuke ou Kiba, mais elle semblait pourvue d'un excellent instinct défensif. Quand elle s'entraînait encore tous les jours avec elle, il y avait eu des séances où Hitomi n'avait pas réussi à la toucher une seule fois.
La deuxième fois, cependant, au lieu d'accepter une retraite mutuelle, Neji la poussa à poursuivre sa défense et soutint son avantage en accélérant la cadence de ses coups. Hitomi pouvait sentir les points vitaux d'Hinata se fermer les uns après les autres du fait de ses propres compétences. Cette sensation était horrible, elle lui donnait l'impression que son ancienne petite-amie mourait à petit feu. Elle avait beau l'avoir sous les yeux, encore vaillante et fière, un feu féroce dans son regard allumé par les encouragements des autres Genin, elle devait résister de toutes ses forces au double appel de son instinct et de la voix qui la suppliaient toutes deux d'interrompre ce combat, d'intervenir.
— On croit en toi, Hinata, continue !
Hitomi était déchirée entre les encouragements qui se pressaient sur ses lèvres sans fin et la réalité de ce combat, la fin qu'elle lui connaissait. Sa colère l'agitait de tremblement, la voix grondant et hurlant tout ce qu'elle pouvait à l'intérieur d'elle pour la pousser à la violence, à la vengeance, à un litre de sang versé pour chaque blessure qui touchait Hinata. De la main de son propre cousin, de son protecteur… Quand bien même il n'avait pas choisi cette position, il n'avait aucun droit de la reprocher à Hinata qui elle aussi avait souffert de son propre rôle au sein du clan.
Elle laissa échapper un cri angoissé quand la main ouverte de Neji se ficha là où se trouvait son coeur, le bout des doigts de sa main gauche sur le point le long de l'artère brachiale. Hinata entrouvrit les lèvres, et même de là où elle se trouvait, Hitomi put voir le sang qui soudain lui maculait le menton. Elle vacilla, trouva au fond d'elle une énergie nouvelle et frappa, atteignant son cousin aux deux épaules. Levant juste un instant les yeux, Hitomi adressa une prière aux Kami, suppliant pour une issue différente.
Les coups infligés aux Portes via le Poing Souple étaient dix fois plus graves que des impacts normaux, pourtant Hinata se redressa et reprit sa position. Hitomi ne pouvait entendre ce que les deux cousins disaient, surtout pas au milieu des rugissements de ses pairs dont les encouragements ne faiblissaient pas un instant, mais elle n'en avait pas besoin. Ces mots cruels étaient inscrits dans sa mémoire, rangés dans un livre de sa Bibliothèque, et elle les avait passés en revue mille fois dans l'espoir de changer le destin. En vain. Elle n'était pas de taille face à un clan entier, dont les traditions étaient écrits dans la chair et le sang des mal-nés.
— Tiens bon, Hinata !
Cela sortit à mi-chemin entre un cri et un sanglot. Elle n'avait pas honte de ses émotions, qui se lisaient pour une fois comme un livre ouvert sur son visage, pas honte des larmes qui roulaient sur ses joues, pas honte de la manière dont ses mains broyaient lentement la barrière qui l'empêchait de les rejoindre. Elle entendit Kakashi soupirer, comme s'il avait lui aussi compris l'issue du combat et la savait inévitable, comme s'il était trop tard. Elle n'osait se demander à quel point il avait raison.
Le combat reprit, Hinata parvenant à toucher quelques points vitaux mineurs jusqu'à ce que Neji la percute sous le menton. La chose hurla en réponse, si fort que les oreilles d'Hitomi n'entendirent plus rien un instant – peut-être avait-elle hurlé aussi, peut-être était-ce la raison de l'étincelle de déchirement dans les yeux de Shikamaru, de Gaara, de Naruto. Elle tissait autour d'elle, sans s'en rendre compte, une aura meurtrière peut-être plus intense encore qu'elle ne l'avait pu face à Orochimaru, terrorisée qu'elle était alors. Il n'y avait pas de terreur à cet instant précis, seulement de la colère, et un désir de vengeance aussi intense et brûlant que de la lave.
Et puis Neji parvint à mettre Hinata à terre en la frappant encore au cœur. Elle se releva pourtant, comme elle l'avait fait à chaque fois, son regard se perdant parfois dans les gradins comme si elle espérait voir quelque chose, quelque chose de plus que ses amis qui hurlaient leurs encouragements à en perdre la voix – les entendait-elle seulement ? Le cœur d'Hitomi se brisa, elle serra les dents, et la barre d'acier qu'elle agrippait de toutes ses forces émit un bruit sec en se cassant sous la pression.
Hinata articula quelque chose, le mouvement de ses lèvres à peine visible, et tout le monde sentit la pulsion meurtrière qui traversa Neji à cet instant. Les Jônin agirent si vite qu'ils devinrent invisibles à l'œil nu, Hitomi juste derrière eux, le chakra explosant à l'intérieur de ses membres pour lui permettre d'atteindre une vitesse impossible. En une seconde, elle fut en bas, et si les adultes s'occupaient d'arrêter Neji, elle, elle n'avait d'yeux que pour Hinata.
Quand la jeune Hyûga vacilla, elle se précipita, la rattrapant aussi doucement que possible pour l'allonger sur le sol. Ses yeux entrouverts étaient brumeux, teintés d'épuisement et de douleur. Comme tout le monde, elle entendit le bruit mouillé d'un muscle qui se déchirait et les mots explosèrent sur ses lèvres sans qu'elle pense un instant à les retenir, appelant un médecin d'une voix noyée de désespoir. Elle n'avait aucune connaissance du ninjutsu médical, elle qui avait encore et encore promis d'apprendre et repoussé au lendemain. Peut-être aurait-elle pu faire quelque chose, peut-être, peut-être…
Les Jônin avaient relâché Neji, Kurenai se précipitant aux côtés de son élève qui était emmenée sur une civière par des médics à l'air effaré. Lentement, Hitomi se releva, ses mains rouges du sang de son amie. Son regard était si dur et tranchant qu'on s'y serait blessé, mais ce n'était pas le plus inquiétant. Non, le plus inquiétant fut sans le moindre doute l'aura meurtrière qui explosa autour d'elle, si forte et si soudaine que Neji émit un bruit étranglé, pris de court. Elle profita de sa surprise pour se jeter sur lui de toutes ses forces, le clouant au mur le plus proche. Il tenta de se défendre, mais déjà elle était là, la Manipulation des Ombres lui volant tout contrôle de ses mouvements. Il luttait mais sa colère la rendait invincible. La chose hurla dans son esprit, furieuse et impitoyable, lui ordonnant de faire couler le sang.
Les regards des deux Genin s'accrochèrent l'un à l'autre. Lentement, Hitomi dégaina, son bras droit maintenant son adversaire en place. Elle aurait pu le tuer, là, maintenant. C'aurait été si facile. Il imitait ses gestes, oui, mais lui n'était pas armé, et elle l'avait observé durant la première épreuve, elle savait qu'il était droitier. Elle retroussa les lèvres sur ses dents comme un chat furieux. Si c'était possible, son aura meurtrière s'étoffa encore.
— Tu oses, grommela-t-elle d'une voix terriblement basse. Tu oses t'en prendre à elle, alors qu'elle a souffert autant que toi des mains de son père. Dans un autre monde, je t'aurais pardonné, j'aurais compris, mais lui faire du mal, alors qu'il t'aurait suffi de lui parler, que ça aurait été assez pour que tu comprennes ?
Neji avait viré au blanc, ses yeux écarquillés laissant voir quelques vaisseaux éclatés dans ses globes oculaires. Le combat n'avait pas été si facile que ça pour lui, Hinata avait résisté, si courageuse, si forte, si douce. Le tranchant du sabre d'Hitomi se pressa contre la gorge du Genin, laissant derrière elle une mince, mince ligne de sang dont une unique goutte roula le long de la carotide qui battait furieusement.
— Hitomi-chan !
La jeune fille tourna la tête vers Lee, qui venait de sauter à son tour et se tenait à présent à ses côtés. Il s'avança et posa une main sur son bras armé, la forçant à baisser sa lame. Après avoir résisté quelques instants, elle se laissa faire, le regard rivé à celui du jeune homme, dont les traits étaient fermés, sérieux, presque sévères.
— Je comprends ta colère, crois-moi, je la comprends. Mais Hinata-san ne voudrait pas que tu massacres son cousin, tu le sais comme moi.
Elle inspira profondément, une fois, deux fois, puis prit sa décision. Sa main se resserra sur la garde du tantô, la lame pressa un peu plus contre la peau si fragile, et puis elle recula et rengaina, sans relâcher l'emprise de son ombre sur lui. Lentement, l'aura autour d'elle se dilua jusqu'à un niveau respirable.
— Si tu lèves encore la main sur elle, susurra-t-elle d'une voix terriblement douce, je reviendrai te chercher.
Sur ces mots, elle le relâcha et se détourna, Lee à ses côtés. Elle aurait voulu suivre Hinata, courir à ses côtés pour tenir sa main et prier les Kami de la laisser guérir, mais elle ne le pouvait pas. Kakashi-sensei ne l'aurait pas permis, pas dans son état, pas alors qu'il savait pour la chose en elle. Avec le regard de chacun des Jônin creusant un trou brûlant dans son dos, elle retourna aux côtés de ses amis, les traits figés dans une expression dure, déterminée.
